• Amour prime Foi (Le Fraterniste, 25 janvier 1912)

    AMOUR PRIME FOI

        On dit que Dieu est tout amour.
        Avoir la foi en Dieu, c'est croire d'abord à son existence, ensuite à sa puissance.
        Avoir l'amour, c'est être Lui, puisqu'il est amour.
        L'essentiel est donc d'avoir l'amour profond, parfait, absolu, d'aimer tout le monde, même ses ennemis, même ceux qui nous font du tort. Nous jouirons alors des attributs de la Divinité et nous serons Dieu. Le difficile est d'atteindre à ce degré.
        On dit qu'avec la foi on soulèverait des montagnes, il est temps de modifier cette expression en remplaçant le mot Foi, par le mot Amour.
        Avoir Foi : c'est croire à
        Avoir l'amour : c'est être
        Amour, prime Foi.
        Aimons, Aimons de plus en plus !...
        Le guérisseur ne guérit pas simplement parce qu'il a la foi, il agit par l'Amour fraternel qui sature son âme.
                                                                       Jean BEZIAT.

    Le Fraterniste, 25 janvier 1912


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  • Point de culte, mais de l'amour (Le Fraterniste, 15 décembre 1910)

    Point de culte, mais de l'amour

        Pourquoi établir de nouveaux cultes ? Quelle peut bien être leur utilité ? J'ai beau chercher, je ne vois pas. Je trouve au contraire que toute nouvelle organisation de ce genre ne peut que nuire et mettre des entraves à la pensée libre.
        En Amérique vient de mourir Mrs Eddy, la fondatrice et le chef de la « Christian-Science », culte qui a 600 églises et 30.000 adhérents dans la seule ville de Boston. Que va devenir cette organisation qui reposait sur cette conception que beaucoup de pratiquants s'étaient faite : Mrs Eddy guérit les malades, elle ne peut mourir ? Maintenant que la voilà décédée, des scissions ne vont-elles pas se produire ? C'est très probable. Tant qu'elle a vécu, par respect pour elle et à cause des guérisons qu'elle a produites, toutes ces églises sont demeurées conjointes, en sera-t-il de même demain ?
        La Belgique, avec M. Antoine, médium guérisseur de Jemmeppes-sur-Meuse, va avoir, elle aussi, un nouveau culte : « l'Antoinisme ». 160.000 belges, tous majeurs ont donné leurs signatures et envoyé une pétition à la Chambre des représentants en en réclamant la reconnaissance.
        A quoi pourra bien servir cette nouvelle religion si ce n'est à semer, dans l'avenir, de nouvelles et inutiles divisions ?
        En effet, que M. Antoine vienne à décéder, cette nouvelle Eglise devra changer de direction. Tous ceux qui entourent M. Antoine et écoutent ses conseils seront bientôt amenés à les interpréter de différentes façons, et là commencera pour « l'Antoinisme » ce qui est arrivé à toutes les religions qui l'ont précédée.
        Au lendemain du départ de Christ naquit la dégénérescence. Qu'on le veuille ou non, cela sera, il ne peut en être autrement, parce que chacun a sa manière de juger les choses, et comme tout humain a la certitude d'être dans le vrai, il s'en suivra des heurts inévitables. L'un dira : le maître disait ceci, l'autre répondra : le maître faisait cela, en sorte que chacun voulant avoir raison et ne pouvant se mettre d'accord tant au point de vue théorique que pratique, forcément il arrivera des complications. Et si plus tard quelque question d'ambition vient à surgir, oh ! alors...
        J'ai eu le plaisir de rencontrer plusieurs fois M. Antoine à son domicile et de causer longuement avec lui ; il est de ceux qui peuvent dire : gardez-moi de mes amis. Ceux-ci ne Iui parlent qu'avec le plus grand respect, quand ils l'approchent ils prononcent le mot : Maître, en somme, ils l'ont juché sur un piédestal inaccessible à l'humain, ils en font un Dieu. Ils le veulent adorer, c'est le Christ des antoinistes. Ah ! pauvre et cher Antoine, est-ce bien cela que tu as envisagé ? Non, je ne le puis croire, puisque tu sais que Christ comme toi fut un humain, et que la Divinité ne peut être qu'Une.
        Mais M. Antoine est presqu'un illettré, il fait, dans sa Chapelle, des conférences qui sont très suivies, il parle en inspiré sous l'influence constante des bons esprits, qui l'assistent, un sténographe le suit, et pour la rédaction de ses écrits il lui faut l'aide de personnes instruites. Son mérite est des plus grands, il a guéri un nombre incalculable de malades, estropiés, aveugles, etc..., etc... il ne voit que le soulagement et le bien que l'on peut produire à ses semblables, rien d'étonnant qu'il ait su grouper autour de lui un nombre aussi considérable d'admirateurs et une si grande reconnaissance.
        Ce que je ne vois pas bien, c'est la déification de M. Antoine. Réfléchissons : M. Antoine n'a pas besoin de cela, je suis convaincu que jamais il n'a dû y songer, pourquoi alors ?... Je crains... je crains... qu'ici sombrent et le désintéressement et l'abnégation de soi-même, l'apanage de M. Antoine. Oh ! je m'empresse de dire que ce n'est pas pour lui que je crains...
        Et puis, pourquoi ne dirais-je pas ma pensée : Un nouveau culte ne me dit rien qui vaille.
        Qui dit culte dit arrêt dans la voie du progrès. Or, j'ai horreur de la stagnation et plus je vieillis, et plus je comprends le bonheur dans l'action, qu'elle soit matérielle ou spirituelle, et mieux j'estime que les deux sont indispensables à l'humain.
        L'usage que l'on fait de la pensée est toujours de l'action, donc la prière pour autrui est action, celui qui suit cette recommandation de Christ : lorsque tu veux prier, retire-toi dans un coin à l'écart et élève ta pensée vers Dieu, se livre à l'action, celle-ci peut être de tous les instants et je dis : Où que tu te trouves, dans quelque endroit ou costume que tu soies, la tête couverte ou non, si ta pensée est bonne ou mauvaise elle ira toujours vers le but où tu la destines, puisqu'elle est action, si elle va vers Dieu elle ira vers la Grande Bonté du Grand-Tout ; si elle vient vers moi, elle servira à assister les malades dans leur guérison ; si elle va vers un de tes frères, elle l'assistera dans ses vicissitudes. Si ta pensée est mauvaise, elle sera recueillie par les méchants, qui ne sont autres que les tardigrades de la dé-chaotisation qui te seconderont dans le mal que tu voudras à autrui. Ils t'aideront, inconscients qu'ils sont encore de ces deux notions : bien et mal. S'il t'en vient de mauvaises, chasse-les aussitôt. La vraie, la bonne prière, doit être l'élan du cœur. Ah ! que je voudrais la guérison de mes frères malades qui vont à l'Institut ! Voilà l'élan, l'action de pitié et de commisération. Dieu, je le considère comme la Grande-Force des forces bonnes universellement répandues. Devenons bons, soyons bons, aidons au bien de nos semblables, à la prospérité sociale, pour cela nous n'avons pas besoin d'intermédiaire, qu'ils soient Eddy, Antoine ou autres. Eddy et Antoine et tous les guérisseurs ne sont que des médiums, tout comme Christ en fut un – sans doute le plus puissant que la Terre ait jamais eu, – tous ne sont pas égaux en puissance, voilà tout. La médiumnité appartient à tous, nous en possédons tous plusieurs, elles sont innombrables et c'est à nous, humains de les rechercher en nous-même et chez nos frères, afin de pouvoir les mettre au service de l'humanité.
        Mais n'anticipons pas, tout viendra en son temps, un avenir prochain nous promet une ample moisson, appuyons-nous sur le travail et la raison, c'est le meilleur moyen d'arriver à la solution.
        De déduction en déduction, nous arrivons à remonter aux causes, par des études poursuivies sans relâche dans le domaine de la métaphysique de nouvelles découvertes tangibles ou invisibles, matérielles ou immatérielles nous attendent.
        Laissons de côté tout ce qui peut barrer le chemin, l'essor de la pensée, et disons : plus de dogme, plus de culte !
        Le grand culte, la grande religion, doit être : Travail au profit de tous ! Amour pour tous ! et non pas l'adoration d'un être quelconque ayant passé sur la Terre.
        Dieu, c'est Tout, et c'est Tous.
        Donc point de culte religieux, un seul culte : La Bonté, Dieu-Amour !

                                                                           Paul PILLAULT.

    Le Fraterniste, 15 décembre 1910


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  • Sois bon (Le Fraterniste, 4 juillet 1912)


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  • La liberté ne résiderait que dans l'erreur (Le Fraterniste, 25 janvier 1912)

    La Liberté ne résiderait
    que dans l'erreur

        Nous avons reçu de notre correspondant anonyme, qui a pris pour habitude de signer « Un Parisien », la petite lettre suivante que nous reproduisons parce qu'elle nous a suggéré quelques réflexions. Voici ce qu'elle nous dit :

    *
    * *

                        Cher Monsieur Béziat,

        Je vous remercie sincèrement pour l'amabilité que vous m'avez témoignée, elle m'encourage à vous communiquer encore quelques réflexions, déterminées ou non.
        J'ai eu cette pensée : QUE LA LIBERTE N'EXISTE QUE DANS L'ERREUR.
        Antoine, le guérisseur de Jemeppes-sur-Meuse dit avec raison que Dieu n'est pas libre, puisqu'il ne peut agir que dans un seul sens : celui de la Vérité.
        La liberté, si elle existe, n'est en somme qu'une nécessité de l'Evolution, parmi les erreurs innombrables.
        Le vrai bonheur n'est pas dans la liberté, mais dans la vérité.
        La Vérité est dans l'amour qui unit et non dans l'opinion qui divise.
        En fraternisant comme vous nous y invitez, nous sommes, déterminés ou non, dans le vrai.
        Cordialement à vous,
                                                               Un Parisien.

    *
    * *

        A l'analyse très rapide et très succincte que nous faisons au pied-levé, de cette lettre, il apparaît pour nous que, de même qu'un individu devenu bon n'est plus libre, quoiqu'on fasse, de faire souffrir autrui, de même, Dieu, qui est la Bonté, ne saurait pas se résoudre à faire le mal. Il est, au contraire, la force qui nous retire du mal, en nous entraînant vers son intention bonne. Dieu lui-même n'est donc pas libre, donc nous sommes d'accord, et avec notre correspondant et avec M. Antoine.
        Voilà qui paraîtra sans doute extraordinaire cependant qu'exact.
        L'être bon, tout comme Dieu lui-même, devrait donc, pour rendre tangible sa liberté d'action cesser volontairement de marcher dans le sillage du Bien pour faire du Mal. Or, le mal n'est pas autre chose qu'une insuffisance d'évolution, d'incompréhension des grandes lois de l'équilibre et de l'harmonie. Il est donc l'erreur et il faudrait entrer dans l'erreur pour faire acte de liberté, en un mot, retour en arrière.
        Le fait devient donc impossible et la liberté n'est pas. Au fur et à mesure qu'on évolue, on est restreint et rivé à la phase d'adaptation à laquelle on est parvenu... Le bon ne peut donc pas faire autrement que d'être adapté au bien indissolublement, et il ne lui est absolument pas loisible de s'en écarter ; il ne peut pas faire autrement que d'être bon il n'est donc pas libre.
        Sa liberté ne serait prouvée que par son erreur. Toujours d'accord, par conséquent.
        Mais d'autres réflexions encore nous sont venues.
        Cet inépuisable flot de pensées qui sature l'infini aboutit véritablement à notre instrument cérébral avec une extraordinaire intensité.
        Nous sommes si peu libres de choisir, que nous ne savons jamais où vont nous conduire les pensées qui, en flottant, nous atteignent. Etant passé à droite plutôt qu'à gauche, parce que tout simplement la pensée m'en est venue, je me suis fait blesser par une automobile, par exemple. Je n'ai donc pas su du tout ce que je faisais-là, de profondément stupide, en me décidant à passer à droite, sans quoi, je n'aurais pas été à l'encontre de ma vie, de mes intérêts.
        Par conséquent, si les pensées nous étaient propres, nous les choisirions mieux. En second lieu, nous ne prévoyons jamais les conséquences de ce que nous faisons. S'il en était autrement, nous aurions le pouvoir d'agir toujours conformément à nos intérêts. Or, en est-il ainsi ? Nous sommes agités, menés.
        L'homme s'agite, Dieu le mène...

    Le Fraterniste, 25 janvier 1912


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  • Billet doux du Facteur (Le Fraterniste, 5 janvier 1911)

    BILLET DOUX DU FACTEUR

        – Eh ! dis donc Pillault, te voilà éclipsé, hein !
        Tu as vu que le guérisseur de Belgique, M. Antoine, avait fait déposer 160.000 signatures à la Chambre des popols ; çà c'est quelque chose sais-tu ! Tu es rien enfoncé avec tes 22.000 visiteurs. Et puis, tu sais, ce n'est pas fini, car nos bons camarades « disent-ils » et « God Ferdoum», vallons et flamands, n'en resteront pas là, on parle d'en rechercher des autres en France, en Angleterre, en Hollande, en Allemagne et puis tout partout, que M. Antoine a soignés et guéris. Tu parles, mon vieux, si tu es de la Saint-Jean. Et puis, qu'est-ce que c'est que ça encore, c'est une fois rien, sais-tu.
        Jean, il a versé de l'eau à Jésus, et Jésus il a été une fois baptisé, alors, tu sais, étant baptisé il a pu pouvoir s'en aller au Ciel tout droit. C'est pourquoi que ceux qui succèdent à Jésus ils baptisent tout le monde. Peut-être bien qu'en Belgique ça ne se fera pas de la même manière, mais il faudra bien tout de même un système, tu comprends, pour que tous les « antoinistes » ils puissent aller retrouver le père Antoine au Ciel, puisqu'il est leur Dieu.
        M. Antoine, il a cent soixante mille, peut-être cent septante mille adeptes, avec ça sais-tu, il faut qu'il monte planer là-Haut où il sera Dieu, et c'est ainsi, tu m'entends.
        Quand je te disais que tu étais enfoncé, tu vois bien que cela est vrai.
        Tu voudrais peut-être bien toi aussi être Dieu, mais tu es trop petit, jamais tu ne pourras y arriver, et puis tu ne sais pas quoi ni comment il faut faire. Pour cela il te faudrait peut-être cent nonante mille adeptes, ça ce serait déjà quelque chose, mais tu ne les as pas, tu n'as pas non plus de culte, et puis voilà que tu dis qu'il n'en faut pas. Sans culte tu n'arriveras pas, parce que tu n'auras pas des gens intéressés à la prospérité d'une chose que tu n'auras pas établie. Pour être Dieu, mon vieux camarade, il te faut assurer, après ta mort, à boire et à manger et le reste tout à fait à des gens qui mettront des troncs tout partout et puis qui recevront de l'argent pour te faire des statues en papier mâché ou autrement et qui vendront des images, sans cela tu ne seras jamais « un bon » Dieu. En plus, il faudra qu'ils disent que tout ce que tu as fait et dit c'est la Vérité et qu'il ne faut rien y changer ou bien qu'on sera anathème. C'est comme ça un Dieu, il ne peut pas se tromper. Un vrai bon Dieu qui quitte la Terre, ses disciples ne peuvent admettre après Lui de progrès, c'est tout ainsi, car alors il ne serait pas un Dieu, puisqu'il serait comme tout un chacun. Tu comprends, hein ! un homme comme un autre il ne peut pas être Dieu. Alors il faut trouver un moyen, c'est de dire : en dehors de Lui il n'y a rien de fait.
        Ah ! pauvre vieux tu n'es pas encore à la hauteur, tu ne comprends pas ces affaires là aussi bien qu'en Belgique. Là c'est le Nord, et puis tu sais que la lumière aujourd'hui elle vient du Nord. Pourquoi n'es-tu que du Nord de la France ? Tu n'es pas du vrai Nord, sais-tu, tu n'es pas assez élevé, tu as tort.
        Mais tout de même, écoute un peu : Pourquoi puisque la Belgique elle va avoir son Dieu, que toi tu ne veux pas que la France elle ait aussi le sien ? La France elle vaut bien la Belgique je crois ? Pense à ça, il y en a tant qui ne demandent pas mieux que de chausser les chaussures des autres. Puisque tu veux rendre service, rends-en jusqu'au bout ; deviens aussi un Dieu, comme ça tu pourras, après toi, laisser prendre place à des demi-dieux qui pourront conduire les autres sans avoir besoin de travailler et puis ils seront beaux tes sujets, ils deviendront rosés et grassouillets à croquer.
        Ecoute encore une fois, j'ai beau chercher, je vois que tu ne peux pas y arriver. Si seulement tu faisais un miracle ou deux... mais voilà comment arranger ça ? Pourquoi aussi, dis-tu qu'il n'y en a pas, ça n'existe pas ? Tu as tort, de plus en plus tort.
        Allons, dépêche, fais-nous tout de même un petit miracle, la France, voyons, elle ne peut pas rester en arrière. Si tu ne le fais pas, nous, les français, nous sommes flambés, et toi tu es nettoyé.
        Allons, fais-en un petit seulement... Que tu sois le Dieu des français.
        Et puis, Christ, à force d'en boulotter il ne va plus en rester. C'est bien ton tour d'y passer.

    Le Fraterniste, 5 janvier 1911


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