•     - Il y a d’autres auberges, plus loin…
        La voiture roula vers Nandrin puis s’arrêta de nou-veau dans un hameau surnommé les Quatre-Bras. Le Père grelottait, toujours recroquevillé sur lui-même, le visage exsangue. Catherine lui massait les mains en soufflant dessus…
        - Là, dit-il tout à coup avec une vive émotion !
    Le visage de Catherine s’assombrit en apercevant la petite porte d’un hôtel aux murs chaulés. Quand au début de la vie, une porte s’ouvre devant l’homme appelé et le sauve d’un péril, il accomplit par la suite sa mission. Si, parvenu à la fin de sa vie, cette même porte s’ouvre de nouveau et lui permet d’échapper à la mort, il ne s’agit que d’une rémission…
        La prédiction du vieillard, se dit Catherine qui refoula aussitôt cette pensée par une courte prière. Mais l’étrange prémonition qui venait d’envahit son coeur se transforma en un courant glacial.
        La tenancière les accueillit chaleureusement en souriant comme si elle les connaissait depuis toujours, comme si elle les attendait. Dès qu’ils furent entrés, elle appela un domestique et l’envoya chercher du bois sec pour allumer le feu. Trois minutes plus tard, un garçon de ferme au teint rougeaud déposa un fagot dans l’âtre tandis qu’elle disposait quelques chaises devant la cheminée.
        - Ah ! Je me réchauffe, dit aussitôt le Père. Chacun sut qu’il reprenait vie et que nulle autre joie n’était supérieure à celle de recevoir un peu de chaleur humaine.
        - Je reprends vie, ne cessait-il de répéter.
    Catherine acquiesça en l’enveloppant d’un regard d’amour alors qu’il lui prenait la main. Une heure de paix et de bonheur s’écoula sans que personne ne prononce une parole.
        Le Père rompit le silence qui venait de s’installer :
        - Bénis soient nos hôtes, mes enfants, car ils se sont montrés bons, compatissants et remplis de cet amour universel si rare. Ils nous ont secourus sans rien demander en échange. Que cette flamme-là, fit-il en les regardant avec insistance, ne s’éteigne jamais en vos coeurs.

    Roland A E Collignon, La Vie tourmentée de Louis Antoine


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  • NANDRIN, commune et chef lieu du canton de ce nom ; bornée au N. par Clermont, N.E. par Rotheux, E. par Tavier, S.E. par Ellemelle, S. par Fraiture, S.O. par Soheit-Tinlot, O. par Abée et Fraineux, N.O. par St.-Severin.

    A 1/2 l. de Fraineux et St.-Severin, 1 de Clermont, Rotheux, Tavier, Ellemelle, Soheit et Abée, 3 E. de Huy.

    L'aspect du terroir présente beaucoup d'inégalités, et sur divers points des coteaux d'une pente très rapide. Le terrain est argileux, marécageux, schisteux et calcaire. On y trouve de la chaux carbonatée métastatique. Deux petits ruisseaux, dont l'un prend naissance près du hameau de Haye, et l'autre près de celui de Beaumont, se réunissent au centre du chef lieu et se jettent au hameau de la Petite-Vaux dans un ruisseau qui prend sa source à la Grande-Vaux et qui se dirige sur la commune de Rotheux.

    La commune comprend 143 maisons réparties de la manière suivante : Nandrin (chef-lieu), 30; Bouhaie, 11 à 1/4 de l.; Albasse, 8 à 1/5 de l.; Favence, 15 à 1/2 l.; Favetu, 10, id.; Roubenne, 2, id.; Bois de Fraiture, 1, à 1/3 de l.; Sotrez, 1 à 3/4 de l.; Croix-André, 14, id.; Tierdelhez, 5, id.; Petite-Faux, 3, id.; Grande-Vaux, 13, à 1/2 l.; Chaifo, 2, id.; Haleu, 9, id.; Elgotte, 2, id.; la Tolle, 2, à 3/4 de l.; le Fraineux, 3, à 1/3 de l.; Beaumont, 2, à 1/8 de l.; Haye, 6, à 1/4 de l.; Trôcourâ, 1, à 3/4 de l.; Tombeu, 1, à 1/8 de l.; Croix-Claire, 2, à 1/3 de l. La plupart sont bâties en pierres, quelques unes en briques et en bois et argile ; couvertes en paille, peu en ardoises. 1 église primaire, dédiée à St.-Martin ; ancienne.

    On y cultive le seigle, l'épeautre, l'avoine, les pois, vesces, etc. Fourrages, légumes et peu de fruits. Bois taillis. - 70 chevaux, 150 bêtes à cornes, 1 500 bêtes à laine. - Plusieurs fours à chaux pour l'amendement des terres ; 1 carrière ; 1 moulin à farine mu par eau ; 1 brasserie. - La route de Liège à Givet traverse les hameaux de la Toile et du Fraineux.

    Population :  830 habitans.

    Superficie : 1453 h. 96 a. 91 c., dont 1000 h. en terres labourables ; 287 h. en prés, pâtures et vergers, et 130 h. en bois.

    Ci-devant : pays de Liège ; Bas-Condroz.
     

    Dictionnaire géographique et statistique de la province de Liège (Henri Joseph Barthélemi Del Vaux) - 1835


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  • L'auberge est là, près du bois nu,
    L'auberge est là de l'inconnu ;
    Sur ses dalles, les rats trimballent
    Et les souris.

    L'auberge, au coin des bois moisis,
    Grelotte, avec ses murs mangés,
    Avec son toit comme une teigne,
    Avec le bras de son enseigne
    Qui tend au vent un os rongé.

    Les gens d'ici sont gens de peur :
    Ils font des croix sur leur malheur
    Et tremblent ;

    Les gens d'ici ont dans leur âme
    Deux tisons noirs, mais point de flamme,
    Deux tisons noirs en croix.

    Par l'infini du soir, sur la grand'route.
    Voici venir les ricochets des cloches
    Là-bas, au carrefour des bois.

    C'est les madones des chapelles
    Qui, pareilles à des oiseaux au loin perdus,
    Rappellent.

    Les gens d'ici sont gens de peur,
    Car leurs vierges n'ont plus de cierges
    Et leur encens n'a plus d'odeur :
    Seules, en des niches désertes,
    Quelques roses tombent inertes
    Sur une image en plâtre peint.

    Les gens d'ici ont peur de l'ombre sur leurs champs.
    De la lune sur leurs étangs,
    D'un oiseau mort contre une porte ;
    Les gens d'ici ont peur des gens.

    Les gens d'ici sont malhabiles,
    La tète lente et les vouloirs débiles
    Quoique tannés d'entêtement,
    Ils sont ladres, ils sont minimes
    Et s'ils comptent c'est par centimes,
    Péniblement, leur dénûment.

    Leur récolte, depuis des chapelets d'années,
    S'égrena morne en leurs granges minées ;
    Leurs socs taillèrent les cailloux.
    Férocement, des terrains roux ;
    Leurs dents s'acharnèrent contre la terre
    A la mordre, jusqu'au coeur même.

    Avec leur chat, avec leur chien,
    Avec l'oiseau dans une cage,
    Avec, pour vivre, un seul moyen
    Boire son mal, taire sa rage;
    Les pieds usés, le coeur moisi,
    Les gens d'ici,
    Quittant leur gîte et leur pays,
    S'en vont, ce soir, par les routes, à l'infini.

    Emile Verhaeren, Le Départ (dernier poème des Campagnes hallucinées)
    1920, p.88 - source : archive.org


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