• Au sujet d'Antoine et d'autres guérisseurs (Le Fraterniste, 22 août 1912)

    Au sujet d'Antoine et d'autres guérisseurs (Le Fraterniste, 22 août 1912)MISE AU POINT

     Un peu de bonne foi et
                     à défaut un peu de logique

     AU SUJET D'ANTOINE
                 ET AUTRES GUERISSEURS.

          Rabelais avait découvert que, dans le cœur de chaque homme (et de chaque femme ?) sommeille un animal dont le nom rime avec bouchon – et je ne crois pas qu'il eût si tort que cela...
        Mais, hélas ! la jalousie, souvent sans raison, y somnole fréquemment, voisinant avec la méchanceté, voire même la cruauté...
        Et cela tient, tant à notre avidité de jouissance, de bien-être matériel, qu'à la vie toute fiévreuse et toute factice que nous menons, sans exclure la mauvaise éducation que nous donnons à nos enfants. Notamment, au sujet de la cruauté, nous les laissons torturer les animaux (ce qui est une lâcheté) et – devenus grands – ils s'exerceront sur leurs semblables – les autres êtres de la création ne leur suffisant plus,  – or, ceci les mène, parfois, au sadisme...
        Ces réflexions me sont suggérées par le cas récent de deux « Antoinistes » (?) qui ont laissé mourir leur enfant, faute de soins.
        Je ne connaissais nullement Antoine, et je n'ai jamais eu, ni de près, ni de loin, aucun rapport avec lui, je suis donc à mon aise pour en parler.
        Mais j'ai des yeux, qui ont lu ; des oreilles, qui ont entendu ; et je sais qu'Antoine (peu m'importe à l'aide de quels moyens) a obtenu des milliers et des milliers de cures, même dans des cas désespérés...
        Or Charcot, le grand Charcot lui-même ! ne l'a-t-il pas dit : la foi guérit...
        Et parce que deux êtres – (sont-ce des fous, des malades, des criminels ?) – se recommandant de l'« Antoinisme » ont laissé mourir un enfant, faute de soins, voilà la presse qui clame contre les guérisseurs !...
        Remarquez que la même presse, il y a quelques jours, a reconnu les cures considérables d'Antoine... "Considérez cette phrase (textuelle) du juge d'instruction :
        « Vous auriez dû aller chercher un médecin, ainsi que vous l'aviez fait pour le premier enfant né de vos relations avec la veuve Sautet et qui mourut, néanmoins, bien que soigné autrement que par des prières... »
        Nous avons la rage de prendre l'exception pour type de la règle.
        Un frère (quand il y en avait encore) commettait-il un acte contraire à la morale, la presse rouge de crier : « Tous les frères sont des satyres ! »

        Mais alors ?
        Il y a des sage-femmes qui avortent, des notaires qui lèvent le pied, des boursiers qui filent à Bruxelles, des médecins qui empoisonnent, des juges prévaricateurs, etc., etc...
        Faut-il en déduire que sage-femmes, notaires, boursiers, médecins, juges, etc., sont tous des monstres ? Je ne le crois pas...
        Et au nom de cette science, dont les faillites sont de plus en plus nombreuses et les erreurs journellement reconnues, on incrimine des pratiques, des procédés qui produisent, chaque jour des résultats stupéfiants...
        Rappelez-vous le cas de ce « rebouteux » poursuivi, qu'on voulait faire passer pour charlatan...
        En plein tribunal, devant un aréopage composé de tous les plus illustres et officiels médecins légistes, il désarticule un chevreau vivant... Puis, s'adressant à tous ces « princes de la science », il leur demanda s'ils pourraient remettre l'animal sur ses... pattes. Ce fut en vain. Tandis que lui, en deux tours de main, il avait réparé le chevreau, qui s'enfuyait à toutes pattes...
        Nous sommes jaloux du succès d'autrui, même quand cela ne nous touche pas directement...
        Jamais le « Væ victis » n'a été plus en faveur que de nos jours.
        Dans une foule, que trois personnes en désignent une quatrième, en criant : « Au voleur ! à l'assassin au satyre !, celui-ci sera immédiatement saisi par cent poignes vigoureuses et déchiqueté.
        Et, fait curieux, cette foule, prise indivisément, c'est... vous, c'est moi, c'est tout le monde – des êtres, individuellement, pas autrement méchants...
        Devant le succès, nous nous contentons de grogner, de rage ; devant la chute, nous mordons.
        Faut-il en conclure que tous les guérisseurs, etc., sont dignes de foi ? Non, pas plus qu'il ne serait exact de dire qu'aucun médecin ne sait soigner...
        Mais il y a lieu de voir et de juger sans idée préconçue, sans parti-pris. On doit reconnaître le bien où il est, et ne pas tirer une conclusion de l'unité, pour la généralité, surtout quand les faits acquis sont là pour militer en faveur de la généralité...
        Vous croyez le peuple bien aveugle, pour admettre qu'il ne puisse faire la part entre le vrai et le faux ?...
        Vos attaques, au contraire, à l'encontre du but que vous prétendez poursuivre, risquent de tourner contre vous, car la mauvaise foi perce toujours...
        Qu'a déclaré, du reste, Leclerc ?
        « C'est en lisant un article, hostile au père Antoine, que je me suis senti converti à cette religion... »
        Vous voyez donc bien...
        Loin de moi l'idée de défendre Leclerc et sa compagne : ils ne m'intéressent nullement...
        Mais j'ai voulu me servir de cet exemple pour dire ma façon de penser – laquelle est partagée, j'en suis convaincu, par la majorité du public.

                                          Le Professeur CABASSE,
                          Lauréat de l'Académie de Médecine
                                                                          Paris.

    Le Fraterniste, 22 août 1912


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