• Joseph Leclerc (Le Matin 28 juillet 1912)

          JULES-JOSEPH LECLERC
    disciple d’Antoine le Généreux

        Nous avons raconté comment, le 20 juillet dernier, Jules-Joseph Leclerc et sa compagne Mathilde Brossard, habitant tous deux 4, rue de la Parcheminerie, avaient été arrêtés sous l’inculpation d’avoir laissé périr faute de soins leur petite fille, Antoinette, âgée de quatre ans. Nous avons dit aussi que Leclerc, auquel le commissaire de police reprochait de n’avoir pas appelé un médecin, avait déclaré au magistrat que la religion « antoiniste » qu’il pratique avec ferveur interdit à ses adeptes d’avoir recours à de pareilles interventions...
        Hier, Leclerc et Mathilde Brossard comparaissaient devant M. le juge d’instruction Kastler, assistés de leurs défenseurs Mes Pierre Turpaud et Bigeard.
        Leclerc, dont la croyance n’est pas entamée par les épreuves judiciaires qu’il subit, a déclaré au juge :
        – Seule la foi en Antoine le Généreux peut amener la guérison des malades. Notre Messie intercède alors auprès de Dieu et lui demande de rendre la santé au patient. Point n’est besoin de médecin. Point n’est besoin de remèdes.
        Utilisant les loisirs que lui procure sa détention, Jules-Joseph Leclerc a composé un certain nombre de prières qu’il affirme singulièrement propres à hâter les guérisons. Il regrette de n’avoir pas réussi à grouper ces puissantes formules, du temps que son enfant était encore en vie.
        Chez Mathilde Brossard la croyance antoiniste n’était pas si fortement enracinée que chez son compagnon. Elle a déclaré hier :
        – Voici beau temps que j’ai perdu toute confiance dans les vertus du Généreux. Quand Antoinette est tombée malade, le 15 juillet, j’ai voulu aller chercher le médecin. Jules s’y est opposé. Je me suis dit : « Je vais attendre qu’il soit parti pour faire venir le docteur. » Il est parti trop tard.
        Jules-Joseph Leclerc n’a pas entendu sans frémir la compagne de sa vie nier la puissance du Généreux. Mais il a pardonné.

    Le Matin, 28 juillet 1912


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  • Le Progrès spirite - le cas Leclercq à Paris

        Pourquoi, encore, blâmer et condamner les Antoinistes ? De quoi accuse-t-on Leclercq ? De fanatisme, de criminelle insouciance, de n'avoir pas appelé le médecin - le prêtre du corps - pour guérir sa petite fille ; d'avoir mis toute sa confiance en Dieu, d'avoir placé près de la tête de la malade une statuette de la Vierge et le portrait du père Antoine. "On l'a trouvé agenouillé au pied du grabat sur lequel reposait le cadavre de la petite Augustine."
        Pour combler la mesure de la superstition et du fanatisme, Leclercq a écrit au successeur du père Antoine la lettre suivante :
        "Bon père. Le commissaire va venir dans quelques instants au sujet de la mort de ma petite fille, que le Très-Haut malgré nos prières, a voulu rappeler auprès de lui. L'on me reproche de n'avoir pas appelé le médecin. Ces ignorants ne savant âs que seule la foi peut sauver les malades, quand Dieu le permet."
       Si c'est un crime que de vouloir guérir ou mourir sans l'assistance d'un médecin, d'un confesseur laïque, c'est du moins un crime nouveau, dont on avait jamais entendu parler.
        Quand les médecins de l'âme dominaient, c'était un crime de mourir sans l'assistance d'un confesseur ; mais les médecins du corps n'avaient point la prétention de donner aux malades l'absolution, ni même l'extrême-onction laïco-scientifique. Les meilleurs d'entre eux ne s'attribuaient même pas la guérison de leurs malades. Ni plus ni moins que les Antoinistes et les Scientistes chrétiens, ils attribuaient la guérison à Dieu et se contentaient de dire : "Je le pansai, Dieu le guérit."
        Maintenant que les médecins du coprs ont pris le dessus, ils mettent Dieu à l'arrière-plan ou au rebut et prétendent que personne ne doit mourir ou guérir sans leur autorisation. N'est-ce pas là une superstition manifeste et plus grossière que l'ancienne ?

    Le Progrès Spirite de Septembre 1912 (Année 18, numéro 9), p.136-137


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  • Nouvelles Diverses

              PARIS

    FANATISME MEURTRIER

        M. Mélin, commissaire de police de la Sorbonne, a envoyé samedi au Dépôt Joseph Leclerc, âgé de quarante-deux ans, et Mathilde Brossard, de dix ans plus jeune, sous l’inculpation d’avoir, par manque de soins, causé la mort de leur fille Antoinette, âgée de quatre mois.
        Joseph Leclerc et Mathilde Brossard habitaient une sorte de hangar, 4, rue de la Parcheminerie. Elle fabriquait des sacs et lui allait les vendre. Ils gagnaient leur vie et trouvaient même le moyen de s’enivrer quelquefois et de se battre après boire. Cela ne diminuait en rien leur amitié.
        Ils avaient une fillette, Antoinette. Elle tomba malade. La mère songea à appeler un médecin. Mais Joseph Leclerc appartient à la secte des « Antoinistes » qui porte le nom de son fondateur, le père Antoine, mort récemment. Elle défend de s’opposer à la volonté de Dieu. « Si le Père veut, dit Leclerc, elle sera sauvée ; s’il veut la rappeler à Lui, que sa sainte volonté soit faite ! »
        La petite Antoinette mourut et le médecin de l’état-civil constata que son décès était dû au manque de soins. Comme Leclerc et Mathilde Brossard avaient déjà perdu un autre enfant dans les mêmes conditions, alors qu’ils habitaient rue Julien-le-Pauvre, on les a mis en état d’arrestation.

     

    Le Figaro, 22 juillet 1912

    source : gallica


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  • A L'INSTRUCTION

        Il a désigné M. Kastler pour instruire l'affaire de l' « Antoiniste » Leclerc qui a laissé mourir sa fille faute de soins, « ne voulant pas aller contre la volonté du Très Haut, qui seul devait décider de sa mort ou de sa vie ».

    Le Figaro, 23 juillet 1912

    source : gallica


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  • Nouvelles Diverses

             PARIS

    L’« ANTONISTE » A L’INSTRUCTION

        Leclercq et sa compagne Mathilde Santel, qui ont laissé mourir leur fillette, âgée de quatre mois, ne voulant pas aller chercher un médecin, « parce qu’il ne faut pas s’opposer aux volontés de Dieu », ont été interrogés hier par M. Kastler, juge d’instruction, en présence de leurs avocats, Mes Begard et Pierre Turpaud.
        Leclercq a commencé par se plaindre d’un photographe qui l’avait « pris » l’improviste dans le couloir. Puis il a répondu aux questions du magistrat.
        Il n’a pas paru plus affecté de la mort de son enfant qu’il ne l’avait été lorsque le commissaire l’a arrêté. C’est un mystique. M. Kastler lui ayant fait observer que les croyances pouvaient lui permettre de consulter un médecin, il a répondu :
        – On croit au Père Antoine ou au médecin. Moi, je crois au Père Antoine. Je ne suis pas un schismatique, comme on pourrait se l’imaginer. Je suis allé à Rome pour me jeter aux pieds du Saint-Père. Si j’avais pu, je serais allé à Jérusalem. Je vais à l’église et c’est précisément au Sacré-Cœur que ma petite a pris froid. Mais si Dieu la réclamait, je ne devais pas essayer de la lui reprendre. A l’occasion, j’agirais encore de même.
        La femme Santel, au contraire regrette la mort de sa fille. Si elle avait pu, dit-elle, elle serait bien allée chercher un médecin. Elle l’a fait pour la maladie de son petit Georges. Mais cette fois, c’est Leclerc qui s’y est opposé.
        Elle déclare ne plus partager les croyances qui ont amené la catastrophe qui la désole.
        En sortant, elle s’est enveloppe la tête d’un fichu pour éviter les photographes.

    Le Figaro, 28 juillet 1912

    source : gallica


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