• Henri Pirenne - La Belgique et la Guerre Mondiale (1928)

        Pourtant, à mesure que le pays s'indus-trialise et qu'avec l'industrie se répand le socialisme, l'incré-dulité fait des progrès. Mais si le catholicisme est en recul, du moins ne recule-t-il pas devant une autre Église. Ceux qui l'abandonnent ne le remplacent pas. La propagande protestante n'a abouti qu'à des résultats sans proportion avec ses efforts. Dans les derniers temps, une secte piétiste, les Antoinistes, a gagné quelques adeptes dans certaines parties des régions wallonnes. En somme, le sentiment religieux, comme il arrive habituel-lement dans les pays catholiques, ne semble s'alimenter que par l'Église. Il ne survit guère dans les âmes de ceux qui s'éloignent d'elle. A cet égard, l'expérience arrive à des résultats iden-tiques dans toutes les parties du pays. Il paraît inexact de dire que le Flamand est plus religieux que le Wallon. La vérité est que l'Église conserve mieux son empire sur le premier que sur le second. Mais l'un et l'autre, s'ils en sortent, s'abstiennent également de substituer une autre foi à celle qu'ils délaissent.

    Henri Pirenne, La Belgique et la Guerre Mondiale,
    PUF, Paris, 1928,
    Chapitre Premier, La Belgique à la veille de la guerre
    § I. Le pays et ses habitants, p.11
    source : www.digibess.it/


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  • LOUIS GUILLOUX, Grimaces (Europe 15-07-1936 (N163))     Hier, est arrivé chez la sage-femme un homme d'une quarantaine d'années, blond-roux, avec des yeux bleus, des joues creuses, et l'air un peu fou. Mais il était si ému ! Sa petite voiture l'attendait devant la porte.
         — Partons, partons tout de suite, disait-il. Il ne tenait pas en place.
         Le mari de la sage-femme le regardait avec sympathie « Encore un piqué ! »
         Bref, les voilà partis.
         Une heure plus tard, la sage-femme revient. L'enfant n'est pas encore près de naître. Ce sera pour cette nuit.
         — Je m'en doutais, dit le mari.
         Le soir, vers six heures, l'homme blond-roux reparaît, toujours en auto. Sa femme souffre. Ce sera bientôt le moment. Et la sage-femme repart avec lui.
         Elle rentre dans la nuit, vers deux heures. Son mari, mal réveillé, demande :
         — Ça c'est bien passé ?
         — L'enfant est mort...
         Quoique n'en pouvant plus de fatigue, elle raconte :
         — C'est des Antoinistes.
         Il y avait un portrait du P. Antoine au-dessus du lit. Tout le temps qu'elle souffrait, elle disait à son mari :
         — Élève ta pensée, Marcel, élève ta pensée !
         — ...m'en doutais, répond le mari.
         — Elle a pleuré au moins pendant une heure.
         Là-dessus ils s'endorment.
         Ce matin, la sage-femme retourne soigner sa malade. L'homme blond-roux la ramène chez elle en auto, et là qu'apprend-elle ? Que le cadavre du petit est dans le spider.
         — Vous êtes fou ? Pourquoi avez-vous fait cela ? Il ne répond rien. Elle appelle son mari.
         — Marcel ! Il a mis le... le petit dans le spider !
         — Il est fou ?
         — Mais c'est pour que ma femme ne le voie pas, dit-il.
         Marcel est furieux.
         — Vous vous rendez pas compte ? Et s'il vous arrivait un accident ? Hein, sans blagues... Vous êtes malade ?
         L'autre convient qu'il n'avait pas pensé à cela.
         — N'importe qui pourrait ouvrir le spider, dit la sage-femme.
         — Écoutez : rentrez chez vous tout de suite. Remettez ce... petit, dans un lit, dans un berceau... Sortez-le de là, bon Dieu !
         L'homme blond-roux a l'air complètement idiot.
         — Je sais bien que ce que je fais là est mal, dit-il, mais c'était pour que ma femme ne voie pas. Je vais suivre votre conseil.
         Et il s'en va.
         Il s'en va, mais il veut passer chez un menuisier commander le petit cercueil, et mettre tout de suite l'enfant dedans.
         — Ne faites pas ça... Rentrez chez vous.
         Il part enfin.
         — En voilà un drôle de coco ! dit le mari. Il pourrait nous faire avoir des histoires. Qu'est-ce qu'on penserait, si...
         — C'est à frémir.
         La matinée passe. Ils déjeunent, mais ils sont inquiets Avec un pareil... quoi ?
         — Y a pas de noms, pour des types comme ça. Allons chez lui.
         Il habite dans un faubourg. Sa maison est en bordure de route. La route de Paris. Et l'auto est arrêtée devant la porte.
         Ils sonnent, L'homme blond-roux apparaît.
         — Où est l'enfant ?
        Toujours dans le spider !
         — Je ne veux pas que ma femme le voie. Je ne veux pas que la femme de ménage le voie...
         — Rentrez l'auto au garage tout de suite ! Sortez l'enfant de là.!
         — Oui.
         Toute la matinée, il s'est baladé en ville, avec l'enfant mort dans le spider. Il est allé à la mairie, au cimetière, voir le fossoyeur, chez un menuisier.
         — En voilà une histoire, dit Marcel...
         Tant pis, il ne quittera plus son client que l'enfant ne soit enterré...

    LOUIS GUILLOUX, Grimaces
    Fragments d'un livre à paraître aux E.S.I. (Editions sociales internationales) sous le titre : Histoire de Brigands (somme d'observations prises sur le vif, de quelques pages à quelques lignes)
    in Europe : revue mensuelle, 15/07/1936 (N°163).


    Description
    Ajouté par bettyboop17 le 11-03
    Un officier sanguinaire, un vieux paysan philosophe, un enfant moqueur, une gueule cassée... Les Histoires de brigands fourmillent de ces figures contrastées, personnages fugitifs et prosaïques qui peuplent le théâtre grotesque de la vie. Croquant " sur le vif " ceux qui l'entourent et plaçant l'observation sociale au cœur de son art, Louis Guilloux dénonce, sans faire de concession, l'avarice et l'ignorance tant bourgeoises qu'ouvrières. Epuisées depuis 1936, les Histoires de brigands recèlent tout l'univers des grands romans de Louis Guilloux, de La Maison du peuple au jeu de patience, sans oublier son chefs-d'œuvre, Le Sang noir : Cette nouvelle édition, augmentée d'une trentaine d'histoires dont certaines sont publiées pour la première fois en livre, se clôt sur une correspondance inédite de l'auteur avec Jean Paulhan.


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  • Geoffroy Linyer - Fleur de Sérail (1913)

        Et voilà qu'un autre secte pointe  l'horizon ecclésiastique, l'Antoinisme né d'hier et fort aujourd'hui de plusieurs centaines de mille d'adeptes.
        Antoine, ouvier mineur belge, prophète et thaumaturge prétendit épurer et rénoner la religion du Christ. Il avait, paraît-il le pouvoir de guérir les malades par la seule imposition de ses mains rédemptrices.
        Les miracles opérés par lui et les fidèles du nouveau spiritualisme se comptent, aujourd'hui par milliers.
        Reconnue officiellement par le Gouvernement de la Belgique, la nouvelle religion implantée en France principalement dans les départements du Nord et de l'Aisne, a des groupes importants un peu partout et à Paris même les Antoinistes s'assemblent le dimanche pour lire et méditer en commun le Grand livre de la Révélation.
        L'Antoinisme à son début est de simplicité extrême, mais au cours des siècles et par atavisme il pillera également à son tour le magasin aux accessoires du Paganisme, le père de toutes les religions.

    Fleur de Sérail
    Geoffroy LINYER
    CHAPITRE XX
    LA CROISIÈRE AMOUREUSE
    in Feuilleton de la Vendée Républicaine
    N° 1501 Samedi 25 Janvier 1913
    source : http://recherche-archives.vendee.fr


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  • Jean-Marc Soriano - Sagesse (2011)Sagesse
    Jean Marc Soriano
    The Book Edition, p. 117-119

                  22 Mai 2011
    Comme s'exclamait une de mes pires enemies en apprenant que je venais de souffrir d'un infractus : « Enfin une bonne nouvelle, j'espère que le prochain te tuera !... »
    Je souhaite en faire part aux quelques-uns qui m'apprécient voire encore plus héroïques, qui m'aiment et leur demander de bien vouloir m'excuser si brutalement ils apprenaient mon décès.
    Alors que ma vie fut tourmentée surtout à cause de l'infidélité de ma femme, je voudrais rendre hommage à deux saintes qui éclairèrent mon chemin de leur exemples et la jalonnèrent de la lumière qui m'empêcha par exemple de désespérer à en mourir, ces deux femmes sont Sainte Anne Catherine Emmerich et Sainte Françoise Romaine.
    L'homme ne meurt jamais naturellement, il est assassiné par le mal, la mort n'est pas naturelle, elle est la fille du Diable, la fille du péché, oui ce mot galvaudé, tordu à l'extrême mais qui a le mérite de reconnaître la vérité de la rupture de l'humain avec le divin.
    Le Seigneur me révéla que j'étais un Archange incarné et je savais le droit de lui demander mon nom d'ange; le Seigneur me dit aue je m'appelais Ur..., je laisse chacun supputais quoique certain pensent que je suis Uriel, la main gauche de Dieu, moi qui me sens si ridicule, si minuscule mais qui parfois commande aux orages et aux bêtes sauvages.
    Dieu meurt tous les jours, assassiné par ses enfants et je partage sa mort presque contre mon gré tellement la haine est parfaite et absolue.
    Très peu peuvent me connaître, je ne sais pas vraiment parler de moi et ce que je dis n'appartient pas à la logique du monde, je suis toujours demain, car le mal en aliénant le présent désespère d'interdire demain, je suis là où il ne peut m'atteindre.
    Le présent est le monde, ici et maintenant est la prise de conscience absolue de cela et non pas d'une quelconque et merveilleuse extase existentielle.
    Donc j'ai vécu sans être aimé ni reconnu, je ne peux terminer ce texte sans parler de ma très sainte mère, la sainte vierge, cette femme qui a raison même quand elle a tort !... aussi mon maître et frère Eli, Saint Jean Baptiste, Saint Jean, je ne voudrais oublier personne comme le maître Philippe, cette femme médium des Antoinistes d'Orange qui voyait avec son cœur, à ces anges rencontrés ailleurs et qui voulurent soulager le poids de mes épreuves.
    Si je devais proclamer une seule chose à part que Dieu et son fils Jésus Christ sont amour, je dirais à tous vous ne pourrez jamais comprendre votre vie, si vous ne l'articulez pas comme étant un enjeu entre le ciel et l'enfer.
    Être humain c'est devenir un ange, la terre n'est pas qu'une pépinière d'anges elle a aussi sa propre destinée, mais la destinée d'un être humain est de remplacer un ange déchu, s'il le veut de tout son cœur d'humain


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  • L'antoinisme, une religion née dans la région liégeoise

        Quand j'étais enfant, un couple habitait pas très loin de chez mes parents. Ils m'impressionnaient. Il étaient toujours habillés en noir. Lui, avec un grand chapeau. Elle, comme une ursuline. On aurait dit des quackers. J'avais l'impression qu'ils étaient d'un autre monde et d'un autre temps que le mien. Tout en bas de la rue, il y avait un petit édifice où une plaque métallique indiquait qu'il s'agissait d'un temple antoiniste. C'est là qu'ils se rendaient régulièrement. Cela m'a toujours intrigué. Qui étaient-ils? Que faisaient-ils dans ce temple?

     

    lire la suite sur Xavier: de tout un peu - Réflexions au fil des jours ... pour ceux qui ont envie de les partager


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