• Bavardage (L'Aurore littéraire, artistique, sociale 22 août 1912) Bavardage 

        On vient de rendre la liberté à un excellent père de famille qui, la tête troublée par les stupidités mystiques de l’antoinisme, a tué son enfant en lui refusant tous soins médicaux et en mettant sa guérison entre les mains de Dieu.
        Qu’il soit fou, cela ne fait doute pour personne. Mais quand on déclare officiellement qu’il n’est pas dangereux et qu’on doit le rendre à la société, sans plus s’en préoccuper, j’estime que peut-être on va un peu loin dans la voie de l’optimisme.
        A beaucoup il paraitra que d’avoir déjà causé la mort d’un être humain n’est pas un gage parfait pour la sécurité d’autrui.
        Cet homme – qui est de très bonne foi, je n’en disconviens pas – tuera évidemment sa femme avec la même foi, il fera des prosélytes, il multipliera le nombre des antoinistes et répandra sa doctrine idiote et éminemment périlleuse.
        Je voudrais voir la tête de ses libérateurs quand il en sera à son second cadavre.
        En fait, le théoricien de la prière est plus dangereux qu’un véritable conseiller de meurtre ; et, s’il rôdait autour de quelque membre de ma famille, je m’en défierais comme de la peste. Car rien n’est plus contagieux que le mysticisme, gui détraque les cerveaux et obscurcit les consciences.
        Quelquefois l’on rencontre encore, dans les campagnes, des paysannes qui brûlent une pauvre fille comme sorcière. L’antoinisme est une école de superstition qui peut mener fort loin.
        Est-ce à dire qu’a fallait punir cet inconscient ? Non pas. Le mysticisme est une maladie qui peut se soigner et se guérir. Nous imitons un peu trop les antoinistes en laissant ces déments libres de faire le mal, et en comptant sur le hasard. Il fallait demander à la science délivrer ce cerveau de ses hallucinations morbides.
        On ne l’a pas fait, on a eu tort. On le verra bien.
                                                       JULES LERMINA.
     

    L’Aurore littéraire, artistique, sociale, 22 août 1912


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  • La doctrine antoiniste    La doctrine „Antoiniste”

        L’ «antoiniste » Leclerc est poursuivi pour avoir laissé mourir son enfant malade faute de lui donner les soins nécessaires. Au juge d’instruction, M. Kastler, qui l’interrogeait hier, Leclerc a fait une profession de foi avant de répondre à toute autre question. Il s’est écrié :
        « Il faut croire au père Antoine. La foi en ce messie est seule capable de guérir les malades, et si l’on veut périr, il ne faut jamais appeler de médecin ni prendre de remèdes. Il faut seulement prier Dieu et le père Antoine le Généreux. »
        M. Kastler lui a demandé alors comment il était devenu antoiniste.
        – C’est en lisant un article de journal hostile au père Antoine que je me suis senti converti à cette religion, et à partir de ce jour, j’ai regardé comme l’apôtre française de ce culte la sœur Marie Camus demeurant A Paris, rue Esquirol, 7.
        – Vous avez eu cependant devant le cadavre de l’enfant une lueur de bon sens, car vous avez spontanément adressé au procureur de la République une plainte contre les gens qui vous avaient initié à cette doctrine.
        – Mais je relire cette plainte, répond Leclerc. Dieu le veut ! Ma fille est morte ; j’avais pourtant composé de belles prières.

    Le Messin, 31 juillet 1912


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  • La foi d'un Antoiniste     La foi d'un Antoiniste”

        Nous avons conté comment, sous prétexte d'« antoinisme », Leclercq et sa compagne avaient laissé mourir faute de soins leur petite fille. Voici la lettre trouvée par le commissaire de police dans le logis des deux prévenus. Elle fut écrite quelques heures avant son arrestation par Leclercq pour être adressée au successeur du père Antoine :
                 « Bon père,
        Le commissaire va venir dans quelques instants au sujet de la mort de ma petite fille, que le Très Haut, malgré nos prières, a voulu rappeler auprès de lui. L'on me reproche de ne pas avoir appelé le médecin. Ces ignorants ne savent pas que seule la foi peut sauver les malades quand Dieu le permet.
        Unissons nos prières pour que je sorte victorieux de l'épreuve à laquelle je vais être soumis.
        Que la volonté du Tout-Puissant soit faite ! »

    Le Messin, 25 juillet 1912


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  • Une victime d'Antoine le Guérisseur

     

    Une victime d’Antoine
                                  le guérisseur

        Un petit enfant vient de mourir à Paris dont on a envoyé le père et la mère au Dépôt. C’étaient des adeptes d’Antoine le Guérisseur, cet illuminé belge qui, lui-même, illuminait son temple avec des vessies que ses fidèles étaient priés de prendre pour des lanternes. L’enfant était malade. Que faire ? Dans la religion antoiniste, on ne fait rien. Quand on est malade, on pense à Antoine et on attend la guérison. Cent mille adeptes, dans une pétition fameuse adressée au Parlement belge, et demandant la reconnaissance officielle du culte antoiniste, ont proclamé que c’était efficace ; mais voilà un petit enfant qui leur donne un démenti. Il était malade et quoique les siens fussent antoinistes, ce n’est pas la guérison qui est venue, mais la mort. Une mort affreuse, lente, la mort faute des soins les plus élémentaires, la mort par les souffrances physiques et par la faim.
        Les parents n’en reviennent pas. « Mais Monsieur, disaient-ils au commissaire de police, nous avons tout fait pour le sauver ». Et ils expliquaient que par là ils voulaient dire qu’ils n’avaient rien fait ; car ne rien faire, c’est ce qu’il y a à faire quand on est antoiniste.
        Le créateur de cette doctrine, qui vient de mourir en passant sa succession à sa femme, la Mère Antoine, ne savait ni a ni ; il était ouvrier lamineur et spirite quand il découvrit qu’il était venu sur la terre pour apprendre aux hommes cette merveille : que pour voir cesser son mal, il suffisait de croire qu’il avait cessé. Il ne savait pas pourquoi, mais c’était comme ça. Il ne demandait rien pour la consultation – on donnait ce qu’on voulait. Et il y eut une foule de gens pour se presser sur les pas de cette contrefaçon belge du Zouave Jacob et le proclamer prophète.
        Bien longtemps avant Antoine, « Aide-toi, le Ciel t’aidera », disait la sagesse chrétienne des nations. Et Ambroise Paré, avec une humilité admirable : «Je le pansai, Dieu le guérit ». L’antoinisme ne s’aide ni ne panse. Je ne sais ce que ce mysticisme charlatanesque vaut pour les grandes personnes ; mais les pères de famille feront bien de se rappeler qu’il ne vaut rien du tout pour les petits enfants. – (L’« Eclair».)

    Le Messin, 24 juillet 1912


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  • Affaire Leclercq - Le Petit Parisien (21 juillet 1912)

     

    IGNORANCE ET SUPERSTITION

    Un couple d’« antoinistes »
       laisse mourir son enfant

        M. Melin, commissaire du quartier de la Sorbonne, s’occupe d’une affaire qui sort de la banalité. Il vient de découvrir deux « antoinistes » qui, disciples rigoureux de leur dogme, ont préféré laisser mourir leur jeune enfant, âgé de quatre mois, plutôt que de le confier aux soins d’un médecin.
        La mort récente d’Antoine le Guérisseur avait déjà révélé au grand public les étrangetés de cette religion nouvelle.
        On n’aurait cependant pas cru que l’orthodoxie de ses adeptes put aller jusqu’au crime. Le cas qui s’est présente, hier, en plein Paris, peut ne pas demeurer unique. Rien qu’à ce point de vue, il mérite d’attirer l’attention des pouvoirs publics.
        C’est dans la rue de la Parcheminerie qu’habitait le couple d’« antoinistes ». Ils occupaient, au numéro 4, une sorte de baraque en planches, au-dessus de laquelle on pouvait lire cette enseigne : « Sacs et bâches, Jules Leclercq. »
        L’homme était âgé de quarante-deux ans. Sa compagne, avec qui il vivait maritalement, une femme Mathilde Sautel, âgée de trente-sept ans, le secondait dans son industrie. Ils étaient venus là, il y a environ un mois, en sortant de la rue Saint-Julien-le-Pauvre, où, dans la maison portant le n° 8, ils avaient demeuré pendant près d’un an.
        Quoiqu’ils fussent renfermés, Leclercq et sa compagne n’avaient pas manqué, par leurs allures mystérieuses et leur mine austère, de piquer la curiosité de leurs voisins.
        Des gens qui avaient pu pénétrer chez eux avaient remarqué que les murs de leur chambre étaient tapissés de gravures et d’emblèmes religieux. On les croyait dévots : mais dans ce milieu de travailleurs parisiens on ne supposait pas qu’ils fussent les adeptes d’une croyance bizarre.
        Dimanche dernier, leur petite Antoinette, une fillette de quatre mois, tombait malade. On le sut vaguement dans le voisinage ; mais comme les Leclercq n’étaient pas d’humeur sociable, on s’abstint de leur venir en aide.
        Hier matin, l’enfant succombait. Force fut à Leclercq d’aller au bureau de l’état civil déclarer le décès. Quelques heures plus tard, le médecin de la mairie venait, dans la bicoque de la rue de la Parcheminerie, examiner le corps du bébé. Frappé de certaines circonstances, le praticien interrogea le fabricant de sacs et lui demanda quel médecin avait soigné la petite Antoinette.
        – Je n’ai pas appelé de médecin, lui répondit Leclercq. Ma femme et moi nous avons prié sur elle. Dieu n’a pas voulu la guérir. Nous acceptons sa volonté.
        Surpris, comme on le pense, par cette réponse, le médecin avisa aussitôt le commissaire de police. Celui-ci se rendit à son tour auprès de Leclercq et de la femme Sautel.
        Les deux « antoinistes » lui répétèrent que c’était délibérément qu’ils avaient négligé de procurer à la fillette les soins d’un homme de science. Ils étaient « antoinistes », c’est dire qu’ils n’admettaient aucune autre intervention que celle de la Providence pour la guérison des maux du corps.
        Comme la loi pénale française ne reconnait pas encore aux parents le droit de priver leurs enfants des soins médicaux, M. Melin ne put faire autrement que d’inculper Leclercq et la femme Sautel et de les envoyer au dépôt.
        Ajoutons qu’au cours de son enquête, le magistrat a appris qu’alors qu’ils habitaient rue Saint-Julien-le-Pauvre, les deux « antoinistes » avaient déjà perdu un premier enfant, âgé de vingt-six mois. Bien que le permis d’inhumer leur eût été alors accordé, M. Melin n’est pas éloigné de croire que le pauvre petit dut succomber dans les mêmes circonstances que la petite Antoinette.

    Le Petit Parisien, 21 juillet 1912


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  • Leclerc (La Lanterne 23 juillet 1912)

     

    Les Propos
                du Lanternier

        Hier, nous rapportions en quelques mots que deux miséreux, Joseph Leclerc et Mathilde Brossard, avaient été envoyés au Dépôt parce qu'après la mort de leur enfant, le médecin avait refusé le permis d'inhumer. Les mauvais traitements peut-être, le manque de soins en tout cas, avaient déterminé le décès. Il convient de revenir sur cette affaire, car le couple bizarre semble bien avoir été victime d'une forme particulière de fanatisme.
        Lorsque le commissaire de police, en effet, pénétra dans le taudis qu'occupent rue de la Parcheminerie, Leclerc et sa compagne, et que le médecin eut constaté la saleté repoussante qui régnait dans la demeure et sur la personne de ses habitants, ils interrogèrent les parents sur les raisons de leur criminelle insouciance.
        On leur répondit ceci :
        – A quoi bon chercher un médecin pour guérir les malades ? Il suffit de prier. Si le Père veut, le malade sera sauvé. Si le Père veut le rappeler à lui, que sa sainte volonté soit faite.
        Le commissaire et le médecin, si accoutumés qu'ils puissent être, de par leur profession, au spectacle des faiblesses humaines, s'étonnèrent. Comment ces idées saugrenues avaient-elles pu germer dans la tête des deux pauvres hères ?
        C'est que Leclerc et Mathilde Brossard étaient de fidèles disciples du père Antoine. Vous savez bien, le père Antoine qui promettait aux malades la guérison par la prière, le père Antoine, qui commença son apostolat en Belgique et dont nous parlions il y a quelques semaines, à l'occasion de sa mort. Malheureusement, l'antoinisme ne réussit pas à Leclerc. Si la foi peut soulever des montagnes, elle se révéla incapable de sauver la petite fille. Le plus triste est que, il y a deux mois, les deux antoinistes avaient déjà perdu, dans les mêmes conditions, une autre fille. Cela ne leur avait pas suffi : la foi est tenace.
        Elle est surtout tenace chez les gens de l'espèce de Leclerc et de Mathilde Brossard. Aux abords de la place Maubert, ils passaient pour un couple de malades, d'hallucinés, d'alcooliques : bon terrain pour les superstitions de toutes sortes. Les voici maintenant au Dépôt. Que la volonté d'Allah, dont Antoine est le prophète, soit accomplie ! Après tout, il ne s'agit que d'une « retraite ». C'est encore de la religion.

    La Lanterne, 23 juillet 1912


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  • L'antoiniste Leclerc & Marie Camus

     

        L’« antoiniste » Leclerc. – L’antoiniste Leclerc a comparu hier devant M. Kastler, juge d’instruction. On sait qu’il est inculpé d’avoir laissé périr, faute de soins, sa fille Antoinette, âgée de quatre mois. L’article 312 du Code pénal prévoit pour ce crime les travaux forcés. Leclerc a expliqué à M. Kastler ce qu’était le culte « antoiniste ». Il a rappelé les révélations d’Antoine le Généreux. Il a cité l’Uniteb [sic pour l’Unitif], qui est le bulletin des adeptes. Il a déclaré que la foi en le père Antoine était capable de guérir toutes les maladies ; il a dit qu’un « antoiniste » devait repousser les remèdes et se contenter de prier le père Antoine.
        Lorsque Leclerc fut arrêté, il porta plainte auprès du procureur de la République contre la sœur Marie Camus qu’il considère comme l’apôtre de l’« antoinisme » en France. Hier, il a retiré sa plainte.
        Leclerc a d’ailleurs fait observer qu’il n’était pas fanatique. Il y a quelques mois, lorsque l’enfant de son amie tomba malade, il ne s’opposa point à ce qu’on appelât un médecin. Cet enfant n’était pas de lui, il ne se reconnaissait pas le droit de l’enrôler de force dans « l’antoinisme ». Du reste l’enfant mourut.
        La compagne de Leclerc, la veuve Sarret, née Brossard, a été ensuite interrogée. Elle n’est pas « antoiniste » et, devant le juge, elle a déclaré nettement qu’elle se refusait à épouser Leclerc.
        Le 15 juillet, elle fit une promenade à Montmartre avec Leclerc et la petite Antoinette. L’enfant tomba malade quatre jours après. L’autopsie a prouvé qu’elle avait succombé à une broncho-pneumonie. La mère appliqua des linges chauds et des cataplasmes ; elle voulait aller chercher un médecin, mais Leclerc s’y opposa. Elle attendit que Leclerc fût parti aux Halles, mais le décès se produisit presque aussitôt.

    Journal des débats politiques et littéraires, 29 juillet 1912


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  • Joseph Leclerc (Le Matin 28 juillet 1912, détail)


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  • Joseph Leclerc (Le Matin 28 juillet 1912)

          JULES-JOSEPH LECLERC
    disciple d’Antoine le Généreux

        Nous avons raconté comment, le 20 juillet dernier, Jules-Joseph Leclerc et sa compagne Mathilde Brossard, habitant tous deux 4, rue de la Parcheminerie, avaient été arrêtés sous l’inculpation d’avoir laissé périr faute de soins leur petite fille, Antoinette, âgée de quatre ans. Nous avons dit aussi que Leclerc, auquel le commissaire de police reprochait de n’avoir pas appelé un médecin, avait déclaré au magistrat que la religion « antoiniste » qu’il pratique avec ferveur interdit à ses adeptes d’avoir recours à de pareilles interventions...
        Hier, Leclerc et Mathilde Brossard comparaissaient devant M. le juge d’instruction Kastler, assistés de leurs défenseurs Mes Pierre Turpaud et Bigeard.
        Leclerc, dont la croyance n’est pas entamée par les épreuves judiciaires qu’il subit, a déclaré au juge :
        – Seule la foi en Antoine le Généreux peut amener la guérison des malades. Notre Messie intercède alors auprès de Dieu et lui demande de rendre la santé au patient. Point n’est besoin de médecin. Point n’est besoin de remèdes.
        Utilisant les loisirs que lui procure sa détention, Jules-Joseph Leclerc a composé un certain nombre de prières qu’il affirme singulièrement propres à hâter les guérisons. Il regrette de n’avoir pas réussi à grouper ces puissantes formules, du temps que son enfant était encore en vie.
        Chez Mathilde Brossard la croyance antoiniste n’était pas si fortement enracinée que chez son compagnon. Elle a déclaré hier :
        – Voici beau temps que j’ai perdu toute confiance dans les vertus du Généreux. Quand Antoinette est tombée malade, le 15 juillet, j’ai voulu aller chercher le médecin. Jules s’y est opposé. Je me suis dit : « Je vais attendre qu’il soit parti pour faire venir le docteur. » Il est parti trop tard.
        Jules-Joseph Leclerc n’a pas entendu sans frémir la compagne de sa vie nier la puissance du Généreux. Mais il a pardonné.

    Le Matin, 28 juillet 1912


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  • Le Progrès spirite - le cas Leclercq à Paris

        Pourquoi, encore, blâmer et condamner les Antoinistes ? De quoi accuse-t-on Leclercq ? De fanatisme, de criminelle insouciance, de n'avoir pas appelé le médecin - le prêtre du corps - pour guérir sa petite fille ; d'avoir mis toute sa confiance en Dieu, d'avoir placé près de la tête de la malade une statuette de la Vierge et le portrait du père Antoine. "On l'a trouvé agenouillé au pied du grabat sur lequel reposait le cadavre de la petite Augustine."
        Pour combler la mesure de la superstition et du fanatisme, Leclercq a écrit au successeur du père Antoine la lettre suivante :
        "Bon père. Le commissaire va venir dans quelques instants au sujet de la mort de ma petite fille, que le Très-Haut malgré nos prières, a voulu rappeler auprès de lui. L'on me reproche de n'avoir pas appelé le médecin. Ces ignorants ne savant âs que seule la foi peut sauver les malades, quand Dieu le permet."
       Si c'est un crime que de vouloir guérir ou mourir sans l'assistance d'un médecin, d'un confesseur laïque, c'est du moins un crime nouveau, dont on avait jamais entendu parler.
        Quand les médecins de l'âme dominaient, c'était un crime de mourir sans l'assistance d'un confesseur ; mais les médecins du corps n'avaient point la prétention de donner aux malades l'absolution, ni même l'extrême-onction laïco-scientifique. Les meilleurs d'entre eux ne s'attribuaient même pas la guérison de leurs malades. Ni plus ni moins que les Antoinistes et les Scientistes chrétiens, ils attribuaient la guérison à Dieu et se contentaient de dire : "Je le pansai, Dieu le guérit."
        Maintenant que les médecins du coprs ont pris le dessus, ils mettent Dieu à l'arrière-plan ou au rebut et prétendent que personne ne doit mourir ou guérir sans leur autorisation. N'est-ce pas là une superstition manifeste et plus grossière que l'ancienne ?

    Le Progrès Spirite de Septembre 1912 (Année 18, numéro 9), p.136-137


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  • Nouvelles Diverses

              PARIS

    FANATISME MEURTRIER

        M. Mélin, commissaire de police de la Sorbonne, a envoyé samedi au Dépôt Joseph Leclerc, âgé de quarante-deux ans, et Mathilde Brossard, de dix ans plus jeune, sous l’inculpation d’avoir, par manque de soins, causé la mort de leur fille Antoinette, âgée de quatre mois.
        Joseph Leclerc et Mathilde Brossard habitaient une sorte de hangar, 4, rue de la Parcheminerie. Elle fabriquait des sacs et lui allait les vendre. Ils gagnaient leur vie et trouvaient même le moyen de s’enivrer quelquefois et de se battre après boire. Cela ne diminuait en rien leur amitié.
        Ils avaient une fillette, Antoinette. Elle tomba malade. La mère songea à appeler un médecin. Mais Joseph Leclerc appartient à la secte des « Antoinistes » qui porte le nom de son fondateur, le père Antoine, mort récemment. Elle défend de s’opposer à la volonté de Dieu. « Si le Père veut, dit Leclerc, elle sera sauvée ; s’il veut la rappeler à Lui, que sa sainte volonté soit faite ! »
        La petite Antoinette mourut et le médecin de l’état-civil constata que son décès était dû au manque de soins. Comme Leclerc et Mathilde Brossard avaient déjà perdu un autre enfant dans les mêmes conditions, alors qu’ils habitaient rue Julien-le-Pauvre, on les a mis en état d’arrestation.

     

    Le Figaro, 22 juillet 1912

    source : gallica


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  • A L'INSTRUCTION

        Il a désigné M. Kastler pour instruire l'affaire de l' « Antoiniste » Leclerc qui a laissé mourir sa fille faute de soins, « ne voulant pas aller contre la volonté du Très Haut, qui seul devait décider de sa mort ou de sa vie ».

    Le Figaro, 23 juillet 1912

    source : gallica


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  • Nouvelles Diverses

             PARIS

    L’« ANTONISTE » A L’INSTRUCTION

        Leclercq et sa compagne Mathilde Santel, qui ont laissé mourir leur fillette, âgée de quatre mois, ne voulant pas aller chercher un médecin, « parce qu’il ne faut pas s’opposer aux volontés de Dieu », ont été interrogés hier par M. Kastler, juge d’instruction, en présence de leurs avocats, Mes Begard et Pierre Turpaud.
        Leclercq a commencé par se plaindre d’un photographe qui l’avait « pris » l’improviste dans le couloir. Puis il a répondu aux questions du magistrat.
        Il n’a pas paru plus affecté de la mort de son enfant qu’il ne l’avait été lorsque le commissaire l’a arrêté. C’est un mystique. M. Kastler lui ayant fait observer que les croyances pouvaient lui permettre de consulter un médecin, il a répondu :
        – On croit au Père Antoine ou au médecin. Moi, je crois au Père Antoine. Je ne suis pas un schismatique, comme on pourrait se l’imaginer. Je suis allé à Rome pour me jeter aux pieds du Saint-Père. Si j’avais pu, je serais allé à Jérusalem. Je vais à l’église et c’est précisément au Sacré-Cœur que ma petite a pris froid. Mais si Dieu la réclamait, je ne devais pas essayer de la lui reprendre. A l’occasion, j’agirais encore de même.
        La femme Santel, au contraire regrette la mort de sa fille. Si elle avait pu, dit-elle, elle serait bien allée chercher un médecin. Elle l’a fait pour la maladie de son petit Georges. Mais cette fois, c’est Leclerc qui s’y est opposé.
        Elle déclare ne plus partager les croyances qui ont amené la catastrophe qui la désole.
        En sortant, elle s’est enveloppe la tête d’un fichu pour éviter les photographes.

    Le Figaro, 28 juillet 1912

    source : gallica


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  •                       L’ANTOINISTE ÉTAIT FOU

        Le 20 juillet dernier, un bébé de quatre mois, Marie-Louise-Antoinette Leclerc, mourait dans état de maigreur effroyable. Le père, Joseph Leclerc, marchand de sacs, 4, rue de la Parcheminerie, interrogé par M. Melin, commissaire de police du quartier de la Sorbonne, déclara qu’il n’avait pas appelé un médecin parce qu’il était un fervent adepte d’Antoine le Guérisseur, un illuminé, mort récemment à Jemmapes-les-Liége, et dont la doctrine consistait à ne se fier uniquement qu’à l’intervention divine.
        – J’ai prié, dit-il, mais Dieu n’a pas voulu m’entendre. Il a pris ma petite Marie-Louise. Elle sera plus heureuse auprès de lui.
        Leclerc et sa maitresse Mathilde Brossard, dite Sautel, furent arrêtés.
        M. Kastler, juge d’instruction, ne put rien tirer de Leclerc, si ce n’est la continuelle affirmation de sa foi. Il commit M. le docteur Claude pour le faire examiner au point de vue mental.
        Mathilde Brossard fut remise en liberté, ayant prouvé qu’elle s’était rendue chez un médecin pour y faire soigner l’enfant d’une amie, mort précédemment, 8, rue Saint-Julien-le-Pauvre et que, si elle n’avait pas agi de la même façon pour sa fille, c’est que son ami l’en avait empêché. L’autopsie avait, en outre démontré, que l’enfant serait morte malgré l’intervention d’un médecin.
        M. le docteur Claude ayant conclu à l’irresponsabilité de Joseph Leclerc, M. Kastler a rendu une ordonnance de non-lieu en ce qui concerne Leclerc et sa maîtresse et ordonné l’internement de l’antoiniste.

    Le Figaro, 20 août 1912

    source : gallica


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