• Alain Woodrow - Les nouvelles sectes (1977)

    Titre :     Les nouvelles sectes
    Auteur :     Alain Woodrow
    Édition :     Éditions du Seuil, Points actuels, 1977
    Format :     187 pages

        Le livre est cité en référence dans le dernière édition (Labor - Espace Nord) du livre de Robert Vivier, Délivrez-nous du mal.
     
    Dos de la couverture
        En notre siècle rationaliste, la profusion des sectes constitue un phénomène étonnant de Alain Woodrow cherche à percer le phénomène.
        D'un côté, des organismes puissants, riches, habiles à recruter. De l'autre, des individus - souvent très jeune - épris d'idéal, qui abandonnent famille, études, carrière pour suivre ce qu'ils croient être leur voir spirituelle.
        Comment expliquer le succès foudroyant des unes, la fascination et la soumission des autres? Pourquoi des êtres, avides de liberté et de vérité, gobent-ils en dévots? Que cherchent les sectes? Le pouvoir personnel? L'argent? La domination politique? Surtout comment arrivent-elles à leurs fins? Drogue? Viol psychologique? Lavage de cerveau?
        Une enquête sur les principales sectes. Un dossier qui démonte leur mécanisme.
        Alain Woodrow, spécialiste des affaires religieuses. Chroniqueur au Monde.

        Resencion :
        A.W., journaliste au Monde, met ici sa plume au service de la dénonciation des sectes actuelles. Mormons, moonistes, maharajistes, Amis de l'homme, membre de la Science chrétienne, disciples du Christ de Montfavet, adeptes de la scientologie, enfants de Dieu, antoinistes, baha'istes, sectateurs du Soka Gakkai, adventistes, dévots des Trois Saints Coeurs, Témoins de Jéhovah, et peut-être quelques autres encore, retiennent l'attention de l'A.
        L'information véhiculée par cet ouvrage est de celle qui afflues dans les salles de rédaction. Le Monde, Le Nouvel Observateur, L'Express, Paris-Match, Les Informations Catholiques Internationales figurent parmi les sources les plus fréquemment citées. A.W. n'a consulté aucun des travaux scientifiques, pourtant peu nombreux, traitant des questions qu'il débat.
        Pour l'A., les sectes variées actuellement à l'oeuvre en France meublent le vide créé par "l'immense branle-bas culturel qui secoue notre vieille civilisation occidentale et postchrétienne". Elles constituent un "révélateur de l'état de notre société". A.W. constate que les sectes actuelles (mais toutes celles qu'il évoque n'appartiennent pas à la même vague) se recrutent principalement parmi les jeunes. "Après avoir contesté toutes les formes d'autorité en 1968, voici une jeunesse qui accepte la discipline la plus rigide, l'ascèse la plus totale, l'abandon de sa volonté et de son jugement entre les mains d'autrui... Abandon du sens critique, abdication de liberté : ce sont deux caractéristiques inquiétantes d'une certaine jeunesse, qui entraînent non seulement un reflux du politique mais une remontée de la droite. Et, sans un minimum de discernement, la voie est ouverte à toutes les récupérations, les manipulations, voire les fascismes. Le rapprochement des méthodes de Moon avec celles de Hitler est plus qu'une clause de style." L.A. reproche aux mouvements dont il parle de pratiquer le "viol psychique", de se livrer au racket, etc. Pas une des accusations généralement portées contre les actuelles sectes ne manque à l'appel. Mais c'est surtout l'apolitisme de ces groupements qui tracasse A.W. : "l'apolitisme qui ouvre la porte à toutes les manipulations", écrit-il, page 24.
        Pour lui, les sectes connaissent le succès auprès de beaucoup parce qu'elles apportent des réponses simples aux problèmes de notre époque, font voir "Dieu au bout d'un microscope", fournissent - pour certaines d'entre elles - des "mirages rousseauistes", répondent, enfin, à un "besoin d'ésotérisme et de dépaysement".
        On n'accorderait pas attention à cet ouvrage, s'il ne présentait, par rapport à d'autres, un élément intéressant et nouveau, A.W. se demande par quels moyens mettre fin à l'influence des sectes et décrit les positions et tentatives de certains groupes antisectaires. Il a du mal à se ranger pleinement à leurs côtés. Il s'aperçoit en effet que, au-delà de ses préférences personnelles en la matière, la question posée par l'existence des sectes rejoint, en dernière analyse, celle de notre droit à l'erreur et à la liberté d'opinion. Car, constate-t-il, la plupart des membres de ces groupes sont consentants à la "manipulation" dont ils seraient victimes (p.169). Ceci le mène à affirmer que "la chasse aux sorcières déclenchée par certains milieux, familiaux, politiques ou ecclésiastiques, contre toutes les sectes sans discrimination est tout aussi sujette à caution et ambiguë finalement que le phénomène qu'elle entend combattre" (ibid.).
        La lecture de ce livre fait regretter une fois de plus l'absence de travaux scientifiques sur ces "nouvelles sectes" en France (ceux qui existent sont principalement anglo-saxons). Il faudrait d'ailleurs étudier aussi la polémique qui se développe autour de ces groupements. Leur succès statistiquemet très réduit justifie-t-il tant de hargne à leur égard ? A quoi correspond l'âpreté et l'intensité de la dénonciation dont elles sont l'objet de la part de milieux variés ?
         Jean Séguy.
    Archives des sciences sociales des religions, Année 1978, Volume 46, pp. 317-318
    source : persee.fr

    Table :
    Introduction : Sectes et sectarisme
    1. Un terrain de choix
    2. Des besoins satisfaits
    3. Les méthodes employées
    4. Les buts recherchés
    Conclusion : Le prix de la liberté
    Postface à la nouvelle édition
    Table-répertoire

        L'auteur fait la différence entre l'antoinisme et ce qu'il appelle les sectes à prétention à une doctrine scientifique. La Science Chrétienne en fait partie. On sait maintenant pourquoi Paul Ariès rangeait l'antoinisme à part de la Science chrétienne. Les sectes scientifiques, nous dit Alain Woodrow, citant le théologien Jean Chevalier, ont des prétentions scientifiques "légères, voire grotesques, souvent retardataires et même périmées" (p.24).

        Sur l'antoinisme, on lit dans la table-répertoire :
    Fondateur : Louis Antoine (1846-1912), Belge.
    Enseignement : Antoine impose les mains aux malades, recommande certains remèdes, distribue des morceaux de tissu "magnétisé", prescrit des régimes alimentaires. Par la suite, ses disciples prétendent "chasser les démons, ressusciter les morts, s'entretenir avec les disparus de ce monde et donner gratuitement ce qui leur a été donné gratuitement". (1)
    But : La propagation de cette doctrine et faire reconnaître Antoine comme "prophète". (2)
    Nombre d'adeptes : 150 000 en 1959 dans 55 temples (30 en Belgique, 25 en France).
    Adresse : 49, rue du Pré-Saint-Gervais, 75019 Paris
     (voir pages 52-53 ; 124).

        Le mal est illusoire (p.52-53)
        [après plusieurs paragraphes sur la Science chrétienne]. Louis Antoine, un mineur belge, né en 1846, prétendait détenir un "fluide magnétique" qui pouvait guérir les maladies, triompher du mal et même de la mort. Comme chez les adeptes de la Science chrétienne, pour Antoine le corps n'est rien. Si l'on veut guérir celui-ci, c'est à l'âme qu'il faut s'attaquer.
        L'enseignement des antoinistes, comme s'appelleront les disciples de Louis Antoine, est spiritualiste et occulte. Le thaumaturge opère ses guérisons avec l'aide d'un guide de l'Au-delà, dont il donne cette description : "Il m'apparaît comme un nuage lumineux" - ce qui rappelle l'ectoplasme suscité par le médium lors des séances de spiritisme. (3) Pour favoriser les guérisons, le mouvement recommande de suivre certains régimes alimentaires, et notamment d'être végétarien. (4) On a estimé à 150 000 le nombre d'antoinistes, dont 50 000 Français, au début du siècle, mais il semble que ces derniers ne seraient plus que 5 000 actuellement (5).
        [suit le description du mouvement de Georges Roux, dit le Christ de Montfavet].
        Ces guérisseurs illuminés, du reste, s'apparentent plus aux courants d'occultisme, de sorcellerie et de magie qu'aux mouvements scientistes tels que la Science chrétienne et l'Église de scientologie. (6)
       
        La mégalomanie (p.124)
        Tentation du pouvoir personnel. Il est difficile, en fondant une secte, de ne pas se laisser progressivement "diviniser" par ses disciples. Sans parler de déséquilibrés, comme Georges Roux qui se croit la réincarnation du Christ, nombre de dirigeants de mouvements spirituels - le Père Antoine pour les Antoinistes, la "chère maman" des Amis de l'homme, Mary Baker-Eddy de la Science chrétienne - sont montés petit à petit sur leur piédestal, bercés par le péan qui montait, toujours plus flatteur, de leurs disciples. (7)

    (1) L'auteur ne fait de différence entre les différentes étapes de la pratique de Louis Antoine : après 1901, il arrête toutes formes de remèdes autres que la prière par la foi. Ensuite l'auteur ne citant pas ses sources, on ne sait pas d'où vient que ses adeptes chassent les démons, ressuscitent les morts, etc. Mais je vais vous le dire, c'est ce qu'on trouve sur la dernière page de la couverture verte du Petit catéchisme spirite, édité en... 1896 et plus jamais depuis. On est donc là très loin de l'enseignement antoiniste.
    (2) D'accord pour la propagation de l'enseignement (et non de la doctrine décrite plus haut), par contre on se garderait bien d'imposer la reconnaissance de Louis Antoine comme prophète quand dans son enseignement même qu'on veut porpager il est dit qu'il ne faut pas s'attacher à la figure du prophète.
    (3) Encore un fois, l'auteur n'est pas au courant de l'évolution et confond le spiritisme et l'antoinisme.
    (4) Pas plus le "mouvement" que Louis Antoine ne recommandent d'être végétarien, et encore moins pour guérir. Louis Antoine était lui-même végétarien, certains adeptes l'ont suivis d'autres pas.
    (5) L'auteur s'embrouille dans les chiffres et nous avec : étions-nous 150 000 en 1959 ou au début du siècle ? ou 5 000 ? En tout, ou seulement en France ?
    (6) Quand on pense qu'en 2000, Paul Ariès écrira ses Sectes à l'assaut de la santé en s'appuyant sur ce livre, on ne s'étonne plus du résultat. Désinformation, aucune source fiable citée. Et voilà la raison pour laquelle ce dernier classe les antoinistes à part de la Science chrétienne. Alors que ces deux mouvements sont réunis par Régis Dericquebourg ou Anne-Cécile Begot.
    (7) On verra que l'avis de Françoise d'Eaubonne est tout autre concernant Louis Antoine.



        L'auteur pose cependant certaines bonnes questions. Notamment il préconisait "pas de chasse aux sorcières tous azimuts, ni de 'délit d'envoûtement', mais un examen clair et lucide de tous les aspects avec dénonciation, là où cela s'avère nécessaire, de faits et de pratiques inacceptables, avec poursuites judiciaires éventuelles lorsqu'il y a infraction aux lois existantes" (p.171). Signalons cependant qu'on a vu que l'auteur ne le faisait pas lui même, en mélangeant toutes les époques de l'antoinisme : Antoine spirite, Antoine guérisseur, Antoine prophète.
        Il précise que "objectivement, l'Église chrétienne n'est qu'une secte qui a réussi. Grâce en partie, du reste, à l'utilisation au cours de sa longue histoire mouvementée de bien des pratiques que nous dénonçons aujourd'hui chez les sectes : 'conversions' forcées, endoctrinement abusif, séquestration, intimidation allant jusqu'à la torture et l'assassinat, machinations politiques et recherche de gains personnels sous une couverture religieuse..." (p.171). Il continue le tableau dans la postface à la nouvelle édition : "Au cours de sa longue histoire, du reste l'Église chrétienne - catholique, orthodoxe et protestante - a été l'objet des mêmes griefs, souvent justifiés, que ceux qui sont faits actuellement aux sectes. L'Église a profité de son pouvoir politique, et de la fiction du bras séculier, pour baptiser de force des peuples entiers ; elle a utilisé ses collèges et petits séminaires pour imposer un endoctrinement parfois excessif ; prompte à tendre la main en toute occasion, l'Église l'est moins pour publier ses comptes ; en matière de discipline, enfin, la notion de "liberté religieuse" réclamée à cor et à cri, est comprise davantage comme la liberté de l'Église dans un milieu hostile que la liberté à l'intérieur de l'Église pour ses fidèles ou théologiens..." (p.200).
        Parmis les questions de fond de cette même postface, l'auteur évoque l'ambiguïté du mot 'secte'. "Il faut donc distinguer nettement entre les sectes au sens sociologique du mot - mouvements religieux, philosophiques et politiques qui ont existé de tout temps - et les nouvelles sectes dangereuses, pieuses escroqueries et pièges à crédules.
        "La distinction n'est pas aisée, toutefois, dans la mesure où rares sont les mouvements qui sont totalement bons ou mauvais. C'est pourquoi il faut définir des critères objectifs et précis, qui serviront à juger de la bienfaisance ou la malfaisance de n'importe quel mouvement : secte ou Église (p.197).
        On voit clairement que cela ne fut pas fait par le gouvernement pour établir sa liste. Sans réparation possible.


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