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  • "PAYS NOIR" (EXTRAIT DE LA VIE BELGE)

    Un matin, nous montâmes à la terrasse du château, à Mons. Sous un lent et incessant déluge de charbon, l'air s'estompait de teintes fuligineuses qui décoloraient la tiède après-midi. Une suite éternellement projetée des hautes cheminées recouvrait, dans un remous d'incessantes fumées, des campagnes anémiques et dévastées. La sensation fut si forte de nous trouver brusquement devant ces horizons calcinés au bas desquels en tous sens s'étageaient des buttes sombres, que nous demeurâmes longtemps sans parler. C'est que, de l'endroit élevé d'où nous dominions la grande plaine industrielle, s'apercevait le coeur même de la région charbonnière.
    Ce n'était pas la première fois que je la visitais ; mais je n'avais pas été touché encore en mes racines par l'extraordinaire beauté âcre et poignante qui se dégage de ses aspects. On n'aime pas toujours de suite ce qu'on doit aimer pour la vie. Celui qui allait devenir le pensif et sensible introducteur des plèbes dans l'art, à peine lui-même connaissait le pays pathétique qui devait être pour lui la cause d'une expression nouvelle d'humanité.

    Camille Lemonnier, La Vie belge (1905)


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  • CUESMES, commune du canton, de l'arrondissement et à 2/3 de lieue S.0. de Mons.

    Bornée au N. et à l'E. par le territoire de la ville de Mons ; elle louche, au S., aux communes d'Hyon et de Frameries (cette dernière du canton de Pâturages), et à l'O. à celle de Jemmapes.

    Hydrographie : Cette commune est arrosée par la Trouille, rivière qui donne le mouvement à un moulin à farine situé à l'extrémité N. Sur divers points du territoire, on rencontre des étangs et des mares ; ces dernières servent de réservoirs aux usines ou d'abreuvoirs aux bestiaux.

    Sol : Elle forme la limite du terrain houiller dit le Borinage, au pied de la montagne de Flénu, qui abonde en mines de houille. La configuration du sol présente beaucoup d'irrégularités. Toutes les plaines ont une inclinaison plus ou moins sensible. Les pentes les plus rapides se rencontrent à l'extrémité S., vers Hyon, et à l'O. aux confins de la commune de Jemmapes. — Terrain calcaire et houiller, formé de calcaire, de marne, de psaramite micacé, schistoïde et calcaire, de poudingue psammitique, etc.

    Minéraux : Chaux carbonatée laminaire et compacte ; chaux sulfatée aciculaire ( dans les schistes houillers ) ; talc chlorite fissile et terreux ; anthracite feuilletée (gris foncé) et compacte (noir bleuâtre) ; houille feuilletée ; bois bituminisé et pyritisé (dans les houillères du Flénu) ; fer sulfuré lamelliforme et pseudomorphique (dans les schistes houillers) ; schiste luisant (des houillères) ; lignite friable, etc., etc. Plusieurs mines de houille sont en activité sur le territoire ; elles font partie du bassin houiller du Flénu. Le calcaire a été exploité sur divers points.

    Terres labourables divisées en quatre classes : première classe, formée de terres argileuses, friables, de couleur jaunâtre, de dix a douze pouces de couche végétale, très-fertiles et ne reposant jamais; deuxième classe, argile trop compacte ou trop douce, aussi profonde que celle de première classe et très-productive ; troisième classe, sol pierreux et calcaire, brûlant dans les sécheresses, d une couche végétale de huit pouces d'épaisseur, peu favorable à la culture de l'escourgeon; quatrième classe, terrain calcaire ou rocailleux, très-inégal, provenant, en partie, d'anciennes carrières ; les terres de cette classe doivent reposer fréquemment, pour en retirer quelques faibles produits.

    Agriculture : On récolte tontes espèces de céréales, du trèfle, des pommes de terre et autres légumes ; peu de colza, de chanvre et de luzerne. Les prairies arrosées par la Trouille produisent beaucoup de foin. — Jardins entourés de murs ou clos de haies, cultivés avec soin. — Quelques mauvais vergers. Le sol, d'assez bonne qualité, est très-bien cultivé ; les engrais qui proviennent de la ville de Mons contribuent beaucoup à sa fertilité. Il existe cependant de mauvaises terres pierreuse et sablonneuses sur divers points de la commune. On exploite le sol en grande, moyenne et petite tenue. Vingt-quatre fermes. — Le dernier recensement donne à la commune : deux cent-quatre-vingt-treize chevaux, quatre-vingt-cinq poulains, deux cent onze bêtes à cornes, cinquante-sept veaux, cent porcs, cent cinquante moutons. — Laine, beurre, fromage. — Fréquentation du marché de Mons.

    Population : Deux mille deux cent quatre-vingt-treize habitans.

    Habitations : Cette commune se compose de cinq cent dix-sept maisons, en grande partie agglomérées, et parmi lesquelles on distingue plusieurs fermes bien bâties. Il y a une église, une maison communale et une école primaire. — Résidence d'un chirurgien et d'un arpenteur.

    Commerce et Industrie : L'exploitation des houillères occupe la majeure partie des habitans, et donne lieu à un commerce assez actif. On vend au marché de Mons les productions du sol, le bétail, le beurre et le fromage. — Deux fours à chaux, trois moulins à farine, dont deux à vent et un mû par l'eau, trois brasseries, une distillerie qui chôme pendant trois ou quatre mois de l'année ; huit maréchaux ferrans, quatre charrons, deux vanniers, un fabriquant de cordes et un grand nombre d'artisans et de débitans de toute espèce.

    Routes et Chemins : Cette commune située à 1/4 de lieue de la grande route de Mons à Valenciennes, touche à la route de Mons à Maubeuge. Elle est entrecoupée par plusieurs petites chaussées exécuter en pavés, qui vont se joindre aux grandes routes : elles ont l'avantage de faciliter promptement le transport des houilles sur le canal de Mons à Condé. Parmi ces embranchemens, on remarque la route de Cuesmes à Mons, et celle qui, sous le nom de pave de Flenu, conduit de Cuesmes à Jemmapes. Les chemins vicinaux, au nombre de deux, sont d'une exploitation difficile en hiver et dans les temps pluvieux.

    Histoire : La fameuse bataille de Jemmapes, gagnée par le général Dumouriez our les Autrichiens, le 6 novembre 1792, s'est livrée en partie sur le territoire de Cuesmes. C'est près de ce village qu'étaient établies les cinq grosses batteries au feu desquelles se trouva exposé le général Beurnonville, qui, s'étant imprudemment avancé, se vit en outre débordé par six bataillons ennemis. Ce général, s'apercevant trop tard de ce mauvais pas, allait battre en retraite, lorsque le brave Dampierre prit tout à coup la résolution hardie de le sauver, en attaquant la gauche de l'ennemi. A la tête du régiment de Flandres et des bataillons volontaires de Paris, qu'il précéda de cent pas, il se précipita sur les six bataillons ennemis, les culbuta et enleva les deux premières redoutes : après y être entré le premier, il tourna leurs canons contre les Autrichiens, rendit à Beurnonville la liberté d'agir et fit seize cents prisonniers. Frappés d'un dévouement aussi héroïque, les blessés, après la bataille, oublièrent un instant leurs souffrances pour sе demander : « Dampierre a-t-il survécu ? » Les soldats, souvent justes appréciateurs du vrai mérite, le nommèrent le premier dans les acclamations qui suivirent la victoire, et forcèrent Dumouriez de partager avec lui la couronne qui lui fut décernée à son retour dans Mons. Dumouriez considéra sans doute ce partage comme une injustice, car dans le rapport qu'il adressa à la Convention, après la bataille de Jemmapes, il ne fit aucune mention de la conduite de Dampierre.


    Dictionnaire géographique de la province de Hainaut (Philippe Vandermaelen) - 1833


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