• Auteur : Louis Beirnaert
    Titre : Le Problème des guérisseurs
    Les Études t. 274, n° 6 (juillet 1952)

        Évoque à plusieurs reprise l'Antoinisme à partir du livre de Pierre Debouxhtay.


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  • Claudine Brelet - Guérir autrement (1978)

    Auteur : Claudine Brelet
    Titre : Guérir autrement
    Éditeur : Presse de la Renaissance
    Collection : Evolution PSI
    Date de publication : 1978
    Nombre de pages : 214

     

        Anthropologue auprès de l'OMS, fait le point sur ces médecines méconnues qui sont à la source de l'art thérapeutique (en 1990).

     

        Jacques Cécius retranscrit un témoignage de guérison dans l'Antoinisme :

    "Parlant un jour de ce culte avec un de mes amis ethnologue, (…), il m'avoua avoir eu recours un jour à un "Frère guérisseur antoiniste". Il souffrait de violentes céphalées dues à une sinusite : son médecin n'étant pas parvenu à l'en soulager avec les médications habituelles, il eut l'idée de "voir sur le terrain" le rituel de guérison antoiniste.

    Entré dans le temple, il fit part de sa demande au Frère qui accueillait les visiteurs. Celui-ci indiqua le Frère X… en lui montrant une des portes et en le priant d'attendre son tour, ce qu'il fit. Puis, lorsqu'il entra, reçu par un homme très âgé, il s'entendit dire immédiatement : "Faites confiance au Père Antoine", dont un portrait semblable à celui qui se trouvait devant "l'autel" était fixé au mur de cette "chambre à invocations". Cet ami commença à expliquer ce dont il souffrait : "Ces explications ne sont pas nécessaires…Il suffit de croire", lui fut-il répondu avec une grande douceur. "Tournez-vous vers le Père". Le Frère guérisseur lui demanda son nom et tous deux se placèrent face au portrait du Père Antoine. Puis il murmura une prière, dans un état de concentration intense. "La prière au Père va vous dégager…". Cet ami essaya, lui aussi, de se concentrer pour se mettre en état de résonance, comme il l'avait lu dans des manuels de yoga, qu'il n'avait néanmoins jamais pratiqué : "Alors m'avoua-t-il, une chose incroyable se produisit. Moi qui suis un bougre ne pratiquant aucune religion, je ressentis une énorme bouffée de chaleur. Je me mis à transpirer à grosses gouttes, comme atteint par une fièvre intense. Puis, tout aussi soudainement je me sentis soulagé, frais, heureux, dispos, léger comme je ne m'étais plus senti depuis longtemps".

    Il demanda au Frère guérisseur ce qui s'était produit. Celui-ci répondit que ce genre de phénomène arrivait fréquemment et qu'il l'avait simplement dégagé de "mauvais fluides".

    A ma connaissance, cet ethnologue plutôt marxiste ne souffrit plus ni de ses céphalées, ni de sa sinusite rebelle". 


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  • Axel Hoffman - Croire et guérir (2007)

    Croire et guérir
    Axel Hoffman,
    médecin généraliste à la maison médicale Norman Bethune.

    Sur dix miracles acceptés par l’Eglise catholique dans les procès en béatification ou en canonisation, neuf sont des guérisons. Dans la plupart des grandes religions, on retrouve des phénomènes « thérapeutiques », mais ces phénomènes ne constituent pas le pilier central des religions. Par contre, certaines religions ou mouvements religieux situent la dimension thérapeutique au premier plan de leurs pratiques et de leur doctrine. Qu’en est-il alors des conceptions de la santé et de la maladie, des rapports entre médecine et religion ?

    [après l'historoire du culte]
    Une enquête rapportée en 2001 montre que l’impact du culte antoiniste ne se dément pas. En vingt jours, un guérisseur antoiniste a vu 216 personnes, (60% de femmes, 40% d’hommes), la plupart par ailleurs suivies par un médecin ; 47% consultaient pour des problèmes de santé physique, 19% pour des problèmes psychologiques notés comme « dépression », 13% pour des problèmes sentimentaux, 13% pour des difficultés professionnelles. Plus rarement la demande portait sur des conseils spirituels ou des questions matérielles. C’est donc bien l’image d’une religion thérapeutique  que véhicule l’antoinisme. La guérison demeure au premier plan de ses préoccupations et constitue la porte d’entrée des adeptes.


    Note : L’antoinisme est bien un culte et non une secte. Rien n’est en fait exigé des adeptes, il ne s’oppose pas aux religions et se fonde sur une expérience personnelle et intérieure, de type mystique.

    Santé conjuguée, janvier 2007 - n°39, p.50-51
    source : https://www.maisonmedicale.org/Croire-et-guerir.html


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  • Melchior Mbonimpa, Guérison et religion en Afrique (2012)1.4.1. Les Antoinistes (p.29)
        Implanté essentielement en Belgique et en France, l'antoinisme a également des îlots dans d'autres pays, parfois très loin de son lieu de naissance, notamment en République démocratique du Congo, en Australie, au Brésil, en Italie, au Luxembourg, en Guadeloupe et au Congo-Brazzaville (DERICQUEBOURG, 1993, pp. 167-168). Religion minoritaire plutôt discrète, elle évite le prosélytisme agressif et s'étend de proche en proche en suivant la trame des relations familiales. Actuellement, le mouvement est une fédération de lieux de recueillement et d'accueil pour les personnes souffrantes : une trentaine de temples en Belgique et une autre trentaine en France. Dans ce dernier pays, comme partout où l'antoinisme a essaimé hors de la Belgique et de la France, il y a aussi des « salles de lecture » où l'on apprend la doctrine sans faire « l'opération générale » qui est le principal rite de guérison comme nous le verrons plus loin. Ces salles ont existé en Belgique aussi, mais elles ont disparu et il n'y a actuellement que des temples.
        Le fondateur du mouvement, Louis Joseph Antoine (1846-1912) est né à Mons-Crotteux en Belgique, dans une famille de houilleurs. Enfant curieux d'apprendre et rêvant de devenir médecin, il dut se faire embaucher dans une houillère à douze ans parce que sa mère, qui aurait voulu lui éviter une vie de mineur, n'avait pas les moyens de lui payer des études. Ce métier ne plaît pas à l'adolescent, et c'est sans doute pourquoi, pendant ses temps libre il lit beaucoup et manifeste une ferveur religieuse à l'âge où la plupart de ses compagnons ont abandonné l'Eglise catholique.
        Un jour, à la mine, il se met à penser à Dieu. Au même moment, u courant d'air éteint sa lampe de mineur. Il a l'impression qu'un flux lui a traversé le corps. Le futur prophète wallon considère ceci comme le signe qu'il ne doit plus exercer ce métier que d'ailleurs, il n'aime pas et qu'il supporte mal, sans doute à cause d'une maladie de l'estomac dont il souffrira toujours. Il démissionne aussitôt et se fait engager comme ouvrier métallurgiste (DERICQUEBOURG, 1993, p. 11).
        A l'âge de vingt ans, pendant le service militaire, il tue accidentellement un camarade de régiment et est condamné à huit jours de cachot pour mauvais entretien de son arme. Cet emprisonnement devient pour lui comme une période de retraite. Retrourné à la vie civile, il quitte la Belgique pour aller travailler à l'étranger (Prusse, Pologne) où il fait des séjours de longue duréé entrecoupés de brefs retours au pays. C'est au cours de l'un de ces retours qu'à 27 ans, il épouse Jeanne Catherine Collon qui deviendra la compagne de sa vie.
        A quarante-deux ans, il rentre définitivement en Belgique et se fixe à Jemeppes-sur-Meuse. Grâce à ses économies et à celles de son épouse, il bâtit une vingtaine de maisons qu'il loue, mais cette sécurité matérielle ne lui procure pas le bonheur. Il a continuellement des maux d'estomac, vit dans une insatisfaction psychologique qui le rend iritable, et il est assailli de doutes au niveau de sa foi. C'est au cours de ce malaise qu'un ami lui prêta Le Livre des Esprits d'Allan Kardec qui l'enthousiasme au point de provoquer sa conversion au spiritisme. Il fonde un groupe spirite avec son fils, son neveu et quelques amis, et développe peu à peu ses dons de medium. Le groupe se trouvera un nom après avoir consulté les esprits : « Les vignerons du Seigneur » qui ont pour devise, « Nous sommes les ouvriers de la dernière heure » car, pour eux, le spiritisme achève la révélation commencée par Jésus.
        Alors que Louis Antoine semble avoir enfin rouvé le bonheur, son fils âgé de vingt ans meurt en 1893. Ce deuil aura d'importanes conséquences sur le futur thaumaturge de Jemeppe. D'abord, il saisit l'occasion de rompre avec le catholicisme en organisant des funérailles spirites pour son fils. Ensuite, il se recueille dans une longue méditation dont émergera la conviction que la santé est le plus grand des biens terrestres. C'est à partir de ce moment qu'il décida de consacrer sa vie à soulager les souffrants. Il le fera d'abord en imposant les mains aux malades pour user du « magnétisme animal ».
        Petit à petit, la renommée du guérisseur de Jemeppe grandit et les malades affluent. A partir de 1900; il inaugure une grande salle adjacente à son domicile et y reçoit les patiens tous les jours de sept heures à midi, sauf le dimanche qu'il consacre aux séances de spiritisme. En octobre 1900, il est accusé de donner des consultations sans diplômes et sans posséder aucune notion de médecine. Des médecins légistes sont chargés de faire enquête. Ils reconnaissent qu'il soigne gratuitement et qu'il a sans doute obtenu de nombreuses guérisons, mais ils concluent tout de même qu'il 'agit là d'un « mysticisme grossier, d'un charlatanisme éhonté, et d'un danger pour la santé publique. » Sans avocat, il fait face aux juges, reconnaît qu'il n'a pas de diplômes et décrit ses techniques de guérison :
        « Je guéris, ou plus exactement, je soigne toute espèce de maladie. Je mets la main sur la tête du malade, je me recueille, je prie en moi-même, puis j'ai l'inspiration qui me permet de dire de quoi il souffre. Si le consultant a foi en moi, je ne me trompe jamais, je lui fais alors des passes, je prescris alors soit le contact avec du papier magnétisé, soit l'usage de certains thés. Je ne demande rien  » (DERICQUEBOURG, 1993, p. 17).
        Les juges l'ont quand-même condamné à une amende symbolique de 60 francs. Cette condamnation poussa le guérisseur à abandonner l'usage des « passes magnétiques » et des pharmacopées. Convaincu que la guérison magnétique requiert uniquement le désir ardent de soulager autrui, il change de méthode. Il se recueille dans le silence, seul avec le patient, invoque les esprits bienfaisants pour recevoir d'eux l'onde régénératrice qu'il dirige vers la cause du mal. Désormais, seules comptent donc la foi du guérisseur et celle du malade. Apparemment, ça fonctionne puisaue des foules de souffrants continuent à affluer vers lui, à tel point quen 1906, il devient incapable de recevoir les patiens individuellement parce qu'il en avait plus de mille par jour. Il change encore une fois de méthode et se met à faire des « opérations collectives », c'est-à-dire qu'il pratiquera désormais des cures de masse : debout, sur une tribune, « il lève les bras, se concentre et répand un fluide sur l'assemblée. »
        Ce changement de style affectera la nature même du mouvement. Louis Antoine s'écarte du spiritisme, élabore une morale très tolérante et une théorie philosophique basée sur l'inexistence de la matière et la croyance dans la réincarnation. Pour les réunions publiques, le rituel se modifie ; les lectures d'Allan Kardec sont supprimées et remplacées par un recueillement silencieux. Puis, Antoine devient le prédicateur d'une nouvelle croyance : « le nouveau spiritualisme ». Parmi ses disciples, notamment de France, il y a des gens fortunés qui deviennent ses mécènes et l'aident à mettre par écrit, à imprimer et à diffuser sa doctrine qui remplacera celle de Kardec et permettra de nouveau les lectures lors de ruénions publiques. Le maître acquiert le titre de « Père » et ses adeptes deviennent connus sous le nom d'« antoinistes ».
        Mais cet humble ouvrier devenu un homme très public n'a pas de système doctrinal fournissant des réponses satisfaisantes à toutes les questions qui lui sont posées. Le 2 mai 1909, il décide de prendre une retraite de prière, de méditation et de jeûne pour clarifier ses idées. En son absence, le culte est célébré par un disciple, ce qui fait penser à une pédagogie de la transition. Antoine réapparaîtra une année plus tard, le lundi de Pâques 1910, et ce jour-là, l'affluence est telle qu'il célèbre cinq « opérations ». Quelques mois plus tard, il inaugure le premier temple antoiniste à Jemeppe et cette année-là, le culte prend sa forme quasi définitive.
        Au début de 1912, sentant que sa fin approche, il se retire de nouveau dans sa maison pendant six mois pour écrire Le Développement de l'Enseignement du Père. Il charge son épouse de faire l'opération générale, et ce remplacement signifie qu'après la mort du Père, 'Mère' prendra la tête du mouvement. Le 24 juin 1912, Louis Antoine revoit ses fidèles pour la dernière fois et leur parle en ces termes :
        « Je n'ai pas fait de testament, Mère est héritière de tout, c'est Mère qui me remplacera (...) Après Mère, il y aura de grands guérisseurs (...) On pourra en choisir un parmi les plus sérieux pour remplacer Mère. Mère suivra toujours mon exemple, elle ira sur la tribune comme j'y vais, mais pour le nouveau guérisseur il n'en sera pas de même, il montera à la tribune par l'escalier opposé et quand il l'aura mérité, il ira par où j'y vais (...) Voilà mes enfants (...) »
        Le lendemain, Louis Antoine se « désincarne » (selon l'expression antoiniste). Les observateurs extérieurs croyaient que ce mouvement de guérisseurs ne survivrait pas à la mort de son fondateur, mais la succession a eu lieu sans crise, et « Mère » donnera à l'antoinisme son visage actuel. Bien qu'illettrée, elle releva le défi de l'institutionnalisation du mouvement et parvint à maintenir l'unité. Elle se désincarna à son tour en 1940 et, de nouveau, il n'y eut pas de crise de succession. On remarque simplement une différenciation du culte entre la Belgique et la France : les Belges ont décidé de supprimer certains rites que Mère avait imposés lors de l'institutionnalisation du mouvemen tandis que les Français ont maintenu ces rites. Mais il n'y a pas eu de schismes.

    Melchior Mbonimpa, Guérison et religion en Afrique
    Editions L'Harmattan, 1 avr. 2012 - 118 pages
    La modernité laïque voudrait que seules la biomédecine et les diverses méthodes "scientifiques" de thérapie psychologique s'occupent de la santé des humains. Pourtant, même au coeur de l'Occident contemporain, les "religions de guérison" ont encore des adeptes. L'interpénétration du religieux et du médical est un phénomène universel, et en Afrique, la thérapie joue abondamment sur les zones de contact, de superposition et de fusion entre les domaines du religieux et du médical.


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  • Auteur :    Noël Bäyon
    TItre :    Miracles chez les guérisseurs
    Editeur :     SEGEP, Paris, 1953, In-16, 314 pages

    Sommaire :
    Avant-Propos
    I. - Persistance de l'Empirisme
    II. - Les Sectes Guérisseuses
        Prosper Merland, Congrégation Evangéliste de l'Union Christique Biblique Purificatrice (Georges de Montfavet, Eglise chrétienne universelle ou Monsieur [Jean] Bouy, Eglise évangéliste indépendance de l'Union chrétienne)
        Tremolo Stromboli, Santé par l'Amour, Association philanthropique Internationale (M. Montovani, Amour et Vie)
        Pedro Jonglalez, Cercle Amour et Fraternité (Nicolas Strati, Eglise christique primitive)
    III. - Les Spiritualistes Individualistes
    IV. - Les Magnétiseurs
    V. - Les Radiesthésistes-Magnétiseurs
    VI. - De la Voyance à la Phytothérapie
    VII. - Je m'installe Guérisseur
    VIII. - Les Guérisseurs devant le Micro
    IX. - Le Miracle et le Papier imprimé
    X. - Pour en sortir

    Critique des Etudes de mai 1953 :

    Noël Bäyon - Miracles chez les guérisseurs (1953)

        « Les guérisseurs guérissent-ils ? » Pour répondre à cette question, M. BÄYON s'est livré à une patiente enquête auprès des guérisseurs et de leurs clients, allant jusqu'à ouvrir lui-même un cabinet. Sa conclusion, solidement étayée, est nette : rien ne justifie scientifiquement la prétention des guérisseurs et la confiance que des gens crédules placent en eux.
        On lira avec profit un tel ouvrage qui constitue, en même temps qu'un témoignage de poids, une oeuvre bienfaisante, en démasquant notamment le charlatanisme et le climat d'enfantine crédulité qui enveloppe les guérisseurs.
        Une telle étude laisse pourtant ouverte une question importante : dans quelle mesure des altérations fonctionnelles, d'étiologie principalement psychique, sont-elles susceptibles d'être soulagées, au moins momentanément, par l'influence et la suggestion de certains êtres, aussi irrationnelle et puérile que soit souvent leur thérapeutique ? L'expérience même de M. Bäyon, se faisant lui-même guérisseur, est assez curieuse en ce sens. Le recours au guérisseur ne témoignerait-il pas, au prix d'une régression vers la mentalité archaïque et magique, d'une des tâches actuelles de la médecine : intégrer nettement dans l'art médical la prise en considération des facteurs psychiques de la maladie et l'action sur eux ? Le médecin n'a nullement à se faire guérisseur, mais ne doit-il pas répondre scientifiquement et rationnellement, cette fois, à certains besoins que manifeste le recours aux guérisseurs ? Sinon, ne risque-t-on pas de voir se perpétuer l'état de choses périlleux contre lequel témoigne justement l'ouvrage de M. Bäyon ?
              Louis BEIRNAERT.

        L'auteur précise qu'il a caché les véritables noms, car "le nom, en cette bataille, n'a aucune espèce de valeur, ce qui compte : la vérité, la réalité stricte des faits, des observations, ont été respectées" (p.14). Nous voici donc à lire les exploits de Gougourovski-Popodneff, de Loubiane ben Louloufe, de Gédéon Bouliche, l'un résident à Pontamin-les-Bancal, l'autre à Benezouilles-les-Fraises, ou encore les performances égyptienne de Rodiane Kiftootoo à Bellevilliers-la-Gadoue... Il ne nous reste donc qu'à croire l'auteur sur parole, puisque aucune vérification d'après ses témoignages n'est possible.
        Il prévient qu'il comprennait et comprends encore "l'anxiété qui précipite le malade dans les bras du magnétiseur, du thaumaturge ou du médium scientifique" (p.12). Mais comme compréhension, on lit les témoignages suivants dont quelques extraits suffiront à sentir l'anxiété de ces malades :
        - De temps en temps, à défaut de cancer, Tremolo, pour s'entretenir la main, accepte de se distraire avec des maux sans importance et qui disparaissent avec un peu d'argile et quelques passes car Tremolo, dans son groupe, a aussi des auxiliaires magnétiseurs. Et quels magnétiseurs ! Tuberculose, sclérose en plaques : quatre séances et passez muscade, vous voilà sain entre les sains (p.48) ;
        - (un homme vient pour sa femme) Devant l'assemblée des malades, il gémit, il pleure de douleur, jouant les insomnies et les maux de tête de sa femme tandis qu'elle demeure silencieuse. [...] Admirative, la femme approuve, de temps à autre, le jeu de son époux, d'un léger signe de tête. Pour moi, je cherche dans l'emphase des tirades quelque élément qui puisse m'éclairer sur le mal de la patiente. Dans tout ce chef-d'oeuvre d'art dramatique dont on régale mes yeux et mes oreilles, je ne vois rien qui puisse me permettre la moindre appréciation sérieuse (p.130) ;
        - Entre une accorte Polonaise, mafflue, qui roule de gros yeux égarés sous un front bas et pousse devant elle une fillette de huit ans, manifestement intimidé, gênée d'apporter devant trois étrangers le spectacle pénible de son infirmité. Devant sa tête constamment inclinée à droite, ses mouvements désordonés du bras droit, sa petite main contractée, incapable d'exercer une préhension quelqconque, la détresse qui jaillit de ses yeux doux me remue jusqu'aux entrailles. J'ai envie de crier pitié pour elle. Cette pauvre chair secouée de spasmes, cette âme déchirée, meurtrie d'être captive d'un corps anormal, nul n'a le droit de la jeter dans une pantomime dont elle ne peut retirer que des complexes supplémentaires. Tout cet exhibitionnisme imposé et inutile me répugne, m'horrifie, et, de crainte d'effrayer la fillette, je dois me taire. De peur aussi de voir mon enquête tourner court, je m'impose de sourire à Mme de Saint-Céleste, comme si je lui accordais le droit de s'amuser aussi de cette souffrance-là. D'ailleurs, à quoi bon parler, prévenir la mère que tout ceci est duperie, pitrerie et que la seule certitude qui s'offre à elle de gaspiller son argent ? Elle ne me comprendrait pas, elle m'opposerait les témoignages de milliers de pauvres bougres convaincus de la toute-puissance divine de Mme de Saint-Céleste ! (p.165) ;
        - Pour ma part, je dois de la connaître à la femme d'un médecin bordelais, laquelle trois fois l'an, toute gonflée de je ne sais quels maux imaginaires et de quelles affaires de coeur embrouillées, puise là "le courage de vivre". Comme elle est loin d'être la seule, le jour où Mathilde Barbacasse sera convoquée chez le juge d'instruction, cela fera un certain bruit dans quelques ménages de médecins ! (p.257) ;
        Ce qui gêne est qu'on ne peut rien prendre au sérieux dans ces témoignages : tout est railler, tourné en dérision, sarcastique. Mais l'auteur fait amende honorable : "il ne laissera pas d'y avoir des gens bien intentionnés pour me reprocher cette permanence du burlesque qui domine en ces pages" (p.310).
        Et quand on apprend quel prix font payer les guérisseurs (un déclare qu'on donne ce qu'on veut mais pas moins de 1000 francs ! (p.107), on ne peut que donner très peu de crédit à ces charlatants (cf. également p. 216). Mais cela est la technique du journaliste, car d'emblée, l'auteur dit : "j'ai choisi mes sujets avec un soin extrême, éliminant les modestes sorciers de village, ceux qui traitent les pires maux avec les épluchures de pommes de terre ou l'urine de nouveau-né" (p.13). Pourquoi justement ne pas avoir tout de suite supprimer de son enquête les guérisseurs qui font payer ? Le désintéressement du guérisseur peut déjà êtr une preuve de son honnêteté. Ensuite il prétend qu'un "vrai guérisseur" se doit d'accepter tout les cas (p.269), là encore, il est fréquent qu'un guérisseur prétende ne pas tout guérir. Il aurait aussi fallut enquêter sur eux.

        "Je reviens chez Mathilde Barbacasse pour rencontrer une miraculée "sauvée en pleine hémorragie". [...] Dans les propos emmêlés de la belle-mère, du gendre et de la fille également présente, je finis par retrouver la vérité. Histoire banale, du modèle de celles que l'on rencontre dans n'importe quel salon de guérisseur. A cinquante-deux ans, après une implantation de pellets d'hormone cristallisée destinés à combattre les troubles du retour d'âge, la patiente fait une série de ménorragies, c'est-à-dire des augmentations brutales en quantité et en durée du flux menstruel. Au bout de dix-huit mois, au cours desquels le médecin est intervenu dans la phase aiguë de chaque manifestation sanglante, à coups d'hémostatique, d'hormones synthétiques, d'opothérapiques, les ménorragies s'espacent de plus en plus. Il a le droit de se montrer satisfait. Pas du tout, depuis un an, il opère concurremment et à son insu avec Mathilde Barbacasse dont les chifons fluidifiés ont un bien autre pouvoir que sa seringue et ses ampoules !" (p.260-261).
        L'auteur a-t-il de la compréhension pour la panique qu'a pu ressentir cette femme qui se voyait se vider de son sang ? Non, lui sait et comprend le médecin dans son jargon et ne s'inquiète pas... Mais l'auteur avoue lui-même que "au médecin qui n'a pas le temps de lui faire faire un cours qu'il n'assimilerait pas, parce que la médecine est devenue de nos jours aussi compliquée que les calculs astronomiques, il préfère le brouet pseudo-scientifique du premier charlatan venu (p.271).
        Il est clair donc que l'auteur n'a pas étudié, comme son collègue Maurice Colinon, les tenants et aboutissants de la guérison en dehors de la médecine non conventionnelle. Ainsi il veut vin se prêter aux expériences et faire le cobaye, alors qu'il n'est pas malade, et il est sceptique sur les résultats. Comment veut-il qu'une guérison se produise ? Or, comme l'a montré Maurice Colinon, le guérisseur, c'est la malade lui-même. "Notre création et notre perfectionnement sont donc notre oeuvre" dit le Père (La Révélation, L'origine de la vie). Mais de cela, Noël Bäyon, sans vouloir faire de mauvais jeu de mot, n'en a cure !
        Par les traitements de Placide Soliveau, on comprend les accusations portées à tous les guérisseurs (puisque "hors Jésus, il n'est point de Salut") dans un commentaire du le site http://christianisme.skynetblogs.be : " Le culte antoiniste est une secte manipulatrice et décadente, composée de gens obsédés par le sexe et l 'argent ils ont même une succursale à Monaco! tout comme l'ordre du temple solaire (voir www.prevensectes.com) " - Écrit par : nicolas | 2010-02-17 à 18.26:25

        Après avoir réglé ses comptes avec ses collègues journalistes pro-guérisseurs (dont il cite pour cette fois les vrais noms), comme conclusion, l'auteur déclare : "tout guérisseur est un mythe née de l'anxiété du malade" (p.267). Nous voilà bien avancé... l'introduction l'avait prédit, la conclusion le détermine... mais quand au explication du phénomène on n'en apprendra pas beaucoup... sauf peut-être à demi-mot dans le chapitre VII. Je m'installe guérisseur. De loin le plus intéressant de tout le livre. Il y explique ainsi le fonctionnement de l'auto-suggestion : "Quels que soient l'herbe, les passes, les prières, le produit, le Professeur M... a en effet remarqué que les recettes de bonne femme les plus anciennes indiquent toujours le même laps de temps pour [la] disparition [des verrues] : quarante-cinq jours pous les verrues ordinaires, trois mois pour les verrues plantaires. L'agent de traitement ne lui parut donc avoir aucune valeur thérapeutique et être plutôt le support passif à la faveur duquel le patient s'auto-suggesionne, déterminant ainsi une réaction de défense de l'organisme contre l'ultra-virus de la verrue" (p.168).
        "L'art de la pirouette, une once de psychologie, voilà tout la science du guérisseur" (p.271). Un art et une once qui manque sensiblement à beaucoup de médecins (cf. le livre tout récent de Martin Winckler, C’est grave docteur ? [http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=401]). On peut donc en conclure comme Maurice Colinon dans Les Guérisseurs, dont nous conseillons la lecture qu'il serait bon que le médecin devienne un peu guérisseur.

        Enfin, disons qu'à aucun moment Noël Bäyon ne cite les Antoinistes dans son livre.

    _________________
    Auteur :    Noël Bäyon
    TItre :    La Légende dorée des guérisseurs
    Editeur :     André Martel, Paris, 1953, In-16, 236 pages

    Sommaire :
    Pélerinage aux sources de la "médecine libre"
    Le guerissage savant ou mesmerisme
    Illuminés et charlatans romantiques
    Philippe, le garçon tripier devenu sorcier du Tsar
    La "Christian science" ou le guerissage "Made in USA"
    Les mires de la belle époque à la notre
    Germaine de Rouen, la voyante insoumise
    La radiesthésie "science nouvelle"
    Bilan actuel de la radiesthésie
    Le statut de la "médecine libre" et les "abandonnés par la médecine"
    L'Eglise catholique devant le problème des guérisseurs
    La réponse des malades

    Critique des Etudes de mai 1954 :

    Noël Bäyon - Miracles chez les guérisseurs & La Légende dorée des guérisseurs (1953)

        Cet ouvrage complète Miracles chez les guérisseurs. II nous présente une histoire des guérisseurs surtout à partir du XVIIe siècle, sommaire sans doute, mais centrée sur quelques figures particulièrement intéressantes : Mesmer, l'inventeur du magnétisme animal, Vriès, Philippe, le garçon tripier devenu sorcier du Tsar, Mrs Mary Eddy Baker, fondatrice de la Christian Science, Germaine de Rouen. Le récit est alerte, incisif, et bien documenté. Le dernier tiers du livre est consacré à la radiesthésie ; excellente mise au point d'où il ressort que, jusqu'ici, la radiesthésie n'offre absolument aucune garantie scientifique.
        OEuvre courageuse, utile, fruit d'un long travail qui constitue une excellente contribution à cette tâche de « démystification » que le renouveau des fausses-sciences rend particulièrement urgente et qui mériterait davantage l'attention des milieux catholiques.
               F. Russo.
    source : Gallica

        En gage de longue "contribution à cette tâche de « démystification »", le lecteur aura droit a une longue liste de fait-divers. Et si l'auteur reproche aux "faux-scientifiques" de cacher leur insuccès, on peut bien croire que cela soit réparer par ce livre, l'auteur ne signalant pas, même pour la forme, une seule expérience qui soit fructueuse du côté des radiesthésistes ou autres expérimentateurs. Encore une l'avant-propos nous signale, comme pour nous en convaincre, que "ces pages ne sont que le fruit d'investigation objectives". Investigation : "Recherche minutieuse, systématiquement poursuivie, sur quelque chose." Objectif : "Qui est fondé sur l'expérience, sur l'observation des réalités extérieures."

        Prenons l'exemple qui nous intéresse et que nous connaissons : Louis Antoine, puisque l'auteur nous fait l'honneur d'en discuter. Citons donc in texto une partie du chapitre Illuminés et charlatans.

        "Quantitativement, Philippe [de Lyon] a moins de fidèles que le brave Antoine, ouvrier mineur, passé de la fosse à la métallurgie et de l'usine au temple, et qui groupe, en une cérémonie, 15.000 personnes autour de lui. Le « Père » qui découvre sa « vocation » en 1893, à la mort de son fils, fait courir toute la Belgique et le nord de la France à Jemmapes-sur-Meuse. Trente chapelles antoinistes naissent dans les deux pays et, en Belgique, une pétition présentée au Roi pour la reconnaissance de la nouvelle religion, recueille 150.000 signatures en quatre mois.

        "Tard venu au spiritisme, Antoine le guérisseur témoigne, tout au début de sa vocation, d'une certaine incertitude quand [sic] au traitement à appliquer aux quelques 1.200 malades qui viennent le consulter quotidiennement ou qui lui télégraphient des quatre points cardinaux. La distribution des potions, jointe aux passes magnétiques, conduit Antoine sur les bancs de la Correctionnelle, où il se voit condamné à deux reprises. Renonçant à guérir par des thérapeutiques terrestres, Antoine proclame aussitôt que la foi des malades est le secret de leur guérison et il s'applique à soigner les âmes, les âmes seules dont les imperfections entraînent tous les maux physiques. Le « Père » est tellement persuadé de cette vérité qu'il n'examine même pas les malades et ne leur demande pas de quoi ils souffrent. La foi guérit tout et ceux qu'elle ne sauve pas méritent sans doute cette épreuve par quelque vice caché. Antoine a réponse à tout, et la mort même ne le laisse point désemparé puisque sa femme « la Mère » continue le culte, après sa « désincarnation », dans le Temple austère, sur l'autel qu'orne une draperie noire sur laquelle brillent les fils d'argent de « L'Arbre de la Science du Mal ». Illettrée, forte de toute sa ruse paysanne, « la Mère » soutient gaillardement, en dépit de ses soixante-dix ans, le rythme des cérémonies antoinistes et rassemble, pour le 20 juin de chaque année, jour anniversaire de la désincarnation du « Père » quelque 20.000 pélerins. Aujourd'hui, le touriste qui traverse Liège s'étonne d'y découvrir un temple d'une architecture compliquée, d'un exotisme pseudo-byzantin, et que coiffe une étrange coupole. Sur la porte, cette inscription : « Le Père Antoine, le grand guérisseur pour celui qui a la foi ».

        "Et ce temple abandonné est tout ce qui demeure de vingt années de miracles et de rédemptions sous la houlette d'Antoine, mais le grand principe de la foi guérisseuse, lui, continue son chemin et la Christian Science avec ses sectes satellites (Faith Cure, Divine Healing, New Thought) perfectionne le système jusqu'à l'absurde."

        Signalons d'abord la faute d'orthographe, qui malgré la très longue liste d'errata de 4 pages, n'a pas était perçu par l’œil avisé et professionnel du "journaliste". J'ignore également les guillemets doublés de l'italique, un journaliste n'est pas censé être typographe. Admettons d'admettre ce livre une investigation, mais j'hésiterai vraiment à préciser celle-ci d'objective. Voici les erreurs : Louis Antoine ne découvrit pas sa vocation à la mort de son fils. Jemmapes-sur-Meuse n'existe pas. L'auteur nous fait le plaisir de citer sa source en bibliographie. Le livre de Maurice Colinon. De là vient la première erreur ("En 1893, il a la douleur de perdre son fils unique ; dès lors, toute son activité se tourne vers le problème de la maladie"), par contre M. Colinon cite bien Jemeppe-sur-Meuse. Déjà à l'époque de Colinon, on en était en tout cas à cinquante temples. Il n'a pas était condamné deux fois. Le fait de "mériter l'épreuve par quelque vice caché" fait plutôt penser à la pensée du Père Dor. "Temple austère, sur l'autel qu'orne une draperie noire sur laquelle brillent les fils d'argent de « L'Arbre de la Science du Mal »" : on ne sait pas de quel draperie parle Bäyon (l'auteur fait écrire son nom de cette façon, par coquetterie orthographie, certainement). Peut-on parler d'un autel ? Et que dire de l'Arbre de la Science du Mal ? (Colinon parle de tribune et dit bien Arbre de la Science de la Vue du mal). Le 20 juin de chaque année, il ne se passe rien de particulier dans les Temples antoinistes, mais en tout cas le 25 juin le Père se désincarne. À ma connaissance aucun temple ne porta l'inscription à sur la porte "Le Père, le grand guérisseur pour celui qui a la foi", mais on sait que le fronton pouvait porter l'inscription "Le Père, le grand guérisseur de l'Humanité pour celui qui a la foi". On apprend donc qu'en 1953 le temple de Liège était abandonné. Cependant en dehors des heures de services, un temple antoiniste paraît toujours déserté, même celui de Jemeppe. Mais remarquons le vocabulaire employé par Bäyon pour évoquer la Mère : Illettrée, forte de toute sa ruse paysanne, soutient gaillardement, en dépit de ses soixante-dix ans, rythme des cérémonies, rassemble... on croirait évoquer quelque gourou. Signalons encore que pour l'auteur c'est la paysannerie de la Mère qui la maintient jusqu'à cet âge avancé et non l'Antoinisme. Et pour le temple : architecture compliquée, exotisme pseudo-byzantin, étrange coupole, abandonné... Ce n'est pas loin d'être du racisme.

        Bref comme auteur averti, j'ai vu mieux.


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