• L'Antoinisme après Louis Antoine

    L'Antoinisme après Louis Antoine

        Voilà comment Louis Antoine, bien avant sa désincarnation, envisage son "oeuvre" après lui :

        Seront apôtres celles [les personnes] qui se dévoueront pour le travail moral, qui prêcheront d'exemple l'amour et le désintéressement, qui feront comprendre, par leur manière d'agir, que l'enseignement n'a d'autre base que la foi.
        Rien ne portera obstacle à leur mission ; elles pourront donc continuer l'oeuvre, s'acquérant de plus en plus à la foi qui donne le savoir de toute chose, qui convainc que la mort est la vie, car au point de vue de l'être, on devrait appeler celle d'ici-bas la mort et sa rentrée dans l'autre, la naissance.
                La Révélation, L'efficacité des lois morales, p.127

        C'est pour cette raison que bien des adeptes que l'on a pu croire très attachés au Père Antoine, deviendront peut-être ses adversaires les plus acharnés. Tout dépend de la manière dont ils vont entreprendre la tâche ; qui a compris l'enseignement et en est satisfait n'a plus le mérite, s'il néglige, d'y participer ; personne n'aura besoin de le lui dire, il se retirera de son plein gré parce qu'il aura trouvé ailleurs des fluides plus assimilables à sa compréhension. Des contradictions pourront surgir entre les personnes qui croiront avoir compris et qui taxeront d'ignorance d'autres qui agissent différemment ; mais n'oublions pas que le mal n'existe pas et que discuter, ce serait prétendre qu'il existe.
                La Révélation, L'efficacité des lois morales, p.125

        On le voit, Louis Antoine envisageait la suite le plus simplement possible. Des personnes discuterons de leur compréhension (on le voit maintenant avec les deux tendances de l'antoinisme, avec photos ou sans photos), mais on peut aussi comprendre que certaines personnes continuerons l'oeuvre sans participer au "culte", mais simplement en faisant bien selon sa conscience.

    ---

    L'Antoinisme après Louis Antoine    Analphabète, la femme d'Antoine, Catherine (Jemeppe-sur-Meuse, 26 mai 1850 – id., 3 novembre 1940), appelée « La Mère » par les adeptes, ne reçoit aucun conseil de la part de son mari sur la façon d'administrer la religion lorsqu'elle est désignée par lui comme son successeur. En décembre 1918 puis en septembre 1919, elle fait envoyer une lettre respectivement au roi des Belges puis au ministre de la Justice afin de faire reconnaître le culte antoiniste ; au cours du mois de mars des deux années suivantes, Ferdinand Delcroix, secrétaire du culte, envoie deux lettres dans le même but, ce qui aboutit en 1922 à une reconnaissance d'utilité publique du culte.
        Afin d'éviter toute tentative d'appropriation du charisme d'Antoine à l'intérieur du mouvement après sa mort, le journal antoiniste L'Unitif publie des articles présentant Catherine comme le successeur légitime et redéfinissant précisément les limites du rôle du guérisseur. Pour éviter une crise de succession et assurer la continuité de la religion, Catherine décide de promouvoir un culte centralisé autour de la personne de son mari et, dans ce but, établit différentes règles entre 1925 et 1930. Elle fait placer, dans le temple, devant la tribune supérieure, le portrait de son mari surmonté de la mention « Le Père fait l'Opération », puis ajoute par la suite sa propre photographie. Elle autorise les desservants à effectuer l'Opération générale depuis la tribune supérieure, mais veut que la cérémonie soit précédée d'une déclaration affirmant que c'est le Père qui pratique l'Opération et que la foi doit être placée en lui afin d'obtenir satisfaction, et insiste pour que le desservant installé à la tribune soit assis durant la lecture des ouvrages d'Antoine. Elle établit le Jour du Père, le 25 juin, et des rituels tels que le baptême, la communion et le mariage, ce qui transforme le groupe en religion institutionnalisée. Elle ordonne que rien ne soit changé dans les écrits de son mari et, en 1932, fait fermer les salles de lecture dans lesquelles des adeptes enseignaient des points de vue personnels. Contrairement aux ouvrages de son mari qui peuvent être achetés par n'importe qui, les changements et les règles ajoutés par Catherine sont consignés dans des tomes accessibles uniquement aux desservants, restant ainsi plus confidentiels. À partir du 17 juin 1930, un fidèle, Narcisse Nihoul, la remplace à la tribune pour effectuer l'Opération générale.

    Contrairement à ce qu'annonçaient plusieurs journaux (plusieurs articles du Peuple2 novembre6 novembre et encore le 13 novembre 1913), le culte survit au Père sous la direction de Mère.

    source : wikipedia

  •  Encore une religion qui apparaît (Le Matin, 22 février 1912)

    Encore une religion qui apparaît (Le Matin, 22 février 1912)Encore une religion
    qui apparaît
    et qui fait des miracles
    par l’intermédiaire d’une petite modiste

        Mlle Camus, dans le temporel, est modiste. Elle habite, 14, rue Milton, une humble chambrette au fond d'une cour obscure.
        Bourguignonne d'origine, voilà dix ans qu'elle quitta son village natal – Auxou, commune de Saint-Branchet, dans l'Avallonnais – pour venir s'établir à Paris. Elle compte aujourd'hui trente-huit printemps, et il y a seulement deux mois que révélation lui fut faite de ses miraculeux pouvoirs.
        Miraculeux, en effet, si l'on songe que sa présence seule apporte aux malades, fussent-ils incurables, un soulagement immédiat ; qu'au bout de trois, quatre ou cinq séances, au plus, tel, dont le rein était dévoyé, et « l'estomac descendu à dix centimètres au-dessous du nombril », s'en retourne guilleret, estomac et rein remis en place, prêt à entonner comme un chantre et dévorer comme un ogre, tel autre, grabataire depuis un mois, par suite d'un asthme aigu, reconquiert en quatre séances la bienheureuse franchise-respiratoire ; tel encore, aveugle à la suite d'une méningite depuis l’âge de deux ans, voit, à trente-cinq ans, s'épanouir progressivement ses prunelles à l'ineffable printemps de la divine clarté libératrice tel autre... mais il faudrait des colonnes pour dénombrer les stupéfiantes guérisons – plus de quarante en deux mois – accomplies par la petite modiste : des guérisons, des lettres, des témoignages sont là qui les attestent. Et les rescapés que nous interrogeâmes se répandirent en actions de grâces sur le désintéressement et les prestiges – d'aucuns vont jusqu'à dire la sainteté – de leur bienfaitrice.
        – Comment je procède ? Mon Dieu, rien n'est plus simple, nous explique au bon sourire l'assembleuse de fanfreluches. Un malade se présente-t-il ? Je lui demande de penser au Père. De mon côté, je Lui communique ma pensée. Je puise en Lui comme Il puise en Dieu. Puis je m'endors et je lis à livre ouvert dans les parties souffrantes du malade. Je souffre moi-même de sa douleur, je l'accapare, je l'extirpe petit à petit de lui pour la pulvériser, l'égrener, la disperser au dehors. Et quand la guérison approche, je la sens venir. Alors je me réveille. Je ne suis pour rien dans cette guérison. Je ne suis que l'humble servante et inspirée du Père.
        – Du Père Eternel ?
        Pas tout à lait, mais presque : du père Antoine, Antoine le Généreux, le régénérateur de l'humanité, le grand révélateur de la doctrine intégrale du Christ.
        Les lecteurs du Matin n'ont pas oublié, pour l'avoir vu retracer à maintes reprises, l'extraordinaire figure de cet humble artisan liégeois, ancien ouvrier mineur, puis compagnon forgeron, puis prophète et thaumaturge, qui, il y a dix ans, à Jemeppe-sur-Meuse, fonda le nouveau spiritualisme, autrement dit la vraie religion de Jésus, épurée, et telle Fils de l'Homme, prétendit posséder le pouvoir de galvaniser les malades sous la simple imposition de ses mains rédemptrices.
        En vain cent cinquante médecins belges, insurgés contre l'empiétant le trainèrent en justice ; ils ne purent établir l'indignité d'un homme qui ne prescrivait à ses patients ni remèdes, ni le moindre débours.
        L'antoinisme, depuis lors, a fait son chemin. Dans le temple érigé à Jemeppe – Jérusalem de la nouvelle doctrine – et qui coûta 100.000 francs à M. Deregnancourt, le bon Samaritain du jeune bien que septuagénaire Messie, c'est par milliers – huit à neuf cents en moyenne par jour – que les malades affluent. Il en vint douze mille en une fois, à Pâques dernières, et la plupart s'en retournèrent guéris.
        Enfin le 5 décembre 1910, une pétition de posée sur le bureau de la Chambre des représentants, à Bruxelles, et paraphée de 160.000 signatures de citoyens cultivés, de professeurs, voire de médecins, sollicitait des pouvoirs publics la reconnaissance officielle du culte antoiniste.
        Deux de nos départements, le Nord et l'Aisne, comptent actuellement de nombreux adeptes. Des groupes importants de fidèles se sont fondés à Tours, Vichy, Nice, Monte-Carlo, Aix-les-Bains, Grenoble, et Paris même, au siège de la Fraternelle, 183, rue Saint-Denis, où chaque dimanche de cinq à six, les Antoinistes s'assemblent pour lire et méditer en commun le Grand livre de la révélation.
        – C'est là, nous dit Mlle Camus, le 12 décembre dernier, que je reçus en plein cœur l'illumination du Père. Je ne l'ai jamais vu. J'irai lui faire visite au printemps.
       » On dit qu'il est, aujourd'hui, presque totalement dématérialisé et qu'il est la réincarnation parfaite du Christ. Voyez : la ressemblance n'est-elle pas frappante ? »
        Sourie qui voudra ; c'est chose toujours émouvante de se pencher sur le berceau d'une religion.
        Et voici qu'en deux mois de temps, la plus humble des inspirées, une obscure petite ouvrière, a obtenu quarante guérisons.

    Le Matin, 22 février 1912


    votre commentaire
  • La religion antoiniste (Gazette de Lausanne, 29 octobre 1913)La religion antoiniste

        Samedi, à la gare du Nord, à Paris, un train de Belgique a déversé sur le quai six cents fidèles de la religion antoiniste.
        Le père Antoine était un obscur ouvrier qui se reconnut un jour la vertu de guérir les malades et les infirmes. A la voix du nouveau Messie, les paralytiques se levèrent, les aveugles virent : ils l'assurent du moins. Car des six cents fidèles qui, un petit sac à la main, vêtus, les hommes d'une lévite noire et coiffés d'un chapeau mat à bords plats, les femmes d'une robe noire et couvertes d'un voile, débarquaient l'autre jour à Paris, il n'en est guère qui ne soient prêts à témoigner du miraculeux pouvoir du père Antoine.
        Le culte antoiniste dédaigne les formes extérieures. Il suffit de posséder la foi pour être guéri des maux du corps et de ceux de l'âme. La mère Antoine, dépositaire du pouvoir spirituel de son défunt mari, étend la main sur la foule recueillie – et chacun s'en retourne guéri ou amélioré selon la ferveur de sa foi ; le mécréant seul s'en va comme il était venu.
        Pour les croyants français, on a édifié rue Vergniaud, un temple que la mère Antoine a inauguré dimanche matin. C'est un petit monument qui possède pour tout mobilier une chaire devant laquelle est un panneau portant l'image sommaire d'un arbre avec cette inscription : « L'arbre de la science de la vue du mal. »
        D'autres inscriptions sont des formules dogmatiques : « L'enseignement du Père, c'est l'enseignement du Christ révélé à cette époque par la Foi... Un seul remède peut guérir l'humanité : la Foi ; c'est de la Foi que naît l'amour, qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même. »
        – En effet, expliquait un frère antoiniste à un reporter du Temps, le Christ venant après les prophètes, marquait une étape nouvelle dans l'évolution morale : à la rigoureuse loi du talion, il substituait le pardon des offenses. Le Père (Antoine) a fait mieux : comme nos ennemis sont les meilleurs auxiliaires et les seuls guides de notre progrès en nous révélant à nous-mêmes les défauts qui ternissent la netteté de notre conscience, ils sont les véritables instruments de notre épuration. Il ne suffit plus de leur pardonner ; nous devons reconnaître en eux nos fidèles amis, et les aimer comme tels.
        » Il faut retourner à l'essence même, au principe initial des religions : à la loi de la conscience ; il faut dégager cette loi de toutes les liturgies qui en obscurcissent la notion. Puisque nous vivons entourés d'un fluide fait de tous les actes et de toutes les pensées commis ou conçues pendant nos existences antérieures fluide que le Père maniait à volonté et d'où il tirait ses guérisons – il faut l'exalter au cours de l'existence actuelle en pratiquant le désintéressement les plus absolu. La douleur, les épreuves nous sont envoyées pour nous permettre de nous élever successivement jusqu'à la quasi-perfection morale et à l'amour universel...
        – Mais, interrompit le journaliste, se dogme des réincarnations, n'est-il point hérétique ? Ne sentez-vous pas quelque peu le soufre ?
        – Nullement, cher monsieur, nous respectons toutes les religions : nous remontons seulement à leur principe commun.
        – Mais vous ne les pratiquez pas ?
        – Nous sommes les fidèles du Père. Il est pour nous la réincarnation du prophète qui parut plusieurs fois pour révéler au monde la loi de la conscience...
        – Et votre foi justifie vos miracles ?
        – Assurément.
        – Et vos miracles justifient votre foi ?
        – Sans doute... comme dans toutes les religions, ajouta le frère antoiniste.

    Gazette de Lausanne, 29 octobre 1913


    votre commentaire
  • Une secte étrange, celle des antoinistes (La Patrie, Montréal, 23 février 1926)(numerique.banq.qc.ca)UNE SECTE ETRANGE : CELLE DES ANTOINISTES

    La prédication d’Antoine, le guérisseur belge et le rôle de sa femme, dépositaire des rites. – Un temple édifié à Jemeppe. – L’aventure
    d’un ouvrier mineur.
    VINGT MILLE ADEPTES

        PARIS, 19. (De Maurice Wolff, "Le Journal"). Au moment où les regrettables incidents dont fut victime le curé de Bombon attirent de nouveau l'attention sur les petites religions qui vivent, à côté des grandes, peut-être est-il curieux de s'initier à d'autres sectes organisées, en un temps de plus en plus propice au miracle mystique. Parmi les plus suggestives pour le psychologue se trouve la secte antoiniste, d'abord à cause de l'humilité de ses originales : Antoine, ouvrier mineur, n'avait qu'une instruction rudimentaire, et sa femme ne sait ni lire ni écrire ; à cause aussi de son développement insolite et de la prétention d'un certain nombre de ses membres à faire reconnaître l'antoinisme à l'instar d'un culte officiel par le gouvernement belge.
        Aussi, me trouvant à Liége ces jours passés, une naturelle curiosité m'a incité à un court déplacement pour aller à Jemeppe-sur-Meuse, berceau de l'antoinisme retrouver les traces de la prédication d'Antoine le guérisseur, et assister à la cérémonie qu'accomplit en personne, les trois premiers jours de la semaine, la mère, dépositaire des rites et du pouvoir du père, depuis que ce dernier a quitté notre terrestre séjour, tout en conservant d'ailleurs pour ses fidèles la direction spirituelle de son culte. Je ne puis en cet aperçu rapide que noter aussi la progression rapide desdits pouvoirs spirituels : d'Antoine le guérisseur à Antoine le saint, puis le prophète, le messager d'une révélation définitive, l'ascension s'est faite normalement, par l'enthousiasme progressif et organisé des premiers disciples.

                            UN MAGNETISEUR
        Intéressante à étudier serait encore l'évolution intellectuelle, si l'on peut dire, d'Antoine, d'abord féru d'hypnotisme et de spiritisme, dont il exploitera tout d'abord la soi-disant mystérieuse puissance, pour tenter plus tard ces mêmes croyances, le jour où il a découvert et organisé en doctrine sa théorie des fluides, dont l'influence bienfaisante ou malfaisante réside au même titre dans les objets de la nature comme dans nos actes personnels. De ces fluides, Antoine a reconnu la merveilleuse puissance ; il s'est, en outre, reconnu le pouvoir de la capter pour la répandre généreusement et gratuitement sur les infortunés de plus en plus nombreux, qui lui demandaient aide, et que longtemps, affirme-t-il, il reçut et soigna individuellement. Leur nombre s'accroissant chaque jour avec sa propre renommé, il s'avisa que le fluide, étant immatériel et d'ailleurs d'essence divine, ne pouvait épuiser sa force en se prodiguant en même temps à des collectivités. Il suffisait que les croyants s'assemblassent à la même heure, dans un même lieu sacré. De là l'idée du premier temple antoiniste, édifié à Jemeppe, et bientôt suivi de beaucoup d'autres : leur nombre en Belgique et en France atteint, m'a-t-on dit, la trentaine. Dès ce moment aussi naquit la rite qu'Antoine avait fixé, et dont les antoinistes observent scrupuleusement le cérémonial.

                            L'OPERATION
        Pendant que je me hâte moi-même vers le temple antoiniste, car l'opération est à dix heures précises, et le fluide transmis par le père ne peut attendre, je coudoie une foule hétéroclite qui se presse en remontant la grand'rue du petit village minier : ménagères portant leur papier au bras ou traînant après elles leur marmaille ; antoinistes hommes et femmes, reconnaissables au costume bizarre qu'ils arborent et qui, paraît-il, fut adopté par le père : les hommes vêtus d'une lévite noire, le chef recouvert d'un tuyau de poêle étrange fortement évasé par le haut ; les femmes vouées au noir elles aussi, manteau noir, petit bonnet ruches de même couleur, d'où tombe parfois un grand voile qui leur donne l'apparence de religieuse d'un tier-ordre, à moins que ce ne soit d'une troupe éplorée de veuves !
        Dans le temple nu, sur les murs duquel sont places de nombreux rappels au silence, la même symphonie de deuil se perpétue : une longue tenture de cette couleur pend de la tribune où tout à l'heure apparaîtra la mère ; une figure symbolique y est brodée en file d'argent : c'est l'"arbre de la science de la vue du mal" (!) avec de nombreuses ramifications s'échappant du tronc.
        Un silence lourd d'attente, et comme angoissé du miracle qui se prépare, et que, mue comme par un ressort, annonce l'une des "veuves" qui s'est levée au premier banc : "L'opération va se faire : ranimez votre foi ; ceux qui auront la loi seront guéris."

                            LA MERE !
        A peine s'est-elle rassise que, par une porte basse masquée dans la muraille et de plain-pied avec la tribune surélevée, la mère elle-même a fait son apparition : figure osseuse de paysanne matoise et obstinée, le front barré d'une ride volontaire, encore très alerte malgré ses 74 ans bien sonnés ; elle s'est mise en prière les yeux levés vers le ciel, ses mains noueuses repliées l'une sur l'autre massivement. Que marmonne-t-elle entre ses dents ? Seuls les initiés pourraient y reconnaître un appel au père, sous l'invocation duquel toute la cérémonie est pratiquée. Un seul mot m'en parvient à peu près distinctement : "Miséricorde !" Il annonce que le moment est venu de lancer l'influx libérateur, qu'attendent à la même minute, je pourrais dire à la même seconde, car le fluide ne connaît pas les misérables obligations de nos lois physiques, les antoinistes croyants, réunis dans leurs temples. Le visage est maintenant crispé et douloureux, les mains noueuses ramenées vers le corps et rejetées en avant par un mouvement contraire, il semble que l'opératrice veuille, en ce geste symbolique, attirer sur elle toute la misère du monde et insuffler à l'assistance la force primordiale capable d'assurer le triomphe sur le mal physique ou moral, cet éternel ennemi de l'humanité douloureuse. "Ranimez votre foi". Les antoinistes courbent la tête pour mieux recevoir l'influx libérateur. Quand ils la relèvent, la vieille femme a disparu comme par enchantement par la même porte dérobée et l'assistance a déjà commencé sur un ton de mélopée les dix principes du père.
        Le dieu qui parle ici est un dieu familier créé à l'image de celui qui l'interprète et qui lui prête son langage quelque peu obscur, parfois même incorrect. Ce dieu qui s'exprime par la bouche du père prêche à coup sûr une morale utile à tous les hommes, puisqu'il recommande la charité, y compris la gratuité de tous les services divins et humains, qu'il insiste sur la tolérance, blâme tout prosélytisme de paroles, et insinue fort justement qu'il est bon de nous efforcer de le voir dans celui que nous croyons être notre ennemi, car c'est notre propre image que nous renvoie celui à qui nous prêtons nos mauvaises pensées personnelles. La leçon est souvent profitable.
        Mais c'est certainement à Antoine que revient en propre cette défiance de l'intelligence, mise en conflit avec la conscience qu'elle obnubile par son orgueil et sa vision toute matérielle ? D'où nécessite d'abaisser la Superbe et d'accepter sans peu de mots la simple foi du charbonnier.
        Tel était le cours de mes pensé en quittant le temple de Jemeppe, non sans avoir demandé à notre petit frère Musin, lecteur des principes le jour et mineur la nuit, pour accomplir le précepte antoiniste, la pratique de foi et d'espérance que lui-même ou une adepte féminine distribuent généreusement et cordialement à tous ceux qui demandent audience.

                            TOUTE UNE OEUVRE
        A la sortie du temple, dans un café-restaurant d'apparence modeste, mais qu'achalandent les grands jours de l'antoinisme, j'achète les portraits du père et de la mère officiant ; on me presse d'y joindre les reproductions de foules assemblées à Schaerbeek, faubourg de Bruxelles, inauguration d'un temple antoiniste par la mère ; fête annuelle du 25 juin, jour anniversaire de la désincarnation du père, où l'on procède sous la direction de la mène à la visite de la demeure du père, suivie d'un pèlerinage aux deux voisins qui abritèrent sa méditation et le virent se rafraîchir à une petite fontaine consacrée désormais par le zèle des antoinistes. Plus de 20.000 personne sont, parait-il, venues cette année magnifier la gloire du père !
        Ai-je dit que la mère Antoine ou ses représentants consacrent des mariages et des baptêmes et que les obsèques antoinistes se pratiquent très simplement ? On y lit quelques pages du père sur la réincarnation. C'est ainsi, me murmure une vieille antoiniste, que le petit ruisseau est devenu grande rivière ! – Maurice WOLFF.

    La Patrie, Montréal, 23 février 1926 (source : numerique.banq.qc.ca)


    votre commentaire
  • Causerie judiciaire, Premiers effets d'une secte (Le Petit sou, 22 avril 1914)Causerie judiciaire

    Premiers effets d'une secte

        De même que les hérésies anciennes, les sectes modernes ne font pas seulement des dupes, mais des victimes. Constatation que les juges de la quatrième chambre ont dû faire, ces jours derniers, à propos d'une affaire banale, mais où l'on a une vision nette des ravages que peuvent causer ces doctrines antisociales qui ne sont qu'une réédition, un mélange ou une édulcoration de vieilles hérésies dont on poursuivait, autrefois, les propagateurs, lorsqu'il existait en état normal, soucieux de l'équilibre moral des citoyens.
        L'antoinisme – c'est de cette secte qu'il s'agit dans cette affaire – implanté chez nous depuis peu, n'a pas encore pu causer de grands maux, ni surtout se répandre bien loin, mais, puisqu'il commence à faire parler de lui dans les prétoires, il n'est pas inutile – ne fût-ce que pour expliquer le cas en question – en dire quelques mots.

    *
    *   *

        Le fondateur de cette secte nouvelle, un certain Antoine, vivait en Belgique dans la plus complète obscurité. C'était un homme pieux, qui resta bon chrétien jusqu'aux environs de quarante-deux ans. C'est à ce moment que son fils, âgé d'une vingtaine années, mourut.
        Le malheureux Antoine, à partir de cette époque, commença à s'égarer. On lui assura que le spiritisme enseignait le moyen de converser avec les morts. Il se laissa entrainer, assista à des réunions spirites, et y apprit, par la voix de son fils lui-même, que le défunt était « devenu pharmacien à Paris » !
        Vivement intéressé par cette doctrine de la réincarnation, il montra un grand zèle. Il dirigea les « Vignerons du Seigneur », association de gens du même acabit, et non pas, comme on pourrait le croire, syndical d'ivrognes. Il fit paraître une sorte de catéchisme spirite. Comme Faust, il conjura les esprits. Léon XIII, lui-même – à ce qu'on assura – condescendit à se faire entendre. Malheureusement, il parlait un français-belge déplorable, avec un fort accent wallon.
        Il ne manquait plus à Antoine qu'un vague vernis pseudo-scientifique. Il se lia avec un certain « docteur » Carita. Quand il jugea que son savoir était suffisant, il lança des circulaires dans les villes d'eaux et un peu partout. Il y assurait qu'il était en mesure de soulager, non pas seulement toutes les maladies physiques, mais encore les afflictions morales.
        Un beau jour, Antoine pensa qu'il n'avait plus besoin du « docteur », puisqu'aussi bien il en savait assez long pour le rôle qu'il voulait jouer. En effet, les ménagères lui amenaient leurs enfants et les gorgeaient de ses remèdes. Il passa bientôt pour un saint, et d'autant plus facilement que souffrant, depuis une vingtaine d'années, d'une maladie d'estomac, il suivait un régime végétarien, et menait une vie très retirée, ce qui lui permettait d'éviter les cas embarrassants.
        Mais son influence grandissait et s'étendait. Son audace aussi. Alors, comme il en avait usé avec son docteur, il congédia les esprits qui l'assistaient, et les remplaça par des fluides. En même temps, il fondait une nouvelle école « spiritualiste », et ordonnait à ses partisans une certaine drogue dont le commerce le fit condamner pour exercice illégal de la médecine.
        Pour éviter pareils ennuis, Antoine se borna à vendre des bouteilles d'eau « magnétisée », dose proportionnée aux besoins du malade. C'était encore trop compliqué. Il se borna à « magnétiser » des bouts de papier qu'il suffisait de tremper dans de l'eau. Le génie est simplificateur.
        Il expliquait les phénomènes de son magnétisme – dont on ne voyait d'ailleurs pas les effets – par une théorie de la foi et des fluides. La maladie, c'est un fluide mauvais qui n'est autre que l'imagination. C'est donc l'imagination qu'il faut guérir.

    *
    *   *

        Ses partisans devenaient de plus en plus nombreux. Il imposait les mains à des quantités de personnes, renouvelant ainsi la pratique manichéenne du « Consolamentum ». Enfin, on mit à sa disposition un temple ou, chaque dimanche, le bon Père, sans un mot, laissait tomber sur la foule des cascades de fluide. Ceux qui avaient la foi devaient être guéris. Quant à ceux qui restaient malades, c'est qu'ils n'avaient pas la foi.
        On se demande comment cette farce a pu durer aussi longtemps, car Antoine ne guérissait évidemment personne. Il remontait un peu le moral de ses auditeurs, et c'est tout. A ce traitement, les malades n'allaient pas loin, et s'ils mouraient, Antoine n'y pouvait rien. Il essaya, une fois, d'en rappeler un à la vie. Mais il ne recommença pas celle comédie qui eût pu ruiner son industrie.
        Se donnant comme envoyé pour la régénération de l'humanité, il prédit sa mort à plusieurs reprises, sans en porter plus mal. Cet événement n'arriva qu'en 1912. Son enterrement montra les progrès énormes de sa secte. Cent vingt mille personnes, assura-t-on, défilèrent à son enterrement, au temple de Jemeppe-sur-Meuse.
        Sa veuve prit la suite de l'affaire, sous le nom de « la Mère », aidée par des sous-ordres répandus dans quelques villes, notamment à Paris, Tours, Vichy, Nice, Monte-Carlo, Aix-les-Bains, Grenoble, etc. Les théosophes, occultistes et spirites ont été pour beaucoup dans la fondation de ces groupes.
        En octobre dernier, à Paris, les antoinistes inaugurèrent leur local, sorte de petite chapelle sans mobilier, en dehors d'une tribune, où, le dimanche, le gérant de l'officine, tenant à la main un arbuste dénommé « arbre de la science, de la vie, du mal », procède à la lecture des instructions. Des femmes, dont le costume tient de celui des nourrices anglaises et de l'uniforme de l'Armée du Salut, l'aident à endoctriner les profanes.
        Leur propagande, habilement faite, tend à faire croire – c'est le système souvent employé par les sectes – que leur doctrine n'est l'ennemie d'aucune religion, et qu'on n'a pas à en changer pour entrer chez eux. La vérité, c'est que leur doctrine est un mélange d'absurdités blasphématoires, et qu'elle présente des côtés nettement sataniques. Leur morale repousse la loi divine. Le mal n'existe pas, pour eux. C'est, disent-ils, un « aspect de l'évolution des êtres, une condition de progrès ». On touche donc, ici, aux plus vieilles hérésies, à la théosophie, comme au manichéisme.

    *
    *   *

        Dans ces conditions, on imagine les ravages que peut causer cette doctrine de non-résistance au mal moral comme au mal physique. On en trouve les effets dans l'affaire à laquelle nous avons fait allusion, et qui se résume en peu de mots.
        Dans un ménage, jusque-là uni, le mari donne dans les théories antoinistes. Aussitôt, la vie commune devient impossible.
        Le mari – lit-on dans le jugement de la quatrième chambre – « se refuse à subvenir aux besoins du ménage, et fondant son inertie sur les principes de la secte religieuse à laquelle il déclare appartenir, et qui lui font un devoir de négliger les détails matériels ». Et plus loin : « lors d'une maladie qu'elle (sa femme) a faite, elle n'a trouvé chez lui que des reproches pour s'être fait soigner ». Le mari, au surplus, « a signifié formellement à sa femme qu'il entendait ne reprendre la vie commune qu'à la condition de la voir se conformer aux préceptes auxquels il obéit lui-même... »
        Et le tribunal a accordé le divorce au profit de la femme, parce que le mari, « en persistant dans cette attitude, marque pour sa femme un éloignement où le tribunal est fondé à voir une injure grave ».
        Conséquences logiques de cette doctrine anarchique, mais que ne faisait pas prévoir, aux yeux des profanes, le prospectus distribué par les initiés au temple de la rue Vergniaud, car on lit, dans ce factum, que les antoinistes auront « les mêmes regards pour l'incroyance » et qu'ils ne veulent que du bien à leurs semblables. Les propagateurs de cette secte peuvent espérer que cette audace leur réussira, puisqu'à l'heure actuelle il se trouve encore des naïfs capables de croire que la franc-maçonnerie, suivant ses propres déclarations, « respecte la foi religieuse de chacun de ses membres »...

    Le Petit sou, 22 avril 1914


    votre commentaire
  • La Robe révélée (Le Peuple, 6 novembre 1913)(Belgicapress)La Robe révélée !

        Allons-nous avoir une polémique entre antoinistes ?
        Peut-être bien.
        Nous avons l'autre jour donné écho aux lamentations d'un correspondant occasionnel qui trouvait que ça se gâtait déjà chez les disciples du Père ! En voici un autre qui nous écrit pour contester les dires du premier. Et à preuve, il cite les manifestations triomphales de l'antoinisme ces derniers temps : inauguration d'une salle à Spa, le 7 septembre, route du Tonnelet (est-ce un symbole ?) ; consécration du temple de Souvret, le 21 septembre, avec le concours de la bonne -Mère ; consécration du temple de Paris, le 27 octobre, toujours avec la bonne Mère.
        Notre premier correspondant affirmait que plus le culte antoiniste s'étendrait, plus l'anarchie l'envahirait puisqu'il n'admet ni discipline ni organisation intérieures.
        C'est une erreur à ce qu'il paraît. Le s culte antoiniste est parfaitement organisé. Il un conseil d'administration « qui gère les affaires matérielles ».
        Quant à la question de la robe (entendez par là, l'espèce de redingote qu'endossent les antoinistes), « oui, le Père a dit qu'elle maintenait les frères et sœurs dans le bon fluide, confirme le contradicteur, mais il en est de même pour ceux qui ne la portent pas et qui pratiquent l'enseignement du Père ».
        Et il ajoute : « La barque ne va pas à la dérive, car la robe a été révélée par le Père, uniquement pour consacrer l'unité de l'ensemble. »
        Si la robe a, en effet, été révélée, on aurait tort d'insister sur cette histoire de barque !
        Mais qui donc a bien pu faire connaître au Père Antoine ce singulier vêtement ? Serait-ce un tailleur pour dames ??

    Le Peuple, 6 novembre 1913 (source : Belgicapress)

    Repris par Le Midi socialiste (9 novembre 1913)


    votre commentaire
  • Ça se gâte déjà chez les Antoinistes (Le Peuple, 2 novembre 1913)(Belgicapress)Ça se gâte déjà
          chez les Antoinistes

        Depuis que le père Antoine est mort, le culte antoiniste, en dépit des manifestations récentes, a reçu un grand coup.
        Il paraîtrait, en effet, que la zizanie a déjà fait son apparition parmi les frères.
        Un correspondant occasionnel qui paraît en savoir quelque chose nous assure qu'il y a certainement entre eux du grabuge.
        Ils s'envient réciproquement, prétend-il, soit parce que l'un a plus de malades que l'autre, soit sur l'interprétation à donner à tel ou tel passage de « l'enseignement ».
        Cependant en haut lieu, c'est-à-dire à Jemeppe, continue notre correspondant, on ne se gène pas pour déclarer que la robe antoiniste maintient le frère qui la porte dans le bon fluide.
        A défaut du vote plural, la grève générale aurait ébranlé l'antoinisme. On raconte, en effet, que beaucoup de disciples n'auraient pas admis les principes du père tout de résignation et que depuis lors il y aurait dans le temple de la rouspétance, révérence parler.
        Quoi qu'il en soit, cette question mises de côté, il parait bien que les adeptes voulant aller plus loin que le père, conduisent la barque à la dérive.
        Le culte antoiniste n'admettant ni organisation, ni discipline, plus il prendra d'extension plus se développera en son sein l'anarchie.

    Le Peuple, 2 novembre 1913 (source : Belgicapress)

     

    Repris par la Gazette de Charleroi, 2 novembre 1913 (Belgicapress) :

    Ça se gâte déjà chez les Antoinistes (Le Peuple, 2 novembre 1913)(Belgicapress)Ça se gâte déjà chez les Antoinistes (Le Peuple, 2 novembre 1913)(Belgicapress)

     

     


    votre commentaire
  • Le Grabuge chez les Antoinistes (Le Peuple, 13 novembre 1913)(Belgicapress)Le Grabuge
               chez les
            Antoinistes

        Nous l'avions bien dit que nous n'échapperions pas à une polémique entre frères antoinistes. Notre premier correspondant nous a de nouveau écrit, et ce qu'il raconte est exactement le contre-pied de ce qu'affirmait son confrère. Il a toutefois le mérite d'apporter de la précision, autant que faire se peut naturellement, car les prophètes sont généralement obscurs.
        Le chapitre le plus controversé paraît être celui de la robe. Faut-il ou ne faut-il pas être porteur de celle-ci pour être « dans le bon fluide » ?
        Certains font une restriction : Il suffit, disent-ils, de pratiquer les enseignements du Père pour être dans cette sorte d'état de grâce. Donc, conclut notre correspondant : l'habit ne fait pas le moine.
        Mais d'autres que lui soutiennent que l'habit est indispensable. Comment se dépêtrer ?
        Ce qui tendait à faire croire que la robe n'a pas la vertu magique qu'on lui attribue, c'est que des frères qui s'en étaient accoutrés se sont déjà houspillés.
        A propos de quoi ? De l'emblème sans doute ?
        Et ainsi les choses pourraient de nouveau s'expliquer.
        C'est un grand honneur, semble-t-il, chez les antoinistes que le fait de porter dans les manifestations le blason de la communauté, qui représente vaguement un arbre en hiver, car il est sans feuilles. Aussi est-il brigué avec passion. On raconte qu'à ce propos il y a eu maintes scènes orageuses entre frères devant le temple à Jemeppe. Une autre fois, c'était à Paris, à l'occasion de la consécration du temple, un frère haut coté s'agrippa avec une sœur qui l'avait interrompu. L'incident fut noté par le journal « Le Temps ». (1)
        Au reste, point n'est besoin de s'en remettre à des déclarations d'adeptes plus ou moins hasardées pour établir que « ça est en passe de se gâter ».
        L'« Unitif » lui-même, en son n° 12, en laisse percer l'aveu. Voici ce qu'il dit au chapitre 4 :
        Les fêtes antoinistes des 25 et 29 juin ont amené à Jemeppe des frères de différents pays. Nous avons eu le bonheur de converser un peu avec beaucoup d'entre eux et, dans nos petits entretiens, nous avons pu remarquer qu'en certains endroits où il existe plusieurs lectures de l'Enseignement du Père, il y a déjà des malentendus qui pourraient porter obstacle à ceux qui en sont la cause... »
        Les choses iraient même plus loin qu'on le laisse croire, affirme notre correspondant. En effet, ponctue-t-il, l'extérieur des manifestations antoinistes est souvent trompeur. Le vrai, c'est qu'elles sont fertiles en dissentiments et que ceux-ci ne s'arrêtent pas même au seuil des familles. Le cas n'est pas rare de voir se quereller mari et femme, soit à propos de l'Enseignement, soit parce que l'on veut se substituer à l'autre pour recevoir les malades. Rien de cela toutefois ne concerne leu le vieux Père Antoine et sa femme.
        Mais ce ne sont pas là les seuls sujets de brouille. La grève générale, par exemple, n'a pas été sans provoquer des troubles profonds chez les frères.
        Pour être antoiniste, on n'en est pas moins des travailleurs avides de justice sur la terre, et il en est qui ont trouvé tièdes les conseils et les recommandations contenus dans le 10e « Unitif ». Il y a des patrons et des femmes de patrons chez les antoinistes qui étaient contre la grève. Par contre, des ouvriers étaient violemment pour la levée en masse. Alors, le conseil d'administration a trouvé à imprimer ceci : Nous sommes tous désireux de remplir nos devoirs. Mais l'Enseignement est si diversement compris et il existe encore chez la plupart d'entre nous un esprit combatif inséparable de l'orgueil que nous cherchons à déraciner. Nous devrions pourtant nous souvenir que le mal n'existe pas et nous demander si c'est la vue du bien qui engendre la révolte. »
        Comprenne qui pourra.
        Un tas de frères ont vu dans ce pathos une invitation à l'abstention, et ils ne se gênaient pas pour dire que le conseil d'administration serait beaucoup mieux de mettre la paix entre les frères et sœurs qui se disputent pour porter l'emblème, que de s'occuper de la grève générale.
        Comme toutes les Eglises, l'antoinisme prêche la résignation et tend à faire croire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.
        Le Père n'avait pas ces visées sociales. Ce sont les apôtres qui les placent sous son vieux bonnet. Et ça finira vraisemblablement par devenir une calotte comme l'autre...

    Le Peuple, 13 novembre 1913 (source : Belgicapress)

     

    (1) En lisant l'article du Temps, on verra que d'un mot de journaliste, un autre journaliste en monte tout un scénario.

        On savait l'animosité des autres religions (y compris le spiritisme) pour l'Antoinisme, et on voit ici qu'elle vaut celle des journalistes en manques d'inspiration...


    votre commentaire
  • Antoinisme et Dorisme (L'Echo de la Presse, 21 janvier 1917)(Belgicapress)

    Antoinisme et Dorisme

        Puisque ce procès du Père Dor, qui fit tant de bruit à Charleroi, va être plaidé en appel à Bruxelles, il est intéressant de rappeler quelques points du culte d'Antoine, oncle et précurseur du messie de Roux :

        Né à Mons Crotteux en 1846, Antoine devint mineur à l'âge de 12 ans, puis métallurgiste. D'abord catholique, il fut à 42 ans séduit par le spiritisme qu'il professa pendant huit ans. C'est de cette époque que date le commencement de son renom.
        On alla le trouver d'abord pour s'entretenir avec les esprits qui se donnaient rendez-vous chey lui. Les esprits de Léon XIII et de Mgr Doutreloux étaient des visiteurs réguliers. On a même noté, pendant l'une des séances que Léon XIII parlait un français négligé avec un fort accent wallon.
        De là à donner des consultations sur toutes les douleurs physiques et morales, il n'y avait qu'un pas. Il fut vite franchi.
        Vers 1906, Antoine ébaucha son « Nouveau spiritualisme », où les esprits étaient remplacés par les fameux fluides, dont nous avons tant entendu parler dans le procès du Père Dor.
        C'est vers cette époque qu'il commença véritablement son métier de guérisseur par l'ordonnance pour tous les maux humains de la liqueur « Coune », spécialité pharmaceutique à 5 francs la bouteille.
        Un jugement du tribunal mit fin à ces merveilleux traitements...
        Alors vinrent, comme panacées universelles, l'eau magnétisée et le papier magnétisé et enfin les passes individuelles où, comme chez Dor, la foi et les fluides jouent un rôle énorme. Notons aussi, vu l'affluence de visiteurs, les passes collectives qui, à l'Ecole morale, s'appellent « grandes opérations ».
        On le voit, l'Antoinisme ne diffère guère du Dorisme qui est dérivé de lui. Comme lui il a fait des heureux, dit-on, et sûrement des victimes.
        Kervyn, dans la « Tribune Apologétique », disait : « Pour quelques fanatiques de cette secte, la foi remplace tous les remèdes. Or, consulter un médecin, c'est manquer de foi ; les médecins étaient donc écartés du lit de certains Antoinistes. Cette folie a peut-être entraîné la mort de beaucoup de gens. On nous affirme qu'à Jemeppe, des permis d'inhumation ont dû être refusés en présence de pratiques similaires. »
        Comme Dor, Antoine était pour ses adeptes « le messie du XIX° siècle, venu en mission pour régénérer l'humanité ! » On l'appelait : « Père, Maître, Sauveur, Dieu ».
        Les livres d'Antoine sont, eux aussi, confus, bourrés de mots dont il devait ignorer la valeur : matière, foi, individualité, spiritualité, intelligence, amour, etc...
        Comme son neveu, il répond à toutes choses : « Vous ne voyez que l'effet, il faut remonter à la cause. »
        Ses théories sont assez difficiles à comprendre, l'on s'en doute un peu. Mais ne vous en plaignez pas devant ses disciples, ils vous répondraient : « Vous interprétez trop intellectuellement, c'est-à-dire trop matériellement, notre manière de voir » !...
        Pour autant que l'on puisse saisir quelques points plus clairs, dans le fatras de dogmes, sa morale semble fort peu gênante.
        « Vous êtes libres, agissez comme bon vous semble ; celui qui fait bien trouvera bien ». –  « Le mal n'existe pas » et encore « Bien et mal ne sont que des termes de comparaison ; ni l'un ni l'autre n'existent réellement ».
        Il y a des choses bien amusantes dans les livres saints de l'Antoinisme. D'après eux, Dieu est notre père et le démon notre père qui nous nourrit de son sein et nous est utile !!! D'ailleurs ils nous affirment que par notre progrès nous retrouverons dans le démon le vrai Dieu. D'autre part, Dieu dit : « Si vous voulez faire le mal, je vous aiderai ».
        Curieuse idée d'une divinité !
        N'importe, des foules énormes se pressaient au temple de Jemeppe et aujourd'hui qu'Antoine est désincarné, ses doctrines conservent un grand nombre d'adeptes, en Belgique, à Paris, à Nice et autres lieux.
        Pauvre humanité !

    L'Echo de la Presse, 21 janvier 1917 (source : Belgicapress)


    votre commentaire
  • Au Moniteur - Culte antoiniste (La Wallonie, 14 octobre 1922)(Belgicapress)

    AU MONITEUR

    (13 OCTOBRE 1922)

        CULTE ANTOINISTE. – Les temples affectés au Culte Antoiniste sont reconnus comme établissement d'utilité publique, et les statuts sont approuvés, suivant la loi du 27 juin 1921, sur les associations sans but lucratif et les établissements d'utilité publique.

    La Wallonie, 14 octobre 1922 (source : Belgicapress)


    votre commentaire
  • Au Moniteur - Culte antoiniste (La Libre Belgique, 14 octobre 1922)(Belgicapress)

    Le « culte antoiniste ».

        Le Moniteur de vendredi publie un arrêté royal, contresigné de M. Masson, approuvant les statuts de l'établissement d'utilité publique (!?) dénommé « culte antoiniste ». La demande d'approbation a été introduite par Mme Collon (Jeanne Catherine), veuve de M. Antoine (Louis-Joseph), le fondateur de la secte.
        Le « culte antoiniste » a des temples à Jemeppe-sur-Meuse, la Mecque du nouveau prophète ; à Jupille, à Jumet, à Seraing, à Visé, à Momalle, à Villers-le-Bouillet, à Forest-lez-Bruxelles, à Souvret, à Liége, à Herstal, à Ecaussines d'Enghien, à Montegnée, à Bierset, à Verviers, à Stembert ; en France : à Vichy et à Tours.
        Les temples belges sont évalués à une valeur globale de 508.900 francs, et les biens meubles à 19.900 francs.
        « Infinitus stultorum numerus... »

    La Libre Belgique, 14 octobre 1922 (source : Belgicapress)


    votre commentaire
  • La Médecine pittoresque (Le Républicain de Belfort, 19 février 1927, p.4)CHRONIQUE

     LA MEDECINE PITTORESQUE

    Chez les guérisseurs. – Les bons et les pires. – Du zouave Jacob à l'antoinisme. – Comment on guérit les malades. – La ruse du médecin incompris.

        Le tribunal correctionnel de la Seine a jugé, ces jours-ci, un masseur hindou inculpé d'exercice illégal de la médecine. Ce brave homme qui, soi-disant, rééduquait les muscles, a vu des médecins affirmer, devant les juges, les uns qu'ils lui devaient la guérison impossible, les autres qu'il n'entendait rien à l'anatomie et qu'il confondait les tendons et les nerfs… Cela n'a, peut-être, au surplus, qu'un intérêt assez mince : l'essentiel, c'est que la méthode soit bonne ; or, il paraît qu'elle était infaillible.
        On condamnera notre masseur tout de même, puisqu'il est entendu que, seule, la Faculté a le droit de soulager les malades et même d'aggraver leur état : mais s'il faut s'incliner devant la loi et accepter de bonne grâce ses rigueurs, on peut cependant constater que certains guérisseurs mériteraient mieux que la paille humide des cachots, car leur science est indéniable, comme sont indéniables les résultats qu'ils obtiennent.
        C'est entendu, il en est de mauvais et même de pires – n'est-il pas aussi des médecins redoutables ? – et c'est à cause de cela qu'il faut user de prudence avant de formuler, sur tel ou tel d'entre eux, un jugement définitif. Il en fut comme le père Clerc, ce paysan jurassien qui a son buste en bronze dans son village, ou comme Béziat d'Avignonet, mort l'an dernier, qui ont guéri d'innombrables malades.
        Comment opèrent-ils ? Habileté des doigts chez les rebouteux, influence morale, connaissance profonde des effets des simples : autant d'hommes, autant de manières. Pour les derniers, c'est souvent la foi qui sauve ; seulement, n'inspire pas la foi qui veut.
        Chanter les louanges des guérisseurs serait un rôle bien ingrat et plein d'embuches ; nous n'entendons point le remplir. Il est autrement intéressant de passer en revue les plus pittoresques d'entre eux et de rappeler leurs prouesses.

    *
    *     *

        Leurs pratiques furent de tous les temps. Il y a quelques siècles déjà que leurs ancêtres, les sorciers de village, soignaient les entorses et les foulures avec un signe de croix, cinq pater et cinq ave en disant : « Torture, foulure, va-t-en, tu es guérie ! » et aussi les vers des enfants en leur attachant au cou des billets pliés couverts de signes cabalistiques.
        Les guérissaient-ils ainsi ? Il ne faut point demander l'impossible : n'était-il pas déjà méritoire de soulager les galeux avec des emplâtres d'herbes ?
        Pour se limiter aux choses de notre temps, il est certain que le patron des guérisseurs et le plus célèbre depuis un siècle, fut le zouave Jacob, ancien trombonne de la garde impériale.
        Vers 1867, il s'était installé à Paris où il devint tellement populaire qu'on alla jusqu'à reproduire sa tête en pipe.
        N'a pas qui veut un tel honneur.
        Vêtu d'une robe de moine, les pieds nus dans des sandales, il recevait en foule les malades qui venaient à lui. Après avoir prié et médité, il s'arrêtait soudain devant un homme :
        « Où souffrez-vous ?
        – Au bras !
        – Eh bien ! vous ne souffrez plus ! »
        A une vieille qui se plaignait de douleurs intestines, il secouait le ventre avec violence et la femme criait tout à coup : « Ça va mieux, je suis guérie ! » Et il devait bien en être ainsi, puisque la renommée s'étendait, au point que des rois eux-mêmes consultaient notre militaire. Ce qui ne l'empêchait pas d'être, de temps en temps, poursuivi devant le tribunal auquel il disait avec philosophie : « Persécutez le vieux zouave, vous l'immortalisez ; il vous attend au jugement de Dieu. »

    *
    *     *

        Philippe-le-Guérisseur eut une vogue aussi grande, mais moins durable. C'est lui que le tsar Nicolas II appela à Saint-Pétersbourg pour le consulter sur la santé de l'impératrice et qui en revint comblé de présents. Il y eut aussi Antoine-le-Guérisseur, forgeron de Jemmapes (Belgique) qui fit mieux que de soigner les malades et d'en guérir, puisqu'il fonda « l'antoinisme », religion universelle qui compte encore de très nombreux adeptes et qui possède des temples dans diverses villes... et jusqu'à Monaco.
        – « Comment je procède, répondait ce brave homme à un journaliste qui l'interrogeait. Rien n'est plus simple. Un malade se présente-t-il ? Je lui ordonne de penser au Père (le Père, c'était lui-même). De mon côté, je lui communique ma pensée, puis je m'endors et je lis à livre ouvert dans ses parties souffrantes. Je souffre de sa douleur, je l'accapare, je l'extirpe peu à peu de son corps pour la pulvériser, l'égrener, la disperser au dehors. »
        Il avait fondé un journal, l'Unitif, qu'il dirigeait dans un style incompréhensible, ce qui ne lui aliénait ni les fidèles, ni les souffrants, qui trouvaient auprès de lui la paix de l'âme ou le repos du corps.
        Il y a quelque vingt ans, une brave femme des Batignolles, qui soignait par les simples, eut une heure de célébrité. Elle avait absolument convaincu de sa science un journaliste parisien presque oublié aujourd'hui, Charles Chinobolle, qui lui fit une réclame énorme. L'histoire ne dit pas si elle la méritait.
        Chaque ville a son guérisseur et même, on peut dire qu'à Paris, il n'est pas un quartier qui ne possède son mage. Il en est dont les pouvoirs curatifs – du moins ceux qu'ils se prêtent – sont au moins singuliers. Tel possède une formule magique contre les plaies ; tel chasse le ver solitaire ; l'un « rajuste le crochet de l'estomac » ; un autre fait disparaître la timidité ou procure l'amour de la femme aimée...
        Certains sont des escrocs, d'autres des illuminés, parfois des savants aussi. Un ancien chef de la sûreté, M. Goron, a raconté qu'un jour il avait mandé à son cabinet un guérisseur qu'il se proposait de faire poursuivre pour avoir exercé la médecine sans diplôme.
        – « Mais, répondit l'homme, je suis docteur et voici mes diplômes. Je végétais comme médecin ; comme rebouteux je fais fortune. Gardez-moi le secret de ma supercherie ».
        Rien ne prouve, d'ailleurs, que celui-là guérissait mieux que les autres.
                                                                           Georges ROCHER

    Le Républicain de Belfort, 19 février 1927, p.4


    votre commentaire
  • Antoinisme (La Gazette de Liège, 28 juin 1914)-couv

    Sectes de l'occultisme

        Sous la signature Amiens et le titre : « Antoinisme », la Gazette de Liège publie, en tête de son numéro du 28 juin 1914, un remarquable article que nous croyons devoir reproduire intégralement :

        La preuve la plus palpable que le ridicule ne tue plus, c'est que l'Antoinisme vit encore. La secte, fondée par « Père », continuée par « Mère », exploitée par « Fils », ramasse les laissés pour compte de la médecine, et forme une sorte de Cour des miracles où s'étalent des éclopés de toutes sortes, surtout les éclopés de l'intelligence. On me dit qu'à Paris, capitale de la badauderie universelle, où pullulent toutes les théurgies les plus cocasses, les Antoinistes se recrutent à un échelon supérieur parmi les détraqués qui ont avalé sans succès toutes les cures d'eaux et, en désespoir de cause, échouent au temple antoiniste, pour se reposer dans le nirvâna du gâtisme le plus complet.
        Comme spécimen de déliquescence cérébrale, on nous a inondés ces jours-ci d'une petite feuille intitulée : « Culte Antoiniste », avec un billet jaune d'invitation aux fêtes des 25 et 28 juin, anniversaires de la désincarnation du Père et de sa réincarnation dans je ne sais qui, peut-être Demblon, si ce n'est Lambrichts. Mère, que j'ai baptisée « la Matriarche », il y a un an, fera « au nom du Père plusieurs opérations générales pour la foule des malades et des affligés qui ont foi en Lui (avec majuscule ). »
        Il serait bien intéressant, à cette occasion, d'instituer un bureau des constatations, à l'instar de celui de Lourdes, qui permit d'évaluer exactement le nombre des guérisons obtenues, fut-ce de la plus vulgaire colique, et surtout le chiffre des morts, particulièrement d'enfants, immolés en hécatombes aux mânes du Grand Charlatan.
        La feuille qui accompagne l'invitation est brève de phrases, mais drue d'extravagances béates. C'est toujours la vieille rengaine de l'« amour », qui est toute la religion, toute la croyance. Misérable plagiat de la doctrine catholique stupidement déformée, cet amour, qui hennit sans cesse dans toutes les élucubrations antoinistes, est fait de la plus baroque indifférence, jusqu'à professer « les mêmes égards pour toutes les religions et même pour l'incroyance ». Ces gens sont si débordants d'amour, qu'ils jugent leur religion également honorée par celui qui y voit un bréviaire d'idiotie, et par celui qui y reconnait le code de la plus haute sagesse !
        L'inspiré qui lance ces propos charentonesques dit tantôt que la foi naît de l'amour, et tantôt que l'amour naît de la foi, et il termine son oraison par cette perle : « Nous ne posséderons la vérité que lorsque nous ne prétendrons pas l'avoir ».
        D'ailleurs, tout ce charabia, intraduisible en langue nette, a un sens caché, ésotérique, mais aisément pénétré par les initiés et même par les profanes : « Croyez tout ce que vous voulez, mais aimez, aimez, aimez la boutique de Mère ! »
        Et l'escarcelle de Mère se gonfle des versements des gogos, croyants ou incroyants, chrétiens désaffectés ou libres penseurs en mal de religion.
        L'Antoimisme, mixture du scientisme de M" Eddy, de spiritisme, de mesmérisme et de théosophie, le tout à l'usage des imbéciles, est une poussée de l'instinct religieux, incoercible, mais dévié. C'est là qu'il aboutit en s'affranchissant de la raison. Déshéritées des croyances positives, livrées néanmoins à l'inquiétude religieuse. Saisies du tourment du divin, des âmes simplistes obéissent à une suggestion aveugle, se laissent gagner par la contagion, suivent la foule que la vogue appelle et en arrivent ainsi à une certaine foi irraisonnée qui ne se distingue pas du sentimentalisme religieux.
        Comprenez-vous, lecteurs, le danger qu'il y a, devant ces aberrations, à prôner la foi comme une affaire de sentiment et de suggestion et à décliner en cette matière le contrôle de l'intelligence ? Avec pareille théorie, il faut légitimer toutes les folies de la religiosité et faire la révérence à tous ces dévoyés qui se proclament le plus sincèrement du monde des « inspirés ».
        Les adeptes convaincus de l'Antoinisme sont des bergsoniens sans le savoir. Bergson frappe de discrédit l'intelligence et donne la primauté à l'instinct. C'est dans les nuages de l'intuition instinctive que les Antoinistes peuvent découper à leur gré toutes les silhouettes fantastiques qu'il leur plait de rêver.
        Voilà pourquoi l'Eglise ne permettra jamais qu'on s'attaque à la puissance de la raison ; elle sait trop bien qu'en la démolissant, on supprimerait le sujet auquel la foi s'adresse, et sans la libre adhésion duquel l'acte de foi ne peut exister. Dieu réclame de nous un hommage intelligent. Il a muni ses ambassadeurs auprès de nous de lettres de créance, et nous avons le devoir de les vérifier avant d'accueillir le message de la Révélation.
        La triste aventure du pseudo-converti Paul Lœwengard, retourné au judaïsme après avoir chanté dans un livre fastueux et boursouflé, qui ne nous a jamais plu, « Les Magnificences de l'Eglise », fournit une preuve de plus que le sentiment ne peut fonder les inébranlables convictions de la foi. Le malheureux l'abjure, dit-il, parce qu'il a découvert que saint Paul est antisémite et que l'Eglise s'est séparée du judaïsme sous Constantin ! Pareille défaite trahit le profond égarement d'une pensée qui s'est laissé emporter au gré de l'imagination et que ressaisit facilement l'obscure domination de l'atavisme.
        Il y a aussi beaucoup de braves gens par le monde qui escomptent et prédisent la conversion de M. Barrès, comme l'étape dernière et logique de son itinéraire intellectuel. Ah ! quelle erreur totale ! Et comme « la Grande Pitié des églises de France » devrait les décevoir ! M. Barrès, qui mène en faveur des églises une brillante campagne, ignore, ne soupçonne même pas ce qu'est la foi. Pour lui, croire ou sentir, c'est la même chose, et il en fait la déclaration formelle : « Notre religion, c'est le langage de notre sensibilité ». Pas de dogmes précis, pas de solutions fermes aux problèmes de la destinée ; mais des rêveries, des symboles et des émotions. Avec tout cela, faute de pouvoir étancher sa soif du divin, comme l'observe judicieusement Louis de Mondadon, il vient la tromper dans nos temples.
        N'entendant pas, d'ailleurs, réserver aux églises catholiques un hommage exclusif, il voudrait opérer dans un syncrétisme sans limite la fusion de toutes les charmantes pensées religieuses de tous les temps. Et Barrès se berce de ces mots magiques : sens du divin, enthousiasme, amour, unité, prenant partout un plaisir délicat d'imagination, laissant sa pensée se jouer autour de tous les symboles de la vie religieuse, mais ne se souciant pas du tout de vérité absolue.
        Au fond, et c'est une constatation navrante, Maurice Barrès, en dépit de sa vaste culture, en dépit de son merveilleux talent d'écrivain, ne dépasse pas, sur la question essentielle, la question religieuse, le cerveau d'un vulgaire antoiniste. Lui aussi vide la foi de son facteur intellectuel ; lui non plus ne réclame pas de motifs de crédibilité valables au tribunal de la raison ; lui aussi ne voit dans la religion que sensibilité, et s'il exécute sur l'amour des variations artistiques, il ne possède pas sur son clavier religieux une touche de plus.
        Et tous les pontifes des religions laïques en sont là, les Paul Desjardins, les Paul Sabatier, les deux Reinach et les Tolstoï, et les brûlants adorateurs de Tolstoï : sur la question religieuse, ils donnent congé à la raison, lui refusent audience, et n'accordent voix au chapitre qu'au sentiment, à l'instinct, à l'amour. C'est l'invasion de ces théories parmi les catholiques eux-mêmes qui a produit le modernisme, et c'est le devoir élémentaire des catholiques de dénoncer cette erreur partout où elle apparaît et de lui faire bonne guerre.


    in Revue Internationale des Sociétés secrètes
    Organe de la Ligue Franc-Catholique
    Contre les Sociétés secrètes Maçonniques ou Occultistes et leur Filiales
    Tome VIII, N°2 - 5 août 1914 (index occultistes)

    source : http://iapsop.com/archive/materials/revue_internationale_des_societes_secretes/revue_internationale_des_societes_secretes_v8_n2_aug_5_1914____partie_judeo-occultiste.pdf


    votre commentaire
  • " J'AI CONNU LE PERE "

    Travail d'un adepte en 1913.

    " Mes frères,
       Depuis que je suis antoiniste, je n'ai qu'un but dans ma vie : m'améliorer. Je me suis attachée à cette oeuvre ardue, sincèrement. J'ai demandé au PERE de m'aider dans cette tâche et de me faire connaître mes défauts. Heureusement que le PERE ne m'en fit voir qu'un à la fois, car je dois l'avouer, j'aurais pu être découragée par la grandeur de mon imperfection. Que de fois je me suis dit devant un de mes actes ou une de mes pensées : Tu n'en es encore que là !
       Jadis je me trouvais presque parfaite ; maintenant que je commence à me connaître, je m'aperçois qu'il me faudra lutter toute ma vie contre mon naturel avant d'acquérir aucune vertu.
       Lorsque le PERE se désincarna, j'étais à l'épreuve ; nous ne pûmes aller à l'enterrement et mon mari surtout en eut du chagrin. Quant à moi je regrettais  seulement de ne plus voir matériellement notre PERE mais je le sentais toujours si près de moi que ma peine était légère. Je pensais seulement à l'épreuve de MERE.
      Nous connûmes par l'Unitif le testament du PERE ; et peu à peu je reportai sur MERE le grand amour que j'avais voué au PERE. Alors je fus bien heureuse.
      MERE est constamment présente à ma pensée comme auparavant le PERE et peut-être davantage car depuis un an ma faculté d'aimer s'est agrandie avec ma foi acquise dans les épreuves. J'aime MERE parce qu'elle est et qu'elle représente le PERE. Je l'aime pour son épreuve d'être parmi nous. Ah ! il n'y a que son amour qui pourrait la consoler de n'être pas réunie au PERE. Je l'aime pour l'aide constante qu'elle prodigue à tous sans souci de ses besoins et de son repos."

    source : http://antoinisme-documentation.skynetblogs.be


    votre commentaire
  • Un altro bimbo ucciso (L'Unità, Organo del Partito Comunista Italiano, Sabato 20 marzo 1954)Un altro bimbo ucciso
    dal fanatismo religioso

     Devastata a Tolone la sede dei « Testimoni di Cristo »

        PARIGI. 19. – La sede centrale dei « Testimoni di Cristo » a Tolone è stata messa a sacco e devastata dal un gruppo di cittadini infuriati. Questo nuovo tacco a una sede dei discepoli di George Roux, il « Cristo di Montfavet », che l'opinione pubblica in Francia giudica responsabile della morte di due bambini, è stato provocato dal fatto che i membri della nuova Chiesa universale, nonostante il divieto opposto dal Prefetto, avevano tentato di tenere una riunione-dibattito nella sala del cinema « Eldo ».
        L'opinione pubblica francese è trattanto turbata oggi per la morte di un bambino avvenuta in circostanze per le meno strane, e la cui causa è da ricercarsi, a quanto pare, nel fanatismo .
        Non si tratta stavolta dei « testimoni di Cristo », ma di un'altra setta, finora pochissimo nota, quella degli « antoinisti », sorta in Belgio nell'immediato dopoguerra. Il piccolo Jacques Fortoul, figlio di due impiegati di Lione da poco trasferitisi sulla Costa Azzurra, è deceduto venerdi scorso in un paese presso Nizza, in seguito a breve malattia.
        Le autorità inquirenti fanno colpa ai genitori di aver chiamato troppo tardi il medico al capezzale del figlio, ed anzi sospettano che tra i pregiudizi degli appartenenti alla setta « antoinista », sia da annoverarsi quella che vieta a loro di ricorrere ad un medico in casa di malattia: il decorso di ogni male è lasciata alla benevolenza del cielo.

    L'Unità, Organo del Partito Comunista Italiano, Sabato 20 marzo 1954

     

    Traduction :

    Un autre enfant tué
    par le fanatisme religieux

    Le siège des "Témoins du Christ" détruit à Toulon

        PARIS. 19. – Le siège des "Témoins du Christ" à Toulon a été saccagé et dévasté par un groupe de citoyens enragés. Cette nouvelle attaque contre le siège des disciples de Georges Roux, le "Christ de Montfavet", que l'opinion publique française tient pour responsable de la mort de deux enfants, fait suite au fait que les membres de la nouvelle Église universelle, malgré l'interdiction du préfet, avaient tenté de tenir une réunion-débat dans le hall du cinéma "Eldo".
        L'opinion publique française est également troublée aujourd'hui par la mort d'un enfant dans des circonstances pour le moins étranges, et dont la cause est, semble-t-il, le fanatisme.
        Cette fois, il ne s'agit pas des "témoins du Christ", mais d'une autre secte, jusqu'ici très peu connue, celle des "Antoinistes", qui a surgi en Belgique immédiatement après la guerre. Le petit Jacques Fortoul, fils de deux employés de bureau de Lyon, récemment installé sur la Côte d'Azur, est décédé vendredi dernier dans un village près de Nice, après une courte maladie.
        Les autorités chargées de l'enquête reprochent aux parents d'avoir appelé le médecin trop tard au chevet de leur fils, et soupçonnent même que parmi les préjugés des membres de la secte "antoiniste", il y a celui qui leur interdit de faire appel à un médecin en cas de maladie : le cours de toute maladie est laissé à la bienveillance du Ciel.

    L'Unità, organe du Parti communiste italien, samedi 20 mars 1954

    Un altro bimbo ucciso (L'Unità, Organo del Partito Comunista Italiano, Sabato 20 marzo 1954)

     

        Impossible d’en savoir plus sur ce cas.
    Dans un article du Journal de Genève (23 mars 1954),
    on dit que les parents font partie également des « Témoins du Christ ».

     

    L'étrange secte des ''Témoins du Christ''
    (Journal de Genève, 23 mars 1954)


    votre commentaire
  •  Un Dieu vient de mourir... (Le Monde illustré, 13 juillet 1912, N°2885)

    Un Dieu vient de mourir…

    par ANDRÉ ARNYVELDE

        Un dieu... Vous vous méfiez... L'auguste monosyllabe, de nos jours, est la plupart du temps une façon de parler, une sorte de qualificatif exaltatoire qu'on n'hésite point, quand on a usé tous les adjectifs, à employer pour être sûr qu'on se fera bien comprendre. Tel poète, tel comédien, tel danseur est facilement un dieu... mon dieu ! nous entendons cela tous les jours, dans la conversation courante. On sait bien, on sait généralement qu'au fond il n'y a plus de dieu ; ou tout au moins, s'il y en a, que c'en est un, toujours le même, qui courait déjà dans les versets de la Bible, il y a des cent mille ans.
        Et cependant l'on vous dit ici qu'un dieu vient de mourir, et l'on prétend n'être ni symbolique ni exaltatoire à la dernière puissance. Ce dieu-là était bien, paraît-il un dieu, puisqu'il avait des fervents, des sacerdotes et surtout des temples. Enfin il s'agit du Père Antoine, Antoine-le-Généreux, plus connu sous le nom d'Antoine-le-Guérisseur, mort ces temps-ci dans sa ville sacrée de Jemmepe, en Belgique.
        IL avait d'abord été mineur, puis, illuminé, IL répandit, avec un évangile, des guérisons et des miracles. Des foules vinrent à LUI qui s'en retournèrent, illuminées à leur tour, et conquises à SA foi. Depuis quelques années nul ne pouvait se vanter de l'avoir vu. Il vivait enfermé, servi par deux ou trois fidèles élus, entouré de mystère et de sainte majesté. Mais les miracles se faisaient comme avant. Ecoutez donc. Il y a un peu partout dans le monde des succursales du Culte Antoiniste de Jemmepe. Il me fut donné d'assister à la célébration de ce culte, à Paris, un dimanche dans une maison de la rue Saint-Denis. Rien à la façade de la maison n'indiquait ce qui se passait dedans. La porte cochère franchie, je me trouvai dans une vaste cour où des groupes parlaient bas, gravement. Je gagnai un petit escalier qu'on m'indiqua ; je commençai à le monter, mais bientôt je fus immobilisé derrière une foule qui se pressait sur les marches. Enfin, parvenant à me faufiler, degré à degré, avec beaucoup de peine, entre la rampe ou le mur et les gens qui faisaient la queue, serrés les uns contre les autres, j'atteignis le troisième étage.
        Là, force me fut d'abdiquer tout espoir d'avancer plus ; j'attendis bien sagement sur le palier une éclaircie dans le public compact qui encombrait la première pièce de l'appartement, et qu'on voyait par la porte laissée grande ouverte. J'entendais la voix d'un homme qui lisait des versets comme d'Evangile, dans un immense silence de l'assistance dense.
        Cette lecture m'arrivant trop confusément pour que je pusse prêter attention à ce qu'elle disait, je commençai bientôt à bavarder avec un de mes voisins de palier. Et ce voisin me raconta, quand je l'eus un peu questionné, qu'il était patron coiffeur, établi à Paris ; qu'il avait un enfant, lequel s'était d'abord très mal porté, tuberculeux, presque condamné ; que sur les conseils de personnes qu'il fréquentait et qui étaient Antoinistes, il avait écrit au Père, lisez à Antoine-le-Guérisseur... Et qu'à partir du jour où il pensait que sa lettre était arrivée à destination, son enfant commença visiblement à se mieux porter... Et que maintenant cet enfant était un enfant non seulement tout à fait guéri, sauvé, mais ardent à vivre, joufflu, et faisant l'admiration de tous ceux qui le voyaient, par sa mine, sa santé et sa robustesse.
        Voilà. — Mon interlocuteur avait l'air d'un bon homme, comme vous et moi, aux yeux tranquilles, et point égarés du tout. — « Et tous ceux qui sont ici vous raconteront des miracles pareils, achevait mon patron coiffeur. Personne ne voit le Père. Le Père ne répond jamais aux lettres. On jette sa prière à la poste, et il n'y a plus qu'à attendre. Il n'est pas d'exemple qu'une prière soit demeurée inefficace... »
        Cependant, le lecteur d'Évangile s'était tu. Les assistants commencèrent à se disperser. Ils avaient, en sortant, le visage recueilli comme celui des Chrétiens qui viennent de communier. J'entrai dans la petite pièce. J'abordai le lecteur de tout à l'heure, grand prêtre de cette section du culte Antoiniste. Il répondit très simplement à toutes les questions que je lui posai, et ses yeux brillaient d'une ferveur tranquille. J'étais un peu agacé. Tous les gens qui étaient là et qui nous regardaient ou nous écoutaient avaient de bonnes têtes ordinaires, et, sapristi ! point mystiques pour deux sous. Et cependant ils disaient : Le Père... Le Père... Notre Père... ma parole ! comme si c'était sérieux !
        On me remit des brochures cultuelles, et je les lus dès que je fus rentré chez moi. Je dois avouer que je ne fus pas convaincu. Au demeurant voici quelques principes de l'Evangile Antoiniste, que je vous extrais littéralement de L'UNITIF, bulletin mensuel de l'Antoinisme :

    DIX PRINCIPES RÉVÉLÉS
    en prose
    par
    Antoine le GÉNÉREUX :
    DIEU PARLE :
    PREMIER PRINCIPE
    Si vous m'aimez
    Vous ne l'enseignerez à personne
    Puisque vous savez que je ne réside
    Qu'au sein de l'homme.
    Vous ne pouvez témoigner qu'il n'existe
    Une suprême bonté
    Alors que du prochain vous m'isolez...

    ……………………………………………………………….
    SIXIÈME PRINCIPE
    Quand vous voudrez connaître la cause
    De vos souffrances
    Que vous endurez toujours avec raison,
    Vous la trouverez en l'incompatibilité de
    L'intelligence avec la conscience...

    ……………………………………………………………….
    DIXIÈME PRINCIPE
    Ne pensez pas faire toujours un bien
    Lorsqu'à un frère vous portez assistance :
    Vous pourriez faire le contraire,
    Entraver son progrès.
    Sachez qu'une grande épreuve
    Sera votre récompense,
    Si vous l'humiliez, en lui imposant le respect,
    Quand vous voudrez agir,
    Ne vous appuyez jamais sur la croyance,
    Car elle pourrait vous égarer ;
    Rapportez-vous seulement à votre conscience
    Qui doit vous diriger et ne peut se tromper.

    ……………………………………………………………….
    *
    *  *

        Voici encore un fragment d'une espèce de profession de foi, rédigée par le Père :

        « Étant allé à l'étranger, en Allemagne et en Russie, comme ouvrier métallurgiste, j'avais pu, malgré la maladie d'estomac dont j'étais affligé, économiser un petit pécule qui me permettait de vivre sans travailler. Je compris que je me devais à mes semblables, c'est alors que je ressentis la foi qui m'affranchit de toute crainte au sujet de l'âme, j'étais convaincu que la mort est la vie, le bonheur que j'en éprouvais ne me laissait plus dormir, je m'inspirais ainsi le devoir de me dévouer toujours davantage envers ceux qui souffrent moralement et physiquement et je continue la tâche car leur nombre augmente sans cesse. Je leur raisonnais l'épreuve, sa cause et son efficacité. Sans la foi qui me soutenait, j'aurais été bien souvent embarrassé et tracassé devant la foule de malades qui, nuit et jour, pendant plus de vingt-deux ans, sont venus me demander assistance. Mais ma longue expérience me fit reconnaître que les plaies du corps ne sont que la conséquence des plaies de l'âme. C'est à celle-ci que j'ai donc appliqué le remède ; je n'ai jamais cessé de la raisonner aux malheureux qui se trouvent dans la même situation que celle que j'ai pu traverser et qui se désespèrent... »

        Comme on s'en peut apercevoir, Bossuet écrivait mieux que le Père Antoine...
        Nonobstant, ainsi que le racontait naguère dans un article paru à cette place même, M. Riccioto Canudo, cent soixante mille Belges présentaient en 1910 à la Chambre des Représentants et au Roi une pétition, demandant de « reconnaître comme officiel, le culte nouveau institué par leur Messie : Antoine-le-Guérisseur. »

    *
    *  *

        Cet homme-là, donc, ce Dieu, dont le culte a su, de la Belgique gagner la France et Paris, le Père Antoine, vient de mourir, et ce n'est point, comme on pourrait le croire sa disparition qui diminuera son Eglise. Bien au contraire. Déjà, nous raconta l'autre jour l'Intransigeant, un avis a été affiché sur les murs de son temple :

                 « Frères,
        « Le Conseil d'administration du culte Antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner... Avant de quitter son corps il a tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que la Mère le remplacera dans sa mission... Mère montera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine à dix heures. »
        Peut-on concevoir ce que sera devenu l'Antoinisme dans un siècle, si Mère le sait convenablement entretenir ! Ah ! la folle époque que la nôtre. Naturellement, je ne vous invite point ici à croire à la divinité du Père Antoine. Je fais office d'honnête raconteur, sans plus. Mais vous conviendrez qu'il y a lieu de considérer avec quelque attention le fait que deux ou trois cent mille Européens modernes peuvent s'agenouiller dans un temple et élever le meilleur de leur âme vers un « Notre Père » qui n'est pas le bon Dieu de toute éternité.
        Nous vivons dans une époque sans foi... et cependant il semble bien qu'aucun temps n'ait été plus enclin à adorer que ce temps-ci. Adorer, adorer n'importe qui, n'importe quoi... Ce fut la Raison, la Science, ce fut l'Humanité, l'Individu, ce fut la Cité future... Il nous souvient très bien qu'il y a un an, Mme Annie Besant, théosophe et bouddhiste, étant venue à Paris faire une conférence, philosophique et religieuse dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, fut écoutée religieusement par plus de cinq mille assistants... Adorer, adorer... Ces tout derniers jours, nous adorâmes Nijnski... Qui ou quoi sera-ce, l'hiver qui vient ?... Allons, allons, les dieux, préparez-vous. Vous avez tout l'été pour vous préparer. Il y a une place à prendre, à la « saison » prochaine...

                                                                                    André ARNYVELDE.

    Le Monde illustré, 13 juillet 1912 (N°2885)


    votre commentaire
  • Un Dieu va naître... (Le Monde illustré, 31 août 1912, N°2892)

    Un Dieu va naître…

    par ANDRÉ ARNYVELDE

         Il y a quelques semaines — le lecteur s'en souvient-il ? – à cette même place, et signée du même nom, une chronique parut, intitulée : Un Dieu vient de mourir... Le « dieu », c'était le Père Antoine, de Jemmepe-sur-Meuse, Antoine le Généreux, Antoine le Guérisseur, Dieu belge à qui furent élevés, de son vivant, des temples, et qui compte dans le monde plusieurs centaines de milliers de fervents. Cette chronique valut à son auteur un certain nombre de lettres, qu'il lut avec le plus vif intérêt. La plupart de ses correspondants, s'étant accordés à trouver que le ton général de l'article, quoique teinté légèrement de scepticisme, n'était point ironique, ni démolisseur, se trouvèrent également d'accord pour inviter son rédacteur à se convertir à l'Antoinisme.
        A ces prosélytiques correspondants, il ne pourra être ici répondu, pour ce qui est de la conversion, ni oui tout à fait, ni tout à fait non ; mais seulement que c'est à voir... Quelques documents Antoinistes, joints aux lettres et que nous étudions consciencieusement, sont en train de nous éclairer sur ce grave problème, et de nous permettre d'asseoir honnêtement notre opinion, notre conviction, notre résolution.
        Pour ce qui est du scepticisme que l'on constata généralement au cours de l'article, veuillent les adorateurs d'Antoine admettre qu'il faut, quand on aborde des questions d'une aussi auguste espèce, aller avec beaucoup de circonspection. D'une part, il y a cette sacrée Raison moderne, cette sacrée Raison critique, qui, très avertie, très munie, très prémunie, ne s'enthousiasme pas (comme ça », à la hussarde, ou à la Pauline de « Polyeucte » : Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée !... quels que soient les événements, les phénomènes, les mouvements, fussent-ils de foules, fussent-ils de nations tout entières... D'autre part, il y a que cette Raison même, si exigeante soit-elle, n'a pas toujours les éléments indispensables pour réfuter ou pour nier. C'est pourquoi le scepticisme est pardonnable : il est un peu comme une distraction que prendrait un voyageur, entre deux trains - la Négation ou la Croyance comme une façon de passer le temps entre deux événements importants et qui ne peuvent être précipitamment accomplis.
        Ceci dit, qu'on nous permette de passer à un autre ordre de propos. Un « Dieu » donc venait, il y a quelques semaines, de mourir. Voici qu'un Dieu, d'ici quelques années, va naître. C'est là quelque chose, au demeurant, qui fait compensation, rétablit l'équilibre. Ainsi l'Humanité, quoiqu'elle fasse pour mener ses affaires toute seule, comme une grande personne, n'échappe pas à la tutelle des dieux. Un meurt, un autre naît. Ainsi soit-il... Parlons du Dieu prochain.
        Mais il est matériellement impossible de dire un mot plus avant, si l'on n'ouvre pas une parenthèse explicative. Il sied de se mettre en état d'être compris de tous, de lecteurs même ignorants de l'A B C de la question.

    *
    *  *

        Il existe une Société qui s'appelle la Société Théosophique, et dont le but essentiel est d'épanouir la spiritualité de la Race humaine. Cette Société, qui compte environ 25.000 membres dans le monde, est née en 1875, à New York, des œuvres et des gestes de Mme H.-P. Blavatsky, fille d'un officier supérieur russe. Héléna Petrowna Blavatsky, que les membres de la Société Théosophique appellent pieusement H. P. B., de tempérament agité, complexe et bouillonnant, mena une vie aventureuse, voyagea considérablement, connut, au cours d'une chevauchée en Asie-Mineure, un magicien copte, Paulos Métamon, et se sentit attirée vers le Merveilleux. Au cours de cent aventures, qui n'ont point à faire ici, un jour, à Londres, où elle était dans une grande misère — tous subsides de sa famille épuisés — et pendant le séjour dans la capitale britannique d'une ambassade hindoue, envoyée par le souverain du Népaul à la reine Victoria, elle reçut une communication, par des voies surnaturelles, d'un être appartenant à une catégorie supérieure et mystérieuse d'humanité. Ainsi la Vierge Marie fut, dans les temps lointains, visitée par un ange qui lui annonça sa mission.
        L'être qui se manifestait à H. P. B. était un Mahatma. Les Mahatmas, selon l'enseignement théosophique — qui lui-même s'inspire abondamment des livres sacrés de l'Inde — sont des êtres, assez malaisés à concevoir pour notre intelligence européenne, doués de pouvoirs spirituels, psychiques, voire physiques, infiniment plus étendus, plus magnifiques, que ceux — si magnifiques, et profonds soient-ils —que nous pouvons rencontrer, ou avoir rencontrés, ou avoir supposés même, chez les hommes de notre humanité coutumière. Leur résidence ordinaire est en certaines parties inexplorées du Thibet. Ils assistent de là au spectacle de toutes les agitations humaines, et de temps en temps s'élancent de leur retraite sacrée, par des chemins immatériels, porter lumière ou secours au Monde, ou à l'un d'entre leurs frères inférieurs - les hommes ordinaires, vous, nous — et rétablir d'un coup de barre occulte l'ordre et la marche du vaisseau des politiques ou des passions, universelles, nationales ou individuelles.
        Un de ces êtres, donc, se manifesta à H. P. B. et fut l'incitateur de sa vie nouvelle. Autour d'H. P. B. se multiplièrent les phénomènes psychiques les plus extraordinaires, et son esprit déborda d'illuminations. Elle rencontra en Amérique, en 1874, un homme connu par certains articles spirites parus dans le New-York Sun et le New-York Graphic, et avec lequel sa pensée fraternisa d'enthousiasme. Il s'appelait le colonel Henry Steel Olcott. H. P. B. et le colonel Olcott joignirent leurs idées et leurs efforts ; et au bout d'un certain temps, temps pendant lequel, autour des expériences et des révélations d'H.P.B. se passionnèrent le monde et la Presse — surtout la Presse anglaise — les discutèrent, les combattirent, les assaillirent, les couvrirent de ridicule ou les auréolèrent de Foi, la Société Théosophique fut fondée.
        H. P. B. mourut en 1891, laissant un grand nombre d'écrits, confus mais extrêmement impressionnants. Elle y donnait, noyée dans un océan déchaîné de symboles extraits de toutes les théologies et de toutes les cosmogonies, la clef de la Création des Mondes, de la Nature occulte de l'Univers, de l'Homme, et des Races, de leur évolution dans le temps, y compris leur avenir le plus lointain; elle y expliquait Dieu, elle y expliquait l'Humanité, elle y expliquait les lois des Astres, de la Vie et de la Mort ; elle y expliquait Tout.
        Mme Annie Besant succéda à la présidence de la Société Théosophique à H. P. B. Mme Annie Besant est une femme très haute, une intelligence ruisselante, une oratrice magnifique. Elle a, hors de la Société Théosophique même, de passionnés admirateurs, et entre ceux-là notre illustre Pierre Loti, et d'autres beaux esprits. Mais arrivons au Dieu.
        Vous voici avertis qu'il est une Société Théosophique, que ses chefs prétendent tenir les plus antiques et les plus profonds secrets de la Vie et de l'Univers ; vous n'ignorez plus qu'il est des Mahatmas. La parenthèse peut être fermée.

    *
    *  *

        Les Mahatmas, créatures douées de pouvoirs « supérieurs », ces frères de l'Humanité, ces gardiens de la Destinée, que sont-ils ?
        Ils sont, ou plutôt ils furent des hommes, de simples hommes, parvenus, au long des âges, et par une épuration de plus en plus resplendissante de leur spiritualité, à un degré spirituel et psychique qui leur permet de vivre sur un plan autre que le plan physique. 
        Mais comment sont-ils parvenus à cet état, que l'on peut dire privilégié ?
        Efforçons-nous d'être clair :
        L'homme, tout homme, possède un Moi (les Théosophes l'appellent l'Ego), un Moi, un Ego, spirituel, immortel, éternel. Nous ne sommes de chair et d'os, vous qui me lisez en ce moment, moi, en ce moment, qui vous raconte, qu'une certaine incarnation éphémère de notre Moi éternel, d'entre les innombrables incarnations qu'il a déjà effectuées et qu'il aura à effectuer au long des temps.
        Ce Moi, dès qu'il a commencé de s'éveiller à la conscience, n'a plus qu'un but — qu'il poursuivra à travers des siècles et des siècles -: atteindre sa pleine conscience, la Perfection définitive, qui est le Nirvana hindou, qui est la Réintégration dans l'Absolu, qui est la Conscience de la Réalité de Dieu.
        Il ne peut atteindre à cette Perfection, au Nirvana, qu'en triomphant successivement de toutes les attaches de la matière. C'est au cours des luttes qu'il aura à soutenir contre les attractions matérielles, qu'il prendra de plus en plus conscience de la divinité essentielle de sa nature.
        Ses incarnations dans des individualités corporelles ne sont que le moyen, pour lui, de lutter, et de vaincre, ou de retarder sa victoire... La qualité de ses incarnations successives est subordonnée à la vie qu'il mena dans chaque incarnation précédente. Ayant été noble, haut, héroïque, charitable, juste, bon, dans une incarnation, il se réincarnera dans un individu plus haut, plus hautement prédisposé, dans un corps mieux approprié à la haute vie qu'il va vivre ; ayant été vaincu par les attractions matérielles, le vice, le mal, il s'incarnera dans une individualité basse, vile, mauvaise, et aura d'autant à lutter pour une prochaine incarnation plus haute. Ainsi de suite...
        Ces incarnations, ces combats, ces rechutes, ces victoires exigent pour chaque Moi, pour chaque Ego, des siècles et des siècles de siècles. Un million d'années n'est que bagatelle de durée, dans la chronologie théosophique. On y apprend qu'un Ego, par exemple, s'incarne dans un individu qui vivra, de la vie normale humaine, 70 ou 80 ans. Puis l'Ego restera 800, 900, 1.000 ans dans l'attente d'une nouvelle incarnation. Ce qu'il fera pendant ces siècles de repos, de sommeil, d'attente, l'expliquer nous entraînerait trop loin. La Société Théosophique existe, et le pourra dire à qui se montrera curieux de le voir expliqué. Continuons notre évolution de l'Ego. Le Moi, l'Ego, qui est parvenu, à travers l'immensité des siècles, à se libérer de sa carapace matérielle au point de n'être plus qu'Amour et Spiritualité, devient l'un de ces Mahatmas qui protègent l'Humanité, la secourent, la guident, ou plutôt, aident de leurs pouvoirs supérieurs l'évolution spirituelle de la Race humaine.

    *
    *  *

        C'est ainsi qu'un de ces Egos, d'une spiritualité plus haute encore que celles des Mahatmas, va, paraît-il, s'incarner d'ici vingt ou trente ans dans un homme, digne de le recevoir, et qui, à partir de ce moment, apparaîtra Dieu aux hommes, et dira le Verbe divin.
        Celui en qui l'on croit, en qui l'on suppose que s'incarnera le nouvel Instructeur du monde, est un jeune Hindou nommé Khrisnamurti. Un jour, à la suite d'une conférence que Mme Annie Besant vint faire à la Sorbonne, le Monde Illustré publia le portrait de Khrisnamurti, qui est un adolescent admirablement beau.
        La place nous manque, à présent, pour vous donner sur Khrisnamurti les mille détails qui vous le feraient paraître comme un être véritablement en dehors de l'humanité ordinaire, vivant tout entier dans sa préparation à la Divinité...
        Mais la place nous manque aussi pour entamer le plus passionnant des débats. Dresser, à côté, en face de ce Dieu futur, de cet être très sacré, tout de spiritualité immarscessible, un homme, un simple homme d'homme, de chair, de cœur et de cerveau, avec ses passions, ses rêves, les coups de massue de la vie ; et voir si, vivant, respirant, aimant, souffrant, résistant, renaissant chaque matin, battu, rossé, pétri, fouaillé, et continuant de résister, aimer, respirer et vivre, ce ne serait pas le simple homme d'homme qui serait le vrai Dieu...   

                                                                                    André ARNYVELDE.

    Le Monde illustré, 31 août 1912 (N°2892)


    votre commentaire
  • Le Guérisseur

     Traitement par l'esprit

         « Si l'on ne veut pas périr, il ne faut jamais appeler le médecin, ni prendre de remède. » Ceci n'est pas une boutade de Molière. C'est un des principes d'Antoine le Guérisseur. Et on le commente ainsi : « Il faut croire au Père, la foi en lui vous guérira quand médications et remèdes seront impuissants à assurer votre soulagement. » Ce culte antoniste est détestable et on ne saurait le juger avec trop de sévérité. Ces maximes, sur des cerveaux faibles ou en déséquilibre, ont la plus dangereuse influence. On en connait les résultats et la lamentable histoire de ce chiffonnier qui laissa mourir sa fillette en est une preuve nouvelle. Combien d'autres cas analogues se produisirent, qui équivalent, en somme, à des meurtres ou à des suicides !
        Il conviendrait pourtant de signaler la néfaste influence de ces thaumaturges, de ces sectes mettant en désarroi tant de mentalités en perpétuelle instance de détraquement. Ces traitements par la foi, ces espoirs de guérison par la seule opération de l'esprit du Père Antoine sont signature d'états mentaux très proches de l'aliénation.

         L'antonisme, en prêchant le renoncement, l'acceptation de la douleur comme le plus grand bien, en s'en remettant en toute autre chose à l'intervention du guérisseur, est, par la passivité qu'il impose à l'être humain, par ce fatalisme qui l'énerve, la doctrine la plus dissolvante à une époque où l'homme a déjà trop de tendances à l'aboulisme, à une époque d'âpres luttes où l'homme a besoin de toutes ses forces, de toute sa volonté pour combattre sa vie. Et, d'ailleurs, à quoi bon, ce culte nouveau, qui n'est qu'un reflet pâle et déformé des enseignements du Christ ?
        Sans doute, les antonistes prudents s'en tiennent au proverbe « Aide-toi, le ciel t'aidera » et, s'ils invoquent le Père dans la maladie, ils se montrent avisés en appelant le docteur. Mais les individus simplistes – qui sont le plus grand nombre – se soucient peu du médecin et se contentent de la prière. On connait les résultats d'un tel traitement. Assurément, il ne convient pas de dénier tout pouvoir à la prière, qui n'est que la plus intense expression d'un désir précis, non plus qu'à la foi, qui accomplit parfois d'extraordinaires guérisons. On en a, chaque année, à Lourdes, assez d'exemples certains pour qu'il soit permis d'affirmer leur puissance.
        Il arrive aussi que certains caractères, par leur maîtrise de soi, par un entraînement continu de leur volonté, arrivent à dominer leurs souffrances, à modifier même partiellement quelques états morbides. Il y a là une auto-suggestion assez puissante pour supprimer la douleur dans des cas où, d'ailleurs, une suggestion étrangère, hypnotique ou à l'état de veille, agirait identiquement. Mais c'est une action absolument individuelle n'ayant son plein effet que dans des circonstances déterminées, et il n'est pas besoin d'antonisme pour accomplir ces prétendus miracles, d'ordre très naturel.

          Ce qui est aussi déplorable, c'est la rage de prosélytisme de ces illuminés, c'est leur manie cultuelle. Qu'il s'agisse des scientistes, de certains cercles spirites ou des antonistes, le but poursuivi et les résultats sont les mêmes. Les uns croient agir sur les événements, les autres sur les hommes ; la plupart ont en vue, par des moyens empiriques, la guérison des innombrables maux dont souffre l'humanité. On veut croire – sans pouvoir absolument l'affirmer – que ces fondateurs ou ces rénovateurs sont désintéressés. Leur influence n'en est pas moins néfaste, car il n'est pas indifférent, qu'ils aient et qu'ils mettent les cervelles à l'envers par leurs pratiques mystérieuses et hors du sens commun. On peut, sans doute, leur accorder les circonstances atténuantes quand ils déterminent des pseudo-guérisons ou des améliorations d'états pathologiques fort guérissables tout seuls ou par d'autres moyens. Mais, quand ils cessent d'opérer discrètement et organisent une habile réclame, quand ils peuvent devenir une menace réelle pour la santé publique, – car le plus grand nombre va toujours aux charlatans qui font le plus grand bruit – il convient de mettre en garde contre le danger. Et ce ne sont pas les promoteurs conscients ou non de telles erreurs qui sont les moins coupables.

                                                                               XAVIER PELLETIER

     L'Intransigeant, 10 septembre 1912


    votre commentaire
  •  Fortschritte Der Medizin - V. 30-n°. 45-7 Nov. 1912 (p.1437-Referate und Besprechung)

    Allgemeines.

            Buttersack, Zur Psychologie der Massen.
            Zu den „interessanten Fällen“ gehört zweifellos der soeben verstorbene Heilkünstler  A n t o i n e  l e  g u é r i s s e u r  oder  Antoine le généreux. Der Mann war Arbeiter in einem Walzwerk gewesen und stand kulturell auf einer ziemlich niederen Stufe. Allein er übte auf seine Mitmenschen einen geradezu unheimlichen Zauber aus und vermochte ihnen die unglaublichsten Beschwerden hinwegzusuggerieren. Man konnte von ihm wirklich sagen: er machte die Blinden sehend und die Lahmen gehend. Das Eisen, meinte er, wird im Feuer schmiedbar, und er verglich das heiße Verlangen mit dem Feuer und den Glauben mit dem Schmiedehammer.
            Man schleppte ihn wegen unlauteren Wettbewerbs vors Gericht. Allein da er keinerlei Honorar annahm, mußte er freigesprochen werden. Die Gloriole dieses Prozesses machte einen Heiligen aus ihm. Man baute ihm einen Tempel in Jemmappes, und allerorten scharten sich seine Gläubigen zusammen. Ihre Zahl kam in Belgien jener der Katholiken bedenklich Nun ist er gestorben, und der Antoinisme wird sich allmählich wieder verlaufen. Für den Kulturhistoriker aber bleibt seine Erscheinung gleichwohl interessant. Sie fügt sich der langen Reihe ähnlicher nichtapprobierter Heilkünstler an, welche die Welt mit ihrem Ruhme erfüllten und sogar in Palästen Eingang fanden. Indessen, sie stehen keineswegs unvermittelt und vereinzelt in der Geschichte, stellen vielmehr nur besonders vom Glück emporgehobene Figuren aus dem Milieu der Okkultisten dar. Wenn es in Frankreich dermalen mehr als 10 000 Wahrsager und Wahrsagerinnen gibt, so mag das den aufgeklärten Schichten bedauerlich erscheinen; aber die bloße Tatsache, daß sie existieren und sich immer wieder ergänzen, beweist, wie sehr solche Persönlichkeiten dem Bedürfnis der Menge entsprechen.
            Die sogenannten Gebildeten sind nur eine dünne Schicht auf der Masse der Menschheit, und die wirklich Gebildeten eine noch viel, viel dünnere Oberschicht. Der geistige Horizont ist hier und dort so verschieden, die Standpunkte so gänzlich anders aufgebaut, daß eine Verständigung hinüber und herüber kaum möglich erscheint. Nur ganz gewaltige nationale und kulturelle Wellen machen sich durch die ganze Masse hindurch bemerklich, so die Kreuzzüge, die Religionskämpfe des Mittelalters, die Befreiungskriege von 1813 und 1870/71. Auch die naturwissenschaftlichen Fortschritte der zweiten Hälfte des XIX. Jahrhunderts sind allmählich in die breiten Schichten gedrungen und haben da allerlei Hoffnungen geweckt. Aber weil nicht alle Blütenträume reiften, so erfolgt die Rückkehr zu den dem Milieu angemessenen, weil aus ihm entsprossenen Heilkünstlern. Wundern wir uns deshalb nicht, wenn wir nach und nach Vertreter der Magie, des Mystizismus und Okkultismus in größerer Zahl und mit wachsendem äußerem Erfolg auftauchen sehen. Damit geht nur eine Prophezeiung von Balzac in Erfüllung.
    Im übrigen trifft das Urteil Napoleons I. noch immer zu: „La masse des hommes est faible, mobile parce qu'elle est faible, cherche fortune ou elle peut, fait son bien sans vouloir faire mal d'autrui, et mérite plus de compassion que de haine. *)

              *) Oeuvres littéraires de Napoléon Bonaparte. T. IV. Paris 1888. S. 496 ff. Maximes et Pensées.

    Fortschritte Der Medizin (V. 30-n°. 45), 7 Nov. 1912
    (p.1437-Referate und Besprechung)

     

    Traduction :

     Faits généraux

            Buttersack, Sur la psychologie des masses.

            Parmi les "cas intéressants" figure sans aucun doute le guérisseur Antoine le guérisseur ou Antoine le généreux, récemment décédé. L'homme avait été ouvrier dans un laminoir et était culturellement de niveau assez bas. Lui seul a jeté un sort presque mystérieux à ses semblables, et a pu leur dé-suggérer les maux les plus incroyables. On pourrait vraiment dire de lui : il a fait voir les aveugles et marcher les boiteux. Le fer, pensait-il, devient malléable dans le feu, et il comparait la prière chaude au feu et la foi au marteau de forge.
            Il a été poursuivi en justice pour concurrence déloyale. Le simple fait qu'il n'ait pas accepté d'honoraires, il dût être acquitté. La gloire de ce procès a fait de lui un saint. Un temple a été construit pour lui à Jemmappes [lire Jemeppe], et ses fidèles s’y sont rassemblés venant partout. En Belgique, le nombre de ses fidèles était alarmant par rapport à celui des catholiques. Aujourd'hui, il est mort, et l'antoinisme va progressivement disparaître à nouveau. Pour l'historien de la culture, cependant, son apparition reste intéressante. Il s'ajoute à la longue lignée de guérisseurs similaires non approuvés qui ont rempli le monde de leur renommée et ont même trouvé leur chemin dans les palais. Cependant, elles ne sont en aucun cas soudaines et isolées dans l'histoire, mais représentent plutôt des figures, particulièrement chanceuses, du milieu des occultistes. Le fait qu'il y ait plus de 10 000 diseuses de bonne aventure en France peut paraître regrettable aux yeux des classes éclairées, mais le simple fait qu'elles existent et se renouvellent prouve combien ces personnalités répondent aux besoins des masses.
            Les personnes dites instruites ne représentent qu'une mince couche de la masse de l'humanité, et les personnes réellement instruites sont une classe supérieure bien plus mince encore. L'horizon spirituel est si divers ici et là, les points de vue si complètement différents qu'une compréhension mutuelle semble difficilement possible. Seules des vagues nationales et culturelles assez énormes se font sentir à travers les masses, comme les Croisades, les batailles religieuses du Moyen-Âge, les guerres de libération de 1813 et 1870/71. Le progrès scientifique de la seconde moitié du XIXe siècle a également progressivement pénétré les larges couches de la société et suscité toutes sortes d'espoirs. Cependant, comme tous les rêves d'épanouissement n'ont pas mûri, le retour aux artistes guérisseurs appropriés à un certain milieu a été garanti, car de là ont germé des guérisseurs. Ne soyons donc pas surpris de voir les représentants de la magie, du mysticisme et de l'occultisme apparaître en plus grand nombre et avec un succès extérieur croissant. Une seule des prophéties de Balzac s'est ainsi bien réalisée. D'ailleurs, l'avis de Napoléon Ier est toujours vrai : "La masse des hommes est faible, mobile parce qu'elle est faible, cherche fortune ou elle peut, fait son bien sans vouloir faire mal d'autrui, et mérite plus de compassion que de haine."*)

             *) Œuvres littéraires de Napoléon Bonaparte. T. IV. Paris 1888. P. 496 et suivantes. Maximes et Pensées.

    Les progrès de la médecine (V. 30-n°. 45), 7 Nov. 1912
    (p.1437-Lectures et débats)


    votre commentaire
  • La robe révélée (Le Midi socialiste, 9 novembre 1913)

    La Robe révélée !

        Allons-nous avoir une polémique entre antoinistes ?
        Peut-être bien.
        Nous avons l'autre jour donné écho aux lamentations d'un correspondant occasionnel qui trouvait que ça se gâtait déjà chez les disciples du Père.
        En voici un autre qui nous écrit pour contester les dires du premier. Et à preuve, il cite les manifestations triomphales de l'antoinisme ces derniers temps : inauguration d'une salle à Spa, le 7 septembre, route Torrent ; consécration du temple de Souvret, le 21 septembre, avec le concours de la bonne Mère ; consécration du temple de Paris, le 27 octobre, toujours avec la bonne Mère.
        Notre premier correspondant affirmait que plus le culte antoiniste s'étendrait, plus l'anarchie l'envahirait puisqu'il n'admet ni discipline ni organisation intérieures.
        C'est une erreur à ce qu'il parait. Le culte antoiniste est parfaitement organisé. Il a un conseil d'administration « qui gère les affaires matérielles ».
        Quant à la question de la robe (entendez par là, l'espèce de redingote qu'endossent les antoinistes), « oui, le Père a dit qu'elle maintenait les frères et sœurs dans le bon fluide, confirme le contradicteur, mais il en est de même pour ceux qui ne la portent pas et qui pratiquent l'enseignement du Père ».
        Et il ajoute : « La barque ne va pas à la dérive, car la robe a été révélée par le Père, uniquement pour consacrer l'unité de l'ensemble. »
        Si la robe a, en effet, été révélée, on aurait tort d'insister sur cette histoire de barque !

    Le Midi socialiste, 9 novembre 1913


    votre commentaire
  • Un fonctionnaire antoiniste (Paris-midi, 25 juillet 1912)        UN FONCTIONNAIRE ANTOINISTE

        Un ancien président du conseil municipal, avec qui nous causions hier de ces antoinistes qui laissèrent mourir, faute de soins, un de leurs enfants malade, nous déclara avoir connu un haut fonctionnaire de la Ville, qui devait appartenir à cette secte.
        Un jour, en effet, que l'assemblée discutait des mesures les plus propres à enrayer une grave épidémie qui désolait la capitale, un des conseillers s'adressa à l'ingénieur en chef de la salubrité et lui demanda quel était son avis.
        Et le haut fonctionnaire de faire cette réponse inattendue :
        – Messieurs, toutes les mesures de prophylaxie que nous pourrons prendre ne seront que des palliatifs insuffisants. Car, si vous voulez connaître mon sentiment intime, les épidémies sont des manifestations du courroux céleste. Contre le microbe, il n'y a rien à faire, parce qu'il vient de Dieu...
        Il doit y avoir de nombreux fonctionnaires antoinistes...

    Paris-midi, 25 juillet 1912


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique