• À Charleroi - La cour rendra le jugement (L'écho belge, 16 mars 1917)

    À Charleroi - La cour rendra le jugement (L'écho belge, 16 mars 1917) A Charleroi

        Grande affluence à la 8e Chambre du tribunal correctionnel de Charleroi. On allait rendre le jugement dans le procès de Pierre Dor, dit le Christ, une espèce d'Antoine le Guérisseur, accusé de différentes choses, notamment de pratique illégale de la médecine.
        Le prévenu ne s'est point présenté. Le président M. Castaigne a donné lecture du jugement, dont voici un résumé :
        1o. Quant à l'exercice de l'art de guérir :
        Attendu que le prévenu ne possède aucun diplôme ; qu'il s'est donné, dans des assemblées, comme guérisseur de toutes les maladies : carie des os, cancer, constipation, etc.; qu'il est aussi consulté par lettres ; qu'il prétend qu'un seul remède existe, celui qui agit sur la cause morale ; qu'il représente les médecins comme des gens cupides et qu'il assure la guérison, à ceux qui le consultent, par la transmission de son fluide ;
        Attendu que, dans certains cas, il a préconisé des lavements à l'eau salée, notamment pour une cancéreuse ; qu'il a recommandé, pour des nourrissons, de l'eau sucrée ou non, mais non bouillie, et prescrit le végétarisme;
        2o. Quant aux faits d'escroquerie :
        Attendu qu'il faut tenir compte de la mentalité de ceux qui s'adressent au prévenu ; qu'ils ont en lui une foi invincible et le croient le Christ réincarné ; mais attendu que ce phénomène psychologique n'est pas nouveau ; que le prévenu se défend d'avoir employé des manœuvres frauduleuses ; qu'il n'a pas dissuadé ses adeptes quant à son origine ; qu'il a gardé une réserve qui est le résultat d'une manœuvre ; qu'il a eu recours à une mise en scène, poses hiératiques ; qu'il s'est laissé appeler Père Dor, guérisseur, stimulateur de vertus, etc. ; qu'il se prétend doué d'une sensibilité spéciale (fluide d'amour), etc., etc.;
        Attendu qu'il a employé des manœuvres pour s'approprier le bien d'autrui, et qu'il n'y a pas lieu à application de l'article 14 de la Constitution (liberté des cultes) ;
        Par ces motifs, le tribunal acquitte le prévenu du chef des attentats à la pudeur, et le condamne : pour exercice illégal de l'art de guérir, à 100 florins d'amende ; pour escroqueries, à 4 mois et 200 francs d'amende pour les faits concernant les époux Ch..., et à 8 mois et 400 francs, pour les faits lui reprochés par Mme D... ; à onze peines de 8 jours pour onze autres faits ; à 1 mois et 26 francs pour ce qui concerne l'épouse S...; le condamne, en outre, à payer 500 francs à la Société de médecine de l'arrondissement de Charleroi, et 17.000 francs à Mme D... ; et, enfin, le condamne aux dépens. Le substitut du procureur du Roi a requis l'arrestation immédiate du Christ, mais le tribunal s'y est refusé.

    L'écho belge, 16 mars 1917


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