• En restant dans la religion, nous noterons aussi le présence du Temple Antoiniste, construit en 1927, en souvenir du Père Antoine qui, quinze ans plus tôt, fit sa dernière promenade à Nandrin ; pris de malaise, il fût accueilli chez madame Dardenne, qui fit une flambée pour le réchauffer, bien qu'on fût au mois de juin en pleine fenaison. Il décéda quelques jours plus tard. Nous ne sommes pas ici pour analyser les différentes philosophies, mais on peut penser, que disparaissait ainsi un grand humaniste, peut-être trop mystique pour être plus connu.

    Patrimoine du Pays de Nandrin, Numéro 84 - Hiver 2001-2002


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  • L'appréhension des « sectes » par le système d'administration de la justice pénale belge
    Benjamin Mine, Direction Opérationnelle Criminologie, Institut National de Criminalistique et de Criminologie, benjaminmine@yahoo.fr

    Comment certaines pratiques ou certains groupements sont-ils appréhendés en tant que « sectes » par le système d'administration de la justice pénale belge ? Il s'agit plus particulièrement de rendre compte de la manière dont s'opère en Belgique le découpage de l'« objet-secte » au niveau judiciaire en s'appuyant sur l'analyse de 179 dossiers ouverts au sein de cinq parquets correctionnels entre 1991 et 2005. Ces développements conduisent à soutenir l'hypothèse selon laquelle la puissance des pouvoirs publics peut s'apprécier à un autre niveau, non dénué d'efficacité dans la régulation de la matière, que celui de la pénalité.


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  • Pourtant, à mesure que le pays s'indus-trialise et qu'avec l'industrie se répand le socialisme, l'incré-dulité fait des progrès. Mais si le catholicisme est en recul, du moins ne recule-t-il pas devant une autre Église. Ceux qui l'abandonnent ne le remplacent pas. La propagande protestante n'a abouti qu'à des résultats sans proportion avec ses efforts. Dans les derniers temps, une secte piétiste, les Antoinistes, a gagné quelques adeptes dans certaines parties des régions wallonnes. En somme, le sentiment religieux, comme il arrive habituel-lement dans les pays catholiques, ne semble s'alimenter que par l'Église. Il ne survit guère dans les âmes de ceux qui s'éloignent d'elle. A cet égard, l'expérience arrive à des résultats iden-tiques dans toutes les parties du pays. Il paraît inexact de dire que le Flamand est plus religieux que le Wallon. La vérité est que l'Église conserve mieux son empire sur le premier que sur le second. Mais l'un et l'autre, s'ils en sortent, s'abstiennent également de substituer une autre foi à celle qu'ils délaissent.

    Henri Pirenne, La Belgique et la Guerre Mondiale,
    PUF, Paris, 1928,
    Chapitre Premier, La Belgique à la veille de la guerre
    § I. Le pays et ses habitants, p.11
    source : www.digibess.it/


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  •      Hier, est arrivé chez la sage-femme un homme d'une quarantaine d'années, blond-roux, avec des yeux bleus, des joues creuses, et l'air un peu fou. Mais il était si ému ! Sa petite voiture l'attendait devant la porte.
         — Partons, partons tout de suite, disait-il. Il ne tenait pas en place.
         Le mari de la sage-femme le regardait avec sympathie « Encore un piqué ! »
         Bref, les voilà partis.
         Une heure plus tard, la sage-femme revient. L'enfant n'est pas encore près de naître. Ce sera pour cette nuit.
         — Je m'en doutais, dit le mari.
         Le soir, vers six heures, l'homme blond-roux reparaît, toujours en auto. Sa femme souffre. Ce sera bientôt le moment. Et la sage-femme repart avec lui.
         Elle rentre dans la nuit, vers deux heures. Son mari, mal réveillé, demande :
         — Ça c'est bien passé ?
         — L'enfant est mort...
         Quoique n'en pouvant plus de fatigue, elle raconte :
         — C'est des Antoinistes.
         Il y avait un portrait du P. Antoine au-dessus du lit. Tout le temps qu'elle souffrait, elle disait à son mari :
         — Élève ta pensée, Marcel, élève ta pensée !
         — ...m'en doutais, répond le mari.
         — Elle a pleuré au moins pendant une heure.
         Là-dessus ils s'endorment.
         Ce matin, la sage-femme retourne soigner sa malade. L'homme blond-roux la ramène chez elle en auto, et là qu'apprend-elle ? Que le cadavre du petit est dans le spider.
         — Vous êtes fou ? Pourquoi avez-vous fait cela ? Il ne répond rien. Elle appelle son mari.
         — Marcel ! Il a mis le... le petit dans le spider !
         — Il est fou ?
         — Mais c'est pour que ma femme ne le voie pas, dit-il.
         Marcel est furieux.
         — Vous vous rendez pas compte ? Et s'il vous arrivait un accident ? Hein, sans blagues... Vous êtes malade ?
         L'autre convient qu'il n'avait pas pensé à cela.
         — N'importe qui pourrait ouvrir le spider, dit la sage-femme.
         — Écoutez : rentrez chez vous tout de suite. Remettez ce... petit, dans un lit, dans un berceau... Sortez-le de là, bon Dieu !
         L'homme blond-roux a l'air complètement idiot.
         — Je sais bien que ce que je fais là est mal, dit-il, mais c'était pour que ma femme ne voie pas. Je vais suivre votre conseil.
         Et il s'en va.
         Il s'en va, mais il veut passer chez un menuisier commander le petit cercueil, et mettre tout de suite l'enfant dedans.
         — Ne faites pas ça... Rentrez chez vous.
         Il part enfin.
         — En voilà un drôle de coco ! dit le mari. Il pourrait nous faire avoir des histoires. Qu'est-ce qu'on penserait, si...
         — C'est à frémir.
         La matinée passe. Ils déjeunent, mais ils sont inquiets Avec un pareil... quoi ?
         — Y a pas de noms, pour des types comme ça. Allons chez lui.
         Il habite dans un faubourg. Sa maison est en bordure de route. La route de Paris. Et l'auto est arrêtée devant la porte.
         Ils sonnent, L'homme blond-roux apparaît.
         — Où est l'enfant ?
        Toujours dans le spider !
         — Je ne veux pas que ma femme le voie. Je ne veux pas que la femme de ménage le voie...
         — Rentrez l'auto au garage tout de suite ! Sortez l'enfant de là.!
         — Oui.
         Toute la matinée, il s'est baladé en ville, avec l'enfant mort dans le spider. Il est allé à la mairie, au cimetière, voir le fossoyeur, chez un menuisier.
         — En voilà une histoire, dit Marcel...
         Tant pis, il ne quittera plus son client que l'enfant ne soit enterré...

    LOUIS GUILLOUX, Grimaces
    Fragments d'un livre à paraître aux E.S.I. (Editions sociales internationales) sous le titre : Histoire de Brigands.
    in Europe, 15/07/1936 (N°163).


    Description
    Ajouté par bettyboop17 le 11-03
    Un officier sanguinaire, un vieux paysan philosophe, un enfant moqueur, une gueule cassée... Les Histoires de brigands fourmillent de ces figures contrastées, personnages fugitifs et prosaïques qui peuplent le théâtre grotesque de la vie. Croquant " sur le vif " ceux qui l'entourent et plaçant l'observation sociale au cœur de son art, Louis Guilloux dénonce, sans faire de concession, l'avarice et l'ignorance tant bourgeoises qu'ouvrières. Epuisées depuis 1936, les Histoires de brigands recèlent tout l'univers des grands romans de Louis Guilloux, de La Maison du peuple au jeu de patience, sans oublier son chefs-d'œuvre, Le Sang noir : Cette nouvelle édition, augmentée d'une trentaine d'histoires dont certaines sont publiées pour la première fois en livre, se clôt sur une correspondance inédite de l'auteur avec Jean Paulhan.


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  •     Deux mois auparavant venait de mourir, à Jemeppe, Antoine le guérisseur, ancien mineur de fond, magnétiseur et mystique à la porte duquel se pressait, depuis plus de dix ans, une foule ininterrompue de malades et de fervents. Il avait été condamné, en 1901, à 26 francs d’amende pour exercice illégal de l’art de guérir ; en 1907, il comparaît une nouvelle fois devant le tribunal correctionnel de Liège, soutenu par “une foule grouillante, énorme, passionnée”, mais il est cette fois acquitté, les faits qui lui sont imputés n’ayant pu être établis à suffisance.
        Acquitté ou condamné, Antoine poursuit sa carrière sans trop se préoccuper des lois. Il a pour lui les forces inébranlables de ses convictions et de sa popularité. Pour les praticiens non patentés de grande envergure — aussi différents puissent-ils être les uns des autres — le passage au tribunal est plus souvent un piédestal, à la fois consécration et mesure de leur succès, qu’une épreuve dissuasive. A ces occasions, s’élève des salles d’audience toujours bondées un murmure admiratif et bienveillant : dans une société dominée par les inégalités et les conflits sociaux, celui-ci formule l’espoir toujours recommencé et l’enchantement de guérir, de comprendre le monde selon les lois de son propre désir.


    Carl Havelange, Les Figures de la guérison (XVIIIe-XIXe siècles)
    Quatrième partie. Enthousiasmes et résistances : le corps médical sur les chemins du pouvoir (1830-1914)
    Chapitre III. A l’ombre du discours médical : récurrences et doléances
    p. 345-398
    1. Au cœur du débat : la concurrence des empiriques
    source : http://books.openedition.org/pulg/377?format=toc


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