• Procession à Jemeppe #1


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  • Rassemblement au temple


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  • La Mère (La Matin 30 juin 1913)

     

    APRÈS LA “DÉSINCARNATION”
    D’ANTOINE LE GUÉRISSEUR....

    LA “MÈRE”
    qui succède à l’apôtre défunt
    n’a point réussi de miracle

    La foi des antoinistes réunis à Jemeppe-sur-
    Meuse n’en est pas ébranlée

        Des fêtes antoinistes ont été célébrées hier à Jemeppe-sur-Meuse, en Belgique, à l’occasion de l’anniversaire de la mort d’Antoine.
        Il y a eu en effet un an mercredi dernier qu’est mort le visionnaire fameux, dont le renom est considérable tant en Belgique qu’à l’étranger : Antoine le Guérisseur.
        Cet homme, à qui son regard fulgurant et sa barbe de fleuve donnaient l’aspect d’un des anciens prophètes d’Israël, exerçait sur la plupart des gens qui l’approchaient un ascendant extraordinaire.
        Il disait posséder la révélation de la vérité. Il passait pour opérer, par le seul pouvoir de sa volonté, des guérisons miraculeuses.
        De tous côtés de pauvres gens s’adressaient à lui pour obtenir, par son intervention puissante et mystérieuse, la fin ou l’adoucissement de leurs maux. Et le culte antoiniste compta des adeptes un peu partout...
        Le 25 juin 1912, Antoine le Guérisseur mourait, ou plutôt, pour employer le vocabulaire des antoinistes, il se désincarnait.
        Mais l’antoinisme ne mourut pas avec Antoine, et le temple édifié à Jemeppe continue à être le centre d’un mouvement intense, centre où parviennent chaque jour, sous forme d’un courrier formidable, les plaintes et les vœux de l’humanité malheureuse.
        C’est qu’Antoine avait pris une sage précaution pour assurer la pérennité de son œuvre.
        Quand il fut sur le point de mourir, il fit savoir à ses disciples que sa femme lui succéderait, qu’elle pourrait s’assimiler à son fluide éthéré et il la chargea de recueillir et de lui transmettre les désirs des antoinistes.
        C’est en vertu de cette désignation que la veuve du guérisseur guérit à son tour, ou, du moins, s’y applique.
        Pour célébrer l’anniversaire de la désincarnation d’Antoine, celle qui fut sa femme conviait les antoinistes du monde entier à se rendre, mercredi dernier, à Jemeppe-sur-Meuse : elle annonçait que les malades obtiendraient de grandes guérisons.
        Les antoinistes vinrent au nombre de plusieurs milliers. La Belgique, les Pays-Bas, certaines provinces du nord de la France fournirent le gros de cette armée singulière, Paris, qui compte quatre ou cinq groupes antoinistes, avait, pour sa part, envoyé environ cent-cinquante pèlerins. L’empressement de tous ces pieux voyageurs était tel que plusieurs centaines d’entre eux, tout à leurs religieuses pensées, remirent, en arrivant à la gare de Jemeppe, leur ticket de retour en même temps que leur billet d’aller – ce qui détermina une belle confusion quand il fallut repartir.
        Tous aussi croyants – d’une foi qui leur fait non pas soulever des montagnes, mais passer des frontières, ce qui est déjà bien – les antoinistes ne sont pas tous également fervents.

    L’uniforme antoiniste
        Les plus zélés suivent les recommandations du père Antoine à la lettre. C’est ainsi qu’ils s’imposent le port d’un costume disgracieux, dont le guérisseur fixa la couleur et la coupe : c’est, en serge noire, un vêtement sans nom, qui réalise une manière de compromis entre la soutane des prêtres maronites et la redingote de certains pasteurs américains ; comme coiffure, un « gibus » qui rappelle, avec moins d’ampleur, l’antique « bolivar », que nous pouvons voir, sur de vieilles gravures, couvrir le chef vénérable de nos arrière-grands-pères.
        Dans cette foule, il ne se trouva qu’un « esprit fort », et il n’avait certes point lu le chapitre de La Bruyère : c’est un joli bambin d’une dizaine d’années ; ses parents l’avaient trainé à Jemeppe pour le faire guérir de je ne sais quelle affection nerveuse ; arrivé devant le temple du guérisseur, le moutard refusa énergiquement d’entrer, et il se mit à pousser des hurlements tels que son antoiniste de père dut renoncer à le soumettre aux « opérations ».
        Les « opérations » sont cependant moins effrayantes au temple antoiniste que dans les salles de nos hôtels-Dieu.
        C’est la Mère qui procède. La Mère, c’est la veuve d’Antoine, lequel n’est désigné par les antoinistes que sous le vocable le Père.
        Les fidèles se tassèrent dans le temple. Dans le silence qui précède les grands événements, ils attendirent, regardant devant eux une tribune étroite et longue, sur le bord de laquelle était peint – blanc sur fond noir – l’arbre de la vie, symbole de l’antoinisme. Devant la tribune principale, quelques mètres plus bas, une autre tribune, plus petite.
        Au bout d’une demi-heure d’attente, un grand diable barbu et chevelu, avec les yeux perdus qu’on prête aux nihilistes russes, apparut sur la tribune la moins élevée et resta là, sans mot dire, le regard dans le vide.
        – C’est notre frère Deregnaucourt, me dit-on.

    Voici la Mère !
        Le frère Deregnaucourt attendit... L’assismille antoiniste, l’héritier présomptif. Je veux dire que, ainsi que la Mère a remplacé le Père, il remplacera la Mère le jour où celle-ci se désincarnera à son tour.
        Le frère Deregnancourt attendit... L’assistance était haletante et recueillie. Seule, la béquille d’un infirme, en tombant sur le plancher, troubla un instant le silence.
        Mais soudain on entendit le tintement aigrelet d’une sonnette. Tous les pèlerins se dressent, d’un seul élan. C’est la Mère qui apparaît. Elle est sur la tribune. Toute blanche dans ses vêtements noirs, elle regarde vers le plafond, en se tordant les poignets... Avec un peu de bonne volonté, on peut retrouver dans l’expression de son visage l’air fatal et inspiré des anciennes sibylles... Cinq minutes, elle reste là, le regard fixe, les poings crispés... Puis elle s’en va... C’est fini. Les fidèles se retirent.
        C’est là l’opération annoncée. La mère dut la recommencer cinq fois, chaque fois devant cinq à six cents personnes.
        On avait aussi promis des guérisons. Mais c’est une autre affaire. J’ai vu sortir aussi claudicants les gens que j’avais vus entrer en boitant, et les rhumatisants ne m’ont pas paru plus alertes après l’opération qu’avant. Ce sera sans doute pour plus tard.
        Après les opérations, les antoinistes ont fait un pieux pèlerinage à travers le jardinet où, tout en repiquant ses salades et en échenillant ses choux, le père Antoine sentit naître sa vocation de Christ nouveau...
        Les fêtes antoinistes ont recommencé hier. Les fidèles, en cortège, conduits par la mère et le frère Deregnaucourt, ont fait le parcours que fit, il y a un an, la dépouille funèbre du guérisseur, de la maison au cimetière.

    La Matin, 30 juin 1913


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  •  Excelsior 26 octobre 1913 - page de titre

    Excelsior 26 octobre 1913 - suite en page 2

     

    Dimanche 26 octobre 1913

    UN PÈLERINAGE ANTOINISTE

    La “Mère”
    vient opérer
    à Paris

    Avec quatre cents adeptes, la veuve
    d'Antoine le Guérisseur est arrivée
    hier, à Paris, pour inaugurer le
    le temple de la rue Vergniaud.

        Décidément, la concurrence n'épargne personne, même pas les guérisseurs.
        Ceux-ci se multiplient, et pour un qui disparaît, dix nouveaux surgissent. Aussi des « précurseurs » dans la profession sont-ils obligés de faire maintenant de la propagande active, et même de se déplacer pour se créer des ramifications et fonder pour ainsi dire des succursales.
        Antoine le Guérisseur, qui mourut le 25 juin 1912, à Jemeppe-sur-Meuse, près de Liége, avait su faire de nombreux adeptes, — plus de trente mille – qui croient aveuglément en sa puissance et qui lui attribuent un pouvoir divin.
        Le culte de ce guérisseur s'est propagé très rapidement en France, et c'est ainsi que j'ai rencontré, en pleine dans un simple hameau du nom de Biollay, un temple antoiniste où une centaine de croyants viennent tous les dimanches entendre la lecture du « Grand Livre de la Révélation », et contempler « l'Arbre de la Science de la Vue du Mal ».
        Cependant, aucun temple antoiniste n'existait à Paris, où le « Père » – c'est ainsi qu'on appelait le fondateur de la secte – avait réuni six ou sept cents adeptes. Antoine mort, ou plutôt s'étant « désincarné », cela n'avait pas arrêté les conversions.
        Sous l'inspiration du frère Noël, qui est en quelque sorte le légat antoiniste en France, et de Mlle Camus, cette petite modiste qui avait acquis la foi en allant à Jemeppe, des dons anonymes affluèrent, et au mois de mai dernier on commença la construction d'un temple où, comme à Jemeppe, les adeptes pourront venir écouter la lecture de la « Révélation ».
        L'inauguration de ce temple est un événement d'autant plus considérable, que la veuve du « Désincarné » a voulu venir l'inaugurer en personne.
        Un grand nombre d'adeptes, les hommes avec leurs longues lévites noires et leurs chapeaux haut des forme ; les femmes en costumes et bonnets noirs, s'étaient réunis, hier, vers deux heures et demie, à la gare du Nord, pour attendre le train spécial amenant de Belgique la Mère et quatre cents pèlerins.
        A deux heures cinquante, le convoi entra sous l'immense hall. De tous les wagons de troisième se précipitèrent des adeptes vêtus comme ceux qui les attendaient à la sortie. D'un compartiment de seconde, la Mère, qu'aucun signe extérieur ne pouvait faire distinguer du reste des adeptes, descendit, accompagnée de M. Derégnancourt, qui est le grand prêtre du culte antoiniste, ou plutôt le président du Conseil d'administration.
        Sans de moindre apparat, la veuve du « Désincarné » gagna la sortie ; mais lorsqu'elle arriva au bout du quai, des sanglots éclatèrent : certaines adeptes parisiennes n'avaient pu retenir leur émotion en voyant la Mère qui tomba, pendant quelques secondes, dans une sorte d'extase.
        Le cortège des Antoinistes se dirigea alors vers le souterrain du Métropolitain, où un train spécial les attendait pour les conduire jusqu'à la station Corvisart. Dans la salle des Pas-Perdus, un homme à la haute stature, portant un petit bagage à mains, cherchait à s'échapper du flot antoiniste : c'était M. Ribot, le sénateur du Pas-de-Calais, qui s'efforçait de gagner son compartiment, et qui refusait obstinément de prendre les petits billets jaunes ou verts que lui tendaient en passant les Antoinistes.
        Chaque pèlerin était, en effet, muni d'un stock considérable de petits morceaux de papier portant la suscription suivante :

    CULTE ANTOINISTE
        Frères, Mère Antoine consacrera au nom du Père le nouveau temple antoiniste de Paris, rue Vergniaud (XIIIe).
        La cérémonie aura lieu demain 26 octobre, à 10 heures. A cette occasion, Mère recevra les malades tous réunis dans le Temple comme Elle le fait à Jemeppe-sur-Meuse.
        Recevez, chers frères, toutes nos bonnes pensées.
                                                Le Conseil d'administration du Culte Antoiniste.

        A la station Corvisart, les Antoinistes quittèrent le Métro, et se formant en cortège, ils gagnèrent leur temple par le boulevard Auguste-Blanqui et la rue Vergniaud.
        Lorsque la Mère fut arrivée sur le seuil du temple, un adepte présenta à la foule « l'Arbre de la Science de la Vue du Mal ».
        L'intérieur de ce nouveau temple est analogue à celui de Jemeppe, mais en plus petit. Une chaire est adossée au mur, sur lequel on lit le précepte fondamental de la croyance antoiniste : « Un seul remède peut guérir l'Humanité : la Foi, etc... »
        C'est là que ce matin la Mère « opérera » les malades par sa seule présence. Cela est certainement moins dangereux que de leur prescrire des drogues ou des incantations comme les rebouteux ou les sorciers. Mais au point de vue médical, cela ne vaut peut-être pas mieux. – HENRY COSSIRA.

    Excelsior, 26 octobre 1913


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  • Carta de Paris - Evocação ao Padre Antonio (O Paiz Rio de Janeiro 14 de março de 1912)

        Na rua Milton, proximo do "fauburg" Montmartre, a pouca distancia da "peste", acha-se hoje estabelecida uma concurrente da Virgem de Lourdes. E’ uma pobre costureira de olhos ladinos, sorridente e obsequiosa, que faz milagres, curando toda a custa de males, todas as doenças, todos os agonizantes, pela evocação pura e simples do espirito do "Padre Antonio", – um sento varão miraculoso da Belgica, que creou a seita religiosa do "antonismo", e que se diz ser nova ultima encarnação de Christo Deus todo o Poderoso!
        A costureirita da rua Milton tem no corpo e alma fluido milagroso do padre Antonio. E quando lhe apparece um doente, mesmo no estado o mais grave, basta-lhe fazer evocar a alma milagrosa do santarrão belga, para dar saude aos enfermos, supprimindo em poucos minutos a mais grave doença!
        E’ facto? E’ carapetão? Não sabemos, porque não acreditamos em bruxas e lobishomens. Mas o que sabemos é que ha dezenas e dezenas de pessoas que dizem ter sido completamente curadas pelos effluvios milagrosos da evocadora do padre Antonio belga.
        E nota curiosa: a rapariga curandeira não reclama dinheiro. Se lhe quizerem dar algumas moedas de cobre ou prata, aceita e agradece. Mas não pede nada. Cura pelo prazer de fazer bem.
        O culto do antonismo está cada vez mais florescente. Ha dezenas de capelas antoninas em toda a Belgica, na Hollanda, na França, na Allemanha e até na propria Inglaterra.
        E’ mistér não cofundir o antonismo com o culto de Santo Antonio de Lisboa ou Padua. Nada de mixordias entre os dois concurrentes. E a costureirita milagrosa da rua Milton só trabalha pelá gloria do seu querido Antonio belga, que ainda não ê nem mesmo "bemaventurado"!

    O Paiz, Rio de Janeiro, 14 de março de 1912

     

    Traduction :

        Dans la rue Milton, près du faubourg Montmartre, à courte distance de la "peste", un concurrent de la Vierge de Lourdes est maintenant établi. C'est une pauvre couturière aux yeux chargés, souriante et obséquieuse, qui fait des miracles, guérissant tout au détriment des maux, de toutes les maladies, de tous les mourants, par l'évocation pure et simple de l'esprit du "Père Antoine", un homme miraculeux de Belgique, qui créa la secte religieuse de "l'antoinisme", et qui est dit être la nouvelle dernière incarnation du Christ, le Dieu Tout-puissant !
        La couturière de la rue Milton a dans son corps et dans son âme le fluide miraculeux du Père Antoine. Et quand une personne malade lui apparaît, même dans l'état le plus grave, il lui suffit d'évoquer l'âme miraculeuse du Saint belge, pour donner la santé aux malades, supprimant en quelques minutes la maladie la plus grave !
        Et les faits ? C'est une fadaise ? Nous ne le savons pas, car nous ne croyons pas aux sorcières et aux loups-garous. Mais ce que nous savons, c'est qu'il y a des dizaines et des dizaines de personnes qui disent avoir été complètement guéries par les effets miraculeux de l'évocation du prêtre belge Antoine.
        Et fait curieux : la guérisseuse ne réclame pas d'argent. S'ils veulent lui donner des pièces de cuivre ou d'argent, elle accepte et remercie. Mais elle n'a rien demandé. Il a été guéri pour le plaisir de bien faire.
        Le culte de l'antoinisme est de plus en plus florissant. Il y a des dizaines de chapelles Antoinistes dans toute la Belgique, en Hollande, en France, en Allemagne et même en Angleterre.
        C'est un mystère de ne pas confondre l'antoinisme avec le culte de saint Antoine de Lisbonne ou de Padoue. Pas de confusion entre les deux concurrents. Et la couturière miraculeuse de la rue Milton ne travaille que pour la gloire de son bien-aimé belge Antoine, qui n'est toujours pas "béni" !


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