•     La question 861 de l'ouvrage "Testez votre culture belge" est la suivante :
        Une seule religion a trouvé ses racines en Belgique. Comment s'appelle-t-elle ?
        La réponse est, vous le savez : L'antoinisme, culte fondé par Louis Antoine à la fin du XIXe siècle.

        C'est aussi la façon de définir l'antoinisme dans la brochure verviétoise Temps Jadis, Notre région au temps des Cartes Postales : La seule religion Belge : l'Antoinisme.

        La quatrième de couverture de Délivrez-nous du mal par les Editions Labor dit : "Roman vrai", Délivrez-nous du mal raconte la vie de Louis Antoine fondateur d'un culte dans la banlieue liégeoise à la fin du siècle dernier. [...] L'auteur jette aussi quelque lumière sur le phénomène passionnant que constitue la naissance d'un mouvement religieux.
        Le développement de Robert Vivier précise que la "désincarnation de Louis Antoine, loin de marquer un arrêt dans le développement de la nouvelle religion, semble au contraire avoir rétribué à exalter les adeptes et à étendre le mouvement."
        On parle ensuite de culte et de religion antoiniste.
        Puis le petit ajout signale les livres parlant de l'antoinisme, après la mort de Vivier : Alain Woodrow, Les nouvelles sectes et Régis Dericquebourg, Religions de guérisons.
        Ce dernier auteur, qui est sociologue des religions, pencherait pour dire cult ou groupe métaphysique (selon Stillson Judah), mais il se refuse à en faire une Eglise ou une secte (cf.p.138).

        Comme on peut s'y attendre, Pierre Debouxhtay se garde bien de se prononcer, définir d'un façon aussi brute aurait en effet constitué un point de vue. Il raconte comment les Antoinistes ont voulu "obtenir la reconnaissance de leur culte" (p.270). En effet, Pierre Debouxhtay alla fouiller dans les archives du Ministère de la Justice (section des cultes).
        Bref, à l'époque on parle de culte ou de religion, les spirites seuls parlent de secte. C'est en effet encore le seul sens de ce mot : Groupement organisé dont les membres ont adopté une doctrine et des pratiques différentes de celles de la religion majoritaire ou officielle (http://www.cnrtl.fr/definition/secte).

        On voit cela dans les journaux de l'époque :
    - The New York Times, le 25 décembre 1910 : Another new religion, another faith-healing religion, Jemeppe-lez-Liège, where the headquarters of the sect are situated, The badge of the sect is "the tree of the knowledge of the sight of evil", represented by a white tree on a black ground (remarquons le flou dans la définition pour ce premier article, notons aussi que le sens de sect en anglais peut être différent, et que les Américains étaient plus accoutumés à ce phénomène que l'Europe).
    - Albert-L. Caillet en 1911 : Guérisseur et de Révélateur d'une doctrine, "Culte Antonin".
    - le Figaro en 1912 : Louis Antoine, un fondateur de religion.
    - Le Matin, en 1912 : religion nouvelle. Louis Antoine y avait instauré son culte il y aune vingtaine d'année. Sa religion, que l'on appelait l'"antoinisme", promettait la guérison des maladies par la prière et la foi. Il réussit ainsi à obtenir quelques cures sur certains malades du système nerveux.
    - Le Progrès spirite en 1912 : Il n'avait fait rien de moins que de fonder une religion, une espèce de variété de christianisme mélangé de théosophie.
    - L'Abeille de la Nouvelle-Orléans, en 1912 : les fidèles de la religion belge viennent écouter la parole de leur prêtre improvisé.
    - La Liberté, en 1912 : Il n'avait fait rien de moins que de fonder une secte, une espèce de christianisme mélangé de théosophie (c'est le sens premier du terme secte, le journal se défini comme : Journal politique, religieux, social. L'article se termine par : Beaucoup d'incrédules ferment les yeux devant les merveilles de Lourdes, mais une superstitieuse crédulité les remplit de respect pour l'oeuvre de l'illuminé ou du charlatan Antoine).
    - L'Abeille de la Nouvelle-Orléans, en 1913 : l'Antoinisme... La religion du Père Antoine.
    - La Liberté, en 1913 : De ses cendres est née une religion. Le culte "Antoiniste" a ses desservants et ses adeptes, de plus en plus nombreux.
    - L'Echo du Merveilleux, en 1913 : l'« Antoinisme », cette religion nouvelle dont l'apôtre, Antoine le Guérisseur, qui mourut l'an passé, fut suivi jusqu'à la fosse commune par un cortège de plus de quinze mille fidèles gémissant et pleurant !, Une religion de malades, tel est l'effet assez juste que produit l'Antoinisme à notre confrère.
    - Le Petit Parisien, en 1924 : le culte antoiniste, spiritualisme nouveau
    - Les Potins de Paris en 1930 : Connaissez-vous l'Antoinisme? C'est une nouvelle religion [...], culte mâtiné, de spiritisme et de christianisme.
    - La Croix en 1936 : Certaines sectes religieuses se livrent dans notre diocèse à une active propagande. nous apprenons que l'Armée du Salut et l'Antoinisme spécialement cherchent à recruter des adeptes, distribuent des brochures ou sollicitent des offrandes. (Remarquons ici l'emploi de secte religieuse, dit par un journal catholique, on peut encore penser que le terme secte renvoi à son sens premier).

        Dans les registres de loi :
        En Belgique, l'antoinisme n'a jamais été reconnu comme culte ou religion, on en a donc fait en 1922 une ASBL en tant qu'Etablissement d'Utilité Publique en Belgique. La jurisprudence belge lui fait accéder à la Protection d'une dénomination religieuse le 9 janvier 1947 et le classe, le 21 novembre 1949, comme oeuvre philanthropique, avec confirmation, le 31 mars 1949, de protection de la dénomination religieuse. Le 19 juin 1992, il obtient l'Immunisation fiscale des immeubles destinés au culte antoiniste (Jurisprudence belge relative à la condition juridique du fait religieux, par Louis-Léon Christians et http://www.uclouvain.be/207623.html).

        En France, il est d'abord considéré comme association culturelle loi de 1905. Puis il prend en 1988, la forme d'une association cultuelle, régie par la Loi de 1905 sur les cultes.

        Puis on évoque le mot secte. Cela, concernant l'antoinisme, plus souvent en France et depuis une trentaine d'année, ou pas beaucoup plus (le Quid le classe dans cette section). Le mot est vague, et le rapport 2468 de l'Assemblée Nationale française sur les sectes a été critiqué par des chercheurs, considérant, entre autres reproches, comme fallacieux d'édifier une liste sans plus de détail. Ce rapport classerait l'antoinisme dans le "catégorie des mouvements 'guérisseurs'". C'est ce qu'à fait également  le rapport belge (http://www.vigi-sectes.org/rapport/rapport_belge_enquete_parlementaire.html), mais de façon plus douce (Intervention de M. L. Nefontaine, collaborateur scientifique à l'ULB qui évoque l'antoinisme parmi d'autres comme "organisation tout à fait honorable").

        Le Bureau de Documentation sur les sectes et les Religions parle de secte d'origine occulte. On parle aussi de secte satanique (comme Jacques Valdour dans sa description des ouvriers parisiens d'après guerre : "Autodidacte et à demi dément, Antoine retrouve dans ses rêves confus les vieilles inspirations familières aux religions sataniques et au Maçonnisme", p.80). Parfois d'un groupe issu de la mouvance catholique, ou de la mouvance spirite.

        Passé la folie immodérée concernant les sectes, on parle maintenant de mouvement religieux ou nouveau mouvement religieux (comme la plupart des sociologues et le site Wikipedia, qui le classe parmi Petit mouvement religieux | Groupement spirituel), mouvement New Age (comme une chercheur sur le sujet), Eglise de guérison (quelques sociologues).

        Voyons maintenant les définitions dictionnairiques :
        Le TLFi donne comme définition : Religion fondée par le mineur belge Louis Antoine (dont les écrits sont parus de 1905 à 1910) qui considère l'individu comme un être divin, affirme que les hommes se « réincarnent » à leur mort et fait une place importante à l'imposition des mains et à la prière pour la guérison des malades. Ce dictionnaire cite une phrase de Maxence van der Meersch parlant également de religion. (d'après sa partie historique, c'est à partir des années 50 et surtout 60 que le mot secte prend son sens péjoratif presque exclusif).

        Médiadico donne : Courant théosophique qui considère l'individu comme un être divin et prétend que l'on peut guérir les maladies par le pouvoir de l'esprit.

        Reverso dit : (philosophie) doctrine prônant la lutte par l'esprit contre la maladie.

        Le site eculture.cs.vu.nl arrive à : Synthèse de spiritisme et de théosophie créée par Louis Antoine (1846-1912).

        Le Larousse réfère à : Religion théosophique fondée par Louis Antoine, dit « le Père Antoine ». (Le culte antoiniste fait une grande place à l'imposition des mains et à la prière en vue de la guérison des malades.)


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  •     * ANTOINISME, subst. masc.
    Religion fondée par le mineur belge Louis Antoine (dont les écrits sont parus de 1905 à 1910) qui considère l'individu comme un être divin, affirme que les hommes se « réincarnent » à leur mort et fait une place importante à l'imposition des mains et à la prière pour la guérison des malades :
    Du boudhisme au pythagorisme, du christianisme à l'antoinisme d'aujourd'hui, les religions reconnaissent cette réaction du physique sur le mental et l'allègement de l'esprit qu'apporte l'allègement des humeurs.
    Van der Meersch, Invasion 14, 1935, p. 295.
    Rem. 1re attest. 1935 supra; du nom propre Antoine, suff. -isme*.

    DÉRIVÉ.
    Antoiniste, adj. et subst.(Adepte) de l'antoinisme : ,,Elle abandonna une église aussi compliquée. Elle fut au temple réformé deux fois, séduite par le contraste de l'austérité et de la simplicité, s'y ennuya bientôt, rendit visite aux Antoinistes et ne retourna plus les voir ...`` (Van der Meersch, Invasion 14, 1935 p. 201). (1re attest. infra; du rad. de antoinisme*, suff. -iste*).
    STAT. − Fréq. abs. littér. : Antoinisme. 1. Antoiniste. 1.
    BBG. − Foi t. 1 1968. − Masson 1970.
    source : http://www.cnrtl.fr/definition/antoinisme

        Il s'agit ici de la première occurrence dans un texte de la base de données de ce dictionnaire. En effet, en 1934, Pierre Debouxhtay est déjà bien familiarisé avec les mots antoinisme et antoiniste.
        Le titre "Les Vignerons du Seigneur" était encore employé en septembre 1906 (Unitif, I, 5, p.12), en octobre 1907 (Auréole, p.95, 96), en décembre 1907 (p.126). En 1912, on voyait encore au-dessus de l'entrée du temple l'inscription "Les V. du S." (Gazette de Liége, 1er juillet 1912). D'autre part, la société était, déjà à l'époque spirite, appelée "La société spirite Antoine" (Le Messager, 15-3-1902, p.139; 15-5-1905, p.160). C'était marquer l'influence prépondérante d'Antoine.
    Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme, p.123, note 39

        A partir de 1906, dans le temple qui venait d'être construit, les séances prirent un caractère de plus en plus religieux.
        "Lorsqu'il nous faisait l'instruction à la tribune du Temple, sensibilité palpait tous les fluides de l'assemblée et s'il n'y en avait de contraires, Il faisait appel à notre recueillement pour les remplacer par de meilleurs qui nous ramenaient dans l'unité. Le Père s'efforçait toujours de nous faire apprécier la valeur du recueillement" (L'Unitif, III, 2, p.8).
    Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme, p.137

        En 1909, parut la Révélation, Pierre Debouxhtay précise que le nom Antoine le Guérisseur fut changé en Antoine le Généreux, et cela en 1911, nous précise l'Historique du Culte Antoiniste. Mais on ne sait pas si dès 1909, Culte Antoiniste paraissait sur la couverture.
        En tout cas, en 1910, date inscrite sur le temple, figure également Culte Antoiniste. Un article du New York Times du 14 décembre, nous précise également qu'à cette époque les Antoinists sont connus sous ce nom, pratiquant l'antoinisme. En 1911-1912, tous les journaux relatent les faits concernant cette nouvelle religion, indiquant le nom entre guillemets.

        Antoine le Généreux devenait "le Père", et il n'était plus question des "Vignerons du Seigneur", dont successivement avaient disparu les cotisations, les statuts, les cérémonies, enfin la bannière où l'on eût pu voir un symbole de parti. On commençait à parler un peu partout des "Antoinistes".
            Robert Vivier, Délivrez-nous du mal
            Ed. Labor - Espace Nord, p.311

        Notons que le terme antoiniste est employé comme dérivé du nom Antoine, ainsi il existe une grande des Antoinistes à Metz, dédié à Saint-Antoine, qui fut également guérisseur.


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  • Après une liste des grands principes de l'antoinisme, on lit :

    "Les malheureux affluèrent à JEMEPPE. ANTOINE les recevait et élevait ses pensées pour eux. De nombreuses guérisons furent signalées. J'ai encore rencontré quelques vieilles personnes qui me racontèrent avoir été guéries par ANTOINE. Je dois dire qu'il s'agissait surtout de maux psycho-somatiques.

    ANTOINE avait coutume de dire qu'il ne guérissait personne, que les malades venaient près de lui chercher la force pour se guérir eux-mêmes."

    source : Energies angéliques - amour et spiritualité (http://yeliel.midiblogs.com/archive/2009/02/10/le-culte-antoiniste.html)


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