•     - Pendant ce temps, continua Loustau, Mme Loustau s'était mise à la religion, mais là pour de vrai, comme on se met à la boisson. Je la reconnaissais plus ma femme. Elle me cousait des reliques dans la doublure de mon gilet, un genre d'osselets, et elle voulait que je mange plus que des légumes, mais là j'me suis pas laissé faire ! Elle était devenue antoiniste.
        - Antoiniste ? interrogea Seznec.
        - C'est l'église du père Antoine, répondit vivement M. Jules, dans le quartier de la Glacière. C'est une religion à part, mais il y en a beaucoup qui y croit, surtout dans le treizième. Il paraît qu'ils ont fait beaucoup pour le quartier, les antoinistes.
        - Je disais donc, reprit Loustau, que la bourgeoise était devenue antoiniste et elle croyait dur comme fer que c'étaient ss prières qui m'avaient guéri. "Mon homme est un miraculé", qu'elle disait à tout le monde dans le quartier et quand on se promenait ensemble, on me regardait comme un phénomène. Moi, je continuais à aller à Laribo [Lariboisière] pour mes piqûre, à la consulte externe, et tous les trois mois je revenais me faire voir chez les oculistes. Les infirmières me reconnaissaient : "Bonjour, m'sieu Loustau." Toutes m'appelaient par mon nom et Papa-la-brioche rigolait en me voyant : "Sacré Loustau, qu'il disait toujours, ça se maintient ? - Mais oui, chef, ça se maintient." Il me montrait aux petits jeune qui me regardaient avec des yeux ronds. Et puis j'en ai eu marre d'être piqué, j'ai laché la consulte... Mme Loustau me répétait : "Je n'y crois pas à leurs piqûres" ; elle me conseillait l'eau antoiniste et des onguents de curé. (1) "Fiche-moi la paix, que je lui ai dit un jour, tu m'emmerdes avec tes antoinistes..." Et on s'est plus parlé pendant un mois jusqu'à ce qu'un soir...
    [...]
        - Ils m'ont injecté dans le sang le paludisme... la fièvre de Sibérie, qu'ils appellent ça là-bas. (2) Ça vous donne très froid d'abord, tu claques des dents, puis très chaud, tu sues sang et eau et tu montes à quarante et même quarante-deux... Maintenant, c'est tassé. J'deviens chronique, qu'ils disent. C'est pour ça qu'ils m'ont envoyé à Pépète [la Salpêtrière]. Le mal a perdu de sa force. Je n'y vois pas encore bien et, tien, en ce moment, Lalouette, il me semble que t'as deux têtes.
        - Quoi ?
        - Je dis que quand je ferme un peu les yeux, il me semble que d'as deux têtes.
        Lalouette porta la main à son long cou et la remonta jusqu'à son visage comme pour s'assurer qu'il restait unique.
        - Enfin, je les ai quand même un peu mes yeux, je marche mal, c'est entendu, je lance mes guibolles en avant, mais je marche. C'est supportable maintenant. Et ils ne me piquent plus. C'est tassé dans l'ensemble. Mais quand je pense que tout ça c'est la suite d'un quart d'heure avec une grande morue que j'avais rencontrée près des Halles, la jupe au-dessus de genou, et qui m'avait emmené à l'hôtel, l'hôtel Rhamsès, tiens, rue Coquillière, à côté du marchand de fromages, j'me dis qu'y a pas de bon Dieu et que les catholiques et les antoinistes c'est du pareil au même. A cause de cette putain de putain, de cette garce de garce, de cette traînée, de cette roulure, je n'ai plus de cheveux, je n'ai plus d'yeux, je n'ai plus de jambes. C'est pas justes.

    Jean Delay, L'écarté de la grille (3), p.169-170 et p.174
    in Hommes sans nom, nouvelles, Gallimard, Paris, 1948


    (1) Invention de l'auteur ou pratique courante à l'époque ? Impossible de le savoir. Ce qui est sûr, c'est que le Père lui-même réprouvé ces méthodes, puisqu'il fit préciser que la fontaine qu'on trouve à l'intérieur du temple ne sert qu'à désaltérer les adeptes venant parfois de très loin (cf. l'article consacré à la fontaine du temple dans le thème Dévotions au Père).
    (2) Au début du XXe siècle, avant les antibiotiques, les patients atteints de syphilis étaient volontairement « traités » en les infectant avec le paludisme, pour leur donner de la fièvre. Dans les années 1920, Julius Wagner-Jauregg commence à traiter les neurosyphilitiques avec le paludisme induit par P. vivax. Trois ou quatre accès de fièvre se révèlent assez pour tuer les bactéries de syphilis, tandis que l'infection de paludisme est arrêtée avec la quinine. En contrôlant précisément la fièvre avec la quinine, les effets des deux maladies peuvent alors être maitrisés. Bien que certains patients soient morts de la malaria, le traitement valait mieux qu'une mort certaine de la syphilis. Le traitement thérapeutique par le paludisme ouvrit la voie aux recherches en chimiothérapie et resta pratiqué jusque vers 1950. (article paludisme de Wikipedia)
    (3) L'écarté est le nom d'un jeu joué à l'aide de carte. Le groupe qui discute et joue à ce jeu se trouve toujours près de la grille de la Salpêtrière, d'où le nom de cette nouvelle.


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  • Titre :     Le Syndrome du berger
    Auteur :     Jean-Yves Roy
    Édition :     Boréal, 1998
    Format :     276 pages

    Résumé :
        Notre fin de millénaire comporte son lot de convictions extravagantes. Suicides et homicides reliés aux activités des sectes inquiètent l'opinion publique. On est souvent tenté d'attribuer ces phénomènes à des techniques abusives de lavage de cerveau ou à la manipulation mentale. Le gourou, le « berger », est un prédateur, un criminel, qui enchaîne ses victimes à ses perversions ou à ses délires.
        Aussi séduisantes, voire aussi justes qu'elles puissent être, les théories du berger prédateur ont toutefois en commun une même lacune. Une secte ne peut exister sans la contribution d'un personnage singulier : l'adepte. La vraie question n'est-elle pas en effet de savoir pourquoi des gens adhèrent à de pareilles propositions ? Qu'est-ce qui les attire, les fascine et que toutes les dénonciations de toutes les séductions charismatiques du monde omettent de décrire ? C'est cette part de l'adepte que Jean-Yves Roy tente ici de cerner, en développant le concept de « dépendance dogmatique ».
        Comment certains individus, atteints de délire d'élection, passent une partie importante de leur vie à recruter de nouveaux adeptes ? Comment certaines personnes en viennent à consacrer leur vie à la quête obsédante d'un berger susceptible de leur apprendre la vérité absolue ? Comment ces deux univers se rencontrent et interagissent ? C'est cette interaction, souvent complexe, que l'auteur nomme le « syndrome du berger ».

    A propos de l'auteur :
        Jean-Yves Roy est psychiatre et psychanalyste. Adjoint à l'Université de Montréal, il est également attaché à l'hôpital Louis-H.-La Fontaine et au Centre Dollard Cormier.

    Extraits :
    Chapitre 4 : Contextes culturels
    Rose compassion (p.98-99)
        Après la Seconde Guerre mondiale, l'Etat semblait vouloir se substituer aux organismes charitables dans la prise en charge de l'indigence ou de la souffrance. Cette volonté témoignait d'une définition généreuse de la santé, qui englobait le développement social de l'individu, et indiquait aussi clairement le caractère nécessaire - et non aléatoire - qu'on reconnaissait à ce bien-être. Progressivement, toutefois, cette idéologie de l'opulence a fait place à une idéologie néolibérale plus restrictive. Différents analystes font coïncider ce retournement avec la crise du pétrole du début des années 70. Constatant les limites d'un socialisme parfois naïf, l'Etat démocratique moderne a voulu limiter son rôle. Un vide relatif s'est ainsi créé, ouvrant un espace indécis à la compassion.
        La famille s'est aussi effondrée, amplifiant ce désarroi, cependant qu'on réclame du citoyen de plus en plus d'efficacité, lui tenant le discours sur la qualité totale. Le sujet de nos sociétés se trouve coincé entre une exigence qui n cesse de s'accroître et une infrastructure de soutien de plus en plus ténue. Cette situation a donné naissance à une sociologie de la sécularisation ou de la laïcisation, que Dawson et ses collaborateurs associent volontiers à la montée récente du dogmatisme.
        Qui donc, dans un pareil contexte, va prendre en charge la compassion ?
        De nombreuses entreprises dogmatiques ou charismatiques ont saisi cette lacune de nos cultures et profitent de la souffrance pour attirer et endoctriner les paumés du productivisme. Au moment où le sujet en a grand besoin, elles lui proposent un accueil inconditionnel. Alors que chacun méprise le raté ou le malade, elles lui offrent un pardon. Sincère dans un grand nombre de cas. Une compassion réelle. Ce geste, en soi, n'a rien de fanatique, loin de là. C'est dans un tel esprit que se sont développées les oeuvres de mère Teresa. Et de nombreux rapports font état de groupes dogmatiques qui ont procuré à leurs commettants un soulagement authentique, sinon une guérison psychologique.
        Il est pourtant des circonstances où la compassion elle-même peut se fanatiser. Il est des sectes, en effet, qui, bien que dépourvues de toute compétence réelle en matière de soins autant que du sens des responsabilités, ont discerné la détresse de certaines personnes et y ont répondu, saisissant le pouvoir qu'elles pouvaient en tirer. C'est le désir d'emprise du berger ou le délire d'élection au coeur de son action qui permettent d'identifier de tels groupements. L'humilité réclamée des sujets devient humiliation ; l'acquiescement à certaines réalités difficiles, résignations déshumanisante.

    Chapitre 5 : Le chemin le plus fréquenté (p.121)
        Depuis Jonstown, Charles Manson, Waco, l'OTS, l'affaire du gaz sarin et la secte Aum de Tokyo, Marshall Applewhite et la comète de Hale-Bopp, l'Oklahoma de Timothy McVeigh, l'intérêt des media pour les sectes et le phénomène dogmatique en général n'a cessé de croître. Le problème de la presse, cependant, c'est qu'elle se doit de rejoindre un vaste public. Il arrive donc qu'elle simplifie certains exposés dans le but de maintenir l'intérêt de ses lecteurs. Question de conserver à l'événement qu'elle rapporte son caractère sensationnel. Cette démarche, par ailleurs nécessaire, est propice à la diffusion des préjugés réducteurs mais populaires, qu'elle amplifie et cristallise dans des jugements à l'emporte-pièce. Dès que l'on veut dépasser le niveau de la sensation, il nous faut débusquer ces préjugés, dénoncer ces simplifications qui nous convainquent mais n'ont rien de commun avec la vérité. Il nous faut, en un sens, quitter la secte de nos convictions médiatiques, faire le deuil de nos croyances rassurantes, abandonner le berger journaliste pour entreprendre une démarche de connaissance mieux assortie à la réalité.

    Chapitre 6 : Le jeu de la certitude
    Accueil et recrutement : la première illumination
    Une vérité rudimentaire (p.147)
        Parce que, tout simplement, fascinés par le dogme qui les porte, ils [le berger ou gourou et ses adeptes] oublient que la vérité n'existe pas et qu'on est sans cesse en train d'en recréer une version précaire, seul comptant le processus qui nous amène à du plus vrai.

        L'auteur nous rappelle que nous sommes des homo interpretens, nous interprétons toujours le monde, la plupart du temps par du prêt-à-penser (la culture environnante dans laquelle nous avons baigner au fil des ans), et rarement, en cherchant par nous même hors des sentiers battus.

    Chapitre 10 : Retracer la question
    Apprendre et créer (p.225)
        La science voudrait remplacer la composante conviction par l'esthétique d'une démonstration, la rigueur d'un raisonnement, l'exactitude d'une évidence. L'épidémie de convictions dogmatiques que l'on traverse démontre que cet espoir n'est pas réaliste. Les philosophes soutiennent que la science ne répond par aux questions existentielles sur le sens de la vie et de la souffrance. C'est vrai. Cette lacune justifie assurément une partie des démarches dogmatiques. Mais il y a plus : la démarche scientifiques, en tant que telle, est neutre et a peu à voir avec les composantes affectives. Or, si notre connaissance est bimodale, particulaire et ondulatoire, elle est surtout affective. Nous avons besoin d'espoir, d'enthousiasme ou de cohérence, tout autant que d'exactitude.
        Il est intéressant de voir comment, dans un tel contexte, le maître se comporte avec son disciple.
        Nous avons dit antérieurement que le disciple se met en quête d'un maître au moment où la culture ne répond plus à ses attentes. Il constate alors que sa question coïncide avec un non-encore-pensé. Conscient de sa vulnérabilité, ayant perdu ses certitudes, il s'en ouvre à son maître.
        Alors que le berger imposteur saisit cette occasion pour imposer sa réponse, le maître est attentif à la demande du disciple. Il sait que sa question est à la clé d'un processus vital. Il sait surtout qu'en interrompant cette quête avec une réponse toute faite il bloquerait la machine à penser.
        Il invitera plutôt le disciple à consulter les cultures qui se rapprochent de sa question. Il lui transmettra comment, dans le monde actuel, on pense ce genre de chose. Mais il prendra bien soin de ne pas lui laisser croire qu'il s'agit d'une réponse définitive. Au contraire, il lui indiquera les vides de cette connaissance : des vides à l'intérieur desquels le disciple pourra poursuivre sa démarche personnelle.
        Sachant aussi que, pour poursuivre, le disciple a besoin de motivation, le maître en appellera, à la curiosité du disciple, l'incitera à fouiller, à dépasser les premiers énoncés. Ici, encore, sa démarche diffère de celle du berger imposteur. Ce dernier vend de la conviction. Le maître offre une denrée affective tout aussi efficace : la curiosité. Au moment de recevoir le prix Kalinga pour ses talents exceptionnels de vulgarisateur, Fernand Seguin déclarait qu'il s'était toujours fait un devoir de transmettre non pas de la connaissance, mais du désir de connaître.
        A la différence de la conviction, cette curiosité permet de tolérer l'incertitude inévitable tout au long du parcours de représentation.
        Le sens n'est jamais évident a priori. Il est la conséquence de l'oeuvre, de la démarche ou du processus. Parvenir au sens suppose que l'on s'arme de patience, que l'on fasse confiance. Le maître sait que, dans cette aventure, le désir, la curiosité, l'espoir sont bien plus prometteurs qu'une certitude. Il instille le désir.
        On peut tenir le même raisonnement au sujet de la création. A la différence que la création aborde de façon plus directe le non-encore-pensé, non seulement par soi, mais par la culture.
        Les experts affirment que le volume de nos connaissances double tous les sept ans. Pourtant, malgré ce rythme rapide, notre besoin de métaphores nouvelles n'est jamais étanché.
        En explorant ses questions propres, il arrive que le sujet rejoigne une questio qui préoccupe d'autres personnes. Les métaphores qu'il invente pour supporter sa propre incertitude seront assurément utiles au moins à quelques autres. Que ce soit un roman ou un nouvelle théorie de l'atome importe peu. Pour se maintenir, la vide de la pensée à besoin de métaphores qui lui permettent d'aborder d'autres champs d'incertitude, de non-encore-pensé.
        Le berger n'envisage pas ainsi sa créativité. Il a tellement besoin d'être reconnu, tellement besoin de recruter des adeptes qu'il oublie que toute métaphore est aussi un service à la collectivité. Ce qu'il tente de faire croire, c'est qu'il détient, du fait de son élection, une vérité absolue et incontestable. Il n'imagine guère cette vérité comme une phase relative d'un processus. Il ne peut l'entrevoir que comme la consécration d'une apothéose, la sienne.
        Au moment du retour, l'enfant prodigue [prodigue par rapport au berger et à son retour d'un dogme sectaire] devra désapprendre cette certitude. Il devra découvrir la curiosité, l'enthousiasme, le désir et accepter que ce désir n'engendre pas la certitude mais simplement l'élan nécessaire pour poursuivre une marche incertaine.

    Chapitre 12 : Autonomie de pensée (p.245-246)
        La France, particulièrement touchée par cette extravagance de pensée, a publié en mars 1997 un volumineux rapport sur les sectes. A sa suite, on a mis sur pied un observatoire interministériel permanent, dont la fonction est "d'étudier le phénomène, de rassembler toute l'information disponible dans un centre de documentation accessible au grand public et de la diffuser, d'assurer l'accueil et l'information du public [...] formuler des propositions au gouvernement [...] et de faire rapport au premier ministre."
        En annexe au rapport, on trouve une liste de 189 groupes déclarés sectaires. Le YMCA y figure, au même titre que l'OTS. A l'évidence, la volonté de vigilance l'emporte sur le sens commun. Dans la foulée de cette méfiance ainsi légimitée, les groupes antisectes européens, français ou belges entre autres, ont adopté des attitudes qui frôlent parfois la paranoïa pure et simple. Pareille inflexibilité ne peut guère promouvoir une compréhension adéquate du phénomène. Cet état de fait est en partie relié à une méconnaissance encore répandue de la réalité culturelle ou clinique du dogmatisme en général.

    Chapitre 12 : Autonomie de pensée
    Le lieu de la dépendance (p.252-253)
        Il est une autre prétention de nos cultures démocratiques qui nous devons nuancer. Officiellement, en effet, nos cultures préconisent l'autonomie des concitoyens. Les statistiques démontrent pourtant que nous avons encore, à ce sujet, une longue route à parcourir.
    [...]
        En tant que moyen d'altérer la conscience, le groupe dogmatique présente plusieurs avantages. Contrairement à la plupart des drogues qui produisent un effet spécifique, sédation, excitation ou modification de la perception, le groupe dogmatique varie ses effets en fonction des circonstances. Contrairement à la drogue qui tire son pouvoir de la substance, la consommation de vérité est associée à la fréquentation d'un groupe à haute densité relationnelle. Pour plusieurs, elle apparaît donc comme une solution immédiate au besoin de cohérence et de conviction. Un besoin que ne comble pas la culture pluraliste et démocratique dans laquelle nous vivons.

    _____________

        Pour finir ses extraits, je peux vous conseiller, pour avoir un bon aperçu de ce que peut être une vie selon un principe dogmatique sectaire, de lire Un bonheur insoutenable de Ira Levin (ce livre à l'avantage de présenter cette vie de façon neutre, voire presque méliorative). Ainsi que le célèbre 1984 de Georges Orwell.
        Pour la problématique de la liste des sectes, lire : Les rapports Etat-Eglises à l’épreuve des nouvelles minorités, La controverse sur les sectes dans les pays francophones [http://www.willyfautre.org/conferences/1999/19990515GeneveFr.pdf]


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  • Richard SEIWERATH, Le culte Antoiniste entre les deux guerres (Organisations et évolution)

    2004 - 4
    Mémoires

    ULG

    Richard SEIWERATH, Le culte Antoiniste entre les deux guerres (Organisations et évolution),
    Liège, lic., ULG, 2004 (Francis Balace).


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  •     Les Aventuriers de Dieu, le titre est bien choisi. En effet, pas d'hagiographie, pas d'Evangiles, on est ici dans le registre biographique simplement, "loin de tout esprit polémique" comme le souligne la 4e de couverture.
        Et on suit donc les aventures de ces héros : aventure prestigieuse, saga familiale, histoire célèbre, mais toujours évènement spirituel.

        Le biographe est un professionnel (spécialiste des familles royales et journaliste à Point de Vue, il est l'auteur d'une vingtaine de livres traitant des grands destins et des « têtes couronnées ») : c'est intéressant à chaque chapitre, on se passionne pour ces vies hors du commun, pourtant l'auteur sait aussi parfois nous faire redescendre sur terre par un mot ou un phrase qui remet en contextes historique et actuel (il faut s'en remettre à la bonne foi de Joseph Smith concernant ses révélations, un chapitre de Science et Santé de Mary Baker-Eddy censuré depuis lors pour raisons doctrinales, Ramakrishna qui chemine aux périlleux confins de la folie...). Bref une sorte de suite de l'ouvrage de Paul Lesourd sur les Solutions religieuses, sans prosélytisme, mais juste pour découvrir l'origine de la croyance des autres.
        Sans prosélytisme, car l'auteur met en garde dans sa bibliographie : "Avec toutes les réserves, mises en garde d'usage, et l'ardent conseil au lecteur d'exercer son discernement à l'encontre de certains groupes dont le fonctionnement sectaire voire dangereux a pu être dénoncé ici ou là...".
        En effet, outre de présenter les portraits de sept fondateurs de religion, aux XIXe et XXe siècles, comme l'annonce le site de l'auteur (http://phidelorme.free.fr/phid/), le livre se termine par quelques autres Aventuriers de Dieu, dont Gilbert Bourdin qui dirigea la communauté du Mandarom à Castellane, Lafayette Ron Hubbard, fondateur de la Scientologie, Alexandre Freytag, fondateur des Témoins de Jéhovah, Sun Myung Moon, fondateur de la célèbre secte Moon (en janvier 1975, Ouest France est le premier organe de presse du monde à utiliser l'expression « la secte Moon »), Claude Vorilhon, alias Raël, et Gabriele Wittek, fondatrice de Universelles Leben, la Vie Universelle.
        Mais aussi Sri Aurobindo, Auguste Comte, Jiddu Krishnamurti, Ngo Minh Chieu, Maharishi Mahesh Yogi, Mirza Ghulam Ahmad, Yoshikazu "Kotama" Okada, Sathya Sai Baba, Rajneesh Chandra Mohar (Bhagwan Shree Rajnesh ou Osho), ou Menahem Mendel Schneersohn, qui sont des personnages plus difficiles d'accès et qui, jusqu'à maintenant du moins, n'ont pas donnés lieu à des 'dérives sectaires".
        Si les baha'is croient que les prophéties se sont arrêtés avec le Bab et Baha'u'llah, d'autres croient que de nouvelles révélations ont et auront lieu, comme les Mormons, Gabriele Witteck, qui est quant à elle en communication transcendantale avec Jésus-Christ. Profitons alors de ces liens entre les dieux et nous pour en apprendre plus sur nous-mêmes, mais sachons aussi qu'un lien entre la divinité et l'homme est possible sans intercesseur, comme nous l'apprend le Père et le Védanta, selon lequel, "chaque école spirituelle indique un itinéraire vers l'Absolu, une chance supplémentaire donnée aux hommes de s'immerger dans l'Atman, l'Âme universelle (p.144).

        L'auteur nous présente donc un point de vue neutre, et sans erreur (un détail, ça ne sera pas à la frontière néerlandaise que Louis sera cantonné, ça sera la seule erreur notée pour Louis Antoine), aussi les élans de poésies que l'on peut trouver dans ces textes fondateurs de nouvelles religions.
        Ainsi chez Joseph Smith pour l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des derniers jours : "Notre religion est entre notre Dieu et nous. Leur religion est entre leur Dieu et eux".
        Pour Mary Baker-Eddy, pour la Science chrétienne : "La prière, la vigilance et le travail, unis à l'immolation de soi, sont les moyens accordés par la grâce de Dieu pour l'accomplissement de tout ce qui a été fait avec succès pour la christianisation et la santé du genre humain".
        Pour le baha'isme, "O fils de poussière ! Rends-toi aveugle, afin que tu puisses contempler ma beauté ; bouche-toi les oreilles, afin que tu puisses entendre la douce mélodie de ma voix ; vide-toi de toute science pour que tu puisses partager mon savoir, et purifie-toi des richesses, afin que tu puisses obtenir une part durable de l'océan de ma richesse éternelle".
        Pour Ramakrishna, "La connaissance conduit à l'unité, comme l'ignorance à la diversité, se plaira-t-il à répéter. En fait, jnana et bhakti ressemblent à deux droites parallèles qui convergeraient à l'infini. Si l'une plonge dans la matérialité - Maya -, alors que l'autre lui nie tout degré d'existence, elles sont toutes deux en quête du Divin, quelque forme - ou non-forme - qu'on lui assigne : Maya est à Brahman ce que le serpent en mouvement est au serpent en repos. Maya est la force active, Brahman la force potentielle. Brahman et Maya sont comme l'eau de l'océan, parfois calme et parfois soulevée par les vagues. L'océan calme est Brahman, et l'océan tumultueux Maya".
        Pour Simon Kimbangu, "Ils [les protestants] me dirent que je devais être catéchiste ; mais chez moi on me dit que je n'avais pas d'esprit. Je me cachai dans ma maison. Je me jetai la face contre terre et je priai. Alors j'eus un songe et Dieu me dit : 'J'ai entendu votre prière : les gens pensent qu'il faut de l'esprit pour faire mon oeuvre, mais je vous donnerai ce qui surpasse'."
        Pour Michel Potay : "Dieu a fondu Jésus en Lui, en a fait un Dieu, au sens du retour de l'homme à 'l'image et ressemblance' divine, à quoi tout croyant est appelé".

        On est donc loin des livres sur, ou plutôt contre les "sectes" qui sont en ventes partout encore actuellement. Comparons les méthodes de Philippe Delorme avec Paul Ariès, "spécialiste des sectes, de la pédophilie et de la mal-bouffe", auteur de Les sectes à l'assaut de la santé, 2000. Le premier commence chaque récit de "prophète" par un passage de l'Apocalypse (pour Louis Antoine, chapitre 10-1 : "Puis je vis descendre du ciel un autre ange plein de force, enveloppé d'une nuée. Au-dessus de sa tête était l'arc-en-ciel"). Le second commence chaque chapitre par un bout des écrits, hors-contexte, contexte qu'il ne cherche pas à comprendre, qu'il ne remet absolument pas dans l'époque, et qui ne veut donc plus rien dire. On reviendra à ce livre. La bibliographie de Philippe Delorme montre que les sources pour son livre ont été premièrement les textes des "prophètes" même, ce qui est un point important quand on veut comprendre une spiritualité.

        Chaque chapitre des Aventuriers de Dieux évoque également la communauté actuellement : pour l'antoinisme, p.224 : "Sous l'impulsion de Catherine Antoine - la "Mère" - la nouvelle religion connaîtra un essor considérable durant l'Entre-deux-guerres. Si depuis lors, un certain reflux s'est fait sentir, cent cinquante mille fidèles vénèrent encore l'ancien mineur de Jemeppe, et lui demande la guérison physique ou spirituelle. Les plus convaincus arborent un costume noir, à l'image du Père et de la Mère Antoine : lévite pour les "frères", robe plissée, bonnet et voile pour les "soeurs". Ainsi, selon la belle expression de Robert Vivier, biographe du prophète wallon : "les antoinistes passent dans un monde frivole ainsi qu'une procession sévère". On compte aujourd'hui une soixantaine de temples, essentiellement en Belgique et en France. Et dans chacun de ses lieux de culte, chaque matin à dis heures sauf le vendredi et le samedi, le "desservant" procède silencieusement à l'"opération", au nom du Père...".


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  • Titre :        Dictionnaire des monothéismes (Broché)
    Auteurs :    de Collectif (Auteur), Jacques Potin et Valentine Zuber (Sous la direction de)
    Broché :     400 pages
    Editeur :     Bayard (16 octobre 2003)
    Collection :     Religions en dialogue


        On lit dans l'article "Guérison" dans la partie Christianisme, et c'est assez rare pour le signaler :

        Le culte antoiniste, fondé en 1906 par Louis Antoine (1846-1912), sans s'opposer à la médecine, considère la maladie physique comme une transposition dans le corps d'une maladie de l'âme.

    Dictionnaire des monothéismes, Jacques Potin et Valentine Zuber (Sous la direction de), p.277

        Les auteurs: Jacques Potin : Spécialiste d'histoire biblique et ancien rédacteur en chef de la revue Le Monde de la Bible. Bibliographie : Jésus en son pays, Bayard, 1996. Cette année à Jérusalem, Bayard, nouvelle édition 2000.
        Il est entouré de 3 spécialistes : Valentine Zuber, pour la partie consacrée au christianisme : professeur de sociologie des religions à l'École pratique des hautes-études, spécialiste de l'histoire de la laïcité, chercheur au CNRS. José Costa, pour le judaïsme : spécialiste d'hébreu rabbinique et du midrach, professeur d'hébreu biblique. Khashayar Azmoudeh, pour l'islam : spécialiste de l'islam chiite.

    source : amazon.fr


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