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  •     C'est vers l'exploitation de pays neufs que se tournent aujourd'hui les capitaux. En 1886, la Compagnie Cockerill fonde ses Aciéries de Varsovie et dans le midi de la Russie, la Société dniéprovienne. Encouragés par son succès, des imitateurs se mettent aussitôt à sa remorque. Associés à des capitaux français, les capitaux belges multiplient les usines de tout genre dans le bassin de la mer Noire, si bien que l'importance seule de ces derniers était évaluée à la veille de la guerre à trois milliards et demi. Dans le grand-duché de Luxembourg, où la Société d'Ougrée-Marihaye fusionne en 1905 avec la Société des Hauts Fourneaux de Redange, en Espagne, dans la région minière de Bilbao, au Maroc, les Belges déploient une activité pareille.

    Henri Pirenne, Histoire de Belgique (p.367)
    Volume 7 - De la Révolution de 1830 à la guerre de 1914
    source : archive.org


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  •     Le rôle de la société Cockerill fut décisif dans la genèse de la folie russe qui saisit les capitaux belges. Déjà le fondateur s'y était attaqué, c'est d'ailleurs à Varsovie qu'il meurt en 1840. Après son décès, ses entreprises sont transformées en une société anonyme. Entré dans le conseil d'administration en 1865, le baron de Sadoine fut un gestionnaire avisé mais aussi très imaginatif. C'est lui qui prit l'initiative de visiter la Russie et d'en explorer les potentialités. Soutenu par le président du conseil, le Hutois Charles Delloye-Matthieu, il s'inscrit dans le droit fil de la tradition d'appropriation des matières premières en prenant des intérêts dans le bassin minier de Krivoï-Rog vers 1875.
        La dépression internationale qui affecte la sidérurgie européenne depuis 1873 retarde ses projets. Ce n'est que onze ans plus tard, en 1886, qu'une alliance avec les Aciéries Praga de Varsovie débouche sur la constitution de la puissante société métallurgique Dniéprovienne du Midi de la Russie. En 1896, la firme installe également un complexe dans le bassin charbonner du Donetz. Un an plus tôt, des administrateurs de Cockerill s'étaient associés à la Société métallurgique d'Aiseaux en France, pour établir les Chantiers navals, Ateliers et Fonderies de Nicolaïeff, réalisant ainsi un projet du baron de Sadoine vieux de vingt ans.
        A partir de 1895 environ, 260 sociétés étrangères dont 160 belges vont suivre le chemin tracé par Cockerill. Boris Chlepner n'a pas hésité à parler d'une "croisade des capitaux belges en Russie", et Eddy Stols à qualifier la Russie méridionale de "province industrielle belge". "Dans cette expansion", écrit Roger Cavenaille, "les Wallons et particulièrement les Liégeois ont eu une part prépondérantes". Sur la seule année 1895, les Acieries d'Angleur et la Société des Outils de Saint-Léonard sont à l'origine de la Société métallurgique russo-belge; le groupe Chaudoir crée la Société russe de Fabrique de Tubes; l'Espérance-Longdoz bâtit la SA des Hauts-Fourneaux de Toula; un consortium franco-belge qui regroupe la SA d'Ougrée, les Tôleries liégeoises et les Tubes à Louvroil fondent la Société métallurgique des Aciéries de Taganrog.


    Wallonie, Atouts et référence d'une Région,
    Les Wallons hors de la Wallonie,
    par Michel Oris et Jean-François Potelle
    II. De la révolution au déclin industriel, p.423
    Région wallonne et Ed. Labor, 1995


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