• David Taylor - The Wandering Whale (1985)

    Auteur : David Taylor (1934-2013)
    Titre : The Wandering Whale and Other Adventures from a Zoo Vet's Casebook
    Édition :
    London ; Boston : G. Allen &​ Unwin, 1984

        La traduction allemande du livre So ein Affentheater - Abenteuer mit wilden und zahmen Raub- und Streicheltieren (Wilhelm Heyne Verlag, München) est disponible gratuitement. L’expérience et une série de livre de ce vétérinaire anglais ont été racontées dans une série de documentaire pour BBC television sous le titre One by One.

        Dans le 4e chapitre (Kim, l’orque, p.66-67), l'auteur se rend au temple antoiniste de Nice pour trouver l’origine du mal de Kim (Oum).

     

    Extrait :

         Der Graf fuhr fort: «Ich schlage vor ... nun ja. Sie werden es vielleicht ein bißchen bizarr finden, aber ... Also, ich habe für Sie morgen früh in Nizza eine Zusammenkunft mit einer Schwester von der Antoine-Sekte vereinbart.»
        «Mit einer Schwester von der Antoine-Sekte?»
        «Sie ist phantastisch — eine Hellseherin, würde man sagen. Sie weiß alles, sieht die unglaublichsten Dinge voraus.»
        Er erklärte mir die Zusammenhänge. Die Antoinisten waren eine Sekte, die zur Jahrhundertwende gegründet worden war und nach den Schriften des belgischen Bergwerkarbeiters Louis Antoine lebte. Ihre Lehre hatte christliche, pantheistische und theosophische Elemente, und die Mitglieder pflegten durch Handauflegen Kranke zu heilen. Die Schwester in Nizza war als Medium berühmt. Der Graf hatte Kim heimlich fotografiert und der Dame vor einigen Tagen das Bild gebracht, worauf sie gesagt hatte, bei dem Schwertwal stimme etwas nicht in der Wand zwischen Magen und Darm. Überdies hatte er das Bild noch einer Hellseherin in Paris gezeigt, der berühmtesten in Frankreich, die von Präsident Mitterand und anderen bedeutenden Persönlichkeiten regelmäßig konsultiert wurde. Auch die zweite Hellseherin hatte nach kurzer Betrachtung des Bildes ohne Umschweife erklärt: «Bei dem Tier steckt etwas in der Wand zwischen Magen und Darm.» Keinem der beiden Medien hatte er verraten, daß Kim krank war, und keines wußte etwas von Schwertwalen und von Tierheilkunde.
        «Sie sehen also ... wenn Sie mit der Sœur in Nizza sprechen wollen ...»
        Die Anregungen des Grafen durften nie leichtgenommen werden. Wenn es ihm nicht todernst gewesen wäre, hätte er sich niemals persönlich von Paris aus mit mir in Verbindung gesetzt.
        «Ja, natürlich gehe ich hin», antwortete ich. «Ich nehme Riddell mit. Mein Französisch reicht für medizinische Fragen, aber ins Esoterische kann ich mich damit nicht versteigen.»
        «Gut. Sie wird Sie um neun Uhr in der Kapelle erwarten.» Mein Reisewecker gab die elfte Stunde an. Ich wartete auf Erleuchtung. «Drei Dinge», hatte die Sœur gesagt. Eine Mischung von Präparaten? Drei neue Wege der Therapie? Drei Akupunkturstellen? Mein Geist wartete, obzwar nicht ganz überzeugt, auf eine Inspiration. Über die schwarze Leinwand meiner geschlossenen Augen zogen Bilder: Kim, die bemerkenswerte kleine alte Schwester und immer wieder die Zahl drei.
        Nichts geschah. Der Verkehrslärm tobte weiter. Der Staubsauger des Zimmermädchens summte draußen auf dem Gang. Eine halbe Stunde lag ich entspannt, gefaßt auf die Erleuchtung. Es sollte nicht sein. Ich stand auf und begab mich ins Delphinarium.
        «Na?» fragte Riddell mit hochgezogenen Brauen, als ich sein Büro betrat. «Was müssen wir tun?»
        «Ich habe keinen Hinweis erhalten», erwiderte ich.
        In diesem Augenblick platzte Martin herein. «Um Gottes willen, kommen Sie und sehen Sie sich Kim an!» stieß er hervor. «Ich glaube, er ist erblindet!»
        Wir drei rannten durch die Anlagen zum Walbecken. Kim schwamm eben auf die andere Seite hinüber. Riddell nahm eine Handvoll Heringe aus dem Fischeimer und warf sie dem Wal auf einigen Abstand vors Maul. Es gab ein lautes Geplätscher, und wie aus einer Träumerei erwacht, erschrak Kim, machte die Schnauze auf und schnappte nach ihnen. Er verfehlte sie, und sie sanken neben ihm in die Tiefe. Er drehte sich unsicher nach ihnen um, und da sah ich das eine Auge. Es war schneeweiß. Kim vollführte einen vollen Kreis, um die Heringe zu suchen. Da er jetzt in klarem Wasser lebte, hatte er wie die meisten gefangenen Waltiere den Gebrauch seines Echolots aufgegeben. Das andere Auge kam in Sicht. Es war ebenfalls farblos.
        «Sie haben recht, Riddell», murmelte ich bedrückt, «er kann überhaupt nichts sehen.»
        Ich zog mir hastig einen Taucheranzug an, stieg in Kims Becken und schwamm zu ihm hinüber. Es war am besten, die Augen unter Wasser aus der Nähe zu besichtigen. Meine Befürchtungen wurden bald bestätigt: Die weißen Augen bedeuteten nicht nur eine Entzündung der Hornhaut, sondern etwas viel Ernsteres. Tief im Innern des Auges saß eine Infektion.
        Die Bakterien hatten aus dem verborgenen Herd einen schrecklichen Guerilla-Überfall verübt. «Ich muß sofort damit beginnen, Chloramphenical in die Augen zu injizieren», sagte ich, nachdem ich aus dem Wasser gestiegen war. «Es sieht furchtbar aus!» Nie habe ich mich, glaube ich, in den ganzen fünfundzwanzig Jahren, die ich im Kampf gegen die unzähligen Krankheiten exotischer Tiere verbrachte, derartig niedergeschmettert gefühlt.

     

    Traduction :

         Le comte poursuivit : "Je suggère... Eh bien. Vous pourriez trouver cela un peu bizarre, mais .... J'ai arrangé un rendez-vous pour vous demain matin à Nice avec une sœur de la secte d’Antoine."
        "Avec une sœur de la secte d’Antoine ?"
        "Elle est fantastique – une médium, pourrait-on dire. Elle sait tout, prévoit les choses les plus incroyables."
        Il m'a expliqué le rapport. Les Antoinistes étaient une secte fondée au début du siècle et qui vivait selon les écrits du mineur belge Louis Antoine. Son enseignement comportait des éléments chrétiens, panthéistes et théosophiques, et les membres guérissaient les malades en imposant les mains. La sœur de Nice était connue comme médium. Le comte avait secrètement photographié Kim et il y a quelques jours, il avait apporté à la dame la photo dans laquelle elle avait dit qu'il y avait chez l'orque un problème dans la paroi entre l'estomac et les intestins. Il avait également montré l'image à un médium à Paris, le plus célèbre de France, qui était régulièrement consulté par le président Mitterrand et d'autres personnalités. Le second voyant, après un bref regard sur l'image, avait aussi expliqué sans hésitation : "Il y a quelque chose dans la paroi entre l'estomac et les intestins de l'animal". Il n'avait dit à aucun des deux médias que Kim était malade et ne connaissait rien aux orques et à la médecine vétérinaire.
        "Alors tu vois... si tu veux parler à la Sœur à Nice..."
        Les suggestions du comte ne pouvaient jamais être prises à la légère. S'il n'avait pas été mortellement sérieux, il ne m'aurait jamais contacté personnellement depuis Paris.
        "Oui, bien sûr que j'irai", répondis-je. "J'emmène Riddell avec moi. Mon français est assez bon pour les questions médicales, mais pour les questions ésotériques je ne m’y fierais pas.
        "Bien. Elle t'attendra dans la chapelle à neuf heures." Mon réveil de voyage indiquait la onzième heure. J'attendais l'illumination. "Trois choses", avait dit la Sœur. Un mélange de préparations ? Trois nouvelles thérapies ? Trois points d'acupuncture ? Mon esprit, bien que pas tout à fait convaincu, attendait une inspiration. Des images ont été dessinées sur la toile noire de mes yeux fermés : Kim, la remarquable petite vieille sœur et encore et encore le chiffre trois.
        Il ne s'est rien passé. Le bruit de la circulation a continué à faire rage. L'aspirateur de la bonne fait un ronron dans le couloir. Pendant une demi-heure, je restai allongé, détendu, préparé à l'illumination. Ce n’était pas possible. Je me suis levé et je suis allé au delphinarium.
        "Alors ? demanda Riddell, les sourcils relevés, en entrant dans son bureau. "Que devons-nous faire ?"
        "Je n'ai reçu aucun conseil", lui ai-je répondu.
        C'est à ce moment que Martin a fait irruption. "Pour l'amour de Dieu, viens voir Kim", a-t-il lancé. "Je crois qu'il est devient aveugle !
        Tous les trois, nous avons couru à travers les installations jusqu'à la piscine des baleines. Kim a nagé jusqu'à l'autre côté. Riddell a pris une poignée de harengs dans le seau à poisson et les a jetés devant la bouche de la baleine à une certaine distance. Il y eut une forte ondulation, et comme réveillé d'un rêve, Kim fut surpris, ouvrit son museau et se jeta sur eux. Il les a ratés, et ils ont coulé à côté de lui dans les profondeurs. Il se tourna incertain dans leur direction, et là j'ai vu un œil. C'était blanc comme neige. Kim a fait un tour complet pour chercher les harengs. Maintenant qu'il vivait dans une eau claire, il avait abandonné l'utilisation de son échosondeur comme la plupart des baleines capturées. L'autre œil est apparu en vue. Il était aussi incolore.
        "Tu as raison, Riddell," murmurai-je déprimé, "il ne voit rien du tout."
        Je me suis empressé de mettre une combinaison de plongée, j'ai grimpé dans la piscine de Kim et j'ai nagé jusqu'à lui. Il était préférable de voir les yeux sous l'eau de près. Mes craintes se sont vite confirmées : les yeux blancs ne signifiaient pas seulement une inflammation de la cornée, mais quelque chose de beaucoup plus grave. Au fond de l'œil, il y avait une infection.
        La bactérie avait perpétré une terrible attaque de guérilla à partir du foyer caché. "Je dois commencer à injecter du chloramphénicol dans les yeux immédiatement," dis-je après être sorti de l'eau. "Ça a l'air terrible ! Je ne me suis jamais senti aussi écrasé en vingt-cinq ans de lutte contre les innombrables maladies des animaux exotiques.

     

        L’orque Kim est décédé au Parc Marineland d'Antibes (Alpes-Maritimes) le 24 juillet 1982. Une autopsie a alors révélé un abcès du poumon.


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  • Michel Crépu - Quartier général (2004)

    Auteur : Michel Crépu
    Titre : Quartier général
    Éditions : Grasset, Paris, 2004

    4e de couverture :
        Quand j'ai commencé à écrire Quartier Général, je voulais explorer l'alchimie secrète d'un destin littéraire. Je pensais à une figure d'écrivain : non celle du « grandécrivain », trop évidente, mais celle, plus mystérieuse, du météore. Qu'est-il venu dire ? Quelle est sa trace ? Que peut-on en déduire ? En cours d'écriture, j'ai vu, presque malgré moi, se dessiner une époque. Dans le livre, celle-ci correspond à la période qui va du milieu des années 70 à l'extrême fin du XXème siècle. Quelques signaux sont là, comme des symptômes. Écroulement du communisme, déroute des « grands récits », disparition des avants gardes, avènement tranquille du nihilisme mou. Le météore s'appelle Baume. L'époque, il la traverse, il l'habite à sa façon, il est son étranger de l'intérieur. [...] L'ensemble est raconté par un narrateur discret, Jacques Cambray, qui a été, en quelque sorte, le témoin de Baume. Il voit les choses à sa manière, on doit lui faire confiance. Chemin faisant, il construit un curieux objet littéraire. Autobiographie ? Portrait ? Journal ? Chronique ? Aventure ? Après tout, l'écrivain, c'est peut-être lui.
    source : https://www.grasset.fr/quartier-general-9782246652816

        Michel Crépu, né le 24 août 1954 à Étampes, est un écrivain et critique littéraire français, notammen au Masque et la Plume sur France Inter, à Tout arrive sur France Culture.
    source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Cr%C3%A9pu

        La page wikipedia sur l'Antoinisme indique que le roman "évoque un office antoiniste dans le XIIIe arrondissement de Paris". Dans Google Books, une partie du livre est en lecture libre, mais ne donne à lire qu'une référence avec le mot antoiniste :
        "En même temps, Baume poursuit ses relevés... Ce soir-là, il me raconte qu'il a assisté à une séance de culte « antoiniste », dans une petite chapelle du XIII" arrondissement. Une petite dizaine de personnes rassemblées pour le « Père » et lui au milieu, jouant le jeu, un parfait petit antoiniste. Nous allons ensuite dans un club de jazz, rue Quincampoix, où Baume a des amis, encore la Suède."


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  • Les Désordres de l'homme (Semaine des intellectuels catholiques 13°, 1960)

    Titre : Les Désordres de l'homme
    Semaine des intellectuels catholiques 13°, Éditions Pierre Horay,
    Edition du 9 au 15 novembre 1960

        Évoque l'antoinisme dans le chapitre de M. Joseph FOLLIET, Sociologie des déviations du sentiment religieux (p.151-152).


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  • Point de Vue 25 sept 47 (n° 132)

    Auteur : Directeur de la publication : Maurice Penin
    Titre : Les Antoinistes
    Éditions : Point de vue, 3e année - N° 132 - 25 septembre 1947 - 24 pages

        On peut lire un article consacré à l'antoinisme dans la série "À la découvert des religions inconnues" du magazine Point de Vue.

        Sous une photographie de Germaine Krull, on lit la légende suivante : CETTE CURIEUSE PHOTOGRAPHIE a été prise par un reporter indiscret au cours d'une cérémonie antoiniste. L'objectif a fixé les fluides malsains s'échappant de ce corps douloureux.
        Sous la photographie de l'intérieur du temple de Jemeppe, avec le Père et la Mère, on lit : LE CULTE ANTOINISTE compte quarante-sept temples de ce genre, ouverts à tous, surtout à ceux qui souffrent.

        L'article est le suivant :
        LES ANTOINISTES offrent la guérison par la prière quotidienne
        C'EST peut-être parce qu'il était un simple ouvrier mineur des environs de Liége que Louis Antoine, fondateur d'une religion qui compte aujourd'hui des milliers d'adeptes en Europe, a compris qu'il fallait avant tout, pour réussir dans le métier de prophète, s'adresser à l'humanité souffrante. Les temples parisiens du culte antoiniste, rue du Pré-Saint-Gervais et rue Vergniaud, sont ouverts jour et nuit, à tous les déshérités, pour lesquels l'existence est d'abord un purgatoire.
        Les servants du culte refusent tout paiement en espèces. Ils offrent gratuitement des prières en guérison des maux du corps qui, disent-ils, ne sont que les conséquences de nos erreurs passées. Pour débarrasser l'être des fluides néfastes qui l'habitent, il faut s'adresser avec ferveur à la miséricorde divine. Ces cérémonies d'exorcisme sont publiques. Elles se déroulent devant les effigies photographiques grandeur nature du Père Antoine, de sa compagne, la Mère Antoine, et devant l'arbre de la Science.

    Point de Vue 25 sept 47 (n° 132)

    cliquez pour agrandir


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  • A-Z Hebdomadaire illustré n°11-3 Juin 1934

    Auteur : Charles Pétrasch
    Titre : Chez les Antoinistes à Liège
    Éditions : A-Z Hebdomadaire illustré n°11, 3 Juin 1934

        Un article qui évoque les Antoinistes, notamment de Liège. L'Opération y est décrite particulièrement, et le texte est reproduit ici.


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  • Détective n°288 7 janv 1952

    Auteur : Jean Bazal (Reportage photo. M. Coën, Agence Grap, DÉTECTIVE.)

    Titre : Religions étranges : IV. Les Antoinistes

    Éditions : Qui ? - Détective - L'hebdomadaire des secrets du monde - n°288, 7 janvier 1952, p.18-19

     

        Reportage sur les adeptes de Nice, dont les desservants Jean et Thérèse Benedetto. Le récit, dont le titre complet est "Les Antoinistes ne croient qu’à l’influence du fluide pour régénérer l’humanité“, est partagé en 4 chapitres : L’apostolat du Père Antoine, Une robe symbolique, Le fluide qui guérit, La foi du tigre.
       On pense que l'auteur fait une erreur dans le prénom de la desservante qui doit être Joséphine.

     

        Les photos sont à consulter dans la section concernant le temple de Nice.


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  • Michel Déon - La Chambre de ton père (2004)

    Auteur : Michel Déon
    Titre : La chambre de ton père - souvenirs
    Gallimard, 2004, 144 pages
    puis Folio, 2005, 128 pages

        Le roman se déroule à Paris et à Monaco dans les années 1920 et suit un jeune garçon, Édouard, appelé Teddy. Le livre est une autobiographie romancée basée sur l'enfance de Déon.
        Yasmina Reza déclara dans Le Figaro (19/10/2006) que le livre est "l'un des plus beaux récits de chagrin qu'on puisse lire".

    « Ses parents lui disaient : "C'est impossible que tu te souviennes. Tu n'avais pas un an quand nous avons quitté l'appartement rue de la Roquette." Il persistait et, jusqu'à un âge très avancé, la perfection de cette image est restée la même.
    Plus tard, il s'est beaucoup interrogé sur cette vision si bien gravée dans sa mémoire, mais s'est refusé à consulter un spécialiste de la psychiatrie infantile sur l'éclair de lucidité qui, pour une raison inconnue, illumine la mémoire d'un nourrisson et y imprime, à jamais, une image en couleurs, une image d'ailleurs sans importance, alors qu'il aurait tant aimé en garder une autre, par exemple celle de son père et de sa mère penchés sur son berceau ou s'embrassant. »

    http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/La-chambre-de-ton-pere

     

        Un extrait évoquant les Antoinistes à lire dans ce billet.


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  • Germaine Krull - Culte Antoiniste (1928)

     

    Germaine Krull - Temple Antoiniste (1930)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

        Germaine Krull est une photographe allemande, née le 20 novembre 1897 à Wilda Poznań (alors dans l'Empire allemand, aujourd'hui en Pologne), morte le 31 juillet 1985 à Wetzlar (Hesse).

        En 1925 ou 1926, Germaine Krull s'installe à Paris. Son approche « objective » de la photographie, sa fascination pour la machine et son « détournement poétique et graphique », l'architecture métallique et le monde industriel, et la modernité de ses sujets lui valent le surnom de « Walkyrie de fer » ou « Walkyrie de la pellicule ». La Nouvelle Revue française publie alors une petite monographie dans une collection intitulée Photographes nouveaux. Influencée par le photographe László Moholy-Nagy, elle fréquente les surréalistes et rencontre Éli Lotar et Florence Henri. Elle collabore ensuite au nouveau magazine français VU.

        Elle s'installe en 1935 à Monaco, où elle travaille jusqu'en 1940 pour le casino, photographiant les célébrités.

     

        Elle est l'auteur de deux photographies représentant des sujets antoinistes. Elles ont été mises aux enchères par des maisons de vente qui ont publiées le résultat sur Internet.

    - lot 98 chez Millon & associés
    CULTE ANTOINISTE
    Temple, procession, la mère d’Antoine, Crète, quelques
    photographies amateur
    7 photographies - Formats divers
    + doc. (lettre, prospectus, « L’Unitif ») 100 / 150 €
    source : http://www.millon.com/html/fiche.jsp?id=2027360&np=1&lng=fr&npp=10000&ordre=&aff=&r=

     

    - lot 22 chez Serge Plantureux
    Germaine Krull (1897-1985) & alii
    Culte Antoiniste
    Paris, 1928
    Deux épreuves argentiques d'époque, 208x185 et 120x90 mm, le verso de la vue du temple porte le tampon de Germaine Krull.
    source : https://issuu.com/sergeplantureux/docs/btp_03-2015_

     

    - lot 203 chez Oger-Blanchet
    Le culte antoiniste, reportage de 1930 par Germain Krull.
    Épreuve d’époque
    source : http://ogerblanchet.fr/html/fiche.jsp?id=6187638&np=11&lng=fr&npp=20&ordre=&aff=1&r=


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  • Jean Delay - Homme sans nom (1948)

    Auteur : Jean Delay
    Titre : L'écarté de la grille
    in Hommes sans nom, nouvelles,
    Éditions : Gallimard, Paris, 1948

     

        Docteur en médecine, Jean Delay devint médecin des hôpitaux de Paris en 1938. Agrégé en 1939, il obtint le statut de professeur de clinique des maladies mentales et de l’encéphale en 1946. Son observation de la Salpêtrière, à la fois dans Hommes sans nom et Les Reposantes, rejoint celle d'André Baillon qui écrivit aussi sur l'univers de la Pépète dans Un homme si simple et Chalet 1.

        Cette nouvelle, dont le nom vient du jeu de cartes que les pensionnaires de la Salpêtrière jouaient prêt de la grille, évoque les Antoinistes de Paris aux pages 169-170 et 174. 

     

        Recension :
    Jean Delay, L'écarté de la Grille,
       Gallimard, 1988, 132 p.
        Publié en 1948 sous le pseudonyme de Jean Faure. L'écarté de la Grille faisait partie du livre intitulé Les hommes sans nom. Jean Delay médecin des hôpitaux psychiatriques retrace ici l'expérience qui sans doute fut la sienne au contact des « grands fous » de la Salpêtrière. Ce récit dédié à André Gide fait la part belle à l'imaginaire fantasque de l'abbé-a-la-jambe-de-bois dit l'abbé John. En cet après-midi du 14 juillet, derrière la Grille du quartier des hommes, les joueurs de cartes Loustan, Lalouette et Monsieur Jules assistent fascinés, abasourdis, rieurs comme ces enfants qu'enchantent le vol des papillons et les cris effarouchés des nourrices haletantes, aux paraboles métaphysiques, évangéliques et loufoques de l'abbé John, l'homme dont les recherches en bibliothèque et le physique trivial de bassesse les déconcertaient. Les impressionnaient aussi l'« expression bestiale du visage, le teint basané d'un mulâtre, le front démesuré dont les cheveux étaient mal plantés, des oreilles décollées et velues, des joues et des bajoues enluminées et chargées de graisse, des lèvres molles et épaisses, un menton fuyant, entourant un nez énorme largement épaté, de couleur aubergine ». Evidemment, ils avaient beaucoup de peine à l'imaginer disant la messe ou administrant les derniers sacrements. Et pourtant, leur curiosité est si grande, leur faim de savoir tellement tenace, leur appétit de vivre si farouche qu'ils interrompent leur partie d'écarté — où l'on écarte les cartes — pour l'écouter disserter sur les vastes étendues des terres africaines qui bourdonneront autour de ses oreilles de faune, ou se laisser aller à quelques confidences sur le désarroi qui le saisit, si justement, au moment où il s'apprêtait à se consacrer avec son grand-papa aux lépreux du monastère de Pernambuco. Le sacrifice fut fatal à l'abbé John : condamné au silence, « les épiscopes (lui) arrachaient sa raison de vivre. Adieu, flots mugissants qui emportaient les digues, adieu, fleurs capiteuses et rhéteuses de (ses) fécondes insomnies, adieu, ô (sa) soeur Hyperbole » !
        Né pour les soins de l'âme, l'abbé John dont la nature ardente ne trouvait plus d'exutoire dans l'éloquence évangélique succomba avec assiduité aux charmes de la Créature. « Aux charmes immanents de la Vénus carioque. » Il devint chamel de charité en charité.
        A sa virilité jaillissante, à l'incandescence de sa jeunesse, l'abbé-à-la-jambe-de-bois joint une exubérance volubile, un goût prononcé pour les citations érudites mais dépareillées. Il entraîne ses acolytes de la Grille « hors de la commune réalité » de leurs maux, « vers les plages fabuleuses où le vrai n'est peut-être pas le réel » ; où la parole libérée des contingences admises communément accède par-delà la misère à une fonction rare : celle de permettre à ceux qui l'écoutent de rêver à leur tour, non plus dans les limites obscures de leur nuit, mais au grand jour, là, au creux d'eux-mêmes où la fiction la plus audacieuse ressemble à s'y méprendre à la vérité. Phantasmes et fantaisie.
                                    Shoshana Rappaport
    Inaperçus, Lignes 1988/2 n°3, page 201, Éditions Hazan
    https://www.cairn.info/revue-lignes0-1988-2-page-195.htm


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  • Le Progrès Civique N° 416 du 06-08-1927

    Auteur : Dr. Marcel Réja
    Titre : Le Progrès Civique N° 416 Du 06/08/1927
    Les guérisseurs mystique - Le Culte Antoiniste par Réja

        L'auteur est également à l'origine du livre Au Pays des Miracles.

    AU PAYS DES MIRACLES

    Les guérisseurs mystiques : LE CULTE ANTOINISTE

    par MARCEL REJA

    Atteint d'une « maladie d'estomac » pour laquelle il avait été « condamné par la science », le Père Antoine, simple ouvrier métallurgiste, se vit guérir, par la simple vertu de la foi qu'il avait en Dieu.
        Echauffé par cet événement, il se mit à écrire les Révélations que Dieu lui dicta, et s'étant aperçu que comme jadis le Christ, il pouvait par sa parole et ses prières guérir les malades, il se livra sans réserve à cet apostolat.
        Ainsi fonda-t-il une manière de religion qui se réfère à un mysticisme plus ou moins chrétien avec mépris total de l'intelligence cause de tous nos maux, et considérations plus ou moins lumineuses sur la métaphysique et la psychologie. Mais le don de guérir fait passer sur toutes les divagations ! Le Père, comme ils disent, a laissé une école vivante surtout en France et en Belgique.
        Les Antoinistes sont des gens modestes et doux, ennemis de toute pompe et de toute vanité. Ils pratiquent les vertus de la primitive Eglise et leurs diacres qu'ils dénomment des adeptes refusent toute rétribution des fidèles, directe ou indirecte.
        Comme feu saint Paul, ils se font un point d'honneur de gagner leur pain quotidien par l'exercice d'un métier séculier, l'apostolat devant rester un exercice tout gracieux.
        D'ailleurs, les manifestations cultuelles sont réduites à un strict minimum. En Antoinisme, tout prosélytisme est sévèrement interdit comme attentatoire à la liberté individuelle. Le chant d'un cantique, le débit d'une homélie ? autant de manifestations théâtrales indignes d'un véritable esprit mystique.
        La demi-heure qui est vouée quotidiennement à l'exercice du culte est exclusivement consacrée à lire les Saintes Ecritures... antoinistes. Celles-ci consistent en deux petits livres que Dieu lui-même a dictés au Père Antoine et dont la distillation constitue la nourriture spirituelle et exclusive des ouailles.
         « Un seul remède, déclare le manifeste du Père Antoine, peut guérir l'Humanité : la Foi. C'est de la foi que naît l'amour : l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ; ne pas aimer ses ennemis, c'est ne pas aimer Dieu ; car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend digne de le servir ; c'est le seul amour qui nous fait véritablement aimer, parce qu'il est pur et de vérité. »
        Voilà le tréfonds de la doctrine du Père Antoine.
        Le Christ, son confrère, son prédécesseur, n'avait apporté au monde qu'une morale relativement imparfaite. Aimez-vous les uns les autres !... C'est très joli, mais c'est un peu sec. Poussant à fond la surenchère mystique, notre prophète s'écrie : « Aimez vos ennemis plus que tout au monde !... » et il étaie ce précepte de toutes les démonstrations et de tous les commentaires qu'il peut imaginer.

    *
    *   *

        La chapelle qui, à Paris, abrite les dévotions des frères en Antoinisme ne brille pas par son charme temporel. Quatre murs nus, une chaire à deux étages, des bancs pour les assistants : c'est tout. J'oubliais la pendule au mur et le portrait d'un derviche barbu qui représente le maître de céans. On peut bien dire que le plus dénudé des temples protestants, est un palais en comparaison de cette chapelle. Mais elle est le centre d'une vie mystique intense et le but de pèlerinage de nombreux malades qui, désespérant de la science humaine, viennent en appeler à l'Amour Suprême, à la Suprême Autorité.
        Mon premier contact avec l'Antoinisme fut assez pénible.
        Ayant un soir, à l'heure annoncée pour le service quotidien, gagné la petite chapelle qui s'adorne de l'écriteau « Culte antoiniste », je vis quelques ombres furtives se glisser par la porte entr'ouverte.
        Un vestibule minuscule, un écriteau recommandant au fidèle la plus rigoureuse simplicité pour ses obsèques (les Antoinistes ne meurent pas, mais ils se désincarnent), puis c'est la chapelle elle-même. Une atmosphère de pôle, une chape de glace qui vous étreint brusquement. Clairsemés sur les bancs, les fidèles attendent dans une gravité recueillie.
        Dans ce public où les femmes dominent, il y a des négociants qui n'ont pas l'air trop bien dans leurs affaires... des visages jaunis, des figures où flotte un relent d'anxiété. Quelques béquilles sonnent sur la dalle, quelques « uhms ! » trahissent des bronches inquiètes...
        Mais l'aiguille ayant atteint la demie, le cortège sacré fait son entrée... oh ! très simple : une femme tout de noir vêtue et qui semble une diaconesse, un adepte dont le costume rappelle celui d'un pasteur. Tous deux tête nue, la marche lente, l'allure compassée... Et les voilà qui s'installent face au public dans la chaire à deux étages lui surplombant, elle surplombée... Se sont-ils aperçus que nous sommes là ? Les voici qui se plongent au plus profond de la méditation (ou de la prière).
        Le silence rituel plane soudain. Il n'y a plus ni toux ni béquille, ni seulement respiration. La diaconesse figée tout à coup dresse vers le plafond son visage de matrone inspirée, tandis qu'à l'étage au-dessus, son compère, surpris au moment où il tournait la tête et sa barbiche tout de guinguois, offre l'image d'un fâcheux et définitif torticolis.
        Dans la salle, même effet de momification sur les assistants. Et les mains pieusement emboîtées l'une dans l'autre, avec des airs penchés, complètent pour chacun la silhouette du recueillement le plus édifiant.
        C'est le Musée Grévin qui vient d'envahir la chapelle tout à coup. C'est la minute de silence chère à tous les cercles mystiques. D'autres disent « Je demande un silence ! » ou bien : « Unissons-nous dans le silence ! » Les Antoinistes, soucieux de simplification, se contentent de s'immobiliser sans crier gare.
        Quoi qu'il en soit, cette momification est purement provisoire. Bientôt, la chaire s'anime à nouveau, si l'on peut dire. La diaconesse ouvre un livre relié de noir et commence à lire. Lentement, gravement, d'une voix neutre, monotone d'écolière qui ne comprend pas un mot de ce qu'elle récite, d'une voix entièrement désabusée de toutes les vanités terrestres, d'une voix nostalgique, mécanique, elle poursuit sa lecture.

    *
    *   *

        Cependant une sueur d'angoisse envahit mon front ; J'écarquille des yeux effarés... et je me demande si, par l'effet de quelque terrible indisposition, je ne suis pas devenu tout à coup stupide... J'entends distinctement chacun des mots distillés par la lectrice : ce n'est ni du latin, ni de l'hébreu, ni de l'anglais, ni du moldovalaque... c'est du français ! du français moderne !... et je n'arrive pas à comprendre un traitre mot !... Et ce qui m'inquiète le plus, c'est de voir qu'autour de moi mes frères inconnus conservent une parfaite sérénité. Il ne semble pas que cette prose les bouleverse. Ils écoutent ça comme ils écouteraient autre chose, avec un petit air convaincu.
        La lecture toutefois continue avec moins de régularité, la lectrice s'arrête un instant, jette sur la pendule un regard dénué de toute discrétion, lit encore quelques phrases, et tout à coup s'arrête, ferme le livre, se lève.
        Tout est consommé !
        Alors le surplombant se lève aussi, et sur son geste ordonnateur, le silence à nouveau plane. Le Musée Grévin sévit encore quelques minutes. Puis la voix de l'adepte s'élève :
        – Mes frères, au nom du Père, merci.
        C'est bien fini. Suivons le flot. Je sors complètement abasourdi. Pourtant, une des diaconesses qui veillent à la porte m'a chuchoté au passage d'un air mystérieux :
        – Demain, dix heures... La Grande Opération !
        Et je m'en vais, regrettant qu'une obligation de famille me prive précisément de ma liberté à cette heure-là.
        Cependant le regret de manquer une occasion pareille ne cesse de me lanciner. Et, le lendemain, au moment de prendre le train, je me décide tout à coup. Tant pis pour la famille ! Un taxi. J'arrive à temps à la petite chapelle... pardon, au petit temple. Et le cérémonial simpliste se déroule à nouveau. Mais, cette fois, la lectrice nous lit le texte des « dix principes de Dieu » tels qu'ils furent révélés par le Père :

                           PREMIER PRINCIPE
                   Si vous m'aimez
    Vous ne l'enseignerez à personne,
    Puisque vous savez que je na réside
                   Qu’au sein de l'homme.
    Vous ne pouvez témoigner qu'il existe
                   Une suprême bonté
    Alors que du prochain vous m'isolez.
                           DEUXIEME DRINCIPE
    Ne croyez pas en celui qui vous parle de moi
    Dont l'intention serait de vous convertir.
               Si vous respectes toute croyance
                            Et celui qui n'en a pas,
    Vous savez, malgré votre ignorance,
    Plus qu'il ne pourrait vous dire
    , etc., etc.

        Il y en a dix comme ça. Et c'est là le grand secret ! Et pour récupérer la bonne santé, ces dix principes sont un moyen incomparable, et c'est parce que le Père récitait ces dix principes qu'il obtenait des cures sans nombre, et c'est parce que ses successeurs ont conservé cette tradition que les malades accourent encore vers eux, de toute l'ardeur de leur foi...
        – Mes frères, au nom du Père, merci !
        De nouveau c'est la sortie. Mais, mieux renseigné cette fois, j'observe que beaucoup de fidèles restent à leur place. Ce sont les consultants... Ils ont fait appel à l'intercession curative du Père : leurs noms enregistrés sur un grand livre ont été ou seront communiqués à Jemeppe-sur-Meuse afin que la « maison mère » puisse d'urgence faire des prières à leur intention. Et maintenant, l'un après l'autre on les appelle dans un petit cabinet où l'officiant leur délivre une consultation... purement spirituelle. De bonnes paroles, quelques conseils d'hygiène, et surtout des prières... des prières et encore des prières.
        Car, ainsi que le Père l'a révélé, les plaies du corps ne sont que la conséquence des plaies de l'âme. C'est donc celles-ci qu'il convient de soigner si vous voulez guérir celles-là ! Et tout cela est rigoureusement conforme à la conception générale des mystiques pour qui la maladie n'est que la rançon d'une faute commise par le patient ou par quelqu'un de ses proches... Non que le Père ait jamais nié que la médecine pût guérir ! Il a dit textuellement, un jour ou par hasard il avait oublié d'être obscur :
        – Dans le cas où un malade s'adresse au médecin, c'est sa foi en celui-ci qui le guérit... Le médicament n'est rien en lui-même, notre pensée seule nous le rend efficace...
        Et voilà pourquoi, au moment même où je vous parle, les malades continuent de se rendre au culte antoiniste et d'y recueillir des guérisons véritablement étourdissantes (comme on en voit à Lourdes ou à Lisieux, comme on en voyait au temple d'Epidaure), car la foi appelle le miracle et le miracle appelle la foi... et il n'y a vraiment aucune raison pour que ça finisse !

                                    MARCEL REJA


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  • Maurice Magre - Lucifer (1929)

    Auteur : Maurice Magre
    Titre : Lucifer, roman moderne
    A. Michel, 1929

     

        Maurice Magre (1877 à Toulouse - 1941 à Nice) est un écrivain, poète et dramaturge français, défenseur ardent de l'Occitanie.
        Dans la seconde partie de sa vie, il s'intéresse à l'ésotérisme et mène une quête spirituelle, il devient martiniste mais ne cesse pas pour autant de publier de nombreux ouvrages, comme en témoigne la liste de ses œuvres. 
       En 1919, il découvrit La Doctrine Secrète, l'œuvre majeure de Mme Blavatsky, la cofondatrice de la Société théosophique.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Magre

     

    Recensions :

        Titre et auteur sont parfaitement adaptés l'un à l'autre. Le goût du mystérieux, de l'inconnu, a toujours été profond chez les hommes, M. Maurice Magre possède le sens du merveilleux, qui lui vient en droite ligne de la poésie. Il sait graduer avec science les ressources de l'imprévu. Son intrigue rebondit alors qu'elle paraît prête à se dénouer, se déroulant dans une atmosphère lourde de choses pressenties et indistinctes, de menaces extra-terrestres, d'influences imprécises et vagues. Mais en dehors et au-dessus de toute cette somme inquiétante qui étonne, attache et retient, l'auteur esquisse toute une philosophie du bien et du mal, nullement exempte de grandeur, et élève le débat à des idées générales qui dépassent de beaucoup le cadre d'un pacte passé avec le diable par son héros. 
       C'est tout le problème de l'au-delà, du conflit des tendances bonnes ou mauvaises chez les individus qui est évoqué avec une maîtrise et une sobriété remarquables sous les aspects d'un roman moderne. 
       Lucifer (Albin Mi-chel, édit.) unit harmonieusement la science et l'art. C'est un des plus beaux livres que nous ait donnés M. Maurice Magre. 

    Homme libre : journal quotidien du matin, 21 octobre 1929

     

     

        « Mon goût du mystère, avoue d'abord le héros de M. Maurice Magre, était si grand que je peuplais le monde d'énigmes, non pas pour les résoudre, mais pour m'y complaire et m'émerveiller. » Les énigmes du monde et singulièrement celles qui ont trait à la conduite de notre vie de chaque jour, on sait avec quelle foi et quelle ardeur M. Maurice Magre s'efforce de les pénétrer. Comment peut-on évoquer Lucifer sans évoquer en même temps le problème du bien et du mal. Nos actes nous suivent et aussi nos désirs et selon qu'ils ont été orientés vers le bien ou vers le mal, nous sommes de plus en plus, avec le temps, liés envers l'un où l'autre par une sorte de pacte. 
       Le héros de M. Magre est « un homme comme les autres, ni meilleur ni pire, courbé par la crainte, soulevé par le désir et qui n'avait jamais su aimer sincèrement que lui-même ». Dans un milieu où le romanesque vient de l'esprit assez hypocritement mêlé à la chair et de la recherche obstinée, inquiète des plus troubles traditions et des enseignements les plus ambigus des antiques sagesses, ce personnage s'achemine vers une tardive libération. Il est soumis essentiellement à l'envoûtement de deux êtres, nés du même père mais non de la même mère, « deux jeunes filles, deux lampes ! Mon double amour ! Le bien et le mal ». L'une, Eveline, est « inaccessible à tout désir, une mystique ». L'autre, Laurence, « était possédée, elle aimait les pauvres, non par charité, mais parce que la société les avait rejetés et qu'ils présentaient l'image de la damnation terrestre ». Laurence, créature de chair, avoue ceci : « Un grand bonheur me venait du désordre et de l'incertitude de la vie. » 
       Au terme de ses épreuves, dans l'apaisement d'une haute, humble et sereine conciliation. le héros de M. Maurice Magre s'écrie : « On ne peut avoir peur de ceux qu'on aime. Là est le secret. Aimer autant les mauvais que les bons. Davantage, même, car ils ont besoin davantage. La coalition de mille confréries de damnés ne saurait effleurer de la plu, petite ombre la rêverie d'une âme pleine d'amour. » 
       Dans ce livre, l'un des plus curieux et des plus émouvants qu'il nous ait été donne de lire depuis quelque temps, avec un très vif intérêt romanesque dû à l'art avec lequel il est mené et à l'etrantreté des milieux où il se déroule, se manifeste, sous-jacente, l'obsession fascinante, inquiétante du surnaturel et des puissances mal connues, avec le désir et l'amour des créatures de chair, ce désir « d'autant plus grand quelquefois qu'on va plus loin dans la poursuite de la spiritualité ». Il ne peut manquer de toucher jusqu'à les tourmenter, peut-être, ceux qui ont souci de leur vie intérieure, de leur destin et des redoutables mystères que sont les notions de bien et de mal. (Albin Michel.) 

    Paul CHAUVEAU. 

    Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, 1 février 1930


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  • Het Antoinisme in België (Wereldkroniek 24 Dec.1910))Nieuwe Rotterdamsche Courant 23-12-1910)

    Encart d'annonce dans le Nieuwe Rotterdamsche Courant (23-12-1910)

     

    Titre : Het Antoinisme in België
    Wereldkroniek, nummer van 24 Dec. 1910

        On n'en saura pas plus sur cet article, la source n'étant pas disponible en ligne et introuvable en bibliothèque.


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  • Le Marchand de Djèle (feuilleton par Tronçon du Férail dans Tatène 1er novembre 1912)

                        FEUILLETON DE Tatène        N° 4

                       LE MARCHAND DE DJÈLE

    Histoire authentique d’une Charrette en glaise

                        PAR TRONÇON DU FERAIL

    Résumé du chapitre antérieur : Gaëtan di Vèye Gheûye di Souk croit que pour sortir de la panade, il ne lui reste qu’un moyen : épouser une riche héritière. Il se jette aux pieds du premier Monsieur connu qu’il rencontre et lui demande la main de sa fille. Horreur ! Le Monsieur est célibataire.

                                        CHAPITRE V.
        Chercher une héritière, et pour ce, s’adresser à un célibataire, c’est bien la déveine acharnée, semblable en tout point à celle de ce brave homme mort d’asphyxie pour s’être administré un trop copieux lavement !
        Gaëtan en eut une mine si piteuse que, décidément, elle ne pouvait plus passer pour la « bonne mine » annoncée par Antoine le Guérisseur.
        Selon sa vieille renommée d'amabilité, M. Ch. Francotte en fut très marri et cet instant fut peut-être le seul en sa vie où il regretta de n'être point marié et père de famille, afin de tirer ce garçon d'embarras.
        Il le consola de son mieux en lui affirmant qu'il ne manquerait pas de trouver à Liège un cœur pour le comprendre et qu'en attendant ce jour heureux, il ne manquait pas à Liège de petites femmes, dignes de jouer l'âme-sœur provisoire et intérimaire.
        Hélas ! tout ce verbiage sentimental n'était guère fait pour contenter Vèye-Gheûye : c'était à la bourse et non au cœur que se trouvait la blessure et le moindre louis eut bien mieux fait son affaire que tous les sermons aimables. Mais, décemment, il ne pouvait avouer sa détresse, lui Vicomte, dont la noblesse remontait à l'âge de la pierre et des calculs biliaires, à un simple conseiller municipal de la cité liégeoise, fut-il doré comme un Crésus américain. Il s'en fut donc, la mort dans l'âme à la recherche d'une autre héritière.
        Sous un réverbère du quai de l'Université, il vit se profiler le corps long et maigre d'une dame à la démarche élégante enveloppée dans un ample manteau du drap le plus fin. C'était sans doute quelque personne d'âge rassis qui s'était attardée dans un comité de bonnes œuvres.
        Cette brave dame devait être la maman de nombreuses filles bien dotées et Gaëtan résolut de tenter une seconde fois l'expérience qui avait si mal réussi la première.
        Il s'élança donc, s'approcha fébrilement, retira son dix-huit reflets dans un geste arrondi où il suit toute son élégance, puis il commença son boniment : « Madame, j'adore votre fille... »
        Il n'alla pas plus loin : l'interpellée s'était tournée et aux yeux ahuris du Vicomte, se montra l'œil perçant et le profil olympien d'une personnalité liégeoise bien connue. La vieille dame c'était... Monseigneur Schoolmeesters !! Gaëtan s'enfuit tel un chien qui entendrait rebondir derrière lui un batterie de cuisine complète.
        C'est que si encore, il avait été bon chrétien, il aurait pu se recommander à l'abbé, mais depuis la prédiction de la « bonne mine » il avait adhéré sans réserve à l'antoinisme le plus pointu et s'il n'avait pas encore arbore la redingote funèbre et le tuyau en feutre mat des fervents disciples de l'Arbre de la Science de la vue du Mal, c'est parce qu'il trouvait ce costume absolument trop désavantageux pour quelqu'un qui attend tout de son élégante prestance.
        Gaëtan s'enfuit, il alla s'affaler sur un banc du boulevard Frère-Orban.
        Il rêva, il rêva longtemps puis, l'air étant pur, le ciel limpide et l'atmosphère tempérée, le sommeil l'envahit et durant de longues heures l'arracha aux soucis qui le tenaillaient...

    Feuilleton par Tronçon du Férail
    publié dans Tatène (Journal satirique de Liège) n°38 du 1er au 7 novembre 1912)

    Il manque des numéros dans la banque de numérisation https://donum.uliege.be/expo/tatene/, ce qui nous ne permettra malheureusement pas de savoir les détails de l’adhésion de Gaëtan à l’antoinisme.


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  • Jacques Valdour, Ouvriers parisiens d'après-guerre (1921).JPG

        Au pied de la Butte-aux-Cailles, les Antoinistes ont édifié un petit temple. Une inscription, placée près de la porte, le proclame ouvert jour et nuit à ceux qui souffrent. J'y entre un dimanche matin, à l'heure de l'office. La petite salle, qui peut contenir un peu plus d'une centaine de personnes, est emplie de fidèles : une vingtaine d'hommes et de femmes, tous vêtus de noir ou d'étoffes sombres. Immobiles, le regard fixe, ils écoutent, dans un recueillement profond, la lecture des « Œuvres » du « père » Antoine, que leur fait l'officiant, un homme déjà âgé, vêtu d'une longue lévite noire, assis dans une petite chaire au-dessus de laquelle s'étale, peint sur un panneau de verre, un arbre défini par cette formule : « L'arbre de la science de la vue du mal. » Et le mur du fond porte, écrit en lettres capitales : « L'enseignement du Père, « c'est l'enseignement du Christ révélé à cette « époque par la Foi. Un seul remède peut « guérir l'humanité, la Foi. C'est de la Foi « que naît l'amour... »
        D'une voix lente et monotone, nue et grise comme les murs de cette salle, le lecteur laisse tomber les phrases obscures où, revenant sans cesse, les mots « foi », « croyance », « Dieu », « conscience », « Providence », « le Père », s'amalgament. Mais, tout d'un coup, dans cette rédaction brumeuse, fulgure l'erreur infâme : «... Ce n'est que par la forme que les religions différent... Si Dieu ne peut faire le mal, il n'est pas libre... C'est nous qui faisons Dieu à notre gré.., Croyons que nous sommes Dieu nous mêmes ; croyons que nous pouvons ce que nous voulons... Je puis maintenant vous révéler ce qu'il en est de la conversion d'Adam. Il est faux que nos premiers parents aient péché. Adam, c'est le moi conscient ; Eve, le moi intelligent. Tout être doit passer par l'incarnation pour jouir du vrai bonheur... Adam vivait en Dieu, mais ne pouvait le comprendre parce qu'il était inconscient. Adam est venu apprendre sur la terre le bonheur dont il n'avait pas conscience. Le serpent est la loi de la liberté. La loi divine n'interdisait pas à Adam d'aller à Eve. Nous allons à Dieu par l'amour du prochain. L'amour vrai anéantit toute loi , Nous ne ressentons l'amour qu'à travers notre semblable. En se rapprochant d'Eve, Adam fonde l'édifice de la solidarité. Disons, comme Eve, que le serpent était le vrai Dieu. C'est par un effet de la Providence qu'Adam va vers Eve pour développer l'embryon de l'amour... Eve lui apparaît avec l'arme de la vérité, le serpent. On ne peut aller à Dieu que par son semblable. Eve l'apprend à Adam. Lui montrant le serpent : Voilà, lui dit-elle, le vrai Dieu, auquel vous ne pouvez aller que par moi, par la solidarité ; alors les lois n'existeront plus pour nous ; l'amour les aura surmontées... » 
        Ainsi donc, « le Serpent, voilà le vrai Dieu ». Il est « la loi de la liberté». Libre, il « peut faire le mal ». Or, « nous sommes Dieu nous-mêmes », et par conséquent libres, et libres de faire légitimement le mal : « nous pouvons ce que nous voulons ». C'est « l'incarnation » qui permet aux êtres de « jouir du vrai bonheur » — donc, le bonheur charnel — dans « l'amour du prochain », amour que nous ne ressentons qu'à travers notre semblable », comme « Eve l'apprend à Adam »; et cet « amour vrai anéantit toute loi ». « Croyons que nous pouvons ce que nous voulons. » 
       Les élucubrations, dont Antoine a noirci des pages d'une incohérence rédactionnelle fatigante, cachent le vieux levain panthéiste et aphrodisiaque des manichéens et des cathares, et la perversion secrète de ces doctrines apparaît tout à coup, à certains détours du texte, en formules infernales. Autodidacte et à demi dément, Antoine retrouve dans ses rêves confus les vieilles inspirations familières aux religions sataniques et au Maçonnisme ; et il leur recrute, par des promesses de cures corporelles, tous les Imaginatifs, ignorants, crédules, névropathes, que les milieux populaires offrent toujours comme une proie toute prête pour les charlatans qui passent : le service rituel terminé, l'officiant se rend dans une petite pièce où il reçoit ceux qui viennent le consulter pour leurs troubles d'âme, leurs peines de cœur ou les maladies dont souffre leur corps. Ainsi s'établit la légende de l'antoinisme guérisseur qui, à l'imitation de la secte protestante des « Christian scientists », spécule sur les guérisons apparentes que la suggestion produit. A la porte du temple, à l'issue du service, se vendent un « Bulletin » mensuel et des brochures, comme L'Unitif, où je lis : « Nous sommes tous des dieux »(1). 
        Ainsi, dans ces milieux populaires, ignorants et déchristianisés, foisonnent et pullulent, comme sur un fumier de misère intellectuelle et morale, tous les champignons du Mal et du Pire. 

     

    (1) L'Unitif, n°6, page II. Dans l'Invasion, où M. Louis Bertrand a fait une description si approfondie de la vie et de la psychologie ouvrières, on remarquera, au milieu de traits d'une exactitude rigoureuse et évocatrice, l'étude de l'influence exercée sur quelques ouvriers par les sociétés théosophiques, filiales, comme la secte antoiniste, de la Franc-Maçonnerie. 

     

    Jacques Valdour, Ouvriers parisiens d'après-guerre : observations vécues
    Chapitre premier, La quartier de la gare (XIIIe arrond.)
    Nettoyeurs de chaudières, §4. - La vie du quartier (p.76-81)
    Arthur Rousseau, Paris / René Giard, Lille, 1921

    Auteur également de Les mineurs où il évoque les Psychosistes.

    Recension :

    Jacques Valdour, Ouvriers parisiens d'après-guerre (1921)

    Ouvriers parisiens d’après-guerre, 
        par J. Valdour, 1 vol. 89 p. 4 fr. 50 
         (Rousseau, édit., Paris et Giard, édit., 
        Lille, 1921). 

        A l’aide de la même méthode que celle suivie dans ses enquêtes précédentes, J. Valdour a expérimenté en 1920, le travail du nettoyeur de chaudières dans le quartier de la Gare (XIIIe arr.), du décapeur de métaux à Vaugirard, enfin du tourneur dans une fabrique d’outils de Saint-Ouen. Il n’a vu que la vie de l’ouvrier célibataire. 
        Les manœuvres gagnent de 15 à 20 francs pour une journée de huit heures, et les ouvriers qualifiés se font de 24 à 32 francs. Les salaires et le prix de la vie ont triplé depuis 1914, et l’ouvrier se trouve à peu près dans la même situation, c’est-à-dire que le manœuvre qui mange au restaurant arrive à mettre les deux bouts ensemble. Comme changements, J. Valdour note que l’ouvrier met de l’eau dans son vin en mangeant et que le cabaret est concurrencé par le cinéma. L’agitation communiste a atteint son maximum fin 1919 et début de 1920 et va en décroissant. 
        L’auteur note la disparition presque complète de l’anticléricalisme depuis la guerre, mais l’esprit religieux ne semble avoir fait quelque progrès que sous la forme de l’antoinisme, de la théosophie, 
    etc. 
                                                                       P. D. 

    La Science sociale suivant la méthode de F. Le Play, 1926 (A41, FASC7).


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  • Sciences et Voyages n°9 (30 octobre 1919)

    Auteur : COLLECTIF
    Titre : Il y a chez nous, plus d'une religion curieuse, l'antoinisme
    Editeur : Science Et Voyages
    Parution : 01/10/1919   

     

        Le texte reste assez neutre et accompagné de plusieurs illustrations :
    Costumes et attitudes
    Les funérailles du fondateur
    - Temple de Monte Carlo
    Mère Antoine pendant une de ses Opérations

        L'article évoque également la pénétration du culte près d'Aix.

     


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  • Léon Souguenet - Les montres belges (1904)

     

    Léon Souguenet - Les montres belges (1904)-1ère page

    Auteur : Léon Souguenet
    Titre : Les monstres belges
    Éditeur: Oscar Lamberty, Bruxelles
    1904 - 312 p. ; 21 cm

        Léon Souguenet (1871-1938), d’origine française, il vécut en Belgique. "Journaliste et écrivain doté d'une plume alerte et d'une verve extraordinaire", Extraits d’une brochure éditée à l’occasion du centenaire de la Fête des Arbres [http://www.esneux.be/site/loisirs_et_dec/histoire/index.php?ref_annu=1217&ref_annu_page=945].

     

    Recension :
                                              Les Livres

        Les Monstres belges, par Léon Souguenet (Oscar Lamberty, éd., Bruxelles, 3 fr. 50). — M. Léon Souguenet a cru devoir réunir en volume les articles de reportage qu'il signa jadis au Messager de Bruxelles du pseudonyme d'Ethérel. Et il a bien fait, car cet ensemble forme une vivante et très intéressante mosaïque où se découvrent les hommes et les choses de cette bonne Belgique. Certains de ces articles, tel La vieille femme qui traînait un petit lapin, sont des morceaux de la plus haute et de la plus fine émotion, qui nous font nous souvenir du prestigieux poète du Chemin du Soleil.
    L'Idée libre (Littéraire, artistique, sociale), Bruxelles, Paris, janvier 1904 (T7)

     

        L'auteur évoque le spiritisme à Gohyssart et Antoine le Guérisseur en 1902.

        Dans La Vie du Littérateur en Belgique, il répond en tant que Léon Souguenet à son double Ethèrel à la question de ce dernier "Faut-il se déraciner ?". Sa réponse est oui : "Je vois, pour Le Parisien, une nécessité urgente à ce qu'il se déracine. Qu'il vienne, par exemple, à Bruxelles; il y connaîtra l'isolement, le silence propices aux grandes choses ; il retrouvera les traces de Hugo, de Verlaine, de Rimbaud, de Baudelaire. Ignoré de tous, il négligera de parader, il ne risquera pas de devenir un cabotin. Sûr de ne pas « se vendre », il ne se pliera pas aux goûts de l'acheteur. S'il veut faire du journalisme, il aura des confrères honnêtes, capables d'user envers lui d'une divine fraternité aux jours de douleur, car dans la petite ville on ne se bouscule pas pour se manger ; on a le temps de s'aimer. Dois-je dire que de Bruxelles mon déraciné verra Paris natal embelli et tout arc-en-ciellé à travers le prisme du regret ?"


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  • Auteur : Willy Grimmonprez
    Titre : Le poids du soupçon
    Éditions Dricot, 2015, 167 pages

        John se trouve à la tête d'une société de construction immobilière florissante. Il a tout pour être heureux, une jeune et jolie femme, une fille de dix ans affectueuse et docile, une superbe villa entourée d'espaces verdoyants qui scellent un bonheur tranquille.
        Pourtant, toute cette plénitude va basculer par une nuit d'été… 

        Dans cette neuvième production, l'auteur explore, avec la précision d'un orfèvre, la mécanique complexe de l'âme humaine. Par la magie des mots, il nous révèle ses excès, mais aussi toute sa fragilité. 
       Willy Grimmonprez n'a jamais à ce jour déçu son public, il voudrait le faire vibrer une fois encore.
    Jean Louvet
    http://www.dricot.be/162-le-poids-du-soupcon.html

     

    Extrait : 
       Il avait ce jour-là passé au crible tous les Javeau repris à l’annuaire téléphonique… Un seul de ses appels était resté sans réponse, la ligne était branchée en permanence sur un répondeur. Il avait noté l’adresse et s’était rendu sur place, le coeur battant. La maison était modeste, une affiche à la fenêtre annonçait une cérémonie religieuse chez lez Antoinistes. Il avait hésité à sonner, de crainte de voir sa visite importune. Il s’était toutefois décidé, poussé par ses sentiments passionnés. Amandine l’obsédait depuis leur première rencontre, mais il ne savait comment le lui dire ; il craignait un échec, qu’elle le trouvât sympathique sans plus.
        L’homme qui lui avait ouvert était âgé, il avait crié sur un chien de petite taille aboyant furieusement à ses pieds. Il avait fini par repousser l’animal derrière une porte.
        « Oui, c’est pourquoi ? »
        « Excusez-moi de vous déranger, monsieur. C’est bien ici qu’habite Mademoiselle Javeau ? »
        L’homme avait froncé les sourcils et dévisagé cet inconnu à l’allure rassurante :
        « De quelle Mademoiselle Javeau parlez-vous ? »
        Ignorant à ce moment le prénom de la jeune femme, John avait précisé :
        « Elle est employée à la compagnie d’assurance, la GKM. »
        « Vous parlez d’Amandine, ma petite nièce ? Que lui voulez-vous ? »
        « Prendre simplement de ses nouvelles, elle est souffrante, m’a-t-on dit ! »
        Le vieil homme avait pris un air embarrassé :
        « Amandine, je la vois rarement ! Mais qui êtes-vous, Monsieur ? »
        Avec plus d’assurance, John avait répondu :
        « Nous nous sommes rencontrés à l’agence où elle travaille et nous avons sympathisé. J’aimerais savoir comment elle se porte. »
        Le grand oncle avait montré un certain ennui, il avait confié sur un ton désabusé :
        « Je ne savais même pas que ma petite nièce était malade… Ça vous donne une idée des relations que nous entretenons ! Le père d’Amandine ne me parle plus depuis des années, alors vous comprenez… »
        « Vous savez tout de même où ils habitent ? »
        « Bien sûr, ils habitent Lombe, dans l’allée des Ormes, mais je ne saurais plus vous dire le numéro de la maison. Je me souviens d’un passage latéral et d’une grille sur le côté. »
        « Merci, Monsieur, vous êtes bien aimable, excusez-moi de vous avoir dérangé !
        L’homme l’avait suivi du regard jusqu’à sa voiture, puis il avait lentement refermé la porte. »


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  • Titre : Antoine le Guérisseur (in Klosjes, klosjes... en andere verhalen)
    Auteur : Gustaaf Vermeersch
    Édition : Vlaamse pockets nr 143 (Hasselt, Uitgeverij Heideland) 1964

     

     

    ANTOINE LE GUERISSEUR

     

    DE mensen weten niet wat er in hun land omgaat, ze kennen de dansprocessie van Echternach, doch die van Jumet is hun onbekend - beide zijn weliswaar niet eender en men moet vroeg kunnen opstaan en een goede voetganger zijn om de plaats gezegd la terre à danse, gelegen tussen Vièsville en Gosselies, op het gestelde uur te kunnen bereiken. Toch is de processie van Jumet, die een ronde haalt van verscheidene uren (Jumet-Roux-Courcelles-Vièsville-Gosselies-Jumet), merkwaardig genoeg, hoewel ze niet op gans haar doortocht, doch slechts op dat vierkant stuk grond, la terre à danse, begint te dansen.

        Aldus zijn hier de santen en Christussen van Engeland en Amerika overbekend, doch onze sant, Antoine le Guérisseur, in ‘t Vlaams Antoine den Heeler, heeft nog de eer niet gehad, geloof ik, in enig blad van het land zijn naam vermeld te zien.

        Hij heeft echter de dagbladpers niet nodig om de roep van zijn faam te verspreiden; het gerucht van de wonderen die hij verricht overstroomt het land en ook kleine briefjes waarin beknopt over Antoine en over zijn godsdienst wordt gehandeld.

        Onlangs bereikte een van deze briefjes mijn afgelegen dorp en mijn aandacht werd aldus opnieuw getrokken op Antoine den Heeler, want het briefje was opgesteld in de Vlaamse taal.

        Ik zeg opnieuw, want ik kende de roem van Antoine sedert lang.

        Doch deze maal besloot ik af te reizen naar Jemeppe-sur-Meuse. Ik kwam daar aan om ongeveer halftien - juist om tien uur begint het ceremonieel. Onnodig de weg te vragen: reeds bij ‘t verlaten van de trein vormt zich werktuiglijk een hele stoet bedevaarders, zieken en gebrekkigen van allerlei soort en kunne, begeleid door gezonden, wandelen de zwarte straat op

        En, evenals overal waar bedevaarten voorbijtrekken, is de weg omzoomd door bedelaars, oude en jonge, blinde, manke, verminkte, ongeneesbare. Het schouwspel van deze lieden doet me twijfelen aan de kracht van de wonderdoener: de lieden komen van heel verre om genezing, en hier dicht bij hem zijn er zovele zieken, lammen, kreupelen... hoe wil hij die rond zich zien? Waarom geneest hij ze niet al ware ‘t maar als reclame?

        Doch de wonderdoener is barmhartig, hij ontneemt niemand zijn brood. Ziek of gebrekkelijk zijn is de stiel van deze lieden, hun broodwinning, het brengt hun op om te leven, ze hebben er geen belang bij te genezen, integendeel. En bovendien kunnen ze het gemoed der bedevaartgangers vermilderen, hen in de gelegenheid stellen een liefdedaad te plegen, iets dat de verdiensten altijd verhoogt, ook draagt hun aantal ertoe bij om de roem van de wonderdoener te verhogen en het geloof in hem te versterken; immers, ze wijzen op het feit dat zij kunnen leven door de mildheid alleen der dagelijkse bedevaartgangers, want de grillig, hoekige en hobbelige weg was met deze laatsten bezaaid!

       Stom en tragisch in hun ellende sleepten ze voort hun zieken en hun kinderen en soms ook nog zichzelf, uitgeput door de vermoeienis van een lange reis.

        Aan de hoek van een straat een nieuw huis en daaraan gebouwd een groter gebouw. Daar zie ik de mensen binnentrekken, ik kijk wat verbaasd: een tempel, de tempel van les Vignerons du Seigneur.

        Ik treed binnen, voel mij onthutst, ja, dat is het echte woord - en die onthutsing heb ik nog niet van mij kunnen krijgen; dat ontstaan van een nieuwe godsdienst lijkt ons, twintigste-eeuwers, zo vreemd, onthutsend... de zekerheid van die mensen dat ze het rechte pad gevonden hebben dwingt ons, twijfelaars, enige bewondering af, maar meer nog verbazing; wij hebben immers niet het geloof, we kunnen niet begrijpen, de grondvesten van dit gebouw ook schijnen ons zo wankelbaar...

        Ik heb mij neergezet in de tempel en kijk rond. De tempel is naakt, geen beelden noch gelijkenissen. In de grond van de zaal is de wand zwart en daar staat in witte letters de grondregel neergeschreven van de nieuwe godsdienst: Révélation de l’auréole de la conscience.

        Un seul remède peut guérir l’humanité: la Foi; c’est de la Foi que naît l’amour, l’amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même...

        Vóór dit bord staat een verhoog en vóór dit verhoog een tweede, lager, als een bidstoel; de naakte wanden zijn met een galerij omgeven. Alles is nieuw, het gebouw wordt verwarmd door middel van stoom, verlicht met elektrische gloeilampen, zeer modern.

        Rondom mij een bont gewemel dat steeds aangroeit, de tempel vult zich. Vóór en achter mij Flaminds, zij mengelen er Leuvens, Tongerens enz. dooreen. Nevens mij een juffrouw die reeds uit Frankrijk komt en mij de wonderen verhaalt van de Guérisseur. Ze wees op haar eigen moeder, door alle geneesheren verlaten, die nu reeds in staat is zelf de bedevaart te doen na jarenlang te bed te hebben gelegen. Achteraan stond een vrouw genezen die sedert jaren met krukken liep; die genezingen waren niet te tellen.

        Rondom mij zuchtte men vol hoop en suste de wegkwijnende, geelzuchtige kinderen die jammerlijk huilden, halve doden rechtten zich een ogenblik en volgden met hoop in de blikken een soort suisse die gestadig rondwandelde.

        Tussen de ruggen door van uitgemergelde of uitgekinderde vrouwen zag ik hoe de tempel zich vulde met een zeer verscheiden menigte: officieren in dienstkledij, spoorwegmannen van allerlei graad, dames uit de hoge wereld en toeristen die ik, vóór mijn vertrek, in Brussel gezien had.

        Doch daar treedt uit een poortje, in de linkerwand aangebracht, een man gekleed als een Engelse pastoor, doch met grote neervallende knevels. Dit is Antoine le Père niet, verzekert me de juffrouw, nevens mij. Antoine draagt lang haar en volle baard, evenals Christus. Hij eet nooit vlees, eieren, melk, noch iets wat van dieren voortkomt, hij is volledig vegetariër en leeft opgesloten in eenzaamheid.

        De man heeft zich neergezet achter een soort bidstoel en laat de blikken dolen over de menigte. Hij spreekt de mensen aan: mes frères, slaat enige bladen geel papier om en leest luide, de aanstaande komst aankondigend van Notre Père die op het verhoog zou verschijnen een korte wijle, om tien ure. Hij vervult de rol van Johannes de Doper. De vader, zegt hij nog, komt er een ogenblik zich afzonderen en allen die iets te vragen hebben bekomen voldoening, innerlijk moet men de vraag stellen.

        Van tijd tot tijd herhaalt hij dit, allen zullen voldoening bekomen. Hij voegt erbij dat de Guérisseur niet meer afzonderlijk ontvangt; een dame vervangt hem, wie in hem vertrouwt bekomt evengoed voldoening door deze vrouw.

        Een paar vrouwen in ‘t zwart gekleed, bijzondere kledij, wandelen tussen de lieden en maken kond dat de Révélation du Guérisseur te bekomen is nevens de tempel.

        Doch daar is het uur: de deur gaat open, Antoine komt binnen, iedereen staat recht. Hij stapt met veerkrachtige tred naar het verhoog. Een dichte haartooi, peper en zout, daalt hem over de schouders, zijn gezicht is dicht met baard bewassen, hij heeft het uitzicht van een aartsvader, zoals die op oude prenten staan afgebeeld.

        Midden op het verhoog blijft hij rechtstaan, richt zijn blikken star in de hoogte. Na een tijdje strekt hij de hand uit over ‘t midden van de zaal, vervolgens links, daarna rechts, zeer traag en met statig gebaar.

        Daarop trekt hij weg.

        ‘Broeders,’ zegt de voorloper, ‘gij hebt allen voldoening bekomen!’

        Hiervan schijnen er velen niet overtuigd, ze scharen zich links, tegen een deur waarachter de dame zit die optreedt in ‘Zijn’ naam. Een van de priesteressen komt deze mensen verzekeren dat zij bij dit bezoek geen voordeel kunnen halen, dat het slechts voor dezen is die te laat komen. Al de aanwezigen hebben voldoening bekomen, daar valt niet over te praten, blijkt dit niet onmiddellijk dan zal het blijken binnen een uur, een dag, maar toch zal het blijken.

        Die arme drommels laten zich niet overtuigen, ik ook niet. Na een beetje wachten word ik binnengeleid. Een klein kamertje, zwart bord op de tegenovergestelde muur, zelfde lering als in de tempel; een lange, grijze, magere vrouw gekleed met het bijzonder kostuum staat er recht.

        Ze vraagt of ik sedert lang de wens koesterde te komen, ‘k geef een vaag antwoord. Ze draait en wringt, als bemerkt ze iets in de tegenovergestelde hoek, ik keer me werktuiglijk om, maar zie niemendal. Ik wens te weten, vraag enige inlichtingen over een bijzonder geval. Niets gekort: het brave mens antwoordt maar steeds: ‘Ayez confiance en lui, le Père, appelez-lui en aide partout et toujours, il vous aidera.’

        Onder ‘t spreken schijnt ze gestadig iets te zoeken in die hoek, alsof haar antwoord gedicteerd stond in een voor mij onzichtbaar schrift.

        ‘k Zie dat aandringen nutteloos is en ik neem afscheid van het brave mens – ‘t ziet er mij een heel goede ziel uit - ze reikt me de hand.

        Nevens de tempel koop ik het zwarte boek, gedrukt met heel grote letters; Culte Antoiniste, is de titel, révélation par Antoine le Guérisseur.

        Ik sla het boek open en zie dat Antoine God aanroept, zijn volgelingen echter zeggen: ‘Appelez lui, le Père, le Guérisseur.’ ‘Alzo,’ dacht ik, ‘ontstaan de afwijkingen...’

     

    Uit De Week, 5 november 1910, p. 1-2.

     

    Traduction :

        LES gens ne savent pas ce qui se passe dans leur pays, ils connaissent la procession dansante d'Echternach, mais ils ne connaissent pas la procession de Jumet – les deux ne sont pas les mêmes et il faut pouvoir se lever tôt et être un bon piéton pour atteindre le lieu appelé la terre à danse, situé entre Viesville et Gosselies, à une heure déterminée. Pourtant, la procession de Jumet, qui fait un tour de plusieurs heures (Jumet-Roux-Courcelles-Viesville-Gosselies-Jumet), est assez curieuse, bien qu'elle ne soit pas dansée sur tout son passage, mais seulement sur la terre à danse, ce carré de terrain.
        De la même façon, on connaît ici les Saints et les Christs d'Angleterre et d'Amérique, mais notre Saint, Antoine le Guérisseur, en flamand Antoine den Heeler, n'a pas encore eu l'honneur, je crois, de voir son nom mentionné dans aucun magazine du pays.
        Cependant, il n'a pas besoin de la presse quotidienne pour répandre l'appel de sa gloire ; la rumeur des miracles qu'il accomplit inonde le pays et aussi de petites notes traitant brièvement d'Antoine et de sa religion.
        Récemment, l'une de ces notes est parvenue dans mon village éloigné et mon attention a de nouveau été attirée sur Antoine le Guérisseur, parce que la note était écrite en langue flamande.
        Je dis de nouveau, parce que je connaissais la renommée d'Antoine depuis longtemps.

        Et cette fois, j'ai décidé de me rendre à Jemeppe-sur-Meuse. J'y suis arrivé vers dix heures et demie – la cérémonie commence à dix heures du soir. Inutile de demander le chemin : déjà à la sortie du train, tout un cortège de pèlerins, malades et infirmes de toutes sortes et de tous sexes, accompagnés de personnes en bonne santé, se forment sur la rue noire.
        Et, comme partout où passent les pèlerinages, le chemin est bordé de mendiants, vieux et jeunes, aveugles, boiteux, mutilés, incurables. Le spectacle de ces gens me fait douter de la puissance du faiseur de miracles : les gens viennent de loin pour guérir, et ici près de lui il y a tant de malades, de boiteux, de paralysés.... Comment ne peut-il les voir autour de lui ? Pourquoi ne les guérit-il pas en gage de publicité ?
        Mais le faiseur de miracles est miséricordieux, il ne prend le pain de personne. Être malade ou déficient, c'est le style de vie de ces gens, c'est leur gagne-pain, c'est leur donner vie, ils n'ont aucun intérêt à guérir, bien au contraire. Et en outre, ils peuvent réduire l'humeur des pèlerins, leur donner l'occasion de leur donner l’occasion de commettre un acte d'amour, ce qui augmente toujours leurs mérites, et aussi aider à augmenter la gloire du faiseur de miracles et à renforcer la foi en lui ; après tout, ils soulignent le fait qu'ils ne peuvent vivre que de la bonté des pèlerins quotidiens, car la route capricieuse, anguleuse et cahoteuse en était toute parsemée !
       Stupides et tragiques dans leur misère, ils ont traîné leurs malades et leurs enfants et parfois même eux-mêmes, épuisés par la fatigue d'un long voyage.
        Au coin d'une rue, une maison neuve et un bâtiment plus grand ont été construits. Là, je vois les gens entrer, j'ai l'air un peu surpris : un temple, le temple des Vignerons du Seigneur.
        J'entre, je me sens déconcerté, oui, c'est le vrai mot – et je n'ai pas encore réussi à me détacher de cette confusion ; cette création d'une nouvelle religion nous semble, au XXe siècle, si étrange, déconcertante... La certitude de ces gens qu'ils ont trouvé le bon chemin nous oblige, sceptiques, à un peu d'admiration, mais encore plus d'étonnement ; car nous n'avons pas la foi, nous ne pouvons pas comprendre, les fondations de cet édifice nous semblent aussi si instables....
        Je me suis placé dans le temple et j'ai regardé autour de moi. Le temple est nu, sans images ni ressemblances avec aucun autre. Au niveau du sol de la pièce, le mur est noir et de là, en lettres blanches, la règle de base de la nouvelle religion est écrite : Révélation de l’auréole de la conscience.
        Un seul remède peut guérir l’humanité : la Foi ; c’est de la Foi que naît l’amour, l’amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même...
        Devant cette plaque, il y a une tribune et devant elle une deuxième, plus basse, comme une chaire de prière ; les murs nus sont entourés d'une galerie. Tout est neuf, le bâtiment est chauffé à la vapeur, éclairé par des ampoules électriques, très moderne.
        Tout autour de moi, un essaim coloré qui grandit tout le temps, le temple se remplit tout seul. Avant et derrière moi des Flamands, s’attroupent des gens de Louvain, de Tongres, etc. A côté de moi, une enseignante qui vient même de France et me raconte les miracles du Guérisseur. Elle a montré du doigt sa propre mère, abandonnée par tous les médecins, qui est déjà capable de faire le pèlerinage elle-même après avoir été alitée pendant des années. À l'arrière, se tenait une femme qui marchait avec des béquilles depuis des années.
        Autour de moi, ils soupiraient d'espoir, et les enfants languissants, au teint jaunis, qui pleuraient misérablement, à moitié morts se redressèrent un instant, et avec de l'espoir dans les yeux, ils suivaient une sorte de garde suisse qui marchait sans cesse.
        Entre les dos de femmes émaciées ou enfantines, j'ai vu comment le temple était rempli d'une foule très diverse : officiers en tenue de service, cheminots de tous grades, dames du haut monde et touristes que j'avais vus à Bruxelles avant mon départ.
        Mais là, par une petite porte dans le mur gauche, un homme vêtu en curé anglais, mais avec une grosse moustache tombante. Ce n'est pas Antoine le Père, m'assure la dame, à côté de moi. Antoine a les cheveux longs et la barbe pleine, comme le Christ. Il ne mange jamais de viande, d'œufs, de lait, ni rien provenant d'animaux, il est complètement végétarien et vit confiné dans la solitude.
        L'homme s'est placé derrière une sorte de chaire de prière et passe en revue du regard la foule. Il s'adresse aux gens : mes frères, retourne quelques feuilles de papier jaunes et lit à haute voix, annonçant la venue de Notre Père qui apparaîtra sur l'estrade un peu plus tard, à dix heures. Il remplit le rôle de Jean-Baptiste. Le père, dit-il, vient un moment pour se recueillir, et tous ceux qui ont quelque chose à demander obtiennent satisfaction, il faut se poser la question en soi.
        De temps en temps, il le répète, tout le monde sera satisfait. Il ajouta que le Guérisseur ne recevait plus séparément ; une dame le remplaçait, et quiconque lui faisait confiance obtenait aussi satisfaction de cette femme.
        Quelques femmes, vêtues de noir, vêtues de vêtements spéciaux, marchent parmi les gens et annoncent que la Révélation du Guérisseur est disponible à côté du temple.
        Enfin c’est l'heure : la porte s'ouvre, Antoine apparaît, tout le monde se lève. Il avance à un rythme soutenu jusqu'à la tribune. Des cheveux denses, poivre et sel, tombent sur ses épaules, son visage est couvert par une barbe, il a l'apparence d'un patriarche, comme le montrent les anciennes gravures.
        Au milieu de la tribune, il s'arrête, il dirige son regard vers le haut. Au bout d'un moment, il étend la main au milieu de la pièce, puis à gauche, puis à droite, très lentement et d'un geste majestueux.
        Puis il disparaît.
        ‘Frères’, dit le premier, ‘vous avez tous obtenu satisfaction !’
        Beaucoup n'en semblent pas convaincus, ils se rassemblent à gauche, contre une porte derrière laquelle se trouve la dame qui agit en ‘Son’ nom. Une des prêtresses est venue assurer à ces personnes qu'elles ne pouvaient pas profiter de cette visite, c'est seulement pour les retardataires. Toutes les personnes présentes ont eu satisfaction, inutile d'en dire plus, si cela ne se voit pas immédiatement, alors cela se passera dans une heure, un jour, mais ce sera toujours le cas.
        Ces pauvres bougres ne sont pas convaincus, et moi non plus. Après un peu d'attente, je suis appelé. Une petite pièce, un tableau noir sur le mur opposé, le même enseignement que dans le temple ; une femme longue, grise, maigre, vêtue du costume spécial se tient droite.
        Elle me demande si cela fait longtemps que je voulais venir, je donne une réponse vague. Elle se retourne et se tortille, comme si elle remarquait quelque chose dans le coin opposé, je me retourne mécaniquement, mais je ne vois aucune rien du tout. J'aimerais savoir, demander des informations sur un cas particulier. Peine perdu : cette brave personne répond mais toujours : ‘Ayez confiance en lui, le Père, appelez-lui en aide partout et toujours, il vous aidera.’
        Tout en parlant, elle semble constamment à la recherche de quelque chose dans ce coin, comme si sa réponse était dictée dans un scénario qui m'est invisible.
        Je vois qu'insister est inutile et je dis au revoir à la brave personne – il me semble que c'est une très bonne âme – elle me tend la main.
        A côté du temple, j'achète le livre noir, imprimé en très grandes lettres ; Culte Antoiniste, est le titre, révélation par Antoine le Guérisseur.
        J'ouvre le livre et je vois qu'Antoine fait appel à Dieu, mais ses disciples disent : ‘Appelez lui, le Père, le Guérisseur.’ ‘Et bien, pensai-je, ‘les désaccords commencent...’


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  • Béatrice ELLIOT - Le culte Antoiniste (Armanac nissart 1937)

    LE CULTE ANTOINISTE

     

    AVANT-PROPOS

        Plus on pénètre les religions primitives ou évoluées, plus on est étonné et déçu de constater le peu d'influence profonde qu'elles ont eu sur la moyenne de l'humanité. Entre la religion et la vie, il y a toujours eu « décalage », ce qui prouve que l'homme est plus naturellement porté à jouir de la vie matérielle qu'à s'inquiéter de sa destinée future. C'est pour cette raison que les religions ont valu en définitive ce que valaient les hommes qui les pratiquaient. Qu'est-ce à dire ? Ce monde ne serait-il fait que pour une élite allant joyeusement au sacrifice pour sauver une humanité qui n'a cure de son inconscience ? Des Hommes ont toujours surgi apportant des Révélations diverses, mais toutes également chargées d'une même espérance : sauver l'homme et lui assurer un bonheur ineffable dans une autre ou dans d'autres vies : et en attendant, le délivrer des maux apparents ou réels d'ici-bas. Le Père Antoine, dit « le Guérisseur », est un de ces inspirés qui a cherché à résoudre le problème de la divinité, de l'homme de l'au-delà, et qui a trouvé dans la Foi et dans l'Amour qui naît de cette foi, la base d'une nouvelle religion appelée « Culte Antoiniste ».

     

    II. — L'HOMME

        Né à Mons, près de Liège, en 1846, Louis Antoine, fils de mineur, fut le cadet de onze enfants. Ses parents étaient de très braves gens, et sa mère, très bonne et très charitable, faisait du bien à tous les déshérités de la vie malgré ses occupations et ses charges. Cet enfant ne connut donc, dès qu'il put comprendre, que le bon exemple. Dès l'âge de douze ans il dut travailler et descendit à la mine avec son père. Il était déjà sérieux, raisonnable et très pieux. Plus tard, il quitta la mine et devint ouvrier métallurgiste. Après son service militaire, il travailla en Allemagne, et en 1873, revint au pays pour se marier avec une fille de chez lui. Ils eurent un fils la même année. De 1879 à 1886, il travailla en Russie, y fit des économies et revint se fixer à Gemeppe-sur-Meuse avec sa femme et son fils. En 1893, un grand deuil se produisit : la mort de ce fils unique. Le ménage en éprouva un chagrin profond. Bien des années auparavant. Louis Antoine avait tué un homme accidentellement au régiment, et ces deux morts eurent une grande influence sur ce catholique convaincu. Devant cette double épreuve, Louis Antoine, aidé de sa femme, va désormais s'oublier lui-même pour se vouer à l'humanité souffrante et la soulager, puis la sauver.

     

    III. - LE GUERISSEUR

        Il fit d'abord du spiritisme, mais insatisfait, s'éloigna peu à peu du cercle spirite qu'il avait fondé : « les Vignerons du Seigneur ! ». Il se consacra alors de toutes ses forces à la guérison des malades. Il s'acquit une renommée telle que des centaines de malades venaient à lui chaque jour. Devant une telle affluence, le Corps médical le fit poursuivre en 1901 et 1907, mais il fut acquitté les deux fois. Toute son attention se porte désormais sur la morale, et sous la double influence du catholicisme et du spiritisme, il se mit à révéler chez lui, chaque dimanche, « le nouveau Spiritualisme », nommé plus tard « l'Antoinisme ».
        L'homme était alors strictement végétarien, vivait dans la solitude et la méditation, fixait les grandes lignes de son culte pour ses disciples, et donnait sa substance ! à tous les malheureux avec une ferveur presque surhumaine. Pour lui, nuits et jours n'étaient pas assez longs, et il s'épuisait à la tâche. Entouré de malades, Antoine se mettait en quête d'âmes pour sauver des corps. Il soignait, il guérissait le corps par l'âme. Il traitait par la Foi, et la Foi accomplissait des miracles. Il proclamait qu'il avait trouvé le moyen de guérir l'humanité en proie à une unique maladie : la matière, c'est-à-dire l'essence du mal. Tous les maux prenaient un sens et devenaient des « épreuves » destinées à assurer le progrès. Peu à peu son enseignement se fixait, et dès 1906, le « Culte Antoiniste » s'établissait à la satisfaction de tous les fidèles et prenait de suite une importance réelle. Louis Antoine, devenu « le Père », était adoré de tous. Usé par sa tâche colossale, il succombait le 25 Juin 1912 malgré l'aide efficace de sa femme et de ses disciples.
        Après sa mort, la religion antoiniste prit un développement inattendu. Dès 1922, « le culte antoiniste », reconnu d'utilité publique en Belgique, comptait déjà seize temples. Il y en a quarante-cinq à l'heure actuelle, plus une trentaine de « centres », et dès le début un fut créé à Monaco, un autre à Nice. Le Père a délégué ses pouvoirs à sa femme avant de mourir, et celle-ci prend le nom de « Mère ». Le culte est fixé en une véritable liturgie recueillie dans les « livres sacrés » de l'Antoinisme. « Frères » et « Sœurs » ont un uniforme. Les hommes portent la robe noire et le chapeau à larges bords, les femmes, une jupe noire à plis, un fichu noir et un bonnet de même couleur que surmonte un voile. Le culte est gratuit et ouvert à tous sans distinction de religion. Les Antoinistes ont leurs emblèmes : l'Arbre de la Science de la Vue du Mal et le Drap vert pour les enterrements. Les fidèles se réunissent pour entendre la lecture des livres sacrés, et les temples ne ferment ni le jour, ni la nuit, pour les malades.
        Louis Antoine, l'humble mineur, devenu Prophète, est, pour bon nombre de ses adeptes, la réincarnation du Christ.

     

    IV. — LE PROPHÈTE

        La Révélation du Père Antoine se produisit après des années d'efforts, de recherches, de méditations et de contact avec l'humanité douloureuse.
        Le Père, sans être instruit, avait beaucoup lu et possédait le robuste bon sens de l'homme du peuple. Il avait aussi une grande sensibilité, enfin et surtout un pouvoir magnétique qui servit sa cause. Il l'a dit lui-même au début de son œuvre : « Je ne suis qu'un guérisseur et un médium comme tant d'autres. » Pour que son œuvre fut durable, il s'agissait de créer une véritable liturgie, et c'est ce qu'il avait en vue en résumant le fruit de ses longues réflexions et méditations sur Dieu, l'Homme, l'Infini. Ses livres sont considérés comme des livres sacrés par tous les adeptes, et à chaque service on en lit de longs paragraphes.
        « Le Petit Catéchisme Spirite », publié en 1896, fut présenté comme l'ouvrage de l'Esprit de Vérité.
        « L'Enseignement » d'Antoine le Guérisseur fut recueilli en 1905 par ses disciples.
        Ces deux ouvrages sont antérieurs à la Révélation proprement dite, et on y observe un certain détachement du spiritisme. Le Père va désormais prêcher le « Nouveau Spiritualisme » fondé sur la base inébranlable de la foi pure.
        En 1908 et 1909 paraissaient la « Révélation » et le « Couronnement » qui résument tout son enseignement et suffisent à exposer ses vues et sa doctrine. En 1909, il commençait la publication de l' « Unitif » destiné à éclaircir bon nombre de points incompris par ses adeptes.
         Nous verrons en serrant les textes de plus près que le Père est loin d'être clair malgré ses répétitions, mais comment pouvait-il en être autrement quand il s'agit de fluides, de courants, de pensées et de sentiments, de tant d'éléments mystérieux presque insaisissables, dans leur mobilité, leur variété et leur complexité. Quoiqu'il en soit, le Père ; est inlassable, ne se rebute jamais, et s'efforce de fixer les points essentiels de sa doctrine, de les river, comme s'il s'agissait d'un travail métallurgique.
        La « Révélation », composée de dix principes que nous résumerons brièvement :
        L'amour de Dieu réside au sein de l'Homme de toutes les croyances ou incroyances.
        La morale s'enseigne par l'exemple. Il ne faut voir le mal en rien.
        En agissant envers son semblable en frère, on ne fait la charité qu'à soi-même.
        Aimer ses ennemis et voir le mal en soi plutôt qu'en eux.
        La cause de la souffrance est dans l'incompatibilité de l'intelligence avec la conscience.
        Tout ce qui nous est utile pour le présent comme pour l'avenir, si nous ne doutons en rien, nous sera donné par surcroît.
        Tous les problèmes généraux de morale sont discutés et interprétés par le Père. 
       En examinant les « lois de la conscience », il affirme que l'amour existe partout, et qu'amour, intelligence et conscience réunis constituent une unité, le grand mystère, Dieu.
        Quant à « l'origine de la vie », le Père dit que la vie éternelle est partout, et que les fluides existent à l'infini et de toute éternité.
        Le problème du « Mal » est résolu dans le sens de la non-existence de celui-ci :
    « Nous ne souffrons que par l'imagination du mal qui est en nous. Dieu, étant tout amour, ne peut avoir créé le Mal. »
        La prière réside plus dans les actes que dans les paroles. Elle est « dans l'action dictée par la conscience d'où peut résulter le bien. »
        Quand il s'agit « de la Science et de la Foi », le Père affirme que l'instruction n'est pas indispensable à l'amélioration des hommes. Connaître, ce n'est pas savoir, et c'est notre propre effort qui doit tout nous révéler. En nous améliorant, nous atteignons à des fluides de plus en plus éthérés.
        « La pensée » a de l'importance, et travailler à l'acquérir, c'est se préserver des mauvais fluides.
        Le Père conclue sur le problème « Dieu ».
        L'amélioration morale est le but de la vie, et Dieu, c'est l'amour ; et tout ce que nous pouvons acquérir de savoir émane de cet amour. La cause de tous nos obstacles est l'intelligence, et nous sommes dans notre faiblesse des dieux imparfaits. La Foi et l'Amour ne s'acquièrent que par le travail moral. Répétons-nous bien surtout que nous ne pouvons aller à Dieu que par l'intermédiaire de notre semblable, en nous efforçant d'aimer.
        Loi de progrès, loi d'amour, loi divine, c'est tout un, et c'est le fond de la « Révélation » qui nous conduit au « Couronnement » (où Dieu parle).
        « Le Couronnement » est si important, qu'à lui seul, il pourrait constituer le livre sacré de l'Antoinisme. C'est l'œuvre révélée par excellence. Il a une autre originalité : la création de « l'Arbre de la Science de la vue du Mal », qui est une nouvelle interprétation d'Adam et d'Eve, de leur rôle divin et humain, de leur chute. Le péché d'Adam, c'est la vue du mal, le serpent ayant été considéré comme Dieu. Adam n'existait que spirituellement, il est le moi conscient, et Eve qui n'existe qu'en apparence, le moi intelligent. Telles sont les deux individualités qui sont en nous : l'une réelle, l'autre apparente. Nous n'existons réellement que par le moi conscient ; le moi apparent est notre incarnation, notre imperfection. Pour pénétrer la réalité, nous devons démolir la vue du mal, c'est-à-dire reprendre le chemin entrepris dès le principe pour débarrasser l'Arbre de la Science du dernier atome de cette matière pour laquelle il nous a engendrés. Dès ce jour, on ne dira plus l'Arbre de la Science du bien et du mal, mais de la vue du mal, tel est son véritable sens. Ce long développement est nécessaire à la compréhension de l'emblème de « l'Arbre de la Vue du Mal » qui occupe une place prépondérante dans les Temples antoinistes. 
        Le Père enseigne encore le sens réconfortant de « l'Epreuve ! » auquel il ajoute une grande importance, puisque c'est d'elle que vient tout progrès. 
       Les problèmes de l'Intelligence, de la Conscience, de la Réincarnation sont résolus par lui dans le sens de la Foi déjà exposée dans sa Révélation. Il est bon d'y revenir, comme il a tenu à le faire.
        C'est en le moi intelligent que nous sommes incarnés. L'âme imparfaite reste incarnée jusqu'à ce qu'elle ait surmonté son imperfection.
        Nous nous réincarnons chaque fois avec un système nouveau. L'intelligence est la faculté qui sert à nous assimiler les fluides pour en obtenir la pensée. Fluides et pensées sont matériels, nous devons les surmonter pour progresser. L'intelligence ne peut jamais atteindre à la cause, l'essence des choses lui échappe.
        Dieu réside exclusivement au sein de l'homme. L'amour, l'intelligence et la conscience constituent une unité, le mystère Dieu. Nous sommes notre dieu, notre démon.
        Le Père revient sur cette foi qui lui est si chère :
        « Sachons que nous sommes Dieu nous-mêmes, que si nous voulons, nous pouvons. »
        « Nous sommes Dieu pour autant que nous le possédons. Dieu est en nous, et nous en lui ; par son amour nous pouvons tout. »
        Notre processus moral est le suivant : l'amour a d'abord sur nous tout empire, ensuite la spiritualité» enfin la matière.
        Rien n'existe matériellement s'il n'existe spirituellement : tout est l'effet des fluides qui constituent ensemble la spiritualité.
        La Conscience nous indique le chemin du bonheur. Dieu est la vertu par excellence, l'Amour.
        Le Père avait enfin convaincu ses adeptes de la grande loi de solidarité humaine, en leur démontrant qu'on ne peut arriver à Dieu que par l'amour d'autrui.
        Cette guérison du corps par l'âme et cet altruisme militant constituent la partie la plus convaincante et la plus attachante de la doctrine du Père. C'est par cet altruisme surtout que le Père se rapproche du Christ.

     

    V. — L'ANTOINISME COMME RELIGION

    Ainsi, cet homme aux pouvoirs guérisseurs si étendus avait souhaité fonder une religion basée sur la morale, et à force de tâtonner et surtout d'aimer ses frères, il y était arrivé.
        Sa religion est-elle originale ? Apporte-t-elle des éléments nouveaux ? Pour nous qui avons eu le privilège pendant des années, en Angleterre, de voir de près tant de religions, nous sommes obligés de répondre par la négative.
        Le Père a été très influencé par la « Théosophie », la « Science Chrétienne » et surtout le « Catholicisme » qu'il pratiqua assez tardivement dans la vie. Le « Spiritisme », sans aucun doute, l'a atteint aussi, mais moins profondément qu'on ne le croit généralement.
        A la « Théosophie », il a pris l'idée de l'universalité de la vie et de la fraternité. Il lui a emprunté aussi ses idées d'évolution et de réincarnation. Il a eu de la science du bonheur une conception analogue. Enfin, il est en harmonie absolue avec l'essence de la théosophie, à savoir que l'homme, étant lui-même divin, connaît Dieu et partage sa vie. Voici pour le côté moral et intellectuel de l'œuvre du Père. Il va sans dire que la « Théosophie » se rapproche bien plus de la science pure et a pénétré les lois de la vie et de l'être avec une tout autre profondeur. Le grand livre d'Hélène Blavatsky, la fondatrice de la Société de Théosophie, intitulé « la Doctrine secrète », date de 1888.
        « L'Antoinisme » se rapproche encore de « la Science Chrétienne » (Christian Science), fondée en 1875 en Amérique, à Boston. C'est à une autre femme, Marie Baker- Eddy, que revient le mérite de la publication de « la Science Chrétienne » en 1866. La « Science Chrétienne » guérit les malades. Elle remplace les croyances matérielles par des idées spirituelles. Pour elle, la guérison ne vise pas qu'au bien-être physique, mais à l'élimination du penser et des actes erronés. L'Esprit, bien infini, est la seule cause de tout ce qui existe, donc le mal qui ne fait pas partie de la création divine, ne peut avoir ni réalité, ni pouvoir. Dieu est tout en tout, et le mal, y compris la maladie, est irréel. Les « Scientists », comme- le Père Antoine, ont eu plus d'une fois maille à partir avec la Justice.
        On voit combien l' « Antoinisme » et la « Science Chrétienne » sont proches aussi dans la croyance et le but poursuivis.
        Le « Spiritisme » eut sur le Père Antoine une influence indéniable, et le convainquit de l'existence des fluides qui emplissent l'Univers. Pour cet homme robuste et sain, le côté occulte du Spiritisme le gêna et finit même par le rebuter. Bien des fois, les « esprits », sans lui paraître suspects, l'étonnèrent par leur manque de bon sens et leur éloignement du chemin de la vérité. Les manifestations matérielles lui déplurent en outre, mas il resta convaincu que les esprits désincarnés nous guident et nous donnent l'exemple de l'Amour. Il ignora très probablement l'œuvre spirite du grand scientifique anglais, Sir Oliver Lodge, et il était mort quand parut « Raymond ».
        Au « Christ » et au « Catholicisme », le Père doit sans aucun doute le meilleur de lui et de son œuvre. C'est en songeant à cette dette du Père et à la nôtre, qu'une pensée de Pascal nous revient, pensée bien à sa place ici ; « Ceux à qui Dieu a donné la religion par sentiment du cœur, sont bienheureux et bien légitimement persuadés. »

     

    VI. - CONCLUSION

        Devant cette religion qui a pris une si étonnante amplitude après la mort du Père, nous conclurons qu'un « fluide d'amour » baigne le cœur de tout homme, et que c'est le fluide que les adeptes ont voulu recevoir du Père, autant peut-être que la guérison de leurs maux.
        Le développement de l' « Antoinisme » a quelque chose de paradoxal sans le Père vivant et agissant, mais celui-ci n'avait-il pas dit à propos de sa mort : « Qu'y aura-t-il de changé ? Je pourrai réconforter de l'Au-delà tous ceux qui ont foi en moi. »
        Le « Culte Antoiniste » est d'une grande simplicité, mais la lecture des « livres sacrés » sans commentaires ou explications nous a paru d'une assimilation problématique pour les fidèles.
        Quoiqu'il en soit, la Foi faite d'Amour a trouvé une fois de plus un écho profond dans toute une humanité douloureuse et souffrante.
        Toute forme de religion, qui vient au secours des déshérités et les soulage, a droit à notre respect et à notre estime.
        Nous avons tenu, pour notre part, à l'examiner en toute impartialité.
        Puissent les adeptes du « Père Antoine » être des successeurs dignes de Celui, qui, dans sa grande humilité, refusa toujours d'être appelé « le Seigneur » par ses Frères, et choisit le doux nom de « Père ».

    Béatrice ELLIOTT.
        Monte-Carlo, Septembre 1936.

     

    Paru dans l’Armanac nissart de 1937, pp.26-34.

     

    Béatrice Elliott est l’auteure, entre autres, de
    - Triptyque corse. Jean-Wallis Padovani, J. A. Mattei, Pierre Leca... (1935),
    - Louis Cappatti, historien du Comté de Nice, poète, critique, conteur (1936),
    - Émile Ripert, poète et humaniste de Provence (1938),
    - Essais niçois. Nietsche et Èze, rocs mystiques. Le Vieux Nice (1939).

    Associée à Louis Cappatti, historien de Nice, elle écrit :
    - Indulgence plénière (1938),
    - Laghet, refuge religieux de la Riviera (1939, Dès le XVIIe siècle, la commune possède une chapelle dédiée à la Vierge Marie qui se manifeste par des guérisons miraculeuses ; le sanctuaire Notre-Dame de Laghet est aujourd'hui l'un des plus fréquentés en France par des pèlerins venus de tous les pays),
    - Berre-les-Alpes : premier relai de la Méditerranée à l'Alpe (1940).

    Traductrice du roman de l'écrivaine et suffragette britannique Beatrice Harraden Out of the Wreck I Rise (1914) sous le titre "Je domine les ruines..." (1922)


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  • Christophe Bourseiller, Guide de l'autre France (2014)temple antoiniste
    34 rue Vergniaud
    75013 Paris

        Nourrissant depuis toujours un intérêt soutenu pour les dissidences de tout poil, je ne pouvais qu'être attiré par ce clocher vert et ce joli temple dédié à l'antoinisme, qui domine le croisement de la rue Wurtz et de la rue Vergniaud. Cette religion minoritaire a été fondé en 1910 par Louis Antoine. Le culte est apparu en Belgique mais a rapidement essaimé, sans pour autant détrôner le catholicisme romain. Disciple du spirite Allan Kardec, Louis Antoine manifesta toute sa vie des dons de guérisseur. Il est décédé en 1912. L'antoinisme compte sur le territoire français trente et un temples. On ne peut pas ne pas remarquer l'accoutrement des femmes qui tiennent celui de la rue Vergniaud, car il y a là quelque chose d'un peu bigoudin.

     

    temple antoiniste
    8-10 impasse Roux
    75017 Paris
    ouvert tous les jours.

        Les antoinisme défendent une esthétique très spécifique. Leurs temples aux toits pentus évoquent un peu les maisons anciennes de la Nouvelle Angleterre. C'est le cas de ce site ancien fondé en 1955 dans une discrète impasse du XVIIe arrondissement, qui donne dans la rue Desrenaudes. Flotte ici un parfum d'inhabituel, d'insolite, comme un coup de canif dans la réalité. Au fronton, cette inscription laconique : « Culte antoinisme ».

     

     

    Christophe Bourseiller, Guide de l'autre France :
    Lieux underground, cool, minoritaires, ésotériques ...
    Fayard, 2014 - 288 pages 

     


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