• La Médecine pittoresque (Le Républicain de Belfort, 19 février 1927, p.4)CHRONIQUE

     LA MEDECINE PITTORESQUE

    Chez les guérisseurs. – Les bons et les pires. – Du zouave Jacob à l'antoinisme. – Comment on guérit les malades. – La ruse du médecin incompris.

        Le tribunal correctionnel de la Seine a jugé, ces jours-ci, un masseur hindou inculpé d'exercice illégal de la médecine. Ce brave homme qui, soi-disant, rééduquait les muscles, a vu des médecins affirmer, devant les juges, les uns qu'ils lui devaient la guérison impossible, les autres qu'il n'entendait rien à l'anatomie et qu'il confondait les tendons et les nerfs… Cela n'a, peut-être, au surplus, qu'un intérêt assez mince : l'essentiel, c'est que la méthode soit bonne ; or, il paraît qu'elle était infaillible.
        On condamnera notre masseur tout de même, puisqu'il est entendu que, seule, la Faculté a le droit de soulager les malades et même d'aggraver leur état : mais s'il faut s'incliner devant la loi et accepter de bonne grâce ses rigueurs, on peut cependant constater que certains guérisseurs mériteraient mieux que la paille humide des cachots, car leur science est indéniable, comme sont indéniables les résultats qu'ils obtiennent.
        C'est entendu, il en est de mauvais et même de pires – n'est-il pas aussi des médecins redoutables ? – et c'est à cause de cela qu'il faut user de prudence avant de formuler, sur tel ou tel d'entre eux, un jugement définitif. Il en fut comme le père Clerc, ce paysan jurassien qui a son buste en bronze dans son village, ou comme Béziat d'Avignonet, mort l'an dernier, qui ont guéri d'innombrables malades.
        Comment opèrent-ils ? Habileté des doigts chez les rebouteux, influence morale, connaissance profonde des effets des simples : autant d'hommes, autant de manières. Pour les derniers, c'est souvent la foi qui sauve ; seulement, n'inspire pas la foi qui veut.
        Chanter les louanges des guérisseurs serait un rôle bien ingrat et plein d'embuches ; nous n'entendons point le remplir. Il est autrement intéressant de passer en revue les plus pittoresques d'entre eux et de rappeler leurs prouesses.

    *
    *     *

        Leurs pratiques furent de tous les temps. Il y a quelques siècles déjà que leurs ancêtres, les sorciers de village, soignaient les entorses et les foulures avec un signe de croix, cinq pater et cinq ave en disant : « Torture, foulure, va-t-en, tu es guérie ! » et aussi les vers des enfants en leur attachant au cou des billets pliés couverts de signes cabalistiques.
        Les guérissaient-ils ainsi ? Il ne faut point demander l'impossible : n'était-il pas déjà méritoire de soulager les galeux avec des emplâtres d'herbes ?
        Pour se limiter aux choses de notre temps, il est certain que le patron des guérisseurs et le plus célèbre depuis un siècle, fut le zouave Jacob, ancien trombonne de la garde impériale.
        Vers 1867, il s'était installé à Paris où il devint tellement populaire qu'on alla jusqu'à reproduire sa tête en pipe.
        N'a pas qui veut un tel honneur.
        Vêtu d'une robe de moine, les pieds nus dans des sandales, il recevait en foule les malades qui venaient à lui. Après avoir prié et médité, il s'arrêtait soudain devant un homme :
        « Où souffrez-vous ?
        – Au bras !
        – Eh bien ! vous ne souffrez plus ! »
        A une vieille qui se plaignait de douleurs intestines, il secouait le ventre avec violence et la femme criait tout à coup : « Ça va mieux, je suis guérie ! » Et il devait bien en être ainsi, puisque la renommée s'étendait, au point que des rois eux-mêmes consultaient notre militaire. Ce qui ne l'empêchait pas d'être, de temps en temps, poursuivi devant le tribunal auquel il disait avec philosophie : « Persécutez le vieux zouave, vous l'immortalisez ; il vous attend au jugement de Dieu. »

    *
    *     *

        Philippe-le-Guérisseur eut une vogue aussi grande, mais moins durable. C'est lui que le tsar Nicolas II appela à Saint-Pétersbourg pour le consulter sur la santé de l'impératrice et qui en revint comblé de présents. Il y eut aussi Antoine-le-Guérisseur, forgeron de Jemmapes (Belgique) qui fit mieux que de soigner les malades et d'en guérir, puisqu'il fonda « l'antoinisme », religion universelle qui compte encore de très nombreux adeptes et qui possède des temples dans diverses villes... et jusqu'à Monaco.
        – « Comment je procède, répondait ce brave homme à un journaliste qui l'interrogeait. Rien n'est plus simple. Un malade se présente-t-il ? Je lui ordonne de penser au Père (le Père, c'était lui-même). De mon côté, je lui communique ma pensée, puis je m'endors et je lis à livre ouvert dans ses parties souffrantes. Je souffre de sa douleur, je l'accapare, je l'extirpe peu à peu de son corps pour la pulvériser, l'égrener, la disperser au dehors. »
        Il avait fondé un journal, l'Unitif, qu'il dirigeait dans un style incompréhensible, ce qui ne lui aliénait ni les fidèles, ni les souffrants, qui trouvaient auprès de lui la paix de l'âme ou le repos du corps.
        Il y a quelque vingt ans, une brave femme des Batignolles, qui soignait par les simples, eut une heure de célébrité. Elle avait absolument convaincu de sa science un journaliste parisien presque oublié aujourd'hui, Charles Chinobolle, qui lui fit une réclame énorme. L'histoire ne dit pas si elle la méritait.
        Chaque ville a son guérisseur et même, on peut dire qu'à Paris, il n'est pas un quartier qui ne possède son mage. Il en est dont les pouvoirs curatifs – du moins ceux qu'ils se prêtent – sont au moins singuliers. Tel possède une formule magique contre les plaies ; tel chasse le ver solitaire ; l'un « rajuste le crochet de l'estomac » ; un autre fait disparaître la timidité ou procure l'amour de la femme aimée...
        Certains sont des escrocs, d'autres des illuminés, parfois des savants aussi. Un ancien chef de la sûreté, M. Goron, a raconté qu'un jour il avait mandé à son cabinet un guérisseur qu'il se proposait de faire poursuivre pour avoir exercé la médecine sans diplôme.
        – « Mais, répondit l'homme, je suis docteur et voici mes diplômes. Je végétais comme médecin ; comme rebouteux je fais fortune. Gardez-moi le secret de ma supercherie ».
        Rien ne prouve, d'ailleurs, que celui-là guérissait mieux que les autres.
                                                                           Georges ROCHER

    Le Républicain de Belfort, 19 février 1927, p.4


    votre commentaire
  • Antoinisme (La Gazette de Liège, 28 juin 1914)-couv

    Sectes de l'occultisme

        Sous la signature Amiens et le titre : « Antoinisme », la Gazette de Liège publie, en tête de son numéro du 28 juin 1914, un remarquable article que nous croyons devoir reproduire intégralement :

        La preuve la plus palpable que le ridicule ne tue plus, c'est que l'Antoinisme vit encore. La secte, fondée par « Père », continuée par « Mère », exploitée par « Fils », ramasse les laissés pour compte de la médecine, et forme une sorte de Cour des miracles où s'étalent des éclopés de toutes sortes, surtout les éclopés de l'intelligence. On me dit qu'à Paris, capitale de la badauderie universelle, où pullulent toutes les théurgies les plus cocasses, les Antoinistes se recrutent à un échelon supérieur parmi les détraqués qui ont avalé sans succès toutes les cures d'eaux et, en désespoir de cause, échouent au temple antoiniste, pour se reposer dans le nirvâna du gâtisme le plus complet.
        Comme spécimen de déliquescence cérébrale, on nous a inondés ces jours-ci d'une petite feuille intitulée : « Culte Antoiniste », avec un billet jaune d'invitation aux fêtes des 25 et 28 juin, anniversaires de la désincarnation du Père et de sa réincarnation dans je ne sais qui, peut-être Demblon, si ce n'est Lambrichts. Mère, que j'ai baptisée « la Matriarche », il y a un an, fera « au nom du Père plusieurs opérations générales pour la foule des malades et des affligés qui ont foi en Lui (avec majuscule ). »
        Il serait bien intéressant, à cette occasion, d'instituer un bureau des constatations, à l'instar de celui de Lourdes, qui permit d'évaluer exactement le nombre des guérisons obtenues, fut-ce de la plus vulgaire colique, et surtout le chiffre des morts, particulièrement d'enfants, immolés en hécatombes aux mânes du Grand Charlatan.
        La feuille qui accompagne l'invitation est brève de phrases, mais drue d'extravagances béates. C'est toujours la vieille rengaine de l'« amour », qui est toute la religion, toute la croyance. Misérable plagiat de la doctrine catholique stupidement déformée, cet amour, qui hennit sans cesse dans toutes les élucubrations antoinistes, est fait de la plus baroque indifférence, jusqu'à professer « les mêmes égards pour toutes les religions et même pour l'incroyance ». Ces gens sont si débordants d'amour, qu'ils jugent leur religion également honorée par celui qui y voit un bréviaire d'idiotie, et par celui qui y reconnait le code de la plus haute sagesse !
        L'inspiré qui lance ces propos charentonesques dit tantôt que la foi naît de l'amour, et tantôt que l'amour naît de la foi, et il termine son oraison par cette perle : « Nous ne posséderons la vérité que lorsque nous ne prétendrons pas l'avoir ».
        D'ailleurs, tout ce charabia, intraduisible en langue nette, a un sens caché, ésotérique, mais aisément pénétré par les initiés et même par les profanes : « Croyez tout ce que vous voulez, mais aimez, aimez, aimez la boutique de Mère ! »
        Et l'escarcelle de Mère se gonfle des versements des gogos, croyants ou incroyants, chrétiens désaffectés ou libres penseurs en mal de religion.
        L'Antoimisme, mixture du scientisme de M" Eddy, de spiritisme, de mesmérisme et de théosophie, le tout à l'usage des imbéciles, est une poussée de l'instinct religieux, incoercible, mais dévié. C'est là qu'il aboutit en s'affranchissant de la raison. Déshéritées des croyances positives, livrées néanmoins à l'inquiétude religieuse. Saisies du tourment du divin, des âmes simplistes obéissent à une suggestion aveugle, se laissent gagner par la contagion, suivent la foule que la vogue appelle et en arrivent ainsi à une certaine foi irraisonnée qui ne se distingue pas du sentimentalisme religieux.
        Comprenez-vous, lecteurs, le danger qu'il y a, devant ces aberrations, à prôner la foi comme une affaire de sentiment et de suggestion et à décliner en cette matière le contrôle de l'intelligence ? Avec pareille théorie, il faut légitimer toutes les folies de la religiosité et faire la révérence à tous ces dévoyés qui se proclament le plus sincèrement du monde des « inspirés ».
        Les adeptes convaincus de l'Antoinisme sont des bergsoniens sans le savoir. Bergson frappe de discrédit l'intelligence et donne la primauté à l'instinct. C'est dans les nuages de l'intuition instinctive que les Antoinistes peuvent découper à leur gré toutes les silhouettes fantastiques qu'il leur plait de rêver.
        Voilà pourquoi l'Eglise ne permettra jamais qu'on s'attaque à la puissance de la raison ; elle sait trop bien qu'en la démolissant, on supprimerait le sujet auquel la foi s'adresse, et sans la libre adhésion duquel l'acte de foi ne peut exister. Dieu réclame de nous un hommage intelligent. Il a muni ses ambassadeurs auprès de nous de lettres de créance, et nous avons le devoir de les vérifier avant d'accueillir le message de la Révélation.
        La triste aventure du pseudo-converti Paul Lœwengard, retourné au judaïsme après avoir chanté dans un livre fastueux et boursouflé, qui ne nous a jamais plu, « Les Magnificences de l'Eglise », fournit une preuve de plus que le sentiment ne peut fonder les inébranlables convictions de la foi. Le malheureux l'abjure, dit-il, parce qu'il a découvert que saint Paul est antisémite et que l'Eglise s'est séparée du judaïsme sous Constantin ! Pareille défaite trahit le profond égarement d'une pensée qui s'est laissé emporter au gré de l'imagination et que ressaisit facilement l'obscure domination de l'atavisme.
        Il y a aussi beaucoup de braves gens par le monde qui escomptent et prédisent la conversion de M. Barrès, comme l'étape dernière et logique de son itinéraire intellectuel. Ah ! quelle erreur totale ! Et comme « la Grande Pitié des églises de France » devrait les décevoir ! M. Barrès, qui mène en faveur des églises une brillante campagne, ignore, ne soupçonne même pas ce qu'est la foi. Pour lui, croire ou sentir, c'est la même chose, et il en fait la déclaration formelle : « Notre religion, c'est le langage de notre sensibilité ». Pas de dogmes précis, pas de solutions fermes aux problèmes de la destinée ; mais des rêveries, des symboles et des émotions. Avec tout cela, faute de pouvoir étancher sa soif du divin, comme l'observe judicieusement Louis de Mondadon, il vient la tromper dans nos temples.
        N'entendant pas, d'ailleurs, réserver aux églises catholiques un hommage exclusif, il voudrait opérer dans un syncrétisme sans limite la fusion de toutes les charmantes pensées religieuses de tous les temps. Et Barrès se berce de ces mots magiques : sens du divin, enthousiasme, amour, unité, prenant partout un plaisir délicat d'imagination, laissant sa pensée se jouer autour de tous les symboles de la vie religieuse, mais ne se souciant pas du tout de vérité absolue.
        Au fond, et c'est une constatation navrante, Maurice Barrès, en dépit de sa vaste culture, en dépit de son merveilleux talent d'écrivain, ne dépasse pas, sur la question essentielle, la question religieuse, le cerveau d'un vulgaire antoiniste. Lui aussi vide la foi de son facteur intellectuel ; lui non plus ne réclame pas de motifs de crédibilité valables au tribunal de la raison ; lui aussi ne voit dans la religion que sensibilité, et s'il exécute sur l'amour des variations artistiques, il ne possède pas sur son clavier religieux une touche de plus.
        Et tous les pontifes des religions laïques en sont là, les Paul Desjardins, les Paul Sabatier, les deux Reinach et les Tolstoï, et les brûlants adorateurs de Tolstoï : sur la question religieuse, ils donnent congé à la raison, lui refusent audience, et n'accordent voix au chapitre qu'au sentiment, à l'instinct, à l'amour. C'est l'invasion de ces théories parmi les catholiques eux-mêmes qui a produit le modernisme, et c'est le devoir élémentaire des catholiques de dénoncer cette erreur partout où elle apparaît et de lui faire bonne guerre.


    in Revue Internationale des Sociétés secrètes
    Organe de la Ligue Franc-Catholique
    Contre les Sociétés secrètes Maçonniques ou Occultistes et leur Filiales
    Tome VIII, N°2 - 5 août 1914 (index occultistes)

    source : http://iapsop.com/archive/materials/revue_internationale_des_societes_secretes/revue_internationale_des_societes_secretes_v8_n2_aug_5_1914____partie_judeo-occultiste.pdf


    votre commentaire
  • " J'AI CONNU LE PERE "

    Travail d'un adepte en 1913.

    " Mes frères,
       Depuis que je suis antoiniste, je n'ai qu'un but dans ma vie : m'améliorer. Je me suis attachée à cette oeuvre ardue, sincèrement. J'ai demandé au PERE de m'aider dans cette tâche et de me faire connaître mes défauts. Heureusement que le PERE ne m'en fit voir qu'un à la fois, car je dois l'avouer, j'aurais pu être découragée par la grandeur de mon imperfection. Que de fois je me suis dit devant un de mes actes ou une de mes pensées : Tu n'en es encore que là !
       Jadis je me trouvais presque parfaite ; maintenant que je commence à me connaître, je m'aperçois qu'il me faudra lutter toute ma vie contre mon naturel avant d'acquérir aucune vertu.
       Lorsque le PERE se désincarna, j'étais à l'épreuve ; nous ne pûmes aller à l'enterrement et mon mari surtout en eut du chagrin. Quant à moi je regrettais  seulement de ne plus voir matériellement notre PERE mais je le sentais toujours si près de moi que ma peine était légère. Je pensais seulement à l'épreuve de MERE.
      Nous connûmes par l'Unitif le testament du PERE ; et peu à peu je reportai sur MERE le grand amour que j'avais voué au PERE. Alors je fus bien heureuse.
      MERE est constamment présente à ma pensée comme auparavant le PERE et peut-être davantage car depuis un an ma faculté d'aimer s'est agrandie avec ma foi acquise dans les épreuves. J'aime MERE parce qu'elle est et qu'elle représente le PERE. Je l'aime pour son épreuve d'être parmi nous. Ah ! il n'y a que son amour qui pourrait la consoler de n'être pas réunie au PERE. Je l'aime pour l'aide constante qu'elle prodigue à tous sans souci de ses besoins et de son repos."

    source : http://antoinisme-documentation.skynetblogs.be


    votre commentaire
  • Un altro bimbo ucciso (L'Unità, Organo del Partito Comunista Italiano, Sabato 20 marzo 1954)Un altro bimbo ucciso
    dal fanatismo religioso

     Devastata a Tolone la sede dei « Testimoni di Cristo »

        PARIGI. 19. – La sede centrale dei « Testimoni di Cristo » a Tolone è stata messa a sacco e devastata dal un gruppo di cittadini infuriati. Questo nuovo tacco a una sede dei discepoli di George Roux, il « Cristo di Montfavet », che l'opinione pubblica in Francia giudica responsabile della morte di due bambini, è stato provocato dal fatto che i membri della nuova Chiesa universale, nonostante il divieto opposto dal Prefetto, avevano tentato di tenere una riunione-dibattito nella sala del cinema « Eldo ».
        L'opinione pubblica francese è trattanto turbata oggi per la morte di un bambino avvenuta in circostanze per le meno strane, e la cui causa è da ricercarsi, a quanto pare, nel fanatismo .
        Non si tratta stavolta dei « testimoni di Cristo », ma di un'altra setta, finora pochissimo nota, quella degli « antoinisti », sorta in Belgio nell'immediato dopoguerra. Il piccolo Jacques Fortoul, figlio di due impiegati di Lione da poco trasferitisi sulla Costa Azzurra, è deceduto venerdi scorso in un paese presso Nizza, in seguito a breve malattia.
        Le autorità inquirenti fanno colpa ai genitori di aver chiamato troppo tardi il medico al capezzale del figlio, ed anzi sospettano che tra i pregiudizi degli appartenenti alla setta « antoinista », sia da annoverarsi quella che vieta a loro di ricorrere ad un medico in casa di malattia: il decorso di ogni male è lasciata alla benevolenza del cielo.

    L'Unità, Organo del Partito Comunista Italiano, Sabato 20 marzo 1954

     

    Traduction :

    Un autre enfant tué
    par le fanatisme religieux

    Le siège des "Témoins du Christ" détruit à Toulon

        PARIS. 19. – Le siège des "Témoins du Christ" à Toulon a été saccagé et dévasté par un groupe de citoyens enragés. Cette nouvelle attaque contre le siège des disciples de Georges Roux, le "Christ de Montfavet", que l'opinion publique française tient pour responsable de la mort de deux enfants, fait suite au fait que les membres de la nouvelle Église universelle, malgré l'interdiction du préfet, avaient tenté de tenir une réunion-débat dans le hall du cinéma "Eldo".
        L'opinion publique française est également troublée aujourd'hui par la mort d'un enfant dans des circonstances pour le moins étranges, et dont la cause est, semble-t-il, le fanatisme.
        Cette fois, il ne s'agit pas des "témoins du Christ", mais d'une autre secte, jusqu'ici très peu connue, celle des "Antoinistes", qui a surgi en Belgique immédiatement après la guerre. Le petit Jacques Fortoul, fils de deux employés de bureau de Lyon, récemment installé sur la Côte d'Azur, est décédé vendredi dernier dans un village près de Nice, après une courte maladie.
        Les autorités chargées de l'enquête reprochent aux parents d'avoir appelé le médecin trop tard au chevet de leur fils, et soupçonnent même que parmi les préjugés des membres de la secte "antoiniste", il y a celui qui leur interdit de faire appel à un médecin en cas de maladie : le cours de toute maladie est laissé à la bienveillance du Ciel.

    L'Unità, organe du Parti communiste italien, samedi 20 mars 1954

    Un altro bimbo ucciso (L'Unità, Organo del Partito Comunista Italiano, Sabato 20 marzo 1954)

     

        Impossible d’en savoir plus sur ce cas.
    Dans un article du Journal de Genève (23 mars 1954),
    on dit que les parents font partie également des « Témoins du Christ ».

     

    L'étrange secte des ''Témoins du Christ''
    (Journal de Genève, 23 mars 1954)


    votre commentaire
  •  Un Dieu vient de mourir... (Le Monde illustré, 13 juillet 1912, N°2885)

    Un Dieu vient de mourir…

    par ANDRÉ ARNYVELDE

        Un dieu... Vous vous méfiez... L'auguste monosyllabe, de nos jours, est la plupart du temps une façon de parler, une sorte de qualificatif exaltatoire qu'on n'hésite point, quand on a usé tous les adjectifs, à employer pour être sûr qu'on se fera bien comprendre. Tel poète, tel comédien, tel danseur est facilement un dieu... mon dieu ! nous entendons cela tous les jours, dans la conversation courante. On sait bien, on sait généralement qu'au fond il n'y a plus de dieu ; ou tout au moins, s'il y en a, que c'en est un, toujours le même, qui courait déjà dans les versets de la Bible, il y a des cent mille ans.
        Et cependant l'on vous dit ici qu'un dieu vient de mourir, et l'on prétend n'être ni symbolique ni exaltatoire à la dernière puissance. Ce dieu-là était bien, paraît-il un dieu, puisqu'il avait des fervents, des sacerdotes et surtout des temples. Enfin il s'agit du Père Antoine, Antoine-le-Généreux, plus connu sous le nom d'Antoine-le-Guérisseur, mort ces temps-ci dans sa ville sacrée de Jemmepe, en Belgique.
        IL avait d'abord été mineur, puis, illuminé, IL répandit, avec un évangile, des guérisons et des miracles. Des foules vinrent à LUI qui s'en retournèrent, illuminées à leur tour, et conquises à SA foi. Depuis quelques années nul ne pouvait se vanter de l'avoir vu. Il vivait enfermé, servi par deux ou trois fidèles élus, entouré de mystère et de sainte majesté. Mais les miracles se faisaient comme avant. Ecoutez donc. Il y a un peu partout dans le monde des succursales du Culte Antoiniste de Jemmepe. Il me fut donné d'assister à la célébration de ce culte, à Paris, un dimanche dans une maison de la rue Saint-Denis. Rien à la façade de la maison n'indiquait ce qui se passait dedans. La porte cochère franchie, je me trouvai dans une vaste cour où des groupes parlaient bas, gravement. Je gagnai un petit escalier qu'on m'indiqua ; je commençai à le monter, mais bientôt je fus immobilisé derrière une foule qui se pressait sur les marches. Enfin, parvenant à me faufiler, degré à degré, avec beaucoup de peine, entre la rampe ou le mur et les gens qui faisaient la queue, serrés les uns contre les autres, j'atteignis le troisième étage.
        Là, force me fut d'abdiquer tout espoir d'avancer plus ; j'attendis bien sagement sur le palier une éclaircie dans le public compact qui encombrait la première pièce de l'appartement, et qu'on voyait par la porte laissée grande ouverte. J'entendais la voix d'un homme qui lisait des versets comme d'Evangile, dans un immense silence de l'assistance dense.
        Cette lecture m'arrivant trop confusément pour que je pusse prêter attention à ce qu'elle disait, je commençai bientôt à bavarder avec un de mes voisins de palier. Et ce voisin me raconta, quand je l'eus un peu questionné, qu'il était patron coiffeur, établi à Paris ; qu'il avait un enfant, lequel s'était d'abord très mal porté, tuberculeux, presque condamné ; que sur les conseils de personnes qu'il fréquentait et qui étaient Antoinistes, il avait écrit au Père, lisez à Antoine-le-Guérisseur... Et qu'à partir du jour où il pensait que sa lettre était arrivée à destination, son enfant commença visiblement à se mieux porter... Et que maintenant cet enfant était un enfant non seulement tout à fait guéri, sauvé, mais ardent à vivre, joufflu, et faisant l'admiration de tous ceux qui le voyaient, par sa mine, sa santé et sa robustesse.
        Voilà. — Mon interlocuteur avait l'air d'un bon homme, comme vous et moi, aux yeux tranquilles, et point égarés du tout. — « Et tous ceux qui sont ici vous raconteront des miracles pareils, achevait mon patron coiffeur. Personne ne voit le Père. Le Père ne répond jamais aux lettres. On jette sa prière à la poste, et il n'y a plus qu'à attendre. Il n'est pas d'exemple qu'une prière soit demeurée inefficace... »
        Cependant, le lecteur d'Évangile s'était tu. Les assistants commencèrent à se disperser. Ils avaient, en sortant, le visage recueilli comme celui des Chrétiens qui viennent de communier. J'entrai dans la petite pièce. J'abordai le lecteur de tout à l'heure, grand prêtre de cette section du culte Antoiniste. Il répondit très simplement à toutes les questions que je lui posai, et ses yeux brillaient d'une ferveur tranquille. J'étais un peu agacé. Tous les gens qui étaient là et qui nous regardaient ou nous écoutaient avaient de bonnes têtes ordinaires, et, sapristi ! point mystiques pour deux sous. Et cependant ils disaient : Le Père... Le Père... Notre Père... ma parole ! comme si c'était sérieux !
        On me remit des brochures cultuelles, et je les lus dès que je fus rentré chez moi. Je dois avouer que je ne fus pas convaincu. Au demeurant voici quelques principes de l'Evangile Antoiniste, que je vous extrais littéralement de L'UNITIF, bulletin mensuel de l'Antoinisme :

    DIX PRINCIPES RÉVÉLÉS
    en prose
    par
    Antoine le GÉNÉREUX :
    DIEU PARLE :
    PREMIER PRINCIPE
    Si vous m'aimez
    Vous ne l'enseignerez à personne
    Puisque vous savez que je ne réside
    Qu'au sein de l'homme.
    Vous ne pouvez témoigner qu'il n'existe
    Une suprême bonté
    Alors que du prochain vous m'isolez...

    ……………………………………………………………….
    SIXIÈME PRINCIPE
    Quand vous voudrez connaître la cause
    De vos souffrances
    Que vous endurez toujours avec raison,
    Vous la trouverez en l'incompatibilité de
    L'intelligence avec la conscience...

    ……………………………………………………………….
    DIXIÈME PRINCIPE
    Ne pensez pas faire toujours un bien
    Lorsqu'à un frère vous portez assistance :
    Vous pourriez faire le contraire,
    Entraver son progrès.
    Sachez qu'une grande épreuve
    Sera votre récompense,
    Si vous l'humiliez, en lui imposant le respect,
    Quand vous voudrez agir,
    Ne vous appuyez jamais sur la croyance,
    Car elle pourrait vous égarer ;
    Rapportez-vous seulement à votre conscience
    Qui doit vous diriger et ne peut se tromper.

    ……………………………………………………………….
    *
    *  *

        Voici encore un fragment d'une espèce de profession de foi, rédigée par le Père :

        « Étant allé à l'étranger, en Allemagne et en Russie, comme ouvrier métallurgiste, j'avais pu, malgré la maladie d'estomac dont j'étais affligé, économiser un petit pécule qui me permettait de vivre sans travailler. Je compris que je me devais à mes semblables, c'est alors que je ressentis la foi qui m'affranchit de toute crainte au sujet de l'âme, j'étais convaincu que la mort est la vie, le bonheur que j'en éprouvais ne me laissait plus dormir, je m'inspirais ainsi le devoir de me dévouer toujours davantage envers ceux qui souffrent moralement et physiquement et je continue la tâche car leur nombre augmente sans cesse. Je leur raisonnais l'épreuve, sa cause et son efficacité. Sans la foi qui me soutenait, j'aurais été bien souvent embarrassé et tracassé devant la foule de malades qui, nuit et jour, pendant plus de vingt-deux ans, sont venus me demander assistance. Mais ma longue expérience me fit reconnaître que les plaies du corps ne sont que la conséquence des plaies de l'âme. C'est à celle-ci que j'ai donc appliqué le remède ; je n'ai jamais cessé de la raisonner aux malheureux qui se trouvent dans la même situation que celle que j'ai pu traverser et qui se désespèrent... »

        Comme on s'en peut apercevoir, Bossuet écrivait mieux que le Père Antoine...
        Nonobstant, ainsi que le racontait naguère dans un article paru à cette place même, M. Riccioto Canudo, cent soixante mille Belges présentaient en 1910 à la Chambre des Représentants et au Roi une pétition, demandant de « reconnaître comme officiel, le culte nouveau institué par leur Messie : Antoine-le-Guérisseur. »

    *
    *  *

        Cet homme-là, donc, ce Dieu, dont le culte a su, de la Belgique gagner la France et Paris, le Père Antoine, vient de mourir, et ce n'est point, comme on pourrait le croire sa disparition qui diminuera son Eglise. Bien au contraire. Déjà, nous raconta l'autre jour l'Intransigeant, un avis a été affiché sur les murs de son temple :

                 « Frères,
        « Le Conseil d'administration du culte Antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner... Avant de quitter son corps il a tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que la Mère le remplacera dans sa mission... Mère montera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine à dix heures. »
        Peut-on concevoir ce que sera devenu l'Antoinisme dans un siècle, si Mère le sait convenablement entretenir ! Ah ! la folle époque que la nôtre. Naturellement, je ne vous invite point ici à croire à la divinité du Père Antoine. Je fais office d'honnête raconteur, sans plus. Mais vous conviendrez qu'il y a lieu de considérer avec quelque attention le fait que deux ou trois cent mille Européens modernes peuvent s'agenouiller dans un temple et élever le meilleur de leur âme vers un « Notre Père » qui n'est pas le bon Dieu de toute éternité.
        Nous vivons dans une époque sans foi... et cependant il semble bien qu'aucun temps n'ait été plus enclin à adorer que ce temps-ci. Adorer, adorer n'importe qui, n'importe quoi... Ce fut la Raison, la Science, ce fut l'Humanité, l'Individu, ce fut la Cité future... Il nous souvient très bien qu'il y a un an, Mme Annie Besant, théosophe et bouddhiste, étant venue à Paris faire une conférence, philosophique et religieuse dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, fut écoutée religieusement par plus de cinq mille assistants... Adorer, adorer... Ces tout derniers jours, nous adorâmes Nijnski... Qui ou quoi sera-ce, l'hiver qui vient ?... Allons, allons, les dieux, préparez-vous. Vous avez tout l'été pour vous préparer. Il y a une place à prendre, à la « saison » prochaine...

                                                                                    André ARNYVELDE.

    Le Monde illustré, 13 juillet 1912 (N°2885)


    votre commentaire
  • Un Dieu va naître... (Le Monde illustré, 31 août 1912, N°2892)

    Un Dieu va naître…

    par ANDRÉ ARNYVELDE

         Il y a quelques semaines — le lecteur s'en souvient-il ? – à cette même place, et signée du même nom, une chronique parut, intitulée : Un Dieu vient de mourir... Le « dieu », c'était le Père Antoine, de Jemmepe-sur-Meuse, Antoine le Généreux, Antoine le Guérisseur, Dieu belge à qui furent élevés, de son vivant, des temples, et qui compte dans le monde plusieurs centaines de milliers de fervents. Cette chronique valut à son auteur un certain nombre de lettres, qu'il lut avec le plus vif intérêt. La plupart de ses correspondants, s'étant accordés à trouver que le ton général de l'article, quoique teinté légèrement de scepticisme, n'était point ironique, ni démolisseur, se trouvèrent également d'accord pour inviter son rédacteur à se convertir à l'Antoinisme.
        A ces prosélytiques correspondants, il ne pourra être ici répondu, pour ce qui est de la conversion, ni oui tout à fait, ni tout à fait non ; mais seulement que c'est à voir... Quelques documents Antoinistes, joints aux lettres et que nous étudions consciencieusement, sont en train de nous éclairer sur ce grave problème, et de nous permettre d'asseoir honnêtement notre opinion, notre conviction, notre résolution.
        Pour ce qui est du scepticisme que l'on constata généralement au cours de l'article, veuillent les adorateurs d'Antoine admettre qu'il faut, quand on aborde des questions d'une aussi auguste espèce, aller avec beaucoup de circonspection. D'une part, il y a cette sacrée Raison moderne, cette sacrée Raison critique, qui, très avertie, très munie, très prémunie, ne s'enthousiasme pas (comme ça », à la hussarde, ou à la Pauline de « Polyeucte » : Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée !... quels que soient les événements, les phénomènes, les mouvements, fussent-ils de foules, fussent-ils de nations tout entières... D'autre part, il y a que cette Raison même, si exigeante soit-elle, n'a pas toujours les éléments indispensables pour réfuter ou pour nier. C'est pourquoi le scepticisme est pardonnable : il est un peu comme une distraction que prendrait un voyageur, entre deux trains - la Négation ou la Croyance comme une façon de passer le temps entre deux événements importants et qui ne peuvent être précipitamment accomplis.
        Ceci dit, qu'on nous permette de passer à un autre ordre de propos. Un « Dieu » donc venait, il y a quelques semaines, de mourir. Voici qu'un Dieu, d'ici quelques années, va naître. C'est là quelque chose, au demeurant, qui fait compensation, rétablit l'équilibre. Ainsi l'Humanité, quoiqu'elle fasse pour mener ses affaires toute seule, comme une grande personne, n'échappe pas à la tutelle des dieux. Un meurt, un autre naît. Ainsi soit-il... Parlons du Dieu prochain.
        Mais il est matériellement impossible de dire un mot plus avant, si l'on n'ouvre pas une parenthèse explicative. Il sied de se mettre en état d'être compris de tous, de lecteurs même ignorants de l'A B C de la question.

    *
    *  *

        Il existe une Société qui s'appelle la Société Théosophique, et dont le but essentiel est d'épanouir la spiritualité de la Race humaine. Cette Société, qui compte environ 25.000 membres dans le monde, est née en 1875, à New York, des œuvres et des gestes de Mme H.-P. Blavatsky, fille d'un officier supérieur russe. Héléna Petrowna Blavatsky, que les membres de la Société Théosophique appellent pieusement H. P. B., de tempérament agité, complexe et bouillonnant, mena une vie aventureuse, voyagea considérablement, connut, au cours d'une chevauchée en Asie-Mineure, un magicien copte, Paulos Métamon, et se sentit attirée vers le Merveilleux. Au cours de cent aventures, qui n'ont point à faire ici, un jour, à Londres, où elle était dans une grande misère — tous subsides de sa famille épuisés — et pendant le séjour dans la capitale britannique d'une ambassade hindoue, envoyée par le souverain du Népaul à la reine Victoria, elle reçut une communication, par des voies surnaturelles, d'un être appartenant à une catégorie supérieure et mystérieuse d'humanité. Ainsi la Vierge Marie fut, dans les temps lointains, visitée par un ange qui lui annonça sa mission.
        L'être qui se manifestait à H. P. B. était un Mahatma. Les Mahatmas, selon l'enseignement théosophique — qui lui-même s'inspire abondamment des livres sacrés de l'Inde — sont des êtres, assez malaisés à concevoir pour notre intelligence européenne, doués de pouvoirs spirituels, psychiques, voire physiques, infiniment plus étendus, plus magnifiques, que ceux — si magnifiques, et profonds soient-ils —que nous pouvons rencontrer, ou avoir rencontrés, ou avoir supposés même, chez les hommes de notre humanité coutumière. Leur résidence ordinaire est en certaines parties inexplorées du Thibet. Ils assistent de là au spectacle de toutes les agitations humaines, et de temps en temps s'élancent de leur retraite sacrée, par des chemins immatériels, porter lumière ou secours au Monde, ou à l'un d'entre leurs frères inférieurs - les hommes ordinaires, vous, nous — et rétablir d'un coup de barre occulte l'ordre et la marche du vaisseau des politiques ou des passions, universelles, nationales ou individuelles.
        Un de ces êtres, donc, se manifesta à H. P. B. et fut l'incitateur de sa vie nouvelle. Autour d'H. P. B. se multiplièrent les phénomènes psychiques les plus extraordinaires, et son esprit déborda d'illuminations. Elle rencontra en Amérique, en 1874, un homme connu par certains articles spirites parus dans le New-York Sun et le New-York Graphic, et avec lequel sa pensée fraternisa d'enthousiasme. Il s'appelait le colonel Henry Steel Olcott. H. P. B. et le colonel Olcott joignirent leurs idées et leurs efforts ; et au bout d'un certain temps, temps pendant lequel, autour des expériences et des révélations d'H.P.B. se passionnèrent le monde et la Presse — surtout la Presse anglaise — les discutèrent, les combattirent, les assaillirent, les couvrirent de ridicule ou les auréolèrent de Foi, la Société Théosophique fut fondée.
        H. P. B. mourut en 1891, laissant un grand nombre d'écrits, confus mais extrêmement impressionnants. Elle y donnait, noyée dans un océan déchaîné de symboles extraits de toutes les théologies et de toutes les cosmogonies, la clef de la Création des Mondes, de la Nature occulte de l'Univers, de l'Homme, et des Races, de leur évolution dans le temps, y compris leur avenir le plus lointain; elle y expliquait Dieu, elle y expliquait l'Humanité, elle y expliquait les lois des Astres, de la Vie et de la Mort ; elle y expliquait Tout.
        Mme Annie Besant succéda à la présidence de la Société Théosophique à H. P. B. Mme Annie Besant est une femme très haute, une intelligence ruisselante, une oratrice magnifique. Elle a, hors de la Société Théosophique même, de passionnés admirateurs, et entre ceux-là notre illustre Pierre Loti, et d'autres beaux esprits. Mais arrivons au Dieu.
        Vous voici avertis qu'il est une Société Théosophique, que ses chefs prétendent tenir les plus antiques et les plus profonds secrets de la Vie et de l'Univers ; vous n'ignorez plus qu'il est des Mahatmas. La parenthèse peut être fermée.

    *
    *  *

        Les Mahatmas, créatures douées de pouvoirs « supérieurs », ces frères de l'Humanité, ces gardiens de la Destinée, que sont-ils ?
        Ils sont, ou plutôt ils furent des hommes, de simples hommes, parvenus, au long des âges, et par une épuration de plus en plus resplendissante de leur spiritualité, à un degré spirituel et psychique qui leur permet de vivre sur un plan autre que le plan physique. 
        Mais comment sont-ils parvenus à cet état, que l'on peut dire privilégié ?
        Efforçons-nous d'être clair :
        L'homme, tout homme, possède un Moi (les Théosophes l'appellent l'Ego), un Moi, un Ego, spirituel, immortel, éternel. Nous ne sommes de chair et d'os, vous qui me lisez en ce moment, moi, en ce moment, qui vous raconte, qu'une certaine incarnation éphémère de notre Moi éternel, d'entre les innombrables incarnations qu'il a déjà effectuées et qu'il aura à effectuer au long des temps.
        Ce Moi, dès qu'il a commencé de s'éveiller à la conscience, n'a plus qu'un but — qu'il poursuivra à travers des siècles et des siècles -: atteindre sa pleine conscience, la Perfection définitive, qui est le Nirvana hindou, qui est la Réintégration dans l'Absolu, qui est la Conscience de la Réalité de Dieu.
        Il ne peut atteindre à cette Perfection, au Nirvana, qu'en triomphant successivement de toutes les attaches de la matière. C'est au cours des luttes qu'il aura à soutenir contre les attractions matérielles, qu'il prendra de plus en plus conscience de la divinité essentielle de sa nature.
        Ses incarnations dans des individualités corporelles ne sont que le moyen, pour lui, de lutter, et de vaincre, ou de retarder sa victoire... La qualité de ses incarnations successives est subordonnée à la vie qu'il mena dans chaque incarnation précédente. Ayant été noble, haut, héroïque, charitable, juste, bon, dans une incarnation, il se réincarnera dans un individu plus haut, plus hautement prédisposé, dans un corps mieux approprié à la haute vie qu'il va vivre ; ayant été vaincu par les attractions matérielles, le vice, le mal, il s'incarnera dans une individualité basse, vile, mauvaise, et aura d'autant à lutter pour une prochaine incarnation plus haute. Ainsi de suite...
        Ces incarnations, ces combats, ces rechutes, ces victoires exigent pour chaque Moi, pour chaque Ego, des siècles et des siècles de siècles. Un million d'années n'est que bagatelle de durée, dans la chronologie théosophique. On y apprend qu'un Ego, par exemple, s'incarne dans un individu qui vivra, de la vie normale humaine, 70 ou 80 ans. Puis l'Ego restera 800, 900, 1.000 ans dans l'attente d'une nouvelle incarnation. Ce qu'il fera pendant ces siècles de repos, de sommeil, d'attente, l'expliquer nous entraînerait trop loin. La Société Théosophique existe, et le pourra dire à qui se montrera curieux de le voir expliqué. Continuons notre évolution de l'Ego. Le Moi, l'Ego, qui est parvenu, à travers l'immensité des siècles, à se libérer de sa carapace matérielle au point de n'être plus qu'Amour et Spiritualité, devient l'un de ces Mahatmas qui protègent l'Humanité, la secourent, la guident, ou plutôt, aident de leurs pouvoirs supérieurs l'évolution spirituelle de la Race humaine.

    *
    *  *

        C'est ainsi qu'un de ces Egos, d'une spiritualité plus haute encore que celles des Mahatmas, va, paraît-il, s'incarner d'ici vingt ou trente ans dans un homme, digne de le recevoir, et qui, à partir de ce moment, apparaîtra Dieu aux hommes, et dira le Verbe divin.
        Celui en qui l'on croit, en qui l'on suppose que s'incarnera le nouvel Instructeur du monde, est un jeune Hindou nommé Khrisnamurti. Un jour, à la suite d'une conférence que Mme Annie Besant vint faire à la Sorbonne, le Monde Illustré publia le portrait de Khrisnamurti, qui est un adolescent admirablement beau.
        La place nous manque, à présent, pour vous donner sur Khrisnamurti les mille détails qui vous le feraient paraître comme un être véritablement en dehors de l'humanité ordinaire, vivant tout entier dans sa préparation à la Divinité...
        Mais la place nous manque aussi pour entamer le plus passionnant des débats. Dresser, à côté, en face de ce Dieu futur, de cet être très sacré, tout de spiritualité immarscessible, un homme, un simple homme d'homme, de chair, de cœur et de cerveau, avec ses passions, ses rêves, les coups de massue de la vie ; et voir si, vivant, respirant, aimant, souffrant, résistant, renaissant chaque matin, battu, rossé, pétri, fouaillé, et continuant de résister, aimer, respirer et vivre, ce ne serait pas le simple homme d'homme qui serait le vrai Dieu...   

                                                                                    André ARNYVELDE.

    Le Monde illustré, 31 août 1912 (N°2892)


    votre commentaire
  • Le Guérisseur

     Traitement par l'esprit

         « Si l'on ne veut pas périr, il ne faut jamais appeler le médecin, ni prendre de remède. » Ceci n'est pas une boutade de Molière. C'est un des principes d'Antoine le Guérisseur. Et on le commente ainsi : « Il faut croire au Père, la foi en lui vous guérira quand médications et remèdes seront impuissants à assurer votre soulagement. » Ce culte antoniste est détestable et on ne saurait le juger avec trop de sévérité. Ces maximes, sur des cerveaux faibles ou en déséquilibre, ont la plus dangereuse influence. On en connait les résultats et la lamentable histoire de ce chiffonnier qui laissa mourir sa fillette en est une preuve nouvelle. Combien d'autres cas analogues se produisirent, qui équivalent, en somme, à des meurtres ou à des suicides !
        Il conviendrait pourtant de signaler la néfaste influence de ces thaumaturges, de ces sectes mettant en désarroi tant de mentalités en perpétuelle instance de détraquement. Ces traitements par la foi, ces espoirs de guérison par la seule opération de l'esprit du Père Antoine sont signature d'états mentaux très proches de l'aliénation.

         L'antonisme, en prêchant le renoncement, l'acceptation de la douleur comme le plus grand bien, en s'en remettant en toute autre chose à l'intervention du guérisseur, est, par la passivité qu'il impose à l'être humain, par ce fatalisme qui l'énerve, la doctrine la plus dissolvante à une époque où l'homme a déjà trop de tendances à l'aboulisme, à une époque d'âpres luttes où l'homme a besoin de toutes ses forces, de toute sa volonté pour combattre sa vie. Et, d'ailleurs, à quoi bon, ce culte nouveau, qui n'est qu'un reflet pâle et déformé des enseignements du Christ ?
        Sans doute, les antonistes prudents s'en tiennent au proverbe « Aide-toi, le ciel t'aidera » et, s'ils invoquent le Père dans la maladie, ils se montrent avisés en appelant le docteur. Mais les individus simplistes – qui sont le plus grand nombre – se soucient peu du médecin et se contentent de la prière. On connait les résultats d'un tel traitement. Assurément, il ne convient pas de dénier tout pouvoir à la prière, qui n'est que la plus intense expression d'un désir précis, non plus qu'à la foi, qui accomplit parfois d'extraordinaires guérisons. On en a, chaque année, à Lourdes, assez d'exemples certains pour qu'il soit permis d'affirmer leur puissance.
        Il arrive aussi que certains caractères, par leur maîtrise de soi, par un entraînement continu de leur volonté, arrivent à dominer leurs souffrances, à modifier même partiellement quelques états morbides. Il y a là une auto-suggestion assez puissante pour supprimer la douleur dans des cas où, d'ailleurs, une suggestion étrangère, hypnotique ou à l'état de veille, agirait identiquement. Mais c'est une action absolument individuelle n'ayant son plein effet que dans des circonstances déterminées, et il n'est pas besoin d'antonisme pour accomplir ces prétendus miracles, d'ordre très naturel.

          Ce qui est aussi déplorable, c'est la rage de prosélytisme de ces illuminés, c'est leur manie cultuelle. Qu'il s'agisse des scientistes, de certains cercles spirites ou des antonistes, le but poursuivi et les résultats sont les mêmes. Les uns croient agir sur les événements, les autres sur les hommes ; la plupart ont en vue, par des moyens empiriques, la guérison des innombrables maux dont souffre l'humanité. On veut croire – sans pouvoir absolument l'affirmer – que ces fondateurs ou ces rénovateurs sont désintéressés. Leur influence n'en est pas moins néfaste, car il n'est pas indifférent, qu'ils aient et qu'ils mettent les cervelles à l'envers par leurs pratiques mystérieuses et hors du sens commun. On peut, sans doute, leur accorder les circonstances atténuantes quand ils déterminent des pseudo-guérisons ou des améliorations d'états pathologiques fort guérissables tout seuls ou par d'autres moyens. Mais, quand ils cessent d'opérer discrètement et organisent une habile réclame, quand ils peuvent devenir une menace réelle pour la santé publique, – car le plus grand nombre va toujours aux charlatans qui font le plus grand bruit – il convient de mettre en garde contre le danger. Et ce ne sont pas les promoteurs conscients ou non de telles erreurs qui sont les moins coupables.

                                                                               XAVIER PELLETIER

     L'Intransigeant, 10 septembre 1912


    votre commentaire
  •  Fortschritte Der Medizin - V. 30-n°. 45-7 Nov. 1912 (p.1437-Referate und Besprechung)

    Allgemeines.

            Buttersack, Zur Psychologie der Massen.
            Zu den „interessanten Fällen“ gehört zweifellos der soeben verstorbene Heilkünstler  A n t o i n e  l e  g u é r i s s e u r  oder  Antoine le généreux. Der Mann war Arbeiter in einem Walzwerk gewesen und stand kulturell auf einer ziemlich niederen Stufe. Allein er übte auf seine Mitmenschen einen geradezu unheimlichen Zauber aus und vermochte ihnen die unglaublichsten Beschwerden hinwegzusuggerieren. Man konnte von ihm wirklich sagen: er machte die Blinden sehend und die Lahmen gehend. Das Eisen, meinte er, wird im Feuer schmiedbar, und er verglich das heiße Verlangen mit dem Feuer und den Glauben mit dem Schmiedehammer.
            Man schleppte ihn wegen unlauteren Wettbewerbs vors Gericht. Allein da er keinerlei Honorar annahm, mußte er freigesprochen werden. Die Gloriole dieses Prozesses machte einen Heiligen aus ihm. Man baute ihm einen Tempel in Jemmappes, und allerorten scharten sich seine Gläubigen zusammen. Ihre Zahl kam in Belgien jener der Katholiken bedenklich Nun ist er gestorben, und der Antoinisme wird sich allmählich wieder verlaufen. Für den Kulturhistoriker aber bleibt seine Erscheinung gleichwohl interessant. Sie fügt sich der langen Reihe ähnlicher nichtapprobierter Heilkünstler an, welche die Welt mit ihrem Ruhme erfüllten und sogar in Palästen Eingang fanden. Indessen, sie stehen keineswegs unvermittelt und vereinzelt in der Geschichte, stellen vielmehr nur besonders vom Glück emporgehobene Figuren aus dem Milieu der Okkultisten dar. Wenn es in Frankreich dermalen mehr als 10 000 Wahrsager und Wahrsagerinnen gibt, so mag das den aufgeklärten Schichten bedauerlich erscheinen; aber die bloße Tatsache, daß sie existieren und sich immer wieder ergänzen, beweist, wie sehr solche Persönlichkeiten dem Bedürfnis der Menge entsprechen.
            Die sogenannten Gebildeten sind nur eine dünne Schicht auf der Masse der Menschheit, und die wirklich Gebildeten eine noch viel, viel dünnere Oberschicht. Der geistige Horizont ist hier und dort so verschieden, die Standpunkte so gänzlich anders aufgebaut, daß eine Verständigung hinüber und herüber kaum möglich erscheint. Nur ganz gewaltige nationale und kulturelle Wellen machen sich durch die ganze Masse hindurch bemerklich, so die Kreuzzüge, die Religionskämpfe des Mittelalters, die Befreiungskriege von 1813 und 1870/71. Auch die naturwissenschaftlichen Fortschritte der zweiten Hälfte des XIX. Jahrhunderts sind allmählich in die breiten Schichten gedrungen und haben da allerlei Hoffnungen geweckt. Aber weil nicht alle Blütenträume reiften, so erfolgt die Rückkehr zu den dem Milieu angemessenen, weil aus ihm entsprossenen Heilkünstlern. Wundern wir uns deshalb nicht, wenn wir nach und nach Vertreter der Magie, des Mystizismus und Okkultismus in größerer Zahl und mit wachsendem äußerem Erfolg auftauchen sehen. Damit geht nur eine Prophezeiung von Balzac in Erfüllung.
    Im übrigen trifft das Urteil Napoleons I. noch immer zu: „La masse des hommes est faible, mobile parce qu'elle est faible, cherche fortune ou elle peut, fait son bien sans vouloir faire mal d'autrui, et mérite plus de compassion que de haine. *)

              *) Oeuvres littéraires de Napoléon Bonaparte. T. IV. Paris 1888. S. 496 ff. Maximes et Pensées.

    Fortschritte Der Medizin (V. 30-n°. 45), 7 Nov. 1912
    (p.1437-Referate und Besprechung)

     

    Traduction :

     Faits généraux

            Buttersack, Sur la psychologie des masses.

            Parmi les "cas intéressants" figure sans aucun doute le guérisseur Antoine le guérisseur ou Antoine le généreux, récemment décédé. L'homme avait été ouvrier dans un laminoir et était culturellement de niveau assez bas. Lui seul a jeté un sort presque mystérieux à ses semblables, et a pu leur dé-suggérer les maux les plus incroyables. On pourrait vraiment dire de lui : il a fait voir les aveugles et marcher les boiteux. Le fer, pensait-il, devient malléable dans le feu, et il comparait la prière chaude au feu et la foi au marteau de forge.
            Il a été poursuivi en justice pour concurrence déloyale. Le simple fait qu'il n'ait pas accepté d'honoraires, il dût être acquitté. La gloire de ce procès a fait de lui un saint. Un temple a été construit pour lui à Jemmappes [lire Jemeppe], et ses fidèles s’y sont rassemblés venant partout. En Belgique, le nombre de ses fidèles était alarmant par rapport à celui des catholiques. Aujourd'hui, il est mort, et l'antoinisme va progressivement disparaître à nouveau. Pour l'historien de la culture, cependant, son apparition reste intéressante. Il s'ajoute à la longue lignée de guérisseurs similaires non approuvés qui ont rempli le monde de leur renommée et ont même trouvé leur chemin dans les palais. Cependant, elles ne sont en aucun cas soudaines et isolées dans l'histoire, mais représentent plutôt des figures, particulièrement chanceuses, du milieu des occultistes. Le fait qu'il y ait plus de 10 000 diseuses de bonne aventure en France peut paraître regrettable aux yeux des classes éclairées, mais le simple fait qu'elles existent et se renouvellent prouve combien ces personnalités répondent aux besoins des masses.
            Les personnes dites instruites ne représentent qu'une mince couche de la masse de l'humanité, et les personnes réellement instruites sont une classe supérieure bien plus mince encore. L'horizon spirituel est si divers ici et là, les points de vue si complètement différents qu'une compréhension mutuelle semble difficilement possible. Seules des vagues nationales et culturelles assez énormes se font sentir à travers les masses, comme les Croisades, les batailles religieuses du Moyen-Âge, les guerres de libération de 1813 et 1870/71. Le progrès scientifique de la seconde moitié du XIXe siècle a également progressivement pénétré les larges couches de la société et suscité toutes sortes d'espoirs. Cependant, comme tous les rêves d'épanouissement n'ont pas mûri, le retour aux artistes guérisseurs appropriés à un certain milieu a été garanti, car de là ont germé des guérisseurs. Ne soyons donc pas surpris de voir les représentants de la magie, du mysticisme et de l'occultisme apparaître en plus grand nombre et avec un succès extérieur croissant. Une seule des prophéties de Balzac s'est ainsi bien réalisée. D'ailleurs, l'avis de Napoléon Ier est toujours vrai : "La masse des hommes est faible, mobile parce qu'elle est faible, cherche fortune ou elle peut, fait son bien sans vouloir faire mal d'autrui, et mérite plus de compassion que de haine."*)

             *) Œuvres littéraires de Napoléon Bonaparte. T. IV. Paris 1888. P. 496 et suivantes. Maximes et Pensées.

    Les progrès de la médecine (V. 30-n°. 45), 7 Nov. 1912
    (p.1437-Lectures et débats)


    votre commentaire
  • La robe révélée (Le Midi socialiste, 9 novembre 1913)

    La Robe révélée !

        Allons-nous avoir une polémique entre antoinistes ?
        Peut-être bien.
        Nous avons l'autre jour donné écho aux lamentations d'un correspondant occasionnel qui trouvait que ça se gâtait déjà chez les disciples du Père.
        En voici un autre qui nous écrit pour contester les dires du premier. Et à preuve, il cite les manifestations triomphales de l'antoinisme ces derniers temps : inauguration d'une salle à Spa, le 7 septembre, route Torrent ; consécration du temple de Souvret, le 21 septembre, avec le concours de la bonne Mère ; consécration du temple de Paris, le 27 octobre, toujours avec la bonne Mère.
        Notre premier correspondant affirmait que plus le culte antoiniste s'étendrait, plus l'anarchie l'envahirait puisqu'il n'admet ni discipline ni organisation intérieures.
        C'est une erreur à ce qu'il parait. Le culte antoiniste est parfaitement organisé. Il a un conseil d'administration « qui gère les affaires matérielles ».
        Quant à la question de la robe (entendez par là, l'espèce de redingote qu'endossent les antoinistes), « oui, le Père a dit qu'elle maintenait les frères et sœurs dans le bon fluide, confirme le contradicteur, mais il en est de même pour ceux qui ne la portent pas et qui pratiquent l'enseignement du Père ».
        Et il ajoute : « La barque ne va pas à la dérive, car la robe a été révélée par le Père, uniquement pour consacrer l'unité de l'ensemble. »
        Si la robe a, en effet, été révélée, on aurait tort d'insister sur cette histoire de barque !

    Le Midi socialiste, 9 novembre 1913


    votre commentaire
  • Un fonctionnaire antoiniste (Paris-midi, 25 juillet 1912)        UN FONCTIONNAIRE ANTOINISTE

        Un ancien président du conseil municipal, avec qui nous causions hier de ces antoinistes qui laissèrent mourir, faute de soins, un de leurs enfants malade, nous déclara avoir connu un haut fonctionnaire de la Ville, qui devait appartenir à cette secte.
        Un jour, en effet, que l'assemblée discutait des mesures les plus propres à enrayer une grave épidémie qui désolait la capitale, un des conseillers s'adressa à l'ingénieur en chef de la salubrité et lui demanda quel était son avis.
        Et le haut fonctionnaire de faire cette réponse inattendue :
        – Messieurs, toutes les mesures de prophylaxie que nous pourrons prendre ne seront que des palliatifs insuffisants. Car, si vous voulez connaître mon sentiment intime, les épidémies sont des manifestations du courroux céleste. Contre le microbe, il n'y a rien à faire, parce qu'il vient de Dieu...
        Il doit y avoir de nombreux fonctionnaires antoinistes...

    Paris-midi, 25 juillet 1912


    votre commentaire
  • De la superstition (La Petite République, 19 novembre 1913)Contes et Variétés

     Le coin des Paradoxes

     DE LA SUPERSTITION

         L'autre semaine, il fut question ici de cette érection à Paris d'un temple consacré à un dieu belge, le Père Antoine. C'est déjà bien loin, cette histoire-là. Il est advenu tant d'événements depuis l'autre semaine ! Chaque jour est un torrent écumant d'événements qui tombe sur le monde, le mouille copieusement, et puis va se jeter à l'Océan sans rives du Temps. Après chaque douche, d'aucuns restent éclaboussés plusieurs jours, et d'autres sont noyés, d'autres sont emportés par les nappes liquides, jonglés, déchiquetés dans le tourbillon des eaux, d'autres se sèchent et restent secs jusqu'à la chute du torrent suivant. L'érection du temple Antoiniste ne mouilla pas beaucoup de monde. A Paris, tout au moins. (Parce qu'en Belgique, ils sont cent vingt mille, qui croient à la divinité et aux pouvoirs miraculeux de l'ancien mineur de Jemmappe-sur-Meuse, devenu illuminé, puis apôtre, puis Dieu...) A Paris, il y eut un millier de fidèles à la cérémonie inaugurale. Et il y eut trois ou quatre miracles, à cette cérémonie. En multipliant le nombre des miracles par celui des fidèles (4 pour 1,000) on arrive à un total sérieux pour la Belgique (4 pour 120). Mais à quel total, sinon de miracles, tout au moins de fidèles, et sinon du père Antoine, tout au moins de saints, de fétiches, et de dieux, arriverions-nous, en vérité, si nous nous mettons à compter, tant en Belgique que par tout le reste du monde, ceux et celles qui attendent de la Providence, du Hasard, d'une salière renversée, d'un vendredi 13, ou d'un 13 tout court, d'un fer à cheval trouvé par terre, d'une roue de loterie, d'un pas fait sur une crotte de chien ou de chat, d'un trèfle à quatre feuilles, des pétales d'une marguerite, le bonheur ou le malheur, la réussite ou la guérison de la migraine ou du cancer, ou le succès d'un examen...
        La croyance au miracle est aussi vive et nombreuse de nos jours qu'aux temps préhistoriques, qu'en l'An mil. Elle revêt peut-être des formes plus discrètes. Sauf Lourdes, et cette cérémonie antoiniste, sauf les grandes fêtes religieuses des Arabes, des Indiens, et celles des tribus nègres, il n'y a plus beaucoup de manifestations collectives. Mais si l'on pouvait considérer l'humanité, de Mars, ou de la Lune, en y cherchant, dans le fouillis des allées et venues, les signes visibles des croyances et des superstitions, ah ! sapristi ! quel panorama que celui de tous ceux sur la planète qui attachent la destinée aux petits événements dits plus haut, salières, trèfles, crottes, médailles, et au fameux : « Touchons du bois » que les gens les plus cultivés et les plus distingués ne craignent point plus de dire et de mettre en pratique qu'un Botucudos n'hésite à baiser le pied de son dieu de bois peinturluré.
        Mais ce ton quelque peu sarcastique est-il de mise ? N'est-ce pas d'un esprit borné que de s'arrêter et de rire aux superstitions, les plus petites, même, et les plus niaises ? N'y a-t-il pas, derrière toutes, quelque chose d'éternel et d'invincible ? La croyance aux miracles, menus ou grands, de la salière renversée à la prière au Dieu dans son église, n'est-elle pas une disposition irrésistible de notre nature, et aussi, et surtout, le sentiment que nous ignorons tant de choses – sinon tout – qu'il est bien possible d'attendre l'imprévu, l'impossible... L’impossibilité d'hier étant parfois le tout à fait possible et le réalisé d'aujourd'hui.
        Certainement, c'est ce sentiment de l'inconnu, et de l'impossible devenu possible qui est consciemment au fond de la superstition des esprits distingués, et inconsciemment derrière les implorations des autres. Et ce serait tâche bien inutile que d'aller contre. La raison impuissante démonter les rouages de la vie et de la destinée est bien obligée de faire un petit coin dans les cerveaux les plus lucides, les mieux organisés, à l'espérance du prodige...
        Ce qui, seulement, semble possible, serait de répandre un peu plus le sentiment de nos puissances réelles, de nos richesses, et aussi que tous les pères Antoine du monde ne feraient pas de miracles plus grands et plus prestigieux que n'en peut faire l'homme lui-même s'il lui plaît. Entendons-nous. Il y a quelques années, un de mes amis fut atteint de diphtérie. Le médecin accourut, fit une piqure, en cinq minutes sauva de la mort le malade. Je me souvins alors avoir vu dix années avant mourir l'enfant d'un de mes voisins du même mal. Mais le sérum sauveur n'était point découvert alors. Je me souvins des prières lamentables de la mère, et de son poing levé au Ciel, à ce Ciel qui laissait son enfant se refroidir entre ses bras ! Il parut, il y a quelques années, un admirable livre du docteur Metchnikoff, en lequel ce savant disait – parmi cent autres choses grandes et surprenantes – que l'homme pourrait vivre cent cinquante ans de vie normale, moyennant un régime alimentaire mieux compris, et, je crois bien, l'ablation du gros intestin... Et nous n'ignorons pas toutes les guérisons qui seraient possibles, si les savants et les laboratoires avaient un peu de l'or qu'on dépense à entretenir des armées... C'est du côté de l'organisation humaine qu'il faudrait chercher la possibilité des vraies guérisons miraculeuses. Seulement, c'est un problème si vaste et si compliqué, et l'on a tant à faire, qu'il est plus expéditif de nier tout, ou de brûler un cierge, ou de s'en remettre aux pères Antoine de toutes dimensions. Nos superstitions et nos croyances sont moins le sentiment de notre impuissance devant l'inconnu ou devant la fatalité, que notre faiblesse ou notre paresse à chercher le salut possible dans le connu et dans le réel. N'en discutons pas. Il est manifeste que c'est infiniment plus simple de « toucher de bois » ou d'aller chez la tireuse de cartes que de retrousser ses manches, et sur l'enclume sociale, et de ses propres mains, par l'étude, l'action, le labeur et la tenace volonté, forger son propre miracle avec le fer terrestre.

                                                                                ANDRE ARNYVELDE.

    La Petite République, 19 novembre 1913


    votre commentaire
  • Cultes nouveaux (Paris-midi, 26 août 1930)

    Cultes nouveaux

        Léon Bailby (Intransigeant) dénonce une maladie qui fait des ravages parmi nos contemporains :

        On se sent un peu inquiet pour l'équilibre mental de nos contemporains. Partout on voit se fonder de petites chapelles, de petites religions. Parfois, elles ne réunissent qu'une quinzaine de fidèles : parfois, il s'en compte des dizaines de milliers ; je peux même écrire pour deux ou trois (comme le culte du Père Antoine), des centaines de milliers.
        L'Amérique est la terre bénie des « prophètes » ; sans doute parce que la vie y est plus standardisée, plus matérialisée encore qu'ailleurs. Alors, il y a dans les hommes « quelque chose » qui cherche à réagir, qui se débat et qui, dans l'ignorance, se jette sur le premier apôtre qui passe. C'est en Amérique. Oui. Mais, je le répète, chez nous, on pourrait citer cent groupes ou églises analogues, et qui trouvent autant de foi.

    Paris-midi, 26 août 1930


    votre commentaire
  • Antoine le Guérisseur (La Croix, 30 janvier 1921)

    FEUILLETON DU 30 JANVIER 1921

    Revue des revues

    Antoine « le Guérisseur »

        Sous le titre : « Un prophète contemporain », les Etudes du 20 janvier publient un article de M. Lucien Roure sur Antoine le guérisseur et sa secte. Antoine et les antoinistes ne méritent pas qu'on s'occupe d'eux ; mais il est utile de les signaler aux lecteurs catholiques pour les mettre en garde contre l'erreur.
        L'étude de M. Lucien Roure démontre abondamment qu'Antoine le guérisseur ne diffère pas des spirites, occultistes, théosophes, scientistes qui s'efforcent de mille manières à doter l'humanité d'une religion commode.
        L'antoinisme en particulier se signale par l'incohérence doctrinale la plus fantastique, ce qui n'empêche pas la secte de compter 18000 adeptes en Belgique et une vingtaine de temples en divers lieux.
        Nous citons le passage de l'article relatif à la vie d'Antoine le guérisseur.

        Le fondateur de la religion nouvelle, Louis Antoine, naquit à Flémalle-Grande, à quelques kilomètres de Liége. Depuis, le territoire de la maison paternelle a été rattaché à la commune de Mons-Crotteux. Les parents, gens pauvres et simples, eurent onze enfants. Le père était mineur. A douze ans, Louis Antoine commença à descendre dans la mine. Il se lassa vite de ce métier et se fit ouvrier métallurgiste. A vingt-quatre ans, il quitte la Belgique, travaille en Allemagne, puis près de Varsovie. Dans l'intervalle, il revient au pays épouser Jeanne-Catherine Collon. Un fils leur naquit en Prusse. En 1879, on le voit s'établir définitivement à Jemeppe-sur-Meuse. Louis Antoine rapportait un petit pécule. Il s'occupa d'assurances, puis devint concierge aux « Tôleries liégeoises ».
        En ce temps, une famille de Jemeppe s'adonnait au spiritisme. Dès la première séance, Louis Antoine est conquis. Vite, il constate qu'il a en lui l'étoffe d'un spirite. Il organise des réunions. Le public accourt. Sa femme et son fils le secondent avec ferveur. Tantôt assure-t-on, l'esprit du curé d'Ars, tantôt l'esprit du docteur Demeure se font les guides d'Antoine. En 1893, mourait son fils unique qui s'était toujours montré maladif et bizarre, et dont les parents s'étaient peu occupés. Il leur fit savoir après sa désincarnation qu'il était devenu pharmacien à Paris.
        Cependant Antoine commençait à donner des consultations médicales, mêlées de recommandations morales. L'esprit du docteur Carita se chargea d'abord de dicter les ordonnances. La vogue plus grande et la Société des « Vignerons du Seigneur (pourquoi les Vignerons dans un pays qui ne se distingue guère par la culture de la vigne ?) fut fondée.
        L'autorité personnelle d'Antoine s'accrut si. bien qu'il estima pouvoir se passer des esprits et s'établir lui-même guérisseur. Le remède préconisé contre toutes les maladies était une certaine liqueur Coune. Antoine fut poursuivi pour exercice illégal de la médecine, condamné, mais n'en devint que plus populaire. Il eut recours alors à l'eau magnétisée, puis au papier magnétisé qu'on trempait dans l'eau et qui lui communiquait les plus merveilleuses vertus thérapeutiques, puis aux passes, soit en particulier, soit en public. Finalement, il abandonna tous ces procédés, et demanda à la seule foi des malades le secret de toute guérison. Il se laissa proclamer Antoine le Guérisseur.
        Atteint lui-même d'une maladie d'estomac chronique, dont toute sa foi ne pouvait le guérir, il suivait un régime strictement végétarien. Il ne prenait ni viande, ni œufs, ni beurre, ni lait, rien qui provint d'un animal. Il a seulement confessé, avec humilité, en publie, que sa femme l'avait obligé quelquefois à manger de la viande quand elle le trouvait trop affaibli. Sa femme, d'ailleurs, est la Mère comme lui le Père. Elle partage l'autorité et le prestige de son auguste époux.
        Cependant la santé d'Antoine déclinait. Il avait déjà plusieurs fois annoncé sa désincarnation prochaine : on sentait qu'elle ne saurait beaucoup tarder. Est-ce à cette période de sa vie qu'il faut placer son changement de titre ? Au nom d'Antoine le Guérisseur, se substitue le nom d'Antoine le Généreux. Peut-être voulait-on éviter de laisser croire que l'antoinisme était tout entier dans le don de guérir et que ce don allait disparaitre avec Louis Antoine ? Au surplus, à partir de 1906, l'enseignement moral remporte de plus en plus. Antoine prend toujours davantage conscience de sa mission de révélateur. Le prophète mourait à Jemeppe, le 25 juin 1912 : il était âgé de 66 ans.
        La Mère a succédé au Père avec toutes ses prérogatives. En 1913, elle inaugurait le temple de Monaco au milieu d'une foule qui l'acclamait comme une puissance surhumaine. Elle est aidée par un certain nombre de propagandistes, hommes et femmes, qui président les assemblées et sont porter au dehors la bonne nouvelle.

    La Croix, 30 janvier 1921


    votre commentaire
  • Het Protestantisme in België (De Tijd, 6 Juli 1923)GEMENGDE BERICHTEN.

    Het Protestantisme in België.


        Onze Belgische correspondent schrijft d.d. 4 Juli:
        Zooals de lezers van „De Tijd” uit het hoofdartikel van 3 Juli vernamen, werd te Brussel plechtig de nagedachtenis gehuldigd van de twee Antwerpsche Augustijnermonniken, Hendrik Voes en Jan van Essen, die den 1sten Juli 1523 werden verbrand, wegens ketterij. Natuurlijk galmden daar de gewone dityramben ter eer van de vrijheid van gedachte, van godsdienst... een woord dat steeds zoo scheurend-valsch klinkt in den mond van Belgische liberalen. Wat de heeren Max, burgemeester van Brussel, Devèze, minister van oorlog, Lafontaine, de sociaal-democratische vice-president van den Senaat op dit feest kwamen verrichten, lijkt ons een raadsel. Moet men er een poging in zien, om weer door middel van propaganda voor het Protestantisme het Katholicisme te bestrijden; om Liberalisme met Protestantisme te versmelten?
        Dit zou volkomen strijden met den wezenlijken aard van het Belgisch liberalisme en het
    Belgische socialisme, die uitteraard godsdienstloos zijn: ja inderdaad godsdienst-bestrijders.
        Zal het zangen van liederen als „que Dieu se montre”, of „Dank en aanbidding zij onzen God” bij Minister Devèze de herinnering niet wakker geroepen hebben aan lang vervlogen dagen, toen hij, als naief congreganist in de Collegekapel vroom te bidden zat ter eere van Maria?
        Belangrijker dan de redevoeringen en de plechtigheid te Brussel is het artikel „Deux Martyrs” aan de twee slachtoffers der Inquisitie gewijd en verschenen in „Le Soir” van 26 Juni l.l.
        Dit artikel is in zulk blad zoo weinig op zijne plaats als een portret van Calvijn in een kennistent of de Pensees van Pascal in een keukenhoek. «Mr. Hijmans verhaalt hoe in de jaren 1873–1876 Emile de Laveleye, de welbekende schrijver over politiek, en het Gentsche liberale blad „la Flandre Liberale”, dat toen pas ontstaan was, het liberalisme naar het protestantisme wilden richten. Hun pogingen sloegen niet in bij de massa. Enkele liberalen, bewonderaars van de Geuzen der zestiende eeuw, waren „godsdienstig protestant”, sommigen wel door Nederlandschgezindheid beïnvloed.
        Paul Frederiq b.v. was kerkmeester van de Protestanten. Hij vooral heeft er zijne levenstaak van gemaakt, de Inquisitie te bestudeeren, hare slachtoffers te verheerlijken. Tot dat soort behoort ook de historicus Leonard Willems, de bekende Vlaamschgezinde.
        Het getal Protestanten is in België onbeduidend. Zij behooren tot de Evangelisch Protestantsche Kerk, tot de Vrijzinnig Protestantsche Kerk, of tot den Anglikaanschen Eeredienst.
        De bedienaars genieten de jaarwedden bij artikel 117 van de Grondwet aan de bedienaars der erkende eerediensten verzekerd.
        Vóór den oorlog was hunne propaganda beperkt tot het uitdeden van eenige bijbels of godsdienstige vlugschriften. Na den oorlog is de propaganda scherper geworden.
        In het jongste „Meinummer” van het uitstekend maandblad „Ons Geloof" klaagt een medewerker over het feit, dat de protestanten tot een onzer beste streken doordringen, o.a. in de Kempen, Oost-Vlaanderen en te Turnhout, onlangs verderfelijke geschriften van huis tot huis werden rondgebracht. Eerw. heer Van Tichelen antwoordde met een vraag naar documentatie. Ik ging op inlichtingen uit en vernam, dat tot no.g toe niet veel ingezonden werd. Slechts uit een tiental dorpen waren inlichtingen gekomen.
        De Protestanten verspreiden vooral de Evangeliën, hier en daar een brief van Paulus, naar den tekst van den Statenbijbel dus in een taal, die door onze volksmenschen niet gesmaakt wordt.
        Verder werden uitgedeeld: strooibriefjes over de vergiffenis van de zonden in Jezus bloed, zoo ongenadig-saai en suf dat onze menschen, die zoo wijd staan van de Calvinistische mentaliteit, ze niet lezen kunnen.
        Gevaarlijker zijn sommige strooibiljetten tegen de Heilige Mis.
        In West-Vlaanderen wordt ook gepredikt en op eenige dorpjes hebben zij enkelen, bij wie het Katholicisme maar een flauw pinkelend vlammetje meer was, medegesleept.
        Mijn zegsman – een optimist – vindt tot nog toe de propaganda lang niet gevaarlijk en meent dat zij een spoorslag worden zal om sommige Katholieken en geestelijken wakker te schudden teneinde degelijker onderricht aan 't volk te verschaffen.
        Natuurlijk komt voor het Katholicisme het gevaar niet van het Protestantisme, maar wel van het materialisme of het bijgeloof. Zoo telt het Antoinisme, de vereering van Antoine le Guérisseur, duizenden volgelingen. Reeds werd aan het Parlament erkenning van dien godsdienst gevraagd.
        Pater Adjuties Drieghe, die aan het Antoinisme een artikel wijdde in „Ons Geloof”, stelt vast, dat de leer van Antoine een halve bevrediging geeft aan het hart en dat het verlangen naar de gezondheid, welke den zieken zoo onverstoorbaar wordt beloofd, hen naar de Antoinistische tempels als naar een laatste reddingshaven drijft.
        „Dit verklaart „schrijft hij” waarom het Antoinisme vooral zijn aanhangers vindt onder de Walen. De schrijver van de godsdienstige Kroniek in het maandschrift „La Terre Wallonne” jammerde over den grooten opgang, welke het spiritisme maakt in die gewesten. „Gaat het zoo voort, beweert hij, dan staan we na korten tijd, in godsdienstzaken, op één lijn met den verachterden volksstam der Batokos.” In het Vlaamsche land, waar men, nog vele boeren vindt, die in God gelooven, maakte het Antoinisme tot nog toe weinig of geen adepten. En zoolang ons volk zijn Catechismus blijft kennen en onderhouden, bewaart het een krachtig inëntsel tegen de kinderachtige domheden van dit nieuw spiritualisme en het kennisspektakel zijner zoogezegde genezingen.”
        Antoine werd in 1848 te Mores-Crotteux geboren, was spiritist en één van die wonderdokters, die iedereen genas en dan ook zich zelf verbeelden ging, dat de geestvan God op hem rustte en over godsdienst en wijsbegeerte in den blinde praatte. Typisch is het wel, dat een socialist, geestverwant van J. Destrée, een dilettant-ingodsdienstzaken, Piérard, de verzoekschriften tot erkenning van den nieuwen godsdienst welwillend begroette (27 Mei 1921).
        Voor die heeren, zoowel voor Piérard als voor Hymans, is alleen Rome de vijand. Al wat dienen kan om Rome te ondermijnen, is welkom. Zij zullen wel Boedha begroeten, maar het Kruis van Jezus Christus laten zij uit de scholen wegruimen. Ik kan me Hymans wel verbeelden op een feest ter herdenking van de slachtoffers der Inkwisitie, doch niet op een huldebetoog ter eere van de martelaars van Gorkum. Met een ernst echter, dien wij bij den liberalen leider slechts zelden vinden, bepaalt hij hoe moeilijk het is te leven zonder zich ooit af te vragen waarom en wat de schikking en de reden tot bestaan der dingen is. Hij betreurt, dat de Katholieke Kerk in België de eenige Kerk is en oordeelt, dat het gemis aan godsdienstigen wedijver een oorzaak van zwakheid is.
        Is de liberale leider op weg naar het Protestantisme? Zal hij een deel van zijne partijgenooten medesleepen?
        Hymans als dominee, als predikant! – Och waarom niet? Hij is wel minister van Buitenlandsche zaken geweest.
        Op ieder tooneel kan men fantazeeren.
    *    *
    *
         Niet alleen in België, ook in Belgisch Kongo wordt door dé Protestanten een zekere bedrijvigheid getoond.
        Pater J. van Wing S. J. slaakte reeds in 1921 een noodkreet. Het getal protestantsche posten is in Belgisch Kongo ontzettend vermeerderd. Alhoewel er talrijke sekten zijn, staan zij in Kongo eensgezind tegen den Roomschen zendeling en hebben dit met elkaar gemeen, dat zij door den band ruim voorzien zijn van stoffelijke middelen.
        De meeste residenties zien er als aangename homes uit, vele scholen, dispensary's zijn degelijk ingericht. Sommige beschikken over mooie stoom- en motorbooten. Onder hen treft men zeer flinke, ernstige menschen aan. Zij werken rechtstreeks weinig in op de massa, doch vooral door middel van de school. Daar vormen zij onderwijzers, evangelische hoofden der plaatselijke gemeenten, ook wel bedienden en klerken. In katholiek opzicht oordeelde Pater van Wing het hoognoodig de Protestantsche propaganda te keer te gaan.
        De Katholieke Missies hadden erg te lijden onder sommige bestuursmaatregelen van den liberalen gouverneur Lippens en daar, zooals overal elders, is Rome de vijand voor de vrijmetselarij, voor het liberalisme.
        Toen in 1874 in het Januari-nummer van de „Revue de Belgique” de Laveleye aan ’t verslappend liberalisme den raad gegeven had zich op te monteren in eene verzoening met het Protestantisme of het oud-Katholicisme, antwoordde Schaepman in „Onze Wachter": „Doe maar, Professor, het ultramontanisme breng je toch niet ten onder, maar wel uw eigen liberalisme of protestantisme.”
        Hetzelfde kan men nu nog verklaren.

    De Tijd, 6 Juli 1923


    Traduction:

     

    DES MESSAGES CONTRADICTOIRES. 

     

    Le protestantisme en Belgique.


        Notre correspondant belge nous écrit le 4 juillet :
        Comme l'ont entendu les lecteurs de "De Tijd" de l'article principal du 3 juillet, Bruxelles a solennellement honoré la mémoire des deux moines augustiniens anversois, Hendrik Voes et Jan van Essen, qui ont été brûlés le 1er juillet 1523 pour hérésie. Bien sûr, les dithyrambes communs y sonnaient en l'honneur de la liberté de pensée, de religion... ...un mot qui sonne toujours aussi lacrymal dans la bouche des libéraux belges. Ce que sont venus faire à cette fête Messieurs Max, bourgmestre de Bruxelles, Devèze, ministre de la guerre, Lafontaine, vice-président social-démocrate du Sénat, nous semble un mystère. Devrions-nous assister à une nouvelle tentative de lutte contre le catholicisme par le biais d'une propagande en faveur du protestantisme ; de fusionner le libéralisme avec le protestantisme ?
        Cela serait en totale contradiction avec la nature essentielle du libéralisme belge et du Socialisme belge, qui est sans religion : oui, en effet, des guerriers de la religion.
        Le chant de chansons comme "que Dieu se montre", ou "Merci et adoration soit notre Dieu" avec le ministre Devèze ne va-t-il pas réveiller le souvenir d'un temps révolu, où lui, en congrégation naïve dans la chapelle du Collège, priait pieusement en l'honneur de Marie ?
        Plus important que les discours et la cérémonie à Bruxelles est l'article "Deux Martyrs" consacré aux deux victimes de l'Inquisition et publié dans "Le Soir" le 26 juin.
        Cet article a peu de place dans un magazine comme un portrait de Calvin dans une tente de la connaissance ou les Pensées de Pascal dans un coin de cuisine. "M. Hijmans raconte comment, dans les années 1873-1876, Emile de Laveleye, l'auteur bien connu en matière de politique, et la revue libérale gantoise "la Flandre Libérale", qui à l'époque venait à peine de voir le jour, ont voulu orienter le libéralisme vers le protestantisme. Leurs tentatives n'ont pas atteint les masses. Certains libéraux, admirateurs des mendiants du XVIe siècle, étaient "protestants religieux", certains d'entre eux étant influencés par les Hollandais.
        Paul Frederiq b.v. était le maître d'église des protestants. Il s'est surtout donné pour tâche d'étudier l'Inquisition, de glorifier ses victimes. L'historien Leonard Willems, le célèbre sympathisant flamand, appartient également à ce genre.
        Le nombre de protestants est insignifiant en Belgique. Ils appartiennent à l'Église protestante évangélique, à l'Église protestante libérale ou au service d'honneur anglican.
        L'article 117 de la Constitution assure aux ministres du culte reconnu des paris annuels.
        Avant la guerre, leur propagande se limitait à la publication de quelques bibles ou pamphlets religieux. Après la guerre, la propagande s'est affinée.
        Dans le plus jeune "Meinummer" de l'excellent mensuel "Ons Geloof" (Notre Foi), un employé se plaint du fait que les protestants ont pénétré dans l'une de nos meilleures régions, notamment en Campine, en Flandre orientale et à Turnhout, et que des écrits pernicieux ont récemment été apportés de maison en maison. L'Honorable M. Van Tichelen a répondu par une demande de documentation. Je me suis renseigné et j'ai appris que, jusqu'à présent, on n'avait pas envoyé grand-chose. Seule une dizaine de villages s'étaient renseignés.
        Les protestants diffusent principalement les évangiles, ici et là une lettre de Paul, selon le texte de la Bible des Etats dans une langue qui n'est pas goûtée par notre peuple.
        En outre, ils ont distribué : des tracts sur le pardon des péchés dans le sang de Jésus, si impitoyablement ennuyeux et somnolents que notre peuple, qui est si large de la mentalité calviniste, ne peut pas les lire.
        Plus dangereuses sont les notes éparses contre la Sainte Messe.
        En Flandre occidentale, ils prêchent également et dans quelques villages, ils entraînent quelques personnes, avec lesquelles le catholicisme n'est qu'une faible flamme vacillante.

        Mon porte-parole, un optimiste, ne considère pas que la propagande soit dangereuse et pense qu'elle va devenir un aiguillon pour réveiller certains catholiques et le clergé afin de fournir une instruction plus solide au peuple.
        Bien sûr, pour le catholicisme, le danger ne vient pas du protestantisme, mais du matérialisme ou de la superstition. C'est ainsi que l'antoinisme, le culte d'Antoine le Guérisseur, compte des milliers d'adeptes. Déjà, le Parlement a été invité à reconnaître cette religion.
        Le père Adjuties Drieghe, qui a consacré un article à l'antoinisme dans "Notre Foi", a noté que la doctrine d'Antoine donnait une demi satisfaction au cœur et que le désir de santé, si imperturbablement promis aux malades, les poussait vers les temples antoinistes comme s'ils étaient un dernier port de salut.
        "Cela, écrit-il, explique pourquoi l'antoinisme trouve ses adeptes parmi les Wallons. L'auteur de la chronique religieuse du magazine mensuel "La Terre Wallonne" se plaint de la grande montée du spiritisme dans ces régions. "Si les choses continuent ainsi", a-t-il déclaré, "après peu de temps, en matière de religion, nous serons au même niveau que la tribu arriérée des Batokos". Dans la campagne flamande, où il y a encore de nombreux agriculteurs qui croient en Dieu, l'antoinisme n'a jusqu'à présent fait que peu ou pas d'adeptes. Et tant que notre peuple continuera à connaître et à maintenir son Catéchisme, il gardera une puissante inoculation contre la stupidité enfantine de ce nouveau spiritualisme et le spectacle de ses soi-disant guérisons.
        Antoine est né à Mons-Crotteux en 1848. C'était un spirite et l'un de ces médecins miracles qui guérissaient tout le monde et imaginaient ensuite que l'esprit de Dieu reposait sur lui et parlaient de religion et de philosophie à l'aveugle. Il est typique qu'un esprit socialiste, apparenté à J. Destrée, un dilettante de la religion, Piérard, ait accueilli les pétitions pour la reconnaissance de la nouvelle religion (27 mai 1921).
        Pour ces Seigneurs, tant pour Piérard que pour les Hymans, seule Rome est l'ennemie. Tout ce qui peut servir à miner Rome est le bienvenu. Ils salueront Bouddha, mais ils feront retirer la croix de Jésus-Christ des écoles. Je peux imaginer Hymans lors d'une fête pour commémorer les victimes de l'Inquisition, mais pas lors d'un hommage en l'honneur des martyrs de Gorkum. Mais avec un sérieux que l'on trouve rarement chez le chef libéral, il détermine combien il est difficile de vivre sans jamais se demander pourquoi et quelle est la raison du règlement et de l'existence des choses. Il déplore le fait que l'Église catholique en Belgique soit la seule Église et juge que l'absence de rivalité religieuse est une cause de faiblesse.
        Le leader libéral est-il sur la voie du protestantisme ? Entraînera-t-il certains de ses collègues du parti ?
        Les hymnes comme pasteurs, comme prêcheurs ! - Pourquoi pas ? Il a été ministre des affaires étrangères.
        On peut fantasmer dans n'importe quel ton de voix.


    *    *
    *


         Non seulement en Belgique, mais aussi au Congo belge, les protestants font preuve d'une certaine activité.
        Déjà en 1921, le père J. van Wing S.J. avait lancé un appel au secours. Le nombre de postes protestants a énormément augmenté au Congo belge. Bien que les sectes soient nombreuses, au Congo elles sont unies contre le missionnaire romain et ont en commun d'être amplement dotées de moyens matériels par la bande.
        La plupart des résidences ressemblent à des maisons agréables, de nombreuses écoles et dispensaires sont bien équipés. Certains ont de beaux bateaux à vapeur et à moteur. Parmi eux, on trouve des personnes très grandes et sérieuses. Ils ont peu d'influence directe sur les masses, mais principalement par le biais de l'école. Ils y forment des enseignants, des chefs évangéliques de congrégations locales, mais aussi des serviteurs et des clercs. D'un point de vue catholique, le père van Wing estimait qu'il était hautement nécessaire d'inverser la propagande protestante.
        Les Missions catholiques ont beaucoup souffert de certaines mesures administratives du gouverneur libéral Lippens et là, comme partout ailleurs, Rome était l'ennemi de la franc-maçonnerie, du libéralisme.
        Lorsqu'en 1874, dans le numéro de janvier de la "Revue de Belgique", de Laveleye avait conseillé au libéralisme de s'assimiler à une réconciliation avec le protestantisme ou le vieux catholicisme, Schaepman avait répondu dans "Notre Gardien" : "Allez-y, professeur, ne faites pas tomber l'ultramontanisme, mais faites tomber votre propre libéralisme ou protestantisme".
        La même chose peut être expliquée maintenant.

    De Tijd, 6 juillet 1923


    votre commentaire
  • La lecture ''antoiniste'' (La Liberté, 29 juillet 1934)

    « TOI QUI VAS TES GUETRES TRAINANT »

    La lecture "antoiniste"

        C'est à l'angle des rues des Grands-Augustins et Christine.
        Une pancarte, modeste, apprend aux passants qu'ils peuvent assister, tous les jeudis, à 19 h. 30, gratuitement, à une lecture de l'Enseignement du Père. Tout le monde y est admis. On entre par la rue des Grands-Augustins ; pour les renseignements concernant le culte « antoiniste », c'est à la porte de la rue Christine qu'il faut frapper – porte qui est celle du laboratoire d'un fabricant de produits chimiques.
        La chapelle antoiniste est connue dans le quartier ; tous les gardiens de la paix de l'arrondissement vous l'indiqueront.

    *
    **

        Vous entrez, presque de plain-pied, dans une salle rectangulaire propre ce comme une salle d'opération, aux murs gris jusqu'à mi-hauteur et blancs dans leur partie supérieure, meublée de quatre bancs et d'une chaire, pareille à celle des instituteurs, recouverte d'un sombre tapis vert. Aux murs, un œil de bœuf et quelques inscriptions encadrées, dont une sur fond bleu : « Le Père, le grand guérisseur de l'humanité pour celui qui a la foi. » Autres inscriptions : « On ne doit pas parler dans la salle », « Pour comprendre l'enseignement du Père, il faut pratiquer les lectures », « Tout adepte qui fait payer sa prière n'est plus d'accord avec la loi divine », « L'enseignement du Père est basé sur l'amour, la foi et le désintéressement. Nous ne sommes divises que par l'intérêt » ; au-dessus de la chaire : « L'arbre de la science de la vue du mal » et, sur un tableau noir, d'autres principes de l'enseignement du Père.
         – Mais, me demandez-vous, de quel Père s'agit-il ? Je vous réponds : « Patience. »
        Cinq personnes attendent, dans la pénombre et le silence, l'heure de la lecture : quatre femmes qui, pour attendre, ne trouvent pas d'autre attitude que celle que l'on a dans les églises avant la messe ; un homme à longue barbe et longue chevelure – c'est, apprendrons-nous, un musulman de grande culture, qui fréquente régulièrement cette salle dont l'atmosphère lui est agréable.
        Les bruits du soir emplissent la rue. A l'intérieur, le silence.
        Sept heures et demie. Le « servant » gagne la chaire. Il a passé, par-dessus son costume de ville, une façon de redingote noire boutonnée jusque sous le menton, qui lui arrive au-dessus du genou et lui donne l'air d'un quaker. Sa femme garde la porte, dans son costume de « servante » : longue robe noire et sur la tête, un de ces petits chapeaux comme en portent encore les vieilles femmes du Nord et que l'on appelle, je crois, des « capelines ».

    *
    **

        Debout, le menton posé sur ses mains refermées, l'une recouvrant l'autre, le servant se recueille, prie.
        Il lit maintenant, dans la pénombre toujours, et nous notons, mal, au passage, quelques phrases de la lecture du jour : « Je dis que la solidarité est le principe de la création... Nous ne pouvons nous améliorer que par l'épreuve, sans laquelle il n'est pas d'avancement et, pour ce, le contact de nos semblables est indispensable : voilà la solidarité...
        La lecture terminée – elle dure un quart d'heure – tout le monde se retire.

    *
    **

        – Mais qui est le Père ?...
        C'est le « père Antoine », qui naquit à Mons-Crotteux dans la province de Liége, en 1846, de parents pauvres. Cadet de onze enfants, il accompagne tout jeune son père à la mine. Devenu ouvrier métallurgiste, il voyage en Allemagne et en Pologne... Il professe avec ferveur jusqu'en sa quarante-deuxième année, la religion catholique, s'applique à la pratique du spiritisme, puis, ayant enfin trouvé sa voie, crée en 1906 le Nouveau Spiritualisme. Il guérit ; aussi, ses adeptes l'appellent-ils « le guérisseur ». Il meurt en 1912, laissant une religion nouvelle que l'on enseigne, aujourd'hui, dans des temples. Le culte antoiniste compte trente-deux temples en Belgique, quatorze en France, dont deux à Paris : 34, rue Vergniaud et 49, rue du Pré-Saint-Gervais, – on en construit un à Saint-Etienne.
        L'enseignement du Père Antoine est contenu en deux volumes que l'on ne peut vendre qu'aux personnes éloignées des centres de lecture. Il se résume en dix principes, dont ces quelques phrases vous donneront une idée : « Vous ne pouvez faire la morale à personne. Ce serait prouver que vous ne faites pas bien. Parce qu'elle ne s'enseigne pas par la parole, mais par l'exemple », « Ne dites jamais que vous faites la charité à quelqu'un qui vous semble dans la misère. Ce serait faire entendre que je suis un mauvais père. Si vous agissez envers votre semblable comme un véritable frère, vous ne faites la charité qu'à vous-mêmes », « Tâchez de vous pénétrer que la moindre souffrance est due à votre intelligence, qui veut toujours plus posséder ».
        Ajoutons, avant de quitter la rue des Grands-Augustins, où je m'excuse de vous avoir retenu si longtemps, que le père Antoine a admis et développé la doctrine consolante, autant que chimérique, des incarnations successives.

                                                                         Marius RICHARD.

    La Liberté, 29 juillet 1934


    votre commentaire
  • Antoinisme (Le Petit Provençal, 7 août 1912)

    ANTOINISME

        On a lu l'histoire de cette petite fille que ses parents ont laissé mourir faute de soins, mais non faute de prières adressées à Antoine, le fameux guérisseur de Belgique, pays qui compte des milliers d'antoinistes.
        Faut-il être dépourvu d'intelligence, pour croire à la puissance curative d'un individu, se sont dit quantité de gens d'esprit, à la lecture de ce douloureux fait divers.
        Et parmi ceux qui ont formulé ce jugement, combien en est-il cependant qui n'évoquent pas, à l'occasion, sinon Antoine, du moins saint Antoine ?
        Pendant la longue agonie du Mikado, des milliers de Japonais, appartenant à toutes les classes de la société, magistrats, officiers, lettrés et simples ouvriers ou coolies, étaient agenouillés devant les portes du palais impérial en de ferventes prières.
        Ceux qui blaguent les antoinistes, n'ont eu aucune raillerie pour les Japonais ; de même, ils n'en ont aucune pour les illuminés de Lourdes et autres lieux de pèlerinage.
        Il en est ainsi, les chrétiens méprisent les adorations des juifs, des Arabes, des boudhistes, des Sioux, des nègres et ceux-ci leur rendent bien leur mépris.
        Au fond, toutes les religions, presque et y compris l'antoinisme, reposent sur une même base : la superstition. - N.

    Le Petit Provençal, 7 août 1912

     

        Prière de remettre l'article dans son contexte historique quant à certains termes utilisés par l'auteur.


    votre commentaire
  • Spiritisme et Antoinisme (La Croix 23 janvier 1912)

                   FEUILLETON DU 23 JANVIER 1912

    Spiritisme et « Antoinisme »

        « Le spiritisme, voilà l'ennemi », disait en 1901 le docteur Surbled, dans ses Notes critiques sur le spiritisme. Il concluait ainsi la réfutation d'une thèse qui venait d'être émise par le R. P. Lescœur, dans La Science et les faits surnaturels. Partant de ce principe que « les faits spirites sont démoniaques », il prétendait voir dans cette doctrine « un témoignage nouveau et précieux en faveur du surnaturel » et « la base d'une apologétique nouvelle ». Le spiritisme, on le sait, est un système qui a pour but « de nous mettre en rapport avec l'autre monde, d'établir un commerce entre nos esprits et les esprits désincarnés » de nos défunts. S'il est vrai, ne prouverait-il pas l'existence de l'au-delà ?
        D'abord, on oublie, ou plutôt on se persuade difficilement que, malgré toutes les prétentions et tous les désirs, ce problème angoissant ne peut pratiquement s'environner ici-bas de clartés essentiellement nouvelles. Et cependant, c'est l'Evangile qui nous le dit. Ne fut-il pas refusé au mauvais riche enseveli dans les flammes de d'enfer d'aller vers ses frères pour témoigner de l'existence d'une vengeance éternelle ? « S'ils n'ont pas écouté Moïse et les prophètes, ils ne croiront pas plus au témoignage d'un ressuscité », lui fut-il répondu. (Luc, xvi, 31.)
        Si le spiritisme est vrai, disions-nous. Probablement, il ne l'est pas. Pour le Dr Surbled, les faits spirites ne sont pas prouvés. La plupart d'entre eux sont supercherie, et devant ceux qui pourraient avoir quelque apparence de vérité, « il ne faut pas conclure trop vite au surnaturel ». Ils ne répugnent pas absolument à toute explication naturelle et la science n'a pas dit son dernier mot. Comment s'en assurer ? « Les spirites sont toujours dans la coulisse. »
        Ces affirmations ne constituent point un paradoxe. C'est la pensée de la Revue Thomiste, de M. Fonsegrive, du R. P. de la Barre, et les Etudes du 20 février 1898, louant justement cette attitude de l'auteur, remarquent très judicieusement que « ce sont deux excès également funestes à la science que de voir partout l'action sensible du diable ou l'intervention extraordinaire de Dieu et de ne les apercevoir nulle part ». Ne serait-il pas plus vrai de dire que « le diable ne se trouve pas dans les tours », mais « dans la doctrine » qu'il répand toujours, on en conviendra, par l'intermédiaire de médiums, sujets « d'une organisation faible et sensible », et « dans les infâmes et ténébreuses menées des spirites » qui les croient par principe en communication avec lui. En voici une preuve.
        Si un jour vous voyagez en Belgique, aux environs de Liége, peut-être rencontrerez-vous un de ces commis qui se dira très honoré de vous faire connaitre un certain Louis Antoine, une célébrité déjà et qui mérite d'être plus connue. Quoi d'étonnant ? « Il prétend avoir découvert le remède à tous les maux du corps et de l'âme. » Mais vous ne vous y tromperez pas, et vous ne serez pas étonné en apprenant que M. Antoine fut un adepte du spiritisme. Le métier de guérisseur est aussi vieux que le monde. Les faits répandus par cette secte, l'évocation des morts, l'engouement populaire pour des panacées de toutes sortes était et est encore en pleine vogue au sein des nations païennes. Mais depuis l'origine, à quel chiffre s'élève le nombre des soi-disant « miraculés » ? Tout en esquissant un geste de défiance, satisfaisons un peu une légitime curiosité, car un travail paru récemment dans la Tribune apologétique (1911, nos 35, 36, 37, 38) nous permet de voir l'original à l'œuvre.
        Rien de saillant ne caractérisa la jeunesse d'Antoine. Cependant, remarque d'une certaine importance quand il s'agit d'un extravagant, il fut accablé d'une maladie d'estomac après son mariage, et jusqu'à quarante-deux ans il resta un catholique pieux qui « aimait à se recueillir profondément et à élever son cœur vers Dieu ». Après la mort de son fils unique, âgé de vingt ans, M. Antoine apprit « que le spiritisme fournissait aux vivants le moyen de converser avec les morts ». Une telle perspective ne manquait pas de charme. Il fréquente donc les séances et, en effet, il entend la voix du cher disparu lui apprendre « qu'il était devenu pharmacien à Paris ». M. Antoine connaissait le premier dogme du spiritisme : la réincarnation des esprits. Cette révélation l'orienta dans une voie nouvelle.
        Ainsi, nous trouvons bientôt M. Antoine à la tête des « Vignerons du Seigneur ». Déjà « il édite un catéchisme spirite ». Sa maison devient un centre où, « à 10 heures du matin ou à 15 heures de l'après-midi », il évoque les âmes des morts « errantes autour de nous » et peuplant l'atmosphère. Certes, M. Antoine et les médiums formés par lui n'étaient pas des évocateurs de dernier ordre. Ainsi, par leur intermédiaire, on put converser avec Mgr Doutreloux, évêque de Liége, et avec le Pape Léon XIII qui, dit-on, « parlait un français négligé avec un fort accent wallon ».
        Le fils de M. Antoine, devenu pharmacien à Paris, s'était-il, durant sa vie errante, concilié les esprits de médecins célèbres, en faveur de son père ? Cela est très possible. Nous voyons en effet celui-ci en relation avec « un certain docteur Carita qui lui aussi faisait ses ordonnances en wallon », et bientôt instruit de « tous les secrets de la médecine », il publie dans son prospectus répandu jusque dans les villes d'eau comme Vichy, Nice, Monaco, qu'on trouve chez lui « le soulagement de toutes les maladies, afflictions morales ou physiques ».
        Mais, semble-t-il, un travail secret se produisit dans le cerveau de M. Antoine. « Il se persuade un jour qu'il pouvait se substituer au docteur Carita, émettre des prescriptions, formuler des conseils d'hygiène combinés avec des recommandations morales. Les femmes du peuple ne purent renoncer à expérimenter ses remèdes sur leurs enfants ; et il ne fallut rien moins que sa vie retirée, charitable, son régime de végétarien nécessité par sa maladie d'estomac pour lui créer une réputation de saint. Voyant son autorité grandir aussi rapidement, « le guérisseur crut pouvoir dorénavant se passer de l'aide des esprits. Peut-être connaissait-il mieux que ses « frères et sœurs en humanité » la valeur du docteur Carita et des autres messieurs qui, à son appel, surgissaient de dessous les guéridons et rendaient des oracles ». M. Antoine se sépare donc du spiritisme classique qui fulmine sur lui l'excommunication. « Vers 1906, il ébaucha « le nouveau spiritualisme », qui remplace les esprits par les fluides. » A l'exemple d'Allan Kardec, dont il connaissait la vie et les doctrines, il se sentit l'audace de fonder aussi une école, en se proposant « de guérir les corps et d'endoctriner les intelligences par ses propres moyens ». Etait-il sincère ? Pourquoi pas ? au moins au point de vue des motifs qui l'éloignaient du spiritisme. Pourquoi prendre la peine d'invoquer les esprits pour tromper, puisque des forces de la nature jadis inconnues peuvent rendre raison des faits merveilleux qu'il produit. S'il en avait l'occasion peut-être M. Antoine, à titre de confidence, donnera-t-il raison au docteur Surbled.
        Notre guérisseur possédait-il cette force ? Qu'importe. Il n'avait plus à douter de la crédulité populaire. Tout lui était permis. « L'Antoinisme se dessinait : » Son auteur pouvait désormais se ménager et simplifier son moyen d'action. C'est ce qu'il fit. Se souvenant que, d'après le sentiment populaire, « un médecin est un homme qui ordonne des bouteilles », il répand la liqueur Coune découverte chez un pharmacien. La justice le condamna « pour exercice illégal de la médecine ». C'en était assez pour que le peuple, soupçonnant la jalousie « des docteurs diplômés », se rapprochât d'Antoine qui remplace cette liqueur par des bouteilles d'eau magnétisée et dosée « d'après les dispositions du patient ». Il fallut bientôt tout un personnel pour aller puiser de l'eau et se relayer. C'était trop de peine que d'avoir à faire sortir de son être, au moyen de contorsions et devant chaque bouteille, les effluves du fluide générateur. De petits morceaux de papier sont magnétisés à l'avance, il suffit de les plonger dans un verre d'eau. « Mais la médication de M. Antoine se spiritualise de plus en plus. Il élabore une vague théorie de la foi et des fluides. » « Tout guérisseur quelque peu expérimenté sent la foi du malade et peut lui dire : « Vous êtes guéri. » Il coupe littéralement le fluide qui le terrassait, c'est-à-dire son imagination ; il ne va pas directement au mal, mais à la cause. »
        La clientèle du guérisseur se développe, car il est obligé « d'imposer les mains à plus de cinquante personnes par heure ». Sa générosité lui élève un vrai temple. C'est là que chaque dimanche le « bon Père », après s'être recueilli dans la prière, apparaît au milieu d'une tribune. En se composant « une tête hiératique » et « un air inspiré », il étend les bras, remue les doigts pour répandre sur la foule des fidèles « tout le fluide qu'il a emmagasiné par sa prière ». Ceux qui ont la foi sont guéris. Telle est la dernière phase des évolutions d'Antoine le Guérisseur. A vrai dire, M. Antoine n'a jamais réussi qu'à relever le courage des malades et souvent à les condamner à une mort prématurée en remplaçant le médecin par la foi en sa personne. M. Antoine s'efforça inutilement de ressusciter un mort. Un fait également certain, c'est que les brochures antoinistes ne mentionnent aucun cas de guérison.
        M. Antoine aime à se croire « le Messie du XXe siècle, venu en mission pour régénérer l'humanité ». Aussi, pour faire des progrès, faut-il ne pas douter de lui et recevoir les révélations pleines d'incohérences et de blasphèmes qu'il « confectionne » en son nom propre. Ce n'est pas Dieu qui est créateur, mais Adam. Parcelles de Dieu, nous ne lui devons aucun culte. Mais nos adorations doivent aller au démon, notre « mère », « le mauvais génie cause de tous les maux, parce qu'il abrège nos souffrances ». On ne s'étonnera pas alors de sa morale qui n'accepte aucune loi divine, ni l'existence du mal, celui-ci n'étant « qu'un aspect de l'évolution des êtres », selon leur nature, et une condition de progrès.
        En voilà assez pour juger M. Antoine. Il n'a pas de morale. Oui, « le diable n'est pas dans les tours, il est dans la doctrine ». Et, pour s'être séparé des esprits, notre prophète ne subit pas moins l'influence du démon. Elle n'est pas étrange cette influence de Satan sur la pensée des hommes. Elle est du ressort de sa puissance naturelle. C'est ce qu'a heureusement montré M. Irmin Sylvan dans son livre paru récemment Le Monde des esprits (1), où, « dans un style consciencieux et clair, il s'est donné pour mission de faire connaître au grand public les hôtes de l'invisible ». Nous aurions aimé y rencontrer une étude rapide de l'âme séparée ; elle eût été très utile pour la lecture de la seconde partie du livre consacrée à un examen de l'hypnotisme et du spiritisme d'après les meilleurs documents. Quoi qu'il en soit, nous nous faisons un devoir de recommander cette lecture à tous ceux qu'intéressent les questions d'occultisme.
        M. Antoine est un prophète ; plusieurs fois, il a annoncé le jour de sa mort, mais il était toujours vivant le lendemain. Cependant, il décline et songe sérieusement à transmettre ses pouvoirs à des sujets aptes à manier les fluides. Désormais, « il va s'appeler Antoine le Généreux ». Ses successeurs auront-ils son succès ? On peut en douter, car ils n'ont point connu le spiritisme. Si M. Antoine était de bonne foi, seront-ils de même ? S'il était un mystificateur, comme lui, iront-ils jusqu'au bout ? Nous pouvons toujours affirmer qu'au terme de la mission d'Antoine le Guérisseur, l'humanité n'est point encore régénérée, que rien n'est changé en elle. Aussi souhaiterions-nous pour son bien, qu'à la veille de mourir M. Antoine, devenu le Généreux, suive l'exemple de l'illustre Home et déclare qu'il n'a été toute sa vie qu'un « vulgaire charlatan ».

                                                                                           C. GIRY.

    (1) Le Monde des esprits, par IRMIN SYLVAN. H. Daragon, éditeur, 1 vol. in-18 de 309 pages, 3 fr. 50.

    La Croix, 23 janvier 1912

     

        Voici le lien pour accéder au livre Le monde des esprits : pneumatologie traditionnelle et scientifique, par Irmin Sylvan, Éditions H. Daragon (Paris), 1911. En le parcourant rapidement, on comprendra vite que l’auteur entend les thèses d’Allan Kardec, qui y est rebaptisé Léon-Hippolyte-Denizard Rinail (sic.), uniquement que comme un succédané de la réforme protestante et, donc, en cela déjà condamnable par principe (cf. les livres de René Guenon sur le sujet L'Erreur spirite et le Théosophisme, de Lucien Roure, ou encore l’article de Jean Revel dans le même journal qui conclut : « Par la voie du protestantisme, nous sommes amenés au satanisme. Et c'est ce qu'on nous appelle... le nouveau spiritualisme ? »).


    votre commentaire
  • Chronique de la Semaine (Le Grand écho du Nord de la France 30 juin 1912)

      Chronique
                   de la Semaine

        Il n'y a plus de « prophètes ». Le dernier vient de succomber ou, comme disent ses disciples, de se « désincarner », car vous pensez bien qu'un prophète ne peut mourir tout simplement comme vous et moi. Le « désincarné » se nommait Antoine prosaïquement, mais ses fidèles l'appelaient « le Père ». Entendez bien qu'ils ne disaient pas le « Père Antoine », ce qui eût évoqué un mauvais calembour et eût nui au prestige du Prophète, mais « le Père » tout court. Cela vous a une tout autre allure.
        « Le Père » avait commencé modestement par être employé d'usine, puis encaisseur ; il s'était ensuite occupé d'assurance et ne s'était établi prophète, fondateur de religion, thaumaturge et guérisseur que sur le tard. Mieux vaut tard que jamais, n'est-ce pas ? Antoine avait mieux réussi comme prophète que comme employé. Il avait fondé le culte antoiniste, réuni des milliers d'adhérents – une pétition présentée au Gouvernement belge pour que la religion nouvelle fût reconnue par l'Etat, recueillit, paraît-il, cent mille signatures, – et bâti un temple à Jemmapes. C'est dans ce temple qu'il a été « désincarné » par une attaque d'apoplexie, non sans avoir eu le temps de léguer sa succession à sa femme : « la Mère », qui, annonce un avis officiel, continuera sa mission. « Mère montera à la tribune pour les opérations générales, les quatre premiers jours de la semaine, à dix heures ».
        Cette phrase évoque invinciblement le souvenir de l'épitaphe fameuse : « Sa veuve inconsolable continue son commerce, à la même adresse, rue... », dont on se gaussa jadis.

    *
    *   *

        Il y eut de tous temps des thaumaturges, et Antoine ne terminera pas la série ; d'autres viendront qui connaîtront comme lui les succès, la gloire. Mais Antoine nous intéresse spécialement parce que son « temple » était voisin de notre région et que le « Culte antoiniste » avait des adeptes chez nous.
        Récemment, aux environs de Caudry, on mena grand bruit autour d'une fillette impotente qui s'était bien trouvée, paraît-il, d'un voyage à Jemmapes. On allait la voir de tous côtés et elle contait volontiers son histoire aux visiteurs. Antoine y gagna assurément quelques adhérents dans notre région. On allait d'ailleurs en foules nombreuses à Jemmapes. Notre époque se targue volontiers de scepticisme, voire d'incrédulité ; ce n'est qu'une apparence. Au fond, les hommes sont restés, en 1912, ce qu'ils étaient il y a des siècles et des siècles. Ils le sont restés moralement et physiquement. Ne vient-on pas de nous révéler, d'après de très sérieuses constatations scientifiques et médicales que « les hommes des cavernes », ces ancêtres très éloignés, étaient arthritiques ? Que des Egyptiennes momifiées portaient des stigmates très nets d'appendicite ? Voire que la neurasthénie sévissait à l'âge de pierre ? – déjà ! Les lésions tuberculeuses ne sont point rares sur des cadavres vieux de milliers et de milliers d'années. Toutes les maladies que nous avons coutume d'attribuer à notre époque, d'imputer à notre civilisation avancée, tourmentaient déjà nos sauvages aïeux. La caverne creusée dans le roc, la vie en plein air, purement animale presque, ne les en défendaient pas.

    *
    *   *

        Et quand la « Mère » montera, les quatre premiers jours de la semaine à la tribune, pour les opérations générales, ne croyez-vous pas qu'elle aura un petit air de ces pythonisses antiques, dont la tribune était un trépied ? On les soupçonne d'avoir connu maints secrets scientifiques que nous avons redécouverts : peut-être, par exemple, l'électricité leur était-elle familière, comme à nous. Certaines descriptions, données par les auteurs grecs, permettraient, du moins, de le supposer, sans faire la part trop large à l'imagination. Que savons-nous, d'ailleurs, de la vie antique ? Fort peu de choses. Il n'est venu jusqu'à nous qu'un nombre minime d'écrits, de rares manuscrits. Les arts – si parfaits que nous les admirons encore, sans pouvoir toujours les égaler – des civilisations disparues ne s'accommodaient point, assurément, d'une culture générale médiocre. Et pourquoi serait-il déraisonnable de supposer que, scientifiquement, les contemporains de ces artistes ne leur étaient point inférieurs ?
        Ce sont là des problèmes sur lesquels notre amour-propre n'aime guère méditer. Il nous plaît de nous croire supérieurs à ceux qui vécurent avant nous. Nous avons inventé le Progrès pour nous persuader plus facilement de cette supériorité dont nous nous enorgueillissons. Et nous allons répétant sans cesse : « l'Humanité marche ». Est-ce bien certain ? Peut-être tourne-t-elle simplement comme les vieux chevaux des manèges paysans. Chaque génération nouvelle condamne ce que la précédente avait érigé en dogme, et réhabilite ce qu'elle avait condamné. Ne lisais-je pas, l'autre jour, que d'éminents médecins n'étaient pas éloignés d'en revenir à la théorie des humeurs, dont Molière se moqua si fort en caricaturant les Diafoirus de son temps !
        Alors ?... Après tout, la vie est si courte que, peut-être, vaut-il mieux laisser aux hommes leurs illusions. Les moins intelligents d'aujourd'hui se croient de bonne foi, très supérieurs aux plus éminents d'autrefois. Pourquoi, diable essayer de les détromper ? Y réussirait-on, au surplus ?

    Le Grand écho du Nord de la France, 30 juin 1912


    votre commentaire
  •       CHEZ LES MYSTIQUES

                 Une visite
    au berceau de l'Antoinisme

        Au moment où les regrettables incidents dont fut victime le curé de Bombon attirent de nouveau l'attention sur les petites religions qui vivent à côté des grandes, peut-être est-il curieux de s'initier à d'autres sectes organisées, en un temps de plus en plus propice au miracle mystique. Parmi les plus suggestives pour le psychologue se trouve la secte antoiniste, d'abord à cause de l'humilité de ses origines : Antoine, ouvrier mineur, n'avait qu'une instruction rudimentaire, et sa femme ne sait ni lire ni écrire ; à cause aussi de son développement insolite et de la prétention d'un certain nombre de ses membres à faire reconnaitre l'antoinisme à l'instar d'un culte officiel par le gouvernement belge.
        Aussi, me trouvant à Liège ces jours passés, une naturelle curiosité m'a incité à un court déplacement pour aller à Jemeppe-sur-Meuse, berceau de l'antoinisme, retrouver les traces de la prédication d'Antoine le guérisseur, et assister à la cérémonie qu'accomplit en personne, les trois premiers jours de la semaine, la mère, dépositaire des rites et du pouvoir du père, depuis que ce dernier a quitté notre terrestre séjour, tout en conservant d'ailleurs pour ses fidèles la direction spirituelle de son culte. Je ne puis en cet aperçu rapide que noter aussi la progression rapide desdits pouvoirs spirituels : d'Antoine le guérisseur à Antoine le saint, puis le prophète, messager d'une révélation définitive, l'ascension s'est faite normalement, par l'enthousiasme progressif et organisé des premiers disciples.
        Intéressante à étudier serait encore l'évolution intellectuelle, si l'on peut dire, d'Antoine, d'abord féru d'hypnotisme et de spiritisme, dont il exploitera tout d'abord la soi-disant mystérieuse puissance, pour renier plus tard ces mêmes croyances, le jour où il a découvert et organisé en doctrine sa théorie des fluides, dont l'influence bienfaisante ou malfaisante réside au même titre dans les objets de la nature comme dans nos actes personnels. De ces fluides, Antoine a reconnu la merveilleuse puissance ; il s'est, en autre, reconnu le pouvoir de la capter pour la répandre généreusement et gratuitement sur les infortunés, de plus en plus nombreux, qui lui demandaient aide, et que longtemps, affirme-t-il, il reçut et soigna individuellement. Leur nombre s'accroissant chaque jour avec sa propre renommée, il s'avisa que le fluide, étant immatériel et d'ailleurs d'essence divine, ne pouvait épuiser sa force en se prodiguant en même temps à des collectivités. Il suffisait que les croyants s'assemblassent à la même heure, dans un même lieu consacré. De là, l'idée du premier temple antoiniste, édifié à Jemeppe, et bientôt suivi de beaucoup d'autres : leur nombre en Belgique et en France atteint, m'a-t-on dit, la trentaine. Dès ce moment aussi naquit le rite qu'Antoine avait fixé, et dont les antoinistes observent scrupuleusement le cérémonial.
        Pendant que je me hâte moi-même vers le temple antoiniste, car l'opération est à dix heures précises, et le fluide transmis par le père ne peut attendre, je coudoie une foule hétéroclite qui se presse en remontant la grand'rue du petit village minier : ménagères portant leur panier au bras ou traînant après elles leur marmaille : antoinistes hommes et femmes, reconnaissables au costume bizarre qu'ils arborent et qui, paraît-il, fut adopté par le père ; les hommes vêtus d'une lévite noire, le chef recouvert d'un tuyau de poêle étrange, fortement évasé par le haut ; les femmes, vouées au noir elles aussi, manteau noir, petit bonnet à ruches de même couleur, d'où tombe parfois un grand voile qui leur donne l'apparence de religieuses d'un tiers-ordre, à moins que ce ne soit d'une troupe éplorée de veuves !
        Dans le temple nu, sur les murs duquel sont placés de nombreux rappels au silence, la même symphonie de deuil se perpétue : une longue tenture de cette couleur pend de la tribune où tout à l'heure apparaîtra la mère : une figure symbolique y est brodée en fils d'argent : c'est l'arbre de la science de la vue du mal (!) avec de nombreuses ramifications s'échappant du tronc.
        Un silence lourd d'attente, et comme angoissé du miracle qui se prépare, et que, mue comme par un ressort, annonce l'une des veuves qui s'est levée au premier banc : « L'opération va se faire ; ranimez votre foi ; ceux qui auront la foi seront guéris. »
        A peine s'est-elle rassise que, par une porte basse masquée dans la muraille et de plain-pied avec la tribune surélevée, la mère elle-même a fait son apparition : figure osseuse de paysanne matoise et obstinée, le front barré d'une ride volontaire, encore très alerte malgré ses 74 ans bien sonnés ; elle s'est mise en prières, les yeux levés vers le ciel, ses mains noueuses repliées l'une sur l'autre massivement. Que marmonne-t-elle entre ses dents ? Seuls les initiés pourraient y reconnaitre un appel au père, sous l'invocation duquel toute la cérémonie est pratiquée. Un seul mot m'en parvient à peu près distinctement : Miséricorde ! Il annonce que le moment est venu de lancer l'influx libérateur, qu'attendent à la même minute, je pourrais dire à la même seconde, car le fluide ne connait pas les misérables obligations de nos lois physiques, les antoinistes croyants, réunis dans leurs temples. Le visage maintenant crispé et douloureux, les mains noueuses ramenées vers le corps et rejetées en avant par un mouvement contraire, il semble que l'opératrice veuille, en ce geste symbolique, attirer sur elle toute la misère du monde et insuffler à l'assistance la force primordiale capable d'assurer de triomphe sur le mal, physique ou moral, cet éternel ennemi de l'humanité douloureuse. « Ranimez votre foi ! » Les antoinistes courbent la tête pour mieux recevoir l'influx libérateur. Quand ils la relèvent, la vieille femme a disparu comme par enchantement par la même porte dérobée et l'assistance a déjà commencé sur un ton de mélopée les dix principes du père, ou plutôt la révélation des dix principes de Dieu par le père. Dieu parle ! annonce l'opuscule que j'ai acheté et qui les contient, et, sans, vouloir accuser Antoine de blasphémer, disons seulement que le dieu qu'il fait parler n'a rien de la majesté redoutable de Jéhovah dictant à Moïse les dix commandements parmi les éclats de tonnerre et des épouvantements du mont Sinaï.
        Le dieu qui parle ici est un dieu familier créé à l'image de celui qui l'interprète et qui lui prête son langage quelque peu obscur, parfois même incorrect. Ce dieu qui s'exprime par la bouche du père prêche à coup sûr une morale utile à tous les hommes, puisqu'il recommande la charité, y compris la gratuité de tous les services divins et humains, qu'il insiste sur la tolérance, blâme tout prosélytisme de paroles, et insinue fort justement qu'il est bon de nous efforcer de le voir dans celui que nous croyons être notre ennemi, car c'est notre propre image que nous renvoie celui à qui nous prêtons nos mauvaises pensées personnelles. La leçon est souvent profitable.
        Mais c'est certainement à Antoine que revient en propre cette défiance de l'intelligence, mise en conflit avec la conscience qu'elle obnubile par son orgueil et sa vision toute matérielle ? D'où nécessité d'abaisser la Superbe et d'accepter sans jeu de mots la simple foi du charbonnier.
        Tel était le cours de mes pensées en quittant le temple de Jemeppe, non sans avoir demandé à notre petit frère musin, lecteur des principes le jour et mineur la nuit, pour accomplir le précepte antoiniste, le viatique de foi et d'espérance que lui-même ou une adepte féminine distribuent généreusement et cordialement à tous ceux qui demandent audience.
        A la sortie du temple, dans un café-restaurant d'apparence modeste, mais qu'achalandent les grands jours de l'antoinisme, j'achète les portraits du père et de la mère officiant ; on me presse d'y joindre des reproductions de foules assemblées : à Schaerbeck, faubourg de Bruxelles, inauguration d'un temple antoiniste par la mère ; fête annuelle du 20 juin, jour anniversaire de la désincarnation du père, où l'on procède sous la direction de la mère à la visite de la demeure du père, suivie d'un pèlerinage aux lieux voisins qui abritèrent sa méditation et le virent se rafraîchir à une petite fontaine consacrée désormais par le zèle des antoinistes. Plus de 20 000 personnes sont, paraît-il, venues cette année magnifier la gloire du père !
        Ai-je dit que la mère Antoine ou ses représentants consacrent des mariages et des baptêmes et que les obsèques antoinistes se pratiquent très simplement ? On y lit quelques pages du père sur la réincarnation. C'est ainsi, me murmure une vieille antoiniste, que le petit ruisseau est devenu grande rivière ! – Maurice Wolff.

    Le Journal, 18 janvier 1926


    votre commentaire
  • Wij genezen alle ziekten (Limburger koerier 20-03-1929)

    UIT ZUID-LIMBURG
    MAASTRICHT.

    „WIJ GENEZEN ALLE ZIEKTEN.”
    Een Waalsche sekte propageert
              haar leer en leven.

    EEN WAARSCHUWING.

    –||– Een onzer stadgenooten heeft Maandag een merkwaardig bezoek gehad. Daar hij niet de eenige zal zijn geweest, en er wellicht anderen zijn die het bezoek nog zullen ontvangen, meenen we goed te doen, hier een en ander van zijn be vindingen mede te deelen.
        Toen hij dan aan de deur geroepen werd, vond hij daar een dame van middelbaren leeftijd van beschaafd uiterlijk en met beschaafde stem, gekleed in een soort zwart uniform als verpleegsters wel plegen te dragen.
        Zij begon direct met te vertellen dat in België een man geleefd had ,,père Antoine”, die alle ziekten genezen kon en deze eigenschap belangeloos aanwendde tot heil van zijn naaste.
        Toen hij stierf, had hij reeds volgelingen gemaakt, die zich Antoinisten noemen. Zij hebben hun hoofdtempel in Jemeppe en een bijtempel in Visé.
        Op de vraag van onzen zegsman, wat eigenlijk haar bedoeling was, zei de dame, dat haar eenig doel was, mededeeling te doen van het bestaan der Antoinisten, wier leer liefde is, liefde voor den evenmensch. Ook zijzelt kon ziekten genezen, maar alleen in den tempel.
        Bij een andere ondervraging zeide de dame, te gelooven in de zielsverhuizing.
        – Bent u dan theosofe ? luidde de vraag.
        – Neen, was het antwoord, alle godsdiensten zijn ons gelijk. U kunt bij ons komen, als u in uw geloof geen hulp vindt. Wij genezen alle ziekten.
        Op de herhaalde vraag, wat haar bedoeling met het bezoek was, luidde het antwoord: – Geen andere, dan u mededeeling te doen van ons bestaan. Ik vraag u niet om steun, noch om feitelijken noch om geldelijken.
       Onze zegsman deelde haar mede, met belangstel. ling te hebben kennis genomen van wat zij zeide en voegde daaraan toe, dat hij in zijn Katholiek Geloof alles vond, wat bij noodig had.
        De dame vroeg tenslotte, of zij hem een hand mocht geven, waarna zij met een handdruk af. scheid namn.
        Het komt ons voor, dat het antwoord van onzen stadgenoot geheel en al juist was. Een overtuigd Katholiek vindt in zijn Godsdienst kracht en moed voor alle wederwaardigheden des levens.
        Het is hem bovendien verboden in te gaan op aanbiedingen als deze weer van de Antoinisten, die – ondanks de ontkenning – een theosofischen inslag hebben in hun leer.
        Men zij daarom ingelicht en late zich niet in de wat brengen door de welsprekendheid van deze en andere ,, Antoinisten”.

    Limburger koerier, 20 Maart 1929

     

    Traduction :

    DU SUD-LIMBOURG
    MAASTRICHT.

    "NOUS GUÉRISSONS TOUTES LES MALADIES."
    Une secte wallonne se propage
        son enseignement et sa vie.

    UN AVERTISSEMENT.

    –||– La première étape du processus consiste à en savoir plus sur les effets de la méthode et sur son fonctionnement. La première étape du processus consiste à trouver un moyen de mieux comprendre la situation et d'en apprendre davantage à ce sujet.
        Lorsqu'on l'a appelé à la porte, il a trouvé une dame d'âge moyen, d'apparence civilisée et d'une voix civilisée, vêtue d'une sorte d'uniforme noir, comme les infirmières ont tendance à le porter.
        Elle commença tout de suite par dire qu'en Belgique un homme avait vécu "père Antoine", qui pouvait guérir toutes les maladies et utiliser cette qualité pour le bien de son voisin, gratuitement.
        A sa mort, il avait déjà fait des adeptes, qui se disent Antoinistes. Ils ont leur temple principal à Jemeppe et un temple auxiliaire à Visé.
        A la demande de notre porte-parole, quelle était en fait son intention, la dame, qui était son seul but, a dit qu'elle voulait faire connaître l'existence des Antoinistes, dont la doctrine est amour, amour pour son prochain. Elle aussi pouvait guérir les maladies, mais seulement dans le temple.
        Dans un autre interrogatoire, la dame a dit croire à la migration des âmes.
        – Vous êtes théosophe alors ?
        – Non, fut la réponse, toutes les religions sont égales à nous. Vous pouvez venir à nous, si vous ne trouvez pas d'aide dans votre foi. Nous guérissons toutes les maladies.
        En réponse à la question répétée de savoir ce qu'elle avait l'intention de faire de cette visite, la réponse a été : "Nul autre que de vous informer de notre existence. Je ne demande pas votre soutien, ni factuel, ni financier.
       Notre porte-parole lui a dit qu'il avait pris note de ce qu'elle avait dit et qu'il avait trouvé dans sa foi catholique tout ce qui était nécessaire.
        La dame a finalement demandé si elle pouvait lui serrer la main, après quoi elle est partie avec une poignée de main.
        Il nous semble que la réponse de nos concitoyens était tout à fait correcte. Un catholique convaincu trouve dans sa religion force et courage pour toutes les épreuves de la vie.
        Il lui est également interdit d'accepter des offres comme celle-ci de la part des Antoinistes, qui – malgré le déni – ont une approche théosophique dans leurs enseignements.
        Nous sommes donc informés et ne serons pas influencés par l'éloquence de l'un ou l'autre de ces "Antoinistes".


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique