• Marcel Thiry - Robert Vivier et la rencontre d'autrui (1994)

         Vivier a puisé dans la petite histoire contemporaine de sa terre wallonne le sujet de son grand roman, Délivrez-nous du mal, large monographie d'un ouvrier guérisseur et prophète, le Père Antoine, et de la secte antoiniste. Non seulement il y échappe au souci dominant de cette couleur locale qui avait été, pendant une génération dans son pays, la ressource des conteurs régionalistes, mais il parvient à transposer la langue de ses personnages de façon qu'ils parlent un français pur, tout en laissant entendre comme à l'arrière-plan l'intonation d'un terroir, tantôt par un vouvoiement un peu insolite, tantôt par telle construction toute correcte, mais plus familière au pays liégeois, surtout par ce don de faire reconnaître ou deviner une fidèle ressemblance, épurée, au langage des simples. Et c'est d'ailleurs de la même habilité à concilier le respect de la langue avec la vérité de la vie qu'usera Vivier quand il fera parler les soldats de la première guerre : son réalisme, plus réel que celui de Barbusse, ne prête à ses personnages aucun vocabulaire spécial qui aurait proliféré dans les tranchées ; mais quelque chose d'intimement adapté à leurs habitudes d'expression les fait entendre au naturel, en même temps qu'une discrète purification — où l'on sent un grand respect pour eux — exhausse insensiblement leurs propos jusqu'au mode du français le plus simplement classique.

    Robert Vivier et la rencontre d'autrui par Marcel THIRY (p.180)

    Bulletin de l'Académie royale de langue et de littérature françaises
    Tome LXXII — Nos 1-2 (1994)

    Source : https://www.arllfb.be/bulletin/bulletinsnumerises/bulletin_1994_lxxii_01_02.pdf


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