• Le temps est une illusion (Le Fraterniste, 12 septembre 1912)

    Le temps est une illusion (Le Fraterniste, 12 septembre 1912)

    Fraternelle N° 4 de Denain

        M. Geiter, censeur de la Fraternelle numéro 4 de Denain (Nord), nous transmet les réflexions suivantes qui ont donné lieu à une discussion philosophique intéressante entre les différents membres de la Fraternelle.

     LE TEMPS EST UNE ILLUSION

        Il est impossible à tout homme de s'imaginer ce qu'est l'Infini. Je crois que personne ne peut, nier cela. Si, par exemple, pour le temps, l'on compare l'homme avec un animal minuscule comme la fourmi, une journée, c'est-à-dire vingt-quatre heures pour nous, sera, pour la fourmi, un certain nombre de fois plus longue, la valeur de cette journée serait au contraire plus courte pour un être de la taille de quelques milliers d'hommes. Voici quelques exemples qui faciliteront, la compréhension.
        Comme, dans la nature, tout va relativement et en proportion, logiquement, l'être minuscule doit sentir les battements de son cœur comme nous sentons les nôtres. Si, sur la Terre, l'unité de temps conventionnelle est la seconde, en supposant qu'il y ait une seconde entre deux battements du cœur humain et un centième de seconde entre les battements d'un cœur de fourmi il ne faudrait pas croire que ce centième de seconde paraisse réellement un centième de seconde à la fourmi. Il lui semblera tout aussi long que nous semble long, à nous, le temps d'une seconde. La fourmi constatera entre chaque battement un intervalle qui aura pour elle la valeur de notre seconde, alors qu'il sera pour nous infiniment plus court.
        Il résulte qu'une journée pour nous sera infiniment plus longue pour la fourmi. Je pense donc que le temps est une illusion.
                                                                            A. GEITER,
                                                                  78 bis, cité Cail, Denain.

        Evidemment que le temps est une illusion, cher correspondant...
        Lisez plutôt le passage ci-dessous de notre distingué collaborateur Léon Combes :
        Les heures passent, le temps s'écoule, rapide, sans mesure appréciable pour les penseurs, les hommes habitués à la méditation.
        Leur contemplation leur semble à peine commencée lorsque des heures se sont pourtant écoulées...
        Par contre, l'inactif, l'homme au cerveau vide croit vivre une éternité dans chaque instant et cette éternité est réelle, car qu'est-ce, en somme, que le temps ?
        L'expression d'une illusion humaine, mesure arbitraire d'une révolution plus ou moins longue des astres habités. Or, supprimez ces astres, supposez l'espace sans sphère, vide et vous supprimez du même coup tout mouvement visible, la succession du mouvement et la mesure de cette succession : le temps.
        Notre système métrique est, comme toute la science physique, établi sur des hypothèses, sur des apparences : l'apparence matérielle ; sur une base enfin qui n'est pas réelle en soi et que nous admettons tous pour y échafauder nos calculs de pygmées, résoudre nos problèmes de nains.... illusions d'une illusion radicale, de Maya, la nature-protée, voile de l'Incognoscible. Dans le domaine des forces invisibles, le seul réel, le temps ni l'espace n'ont aucune valeur, puisque l'éternité et l'infini seuls existent.
                                                                     COMBES LÉON.

        M. Geiter et ses amis s'exercent à la méditation. Voilà qui est très bien, C'est en tous cas beaucoup plus sain et infiniment plus intéressant que d'aller boire des chopes de cabaret en cabaret, comme le font la plupart des jeunes gens de leur âge.
        C'est, pour le moment, ce que nous voulons surtout retenir.

                                                                                LA REDACTION.

    Le Fraterniste, 12 septembre 1912


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