• Aix-les-Bains (La Gazette 31 août 1912)

        Excelsior vient de découvrir à Biollay, entre Aix-les-Bains et Chambéry, un nid d'« antoinistes ». Autour d'une grange, qui leur sert de temple, les fidèles de la religion belge viennent écouter la parole de leur prêtre improvisé :
        Par qui Ernest Blanc-Talon fut-il investi de ses fonctions spirituelles ? Personne ne le sait, pas même lui ! Ce brave homme, originaire des Bauges, s'est un jour senti illuminé par la foi : il a cru, il croit et il s'efforce de faire croire.
        Ce n'est pas que sa position sociale le poussait à de hautes destinées, car Ernest Blanc-Talon profite des loisirs que lui laisse la culture de son lopin de terre pour frotter et cirer les parquets.
        – Comment je suis devenu un adepte du Père ? me confia le grand prêtre. Mais c'est parce qu'il a guéri ma vieille mère, que tous les médecins avaient abandonnée, déclarant que le cancer qui lui rongeait la face était incurable.
        » Désespéré, j'avais employé vainement toutes les drogues et tous les dépuratifs, lorsque, il y a deux ans, sur les conseils d'une voisine qui était en relation avec une adepte antoiniste, j'écrivis au Père, à Jemeppes, pour implorer sa protection. Et miracle, lorsque je revins chez moi, après avoir été mettre ma lettre à la poste, l'intervention du Père s'était déjà manifestée, car ma mère ne souffrait plus de ses démangeaisons intolérables. Depuis, nous sommes allés à Jemeppes, où nous avons été reçus par la Mère : la guérison n'est pas complète, mais le mal ne ronge plus le visage de ma mère, qui, dès lors qu'elle souffre un peu, n'a qu'à penser au Père pour être soulagée ! Moi-même, je souffrais de maux d'oreilles provoqués par une grande peur que m'avait fait un gros rat : je n'avais pas franchi le seuil du temple de Jemeppes que je me sentais guéri !
        » De retour à Biollay, j'étais tout transformé. J'avais la foi, je ne songeai qu'à la faire partager à tous ceux qui m'étaient chers et même à tous ceux qu'il me serait possible de convertir.
        » Seulement, comme la grange de Marlioz était trop peu pratique, je fis parqueter un local qui était libre chez moi, j'y fis disposer des bans et des chaises. C'est là que tous les dimanches, à 3 heures, une trentaine de prosélytes ayant sous les yeux l'arbre de la Science de la Vue du Mal viennent écouter la lecture u que je leur fais. »

        Et le grand-prêtre lève ses yeux inspirés vers un tableau noir où se lisent ces mots : « l'auréole de la conscience ». Tandis que deux enfants s'accrochent en criant aux plis de sa longue lévite noire.
        Pour avoir été longtemps réfractaire à la foi, la femme du grand-prêtre n'en est que plus croyante. Et à peine eut-elle été soulagée « d'un mal de gosier » que, usant de la transmission s de la pensée, Mme Marie Blanc-Talon se mit à opérer des guérisons miraculeuses. Rien qu'en imposant ses mains et en invoquant le Père Antoine, elle arrache à la mort, le prétend-elle, la fillette d'un fermier de Marlioz qu'une méningite allait emporter. N'est-ce pas ainsi que procédèrent, à Paris, les époux Leclercq, qui laissèrent mourir leur enfant faute de soins !

        Notre confrère fait l'exposé de la propagande acharnée qui donne à ce culte nouveau des adeptes dans toutes les parties du monde.

        « La Savoie et l'Isère seules comptent trois groupes d'adeptes : l'un à Grenoble, le second au Touvet (Isère) et le troisième, – celui que j'ai visité, – à Biollay ».

        Il conclut :

        Et dire que ces mêmes paysans qui écoutent bénévolement la lecture de « principes en prose » auxquels ils ne comprennent rien, regimbent dès qu'on leur parle d'hygiène.

        Voilà un cas psychologique qu'il conviendrait de signaler aux deux « Congrès » dont nous parlons d'autre part : « Instruction morale » et « Propreté ».
        Gageons que les pires ennemis des miracles de Lourdes ne trouveront pas un mot désobligeant à l'adresse de cette croyance nouvelle.

    La Gazette, 31 août 1912


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  •     En France, bien avant la construction du temple de Paris, le culte du Guérisseur était célébré.
        Dans les montagnes de Savoie, à Biollay, près de Chambéry, un frotteur de la Villa des Fleurs d'Aix-les-Bains, Ernest Blanc-Talon, dont la mère souffrait d'un cancer de la face, avait écrit à Jemeppe, conseillé par une voisine. Sitôt sa lettre mise à la poste, le frotteur avait cru constater une amélioration ; dès lors il fut antoiniste convaincu, s'imposa des privations pour faire avec tous les siens le voyage de Jemeppe, et un beau jour s'investit lui-même des fonctions de légat du Père en Savoie. Convertissant la plus grande pièce de sa maison en temple, il y plaça l'Arbre de la Science de la Vue du Mal, et le tableau sur lequel on lit le précepte fondamental de l'antoinisme :
        « Un seul remède peut guérir l'humanité : la Foi ; c'est de la Foi que nait l'Amour : l'Amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ; ne pas aimer ces ennemis c'est ne pas aimer Dieu, car c'est l'Amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de le servir ; c'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité. »
        Et revêtu de la lévite noire de l'antoiniste, Ernest Blanc-Talon, se croyant nanti d'une procuration de la Mère, se mit à opérer.
        A Grenoble et au Touvet (Isère), il existe également un centre antoiniste. A Monte-Carlo, un temple merveilleusement situé au bord de la Méditerranée fut solennellement inauguré par la Mère qu'accompagnaient un millier d'antoinistes venus de Belgique et d'ailleurs.

    Henry COSSIRA.

    Sciences et Voyages, 1919


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  •     Grâce à diverses sources internet, on peut suivre l'arrivé de l'antoinisme en Savoie.

        Le 12 novembre 1881, Ernest Lucien Blanc-Talon né à Aillon-le-Vieux dans les Bauges, massif montagneux des préalpes françaises du nord, se situent à cheval sur les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie et culminent à plus de 2 200 mètres.
        En 1910, une adepte antoiniste parle à Ernest Blanc-Talon des guérisons du Père. Sa mère étant atteinte de démangeaisons, que les médecin disait être un cancer incurable, il envoya une lettre au Père. La lettre ne fut pas arrivée au Père, que sa mère était mieux. Ils allèrent ensuite à Jemeppe : "Moi-même, je souffrais de maux d'oreilles provoqués par une grande peur que m'avait fait un gros rat : je n'avais pas franchi le seuil du temple de Jemeppes que je me sentais guéri !", dit-il au journaliste qui 'linterroge.
        "De retour à Biollay, j'étais tout transformé, j'avais la foi, je ne songeai qu'à la faire partager à tous ceux qu'il me serait possible de convertir.
        "Seulement, comme la grange de Marlioz était trop peu pratique, je fis parqueter un local qui était libre chez moi ; j'y fis disposer des bans et des chaises. C'est là que tous les dimanches à 3 heures, une trentaine de prosélytes ayant sous les yeux "l'arbre de la Science de la Vue du Mal" viennent écouter la lecture que je leur fais.""
        En 1912, Ernest Blanc-Talon habite donc à Biollay, sur la Plaine de Marlioz à Aix-les-Bains. "Autour d'une grange, qui leur sert de temple, les fidèles de la religion belge viennent écouter la parole de leur prêtre improvisé".
        En 1913, à Aix-les-Bains, la rue Victor Hugo s'appelle Rue des Granges, le sentier des Granges menait au village de Marlioz. La rue Isaline s'appelle chemin dit Derrière-la-Tour en 1873, puis chemin du Biollay en 1885. En 1891, elle prend son nom actel.
        Sa femme, Marie, d'abord réticente, devient guérisseuse. Lui cultive son lopin de terre et est cireur de parquet. Son fils deviendra cheminot.
        En 1914, il y a déjà une salle de lecture à Chambéry, dans la rue Basse du Château. Elle existera plus de 6 ans. D'autres salles de lectures s'ouvrent entre 1914 et 1920.
        Le 15 juin 1915, Ernest décède sur le champ de bataille d'Ablain-Saint-Nazaire dans le Pas-de-Calais. Il avait le grade de caporal, et appartenait au 97RI.
        A l'emplacement du quartier du temple, Paul Bonna possède, depuis 1877, une ferme avec vaste terrain planté de vignes en hautins. En 1924, ses héritiers divisent la parcelle en deux lots vendus séparément.
        A partir de là, les disciples du culte antoiniste construisent le temple d'Aix-les-Bains. En 1923, les travaux commence. Le 24 août 1924 la Mère s'y rend pour le consacrer. Sa façade antérieure, orientée à l'ouest, donne sur une cour que prolonge, au sud, un jardin potager, sur une lettre, on apprend que c'est un frère qui l'entretien pour la desservante.
        Le 28 avril 1927, Mme Veuve Blanc-Talon Ernest, avec madame Dufourd, fait construire une maison au 10, rue François Ponsard. Puis madame Dufourd se désiste, et il est décidé de construire que le premier niveau. Cependant, en 1932, l'ensemble est surélevé et la travée de fausse-fenêtres, prévue à l'origine en façade, a été remplacée par de vraies fenêtres. La maison est appelée alors Villa, comme beaucoup de maisons du quartier.
        En 1959, Ernest Marius Blanc-Talon en est propriétaire. Il est le mari de Alice Eugénie Brunet (mariage en 1932), et est électricien SNCF. On sait que l'antoinisme fut introduit notamment par des cheminots. Cette maison restera dans la famille encore un temps.
        En 1976, un appentis a été accolé à l'élévation droite du temple et, sur cette façade, des balcons ont été ajoutés devant les baies de l'étage de comble.

    sources :
    http://www.memorial-genweb.org/~memorial2/html/fr/complement.php?table=bp01&id=179851
    http://www.patrimoine-aixlesbains.fr/?page=fiches&p=IA73001648
    http://www.patrimoine-aixlesbains.fr/?page=fiches&p=IA73001629


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  • L'Abeille de la Nouvelle-Orléans - 17 septembre 1912 - Le Progrès de l'Antoinisme (Aix-les-Bains-Chambéry)

        "Excelsior" vient de découvrir à Biollay, entre Aix-les-Bains et Chambéry, un nid d'"antoinistes". Autour d'une grange, qui leur sert de temple, les fidèles de la religion belge viennent écouter la parole de leur prêtre improvisé :
        "Par qui Ernest Blanc-Talon fut-il investi de ses fonctions spirituelles ? Personne ne le sait, pas même lui ! Ce brave homme originaire des Bauges, s'est un jour senti illuminé par la foi : il a cru, il croit et il s'efforce de faire croire.
        "Ce n'est pas que sa position sociale le poussait à de hautes destinées, car Ernest Blanc-Talon profite des loisirs que lui laisse la culture de son lopin de terre pour trotter et curer les parquets.
        - Comment je suis devenu un adepte du Père ? me confia le grand prêtre. Mais c'est parce qu'il a guéri ma vieille mère, que tous les médecins avaient abandonnée, déclarant que le cancer qui lui rongeait la face était incurable.
        "Désespéré, j'avais employé vainement toutes les drogues et tous les dépuratifs, lorsque, il y a deux ans, sur les conseils d'une voisine qui était en relation avec une adepte antoiniste, j'écrivis au Père, à Jemeppes, pour implorer sa protection. Et miracle, lorsque je revins chez moi, après avoir été mettre ma lettre à la poste, l'intervention du Père s'était déjà manifestée, car ma mère ne souffrait plus de ses démangeaisons intolérables. Depuis, nous sommes allés à Jemeppes, où nous avons été reçus par la Mère : la guérison n'est pas complète, mais le mal ne ronge plus le visage de ma mère, qui, dès lors qu'elle souffre un peu n'a qu'à penser au Père pour être soulagée ! Moi-même, je souffrais de maux d'oreilles provoqués par une grande peur que m'avait fait un gros rat : je n'avais pas franchi le seuil du temple de Jemeppes que je me sentais guéri !
        "De retour à Biollay, j'étais tout transformé, j'avais la foi, je ne songeai qu'à la faire partager à tous ceux qu'il me serait possible de convertir.
        "Seulement, comme la grange de Marlioz était trop peu pratique, je fis parqueter un local qui étai libre chez moi ; j'y fis disposer des bans et des chaises. C'est là que tous les dimanches à 3 heures, une trentaine de prosélytes ayant sous les yeux "l'arbre de la Science de la Vue du Mal" viennent écouter la lecture que je leur fais."
        Et le grand prêtre lève ses yeux inspirés vers un tableau noir où se lisent ces mots : "l'auréole de la conscience". Tandis que deux enfants s'accrochent en criant aux plis de sa longue lévite noire.
        Pour avoir été longtemps réfractaire à la foi, la femme du grand-prêtre n'en est que plus croyante. Et à peine eut-elle été soulagée "d'un mal de gosier" que, usant de la transmission de la pensée, Mme Marie Blanc-Talon se mit à opérer des guérisons miraculeuses.
        Bien qu'en imposant ses mains et en invoquant le Père Antoine, elle arraché à la mort, prétend-elle, la fillette d'un fermier de Marlioz qu'un méningite allait emporter. N'est-ce pas ainsi que précédèrent, à Paris, les époux Leclercq, qui laissèrent mourir leur enfants de soins !
        Notre confrère fait l'exposé de la propagande acharnée qui donne à ce culte nouveau des adeptes dans toutes les parties du monde.
        "La Savoie et l'Isère seules comptent trois groupes d'adeptes, l'un à Grenoble, le second à Touvet (Isère) et le troisième, - celui que j'ai visité, - à Biollay.
        Il conclut :
        "Et dire que ces mêmes paysans qui écoutent bénévolement la lecture de "principes en prose" auxquels ils ne comprennent rien, regimbent dès qu'on leur parle d'hygiène.

    source : L'Abeille de la Nouvelle-Orléans - 17 septembre 1912 - Le Progrès de l'Antoinisme


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