•     Ces adeptes, dans quelles classes de la société se recrutent-ils ? [...]
        Lorsqu'Antoine se fut séparé des spirites, sa clientèle ne se modifia guère. Un journaliste a bien indiqué les traits caractéristiques des fidèles de l'église antoiniste "... des petits bourgeois, des artisans, de vieilles dames vêtues de noir et pauvrement endimanchées, des petits garçons et des petites filles que la douleur et la foi avaient déjà rendus pensifs... C'étaient encore des gens pareils à ceux que l'ont remarque dans ces pays industriels où la misère et le travail ont pâli et jauni les visages... Des groupes s'ajoutaient aux autres groupes ; je considérais ces faces ravagées par les rides, faces qui se décoraient pourtant d'une gravité et d'une tristesse et qui s'appariaient étrangement à ce paysage de terrils cendreux, de hauts fourneaux gigantesques" (Le Soir, 26 juin 1925).
        Déjà avant la guerre, l'Unitif s'était expliqué sur cette localisation sociale des conversions à l'antoinisme. "Nous avons entendu dire, écrivait une adepte, oh ! sans reproche, chacun croyant détenir la vérité, que la religion antoiniste s'adressait à la classe ouvrière, aux ignorants. Retournons un peu en arrière et voyons comment les choses se pratiquaient au temps de Jésus ; reprochait-Il l'intellectuel ? Il disait : "Laissez venir à moi les petits enfants car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent" et encore : "Bienheureux les pauvres d'esprit parce que le royaume des cieux est à eux." Prônait-Il la richesse Lui qui disait : "Il est plus aisé qu'un chameau passe par e trou d'une aiguille qu'il ne l'est qu'un riche entre dans le royaume de Dieu !" Ces paroles au sens caché, incomprises jusqu'à ce jour et qui renferment tout un enseignement sont aujourd'hui dépouillées de leur voile par le Père qui est venu accomplir et terminer l'oeuvre des prophètes, ses devanciers. Que la grande partie des membres faisant partie du Culte Antoiniste se recrutent chez les humbles, cela est vrai et cela doit être, parce que la souffrance cherche le remède, mais combien ils sont grands ces humbles ! à la tâche toujours : après le dur labeur de la journée ils se reposent dans le travail moral, dans la charité d'eux-mêmes, n'ayant rien à donner de matière ils sont à la disposition de ceux qui souffrent ; ils luttent à tout instant pour détruire leurs défauts, l'imperfection et acquérir les vertus, l'amour vrai ! Est-ce cela de l'ignorance ? Combien de nous plus ou moins cultivés, ayant beaucoup lu et vu, nous sommes-nous jugés ignorants de la vérité en face de ces humbles possédant la vraie intelligence dans la conscience sensibilisée."
       Dans les rangs de l'Antoinisme, on trouve des personnes instruites, p. ex. un professeur d'Athénée (décédé), une institutrice (sténographe du culte), un officier de l'armée belge, qui depuis a rompu avec l'antoinisme (Bourguet, p.36), un ancien officier de l'armée française. On pourrait en citer d'autres ; mais des conversions de ce genre restent néanmoins des exceptions. L'Enseignement (p.253) déclare que "de grands personnages tels que barons, ingénieurs, directeurs, avocats, médecins, prêtres, etc., sont heureux d'avoir recours" à Antoine. Il est très possible qu'Antoine ait reçu des gens de cette qualité, mais je doute qu'il en ait converti beaucoup à sa doctrine.
    Pierre Debouxhtay, p.291 et note 100.

        Au sujet des villes d'eaux, M. E. Leroux remarque que "dans la foule qui afflue en ces villes, il y a toujours un nombre considérable de cerveaux anémiés offrant une proie facile aux prêcheurs de nouveautés, si abracadabrantes que soient celles-ci (Rev. Ecclésiastique de Liége, t.16, 1924-25, p.222).
    Pierre Debouxhtay, p.288, note 86

        Grâce à ceux qui ont désormais consacré leur vie à cette oeuvre humanitaire, nous voici installés, depuis dix mois, rue Saint-Georges, 30. De jour en jour, le nombre des adeptes augmente et actuellement notre groupe est très important ; la plupart appartiennent à la meilleure bourgeoisie et parmi eux nous remarquons beaucoup d'intellectuels, professeurs, philosophes, tous, toujours assidûment fidèles, venant prendre place bien avant l'heure et attendant dans le plus grand silence.
    extraits des Unitifs, Groupe de Bruxelles

       Au-delà des justifications doctrinales, les différences belgo-françaises recouvrent, selon Benoît Narinx, des réalités sociographiques différentes. En Belgique, on comptait parmi les disciples du Père des personnes d'un niveau intellectuel plus élevé en quête de règles éthiques et d'une voie spirituelle. Ces gens-ci ont pu considérer la vénération du fondateur et de son épouse comme une idolâtrie alors qu'en France, les desservants qui dirigèrent le mouvement dès qu'il prit racine dans l'Hexagone étaient plus proches des demandes d'un public populaire chez qui l'expérience religieuse passait par des manifestations tangibles.
        L'historique de l'antoinisme témoigne de son origine populaire. Une sociographie rapide fondée sur les témoignages de Vivier et de Debouxhtay montre que Louis Antoine attirait à lui des gens de condition modeste, des mineurs et des artisans bien que son cercle de disciples se soit enrichi de quelques personnes un peu plus élevées socialement. Ce public n'est pas différent de celui du spiritisme qui fut son terreau. Or, le premier fut essentiellement populaire.
    Régis Dericquebourg, p.30 & 119

        Ajoutons que les trois écrivains décrivant les milieux antoinistes (Robert Vivier, André Thérive, Roland A E Collignon) baignent leurs récits dans le milieu populaire des régions liégeoise ou parisienne.


    votre commentaire
  •     Cependant, loin d'être effrayés par la condamnation du guérisseur, les malades affluaient de plus en plus. Souvent, la salle d'attente était pleine, et des groupes stationnaient dans la rue, sans compter ceux qui pour patienter entraient au café du coin, où la femme de Pierre Dor était occupée tout le jour derrière le comptoir. Les visiteurs venaient non seulement de la région de Liège, des bourgs industriels, mais aussi de toute la Hesbaye, et du pays de Charleroi, du "pays noir", comme on l'appelle, où il y a des usines et des charbonnages comme autour de Liège. C'étaient surtout des ouvriers qui avaient confiance en Antoine. Sa renommée se propageait parmi eux. Beaucoup de mineurs belges vont travailler dans la Nord de la France, et là aussi on commença à parler du guérisseur de Jemeppe.
    Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.256

        Car maintenant on venait non seulement de Bruxelles [cf. p.250], mais du Nord de la France, et même de Paris.
    Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.258

        Tout ceci passait de bouche en bouche. La foi augmentait. Des femmes vinrent de Dinant à pied : il y a deux bonnes journées de marche. C'étaient des veuves. Elles voulaient assister à la réunion spirite, parler à leurs maris défunts.
    Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.261

        Cette masse grouillait, homogène, sourdement vivante, pâte humaine pétrie de patience, d'attention, d'angoisse et d'espoir. C'étaient le tuberculeux de Sart-Tilman, le menuisier d'Angleur, le cordonnier d'Ougrée [cf. p.235], le carrier dont l'oeil était guéri [cf. p.238], le fermier de La Neuville qui était venu trouver Antoine à cause de son bétail qui mourait d'une maladie [cf. p.331], et la vieille de Bois-de-Breux qui entendait bien clair maintenant [cf. p.236], et la petite Marie qui s'était mise à marcher [cf. p.237], et Juliette, qui au retour de Jemeppe était devenue "vive et légère comme l'oiseau", et ce Bovy de Crotteux [cf. p.258], et ceux de Jemeppe, de Seraing, de Mons, de Hollogne, de Flémalle, de Tilleur, de Plainevaux et de Herstal, de Glain, de Sprimont [cf. p.238], de Poulseur, d'Anthisnes [cf. p.235], tous les renoncés, tous les guéris, ceux des neuvaines et des pèlerinages, ceux qui avaient crié pendant des nuit, ceux qui avaient désiré la mort à force de souffrir, ceux qui avaient perdu l'argent et le courage à se traîner de médecin en médecin. Et tous ceux qui n'avaient pas eu de maladie mais qui voulaient être là aussi parce que l'existence d'Antoine de Jemeppe était pour eux un réconfort, une joie secrète, un élargissement du coeur. Car ce n'est pas seulement de santé que l'homme a besoin.
    Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.267


    votre commentaire
  • Illustration : La rue A. Delville à Jemeppe (Seraing)

        Selon Robert Vivier, le petit Louis Antoine, "s'il avait pu s'instruire, il aurait voulu devenir un grand médecin, un "docteur" ; il aurait connu toutes les bouteilles, le drogues qu'il faut, et il aurait guéri. Il aurait donné ses bouteilles pour rien aux pauvres gens." (p.24-25) "Quand il était enfant, il rêvait d'être un grand docteur, de guérir tous les malades. Ce qui le frappe maintenant, c'est comment cela peut être simple, ce geste sur le front, la main du docteur. Après, même s'il n'est pas guéri, l'homme est plus tranquille ; il a rassuré son âme. Et si on lui donne un remède, une pilule, le voilà plus fort. Il a un outil, une aide pour lutter contre la douleur (p.52).
        En 1878 environ, Louis Antoine lit l'ouvrage de Raspail sur les qualités du camphre pour la médication. Il se soigne avec ce produit pendant qu'il vend ses légumes dans Jemeppe. Le docteur Delville, qu'il consulte, lui conseille un métier moins dur (p.124).

        A son retour de Russie, il consulta le docteur Delville : "une maladie de l'estomac, dont il ne parvint jamais à se guérir, le faisait souffrir, donnait à son visage un teint grisâtre et terne, décolorait le feu de son regard, entretenait en lui une nervosité toujours en éveil qui hachait sa parole et la faisait trembler. Son indisposition a pu avoir certains retentissements fâcheux sur la vie du cerveau". Le Dr Delville confirma à Debouxhtay qu'Antoine était neurasthénique, et souffrait de l'estomac (p.53).
        Roland A E Collignon romance ce qui pu arriver en Russie : - J’exploitais une petite pension de famille non loin de la ville, ça marchait bien, mais Antoine aurait tout distribué si je l’avais laissé faire.
    - Des gens étranges venaient chaque dimanche, en-chaîna-t-il, ils se prétendaient les ancêtres des Cathares et enseignaient des méthodes curatives très efficaces.
    Catherine prit tendrement sa main…
    - Ils t’aimaient beaucoup, tu souviens-tu la veille de notre départ ?
    - Le plus âgé nous attendait devant la porte. Le jour venait à peine de se lever. Je n’oublierai jamais l’expression de son visage. Un géant à la chevelure et à la barbe immaculée l’accompagnait, l’émotion les empêchait de parler.

        Les Antoine consultèrent un médecin pour leur fils, certainement s'agissait-il dès le début du Dr Delville (pp.178, 179, 181) : "M. Delville revint. Il était embarrassé. Il tordit sa barbe, longuement, puis il reprit son bloc à ordonnances, et écrivit, de sa main poilue. - C'est une bouteille pour l'appétit. Il faudra le faire manger, ce gaillard." Puis le médecin dit que la blessure avait "fort vilain aspect". Louis Antoine, alors déjà spirite, décide d'invoquer le Docteur Demeure (et peut-être le docteur Carita) qui lui fut souvent d'un bon secours dans ses séances. Cet esprit ne se montre pas. Le docteur Delville accompagne le petit jusqu'à la fin. Il assistera certainement à l'enterrement, selon le rite spirite, du petit Louis.

        On raconte que leur fils se serait réincarné en pharmacien et habiterait Paris (Robert Vivier, p.204).

        "On le vit plus d'une fois errer dans les bois à la recherche du silence et des fluides.
        "Un jour, le docteur Delville l'y rencontra. C'était l'automne. Antoine marchait dans le chemin couvert de feuilles jaunes, et par moments il faisait de grands gestes de côté et d'autre pour attirer à lui les forces invisibles. Le docteur Delville connaissait bien Antoine : il l'avait soigné, il avait soigné les siens.
        "- Que faites-vous par ici ? lui demanda-t-il.
        "- Je cherche les esprits, répondit Antoine.
        "Il ajouta :
        "- Moi, je travaille avec les esprits.
        "- On dit que vous me faites concurrence, observa le médecin.
        "Antoine hocha la tête :
        "- C'est parfois l'âme qui est malade, murmura-t-il d'un ton distrait et absorbé.
        "Le docteur le regarda s'éloigner d'un pas saccadé, rapide. Avant le tournant, il avait repris ses grands gestes. Des feuilles attardées, quittant les branches d'un arbre, voletèrent autour de lui. Le docteur haussa les épaules et poursuivit son chemin.
        "Antoine repensa à cette rencontre. Quelle singulière expression : "faire concurrence"... Il y avait eu une gêne indéfinissable entre eux, Antoine l'avait senti. Un fluide froid avait passé, et c'est pourquoi il s'était éloigné si vite, sans répondre clairement.
        "On ne peut pas tout dire aux médecins. Ils ont des idées qui leur viennent de leur métier, et il est naturel qu'ils les aient : chacun chercher à gagner sa vie. Leur métier, à eux, est d'examiner les malades et de dire de noms qu'ils ont lus dans leurs livres. Ils indiquent aussi des remèdes, et, quand le malade guérit, ils sourient d'un air entendu. Mais ils ne sont que des hommes, et ils ne veulent pas faire appel à l'aide des esprits qui sont plus puissants que nous. Aussi leur science est-elle seulement une science de cette vie, qui ne voit que les corps." (Robert Vivier, p.245-46)

        Le 2 mars 1901, après son premier procès, Louis Antoine écrivit - en pure perte - à des médecins de la région, dans l'espoir que l'un d'eux accepterait de régulariser par sa présence ce que les consultations pouvaient avoir d'illégal. Le Dr A. Delville, qui fut sollicité par Antoine, confirma à Pierre Debouxhtay l'exactitude de ce fait signalé par Bourget (Debouxhtay, p.92). Il fit paraître un article, également en vain : "Nous apprenons que M. Louis Antoine, de Jemeppe-sur-Meuse, se propose d'établir chez lui un dispensaire dirigé par des médecins diplômés. Lui écrire à ce sujet. Les praticiens belges désireux de s'initier à la pratique du magnétisme curatif peuvent également compter sur une clientèle assurée en dehors du dispensaire. La population de Jemeppe est de 10.000 habitants et les communes voisines sont très populeuses" (Robert Vivier, p.257).

        Le docteur Antoine Delville, chargé par la commune de constater les décès, déclara, le 12 janvier 1907, qu'aucune de ces morts ne lui avait paru suspecte ; il ajouta qu'en 1906 il y avait eu à Jemeppe une épidémie d'entérite, dont beaucoup d'enfants avaient été atteints. On apprend également, lors de sa déposition en 1906, que Martin Jeanfils consulte lui-même le docteur Delville (Debouxhtay, pp.144 et 147 ; Robert Vivier, p.265). Louis Antoine dit que quand il s'aperçoit "que le malade n'a pas la foi et qu'il est pauvre", il l'envoie chez le docteur. Le docteur Delville comparaîtra comme témoin lors de ce procès (Debouxhtay, p.150).

        Roland A E Collignon, dans sa biographie, avance, de façon romancée une explication à l'accusation contre Antoine après l'épidémie d'entérite :
        "L'homme s'approcha et avoua discrètement qu'il s'agissait d'une odieuse machination. Des notables avaient ourdi une conspiration contre lui, beaucoup de monde le savait, certains gardaient le silence allant même jusqu'à s'en délecter car Antoine ne s'était pas attiré que de la sympathie.
    - De simples ouvriers jaloux de votre notoriété ont déjà témoigné… que pourrait faire un simple agent comme moi pour empêcher ces horribles choses de se produire, demanda-t-il, j'ai honte de ce métier.
    Antoine se contenta de sourire. Tout cela, il le savait et depuis longtemps.
    Le policier parlait à voix basse d’un air embarrassé.
    - Alors, monsieur Antoine, il faut tout tenter pour vous sortir de cette embrouille, tout mettre en œuvre afin de disposer le tribunal en votre faveur et je voudrais vous aider - il regarda de nouveau sur les côtés -  Ils veulent que nous parlions du tronc, celui que des adeptes ont placé dans votre cabinet malgré vos protestations. Il contenait peu d'argent, je peux en témoigner, celui que les plus riches y déposait et qui devait servir à aider les plus pauvres, n'est ce pas ? Alors, il faudra leur dire. Et ces nombreux malades que vous envoyez chez les médecins, est-ce votre faute si ces braves gens ne s'y rendent pas ? Non, puisque tout le monde sait que personne n'a jamais eu confiance en eux !
    - Vous êtes un brave homme, répondit Antoine. Votre tache d'aujourd'hui aura été une bien pénible épreuve.
    Les yeux de l'agent se troublèrent."

        Un autre passage du récit de Roland A E Collignon raconte pourquoi le dispensaire ne put se faire et comment l'entérite se propagea. Deux médecins gravitent autour de Louis Antoine. Claes, opposé à Antoine et s'occupant de la société des médecins, et Moshé Peretz, "un juif grassouillet d’assez petite taille". Antoine l'ayant secouru contre un attentat lors d'un mouvement ouvrier gréviste, il sera du côté du guérisseur.
        "Les Peretz s’étaient installés dans la propriété du docteur Mougeot, un riche propriétaire foncier parti en retraite au Congo. Le vieil humaniste lui avait cédé, en plus d’une partie de son mobilier, de nombreux livres et dictionnaires médicaux ainsi que divers instruments dont une pharmacie portative. Contrairement à Claes qui s’était installé en ville, avec des consultations à heures fixes réservées à des patients huppés, la clientèle de Peretz, répartie dans les faubourgs était faite de pauvres."
        "Claes avait conservé les mêmes traits d’un visage vigoureux, taillé dans la masse. Sa chevelure coupée en brosse et une grosse moustache lui donnaient un air respectable bien que tout observateur un tant soi peu adroit aurait remarqué dans ce personnage la physionomie générale d'un homme rusé capable de se montrer très violent. Contrairement aux autres médecins qui vivaient loin de la pollution, Claes avait décidé de rester en ville. Il s’était fait bâtir une grande maison à plusieurs étages en plein milieu d'un immense parc entouré d'un mur rehaussé. A cette époque, comme les riches ne craignaient ni le fisc ni les signes extérieurs de richesse, il s'en était donné à cœur joie en décorant les façades de balcons ajourés, d'astragales et de tourelles qui se dressaient aux quatre coins du bâtiment."
        Foncièrement opposait à Antoine, on lit : "Ca alors, hurla de nouveau le conseiller de l'opposition, vous ne manquez pas de culot, Claes ! A vous entendre, il ne reste plus qu'à voter une loi visant à écarter les indésirables mais surtout ceux qui osent vous faire concurrence, comme Antoine, qui n'a pas hésité à faire construire des logements pour des ouvriers et sans demander des fonds à la députation ni à personne puisqu'il y est allé de ses propres deniers, lui ! Vous devriez plutôt prendre exemple, messieurs, plutôt que de réclamer sa tête. Nous disons : Chapeaux bas ! Il y a des leçons à tirer !"
        Dans une entrevue entre le guérisseur et le médecin, Antoine proposait la création d'un dispensaire. Claes lui promit mais ne fit rien pour concrétiser le projet. Peretz soutenait également cette action, mais se fit berner par les autres médecins de la société des médecins.
        En effet, Claes et Steen, le président de la société des médecins, fomenteront une intrigue en faisant jouer leurs connaissances haut-placées : afin d'évincer Antoine en le faisant condamner, les deux malfaiteurs ont décidés de laisser se propager l'épidémie après les inondations (contre lesquelles rien n'aura été fait non plus).
        Lors du procès contre Louis Antoine après l'épidémie d'entérite, le docteur Claes paya un faux témoin. Mais celui-ci se "débinera" et avoua la manoeuvre de Claes.
        Sa technique ayant échoué, il continuera à fustiger Antoine et finira seule dans sa demeure, seul et enviné. Sa femme et ses domestiques consultaient Antoine. Il se suicida et légua 5000 francs pour le culte antoiniste.
        Peretz visita le temple et avait "reconnu non seulement les dons d'Antoine mais surtout la valeur de ses enseignements."
        Dans son récit, Peretz est clairement associé à Delville : "Le juge demanda les rapports signés par le docteur Peretz et constata avec stupéfaction qu'ils faisaient plutôt état de morts naturelles ne mettant nullement en cause la responsabilité d'Antoine."
        "Il titrait que Peretz avait repris le flambeau [de la présidence du club des médecins]. Claes ne le supporta pas. Si la science méritait une place au pouvoir comme le prétendait naguère le président Steen, c'était bien à un homme tel que Peretz qu'elle revenait, à un praticien dépourvu de cupidité. Malgré son mode de vie bourgeois, il avait toujours gardé des goûts simples et des habitudes modestes. Toute sa vie, il avait aspiré à la dignité et grâce à lui, l'horizon de la médecine s'élargissait enfin. A défaut d'un dispensaire, Peretz créa une clinique en souvenir d’Antoine qui devint rapidement un lieu privilégié de soins spéciaux."

        En 1912, "à la fin de mai, on entend dire :
        "- Le Père se soigne, maintenant. Il a repris de la viande.
        "Une nouvelle plus étonnante circule :
        "- Il est sorti... Il a fait une promenade. C'est sur le conseil du docteur : il doit prendre l'air, il s'était trop affaibli" (Robert Vivier, p.341).

        Bourgmestre de Jemeppe en 1912 (jusqu'en 1921, Marcel Peters, p.8, une rue du quartier de Bois-de-Mont de Jemeppe s'appelle rue Antonin Delville), le médecin Antoine [cela doit être une erreur de Debouxhtay] Delville ne dû pas intervenir pour faire enterrer Antoine (contrairement à la rumeur selon laquelle des Antoinistes refusaient l'inhumation, croyant à une résurrection du Père). A. Delville a seulement dû refuser aux antoinistes la permission d'organiser un cortège à travers la commune. Le cortège se limitera aux rues limitrophes du temple et du cimetière, proche l'un de l'autre (Debouxhtay, p.199).


    votre commentaire
  •     Dans le règlement d'ordre intérieur du Conseil d'Administration du temple Antoiniste de Jemeppe-sur-Meuse, parmi les neuf membres, en plus de Mr Louis Antoine, membre de droit, on trouve Mathieu Hoven, Renier Hoven et Joseph Hoven.
    Frère Jean-Marc Boffy, Historique du culte Antoiniste, p.39

        On est en droit de penser qu'ils sont de la même famille.
        On sait de Pierre Debouxhtay (p.255) que Mathieu faisait déjà partie de l'Oeuvre en 1907, car celui-ci colportait l'Enseignement, voici la déclaration du garde-champêtre d'Esneux :
        j'ai trouvé, au hameau de Montfort, les nommés Dor Pierre, se disant le neveu de Antoine le Guérisseur, né à Mons (Hollogne-aux-Pierres) le 15 mai 1862, colporteur, domicilié à Jemeppe-sur-Meuse, rue Bois de Mont, n°16 ; Hoven Mathieu, né à Vivegnis, le 24 septembre 1878, colporteur, domicilié à Jemeppe-sur-Meuse, rue Bois de Mont, s. n° ; Henrotay Marie, épouse du susdit Hoven, née à Herstal, le 4 février 1876, colporteuse, domicilié au même lieu, lesquels vendaient des brochures à dix centimes pièce, comme les deux exemplaires ci-joints (les nos 1 et 2 de l'Auréole de la Conscience).

        Dans les guérisons racontées par l'Unitif II (Pierre Debouxhtay, p.170), on rencontre encore un  F. Hoven : deux hernieux sont guéris. A l'un d'eux, F. Hoven, Antoine avait indiqué la case de sa hernie : "Mon fils, vous mangez trop, et c'est le gaz produit par cet excès qui amène votre hernie." Celle-ci reparaissait dès que F. H. commettait "une infraction à la loi de la conscience".


    votre commentaire
  • Illustration : La Semaine de Paris du 24 mars 1933. S'agit-il du même H. Bodin ?

        Cette profession [de foi] avait d'abord été lue à la réunion générale du 15 août 1911.
    Pierre Debouxhtay, p.226

    PROFESSION DE FOI D'UN ADEPTE QUI
    DE PRÊTRE CATHOLIQUE EST DEVENU ANTOINISTE

    Profession de foi faite à la réunion du 15 Août.

             " Mes frères,
        Je dois vous dire aujourd'hui comment de prêtre catholique je suis devenu antoiniste car je veux rendre témoignage à la vérité en la rendant à la grande valeur morale de notre bien-aimé Père.
        Vous m'excuserez si dans la crcontance je suis obligé de vous parler de ma triste personne, mais j'ai été inspiré ce matin de m'exprimer comme je vais le faire, ce qui servira, je l'espère, au bien de tous.
        Je suis né et ai été dans la religion catholique. Dès ma plus tendre enfance mon âme se sentit attirée avec force par toutes les manifestations extérieures de la piété. Une religieuse qui seconda mes parents dans ma première éducation favorisa cette tendance et contribua beaucoup à orienter les vues vers le sacerdoce. Très épris d'idéal je plaçai mes aspirations dans ce que je pouvais sentir ou comprendre de la religion que j'avais reçue en héritage de mes parents." [...]

        Suivent son parcours religieux : d'abord enchanté par la "magie" du culte catholique, il se sent incompris, sauf par sa mère qui l'encouragea à la prêtrise. Sa formation fut difficile. Son père meurt et sa mère a 6 enfants à élever. A quatorze ans, étant l'aîné, il dut prendre à charge sa famille. Ses patrons ne comprirent pas ses penchants ésotériques.
        Il reprit alors ses études religieuses dans une congrégation de frères voués à l'enseignement, mais du changer de congrégation, car "là n'était pas ce qu'il avait cru y trouver". Dans cette nouvelle congrégation, la vie fut difficile : il devait y mener de front l'instruction donnée aux élèves, ses propres études et encore d'autres travaux.
        Sa mère meurt, et il doit s'occuper de son frère cadet de huit ans.
        Il n'est pas compris et ne comprend pas ses frères de congrégation. "Maintenant je me rends compte que j'avais attribué une importance trop grande aux cérémonies du culte, à la manifestation extérieure du sentiment religieux, que tout ce qui est du domaine physique est éphémère et doit finir tôt ou tard par désappointer." Il pense que beaucoup comme lui doivent vivre dans l'hypocrisie, car ils se sont simplement laisser porter par les influences de leur entourage. Il vécut son ordination comme dans un rêve, puis la réalité lui fit voir la vérité : désirant être humble, charitable, soumis, obéissant, il n'y arriva pas dans sa nouvelle fonction. Puis il chercha un échappatoire, ne pouvant le trouver dans la catholicisme, celui-ci ne lui convenant pas, il le trouva dans l'Antoinisme. Il résolu de voir le Père, et de déposer la soutane. Il ressenti l'impression de rencontrer le vrai Christ, ses apôtres et ses fidèles en arrivant à Jemeppe. Il y resta huit mois, et fut reçu par le Père chaque semaine, acquérant ainsi son travail moral.
        "Beaucoup sont surtout frappés par les guérisons obtenues à Jemeppe ou ailleurs. Cette manifestation plus tangible de la puissance de notre Père impressionne davantage les foules et cependant, laissez-moi vous le dire, ce n'est là que le côté accessoire de sa mission. Ce qui est autrement important c'est le rôle de pacificateur qu'Il a été appelé à remplir, son rôle d'unificateur des religions. Il est venu faire cesser, après des siècles d'antagonisme malheureux, les luttes entre les diverses religions en nous démontrant ce qu'est la Religion. Il est venu accomplir le désir du Christ : l'unité religieuse."
                       H.B.

    Unitif, N°2, p.7-16

     

    Henri Bodin, qui de prêtre catholique est devenu antoiniste


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique