• Jean-Michel Delacomptée - Ambroise Paré, la main savanteLa main savante d'Ambroise Paré
    [lundi 29 octobre 2007 - 18:00]
    Histoire de la médecine

    Titre :     Ambroise Paré. La main savante
    Auteur :     Jean-Michel Delacomptée
    Éditeur :     Gallimard, Paris, 2007, 264 pages

    Résumé : Jean-Michel Delacomptée retrace l'itinéraire du père de la chirurgie moderne, Ambroise Paré, et nous offre une plongée originale et poétique au cœur de l'histoire de la médecine.
    Par Eloïse COHEN-DE TIMARY

        L'Hôtel-Dieu. C'est là que le jeune Ambroise Paré (1510-1590) débute son apprentissage de chirurgien. "L'Hôtel-Dieu a sculpté sa main", dit-on. Le lieu est idéal en effet car "on y mourait beaucoup, mais surtout on y disséquait souvent". Très vite, Ambroise Paré maîtrise l'art des saignées et celui de la composition des médicaments, et pratique de nombreux actes chirurgicaux, le plus souvent "en public, comme au spectacle":  ôter un kyste ou une tumeur, amputer un bras, remettre un oeil sorti de son orbite, scier des dents ébréchées, réduire une fracture du nez, et enfin, "aider la nature dans ce qui lui fait défaut", c'est-à-dire remplacer une main, une jambe, ou une oreille par un organe artificiel.
        Au fil des pages, nous suivons les déambulations d'Ambroise Paré : de "l'air plombé de miasmes et de vapeurs" qui sature l'Hôtel-Dieu jusqu'aux blessés des champs de batailles, nous découvrons la "main savante" du jeune médecin. Non seulement doté d'une remarquable habileté, Ambroise Paré possède également un sens de la médecine hors du commun. On pourrait multiplier les exemples, mais le cas du Marquis d'Havret est particulièrement significatif. Au cours de l'été 1569, une balle d'arquebuse atteint le marquis au genou et lui fracture l'os. Alors que la fièvre le consume et que la mort semble la seule issue, Ambroise Paré met en place une stratégie de guérison. En complément des opérations chirurgicales nécessaires (incisions), il soigne son patient par la douceur des plantes - feuilles de nénuphar et oxycrat (mélange de miel et de vinaigre) -  et des "aliments succulents": Paré prescrit oeufs mollets, raisins de Damas confits, et "viandes rôties et de digestion facile, avec des sauces d'orange, de verjus d'oseille, de grenade aigre". Et pour la nuit, "quelques grains d'opium pour dormir". L'état du marquis s'améliore peu à peu, et viennent alors "violes, violons et amuseurs pour le distraire". En quelques semaines, le marquis condamné est guéri : avec ses attentions généreuses, Paré "rassurait les patients toujours et partout, et semant l'espoir il réussissait où les autres échouaient".
        A travers l'itinéraire d'Ambroise Paré nous découvrons une manière inédite de pratiquer la médecine et d'aborder la maladie et le corps. Il s'agissait de "combattre le feu par l'huile, lénifier, graisser, refroidir la combustion, adoucir les brûlures par la tiédeur des baumes" ; "il s'agissait toujours d'apaiser, de lubrifier, de relâcher, d'humecter les parois de la plaie afin de la disposer à la suppuration, façon la plus sage de soigner. L'humanité, toujours". Ainsi substitue-t-il par exemple l'huile bouillante utilisée pour cautériser les plaies par un mélange (efficace) de jaunes d'oeuf, de térébenthine et d'huile de rosat (huile d'olive où macèrent des pétales de rose). Si Ambroise Paré maîtrise parfaitement l'art de la chirurgie, son rapport à la médecine et aux patients n'est pas uniquement technique : "quand il soignait quiconque, il partageait avec le patient moins sa douleur que sa maladie ou sa blessure, si étroitement que des décennies plus tard il se souvenait avec une précision d'architecte du nom, de l'âge, de la profession, du lieu de résidence, et bien sûr de la maladie ou de la blessure des gens qu'il avait traités, en dépit de leur nombre. Ce n'était pas une affaire de mémoire, encore que la sienne fût hors du commun, mais de douceur". Pour Paré, c'est toujours la vision humaine de la médecine qui prévaut. Jamais ses patients ne sont réduits à des "assemblages d'organes". Il s'agit de "porter à chaque individu une attention particulière et irremplaçable, une attention qui prenne en compte l'irréductible solitude de celle ou celui qu'on soigne". C'est d'ailleurs pourquoi Ambroise Paré s'est particulièrement attaché à la conception de prothèses : "il proposait aux borgnes des yeux artificiels en or émaillé peints selon la couleur d'origine", "les nez, souvent tranchés dans les batailles et les duels, il en refaisait en or, en argent, ou en papier de linge collés". Sans oublier les prothèses de mains, de bras, de jambes, dans lesquelles il excellait. Ainsi, le chirurgien entretient un rapport maîtrisé à la technique, loin de tout asservissement.
        Enfin, le chirurgien est aussi écrivain, et ses découvertes font l'objet de descriptions qu'il soigne particulièrement. Car Ambroise Paré ne conçoit pas la science sans la poésie, sauf à courir le risque du "stérile éclat de techniques dénuées d'âmes". Avec ce portrait intime (publié dans la collection "L'un et l'autre", chez Gallimard), Jean-Michel Delacomptée nous tend un miroir vers son propre univers littéraire - soucieux du corps et de ses manifestations. La main de l'écrivain, porteuse de descriptions minutieuses, semble parfois se confondre avec celle du chirurgien. "C'était tout cela Ambroise Paré, la main qui tranche et la main qui panse. La main qui soustrait et la main qui ajoute. La main qui fabrique, la main qui écrit. La main du vif-argent, de la ligature, de l'huile, et celle de l'encre dispensée par la plume. L'intelligence, la bonté tout entières dans la main".

    source : http://www.nonfiction.fr/article-176-la_main_savante_dambroise_pare.htm

        Ambroise Paré, formé sur le terrain, avant l'arrivée du cartésianisme, pensait :
            « Je le pansay, Dieu le guarist (en moyen français)
            Je le pansai et Dieu le guérit. »
        On cite volontiers cette phrase modeste de Paré pour résumer sa philosophie. Paré écrivit cette phrase, dans un cahier de notes, au sujet des soins qu'il donna au capitaine Le Rat, lors de la campagne de Piémont de 1537-1538. Il utilisera cette formule tout au long de sa carrière (Jean-Pierre Poirier, Ambroise Paré, Paris, 2006, p. 42). En 1552, les soldats français, assiégés à Metz par l'armée de Charles Quint, souffraient d'une grande disette. Le serviteur d'un capitaine voulut réquisitionner des vivres auprès de paysans, qui le percèrent de douze coups d'épée. Il était si mal en point que le capitaine s'apprêtait à le faire jeter dans une fosse. Ambroise Paré, persuadé de pouvoir sauver le blessé, obtint qu'il lui fût confié. « Je lui fis office de médecin, d'apothicaire, de chirurgien et de cuisinier : je le pansai jusqu'à la fin de la cure, et Dieu le guérit. » (Jean-Michel Delacomptée, Ambroise Paré, La main savante, Gallimard, 2007, pp. 166-167). Également cité par Jean-Pierre Poirier, Ambroise Paré, Paris, Pygmalion, 2006, p. 9, qui renvoie à Ambroise Paré, Voyage d'Allemagne, Œuvres, t. III, p. 698. Paré a écrit, dans le même ordre d'idées : « la préservation gît plus en la providence divine qu'au conseil du médecin ou chirurgien ». (Cité par Jean-Pierre Poirier, Ambroise Paré, Paris, 2006, p. 33).

    source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ambroise_Paré


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  • Titre :     Sacrée médecine, histoire et devenir d'un sanctuaire de la Raison
    Auteurs :    Jean Baubérot, Raphaël Liogier
    Editions :    Entrelacs, Paris, 2010, 196 pages

    Résumé :
        Pour expliquer la crise que traverse aujourd'hui la médecine, J. Baubérot et R. Liogier évoquent les mouvements religieux qui pratiquent la guérison des âmes et des corps, le pouvoir quasi sacerdotal du médecin aux XIXe et au XXe siècle, le rapport à la mort au fil des siècles, les espoirs religieux que cachent la technicité et les incantations biomédicales.

    Description :
        La médecine est-elle en danger ? L'hôpital est-il une institution en perdition ? Nous vivons en France une crise de la médecine, plus ambivalente que celle de l'école, mais tout aussi profonde.
        Aux XIXe et XXe siècles, un transfert d'espérance s'est opéré de la religion vers la médecine, devenue un véritable sanctuaire de la Raison. Mais la médecine a progressivement perdu son statut sacré. La distance qui existait naguère entre le médecin et son patient s'est considérablement réduite. On n'hésite plus à demander des comptes au « docteur » qui n'est plus le détenteur intouchable d'une science sacrée, grand prêtre d'un sanctuaire inviolable. On souhaite pouvoir « mourir dans la dignité » : rester jusqu'au bout un sujet autonome et responsable. On demande à l'hôpital et à ses personnels une perfection impossible : soigner, guérir, consoler, apaiser, à tout moment et à moindre coût.
        L'institution hospitalière serait-elle plus qu'un service public ? Elle est en tout cas le reflet du prix que nous accordons à la santé. Aucune réforme de l'hôpital, aucune politique médicale ne peut réussir sans tenir compte des bouleversements des valeurs, des croyances et des modes de vie qui ont secoué nos sociétés depuis la deuxième moitié du XXe siècle.
        Plaidoyer pour une voie républicaine originale qui, sans renier l'aspiration à l'universel, se dégage d'un absolutisme scientiste séculaire, cet ouvrage remarquable tente de décrypter l'histoire, et de penser le devenir d'une médecine au service de l'homme. L'effritement des murs du temple offre peut-être l'opportunité de bâtir une nouvelle médecine à la fois plus scientifique et plus humaine, moins mystérieuse et arrogante, moins froide aussi, et pourtant tout aussi, sinon plus efficace.
    source : http://www.librairiedialogues.fr/livre/1739190-sacree-medecine-histoire-et-devenir-d-un-sanct--jean-bauberot-raphael-liogier-entrelacs

    Recension :
        Dans cet essai original, Jean Baubérot et Raphaël Liogier analysent les processus de sacralisation puis de désacralisation de la médecine. Cette dernière, devenue du XIXe siècle à la fin des années 1960 un "sanctuaire de la raison", fut un des symboles sacrés et laïcs du progrès triomphant. Pendant plus d'un siècle, les médecins ont goûté cette "sécularisation enchantée" avant d'être confrontés à l'émergence de contestations de plus en plus marquées. Petit à petit, les patients se font plus critiques, les exigences en termes de médecines dites alternatives s'amplifient et les certitudes scientifiques s'effritent. Les deux auteurs décryptent habilement cette évolution et ses conséquences en prenant pour objet l'hôpital public, analysé comme un miroir de la société.
        Au-delà de la perspective historique, c'est dans l'analyse des valeurs sur lesquelles se fonde l'institution hospitalière et l'explicitation des risques de voir ressurgir un hôpital pour les pauvres, à la manière de ceux du Moyen Age, que réside l'un des principaux intérêts de cet ouvrage. Dans un contexte d'accroissement des inégalités de santé et de délitement du service public hospitalier, les deux auteurs proposent une lecture riche des évolutions et des enjeux de la médecine moderne.
    David Belliard - Alternatives Economiques n° 299 - février 2011
    source : http://www.alternatives-economiques.fr/sacree-medecine--histoire-et-devenir-d-un-sanctuaire-de-la-raison_fr_art_1073_53151.html

    Sommaire :
    Introduction
        Critique de la Raison médicale
        La médecine, un « sanctuaire républicain »
        La « sécularisation médicale »
        L'hôpital, sanctuaire de la médecine
        L'hôpital, un « service vital »
    Partie 1 : Sacralisation et désacralisation de la médecine, éléments socio-historiques
    1. La sacralisation de la médecine, face cachée de la laïcisation en France
        L'importance politique de la médecine
        Confiance et croyances en la médecine et en l'école
        1803 : la création de l'institution médicale
        ...dans le cadre d'un premier seuil de laïcisation
        ...et de la visée de la médicalisation (1804)
        Rupture anthropologique et conflits des deux France
        Transfert et conflits entre médecine et religion
    2. Médecine triomphante et laïcité établie : ces extraordinaires « hommes en blanc »
        La « mensonge consolateur » du médecin
        Allongement de la vie contre soulagement de la douleur
        Le passage du premier au second seuil de laïcisation
        Pasteur, non-médecin et agent du triomphe de la médecine
        La sécularisation enchantée
        Laïcisation et médecine
        La médecine entre deux forme de pouvoir
        Renouveau de l'influence catholique, mais suprématie médicale
        L'utopie d'une médicalisation globale
    3. 'Le' médecin et 'la' femme Cléricalisme médical ?
        La femme, bénéficiaire de la pratique médicale
        Religieuses et soignantes
        L'action des religieuses : une autre médicalisation
        Religieuses et laïcisation de l'hôpital
        Religieuses soignantes et infirmières
        Les enjeux de l'invocation de la pudeur
        Une femme est-elle capable d'être médecin ?
        Fonction cléricale, phallus paternel
        Les changements des années 1960 et 1970
    4. Du clerc triomphant au clerc incertain
        Balint : une vision théologique de la médecine
        Un cléricalisme médical assumé
        De l'antimédecine
        ...à la demande de séparation de la médecine et de l'Etat
        Les patients entre cléricalisme et anticléricalisme médical
        Pluralisation médicale et nouvelles formes de contestations
        Le tournant de la bioéthique
        Le renouveau de la question anthropologique
        Mourir dans la dignité : nouveau combat pour la liberté de conscience

    Partie 2 : La crise de la raison médicale
    5. La médecine, reflet de la société et de ses contradictions
        La « crise » de l'hôpital comme « crise » sociale
        Les contradictions théoriques et pratiques de l'hôpital moderne
        Le continuum représentations-valeurs-décisions-actions
    6. Santé industrielle, santé postindustrielle
        L'expression matérielle d'une nouvelle économie symbolique de la santé
        Les quatre définitions idéaltypiques de la santé au sein de l'hôpital
        Représentations de l'hôpital et nouvelles valeurs sanitaires de bien-être et d'autonomie
        La logique de l'individuo-globalisme sanitaire
        Superpositions et conjonctions de trois types de valeurs au centre de la crise hospitalière
    7. La médecine, l'hôpital : théâtre d'illusions
        L'industrialisation de l'hôpital
        « Docteur » : un statut à part
        L'illusion industrielle du progrès médical face à la réalité sociale
        Renversement technologique et réisitance symbolique du médecin comme détenteur du « savoir-pouvoir »
        Le risque de régression de l'hôpital industriel pour tous à l'hospice néo-féodal pour pauvres
        La mise aux normes « postindustrielles » de l'hôpital : évolution et résistances
    8. Pour une médecine désillusionnée mais néanmoins républicaine
        L'impact des représentations sur les coalitions de l'organisation hospitalière
        Le fonctionnement idéologique de la « nouvelle gouvernance hospitalière »
        La « nouvelle gouvernance hospitalière » comme champ de luttes symboliques
        Dominants et dominés de la nouvelle religion sanitaire « individuo-globaliste »
        L'individuo-globalisme sanitaire comme ressource de la « politique du sujet »
        Désacraliser la médecine mais sauver l'hôpital

    Conclusion : Vers une médecine de moins en moins sacrée et pourtant de plus en plus vitale

    Bibliographie


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  • L. Martin - Magnétisme humain en face de l'hypnotisme, l'action curative à distance (1907)

    Auteur :     L. Martin (de Genève)
    Titre :     Magnétisme humain en face de l'hypnotisme, l'action curative à distance
    Editeurs :    F. Ducloz (Moûtiers-Tarentaise), 1907, 217 pages (gallica)

        Evoque Louis Antoine à la page 140 :

        Suivant toujours la même marche dans notre raisonnement, de même que nous avons affirmé, démontré, tout à l'heure, l'action directe du magnétiseur s'exerçant dans son entourage, sur des animaux, avec autant de succès que sur l'homme, nous pouvons affirmer aussi que l'action curative à distance s'exerce aussi bien au profit des animaux qu'à celui de l'homme.
        Nous savons que M. Antoine, le réputé magnétiseur belge, de Jemeppe-sur-Meuse, donne journellement des soins à distance à des animaux.
        Pourquoi ceux-ci ne seraient-ils pas susceptibles de recevoir l'action bienfaisante à distance au même titre que l'homme ?


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  • Titre :     Guérisseurs d'hier et d'aujourd'hui
    Editions :    Musée en Piconrue, 2003, format 21/29,7 - 334 p - ill. NB et couleurs
    Prix :     42 €

        Malgré des progrès incessants, la médecine scientifique est impuissante à prendre en charge tous les maux de l'humanité. A son corps défendant, elle cède le terrain à un autre art de soigner: celui des guérisseurs traditionnels souvent investis d'un don personnel transmis de génération en génération. Cette tradition fait partie intégrante de la la médecine populaire aux multiples aspects: culte des saints guérisseurs, recours aux plantes médicinales, pratiques magico-religieuses, etc...
        Associé au Séminaire des Arts et Traditions Populaires de Wallonie de l'Université de Liège et à divers autres chercheurs, le Musée en Piconrue a mené une enquête en profondeur sur le sujet. L'ouvrage a pour ambition de lever un coin du voile sur le petit monde secret des guérisseurs d'hier et d'aujourd'hui et sur la vitalité de la médecine populaire dont la résistance intrigue dans notre société moderne et scientifique.

    source : http://194.78.142.104/piconrue/pages_sommaire/pg_publications.htm#Gu%C3%A9risseurs%20d%27hier%20et%20d%27aujourd%27hui



         Au Musée en Piconrue de Bastogne
         Guérisseurs d’hier et d’aujourd’hui : un livre et une exposition
        La médecine scientifique, malgré des progrès incessants et spectaculaires, est impuissante à prendre en charge tous les maux de l'humanité. A son corps défendant, elle doit alors abandonner le terrain à un autre art de soigner: celui des guérisseurs traditionnels qui pratiquent, dans une semi-clandestinité, leur étonnant "charisme de bienfaisance", la plupart du temps fondé sur un don personnel transmis de génération en génération. D'où vient cette tradition? Quels liens entretient-elle avec la médecine savante et les multiples aspects de la médecine populaire dont elle fait partie intégrante (culte des saints guérisseurs, recours aux plantes médicinales, pratiques magico-religieuses, etc.)? Quelle est la place du guérisseur dans la Wallonie d'aujourd'hui?
        Piconrue s’est associé avec le Séminaire des Arts et Traditions Populaires de Wallonie et divers autres chercheurs (folkloristes, ethnologues, anthropologues, historiens, médecins) afin de mener une enquête en profondeur sur le sujet. De ce travail, nous avons tiré un livre de référence abondamment illustré ainsi qu'une exposition: ces deux réalisations ont pour ambition de lever un coin du voile sur le petit monde secret des guérisseurs d'hier et d'aujourd'hui et plus largement sur la vitalité de la médecine populaire dont la résistance intrigue dans notre société moderne et scientifique.
     
    A. L’exposition
        L'exposition, quant à elle, évoque la figure du guérisseur traditionnel – "rebouteux", magnétiseur, etc. – à travers ses pratiques et ses instruments. Elle en re-situe la figure dans le contexte plus général de la médecine populaire.
        De salle en salle, le visiteur découvre ainsi, maladie par maladie, les multiples remèdes proposés par l'art de guérir traditionnel, comme le recours au surnaturel (culte des saints guérisseurs, pratiques magico-religieuses, etc.) ou les médications naturelles (préparations empiriques à base de plantes médicinales, etc.). Les remèdes fabriqués par l'industrie à partir de recettes traditionnelles et vendus en pharmacie sont également pris en considération.
        L'exposition éclaire particulièrement bien la grande et pittoresque diversité de toutes ces thérapeutiques. Elle met en scène de manière attrayante et vivante tout un arsenal de pièces hétéroclites, à la beauté singulière: de la statue de Notre-Dame aux Larmes invoquée contre les maux d'yeux, à l'arbre à clous sur lequel le patient transférait son mal de dent; du livre de remèdes paysan au flacon d'huile de foie de morue; de l'herbier ou de l'almanach du XVIe siècle à l'affiche moderne vantant les mérites d'un élixir miracle; d'un tableau de Breughel de Velours à une boîtes en fer lithographiées ayant contenu des pastilles anti-toux.
        Ont notamment contribué à cette exposition d'une grande richesse documentaire les Université de Liège et de Louvain, le Musée de la Vie rurale de Peppange, l'abbaye de Maredsous ainsi que plusieurs collectionneurs de renom: Mme Marine Robert (les affiches publicitaires Thérabel), Mme Dardenne de Grand-Hallet (les boîtes en fer blanc lithographiées), M. Georges Vanhalle de Huy (instruments et objets divers provenant d'une ancienne pharmacie), Mme Versailles de Tournai (les objets concernant la confection et la conservation de la thériaque). Plusieurs œuvres d'art et objets relatifs à la médecine populaire ont par ailleurs été prêtés, à l'initiative de la Province de Liège, par le Musée de la Vie wallonne, le Musée de Wanne et le Musée de l'Art wallon.
        Le montage audio-visuel, qui accompagne l’exposition, est consacré à la figure d’Hildegarde de Bingen, mystique allemande, prophétesse et guérisseuse du XIIe siècle. La salle vidéo projettera  par ailleurs des films ethnographiques et des reportages sur les guérisseurs traditionnels d’Ardenne, sur les arbres à clous, les pèlerinages aux sources miraculeuses, etc.

         Ouverture de l’exposition du 1er juillet au 6 novembre 2003, du mardi au dimanche, de 13 h 30 à 18 h, au Musée en Piconrue, place Saint-Pierre, à Bastogne.

    Pour plus d'informations:
    Possibilités d'interview avec:
        * Françoise Lempereur, ethnologue, responsable de l'enquête sur les guérisseurs d'aujourd'hui.
        * André Neuberg ou Olivier Donneau, pour le Musée en Piconrue. Tél.: 061/21 56 14
     

        B. L'album Guérisseurs d'hier et d'ajourd'hui.      
        Il s’agit d’un album de 340 pages , plus de 250 illustrations en quadrichromie. Prix de souscription : 35 euros jusqu’au 30 juillet 2003.  S’adresser au Musée en Piconrue, place Saint-Pierre, 24, 6600 Bastogne.
        Prix de vente après cette échéance : 42 euros, au musée ou en librairie.  

        Table des matières.

        I. Guérisseurs et médecins: des savoirs concurrents?
        Carmélia OPSOMER - Robert HALLEUX, Médecine savante et médecine populaire. Balises pour une histoire parallèle.

        II. Guérisseurs d’autrefois
        Joseph MERSCH, Hildegarde de Bingen.
        Antoinette REUTER, Le prêtre, une figure singulière de guérisseur dans les procès de sorcellerie luxembourgeois (XVIIe siècle).
        Joseph MERSCH, L’abbé Nicolas Neuens, naturopathe et hydrothérapeute.
        Louis CHALON, Quand le spiritisme tourne au culte populaire… (Louis Antoine dit Antoine le Guérisseur (1846-1912), fondateur de l'antoinisme)
        Micheline BARON-VAN EECHOUTE - Mireille LECRENIER, En région liégeoise, cinq tombes de guérisseurs encore fleuries.
        Sébastien ZANUSSI, La source du Père Antoine.
        Philippe ANDRIANNE, Bodet: L’herboriste guérisseur de Malmedy.
        Annette DE MARNEFFE-LAURENT - Esther BAIWIR, Catherine Seret: plus de 150 ans de guérison.
        Olivier SCHMITZ, L’arsenal thérapeutique familial d’autrefois à travers un carnet de recettes (XIXe - XXe siècles).
        Francine DELVAUX, La publicité pour les remèdes.
        Nicole SCHMIT, La médecine populaire à travers la littérature wallonne.

        III. Guérisseurs d’aujourd’hui
        Olivier Schmitz, Usagers et praticiens, quelques aspects sociaux du recours aux guérisseurs: l’exemple de la Wallonie.
        Olivier DONNEAU, Guérisseurs d’Ardenne et du pays de Liège. Quelques données statistiques
        Jacques CHARNEUX, Le vieil Armel et ses guérisseurs d’Ardenne. Souvenances et complaisances d’un fidèle usager toujours bien vivant.
        Yvette BRISMEE-ANTOINE, Le don et le secret.
        Astrid CORBEAU, Les guérisseurs: un don sans contre-don?
        Marie-Claire DESMETTE, Confessions de guérison ou… Que cherchent-ils chez le guérisseur?
        Françoise LEMPEREUR, Guérisseurs bilingues des Fourons.
        Marc LAMBORAY, La pommade de Durbuy, un remède miracle?

        IV. Prévenir le mal et le guérir. Recours à l'Au-delà
        Lucienne STRIVAY, Prévenir le mal.
        Olivier DONNEAU, Médecins et vétérinaires célestes.
        Michèle BARON, Pèlerinages aux saints guérisseurs en Hesbaye liégeoise, hier et aujourd'hui.
        Françoise LEMPEREUR - Michèle BARON, La pratique de la neuvaine.
        Marc LAMBORAY, L'huile Sainte-Catherine.
        Alain-Gérard KRUPA, La religion populaire dans les collections du Musée de la Vie wallonne.
        Paul SANGLAN, L'arbre guérisseur.

        V. L'animal guérisseur
        Georges THEVES, Les animaux utilisés en médecine et en chirurgie, jadis et aujourd'hui.
        Marc LAMBORAY, L'animal guérisseur.
        Michel BRISMEE, Un guérisseur inattendu: le dard de l'abeille.

        VI. La vertu des simples
        Anicet FRASELLE, Les saints, les simples et la santé.
        Philippe ANDRIANNE, L’élément végétal dans la pharmacopée populaire.
        Philippe ANDRIANNE, De la thériaque à l'élixir du Suédois, un remède très ancien redevenu populaire.
        Marie-Claire DESMETTE Pommade aux fleurs de souci - Pommade aux fleurs de camomille
        Ann DEPRETER L’herboristerie de transmission en région spadoise .

        VII. Sources de vie
        Marie-Ode TULLIEZ La Fontaine Sainte-Geneviève de Strée.
        Françoise LEMPEREUR Les eaux qui guérissent.
        Philippe ANDRIANNE, Le sourcier.
        Philippe ANDRIANNE, Les eaux médicinales.

        VIII. Pierres de santé
        Olivier SCHMITZ, Les pierres à usage thérapeutique.
        Postface
        Bibiographie générale et par thèmes


        Le chapitre présentant l'antoinisme est cours, et surtout il est en corrélation avec certains spirites. Le titre en témoigne (Quand le spiritisme tourne au culte populaire...). Iconographiquement, on trouve une photo du Père par I. Mordant, Liège avec l'Arbre de la Science de la Vue du Mal avec les dates et lieux de naissance et de désincarnation ; L'Arbre de la Science de la Vue du Mal en plus grand format, et une photo du temple d'Antoine le Guérisseur (avant la fondation du Culte Antoiniste). On nous parle ensuite du spiritisme et de la piété populaire ave les cas de Gilles Cabolet, Pierre Vilette, Denis Randaxhe, Henri Lacroix, Renée Remacle, et Pierre de Lambert.
        Ensuite vient une description de la Source du Père Antoine (avec une photo de celle-ci, et une photo de la Mère Antoine). La source sera de nouveau évoquée dans le chapitre Les eaux qui guérissent.
        Bref, comme dans La Belgique et ses Dieux, ou dans le Musée de la Vie wallonne, c'est le christianisme qui est le plus étudié et le reste se retrouve en parent pauvre des Universités. Cependant, comme le disait Pierre Debouxhtay, et comme le dit encore Régis Dericquebourg, l'antoinisme mérite d'être étudié...


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  • Carl Havelange - Les figures de la guérison, XVIIIe-XIXe siècles (1990)Titre        Les figures de la guérison, XVIIIe-XIXe siècles: une histoire sociale et culturelle des professions médicales au pays de Liège
    Volume 255 de Bibliothèque de la Faculté de philosophie et lettres de l'Université de Liège, Université Liège Faculté de Philosophie et Lettres
    Auteur        Carl Havelange
    Éditeur        Librairie Droz, 1990
    ISBN        2251662553, 9782251662558
    Longueur    510 pages

        Evoque Louis Antoine à la page 367. L'auteur a été une référence pour Régis Dericquebourg pour mener à bien sa réflexion sur le phénomène des religions de guérisons. Il est aussi l'auteur d'un article intitulé "Quelques aspects du discours médical à Liège" (BTNG-RBHC, 16, 1985, 1-2, pp 175-211).

     

        Deux mois auparavant venait de mourir, à Jemeppe, Antoine le guérisseur, ancien mineur de fond, magnétiseur et mystique à la porte duquel se pressait, depuis plus de dix ans, une foule ininterrompue de malades et de fervents. Il avait été condamné, en 1901, à 26 francs d’amende pour exercice illégal de l’art de guérir ; en 1907, il comparaît une nouvelle fois devant le tribunal correctionnel de Liège, soutenu par “une foule grouillante, énorme, passionnée”, mais il est cette fois acquitté, les faits qui lui sont imputés n’ayant pu être établis à suffisance.
        Acquitté ou condamné, Antoine poursuit sa carrière sans trop se préoccuper des lois. Il a pour lui les forces inébranlables de ses convictions et de sa popularité. Pour les praticiens non patentés de grande envergure — aussi différents puissent-ils être les uns des autres — le passage au tribunal est plus souvent un piédestal, à la fois consécration et mesure de leur succès, qu’une épreuve dissuasive. A ces occasions, s’élève des salles d’audience toujours bondées un murmure admiratif et bienveillant : dans une société dominée par les inégalités et les conflits sociaux, celui-ci formule l’espoir toujours recommencé et l’enchantement de guérir, de comprendre le monde selon les lois de son propre désir.


    Carl Havelange, Les Figures de la guérison (XVIIIe-XIXe siècles)
    Quatrième partie. Enthousiasmes et résistances : le corps médical sur les chemins du pouvoir (1830-1914)
    Chapitre III. A l’ombre du discours médical : récurrences et doléances
    p. 345-398 
    1. Au cœur du débat : la concurrence des empiriques
    source : http://books.openedition.org/pulg/377?format=toc


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