• L'Antoiniste Leclercq était fou (La Croix, 21 août 1912)

               L'ANTOINISTE ETAIT FOU

        Le 20 juillet dernier, un bébé de 4 mois, Antoinette Leclerc, mourait dans un état de maigreur effroyable. Le père, Joseph Leclerc, marchand de sacs, 4, rue de la Parcheminerie, déclara qu'il n'avait pas appelé un médecin parce qu'il était un adepte d'Antoine le Guérisseur, mort récemment à Jemmapes-lès-Liége, dont la doctrine consistait à ne se fier uniquement qu'à l'intervention divine.
        – J'ai prié, dit-il, mais Dieu n'a pas voulu m'entendre. Il a pris ma petite Antoinette. Elle sera plus heureuse auprès de lui. Leclerc fut arrêté.
        M. Kastler, juge d'instruction, commit le docteur Claude pour le faire examiner au point de vue mental.
        Le docteur Claude ayant conclu à l'irresponsabilité de Leclerc, M. Kastler a rendu une ordonnance de non-lieu en ce qui concerne Leclerc et a ordonné son internement.

    La Croix, 21 août 1912


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  • La rue de la Parcheminerie (Le Radical, 3 sept 1913)

     

    Le Radical, 3 septembre 1913

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  • Une victime de l'antoinisme (L'Evénement, 28 juillet 1912)

    Une victime de l'antoinisme. -- M. Kastler, juge d'instruction, a procédé hier à l'interrogatoire des époux Leclercq, accusés d'avoir laissé mourir leur enfant, faute de soins.
        Leclercq, disciple d'un thaumaturge, « le père Antoine », ne croit pas à la science des médecins, aussi s'était-il contenté de suspendre au chevet de sa petite fille, malade, le portrait du père Antoine. Naturellement, l'enfant mourut et le médecin de l'état civil refusa le permis d'inhumer.
        Interrogé par le magistrat, Leclercq affirme hautement sa foi dans « l'antoinisme » qui, dit-il, prend à toutes les religions ce qu'elles ont de meilleur.
        – Vous n'en avez pas moins laissé mourir votre enfant, lui fait remarquer le juge.
        – C'est qu'elle devait mourir, répond l'antoiniste convaincu, d'ailleurs, je suis certain qu'un médecin ne l'aurait pas sauvée.
        Et l'inculpé se lance dans une longue dissertation sur l'incurie de la médecine à laquelle il oppose la resplendissante lumière de la doctrine du père Antoine.
        A noter que ledit père Antoine aurait été poursuivi dans cette affaire, mais par une simple coïncidence, il a rendu sa belle âme en même temps que l'infortunée petite victime.
        Ne pouvant rien tirer du fanatique Leclercq, M. Kastler a interrogé sa femme. Cette dernière n'a pas la foi robuste de son époux, elle se moque du père Antoine et de sa doctrine, mais elle a dû s'incliner devant la volonté de Leclercq qui ne voulut jamais qu'un médecin pénétrât chez lui.
        Leclercq et sa femme sont inculpés d'homicide volontaire, du fait d'avoir causé la mort de leur fille en la privant des soins qui pouvaient la sauver.
        Ils passeront en cour d'assises et pourront être condamnés à la réclusion ou aux travaux forcés à temps.
        Les époux Leclercq sont assistés de Mes Pierre Turpaud et Bigeard.

     

    L'Evénement, 28 juillet 1912

     


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  • Antoine le Guérisseur (Le Midi socialiste, 23 juillet 1912)

    ON CROIT OU ON NE CROIT PAS

    Antoine le Guérisseur

    UN ENFANT MEURT FAUTE DE SOINS

                                                      Paris, 22 juillet.

        La mort récente d'Antoine Guérisseur avait déjà révélé au grand public les étrangetés de cette religion nouvelle.
        On n'aurait cependant pas cru que l'orthodoxie de ses adeptes put aller jusqu'au crime. Le cas qui s'est présent, hier, en plein Paris, peut ne pas demeurer unique. Rien qu'à ce point de vue, il mérite d'attirer l'attention des pouvoirs publics.
        Dans la rue de la Parcheminerie habitait un couple d' « antoinistes ». Ils occupaient au numéro 4, une sorte de baraque en planches, au-dessus de laquelle on pouvait lire cette enseigne : « Sacs et bâches, Jules Leclercq ».
        L'homme était âgé de 42 ans. Sa compagne, une femme Mathilde Sautel, âgée de 37 ans, le secondait dans son industrie. Ils étaient venus là, il y a environ un mois, en sortant de la rue Saint-Julien-le-Pauvre, ou, dans la maison portant le numéro 8, ils avaient demeuré pendant près d'un an.
        Quoiqu'ils fussent casaniers, Leclercq et sa compagne n'avaient pas manqué, par leurs allures mystérieuses et leur mine austère, de piquer la curiosité de leurs voisins.
        Des gens qui avaient pu pénétrer cher eux avaient remarqué que les murs de leur chambre étaient tapissés de gravures et d'emblèmes religieux. On les croyait dévots ; mais dans ce milieu de travailleurs parisiens on ne supposait pas qu'ils fussent les adeptes d'une croyance bizarre.
        Dimanche dernier, leur petite Antoinette, une fillette de quatre mois, tombait malade. On le sut vaguement dans le voisinage ; mais comme les Leclercq n'étaient pas d'humeur sociale, on s'abstint de leur venir en aide.
        Hier malin, l'enfant succombait. Force fut à Leclerc d'aller au bureau de l'état civil déclarer le décès. Quelques heures plus tard, le médecin de la mairie venait, dans la bicoque de la rue de la Parcheminerie, examiner le corps du bébé. Frappé de certaines circonstances, le pratricien interrogea le fabricant de sacs et lui demanda quel médecin avait soigné la petite Antoinette.
        – Je n'ai pas appelé de médecin, lui répondit Leclercq. Ma femme et moi nous avons prié sur elle. Dieu n'a pas voulu la guérir. Nous acceptons sa volonté.
        Surpris, comme on le pense, par cette réponse, le médecin avisa aussitôt M. Melin, commissaire de police. Celui-ci se rendit à son tour auprès de Leclercq et de la femme Sautel.
        Les deux « antoinistes » lui répétèrent que c'était délibérément qu'ils avaient négligé de procurer à la fillette les soins d'un homme de science. Ils étaient « antoinistes », c'est dire qu'ils n'admettaient aucune autre intervention que celle de la Providence pour la guérison des maux du corps.
        Comme la loi pénale française ne reconnaît pas encore aux parents le droit de priver leurs enfants des soins médicaux, M. Melin ne put faire autrement que d'inculper Leclercq et la femme Sautel et de les envoyer au dépôt.
        Ajoutons qu'au cours de son enquête, le commissaire a appris qu'alors qu'ils habitaient rue Saint-Julien-le-Pauvre, les deux « antoinistes » avaient déjà perdu un premier enfant, âgé de 26 mois. Bien que le permis d'inhumer leur eût été alors accordé, M. Melin n'est pas éloigné de croire que le pauvre petit a dû succomber dans les mêmes circonstances que la petite Antoinette.

    Le Midi socialiste, 23 juillet 1912


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  • Les Antoinistes Leclercq (Le Journal, 30 juil 1912)

    LES “ ANTOINISTES ”

    La veuve Santel en liberté provisoire.  
        On va examiner l'état mental de Leclercq

        M. Kastler s'est encore occupé hier des deux antoinistes de la rue de la Parcheminerie qui laissèrent mourir, faute de soins, leur enfant malade.
        Faisant droit à la demande de Me Pierre Turpaud, le juge d'instruction a signé la mise en liberté provisoire de la veuve Sautet, née Marguerite Brossard, la compagne de Leclercq. Le magistrat a, d'autre part, commis M. le docteur Claude, médecin aliéniste, pour examiner l'état mental de Leclercq.

    Le Journal, 30 juillet 1912


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