• Spiritisme et Antoinisme (La Croix 23 janvier 1912)

                   FEUILLETON DU 23 JANVIER 1912

    Spiritisme et « Antoinisme »

        « Le spiritisme, voilà l'ennemi », disait en 1901 le docteur Surbled, dans ses Notes critiques sur le spiritisme. Il concluait ainsi la réfutation d'une thèse qui venait d'être émise par le R. P. Lescœur, dans La Science et les faits surnaturels. Partant de ce principe que « les faits spirites sont démoniaques », il prétendait voir dans cette doctrine « un témoignage nouveau et précieux en faveur du surnaturel » et « la base d'une apologétique nouvelle ». Le spiritisme, on le sait, est un système qui a pour but « de nous mettre en rapport avec l'autre monde, d'établir un commerce entre nos esprits et les esprits désincarnés » de nos défunts. S'il est vrai, ne prouverait-il pas l'existence de l'au-delà ?
        D'abord, on oublie, ou plutôt on se persuade difficilement que, malgré toutes les prétentions et tous les désirs, ce problème angoissant ne peut pratiquement s'environner ici-bas de clartés essentiellement nouvelles. Et cependant, c'est l'Evangile qui nous le dit. Ne fut-il pas refusé au mauvais riche enseveli dans les flammes de d'enfer d'aller vers ses frères pour témoigner de l'existence d'une vengeance éternelle ? « S'ils n'ont pas écouté Moïse et les prophètes, ils ne croiront pas plus au témoignage d'un ressuscité », lui fut-il répondu. (Luc, xvi, 31.)
        Si le spiritisme est vrai, disions-nous. Probablement, il ne l'est pas. Pour le Dr Surbled, les faits spirites ne sont pas prouvés. La plupart d'entre eux sont supercherie, et devant ceux qui pourraient avoir quelque apparence de vérité, « il ne faut pas conclure trop vite au surnaturel ». Ils ne répugnent pas absolument à toute explication naturelle et la science n'a pas dit son dernier mot. Comment s'en assurer ? « Les spirites sont toujours dans la coulisse. »
        Ces affirmations ne constituent point un paradoxe. C'est la pensée de la Revue Thomiste, de M. Fonsegrive, du R. P. de la Barre, et les Etudes du 20 février 1898, louant justement cette attitude de l'auteur, remarquent très judicieusement que « ce sont deux excès également funestes à la science que de voir partout l'action sensible du diable ou l'intervention extraordinaire de Dieu et de ne les apercevoir nulle part ». Ne serait-il pas plus vrai de dire que « le diable ne se trouve pas dans les tours », mais « dans la doctrine » qu'il répand toujours, on en conviendra, par l'intermédiaire de médiums, sujets « d'une organisation faible et sensible », et « dans les infâmes et ténébreuses menées des spirites » qui les croient par principe en communication avec lui. En voici une preuve.
        Si un jour vous voyagez en Belgique, aux environs de Liége, peut-être rencontrerez-vous un de ces commis qui se dira très honoré de vous faire connaitre un certain Louis Antoine, une célébrité déjà et qui mérite d'être plus connue. Quoi d'étonnant ? « Il prétend avoir découvert le remède à tous les maux du corps et de l'âme. » Mais vous ne vous y tromperez pas, et vous ne serez pas étonné en apprenant que M. Antoine fut un adepte du spiritisme. Le métier de guérisseur est aussi vieux que le monde. Les faits répandus par cette secte, l'évocation des morts, l'engouement populaire pour des panacées de toutes sortes était et est encore en pleine vogue au sein des nations païennes. Mais depuis l'origine, à quel chiffre s'élève le nombre des soi-disant « miraculés » ? Tout en esquissant un geste de défiance, satisfaisons un peu une légitime curiosité, car un travail paru récemment dans la Tribune apologétique (1911, nos 35, 36, 37, 38) nous permet de voir l'original à l'œuvre.
        Rien de saillant ne caractérisa la jeunesse d'Antoine. Cependant, remarque d'une certaine importance quand il s'agit d'un extravagant, il fut accablé d'une maladie d'estomac après son mariage, et jusqu'à quarante-deux ans il resta un catholique pieux qui « aimait à se recueillir profondément et à élever son cœur vers Dieu ». Après la mort de son fils unique, âgé de vingt ans, M. Antoine apprit « que le spiritisme fournissait aux vivants le moyen de converser avec les morts ». Une telle perspective ne manquait pas de charme. Il fréquente donc les séances et, en effet, il entend la voix du cher disparu lui apprendre « qu'il était devenu pharmacien à Paris ». M. Antoine connaissait le premier dogme du spiritisme : la réincarnation des esprits. Cette révélation l'orienta dans une voie nouvelle.
        Ainsi, nous trouvons bientôt M. Antoine à la tête des « Vignerons du Seigneur ». Déjà « il édite un catéchisme spirite ». Sa maison devient un centre où, « à 10 heures du matin ou à 15 heures de l'après-midi », il évoque les âmes des morts « errantes autour de nous » et peuplant l'atmosphère. Certes, M. Antoine et les médiums formés par lui n'étaient pas des évocateurs de dernier ordre. Ainsi, par leur intermédiaire, on put converser avec Mgr Doutreloux, évêque de Liége, et avec le Pape Léon XIII qui, dit-on, « parlait un français négligé avec un fort accent wallon ».
        Le fils de M. Antoine, devenu pharmacien à Paris, s'était-il, durant sa vie errante, concilié les esprits de médecins célèbres, en faveur de son père ? Cela est très possible. Nous voyons en effet celui-ci en relation avec « un certain docteur Carita qui lui aussi faisait ses ordonnances en wallon », et bientôt instruit de « tous les secrets de la médecine », il publie dans son prospectus répandu jusque dans les villes d'eau comme Vichy, Nice, Monaco, qu'on trouve chez lui « le soulagement de toutes les maladies, afflictions morales ou physiques ».
        Mais, semble-t-il, un travail secret se produisit dans le cerveau de M. Antoine. « Il se persuade un jour qu'il pouvait se substituer au docteur Carita, émettre des prescriptions, formuler des conseils d'hygiène combinés avec des recommandations morales. Les femmes du peuple ne purent renoncer à expérimenter ses remèdes sur leurs enfants ; et il ne fallut rien moins que sa vie retirée, charitable, son régime de végétarien nécessité par sa maladie d'estomac pour lui créer une réputation de saint. Voyant son autorité grandir aussi rapidement, « le guérisseur crut pouvoir dorénavant se passer de l'aide des esprits. Peut-être connaissait-il mieux que ses « frères et sœurs en humanité » la valeur du docteur Carita et des autres messieurs qui, à son appel, surgissaient de dessous les guéridons et rendaient des oracles ». M. Antoine se sépare donc du spiritisme classique qui fulmine sur lui l'excommunication. « Vers 1906, il ébaucha « le nouveau spiritualisme », qui remplace les esprits par les fluides. » A l'exemple d'Allan Kardec, dont il connaissait la vie et les doctrines, il se sentit l'audace de fonder aussi une école, en se proposant « de guérir les corps et d'endoctriner les intelligences par ses propres moyens ». Etait-il sincère ? Pourquoi pas ? au moins au point de vue des motifs qui l'éloignaient du spiritisme. Pourquoi prendre la peine d'invoquer les esprits pour tromper, puisque des forces de la nature jadis inconnues peuvent rendre raison des faits merveilleux qu'il produit. S'il en avait l'occasion peut-être M. Antoine, à titre de confidence, donnera-t-il raison au docteur Surbled.
        Notre guérisseur possédait-il cette force ? Qu'importe. Il n'avait plus à douter de la crédulité populaire. Tout lui était permis. « L'Antoinisme se dessinait : » Son auteur pouvait désormais se ménager et simplifier son moyen d'action. C'est ce qu'il fit. Se souvenant que, d'après le sentiment populaire, « un médecin est un homme qui ordonne des bouteilles », il répand la liqueur Coune découverte chez un pharmacien. La justice le condamna « pour exercice illégal de la médecine ». C'en était assez pour que le peuple, soupçonnant la jalousie « des docteurs diplômés », se rapprochât d'Antoine qui remplace cette liqueur par des bouteilles d'eau magnétisée et dosée « d'après les dispositions du patient ». Il fallut bientôt tout un personnel pour aller puiser de l'eau et se relayer. C'était trop de peine que d'avoir à faire sortir de son être, au moyen de contorsions et devant chaque bouteille, les effluves du fluide générateur. De petits morceaux de papier sont magnétisés à l'avance, il suffit de les plonger dans un verre d'eau. « Mais la médication de M. Antoine se spiritualise de plus en plus. Il élabore une vague théorie de la foi et des fluides. » « Tout guérisseur quelque peu expérimenté sent la foi du malade et peut lui dire : « Vous êtes guéri. » Il coupe littéralement le fluide qui le terrassait, c'est-à-dire son imagination ; il ne va pas directement au mal, mais à la cause. »
        La clientèle du guérisseur se développe, car il est obligé « d'imposer les mains à plus de cinquante personnes par heure ». Sa générosité lui élève un vrai temple. C'est là que chaque dimanche le « bon Père », après s'être recueilli dans la prière, apparaît au milieu d'une tribune. En se composant « une tête hiératique » et « un air inspiré », il étend les bras, remue les doigts pour répandre sur la foule des fidèles « tout le fluide qu'il a emmagasiné par sa prière ». Ceux qui ont la foi sont guéris. Telle est la dernière phase des évolutions d'Antoine le Guérisseur. A vrai dire, M. Antoine n'a jamais réussi qu'à relever le courage des malades et souvent à les condamner à une mort prématurée en remplaçant le médecin par la foi en sa personne. M. Antoine s'efforça inutilement de ressusciter un mort. Un fait également certain, c'est que les brochures antoinistes ne mentionnent aucun cas de guérison.
        M. Antoine aime à se croire « le Messie du XXe siècle, venu en mission pour régénérer l'humanité ». Aussi, pour faire des progrès, faut-il ne pas douter de lui et recevoir les révélations pleines d'incohérences et de blasphèmes qu'il « confectionne » en son nom propre. Ce n'est pas Dieu qui est créateur, mais Adam. Parcelles de Dieu, nous ne lui devons aucun culte. Mais nos adorations doivent aller au démon, notre « mère », « le mauvais génie cause de tous les maux, parce qu'il abrège nos souffrances ». On ne s'étonnera pas alors de sa morale qui n'accepte aucune loi divine, ni l'existence du mal, celui-ci n'étant « qu'un aspect de l'évolution des êtres », selon leur nature, et une condition de progrès.
        En voilà assez pour juger M. Antoine. Il n'a pas de morale. Oui, « le diable n'est pas dans les tours, il est dans la doctrine ». Et, pour s'être séparé des esprits, notre prophète ne subit pas moins l'influence du démon. Elle n'est pas étrange cette influence de Satan sur la pensée des hommes. Elle est du ressort de sa puissance naturelle. C'est ce qu'a heureusement montré M. Irmin Sylvan dans son livre paru récemment Le Monde des esprits (1), où, « dans un style consciencieux et clair, il s'est donné pour mission de faire connaître au grand public les hôtes de l'invisible ». Nous aurions aimé y rencontrer une étude rapide de l'âme séparée ; elle eût été très utile pour la lecture de la seconde partie du livre consacrée à un examen de l'hypnotisme et du spiritisme d'après les meilleurs documents. Quoi qu'il en soit, nous nous faisons un devoir de recommander cette lecture à tous ceux qu'intéressent les questions d'occultisme.
        M. Antoine est un prophète ; plusieurs fois, il a annoncé le jour de sa mort, mais il était toujours vivant le lendemain. Cependant, il décline et songe sérieusement à transmettre ses pouvoirs à des sujets aptes à manier les fluides. Désormais, « il va s'appeler Antoine le Généreux ». Ses successeurs auront-ils son succès ? On peut en douter, car ils n'ont point connu le spiritisme. Si M. Antoine était de bonne foi, seront-ils de même ? S'il était un mystificateur, comme lui, iront-ils jusqu'au bout ? Nous pouvons toujours affirmer qu'au terme de la mission d'Antoine le Guérisseur, l'humanité n'est point encore régénérée, que rien n'est changé en elle. Aussi souhaiterions-nous pour son bien, qu'à la veille de mourir M. Antoine, devenu le Généreux, suive l'exemple de l'illustre Home et déclare qu'il n'a été toute sa vie qu'un « vulgaire charlatan ».

                                                                                           C. GIRY.

    (1) Le Monde des esprits, par IRMIN SYLVAN. H. Daragon, éditeur, 1 vol. in-18 de 309 pages, 3 fr. 50.

    La Croix, 23 janvier 1912

     

        Voici le lien pour accéder au livre Le monde des esprits : pneumatologie traditionnelle et scientifique, par Irmin Sylvan, Éditions H. Daragon (Paris), 1911. En le parcourant rapidement, on comprendra vite que l’auteur entend les thèses d’Allan Kardec, qui y est rebaptisé Léon-Hippolyte-Denizard Rinail (sic.), uniquement que comme un succédané de la réforme protestante et, donc, en cela déjà condamnable par principe (cf. les livres de René Guenon sur le sujet L'Erreur spirite et le Théosophisme, de Lucien Roure, ou encore l’article de Jean Revel dans le même journal qui conclut : « Par la voie du protestantisme, nous sommes amenés au satanisme. Et c'est ce qu'on nous appelle... le nouveau spiritualisme ? »).


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  • Chronique de la Semaine (Le Grand écho du Nord de la France 30 juin 1912)

      Chronique
                   de la Semaine

        Il n'y a plus de « prophètes ». Le dernier vient de succomber ou, comme disent ses disciples, de se « désincarner », car vous pensez bien qu'un prophète ne peut mourir tout simplement comme vous et moi. Le « désincarné » se nommait Antoine prosaïquement, mais ses fidèles l'appelaient « le Père ». Entendez bien qu'ils ne disaient pas le « Père Antoine », ce qui eût évoqué un mauvais calembour et eût nui au prestige du Prophète, mais « le Père » tout court. Cela vous a une tout autre allure.
        « Le Père » avait commencé modestement par être employé d'usine, puis encaisseur ; il s'était ensuite occupé d'assurance et ne s'était établi prophète, fondateur de religion, thaumaturge et guérisseur que sur le tard. Mieux vaut tard que jamais, n'est-ce pas ? Antoine avait mieux réussi comme prophète que comme employé. Il avait fondé le culte antoiniste, réuni des milliers d'adhérents – une pétition présentée au Gouvernement belge pour que la religion nouvelle fût reconnue par l'Etat, recueillit, paraît-il, cent mille signatures, – et bâti un temple à Jemmapes. C'est dans ce temple qu'il a été « désincarné » par une attaque d'apoplexie, non sans avoir eu le temps de léguer sa succession à sa femme : « la Mère », qui, annonce un avis officiel, continuera sa mission. « Mère montera à la tribune pour les opérations générales, les quatre premiers jours de la semaine, à dix heures ».
        Cette phrase évoque invinciblement le souvenir de l'épitaphe fameuse : « Sa veuve inconsolable continue son commerce, à la même adresse, rue... », dont on se gaussa jadis.

    *
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        Il y eut de tous temps des thaumaturges, et Antoine ne terminera pas la série ; d'autres viendront qui connaîtront comme lui les succès, la gloire. Mais Antoine nous intéresse spécialement parce que son « temple » était voisin de notre région et que le « Culte antoiniste » avait des adeptes chez nous.
        Récemment, aux environs de Caudry, on mena grand bruit autour d'une fillette impotente qui s'était bien trouvée, paraît-il, d'un voyage à Jemmapes. On allait la voir de tous côtés et elle contait volontiers son histoire aux visiteurs. Antoine y gagna assurément quelques adhérents dans notre région. On allait d'ailleurs en foules nombreuses à Jemmapes. Notre époque se targue volontiers de scepticisme, voire d'incrédulité ; ce n'est qu'une apparence. Au fond, les hommes sont restés, en 1912, ce qu'ils étaient il y a des siècles et des siècles. Ils le sont restés moralement et physiquement. Ne vient-on pas de nous révéler, d'après de très sérieuses constatations scientifiques et médicales que « les hommes des cavernes », ces ancêtres très éloignés, étaient arthritiques ? Que des Egyptiennes momifiées portaient des stigmates très nets d'appendicite ? Voire que la neurasthénie sévissait à l'âge de pierre ? – déjà ! Les lésions tuberculeuses ne sont point rares sur des cadavres vieux de milliers et de milliers d'années. Toutes les maladies que nous avons coutume d'attribuer à notre époque, d'imputer à notre civilisation avancée, tourmentaient déjà nos sauvages aïeux. La caverne creusée dans le roc, la vie en plein air, purement animale presque, ne les en défendaient pas.

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        Et quand la « Mère » montera, les quatre premiers jours de la semaine à la tribune, pour les opérations générales, ne croyez-vous pas qu'elle aura un petit air de ces pythonisses antiques, dont la tribune était un trépied ? On les soupçonne d'avoir connu maints secrets scientifiques que nous avons redécouverts : peut-être, par exemple, l'électricité leur était-elle familière, comme à nous. Certaines descriptions, données par les auteurs grecs, permettraient, du moins, de le supposer, sans faire la part trop large à l'imagination. Que savons-nous, d'ailleurs, de la vie antique ? Fort peu de choses. Il n'est venu jusqu'à nous qu'un nombre minime d'écrits, de rares manuscrits. Les arts – si parfaits que nous les admirons encore, sans pouvoir toujours les égaler – des civilisations disparues ne s'accommodaient point, assurément, d'une culture générale médiocre. Et pourquoi serait-il déraisonnable de supposer que, scientifiquement, les contemporains de ces artistes ne leur étaient point inférieurs ?
        Ce sont là des problèmes sur lesquels notre amour-propre n'aime guère méditer. Il nous plaît de nous croire supérieurs à ceux qui vécurent avant nous. Nous avons inventé le Progrès pour nous persuader plus facilement de cette supériorité dont nous nous enorgueillissons. Et nous allons répétant sans cesse : « l'Humanité marche ». Est-ce bien certain ? Peut-être tourne-t-elle simplement comme les vieux chevaux des manèges paysans. Chaque génération nouvelle condamne ce que la précédente avait érigé en dogme, et réhabilite ce qu'elle avait condamné. Ne lisais-je pas, l'autre jour, que d'éminents médecins n'étaient pas éloignés d'en revenir à la théorie des humeurs, dont Molière se moqua si fort en caricaturant les Diafoirus de son temps !
        Alors ?... Après tout, la vie est si courte que, peut-être, vaut-il mieux laisser aux hommes leurs illusions. Les moins intelligents d'aujourd'hui se croient de bonne foi, très supérieurs aux plus éminents d'autrefois. Pourquoi, diable essayer de les détromper ? Y réussirait-on, au surplus ?

    Le Grand écho du Nord de la France, 30 juin 1912


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  •       CHEZ LES MYSTIQUES

                 Une visite
    au berceau de l'Antoinisme

        Au moment où les regrettables incidents dont fut victime le curé de Bombon attirent de nouveau l'attention sur les petites religions qui vivent à côté des grandes, peut-être est-il curieux de s'initier à d'autres sectes organisées, en un temps de plus en plus propice au miracle mystique. Parmi les plus suggestives pour le psychologue se trouve la secte antoiniste, d'abord à cause de l'humilité de ses origines : Antoine, ouvrier mineur, n'avait qu'une instruction rudimentaire, et sa femme ne sait ni lire ni écrire ; à cause aussi de son développement insolite et de la prétention d'un certain nombre de ses membres à faire reconnaitre l'antoinisme à l'instar d'un culte officiel par le gouvernement belge.
        Aussi, me trouvant à Liège ces jours passés, une naturelle curiosité m'a incité à un court déplacement pour aller à Jemeppe-sur-Meuse, berceau de l'antoinisme, retrouver les traces de la prédication d'Antoine le guérisseur, et assister à la cérémonie qu'accomplit en personne, les trois premiers jours de la semaine, la mère, dépositaire des rites et du pouvoir du père, depuis que ce dernier a quitté notre terrestre séjour, tout en conservant d'ailleurs pour ses fidèles la direction spirituelle de son culte. Je ne puis en cet aperçu rapide que noter aussi la progression rapide desdits pouvoirs spirituels : d'Antoine le guérisseur à Antoine le saint, puis le prophète, messager d'une révélation définitive, l'ascension s'est faite normalement, par l'enthousiasme progressif et organisé des premiers disciples.
        Intéressante à étudier serait encore l'évolution intellectuelle, si l'on peut dire, d'Antoine, d'abord féru d'hypnotisme et de spiritisme, dont il exploitera tout d'abord la soi-disant mystérieuse puissance, pour renier plus tard ces mêmes croyances, le jour où il a découvert et organisé en doctrine sa théorie des fluides, dont l'influence bienfaisante ou malfaisante réside au même titre dans les objets de la nature comme dans nos actes personnels. De ces fluides, Antoine a reconnu la merveilleuse puissance ; il s'est, en autre, reconnu le pouvoir de la capter pour la répandre généreusement et gratuitement sur les infortunés, de plus en plus nombreux, qui lui demandaient aide, et que longtemps, affirme-t-il, il reçut et soigna individuellement. Leur nombre s'accroissant chaque jour avec sa propre renommée, il s'avisa que le fluide, étant immatériel et d'ailleurs d'essence divine, ne pouvait épuiser sa force en se prodiguant en même temps à des collectivités. Il suffisait que les croyants s'assemblassent à la même heure, dans un même lieu consacré. De là, l'idée du premier temple antoiniste, édifié à Jemeppe, et bientôt suivi de beaucoup d'autres : leur nombre en Belgique et en France atteint, m'a-t-on dit, la trentaine. Dès ce moment aussi naquit le rite qu'Antoine avait fixé, et dont les antoinistes observent scrupuleusement le cérémonial.
        Pendant que je me hâte moi-même vers le temple antoiniste, car l'opération est à dix heures précises, et le fluide transmis par le père ne peut attendre, je coudoie une foule hétéroclite qui se presse en remontant la grand'rue du petit village minier : ménagères portant leur panier au bras ou traînant après elles leur marmaille : antoinistes hommes et femmes, reconnaissables au costume bizarre qu'ils arborent et qui, paraît-il, fut adopté par le père ; les hommes vêtus d'une lévite noire, le chef recouvert d'un tuyau de poêle étrange, fortement évasé par le haut ; les femmes, vouées au noir elles aussi, manteau noir, petit bonnet à ruches de même couleur, d'où tombe parfois un grand voile qui leur donne l'apparence de religieuses d'un tiers-ordre, à moins que ce ne soit d'une troupe éplorée de veuves !
        Dans le temple nu, sur les murs duquel sont placés de nombreux rappels au silence, la même symphonie de deuil se perpétue : une longue tenture de cette couleur pend de la tribune où tout à l'heure apparaîtra la mère : une figure symbolique y est brodée en fils d'argent : c'est l'arbre de la science de la vue du mal (!) avec de nombreuses ramifications s'échappant du tronc.
        Un silence lourd d'attente, et comme angoissé du miracle qui se prépare, et que, mue comme par un ressort, annonce l'une des veuves qui s'est levée au premier banc : « L'opération va se faire ; ranimez votre foi ; ceux qui auront la foi seront guéris. »
        A peine s'est-elle rassise que, par une porte basse masquée dans la muraille et de plain-pied avec la tribune surélevée, la mère elle-même a fait son apparition : figure osseuse de paysanne matoise et obstinée, le front barré d'une ride volontaire, encore très alerte malgré ses 74 ans bien sonnés ; elle s'est mise en prières, les yeux levés vers le ciel, ses mains noueuses repliées l'une sur l'autre massivement. Que marmonne-t-elle entre ses dents ? Seuls les initiés pourraient y reconnaitre un appel au père, sous l'invocation duquel toute la cérémonie est pratiquée. Un seul mot m'en parvient à peu près distinctement : Miséricorde ! Il annonce que le moment est venu de lancer l'influx libérateur, qu'attendent à la même minute, je pourrais dire à la même seconde, car le fluide ne connait pas les misérables obligations de nos lois physiques, les antoinistes croyants, réunis dans leurs temples. Le visage maintenant crispé et douloureux, les mains noueuses ramenées vers le corps et rejetées en avant par un mouvement contraire, il semble que l'opératrice veuille, en ce geste symbolique, attirer sur elle toute la misère du monde et insuffler à l'assistance la force primordiale capable d'assurer de triomphe sur le mal, physique ou moral, cet éternel ennemi de l'humanité douloureuse. « Ranimez votre foi ! » Les antoinistes courbent la tête pour mieux recevoir l'influx libérateur. Quand ils la relèvent, la vieille femme a disparu comme par enchantement par la même porte dérobée et l'assistance a déjà commencé sur un ton de mélopée les dix principes du père, ou plutôt la révélation des dix principes de Dieu par le père. Dieu parle ! annonce l'opuscule que j'ai acheté et qui les contient, et, sans, vouloir accuser Antoine de blasphémer, disons seulement que le dieu qu'il fait parler n'a rien de la majesté redoutable de Jéhovah dictant à Moïse les dix commandements parmi les éclats de tonnerre et des épouvantements du mont Sinaï.
        Le dieu qui parle ici est un dieu familier créé à l'image de celui qui l'interprète et qui lui prête son langage quelque peu obscur, parfois même incorrect. Ce dieu qui s'exprime par la bouche du père prêche à coup sûr une morale utile à tous les hommes, puisqu'il recommande la charité, y compris la gratuité de tous les services divins et humains, qu'il insiste sur la tolérance, blâme tout prosélytisme de paroles, et insinue fort justement qu'il est bon de nous efforcer de le voir dans celui que nous croyons être notre ennemi, car c'est notre propre image que nous renvoie celui à qui nous prêtons nos mauvaises pensées personnelles. La leçon est souvent profitable.
        Mais c'est certainement à Antoine que revient en propre cette défiance de l'intelligence, mise en conflit avec la conscience qu'elle obnubile par son orgueil et sa vision toute matérielle ? D'où nécessité d'abaisser la Superbe et d'accepter sans jeu de mots la simple foi du charbonnier.
        Tel était le cours de mes pensées en quittant le temple de Jemeppe, non sans avoir demandé à notre petit frère musin, lecteur des principes le jour et mineur la nuit, pour accomplir le précepte antoiniste, le viatique de foi et d'espérance que lui-même ou une adepte féminine distribuent généreusement et cordialement à tous ceux qui demandent audience.
        A la sortie du temple, dans un café-restaurant d'apparence modeste, mais qu'achalandent les grands jours de l'antoinisme, j'achète les portraits du père et de la mère officiant ; on me presse d'y joindre des reproductions de foules assemblées : à Schaerbeck, faubourg de Bruxelles, inauguration d'un temple antoiniste par la mère ; fête annuelle du 20 juin, jour anniversaire de la désincarnation du père, où l'on procède sous la direction de la mère à la visite de la demeure du père, suivie d'un pèlerinage aux lieux voisins qui abritèrent sa méditation et le virent se rafraîchir à une petite fontaine consacrée désormais par le zèle des antoinistes. Plus de 20 000 personnes sont, paraît-il, venues cette année magnifier la gloire du père !
        Ai-je dit que la mère Antoine ou ses représentants consacrent des mariages et des baptêmes et que les obsèques antoinistes se pratiquent très simplement ? On y lit quelques pages du père sur la réincarnation. C'est ainsi, me murmure une vieille antoiniste, que le petit ruisseau est devenu grande rivière ! – Maurice Wolff.

    Le Journal, 18 janvier 1926


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  • Wij genezen alle ziekten (Limburger koerier 20-03-1929)

    UIT ZUID-LIMBURG
    MAASTRICHT.

    „WIJ GENEZEN ALLE ZIEKTEN.”
    Een Waalsche sekte propageert
              haar leer en leven.

    EEN WAARSCHUWING.

    –||– Een onzer stadgenooten heeft Maandag een merkwaardig bezoek gehad. Daar hij niet de eenige zal zijn geweest, en er wellicht anderen zijn die het bezoek nog zullen ontvangen, meenen we goed te doen, hier een en ander van zijn be vindingen mede te deelen.
        Toen hij dan aan de deur geroepen werd, vond hij daar een dame van middelbaren leeftijd van beschaafd uiterlijk en met beschaafde stem, gekleed in een soort zwart uniform als verpleegsters wel plegen te dragen.
        Zij begon direct met te vertellen dat in België een man geleefd had ,,père Antoine”, die alle ziekten genezen kon en deze eigenschap belangeloos aanwendde tot heil van zijn naaste.
        Toen hij stierf, had hij reeds volgelingen gemaakt, die zich Antoinisten noemen. Zij hebben hun hoofdtempel in Jemeppe en een bijtempel in Visé.
        Op de vraag van onzen zegsman, wat eigenlijk haar bedoeling was, zei de dame, dat haar eenig doel was, mededeeling te doen van het bestaan der Antoinisten, wier leer liefde is, liefde voor den evenmensch. Ook zijzelt kon ziekten genezen, maar alleen in den tempel.
        Bij een andere ondervraging zeide de dame, te gelooven in de zielsverhuizing.
        – Bent u dan theosofe ? luidde de vraag.
        – Neen, was het antwoord, alle godsdiensten zijn ons gelijk. U kunt bij ons komen, als u in uw geloof geen hulp vindt. Wij genezen alle ziekten.
        Op de herhaalde vraag, wat haar bedoeling met het bezoek was, luidde het antwoord: – Geen andere, dan u mededeeling te doen van ons bestaan. Ik vraag u niet om steun, noch om feitelijken noch om geldelijken.
       Onze zegsman deelde haar mede, met belangstel. ling te hebben kennis genomen van wat zij zeide en voegde daaraan toe, dat hij in zijn Katholiek Geloof alles vond, wat bij noodig had.
        De dame vroeg tenslotte, of zij hem een hand mocht geven, waarna zij met een handdruk af. scheid namn.
        Het komt ons voor, dat het antwoord van onzen stadgenoot geheel en al juist was. Een overtuigd Katholiek vindt in zijn Godsdienst kracht en moed voor alle wederwaardigheden des levens.
        Het is hem bovendien verboden in te gaan op aanbiedingen als deze weer van de Antoinisten, die – ondanks de ontkenning – een theosofischen inslag hebben in hun leer.
        Men zij daarom ingelicht en late zich niet in de wat brengen door de welsprekendheid van deze en andere ,, Antoinisten”.

    Limburger koerier, 20 Maart 1929

     

    Traduction :

    DU SUD-LIMBOURG
    MAASTRICHT.

    "NOUS GUÉRISSONS TOUTES LES MALADIES."
    Une secte wallonne se propage
        son enseignement et sa vie.

    UN AVERTISSEMENT.

    –||– La première étape du processus consiste à en savoir plus sur les effets de la méthode et sur son fonctionnement. La première étape du processus consiste à trouver un moyen de mieux comprendre la situation et d'en apprendre davantage à ce sujet.
        Lorsqu'on l'a appelé à la porte, il a trouvé une dame d'âge moyen, d'apparence civilisée et d'une voix civilisée, vêtue d'une sorte d'uniforme noir, comme les infirmières ont tendance à le porter.
        Elle commença tout de suite par dire qu'en Belgique un homme avait vécu "père Antoine", qui pouvait guérir toutes les maladies et utiliser cette qualité pour le bien de son voisin, gratuitement.
        A sa mort, il avait déjà fait des adeptes, qui se disent Antoinistes. Ils ont leur temple principal à Jemeppe et un temple auxiliaire à Visé.
        A la demande de notre porte-parole, quelle était en fait son intention, la dame, qui était son seul but, a dit qu'elle voulait faire connaître l'existence des Antoinistes, dont la doctrine est amour, amour pour son prochain. Elle aussi pouvait guérir les maladies, mais seulement dans le temple.
        Dans un autre interrogatoire, la dame a dit croire à la migration des âmes.
        – Vous êtes théosophe alors ?
        – Non, fut la réponse, toutes les religions sont égales à nous. Vous pouvez venir à nous, si vous ne trouvez pas d'aide dans votre foi. Nous guérissons toutes les maladies.
        En réponse à la question répétée de savoir ce qu'elle avait l'intention de faire de cette visite, la réponse a été : "Nul autre que de vous informer de notre existence. Je ne demande pas votre soutien, ni factuel, ni financier.
       Notre porte-parole lui a dit qu'il avait pris note de ce qu'elle avait dit et qu'il avait trouvé dans sa foi catholique tout ce qui était nécessaire.
        La dame a finalement demandé si elle pouvait lui serrer la main, après quoi elle est partie avec une poignée de main.
        Il nous semble que la réponse de nos concitoyens était tout à fait correcte. Un catholique convaincu trouve dans sa religion force et courage pour toutes les épreuves de la vie.
        Il lui est également interdit d'accepter des offres comme celle-ci de la part des Antoinistes, qui – malgré le déni – ont une approche théosophique dans leurs enseignements.
        Nous sommes donc informés et ne serons pas influencés par l'éloquence de l'un ou l'autre de ces "Antoinistes".


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  • Dessin humoristique (Le Grand écho du Nord de la France 23 août 1912)

    LA VIE CHÈRE

         Les Antoinistes refusent les soins des
    médecins et des pharmaciens. Ils se con-
    tentent d'invoquer le père Antoine, fon-
    dateur de leur secte.

      – Il demande quinze mille francs pour l'opérer...
      – Bigre !... et si on essayait de l'Antoinisme ?...


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