• Père Dor en appel (La métropole d'Anvers, 16 mai 1917)

        Le Père Dor, plus connu sous le nom du “ Christ ”, plaide en appel contre les seize mois de prison et les huit cents francs d'amende que le tribunal correctionnel de Charleroi lui a généreusement octroyés ! La condamnation ne se bornait pas à cela. Le Père Dor était condamné aussi à payer 17.000 francs à Mme D., partie civile au procès et 500 francs à la Société de Médecine de Charleroi pour exercice illégal de la profession de médecin.
        La 8e Chambre devant laquelle le “Christ” a interjeté appel était présidée par M. Eeckman, assisté des conseillers Smits et Dassesse. M. Raphaël Simons occupait le siège du ministère public. Mes Morichar et Lucien Lebeau assistent encore le “ Père ”; Me Bonehill représente Mme D... et Me Gerard les médecins de l'arrondissement de Charleroi.

    La métropole d'Anvers, 16 mai 1917


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  • Een slachtoffer van Père Dor (Het Vlaamsche nieuws, 16 mai 1917)

     

    Een slachtoffer van Père Dor? – Het Parket van Charleroi komt een nieuw onderzoek te beginnen ten laste van « Père Dor », naar aanleiding van den dod van een meisje uit Chapelle-lez-Herbaincourt, die de «doristische » metode volgde. De lijkschouwing zal de juiste doodsoorzaak vaststellen.

    Het Vlaamsche nieuws, 16 mai 1917

     

    Traduction :

    Une victime du Père Dor ? – Le Parquet de Charleroi est chargé sur le "Père Dor" d'ouvrir une nouvelle enquête sur le décès d'une fille de Chapelle-lez-Herbaincourt (sic), qui a suivi la méthode "doriste". L'autopsie déterminera la vraie cause du décès.

     

    Nota : doit-on lire Chapelle-lez-Herlaimont au lieu de Chapelle-lez-Herbaincourt.


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  • Nouvelles de province (L'écho de la presse intern., 31 déc 1916)

           Nouvelles de province

          La rentrée du Père Dor à Roux.

        On sait – ou on ne sait pas – que le Père Dor a repris ses « opérations » à son Ecole morale de Roux. Le Père Dor revient deux jours la semaine « arroser » de son fluide ceux et celles – celles surtout – qui ont besoin d'un « rafraichissement » moral.
        Le premier jour de nombreux curieux se trouvaient à l'arrivée du train de Bruxelles amenant le Père. Celui-ci descendit accompagné d'un groupe d'adeptes de la capitale. En route vers le Temple de la Vertu !!! Et voilà le Père escorté de la foule gouailleuse et souriant sous des quolibets.
        Pendant que la force armée refoule des antidoristes, à quelques centaines de mètres au-delà, le Père et ses apôtres pénètrent dans le temple où se trouvent massées 12 à 1500 personnes.
        Sans perdre une seconde, il escalade la chaire, d'où, autrefois, il procédait aux « opérations générales » et harangue l'assistance.
        Nous arrivons juste au moment où il dit :
       « Soyez sans crainte, le Père dort bien, le Père mange bien, le Père bois bien, le Père a la conscience nette, et s'il a été condamné à 16 mois de prison et au remboursement que vous savez, c'est pour avoir été trop honnête, c'est pour n'avoir pas satisfait certaines femmes dans des désirs que je n'ose pas dire.
        Un « gloussement » d'approbation se perçoit.
        Le Père annonce ensuite qu'il va recevoir « ses » malades un à un. Il les engage à être brefs, à ne pas entrer dans les détails de leurs souffrances, « vous devez, leur dit-il, savoir que je travaille jour et nuit à votre intention et que d'avance vous êtes exaucée dans ce que vous demandez ».
        Les dix premiers numéros – il y en a 800 distribués – sont appelés et leurs porteurs s'apprêtent à aller recueillir leur part de fluide, lorsque la police apparaît, son chef notifiant à la dame du petit comptoir l'interdiction de tenir une réunion publique.
        Protestation de la dame : « Ce n'est pas une réunion, c'est jour de consultation et ces personnes attendent leur tour d'être reçues ». – « Oui, oui, voici nos tickets », et 800 bras se lèvent brandissant le ticket sauveur... d'une situation équivoque.
        Le Père apparait et explique à son tour aux agents de l'autorité que la réunion de ce jour n'en est pas une. Le « fluide calmant » agit et pendant dix minutes les policiers se tiennent cois.
        A la fin, impatients et désireux d'en finir, ils prennent la décision de mettre tout le monde dehors, y compris le Père lui-même qui est prié d'aller s'expliquer au bureau, ce qu'il fait de la meilleure grâce en affirmant une dernière fois que « tout ce qui est arrivé est pour un bien ».

    L'écho de la presse internationale, 31 décembre 1916


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  • Père Dor - Plagiat (La Belgique, 24 novembre 1916)

    LES PLAGIATS DU PÈRE DOR

        On a été assez étonné d'entendre cette accusation dans la bouche de l'honorable magistrat occupant le fauteuil du ministère public dans le procès du Père Dor, que l'accusé se serait rendu coupable de plagiat pour la confection de son livre incriminé „Christ parle à nouveau”. Le Père aurait promené des ciseaux dans les œuvres d'Allan Kardec et autres théosophes de cet acabit.
        Comment peut-on encore parler de plagiat en ce siècle où tout a été dit sur toutes choses ! De tout temps, les écrivains et non de moindres, n'ont-ils pas fait des „emprunts” à leurs devanciers ! Virgile, qui savait si bien se plaindre lorsqu'on le volait – „sic vos non volis” – se gênait assez peu lui-même d'emprunter aux autres. Aecius et même le grand Lucrèce furent mis par lui à contribution. Virgile ne prenait-il pas de même des vers presque entiers dans le poème de Lucrèce ! Le Père Dor est vraiment en bonne compagnie : Hérodote, Sophocle, Ménandre, Euripide, Diodore de Sicile, Tite-Live et Salluste n'ont pas échappé au reproche de plagiat.
        On connait assez le cas de Molière, convaincu d'avoir reproduit presque textuellement une scène du „Pédant joué”, de Cyrano de Bergerac. Racine lui-même n'a pas dédaigné d'imiter. Un grand nombre de vers d'„Athalie” et de „Phèdre” ont eu des précurseurs, Shakespeare, lui, fut un terrible pillard. Un de ses contemporains l'appelle une „corneille parée des plumes d'autrui”. Sur 6,043 vers, le savant Malone découvrit que 1,771 avaient été écrits par des auteurs antérieurs ; 2,973 avaient été „habillés” par le grand poète, et le reste, soit 1,899 vers, appartenait à Shakespeare. C'est peu.
        Voltaire, le Boiardo, l'Arioste, Métastase, La Fontaine, André Chénier, Musset, d'Annonzio et combien d'autres, ont dû relever cette accusation.
        La Fontaine, lui, s'en glorifiait, on le sait ; il avouait emprunter aux autres leurs idées, leurs tours et leurs lois, et disait dans son épitre à l'évêque d'Avranches qu'un endroit plein d'excellence, rencontré chez les maîtres, pouvait entrer sans violence dans ses vers :

            Je l'y transporte et veux qu'il n'ait rien d'affecté,
            Tâchant de rendre mien cet air d'antiquité.

        Ajoutons qui peut être dangereux d'emprunter ou de dérober lorsqu'on n'est pas de taille à encadrer convenablement à habiller l'emprunt. C'est peut-être ce qu'a voulu dire à Charleroi l'honorable organe de la loi.

    La Belgique, 24 novembre 1916


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  • Chez le Christ (La Belgique, 10 novembre 1916)

         Chez le « Christ »

    Le Père Dor, Messie du XXe siècle.

        Trouvé, l'autre matin, dans mon courrier, le billet suivant :
        – Viendra devant le tribunal correctionnel de Charleroi, les 9, 10 et 11 novembre, l'affaire du Père Dor, surnommé le Nouveau Christ ou le guérisseur des âmes. Ce grand-prêtre de la nouvelle doctrine donnait à Roux des consultations quotidiennes suivies par plusieurs centaines d'auditeurs. Il eut quelque succès, mais des plaintes aussi surgirent. Le Parquet, après une laborieuse instruction, se décida à poursuivre. Des centaines de témoins sont cités. Il en est qui habitent Saint-Pétersbourg, car le Père officia en Russie également. La population de Charleroi est divisée en Doristes et Anti-Doristes. Cela nous promet des débats intéressants.

        Et cet autre avis :
        – Allez donc interviewer le Père Dor que officie 344, rue du Moulin, Uccle-Saint-Job. Très intéressant !”
        Un nouveau guérisseur des âmes ? Voilà bien les effets de la guerre : on ne trouve plus de pommes de terre, mais les „sorciers” et les guérisseurs des âmes affluent... Les tireuses de cartes doivent avoir aussi une plus nombreuse clientèle : certains esprits sont si affaiblis, si désorientés !
        Le Père Dor ! Cet homme n'est pas un inconnu pour des journalistes qui, à diverses reprises, l'ont taquiné. Rien n'est sacré pour un sapeur, dit la chanson. Il y a des journalistes qui se conduisent comme des sapeurs. Quelle engeance !
        Le Père Dor ! Mais, vous le savez sans doute, c'est le neveu de feu Antoine-le-Guérisseur, qui enseignait un nouveau spiritualisme tous les dimanches à Jemeppe-lez-Liége, qui publiait l'„Unitif”, bulletin mensuel de l'antoinisme, et l'„Auréole de la Conscience”, où il affirmait qu'un seul remède pouvait guérir l'humanité : la foi, et que c'est de la foi que naît l'amour. Le neveu est un guérisseur comme l'oncle dont la puissance magnétique a guéri de nombreux malades. Le neveu guérit notamment les névralgies et la jaunisse, l'asthme et la constipation... Les Doristes seront bientôt 200,000, et, comme les Antoinistes, il y a six ans, ils pourront un jour envoyer au Parlement une pétition monstre pour obtenir la reconnaissance du culte doriste.
        Et le Messie du XXe siècle, comme il s'intitule, était attrait devant un tribunal correctionnel, lui qui se proclame, comme Victor Hugo, citoyen de l'Univers ! Quelle engeance aussi, les magistrats belges !
        Voilà pourquoi mercredi, au petit jour, par une pluie battante et crépitante, je faisais la dure ascension de la montagne de Saint-Job lez-Uccle. Et tout en escaladant les pentes abruptes, je songeais qu'un jour Gladstone composa une carte des courants religieux : chrétiens, universalistes, unitaires, théistes, sceptiques, athées, agnostiques, néo-païens, sécularistes, panthéistes, positivistes... Cette carte est à réviser ; elle contient trop de lacunes !
        Un petit bâtiment en briques rouges, propre, fort avenant : „Ecole morale”. C'est là qu’il habite... Une tête de femme derrière un judas... La porte s'ouvre... Me voici dans une sorte de chapelle laïque... Des bancs, des murs blanchis à la chaux. Une pancarte : „Christ parle à nouveau... Pour jouir de la véritable vie, un seul remède, l'amour de soi-même, c'est-à-dire l'amour de la perfection”. Au fond, un grand tableau : un homme, une sorte de moujik tout de noir vêtu, cheveux retombants, barbe étalée, donne une consultation à une femme qui porte dans ses bras un enfant souffreteux. Ce doit être „le Père” ; ce doit être Lui... C'est intitulé : „le Messie nouveau”.
        Une porte s'ouvre... Le moujik apparaît. Je pénètre dans une pièce grande comme une cellule de trappiste. Le „Père”, souriant, m'avance un siège... Il est habillé de noir ; des fils argent ourlent la barbe ; les cheveux ne retombent plus sur les épaules. Physionomie empreinte d'une grande douceur...
       – Je savais que vous alliez venir...” 
        Comment, Lui aussi ! Comme le „sorcier” de Woluwe, alors ? C'était vexant... !
        – On m'avait dit qu'un journaliste viendrait peut-être m'interviewer...” 
        Je le questionne :
        – Pourquoi, monsieur, devez-vous comparaître devant le tribunal correctionnel de Charleroi ?
        – Il y a trois ans, voyez-vous, il y a eu une descente du Parquet à Roux. On m'accusait, par lettre anonyme, de pratiquer, n'est-ce pas, l'art de guérir. Je ne donne pas de médicaments. Je vais à la cause du mal, voyez-vous. Pas d'effet sans cause. Je remonte à la cause. Celui qui ne veut pas se corriger ne peut pas être guéri.
        – Quels genres de maladies soignez-vous ?
        – Toutes les maladies physiques et morales.
        – Avec succès ?
        – Il y a énormément de guérisons.
        – Mais pourquoi donc poursuit-on ?
        – On m'accuse d'avoir commis une escroquerie. Ce n'est pas vrai. Je n'ai aucune instruction...
        – Comment faites-vous vos livres ?
        – Il me faut du temps... Je mets une phrase, puis une autre... Je cherche des mots pour entourer ma pensée. Il y a des mots qui ne sont pas de moi...
        – Vous êtes Belge...
        – Je suis né à Mons-Crotteux, près de Liége. En l'an VIII j'ai été en Russie. L'an IX je me suis établi à Roux-Wilbeauroux... En Russie, j'ai été poursuivi pour avoir guéri... J'aurais dû, voyez-vous, passer au tribunal... Je suis parti...
        – Vous voulez, si je ne me trompe, dématérialiser l'homme ?
        – Oui. Je détruis le mot Dieu... L'amour existe, elle se réincarne...
        – Etes-vous théosophe ?
        – Non, mais je dis qu'il y a, voyez-vous, des réincarnations. Tant que l'homme a une imperfection, il revient sur la terre.
        – Avez-vous beaucoup de visites ?
        – Environ quatre cents par jour. Avant la guerre, j'avais de 500 à 600 malades par jour. Ils achètent mon livre s'ils le veulent... Je vous le donnerai...
        – Je crois me rappeler que vous préconisez l'abstinence charnelle ?
        – Non, l'excès, le trop. Il y a des malades par excès.
        – Etes-vous malthusien ?... Néo-malthusien ?
        Le Père paraît ne pas comprendre…
        – Dites-vous aux ouvriers : „ Pas plus d'enfants que vous ne pouvez en nourrir” ?
        – Je ne dis pas cela !... Il faut laisser tout naturellement venir le fruit de la semence. Je combats l'avortement, voyez-vous... Si l'on m'écoutait, il y aurait dix fois plus d'enfants.
        – Quel est, en somme, votre système ?
        – Je recommande l'effort avant tout. Je démolis la foi, la prière... Je vais à la cause…
        – Laquelle ?
        – La colère, l'égoïsme... Il y a alors des excès. L'homme ne sait pas se contenter de ce qu'il a. Il faut être content de son sort. Tout ce qui arrive est un bien. Il faut voir le mal en autrui pour soi-même. Nous ne souffrons que de notre imperfection. On peut lire les mauvais livres, pour voir où est le vice. Ici, il n'y a pas de religion. Je démolis Dieu, la prière, la foi, Voyez-vous...
        – Eloignez-vous les catholiques de l'église ?
        – Non... Je guéris des personnes pour qu'elles aillent à la messe. Il y a des guérisons par la foi. J'ai les prêtres contre moi. Je suis poursuivi à l'instigation d'une dame et de prêtres. Me Lebeau, du barreau de Charleroi, me défendra, avec Me Morichar, de Bruxelles. Il y a des personnes achetées qui vont dire des choses atroces... C'est un complot, une vengeance... Il y a des femmes qui se sont amourachées de moi... J'ai refusé... Elles vont dire que j'ai commis des attentats à la pudeur...
        – Savez-vous ce que c'est que l'hypnotisme ?
        – Moi, ouvrier, j'ignore tout de l'hypnotisme, autant que ce poêle...”
        Le Nouveau Messie me reparle des devoirs des époux, des poursuites qu'on lui intente pour escroquerie.
        – Je vends mon livre fr. 2.50... Il me revient à fr. 0.80. Il y a une femme qui n'est pas contente... J'ai une liste de neuf cents personnes guéries dont je n'ai pas accepté un centime... L'homme doit trouver son bonheur en lui-même. Pas de religion. C'est un obstacle pour l'avancement moral. Je démolis l'antoinisme...”
        Sainte Vierge, que de démolitions !
        – L'homme ne doit pas s'adresser à Dieu, à aucun dieu. Dieu est une invention, l'homme existe de toute éternité... Je détruis l'athéisme...”
        Cette fois, je n'y suis plus du tout... Destructions et démolitions : démolition du théisme, destruction du „pole” opposé, l'athéisme... Venons-en à la pluralité des mondes...
        – Pensez-vous que d'autres mondes soient habités ?
        – Oui...
        – Mais, jusqu'à présent, malgré des primes alléchantes, aucune communication interplanétaire n'a été établie... Pourquoi ?
        – Il y a des mondes supérieurs et des mondes inférieurs... Nous ne pouvons pas communiquer avec des mondes qui ne sont pas égaux au nôtre. Les autres mondes, en communiquant avec nous, nous rendraient de mauvais services.”
        Nouvelle bifurcation :
        – Tout vient de nos imperfections... Je sens par une sensibilité que je ne sais pas expliquer. Il est inutile d'expliquer les choses incompréhensibles. A chacun selon ses œuvres... On dit : „Mon Dieu, aidez-moi !” C'est se remettre à d'autres du soin de se corriger soi-même.
        – On vous aime bien ?
        – Si on m'adore, c'est que je suis adorable.”
        Voilà qui est parler net. Comme il remarque que je jette les yeux sur une porte vitrée qui donne accès à ce que j'ai appelé une chapelle laïque, Il me dit :
        – Il y a, dans le bas, des vitres claires, afin que du dehors on puisse voir ce qui se passe ici... Il y a eu des femmes enragées...
        – De grandes amoureuses ?
        – ...qui se jetaient sur moi... J'ai dû une fois me barricader à l'aide de chaises et de mon bureau...”
        Quelle engeance aussi, les femmes !
        Sur ma demande, le Père, dont la bonhomie est infinie, laisse pénétrer des malades... Je m'assieds dans un fauteuil... Je regarde et j'écoute...
        Une femme entre dans la cellule...
        – Eh ! bien, ma fille...
        – Cela va un peu mieux, mon père...”
        Mais que fait donc le Père ? Planté droit sur un tapis en face de la malade, il se tourne de côté, étend le bras droit, ouvre la main... Il penche la tête... La malade est recueillie... Les pythies, dans l'Ancienne Grèce, s'asseyaient sur un trépied... Leurs cheveux se dressaient, elles rendaient, comme le raconte saint Basile, de l'écume par la bouche, elles proféraient des mots pleins d'ivresse et de folie. On sait pourquoi... Le Père est calme sur son tapis, la figure souriante... Cela dure une demi-minute...
        – Et maintenant, ma fille ?
        – Cela va mieux, mon père... Mon mari fume de trop... Je voudrais qu'il se modère...
        – Il doit venir me consulter...
        – Je le lui ai dit...
        – Ne le forcez pas... C'est bien. Allez, ma fille...”
        Ce bras droit étendu, cette main ouverte... J'y suis !... C'est le signal de l'opération, au moment pendant lequel Il répand sur les malades le baume salutaire... Ce n'est pas le fameux fluide magnétique de Mesmer, l'agent thérapeutique par excellence, à cette époque de barbarie.
        Une autre femme est introduite...
        – Il faut être sage... le plus possible ma fille... Ne pas douter... Le mal attire le mal, et la peur de mourir attire la mort. Il faut vous humilier le plus possible...
        – Je ne sais pas prendre d'œufs, mon père...
        – Suivez le régime végétarien... Allez, ma fille, bon courage...”
        Le Père, après ces consultations, me montre dans une pièce voisine des rayons charmés de piles de livres noirs... Ce sont des exemplaires du livre : „Christ parle à nouveau”.
        – J'en avais commandé 10,000 il y a cinq ans... Il m'en reste environ 5,000... Je n'ai donc pas gagné beaucoup d'argent à les vendre…”
        Quelques mots encore...
        – Viendrez-vous, demande-t-Il, à Charleroi ?
        – Oui…
        – Qu'allez-vous dire ?
        – Le pour et le contre, sans parti pris.”
        Dans la chapelle, devant le tableau...
        – Je suis le Messie pour ceux qui croient en moi...”
        Je serre la main au Messie, la main qui se lève, qui annonce la venue du baume guérisseur.
        Cet homme est un charmeur... Oui, j'irai à Charleroi, jeudi...

                                                                   Pierre GRIMBERGHS

    La Belgique, 10 novembre 1916


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