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  • Auteur :     Pierre Dor, dit Père Dor, stimulateur des vertus surnommé aussi le docteur sans médicament
    Titre :     Catéchisme de la restauration de l'âme
    Editions :    Roux-lez-Charleroi, 1912, 80 pages

    Table des matières :
        Avis (p.2)
        Introduction (p.3)
        Chapitre I - Instruction - Mes très chers Malades (p.5)
        Chapitre II (p.8)
        Chapitre III (p.14)
        Chapitre IV (p.14)
        Deuxième partie (p.17)(demandes et réponses)
        Chapitre V - Mes chers amis (p.17)
        Chapitre VI (p.22)
        Chapitre VII (p.25)
        Chapitre VIII (p.28)
        Chapitre IX (p.31)
        Troisième partie (p.35)(demandes et réponses)
        Chapitre X (p.35)
        Chapitre XI (p.41)
        Chapitre XII (p.47)
        Quatrième partie - Evangile des Evangiles - Jésus-Christ parle à nouveau, Mes Frères (p.49)
        Chapitre XIII - Ce qu'il faut pour être véritablement chrétien (p.55)
        Chapitre XIV (p.56)
        Chapitre XV - Qu'est-ce que Dieu ? (p.58)
        Chapitre XVI (p.59)
        Chapitre XVII (p.61)
        Chapitre XII (p.47)
        Chapitre XVIII - L'effet de la colère (p.62)
        Chapitre XIX - Les effets de la Richesse (p.64)
        Chapitre XX (p.68)
        Chapitre XXI - La malheur réel (p.71)
        Conclusion (p.73)
        Mes chers Malades (p.77)
        L'Image d'un monde moderne (p.79)

        Pierre Debouxhtay nous dit dans L'antoinisme publié en 1945 : "ce qui nous semble certain, c'est que dans ses livres sacrés, Antoine n'est pas un plagiaire, comme nous pourrions prouver que l'a été son neveu, le Père Dor, autre prophète wallon, qui s'identifiant avec le Christ, considérait son oncle comme son saint Jean-Baptiste".
        Il semble que Pierre Debouxhtay n'ai pas consacré d'étude au neveu prophète.
        Comme auteur, on connaît de lui ce Catéchisme de 1912, Christ parle à nouveau de 1913.
        Comme étude, citons le chapitre que lui consacre Régis Dericquebourg et surtout Le Père Dor ou le Messie du XXe siècle de Bertha Mertens (Bruxelles, 1936).
        Pierre Dor voyagea beaucoup également, puisque il aurait rencontré Mme Guillaume, adepte new-yorkaise sur le bateau Le Havre-New York et lui aurait parlé de Louis Antoine, puis il alla en Russie, où il fut inquiété par les autorités du Tsar.
       Revenu en Wallonie, il s'installa à Jemeppe, puis à Roux-Wilbeauroux en août 1909. Après une premier temple, il fonda une salle, l'Ecole morale, « le Temple de la vertu. Culte de la miséricorde » en 1912. Ayant laissé pousser barbe et cheveux, et s’étant revêtu d’une robe noire, il va dispenser son enseignement spirituel et recevoir les malades.
        Un descente du Parquet de Charleroi à Roux le 24 février 1914, escorté de huit gendarmes, donne lieu à un procès en 1916 pour escroquerie, attentat à la pudeur et exercice illégal de l'art de guérir. Il fut acquitté pour les deux premiers délits mais condamné pour l'exercice illégal de l'art de guérir. Il s'en revendiquait d'ailleurs avec un certain humour puisqu'il reprochait aux médecins qui l'attaquaient de pratiquer "l'exercice légal de l'art de ne pas guérir... (note de JP sur mon blogg).
        Il s'installa à Uccle, Fort Jaco, où il continua à recevoir les malades, sans toutefois donner autant d'instructions qu'à Roux. Il mourut à Uccle le 5 mars 1947, et avec lui le dorisme.
        Régis Dericquebourg précise : "l'instruction de Pierre Dor ressemble à celle de son oncle mais il y ajoute une touche plus moralisatrice". (p.32)
        Citons le chapitre XII du Catéchisme :
        " 18ème DEMANDE. - Vous avez dit, au chapitre X, 1e demande : « Que toutes les maladies n'étaient pour vous que des obsessions ». Or je désirerais être instruit plus longuement sur cette question, car elle m'embarrasse ?
        REPONSE. - Si celà en était autrement, comment moi, homme simple et ignorant au point de vue scientifique, arriverais-je à guérir une foule de graves maladies internes, où la science se perd, par le seul fait d'avoir confiance en moi. Combien de personnes, condamnées par la science à subir une opération, même très dangereuse, ne guérissent-elles pas par mon intervention ? En constatant ces faits, est-il besoins de faire plus pour que vous compreniez cette question ?
        19ème DEMANDE. - Comment se fait-il alors que les médecins ne reconnaissent pas ces faits ?
        REPONSE. - Pour que les médecins en arrivent là, il faut un certain temps ; il s'en trouve déjà (peut-être) qui savent que les médicaments ne guérissent pas ; ceux-là se contentent seulement de donner des conseils qu'ils ont acquis, par leur expérience.
        20ème DEMANDE. - Alors, ceux-là qui donnent des conseils, pourquoi ne guérissent-ils pas comme vous ?
        REPONSE. - Je ne peux pas vous répondre, car ce serait aller trop loin.
        27ème DEMANDE. -  Que deviendra donc la science ? Que deviendront ceux qui l'embrassent, qui se donnent tant de mal pour inventer des ultra-microscopes dans le but de découvrir les microbes inconnus qui, selon eux font tant de ravages.
        REPONSE. - La science deviendra ce qu'elle pourra, mais je dois vous dire, que tant qu'on cherche et qu'on fouille dans l'air, dans l'eau et dans la boue pour trouver ce qui tue le corps de l'homme, on ne trouvera qu'un abîme, qui permettra à la fin de reconnaître qu'on s'est trompé de chemin. Mes chers amis, celui qui s'efforce de comprendre la question morale, ne tarde pas à reconnaître que le seul microbe qui tue le corps, est simplement l'imperfection. Il sait et il voit, qu'il n'est comme remède que l'amour de la perfection.

        La REPONSE de la p.45 précise en quoi consiste l'imperfection pour le Père Dor : « Brûler » est une chose bien mauvaise.
        C'est une passion ou plutôt une obsession qui cache presque toujours sous l'écorce de l'honneur et de la vertu, les désordres les plus honteux et qui couvre inévitablement les maux les plus cuisants et les plus dangereux, les remords les plus affreux. C'est enfin un commerce impur qui mène sûrement ceux qui le font, aux douleurs terribles, à des maladies graves qui les emportent souvent à la fleur de l'âge, dans un état, qui fait horreur à l'humanité. Notez que cette faiblesse de brûler, se fait remarquer déjà dans le plus jeune âge, même dans le berceau.
        Quel remède, me dira-t-on à tous ces maux ? Quels moyens surtout contre les terribles initiations qui sont la source de tous ces désordres ?
        Ma réponse sera courte. D'abord, on doit savoir que je ne suis pas un juge, mais un consolateur, un sauveur. Vous serez donc sincère devant moi, si, par ma sensibilité, je découvre cette habitude en vous. Vous penserez à moi pour repousser cette pensée, aussitôt qu'elle apparaîtra en vous. Vous direz : « Mon Père Dor, aidez-moi à écarter cet esprit qui m'entoure, faites, mon père, pour que je ne me laisse pas aller à ce vice éminemment destructeur du physique et du moral » !

        L'âge ne doit pas, comme je viens de le dire, éloigner toutes espèces de soupçons à cet égard, et les parents, s'ils ne sont pas atteints eux-mêmes par ces esprits obsesseurs, ne sauraient, par conséquent, trop et trop tôt surveiller leurs enfants sous ce rapport, s'ils ne veulent s'exposer à entendre un jour ce cri de désespoir d'un enfant qui périssait dans cette dernière faute : « Malheur à celui qui m'a perdu ! malheur à celui qui m'a perdu » ! « Qu'ils sont barbares, disait plus doucement un autre enfant dont un docteur a reçu les dernières paroles ; qu'ils sont barbares, les parents, les maîtres, les amis, qui ne m'ont pas averti du terrible danger où conduit ce vice affreux » !


        On voit donc en effet que la teneur est plus moralisante. De plus, même s'il y a plagiat dans les textes et le mode d'opération, le Père alla plus loin : il prêcha un végétalisme dur, et on lit ici qu'il conseille d'initier les enfants très jeunes à sa morale, ainsi qu'à des personnes qui ne le demandent pas, ce que le Père Antoine ne fit jamais. Ensuite, le Père Dor ne semble pas s'appuyer sur la réincarnation pour expliquer les épreuves. Ainsi ce sont les excès qui en sont la source. Il cite le Nouveau Testament très fréquemment et évoque le Christ (c'est la raison pour laquelle il se disait le Christ et Louis Antoine son Saint Jean-Baptiste). Puis il s'affuble lui-même de noms tous aussi gratifiant les uns que les autres : consolateur, sauveur, sauveur du monde, prophète, messie, stimulateur des vertus, docteur sans médicament,  docteur de l'âme,etc., etc., etc.
        Signalons qu'il reproduit l'allure de son oncle (barbe et robe noire), Régis Dericquebourg reproduit une photo de lui bénissant un malade comme le Christ guérisseur, la couverture de ce catéchisme est verte, et porte Un seul remède peut guérir l'humanité : l'amour du bien (c'est-à-dire désintéressement). Oh ! Amour du bien fluide béni et consolant : Heureux ceux qui te connaisse. Pour eux, la voie est éclairée, car tout le long de leur route, ils peuvent lire les moyens d'arriver au but. Cet amour résume tous les devoirs de l'homme et le mène sûrement à Dieu, c'est-à-dire à la charité pure. Ensuite le Père Dor dans son introduction fait parler le Livre D'OR (quand Louis Antoine faisait parler Dieu dans les dix principes) Dans la quatrième partie, ou Evangile des Evangiles, ou encore Jésus-Christ parle à nouveau, le Père Dor, prend la même forme que les dix principes, numéroté et en vers rhymés. Dans l'introduction, on lit notamment : "J'enseigne en faisant comprendre ce que le Christ n'a dit qu'en paraboles, parce que le monde en ce temps-là n'était pas assez mûr pour comprendre" (p.3). Dans l'Avis du début, on lit que le seul salaire du Père DOR "est de soulager ceux qui ont foi en lui".
        Le dos de ce Catéchisme annonce : On reçoit tous les jours ordinaires, excepté le Samedi, de 7 heures du matin à midi. Tous les Dimanches à 2 h. 30, il y a opération générale suivie d'une instruction morale.
        D'autres extraits sont tout aussi parlants :
    - "Quand je dis le mal, vous devez comprendre que je ne parle qu'au point de vue matériel, puisqu'au point de vue moral, tout est pour un bien" (p.5).
    - "L'expérience me donne le droit de parler ; j'ai passé par une filière d'épreuves qui me permet de raisonner ainsi" (p.8).
    - "Cesse de te plaindre et remercie l'épreuve plutôt que de la critiquer" (p.9).
    - "Ne perdons pas de vue que la vie matérielle a pour seul but l'amélioration des êtres ; nous devons donc chercher, que ce qui peut aider à notre progrès moral" (p.12).
    - "Si réellement nous étions créés par Dieu, n'aurions-nous pas le droit de douter de sa bonté ?" (p.15).
    - "Disons plutôt que rien ne se crée. Tout existe de toute éternité et par une loi naturelle et impénétrable, tout se transforme, évolue depuis l'infinité rossière jusqu'à l'infinité éthérée" (p.15).
    - "Comment comprendre l'effet de la chaleur, si l'on n'a jamais senti l'effet du froid ? Pourquoi dit-on : sans épreuve, point d'avancement" (p.18).
    - "Nous devons bien comprendre que faire de la morale, ce n'est pas la pratiquer" (p.19).
    - "La vraie vie n'est pas de ce monde" (p.20).
    - "Il est vrai qu'on n'en sait jamais de trop, mais dites ce que vous voulez à l'homme, il ne peut être convaincu d'une chose, que par sa propre expérience ; à chacun selon ses oeuvres. je l'ai encore dit : le voile cache les choses, se lève, au fur et à mesure que l'homme s'épure" (p.22).
    - "Mais si l'on veut paraître ce que l'on n'est pas, l'on s'engage dans un chemin où se trouve, au bout, des pleurs et des grincements de dents" (p.24).
    - "Si toutefois, on ne comprenait pas bien ces instructions, je vous engage à les relire. Seulement, il est une chose indispensable, c'est de savoir les appliquer à soi-même" (p.27).
    - "Tant qu'il verra le mal chez autrui, ce mal sera en lui" (p.27).
    - "Il est impossible de prêcher la morale autrement que par l'exemple" (p.27).
    - "Ils ne souffrent jamais d'un mal qu'on peut leur faire, mais bien de l'importance qu'ils y attachent" (p.28).
    - "Si vous êtes d'une religion, il est un fait certain que vous n'êtes pas d'une autre ; il y a donc en vous, un parti-pris, il y a un manque d'amour pour ceux qui ne pensent pas comme vous" (p.37).
    - "Quand on comprendra Dieu, on ne dira plus, ne croyez pas en Dieu et n'espérez rien de Lui" (p.58).
    - "La charité est à la portée de tout le monde, de l'ignorant et du savant, du riche et du pauvre ; elle est indépendante de toute croyance particulière puisqu'elle est Dieu" (p.59).
    - "L'humanité terrestre ne saurait prétendre ni aspirer qu'à une vérité relative, proportionné à son avancement" (p.60).
    - "C'est le malheur mais seulement pour ceux qui ne s'inquiètent et qui ne connaissent que les effets" (p.71).
    - "Tout connaître en dehors de soi, ce n'est rien savoir du tout" (p.77).

        Je crois qu'il est clair qu'il s'agit d'un plagiat, puisque la définition est : "OEuvre faite d'emprunts; reproduction non avouée d'une oeuvre originale ou d'une partie de cette dernière." Signalons tout de même que Père Dor a ajouté de son cru quelques autres maximes ou proverbes ("Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez-pas que l'on vous fît", p.57) ainsi que quelques citations des Evangiles ("Jésus a dit : Aimez votre prochain comme vous même", p.57), avec parfois des explications bien personnelles (voir le passage avec "brûler" de la page 45, et cité dans billet). En conclusion, on peut se demander si le Père Dor n'a pas participé à sa manière à propager la pensée de son oncle, notamment dans la région carolorégienne ? En tout cas, dans la conclusion, il explique pourquoi a du quitter la région liégesoise : car comme Jésus l'a dit, "nul n'est prophète dans son pays" (p.74), car "l'habitude de se voir depuis l'enfance, dans les circonstances vulgaires de la vie, établit entre les hommes une sorte d'égalité matérielle qui fait que souvent, pour ne pas dire toujours, on ne refuse à reconnaître une supériorité morale en celui dont on a été le compagnon de jeunesse ou qui est sorti du même milieu" (p.74). Voilà un prophète bien orgueilleux.


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  •     Signalons qu'au sud de Courcelles (nord-ouest de Charleroi), entre Souvret et Jumet (qui abrite également un temple antoiniste, construit en 1919), se situe Roux. C'est là que le neveu de Louis Antoine professa sa pensée schismatique, après un essai à Grivegnée (près de Liège) et un voyage en Russie, sur l'incitation d'un adepte.

        Inquiété par les autorités du Tsar, Pierre Dor rentra à Jemeppe sous le giron de son oncle. Puis il s'installa à Roux-Wilbeauroux en août 1909. Il construit un premier temple en 1912. Il publie sa révélation Christ parle à nouveau à la même époque (1912 ou 1913). Puis il fait bâtir l'Ecole morale en 1916.

       Pierre Dor quitta la région et s'installa à Uccle où il continua à recevoir les malades, sans toutefois donner autant d'instructions qu'à Roux. Il mourut à Uccle le 5 mars 1947, et avec lui le dorisme. Par contre, l'antoinisme progressait encore à Charleroi, puisque un temple ouvrit à La Louvière en 1933.

       On ne connaît pas la raison du départ de Pierre Dor de la région caroloregienne. En tout cas, l'antoinisme était déjà présent dans la région bruxelloise, à son arrivé : une premier groupe s'était formé, rue Saint-Georges 30 (Ixelles), puis un temple ouvrit à Forest en 1916, puis un autre à Schaerbeek en 1925.


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  • Père Dor, Nouveau prophète au pays noir

    ÉCHOS

    Nouveau prophète au pays noir

        Excelsior publie cette curieuse correspondance sur un pauvre diable qui a pris la suite du Père Antoine (bien qu'il n'opère pas à Jemeppe) et prêche en charabia pénible une « nouvelle » religion dont la fraternité serait le fonds.
        Le « Père » Dor s'imagine avoir dit le premier : Aimez-vous les uns les autres !
        Bruxelles, 12 janvier (Dépèche particulière d'Excelsior).
    — On n'a certes pas oublié Antoine le Guérisseur, ce brave homme mort l'an dernier et qui, dans son village natal, à Jemeppe-sur-Meuse, près de Liège, au coeur du pays wallon, avait fondé une religion nouvelle. De très loin venaient le voir de pauvres malades qui mettaient en lui, dans son curieux pouvoir de suggestion, leur dernier espoir de guérison.
        La grande presse, dans le monde entier, a consacré de nombreux articles au Père Antoine et à ses fidèles en lévite. L'antoinisme, sa religion, n'est pas mort avec lui. Sa veuve, la Mère Antoine, ainsi qu'on l'appelle, continue à professer, avec quelques lieutenants dévoués, son enseignement moral. Mais ils sont loin d'avoir cette autorité, cet incontestable prestige du maître qui furent pour beaucoup dans le succès de sa très simple doctrine de charité. D'ailleurs, l'antoinisme menace d'être détrôné par une religion nouvelle, celle de « la fraternité universelle », que professe, dans son temple, dans son « école morale », de Roux-lez-Charleroi, un nouveau thaumaturge, le Père Dor, surnommé le « Stimulateur des vertus » ou le « Docteur sans-médicaments ».
        Il y a là un nouvel avatar de ce mysticisme étrange qui persiste dans certaines régions industrielles de la Wallonie.
        Le père Dor, qui a aujourd'hui une cinquantaine d'années, est originaire de Mons-Crotteux, près de Liège. C'est un parent d'Antoine le Guérisseur. Comme lui, après avoir exercé de durs métiers, et notamment celui de terrassier, il fut en Russie où, sans doute, il rencontra des moines guérisseurs en qui les moujiks ont une aveugle foi. Ils sont légion là-bas. D'aucuns ont une noblesse d'âme singulière (qu'on se souvienne du Père Zossima des Frères Karamazow). L'actuel Père Dor subit leur prestige et, revenu en Belgique, il voulut les imiter.
        Il affirme guérir les malades qui viennent le consulter de très loin, de partout et spécialement de la province de Namur et du nord de la France : pauvres femmes atteintes de maladies nerveuses, ouvriers rongés de tuberculose. Il ne m'étonnerait point que le Père Dor eût réussi dans certains cas, sur certaines malheureuses capables de grandes réactions nerveuses et facilement suggestionnées de réelles guérisons. Sa tête de Christ aux longs cheveux bouclés qui lui retombent sur les épaules, ses grands yeux noirs lui donnent un air fort imposant. Mais pour quelqu'un d'un peu intelligent, le prestige s'évanouit bien vite, car le nouveau prophète, être des plus incultes, s'exprime péniblement dans un charabia où reviennent sans cesse quelques clichés : amour, loi morale, le bien, le mauvais fluide, etc., etc.
        Le dimanche après midi, a lieu au temple de Roux — un vaste temple tout neuf inauguré il y a quelques mois — un office qui s'ouvre par une « opération générale » — le Père fait agir les fluides sur l'assistance — suivie d'une consultation. L'un de ces derniers dimanches, nous avons assisté à un de ces offices. Il y avait là plus de 600 personnes. Le Père Dor était debout dans une vaste chaire haut suspendue, dans une attitude de profond recueillement. A chaque instant, un fidèle, se levant, rompait le silence et, d'une voix tremblante, posait au Père une question. On l'interroge sur les sujets les plus abracadabrants. Une bonne femme lui a demandé devant nous s'il fallait détruire les punaises quand on en a sur soi !... Un électeur voulut savoir s'il ne manquait pas à la loi morale en exerçant son droit de vote. La réponse fut affirmative.
        Vraiment, cette assemblée de pauvres gens, malades pour la plupart, n'avait rien de risible, mais, au contraire, de très attristant : quelle somme de détresses affilées elle représentait !
        A l'intérieur du temple, comme dans les tracts, on trouve l'avis suivant :
        « Le Père vous recommande de ne rien lui présenter pas plus en cadeaux qu'en argent. De plus, il vous prie de ne rien lui envoyer, pas même anonyme. Car faire ceci, c'est encore croire qu'il aime l'argent ; c'est, en un mot, douter de sa personne. Or, douter de quelqu'un, c'est manquer de confiance et, par conséquent, c'est empêcher la satisfaction. »
        Mais, alors, de quoi vit le Père Dor, qui n'est pas riche ? Sans doute, de quelques subventions que lui versent des fidèles de condition aisée et du produit de la vente des brochures et du journal qu'il publie. On vend à Roux le portrait que nous donnons ici.
        Dès à présent, le temple de Roux a des succursales dans plusieurs communes du bassin industriel de Charleroi, à Bruxelles, à Lavaqueresse (dans l'Aisne) et même... à Porto-Félise, dans l'Etat de Sao-Paulo, au Brésil (quelque émigrant, sans doute...)
        Les médecins n'ont qu'à bien se tenir : ils vont avoir, dans le Père Dor, un redoutable concurrent. — PAUL DESENNE.

    L'Écho du merveilleux, revue bimensuelle (directeur Gaston Mery) - 01-02-1913
    source : Gallica

    Père Dor, Nouveau prophète au pays noir

    illustration : église de Lavaqueresse


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  • illustration : Taganrog, le Nouveau Marché

        Alors que son oncle, Louis Antoine, pratiquait toujours le spiritisme, un de ses meilleurs médiums, Pierre Dor, son neveu qu’il aimait particulièrement, et qui se sentait la vocation de guérisseur lui aussi, quitta le groupe spirite « Les Vignerons du Seigneur », que dirigeait celui qui, quelques années plus tard, allait créer une nouvelle religion, le Culte antoiniste. Ce ne fut pas une rupture, en ce sens que les relations restèrent bonnes entre l’oncle et le neveu. Plus tard le Père Antoine dira « Il suit son chemin ». Quant au Père Dor il assistera, en 1912, aux funérailles du prophète de Jemeppe-sur-Meuse.
    Son chemin va le mener à accompagner un de ses « patients » en Russie. Tout comme le « Maître Philippe de Lyon », dont nous parlerons dans un autre article, il met en pratique ses « dons de guérisseur » et sa réputation croît. A telle enseigne qu’il doit quitter la région, celle d’Ekaterinoslav, pour une bourgade des rives de la mer d’Azov. Attaqué à nouveau il préfère rentrer au pays, et s’établit à Roux-Wilbeauroux, dans le région du Centre, où il fait construire une salle, « L’Ecole Morale » Ayant laissé pousser barbe et cheveux, et s’étant revêtu d’une robe noire, il va dispenser son enseignement spirituel et recevoir les malades.
    Contrairement au Père Antoine, il ne se contente pas de prier pour ceux-ci, mais conseille un régime alimentaire strict, à base de légumes cuits à l’eau. Lui-même est d’ailleurs végétalien. Il lui arrive aussi de prescrire des cures d’eau sucrée et des lavements à l’eau salée. Il « opère », ce sont ses propres termes, chaque jour sauf le week end.
    Le dimanche il apporte la bonne parole, la sienne, et il donne d' « instructions spéciales » une fois par an, le jour de la Toussaint, et jour de « pèlerinage » pour ses adeptes. Il publie un ouvrage, aujourd’hui introuvable « Le Christ parle à nouveau » dans lequel il ne se présente pas comme un juge, mais comme un consolateur, un sauveur.
    Plus tard il émigrera, on ne sait pourquoi, à Uccle, Fort Jaco. C’est là qu’il s’éteindra peu après la dernière ( il est permis d’espérer !) guerre.
    Cependant c’est sa doctrine qui nous intéresse.

        Comme son oncle il affirme la nécessité de l’épreuve – mais aussi que ce sont nos imperfections qui nous ont placé sur terre, et non Dieu
        – que c’est en soi-même qu’il faut chercher les enseignements utiles à la vie spirituelle
        – que le spiritisme et toute forme d’occultisme sont choses mauvaises
        – que les maladies sont produites par les excès en tous genres
        – que la médecine ne traite que les effets de la maladie, mais ne guérit pas
        – que c’est en soignant l’âme que lui, le Père, soigne le corps (ce qui peut être considéré comme un pieux mensonge, puisqu’il « prescrit » un régime alimentaire végétalien)
        – que Jésus est le fruit de l’adultère, et que Marie était la plus passionnée d’entre les femmes
        – que l’épouse doit être soumise à son mari (voir St Paul, épître aux Ephésiens)
        – que les êtres les plus passionnés, les plus attachés à la terre, sont les plus vite réincarnés
        – que la foi fait partie d’une sorte de fanatisme, que c’est la superstition même, qu’il s’agit d’un fluide matériel qui se marie avec l’âme maladive, peureuse, craintive, paresseuse. Elle est stérile pour ce qui concerne le bien-être réel et durable (ici il est en opposition avec son oncle qui affirmait « Un seul remède peut guérir l’humanité : la Foi »)
        – que la notion de Dieu est chose mauvaise, qu’elle empoisonne l’existence de ceux qui y ont la vraie foi (en lui)
        – que la vue du mal est la pire des choses (ce que le Père Antoine affirmait également)
        – qu’en travaillant sur soi-même on fait du bien à ses proches
        – que la bonté active est un défaut par lequel on rend de mauvais services aux gens qui fatalement abuseront de cette charité.
    Lors de sa dernière « Instruction de la Toussaint », en 1936, il dira aux fidèles rassemblés « Tout mon travail consiste uniquement à rendre les âmes lucides et fortes. Lucides afin qu’elles voient clair en elles-mêmes, et soient fortes pour vaincre. Sans cela, je ferais fausse route comme tant d’autres qui se sont révélés « Prophète » ou « Sauveur du monde ».

    Chose curieuse, le Père Dor bénissait des « mariages moraux », et il y en eut des dizaines, au cours desquels les fiancés promettaient de ne point avoir de relations sexuelles ! Dans plusieurs passages de ses instructions on se rend compte qu’il avait envers l’amour physique une grande méfiance, voire des préjugés obsessionnels.
    N’ayant pas créé de structures, de clergé, n’ayant désigné aucun successeur, sa religion, qu’il refusait d’appeler ainsi, le dorisme, disparu avec lui… On n’en trouve plus trace, et le souvenir du Père Dor disparaît avec les plus âgés qui l’ont connu.
    Sincère, plus que certainement, le Père Dor mettait néanmoins en danger les malades qui le consultaient, et dénigrant la médecine. D’autres feront de même : Lucien Engrand, fondateur, dans le Pas-de-Calais de la « Religion sans nom », aujourd’hui disparue, la sœur Gaillard, et tant d’autres sur lesquels, un jour peut-être, j’écrirai quelque chose.

    Conclusion : la crédulité humaine est incommensurable et n’a pas fini de faire des ravages.

    Jacques Cecius, Spa, le 12 avril 2003 complété le 2 juillet 2007
    source : http://prolib.net/pierre_bailleux/libresens/208.014.antoinisme.htm


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