•     "En lisant le livre de la nature, il me semble au-dessous de la dignité de l'esprit d'affecter une rigoureuse exactitude dans la réduction de chaque phénomène particulier aux règles générales, ou dans l'explication de la manière dont il résulte de ces règles. Nous devons nous proposer de plus nobles objets, comme d'élever et de récréer l'intelligence par la contemplation de la beauté, de l'ordre, de la grandeur et de la variété des choses naturelles." Le vrai but de l'homme est de travailler à réaliser les fins de la nature : la gloire de Dieu, notre conversation et notre bien-être, et ceux des créatures nos semblables. La meilleure grammaire de cette espèce est la mécanique de Newton.
        De même que les paroles des autres hommes sont une preuve de leur existence, de même façon Dieu est visible dans le monde et s'y incarne en quelque manière. Nous voyons Dieu journellement avec la même certitude que nous voyons journellement nos semblables ; car, à parler strictement, ils ne peuvent être vus, bien que leurs corps le puissent. Ce langage de la vue est équivalent à une création constante, témoignant d'une action immédiate de la puissance et de la providence divines. Telle est la théorie symbolique que soutient Berkeley dans sa Théorie de la vision vengée.

        in Théorie de la vision vengée
        Jean Didier, Berkeley, VII, Le symbolisme de la nature


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  •     Je vois cette cerise, je la sens, je la goûte : or je suis sûr que rien ne peut être ni vu, ni goûté, ni touché ; donc, elle est réelle. Supprimez les sensations de douceur, d'humidité, de rougeur, d'acidité, et vous supprimez la cerise. Puisqu'elle n'est pas une existence distincte des sensations, je dis qu'une cerise n'est rien de plus qu'un agrégat d'impressions sensibles, ou d'idées perçues par des sens différents : idées qui sont unifiées en une seule chose par l'intelligence ; et cela, parce qu'on a observé qu'elles s'accompagnent l'une l'autre. Quand j'ai certaines impressions déterminées de la vue, du tact, du goût, je suis sûr que la cerise existe ou qu'elle est réelle ; sa réalité, d'après moi, n'étant rien, si on l'abstrait de ces sensation. Mais si, par le mot cerise, vous entendez une nature inconnue, distincte de toutes ces qualités sensibles, et par son existence quelque chose de distinct de la perception qu'on en a, je l'avoue, ni vous, ni moi, ni personne au monde ne peut être assuré qu'elle existe.
    [...]
        Cependant, qu'on y prenne garde, Berkeley prétend bienne point nier l'existence des choses. [...] Si le feu réel diffère beaucoup de l'idée de feu, la douleur réelle qu'il occasionne est aussi très différente de l'idée de cette même douleur ; et cependant personne ne prétendra que la douleur existe ou puisse exister en une substance non percevante, pas plus qe l'idée de douleur. Il en est donc de même pour le feu réel. Ces différences n'entraîne pas d'existence indépendantes.
    [...]
        Puisque les choses sont et qu'elles ne sont d'autant que perçues, une question de première importance se pose : Quand elles ne son pas perçues, que sont les choses ? C'est bien simple. Du moment qu'elles ne sont pas effectivement perçues par moi, qu'elles n'existent pas dans ma pensée (in my mind), ou dans celle de quelque autre esprit créé (created spirit), il faut de toute nécessité, ou qu'elles n'aient aucune sorte d'existence, ou qu'elles existent dans la pensée (mind) de quelque esprit (spirit) éternel. Car il n'y a pas d'autre substance que l'esprit ou ce qui perçoit. Quand je ne perçois pas, avant ma naissance, après ma mort, les choses étaient perçues dans quelque intelligence ; les intelligences créées pouvant défaillir ou disparaître, "il s'ensuit nécessairement qu'il y a une intelligence omniprésente et éternelle qui connaît et embrasse toutes choses, et les présente à notre vue d'une certaine manière, suivant certaines règles qu'Elle a Elle-même établies, et qui sont appelées par nous les lois de la nature." Dieu est donc cause directe de nos perceptions. il n'y a pas de meilleure preuve de l'existence de Dieu que le fait de nos perceptions. "Je conclus immédiatement et nécessairement l'existence d'un Dieu de ce que toutes les choses sensibles doivent ête perçues par Lui."
    [...]
        Aussi bien, pour parfaire la théorie, Berkeley pose un double état de choses, l'un ectypal ou naturel, l'autre archétypal ou éternel." Le premier a été créé dans le temps, l'autre a existé de tout temps dans l'intelligence divine. [...] La présence des coses dans la pensée divine explique seule, en fin de compte, l'identité des objets sensibles et assure la véracité des sens. L'existence de Dieu nous certifie l'existence des choses. L'ordre logique explique et domine l'ordre physique. L'immatérialisme apparaît à Berkeley la plus irréfutable réponse à l'athéisme.


        in Dialogues entre Hylas et Philonous
        Jean Didier, Berkeley, V, la matière


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  • Berkeley définit les idées de manière semblable à Locke : « tout ce qui est donné immédiatement par les sens ou par l'entendement. » Et il reprend également la thèse de Locke suivant laquelle les idées des sens et les idées de la réflexion sont distinguées :

        «  Il est visible à quiconque porte sa vue sur les objets de la connaissance humaine, qu'ils sont ou des idées véritablement imprimées sur les sens, ou des idées perçues quand l'attention s'applique aux passions et aux opérations de l'esprit, ou enfin des idées formées à l'aide de la mémoire et de l'imagination, en composant et divisant, ou ne faisant simplement que représenter celles qui ont été perçues originellement suivant les manières qu'on vient de dire. »

    Berkeley en déduit alors ce qui sera le principe de sa philosophie : les idées n'existent pas en dehors d'un esprit qui les perçoit. C'est là une vérité intuitive : quand je dis qu'un objet existe, je dis que je le sens, que je le vois, ou qu'il est perçu par un autre esprit. Mais quant à concevoir une existence absolue, c'est impossible ; l'esse de l'objet consiste dans son percipi. « Esse est percipi » (être, c'est être perçu). Nous ne parlons donc des choses qu'autant qu'elles ont du rapport à notre esprit :

        « [...] considérons les qualités sensibles que sont la couleur, la forme, le mouvement, l'odeur, le goût, etc, c'est-à-dire les idées perçues par les sens. Il est manifestement contradictoire qu'une idée puisse exister dans une chose non-percevante; car c'est tout un que d'avoir une idée ou de la percevoir. Par conséquent, pour exister, une couleur, une forme, etc. doit être perçue. Il suit de là clairement qu'il ne peut y avoir de substance ou de substrat non pensant de ces idées. »

    Il n'y a donc pas de matière : quand on dit que la matière existe en dehors de soi, on commet un abus de langage. Nous ne percevons que des idées, et nous ne pouvons rien concevoir hormis elles. À quoi, dès lors, la matière pourrait-elle ressembler ? Il suit donc de là que les qualités premières, tenues pour objectives par Descartes et Locke, ne le sont en réalité pas plus que les qualités secondes.

    Nous ne pouvons donc par aucun moyen affirmer l'existence du monde extérieur. Le monde extérieur n'est cependant pas illusoire : son existence, en tant que phénomène est réel, mais il n'a pas de substance, en ce sens qu'il n'existe pas en soi.

    Berkeley se rapproche en cela d'un passage du Discours de la méthode où René Descartes envisage lui aussi que le monde réel pourrait ne pas exister et ne constituer que des impressions envoyées par quelque esprit trompeur.Il soutenait que nous ne connaissons que nos propres idées, que les corps extérieurs n'existent pas, et que c'est par une illusion mensongère que nous leur accordons de la réalité : c'est dans les Principes de la connaissance humaine et dans les Trois dialogues entre Hylas (le matérialiste) et Philonous (le spiritualiste) qu'il a exposé ce système d'idéalisme.

    source : wikipedia


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