• La rue de la Parcheminerie (Le Radical, 3 sept 1913)

     

    Le Radical, 3 septembre 1913

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  • Antoine le Guérisseur (Le Midi socialiste, 23 juillet 1912)

    ON CROIT OU ON NE CROIT PAS

    Antoine le Guérisseur

    UN ENFANT MEURT FAUTE DE SOINS

                                                      Paris, 22 juillet.

        La mort récente d'Antoine Guérisseur avait déjà révélé au grand public les étrangetés de cette religion nouvelle.
        On n'aurait cependant pas cru que l'orthodoxie de ses adeptes put aller jusqu'au crime. Le cas qui s'est présent, hier, en plein Paris, peut ne pas demeurer unique. Rien qu'à ce point de vue, il mérite d'attirer l'attention des pouvoirs publics.
        Dans la rue de la Parcheminerie habitait un couple d' « antoinistes ». Ils occupaient au numéro 4, une sorte de baraque en planches, au-dessus de laquelle on pouvait lire cette enseigne : « Sacs et bâches, Jules Leclercq ».
        L'homme était âgé de 42 ans. Sa compagne, une femme Mathilde Sautel, âgée de 37 ans, le secondait dans son industrie. Ils étaient venus là, il y a environ un mois, en sortant de la rue Saint-Julien-le-Pauvre, ou, dans la maison portant le numéro 8, ils avaient demeuré pendant près d'un an.
        Quoiqu'ils fussent casaniers, Leclercq et sa compagne n'avaient pas manqué, par leurs allures mystérieuses et leur mine austère, de piquer la curiosité de leurs voisins.
        Des gens qui avaient pu pénétrer cher eux avaient remarqué que les murs de leur chambre étaient tapissés de gravures et d'emblèmes religieux. On les croyait dévots ; mais dans ce milieu de travailleurs parisiens on ne supposait pas qu'ils fussent les adeptes d'une croyance bizarre.
        Dimanche dernier, leur petite Antoinette, une fillette de quatre mois, tombait malade. On le sut vaguement dans le voisinage ; mais comme les Leclercq n'étaient pas d'humeur sociale, on s'abstint de leur venir en aide.
        Hier malin, l'enfant succombait. Force fut à Leclerc d'aller au bureau de l'état civil déclarer le décès. Quelques heures plus tard, le médecin de la mairie venait, dans la bicoque de la rue de la Parcheminerie, examiner le corps du bébé. Frappé de certaines circonstances, le pratricien interrogea le fabricant de sacs et lui demanda quel médecin avait soigné la petite Antoinette.
        – Je n'ai pas appelé de médecin, lui répondit Leclercq. Ma femme et moi nous avons prié sur elle. Dieu n'a pas voulu la guérir. Nous acceptons sa volonté.
        Surpris, comme on le pense, par cette réponse, le médecin avisa aussitôt M. Melin, commissaire de police. Celui-ci se rendit à son tour auprès de Leclercq et de la femme Sautel.
        Les deux « antoinistes » lui répétèrent que c'était délibérément qu'ils avaient négligé de procurer à la fillette les soins d'un homme de science. Ils étaient « antoinistes », c'est dire qu'ils n'admettaient aucune autre intervention que celle de la Providence pour la guérison des maux du corps.
        Comme la loi pénale française ne reconnaît pas encore aux parents le droit de priver leurs enfants des soins médicaux, M. Melin ne put faire autrement que d'inculper Leclercq et la femme Sautel et de les envoyer au dépôt.
        Ajoutons qu'au cours de son enquête, le commissaire a appris qu'alors qu'ils habitaient rue Saint-Julien-le-Pauvre, les deux « antoinistes » avaient déjà perdu un premier enfant, âgé de 26 mois. Bien que le permis d'inhumer leur eût été alors accordé, M. Melin n'est pas éloigné de croire que le pauvre petit a dû succomber dans les mêmes circonstances que la petite Antoinette.

    Le Midi socialiste, 23 juillet 1912


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  • Les Antoinistes Leclercq (Le Journal, 30 juil 1912)

    LES “ ANTOINISTES ”

    La veuve Santel en liberté provisoire.  
        On va examiner l'état mental de Leclercq

        M. Kastler s'est encore occupé hier des deux antoinistes de la rue de la Parcheminerie qui laissèrent mourir, faute de soins, leur enfant malade.
        Faisant droit à la demande de Me Pierre Turpaud, le juge d'instruction a signé la mise en liberté provisoire de la veuve Sautet, née Marguerite Brossard, la compagne de Leclercq. Le magistrat a, d'autre part, commis M. le docteur Claude, médecin aliéniste, pour examiner l'état mental de Leclercq.

    Le Journal, 30 juillet 1912


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  • Leclercq - Les ''Antoinistes'' (Le Journal 28 juillet 1912)

    LES “ANTOINISTES”

    ON INTERROGE LECLERQ

    Sa Compagne déclare qu'elle “a soupé” de l' “Antoinisme”

        On sait comment le chiffonnier Leclercq, qui habitait rue de la Parchemimerie, avec la veuve Sautet, a laissé mourir sa fillette Antoinette, âgée de quatre mois.
        Leclercq et sa compagne ont été interrogés hier par M. Kastler, juge d'instruction, en présence de Mes Pierre Turpaud et Bigeard, leurs défenseurs.
        Le chiffonnier a tout d'abord voulu exposer au juge la beauté de la doctrine « antoiniste », d'après la Révélation, d'Antoine le Généreux, et le bulletin l'Unitif, adressé aux adeptes, qui dit notamment :
        – Il faut croire au père Antoine : la foi en ce Messie est seule capable de guérir les malades, et si l'on ne veut périr il ne faut jamais appeler de médecin ni prendre de remède. II faut seulement prier Dieu et le père Antoine.
        Questionné par M. Kastler sur la façon dont il était devenu « antoiniste », Leclercq a répondu :
        – C'est en lisant un article de journal hostile au père Antoine que je me suis senti converti à cette religion et qu'à partir de ce jour, j'ai regardé comme l'apôtre française de ce culte la sœur Marie Camus, demeurant à Paris, 7, rue Esquirol.
        – Lorsque vous avez été arrêté, a ajouté le juge, une lueur de bon sens a sans doute traversé votre esprit, car vous avez spontanément adressé au procureur de la République une plainte contre les gens qui vous avaient instruit dans votre folie.
        – Je retire cette plainte, a interrompu brusquement « l'antoiniste ».
        – Pourquoi ?
        – Dieu le veut !... Ma fille est morte !... Dieu a voulu !... J'avais pourtant composé de belles prières.
        Et il a tenu à en donner lecture à M. Kastler !
        Le magistrat a informé ensuite Leclercq que MM. les docteurs Paul et Balthazard avaient fait l'autopsie du corps de la petite Antoinette, et qu'ils avaient constaté qu'elle avait succombé à une bronchopneumonie.
        – Les médecins légistes ont déclaré également, a dit M. Kastler, que votre enfant n'avait été victime ni de sévices, ni de mauvais traitements. Je suis pourtant obligé de vous inculper : l'article 312 du Code pénal punit, en effet, des travaux forcés la privation de soins par père et mère ayant entrainé la mort. Vous auriez dû aller chercher un médecin, ainsi que vous l'aviez fait pour le premier enfant né de vos relations avec la veuve Sautet et qui mourut néanmoins, bien que soigné autrement que par des prières.
       
    Le juge a passé ensuite à l’interrogatoire de la veuve Sautet. Celle-ci a déclaré hautement qu'elle était catholique et non « antoiniste », mais qu'elle n'avait pas voulu contrarier Leclercq !
        Elle a raconté ensuite que le 15 juillet, ils étaient allés au-Sacré-Cœur et que la pauvre petite Antoinette avait dû prendre là le germe du mal qui devait l'emporter.
        – J'ai voulu aller chercher un médecin, a-t-elle poursuivi, le soir où j'ai vu la petite si malade, mais mon amant s'y est opposé... Je m'étais dit : Quand il sera parti aux Halles j'irai, mais ma pauvre petite est morte avant !
        L'interrogatoire étant terminé, le juge allait donner aux gardes l'ordre de reconduire les prisonniers à la Souricière, mais Leclercq, s'adressant à M. Kastler, lui dit :
        – J'ai une prière à vous adresser, monsieur le juge ; voulez-vous demander à Mme Sautet si elle a conservé les mêmes sentiments vis-à-vis de moi et si elle veut toujours se marier avec moi.
       
    Le juge se tourna vers la veuve et lui dit :
        – Vous avez entendu Leclercq ? Voulez-vous répondre à sa question ?
        Levant les bras, la compagne de Leclercq s'écria :
       – Ah ! mais mon ! Je ne marche plus ! Que Leclercq paie tout seul son guérisseur, moi « j'ai soupé » de « l'antoinisme ».
        Leclercq s'en alla atterré.

    Le Journal, 28 juillet 1912


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  • Leclerc - Parents dénaturés (Journal des débats politiques et littéraires 22 jui 1912)

    Parents dénaturés. – Le médecin de l'état-civil refusait hier le permis d'inhumer pour une fillette de quatre mois, Marie-Augustine-Leclerc, morte le matin chez ses parents qui habitent une baraque en planches, 4, rue de la Parcheminerie. Le commissaire de police du quartier, après enquête, a arrêté les parents Jules Leclercq, quarante-deux ans et Mathilde Sautel, trente-sept ans, revendeur de sacs d'emballage. Ceux-ci ont reconnu qu'ils n'avaient jamais fait soigner leur fille par un médecin, pas plus qu'un garçonnet mort au début du mois de juin à l'âge de deux ans et demi et dont Leclerc n'était pas le père. Ils se prétendent disciples de la secte fondée il y a quelque temps en Belgique par « Antoine le Guérisseur ».

    Journal des débats politiques et littéraires, 22 juillet 1912


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