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  •     On entend souvent que les métallurgistes faisaient partie de l'aristocratie ouvrière. Plusieurs journaux qualifièrent Louis Antoine à sa mort, de "petit bourgeois, presque du peuple" (Le Progrès spirite reprenant l'Eclaireur de l'Est (Reims) et La Liberté, Journal politique, religieux, social - Fribourg, Suisse). Tachons d'en savoir plus sur cette catégorie d'ouvrier.


    L'aristocratie ouvrière : une théorie sociologique pour diviser la classe ouvrière

        Il y aurait un antagonisme de classe au sein de la classe ouvrière elle-même, un antagonisme entre les couches "les plus exploitées" et les couches "privilégiées".  Il y aurait une "aristocratie ouvrière jouissant des plus hauts salaires, des meilleures conditions de travail, une fraction ouvrière qui partagerait avec "son impérialisme" les miettes des sur profits tirés de l'exploitation coloniale.  Il y aurait donc une frange de la classe ouvrière qui en fait n'appartiendrait pas à la classe ouvrière, mais à la bourgeoisie, une couche d"'ouvriers-bourgeois".
        Voila les grandes lignes communes à toutes les théorisations sur l'existence d'une "aristocratie ouvrière".  C'est un instrument théorique dont la principale utilité est de permettre d'estomper dans un flou plus ou moins étendu, suivant les besoins, les frontières qui opposent la classe ouvrière au capital mondial.
        Cette théorisation "permet" de taxer des parties entières de la classe ouvrière (les ouvriers des pays les plus industrialisés par exemple) de "bourgeois", et de qualifier des organes bourgeois (les partis de "gauche", les syndicats, par exemple) d"'ouvriers".
        Cette théorie trouve son origine dans les formulations de Lénine pendant la 1ère Guerre Mondiale, formulations reprises par la 3ème Internationale.  Certains courants politiques prolétariens, ceux qui tiennent à se désigner par l'étrange qualificatif de "léninistes", traînent encore aujourd'hui avec eux cet avatar théorique dont ils ne savent pas toujours que faire, si ce n'est de maintenir un flou sur des questions de première importance dans la lutte de classe.  La contre-révolution stalinienne, elle, s'est depuis des décennies servi de cette théorie à tout propos pour tenter de recouvrir ses politiques du prestige de Lénine.

    sommaire :
        Une theorie sociologique
        Une conception "ouvrieriste"
        L'aristocratie ouvriere: une definition impossible
        Une theorie pour diviser la classe
        Une conception ambiguë des partis et des syndicats
        Critique de l‘explication de Lenine de la trahison de la seconde internationale
        Une deformation grossière du marxisme

        On y apprend donc que cette catégorie date des environs de la Première Guerre mondiale, et qu'elle est critiqué dans les milieux militants communistes.

     Publié par Revue Internationale le 15 Octobre, 2005
    source : http://fr.internationalism.org/rinte25/aristocratie.htm


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  • source : LucPire.com


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  • LA FABRICATION DU FER
    On fabrique le fer en retirant à la fonte la totalité presque absolue de son carbone. La transformation s'effectue dans les fours de puddlage. Ces fours sont divisés en deux parties. Le petit four où l'on verse la fonte en fusion par petite quantité : de 200 à 300 kgr. et le grand four où s'opère la combustion du carbone et le brassage au ringard de la pâte métallique, le puddlage, l'un des plus fours travaux de la sidérurgie. Réchauffée, la fonte passe du petit four dans le grand four. Armé d'une longue barre d'acier : le ringard, le puddleur se tient à la porte du four. Il jette son outil bien sec — mouillé, le ringard pourrait provoquer une explosion — dans la fonte liquide. Il triture cette pâte. Il la soulève, la laisse fuser le long de sa barre d'acier, la reprend, la rejette, arc-bouté des deux mains au ringard, le torse nu, la sueur coulant en fontaine de son corps. Car le four dont la lueur l'illumine, le flambe tout vif. Et les gaz que dégage la combustion du carbone le suffoquent. Après quelques minutes, ses forces l'abandonnent, un autre puddleur le remplace. A mesure que le métal s'épaissit, le travail devient plus pénible, il faut des efforts inouïs pour ébranler la fonte, la plier, la retourner, l'exposer au feu sur toutes ses parties. Et plus le travail s'avance, plus le puddleur doit se rapprocher du four. Ses seuls efforts sont impuissants vers la fin pour brasser le métal qui a presque atteint la consistance de la pierre ; alors, deux, trois, puddleurs s'arc-boutent sur le ringard et tirent de toutes leurs forces, les muscles tendus sur les bras nus, les torses bombés, les visages congestionnés par l'effort et le feu.
    Enfin, après trente minutes de puddlage, l'ouvrier plié à la gueule du brasier, lie la masse  métallique en un bloc, la loupe ; il la saisit à bout de bras dans les tenailles et la jette sur le chariot. C'est à ce moment que l'hémorragie cérébrale assomme généralement les puddleurs. La loupe est portée au marteau-pilon qui va la cingler. Les cinq mille kilos du marteau s'abattent sur la boule de fer toute rouge; la loupe s'écrase comme la boule de glaise sous le doigt du modeleur ; on la retourne, le pilon remonte, retombe, un bruit sourd et la loupe aplatie sur une autre face, crache en grêle ses scories. Les étincelles, les paillettes volent, si abondantes qu'il faut élever autour du pilon des cloisons protectrices en tôle pour empêcher les ouvriers d'être grièvement brûlés, à vingt mètres de distance. Quant aux cingleurs, ils semblent vêtus de pièces détachées d'une armure : des gantelets et des brassards de fer protègent leurs mains et leurs bras, des masques en treillis de cuivre gardent leur visage.

    M. & L. Bonneff, Vie tragique des travailleurs, p.122-24
    Les Travailleurs du Fer (1908)
    source : gallica


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  • LES INSTITUTIONS PATRONALES DE LA SOCIETE COCKERILL A SERAING-.

        A titre de comparaison avec les documents recueillis par M. 0. Keller sur les institutions patronales des Compagnies minières en France (Reforme sociale, 15 mars 1885, et 1er juin 1880), nous croyons devoir reproduire un extrait du rappoit que M. Sadoine, administrateur-directeur-gérant, va présenter à la prochaine assemblée générale des actionnaires de la Société Cockerill :

        Personnel.    Je vous ai dit tantôt que notre personnel était resté aussi nombreux que l'année dernière à pareille époque.
        Au 5 septembre écoulé, il était encore de 10.116 ouvriers soit 40 de plus qu'à même date de 1885, à cause de la mise en marche, en décembre dernier, de la division des roues et trains montés.
        L'instruction est depuis 15 ans obligatoire pour les adultes de 12 à 16 ans entrant au service de la Société. L'école des mineurs et les classes préparatoires de la Société entretiennent l'instruction dans cette classe de travailleurs employés à nos charbonnages.
        L'emploi des femmes dans le fond de nos houillères a été supprimé depuis 20 ans.
        L'état sanitaire a été satisfaisant pendant tout l'exercice ; aucune affection épidémique n'a régné et les accidents graves ont été rares. Le nombre des malades et des blessés en traitement à potre infirmerie a varié de 15 à 22.
        Le nombre des pupilles actuellement à l'orphelinat est de 124.

        Salaires payés :
        Exercice 1884-1885,           fr. 8.807.894 41
        Exercice 1885 1886,             » 8.812.684 06

    pour le même chiffre de personnel et pour un chiffre de production moindre.
        Les salaires sont donc restés les mêmes dans les deux exercices, tandis que le dividende à distribuer aux actionnaires, de même que les primes à payer aux chefs de service et employés, ont été réduits de 2/7, et le tantième du directeur général de 2/3.
        L'ouvrier de la Société Cockerill n'a donc pas été le moins bien traité pendant l'exercice écoulé. Il n'a pas à se plaindre, que je sache, du travail à l'entreprise, du marchandage comme on dit dans les ateliers, car je n'ai jamais reçu de plainte à ce sujet. Toutes les lettres à mon adresse sont ouvertes par moi, n'ayant ni chef de cabinet, ni secrétaire particulier ; je ne refuse du reste jamais d'entendre les ouvriers qui croient avoir à se plaindre.

                   Secours et pensions                                    Exercice                    Exercice
                                                                                       1884-85.                    1885-86.
    1° Pensions ordinaires et supplémentaires se-
    cours aux blessés et malades et aux ouvriers
    nécessiteux.                                                       fr.   229.714 06                  241.306 29
    2° Versement à la caisse de prévoyance des
    ouvriers mineurs.                                                     33.610 93                    29.774 25
    3° Service médical et pharmaceutique.                  49.374 79                   47.487 45
    4° Dépenses de l'hôpital-orphelinat.                       39.027 28                   41.148 24
    5° Dons au Bureau de bienfaisance, etc ,                     863 21                        574 21
    6° École des mineurs et École industrielle à
    Hoboken.                                                                     3.778 44                     3.778 44
                                                                      Total, fr.  358.370 71                 366.268 88

    soit une augmentation de 8.000 fr. pour le même chiffre de personnel.
        Toutes ces dépenses sont à la charge exclusive de la Société ou de la Caisse de secours alimentée par elle, les retenues sur salaires ayant été supprimées depuis 1870. Pourtant 243 ouvriers ont persisté à vouloir subir la retenue pour assurer leurs droits aux secours et à la pension, et 10.000 francs environ sont versés de ce chef dans la Caisse de secours, de même que l'entrée de 500 francs, imposée aux ingénieurs volontaires qui entrent au service de la Société, et, enfin, 2.000 fr. environ d'amendes encourues par les ouvriers en défaut. 2.000 sur 8.812.684 06 !
        Comme je l'ai dit, l'orphelinat comprend réellement 124 orphelins, dont 107 enfants ne gagnant rien et 17 adultes travaillant déjà à l'usine ou rendant service à l'hôpital et dont le gain sert en partie à rembourser leur entretien, en partie à passer à notre Caisse d'épargne, pour y devenir, avec les intérêts à 5 p. c, une réserve pour l'avenir, une dot.
        La Société donne gratuitement les secours médicaux et pharmaceutiques, non-seulement à ses ouvriers, mais encore à leurs ascendants et descendants, dont ils sont les soutiens.
        Autrefois, la Société Cockerill avait un magasin de denrées alimentaires où s'approvisionnaient les ouvriers de leur propre volonté. Mais, certains d'entre eux ayant exposé des plaintes, je proposai à mon Conseil la suppression de ce magasin, ce qui eut lieu immédiatement ; c'était en 1870.

    Les Études sociales : organe de la Société des études pratiques d'économie sociale et de la Société internationale de science sociales
    1886/07 (A6,SER2,T2)-1886/12.  (p.486)
    source : gallica


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