• Light, A Journal of Psychical, Occult, and Mystical Research ( 14 mars 1914)

        The disciples of the late Antoine, the healer, seem to be spreading rapidly. I had scarcely read of an “Antoine Temple” having been opened at Paris, when I found in “Le Fraterniste” a full account of the opening ceremony at Monaco of a similar temple, erected to satisfy the demands of the numerous “Antoinists” living thereabouts. After the death of Antoine, his wife became the leader of this primitive sect. She is apparently endowed with the same magnetic and mediumistic powers as her late husband, and has already effected many remarkable cures.

                                                                                     F. D.

    Light, A Journal of Psychical, Occult, and Mystical Research, 14 mars 1914

     

    Traduction :

        Les disciples de feu Antoine, le guérisseur, semblent se répandre rapidement. J'avais à peine lu l'existence d'un "Temple d'Antoine" ouvert à Paris que j'ai trouvé dans "Le Fraterniste" le récit complet de la cérémonie d'ouverture à Monaco d'un temple similaire, érigé pour satisfaire les exigences des nombreux "Antoinistes" qui y vivent. Après la mort d'Antoine, sa femme devint le chef de cette secte primitive. Elle est apparemment dotée des mêmes pouvoirs magnétiques et médiumniques que son défunt mari, et elle a déjà réalisé de nombreuses guérisons remarquables.

                                                                                     F. D.


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  • Les fervents adeptes (Le Grand écho du Nord de la France 10 déc 1931)Les fervents adeptes (Le Grand écho du Nord de la France 10 déc 1931)

                  Mystiques, charlatans et malades

                        LES FERVENTS ADEPTES
                     D'ANTOINE-LE-GUÉRISSEUR

        Dans une rue calme d'un quartier populeux. En face d'un mur d'usine, la façade grise d'un édifice qui pourrait être une chapelle si le fronton s'ornait d'une croix. Sur ce fronton, deux mots gravés : Culte Antoiniste.
        J'ai poussé la porte verte sur laquelle est écrit :
        Le temple est ouvert jour et nuit aux personnes souffrantes. Tout le monde est reçu gratuitement.
        J'étais dans un vestibule aux murs couverts de pancartes. Une sonnerie discrète avait signalé ma présence.
        Une porte latérale s'ouvrit. Un homme jeune en longue redingote noire fermée jusqu'en haut par un col de vareuse s'approcha, les mains jointes, me salua de la tête avec beaucoup d'aménité et me demanda si j'étais venu pour une consultation...
        Il y a près de six ans déjà, j'avais assisté à la consécration du Temple par Mère Antoine. J'avais vu, alors, de nombreux adeptes : les hommes semblables à des Quakers avec leurs lévites et leurs gibus plats, les femmes, même les jeunes, vêtues de pèlerines et coiffées de bonnets noirs garnis de petits tuyautés de tulle. Et l'on m'avait expliqué ce qu'était ce culte, né en Belgique où il est assez répandu et, du reste, reconnu d'utilité publique par décret royal.

                        Le Père

        Voici à peu près :
        Les Antoinistes sont des chrétiens, Moïse, disent-ils, reçut de Dieu les dix commandements. Quelque deux mille ans plus tard, Jésus-Christ incarna la divinité. Et près de vingt siècles après, le père Antoine – qu'on appelle maintenant le Père, tout court – à son tour a porté en lui la Révélation divine.
        Des centaines de milliers de malades ont afflué jusqu'en 1912 chez Antoine-le-Guérisseur, à Jemeppe, près de Liége, d'où il était originaire.
        C'était un humble ouvrier métallurgiste qui savait à peine lire et écrire. Mais on trouve une surprenante philosophie dans sa Révélation, sténographiée au jour le jour pendant trois ans.
        Cet homme simple, qui avait pratiqué la religion catholique jusqu'à 42 ans et qui rentrait d'Allemagne et de Russie où il avait travaillé, se mit à vivre dans le recueillement, absolument seul.
        Sa femme, qui est, dit-on, une âme d'élite, habitait avec deux orphelines et partageait sa mission. Depuis qu'il n'est plus, elle a développé la nouvelle religion qui compte aujourd'hui une quarantaine de temples dont deux dans le Nord de la France : à Hellemmes et à Caudry, en attendant qu'un troisième s'ouvre à Valenciennes.
        Cette religion, l'adepte qui m'accueillait, lorsqu'il sut que je ne venais pas pour une consultation, mais pour de simples renseignements, me la définit en trois mots : la Foi, l'Amour et le Désintéressement.
        Il me désigna des pancartes affirmant que le visiteur n'a rien à payer.
        – Excusez-moi, dit-il, en me montrant des doigts tachés. Nous nous livrons à des travaux domestiques.
        » Nous ne demandons rien à personne. Notre société cultuelle subvient à ses besoins par les cotisations de ses membres et les adeptes portent le costume volontairement ».
        Mon regard se posa sur le portrait du Père – grosses moustaches, longs cheveux blancs et barbe qui ne laissent voir que des yeux vifs sous un vaste front – dans un cadre portant en exergue : « Le grand guérisseur de l'Humanité pour celui qui a la Foi. »

                        Le fluide

        Je savais déjà qu'Antoine avait 66 ans quand il s'était « désincarné ». Car les Antoinistes ne parlent pas de la Mort. Selon eux notre esprit a eu des milliers d'existences et il en aura encore d'innombrables, dans d'autres corps, jusqu'à ce qu'il soit devenu meilleur, parfait : C'est pourquoi ils placent un drap vert, couleur d'espérance, sur les cercueils...

                                                          Jean-Serge DEBUS.

    (La suite en quatrième page)

     

     

    (Suite de la première page)

        La théorie de la réincarnation est une explication troublante qui peut en valoir une autre !
        J'avais aussi souvenance de la foule recueillie lorsque j'avais vu, le jour de la consécration, porter derrière la Mère l'emblème du culte : « L'arbre de la science de la vue du mal » et j'entendais encore un adepte me parler avec conviction des guérisons que l'on constatait très fréquemment dans les temples antoinistes.
        Aussi me bornai-je à demander si les guérisons avaient été nombreuses depuis ces six dernières années et s'il s'en produisait encore présentement.
        – Mais oui ! me répondit le desservant qui gardait toujours ses mains croisées dans une attitude de pieuse réserve. Des quantités de personnes souffrantes ont été soulagées et nous apprenons très souvent de nouvelles guérisons.
        Il me tendit un imprimé : « l'Unitif », puis une brochure.
        – Avez-vous lu ceci : l'auréole de la conscience ? »
        Je jetai un coup d'œil et je lus :
        L'amour que nous avons pour nos ennemis est le seul qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité.
        – Aimer nos ennemis ? Le Christ, dis-je, avait enseigné le pardon...
       – Oui, mais l'enseignement du Père va plus loin. »
        La porte étant ouverte, je voulais pénétrer dans le Temple. J'en fus doucement empêché.
        – Il n'y a aucun ornement, vous le voyez. On n'y entre pas en dehors de l'Opération pour ne pas couper le bon fluide... »
        Je n'ai nulle envie de couper le fluide.
        – Je reviendrai pour l'Opération.
        Dans les dix principes et la Révélation, j'ai lu que nous souffrons par notre imagination de la souffrance.
        La méthode Coué ne s'inspire-t-elle pas d'une idée semblable pour agir sur notre subconscient ?...

                        L'opération

        Dimanche, à 10 heures moins cinq, on m'a remis un jeton numéroté, bien que je n'eusse nulle canne à mettre au vestiaire et un adepte, à travers le Temple aux murs nus, peints en vert, m'a conduit à une chaise, près de la chaire sur laquelle est pendu un portrait du Père.
        Il y avait une centaine de personnes assises. Quelques bonnets noirs, quelques lévites et des gens modestes. Pas un chuchotement. Un grincement de chaise ou une toux rompait seul le recueillement.
        Au premier rang, des visages clos qui paraissaient en proie à une résorption. Ou des expressions de piété extatique comme je ne me souvenais en avoir vues qu'en Pologne sur les visages des paysans prosternés sur les dalles dans le clair-obscur des églises...
        Sur le mur du fond, en grandes lettres : « Ne pas aimer ses ennemis c'est ne pas aimer Dieu... »
        Pas loin de moi, une fillette de douze ans à peine portait la robe et le bonnet antoinistes qui lui donnaient déjà un air de vieille demoiselle.
        10 heures. Un adepte annonce qu'un frère, au nom du Père, va faire l'Opération.
        On se lève.
        Alors un homme âgé à barbiche blanche, arrive silencieux, les mains jointes sur sa redingote, et monte en chaire.
        Le regard au plafond, les mains s'étreignant toujours, il adresse une muette prière, qui s'accompagne de mouvement des lèvres et d'une discrète mimique. Puis il étend les bras comme s'il cherchait à manier des fluides.
        Aucune parole. Un coup de sonnette, C'est tout.
        Il s'en va.
        Et l'autre frère lit d'une voix décolorée, en détachant chaque syllabe, un passage de l'enseignement du Père dont la forme est quelque peu hermétique.
        Il dit notamment que les plaies du corps ne sont toujours que la conséquence des plaies de l'âme...
        Il dit aussi, que la prière est dans l'acte dicté par la conscience, qu'elle est dans le fond et non dans la forme.
        Il dit encore que nous baignons dans la vie et les fluides comme le poisson dans l'eau et que nous souffrons par l'esprit et non par le corps. La preuve : quand l'esprit a quitté le corps on peut briser les membres sans faire souffrir...
        – Mes frères, je vous remercie !
        La lecture, sans aucun commentaire, n'a duré que dix minutes. On n'a pas fait la quête. Les adeptes sortent. J'ai cherché des yeux les malades.
        Où sont-ils ?
        De nombreuses personnes restent. Je reste. On appelle alors un numéro, toutes les deux minutes, et quelqu'un part. Je retrouve mon jeton : 46.
        C'est sans doute pour la consultation : J'attendrai.

                        Des guérisons miraculeuses

        Mon tour venu, on m'introduit dans une petite pièce. Je reconnais un des adeptes si recueillis du premier rang.
        – Avez-vous entendu l'Enseignement? commence-t-il par me demander.
        » Ce que le Christ a dit ne compte plus. Le Père a révélé qu'il ne faut pas confondre la foi avec la croyance, que l'intelligence est opposée à la conscience et qu'il faut s'en défier.
        Je précise que je ne sollicite pas une consultation. Mais que j'ai cherché les malades.
        Il me parle donc des guérisons à commencer par la sienne (une maladie d'estomac qui l'avait considérablement vieilli à 25 ans et qui s'est évanouie comme un cauchemar).
        Deux nouvelles cures viennent d'être connues, un rhumatisme et une paralysie.
        – Tenez ! Il y a cinq semaines, dit-il, à la consécration du Temple de Nice par Mère – qui, à 83 ans, a fait ce long voyage sur une banquette de troisième – un aveugle de Lyon, privé de la vue depuis 17 ans a vu l'heure en retournant à la gare et un muet a été guéri.
        ». Et c'est toujours, toujours des cas nouveaux ! »
        Je n'ai pas vu d'« ex-voto », comme dans certaines chapelles. Les malades n'ont-ils pas de reconnaissance ?
         Bien souvent, paraît-il, on ne le revoit plus, Comment être sûr qu'ils sont bien guéris ?
        Mais certains reviennent.
        – Vous avez remarqué, me dit mon interlocuteur, cette petite fille qui porte le costume antoiniste ? Il y a quelques années, elle venait prier seul pour sa maman tuberculeuse qui habite le quartier. Elle avait promis de porter le costume en cas de guérison. Maintenant, la maman fait sa lessive.
        » On peut être guéri quand on a foi.
        – Et sans être antoiniste ?
        – Absolument ! N'importe qui per venir ici...
        » Retenez bien ceci : Nous sommes les seuls auteurs de nos souffrances...
        Le disciple d'Antoine m'a présenté sa femme. Ce visage empreint d'enthousiaste bonté, je le verrais aussi bien sous le chapeau enrubanne l'Armée du Salut que sous le bonichon noir.
        Puis il m'a prié d'inscrire sur liste des visiteurs, mon prénom sel à la suite de Tobie, Jeanne, Alphonse…
        En m'en allant je songeais, ma foi, que s'ils se préoccupaient, même avec le plus pur prosaïsme, des souffrances qui peuvent naître de leurs actions les hommes seraient peut-être meilleurs...

                                                          J.-S. D

     

    Le Grand écho du Nord de la France, 10 décembre 1931


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  • Le Cri de Liége (5 octobre 1912)

    A tous crins

    Credo quia absurdum.

        Rencontré hier mon ami Z... De sanguin il est devenu pale. Il a les yeux fixes d'une poupée.
        – Quelles nouvelles, donc ?
        – Je suis éclairé par la voie de l'Unitif.
        – Si-ou-plait ?
        – Le Père a dit avant sa désincarnation : Peut-on épurer son atmosphère sans que cette épuration ait son écho dans l'humanité ?
        – (ahuri) Je n'y vois pas d'inconvénient ! (un temps) Dites donc, ça va chauffer en Orient. La Serbie et la Bulgarie viennent de mobiliser et.... Y a du monde aux Balkans !
        – (illuminé) Qu'importe ! Les Antoinistes triomphent. Nous sommes de plus en plus propriétaires. Nous avons dernièrement inauguré un nouveau temple devant des milliers de fidèles.
        – Ça ne valait tout de même pas le centenaire de Jean-Jacques Rousseau.
        – Ce M. Rousseau n'était pas Antoiniste.
        – Heureusement.
        – Le Père a dit : L'expérience, seule, a le droit de raisonner les choses ». (sic)
        – Le Père maniait le syllogisme comme un cheval de fiacre et parlait le français comme un prêtre espagnol.
        – Le Père était Dieu. Nous sommes tous Dieux.
        – N'en jetez plus ; il y en avait déjà tant ! Lisez Anatole France...
        – (bouché) Anatole France ?... Connais pas.
        – (prosélyte) C'est un épicurien de génie.
        – (de plus en plus bouché) Le Génie n'existe pas chez les Antoinistes.
        – Ça se voit. Enfin Quoi Vadis ? Où va-t-on avec tout ça ?
        – (visionnaire, mais explicite) Nous avons révélé que nous baignons dans la vie et dans les fluides comme le poisson dans l'eau ; tous ces fluides renferment une parcelle d'amour que nous traduisons en orgueil par l'esprit qui nous inocule. (sic).
        – Binamé bon Dju ! Quel pathos !
        – Heureux les simples d'esprit ! Nos adeptes se chiffrent par milliers.
        – (ironiquement) Vous êtes bien malade, mon pauvre ami !
        – (se tâtant) Malade ?... de quoi ? (Il pâlit d'effroi).
        – (Se payant sa tête) Hé oui, vous avez la maladie à la mode. Les poires ont la tavelle, et vous la pérantoinite, parbleu. Faut soigner ça, croyez-moi : la douche, bébé... la douche !...

    Le Cri de Liége (journal satirique), 5 octobre 1912


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  • Décentralisation antoiniste (La Sentinelle, 11 décembre 1913)

                                                                  Décentralisation antoiniste.
        Le 25 octobre, dernier, la Mère Antoine, la veuve du Guérisseur de Jemmeppe-sur-Meuse, venait à Paris pour y inaugurer le temple de la rue Wurtz, élevé par ses adeptes de la Ville Lumière.
        Déjà les antoinistes possédaient une «succursale» française de leur temple belge en Savoie, dans un petit village près d'Aix-les-Bains.
        Mais cela ne leur suffit plus maintenant : ils rêvent de décentralisation, et voilà qu'ils vont s'installer sur la Riviera. Dimanche prochain aura lieu à Monaco l'inauguration d'un autre temple antoiniste.
        Vendredi soir, la «Guérisseuse» traversera Paris et partira avec quelques adeptes pour Monaco, par le rapide de 19 heures.
        Naturellement, elle «opérera» dans son nouveau temple après la cérémonie d'inauguration.
       
    Pauvre humanité!

    La Sentinelle, 11 décembre 1913


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  • Guérisseurs et charlatans (Courrier de Saône-et-Loire 16 juillet 1912)

             L'ACTUALITÉ

    Guérisseurs et charlatans

        Le 30 juin dernier, avaient lieu, en pays wallon, à Jemmapes-les-Liège, au milieu d'une foule énorme de fidèles que les trains amenaient de tous les points de la Belgique, les obsèques d'un thaumaturge vraiment extraordinaire, Antoine-le-Guérisseur, qui n'avait fait rien de moins que de fonder une religion, variété de christianisme mélange de théosophie. Il guérissait par la prière et l'imposition des mains à la manière des « christian scientists » d'Angleterre et d'Amérique.
        Peu à peu les malades de l'âme comme les malades du corps, les incurables, les déséquilibrés, les névropathes, tous ceux que les médecins avaient abandonnés, avaient appris le chemin du petit pays de Jemmapes où Antoine avait son temple et tenait ses assises de médecine religieuse. Depuis plusieurs années il y avait les foules de Jemmapes comme les foules de Lourdes et les « antoinistes » formaient une communauté éparse en divers lieux même hors de Belgique, et fort nombreuse.
        Ce n'est que fort tard, déjà un vieillard, qu'Antoine se révéla le « prophète » et « l'homme de Dieu ». Pendant nombre d'années, petit bourgeois, presque du peuple, il était un homme comme un autre, un simple employé à la division des forges et martelage de la Société Cockerill. Il fut ensuite encaisseur à la Société anonyme des tôleries liégeoises. Puis il s'occupa d'assurances. Enfin vinrent la grâce, l'action et la prédication publiques.
        Bien que les fonds affluassent à son culte, Antoine-le-Guérisseur a toujours vécu modestement et exemplairement. Ses ressources, il les employa à la construction de son temple et des maisons ouvrières qui l'entourent ; il avait aussi organisé une imprimerie où se publiait chaque semaine un journal qui tirait à plus de 20.000 exemplaires et répandait la doctrine.
        Il y a quelques mois, les « antoinistes » de Belgique avaient adressé aux Chambres une pétition recouverte de cent mille signatures et demandant que la religion nouvelle fut reconnue par l'Etat.
        Le corps du prophète défunt qui avait été exposé plusieurs jours dans le sanctuaire, ainsi qu'il le nommait, où il prêchait et imposait les mains aux malades, a été porté par douze hommes de la communauté. L'un des plus qualifiés adeptes du maître, M. Delcroix, professeur à l'athénée de Liège, précédait, élevant à bout de bras une tige d'arbuste figurant l'arbre de la science du bien et du mal. Ainsi qu'Antoine l'avait prescrit, ses restes ont été enterrés dans la fosse commune.
        C'est pendant un prêche que « l'homme de Dieu » – aujourd'hui le « désincarné » – fut terrassé par une attaque d'apoplexie. Il put néanmoins avant de mourir proférer ces paroles : « Je désire que ma femme me succède dans mon enseignement religieux. Aux colonnes du temple, encore en deuil, l'affiche suivante a été apposée pendant l'exposition du cercueil : « Frère, le conseil d'administration du culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd'hui mardi matin 25 juin. Ayant de quitter son corps, il a tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère le remplacera dans sa mission, qu'elle suivra toujours son exemple. Il n'y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous. Mère montera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine à 10 heures ».
        Il semble bien que devant ce personnage singulier qui se révéla sur le tard Antoine-le-Guérisseur, on se trouva plutôt en face d'un illuminé que d'un vulgaire charlatan ; dans tous les cas, ce serait un charlatan d'une jolie force et qui n'aurait plus rien d'un guérisseur ordinaire. La légende du zouave Jacob s'efface elle-même devant celle-ci, car le prestige religieux du mystagogue du pays wallon s'est exercé non seulement sur des foules, mais aussi sur des gens de l'élite sociale, et il est destiné à durer, semble-t-il.
        Au fond, du reste, n'y a-t-il pas une sorte de religion, un acte quasi-religieux dans la visite que le malade, comme il s'en pressait tant au temple de Jemmapes, rend au sorcier, au guérisseur non patenté ? Le premier médecin fut le prêtre, comme l'a dit Spencer et longtemps la médecine a été retardée dans son essor par cette notion que la maladie est un maléfice, une œuvre de mauvais esprit que seul le prêtre peut chasser. Si le populaire ne croit plus la plupart des maladies dues à de mauvais esprits, il a en tout cas retenu la notion du pouvoir magique du prêtre, ou de quiconque doit posséder une influence particulière ; de là le succès persistant des guérisseurs.
        Il y a toujours des charlatans, en médecine, en politique et même en littérature, mais des sorciers de l'envergure d'Antoine le-Guérisseur, l'espèce devient rare. Il est vrai que le moyen-Age en brûla beaucoup... Le Père de l'Antoinisme, s'il eût vécu de ce temps-là, était destiné au bûcher. Il y a, de nos temps, plus d'avenir pour la sorcellerie.

                                                             Robert DELYS.

    Courrier de Saône-et-Loire, 16 juillet 1912


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