• Françoise Parturier, Lettre ouverte aux femmes, in Benoîte Groult, Ainsi soit-elle (p.68)

        La liberté ne se demande pas, Madame, elle se prend... Il n'y faut que de l'audace et de la solidarité. Or, ce sont justement les deux qualités qui vous manquent le plus. Vous n'osez pas oser. Vous avez peur, peur de ne pas pouvoir, peur d'être empêcher, peur d'échouer, peur d'être punie, peur de manquer, peur d'être seule, peur d'être ridicule, peur du qu'en-dira-t-on, peur de tout.

    Françoise Parturier, Lettre ouverte aux femmes,
    in Benoîte Groult, Ainsi soit-elle (p.68)
    Le Livre de Poche, Paris, 1975


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  • Commentaires

    1
    Samedi 20 Mars 2010 à 00:14
    Peur, peur, peur...
    C'est vrai, mais en même temps on conditionne tellement les femmes pour aboutir à un tel résultat (je l'ai la Lettre ouverte aux femmes, j'ai pu la dégotter chez Boulinier, une affaire ! Je te la filerai si tu veux).
    2
    Samedi 20 Mars 2010 à 14:23
    Hop, voilà l'extrait entier
    Je sais, madame, que tout va bien, vous êtes heureuse, épanouie, féminine, une vraie femme, votre âme est blonde, votre homme à vous, qui n'est pas du tout comme les autres, est merveilleux, sous une apparente soumission vous régnez, et puis le monde a tellement changé, n'est-ce pas, que vous vous sentez libre, sans problème. Tout va si vite... Oui, vous le dites en public, à vos amis, à vos intervieweurs, dans les dîners, devant les hommes, vos maris, vos patrons, mais moi je sais que ce n'est pas tout à fait vrai et que la difficulté d'être femme renaît à la radio lorsque vous êtes inconnue, ou quand vous m'écrivez en me priant de ne pas citer votre nom. Alors tout devient difficile vous êtes minimisée, rabaissée, empêchée, exploitée, surmenée, jugée, brimée, sacrifiée, colonisée, dupée, trompée, délaissée, mal aimée, mal traitée, ma baisée, mal payée... Vous me remerciez souvent de vous défendre et vous me félicitez toujours de mon courage. Donc, vous avez peur. Continuez à nous aider, me criez-vous. Vous voulez sans doute dire que cela vous fait du bien d'entendre exprimer tout haut ce que vous pensez tout bas, mais cela sert à quoi si vous devez continuer à vivre comme si rien n'avait été dit ? Vous parlez tout le temps de barrages, de barrières. C'est faire beaucoup d'honneur, Madame, à la seule parole que de croire qu'elle puisse les supprimer. Tout ce qu'elle peut, c'est vous donner le courage de les sauter. La liberté ne se demande pas, Madame, elle se prend Elle se prend quand c'est possible, bien sûr. Quand la surveillance se relâche, quand le règlement n'est plus appliqué, quand la révolte gronde, quand les draps sont noués bout à bout, quand je plan du bâtiment est prêt, que les habitude des gardiens sont connues, que la complicité s'organise et qu'on aura de quoi vivre à la sortie. La liberté n'est pas un mot magique qu'il suffit de prononcer pour être libre. La liberté ne s'improvise pas. Il faut bien surveiller les moments. Jamais, me semble-t-il, les circonstances n'ont été aussi favorables qu'aujourd'hui. Il n'y faut que de l'audace ou de la solidarité. Or, ce sont justement les deux qualités qui vous manquent le plus. Vous n’osez pas oser. Vous avez peur, peur de ne pas pouvoir, peur d’être empêchée, peur d’échouer, peur d’être punie, peur de manquer, peur d’être seule, peur d’être ridicule, peur du qu’en-dira-t-on, peur de tout. (Françoise Parturier, Lettre ouverte aux femmes)
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