• le frère Baptiste Pastorelli, desservant du temple parisien vers 1928

        « Son corps n'était qu'une plaie et le père Antoine l'a guérie, les aveugles voient, les sourds entendent et les malheureux s'en vont consolés. »
        Ainsi parle d'un ton onctueux, une lueur en ses yeux clairs d'enfant, un petit homme à barbiche, vêtu d'une soutanelle noire qui lui descend jusqu'aux genoux, cependant que la miraculée, une sorte de diaconesse, également de noir vêtue, l'écoute, mains jointes, un sourire d'extase illuminant sa figure aux traits flétris. Nous sommes dans le parloir où frère Baptiste Pastorelli, tailleur de son état et, pas surcroît desservant du temple antoiniste, accueille les malades, les soulages et même les guérit, si toutefois leur confiance est assez forte, et leur maladie assez faible, tant il est vrai que, depuis que le monde est monde, les miracles se ramènent, trop souvent, à cette équation.
        Le temple qui suit le parloir est comme lui, froid et nu. Sur les murs on peut lire des préceptes antoinistes, d'où il appert, à première vue, que la clarté n'est pas la qualité dominante de cette religion. « Si vous m'aimez, vous ne l'enseignerez à personne, puisque vous savez que je ne réside qu'au sein de l'homme. Vous ne pouvez témoigner qu'il existe une suprême bonté, alors que du prochain vous m'isolez », et encore : « Si vous respectez toute croyance et celui qui n'en a pas, vous savez, malgré votre ignorance, plus qu'il ne pourrait vous dire. » J'en passe, et des moins limpides. (1)
        Dans le fond du temple, derrière une chaire à deux étages, est figuré l'arbre de la science et de la vue du mal (2) « car la science est mauvaise et l'intelligence aussi » (3). Le père Antoine, n'a-t-il pas formulé ainsi son huitième principe :
        « Ne vous laissez pas maîtriser par votre intelligence,
        Qui ne cherche qu'à s'élever toujours
        De plus en plus ;
        Elle foule aux pieds la conscience,
        Soutenant que c'est la matière qui donne
        Les vertus
        Tandis qu'elle ne renferme que la misère
        Des âmes que vous dites
        Abandonnées
        Qui ont agi seulement pour plaire
        A leur intelligence qui les a égarées. »

        Je ne sais si mon intelligence m'a égaré, mais je sens qu'elle s'égare tandis que j'écoute les explications que me donne, avec une inépuisable bienveillance, frère Pastorelli aux yeux d'enfant.
    Eugène Gascoin, Les Religions inconnues, p.155-156
    Librairie Gallimard, Les documents bleus N°41, Paris, 1928

    (1) Toujours ce partis pri selon lequel l'Enseignement ne serait pas clair. Pour Régis Dericquebourg "l'interprétation très personnelle des tribulations d'Adam est certainement le passage le plus obscur de l'Enseignement de Louis Antoine" (p.38). Quand on sait l'influence de la Théosophie sur l'Antoinisme, on peut se demander si La Langue hébraïque restituée (1815) d'Antoine Fabre d'Olivet contenant notamment "une traduction en français des dix premiers chapitres du Sépher, contenant la Cosmogonie de Moyse", n'a pas joué un rôle dans cette interprétation très personnelle.
    (2) Forcément quand on ne sait pas lire, l'Enseignement peut ne pas paraître clair : il s'agit ici de l'Arbre de la Science de la Vue du Mal.
    (3) Je ne sais pas d'où est tirée cette phrase entre guillemets, peut-être un propos tenu par le frère Baptiste Pastorelli, ou une déduction du huitième principe, mal lu encore : « la science et l'intelligence sont mauvaises quand elles dominent (ou foule aux pieds) la conscience ».


        Lettre du 13 avril 1912.
        Cher frère,
        Ces quelques lignes sont la réponse à votre lettre reçue ce matin.
        Si le frère Pastorelli a compris l'Enseignement, il ne demandera pas de conseils.
        C'est un doute puisque le mal n'existe pas. En agissant comme il a la pensée, il sera toujours dans la réalité. Tout ce que l'on fait avec l'intention de bien faire est toujours bien fait.
        Voilà cher frère ce que je suis chargé de vous transmettre de notre Père avec nos bonnes pensées.
                     F. Deregnaucourt
    L'Unitif, Entrefilet p.149
    Extraits repris dans les 11 numéros de 1911-1912

        Cette lettre date de deux mois avant la désincarnation du Père (le 25 juin 1912) et  d'un an avant la consécration du temple de Paris, rue Vergniaud (qui a eu lieu le 26 octobre 1913).
        Tout cela nous apprend que le frère Pastorelli était déjà connu pendant que frère Noël et Soeur Camus (tailleuse et modiste parisienne) propageaient l'Enseignement dans la région parisienne. Il fit certainement suite à frère Noël (desservant en 1912) et soeur Juliette Vitard (desservante en 1924) comme desservant (en 1928). Je n'en sais pas plus sur l'origine de cette lettre : consultait-il le Père pour la construction du temple ou pour traduire l'Enseignement (soit dans un français plus clair qui donnera la fascicule "Fragments de l'Enseignement révélé par la Père", soit dans une langue étrangère déjà) ?
        Dans Régis Dericquebourg, on peut lire p.61 : « [Les paroles du prophètes] ne peuvent pas être accompagnées de commentaires autorisés qui seraient élaborés dans des conciles ou qui émaneraient de théologiens antoinistes puisque toute exégèse ne ferait que refléter le niveau de compréhension des commentateurs. Seuls quelques polycopiés du genre : Pourquoi je suis Antoiniste ou simplement L'antoinisme, sortes d'abrégés des oeuvres de Louis Antoine, ont circulé parmi les adeptes mais ils restent non-officiels. Il en va de même des causeries de Pastorelli, un personnage qui semble avoir reçu l'estime d'un grand nombre d'Antoinistes français et dont certains conservent les commentaires de citations du 'Père'. Dans les milieux antoinistes, on craint que la discussion des textes fondamentaux n'aboutisse à des interprétations divergentes, sources de divisions. »


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