•     Signalons qu'au sud de Courcelles (nord-ouest de Charleroi), entre Souvret et Jumet (qui abrite également un temple antoiniste, construit en 1919), se situe Roux. C'est là que le neveu de Louis Antoine professa sa pensée schismatique, après un essai à Grivegnée (près de Liège) et un voyage en Russie, sur l'incitation d'un adepte.

        Inquiété par les autorités du Tsar, Pierre Dor rentra à Jemeppe sous le giron de son oncle. Puis il s'installa à Roux-Wilbeauroux en août 1909. Il construit un premier temple en 1912. Il publie sa révélation Christ parle à nouveau à la même époque (1912 ou 1913). Puis il fait bâtir l'Ecole morale en 1916.

       Pierre Dor quitta la région et s'installa à Uccle où il continua à recevoir les malades, sans toutefois donner autant d'instructions qu'à Roux. Il mourut à Uccle le 5 mars 1947, et avec lui le dorisme. Par contre, l'antoinisme progressait encore à Charleroi, puisque un temple ouvrit à La Louvière en 1933.

       On ne connaît pas la raison du départ de Pierre Dor de la région caroloregienne. En tout cas, l'antoinisme était déjà présent dans la région bruxelloise, à son arrivé : une premier groupe s'était formé, rue Saint-Georges 30 (Ixelles), puis un temple ouvrit à Forest en 1916, puis un autre à Schaerbeek en 1925.


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  • illustration : Taganrog, usine métallurgique sur la mer (d'Azov)
    (l'illustration de l'Excelsior n'est pas reprise dans l'Echo du Merveilleux)

    ÉCHOS

    Nouveau prophète au pays noir

        Excelsior publie cette curieuse correspondance sur un pauvre diable qui a pris la suite du Père Antoine (bien qu'il n'opère pas à Jemeppe) et prêche en charabia pénible une « nouvelle » religion dont la fraternité serait le fonds.
        Le « Père » Dor s'imagine avoir dit le premier : Aimez-vous les uns les autres !
        Bruxelles, 12 janvier (Dépèche particulière d'Excelsior).
    — On n'a certes pas oublié Antoine le Guérisseur, ce brave homme mort l'an dernier et qui, dans son village natal, à Jemeppe-sur-Meuse, près de Liège, au coeur du pays wallon, avait fondé une religion nouvelle. De très loin venaient le voir de pauvres malades qui mettaient en lui, dans son curieux pouvoir de suggestion, leur dernier espoir de guérison.
        La grande presse, dans le monde entier, a consacré de nombreux articles au Père Antoine et à ses fidèles en lévite. L'antoinisme, sa religion, n'est pas mort avec lui. Sa veuve, la Mère Antoine, ainsi qu'on l'appelle, continue à professer, avec quelques lieutenants dévoués, son enseignement moral. Mais ils sont loin d'avoir cette autorité, cet incontestable prestige du maître qui furent pour beaucoup dans le succès de sa très simple doctrine de charité. D'ailleurs, l'antoinisme menace d'être détrôné par une religion nouvelle, celle de « la fraternité universelle », que professe, dans son temple, dans son « école morale », de Roux-lez-Charleroi, un nouveau thaumaturge, le Père Dor, surnommé le « Stimulateur des vertus » ou le « Docteur sans-médicaments ».
        Il y a là un nouvel avatar de ce mysticisme étrange qui persiste dans certaines régions industrielles de la Wallonie.
        Le père Dor, qui a aujourd'hui une cinquantaine d'années, est originaire de Mons-Crotteux, près de Liège. C'est un parent d'Antoine le Guérisseur. Comme lui, après avoir exercé de durs métiers, et notamment celui de terrassier, il fut en Russie où, sans doute, il rencontra des moines guérisseurs en qui les moujiks ont une aveugle foi. Ils sont légion là-bas. D'aucuns ont une noblesse d'âme singulière (qu'on se souvienne du Père Zossima des Frères Karamazow). L'actuel Père Dor subit leur prestige et, revenu en Belgique, il voulut les imiter.
        Il affirme guérir les malades qui viennent le consulter de très loin, de partout et spécialement de la province de Namur et du nord de la France : pauvres femmes atteintes de maladies nerveuses, ouvriers rongés de tuberculose. Il ne m'étonnerait point que le Père Dor eût réussi dans certains cas, sur certaines malheureuses capables de grandes réactions nerveuses et facilement suggestionnées de réelles guérisons. Sa tête de Christ aux longs cheveux bouclés qui lui retombent sur les épaules, ses grands yeux noirs lui donnent un air fort imposant. Mais pour quelqu'un d'un peu intelligent, le prestige s'évanouit bien vite, car le nouveau prophète, être des plus incultes, s'exprime péniblement dans un charabia où reviennent sans cesse quelques clichés : amour, loi morale, le bien, le mauvais fluide, etc., etc.
        Le dimanche après midi, a lieu au temple de Roux — un vaste temple tout neuf inauguré il y a quelques mois — un office qui s'ouvre par une « opération générale » — le Père fait agir les fluides sur l'assistance — suivie d'une consultation. L'un de ces derniers dimanches, nous avons assisté à un de ces offices. Il y avait là plus de 600 personnes. Le Père Dor était debout dans une vaste chaire haut suspendue, dans une attitude de profond recueillement. A chaque instant, un fidèle, se levant, rompait le silence et, d'une voix tremblante, posait au Père une question. On l'interroge sur les sujets les plus abracadabrants. Une bonne femme lui a demandé devant nous s'il fallait détruire les punaises quand on en a sur soi !... Un électeur voulut savoir s'il ne manquait pas à la loi morale en exerçant son droit de vote. La réponse fut affirmative.
        Vraiment, cette assemblée de pauvres gens, malades pour la plupart, n'avait rien de risible, mais, au contraire, de très attristant : quelle somme de détresses affilées elle représentait !
        A l'intérieur du temple, comme dans les tracts, on trouve l'avis suivant :
        « Le Père vous recommande de ne rien lui présenter pas plus en cadeaux qu'en argent. De plus, il vous prie de ne rien lui envoyer, pas même anonyme. Car faire ceci, c'est encore croire qu'il aime l'argent ; c'est, en un mot, douter de sa personne. Or, douter de quelqu'un, c'est manquer de confiance et, par conséquent, c'est empêcher la satisfaction. »
        Mais, alors, de quoi vit le Père Dor, qui n'est pas riche ? Sans doute, de quelques subventions que lui versent des fidèles de condition aisée et du produit de la vente des brochures et du journal qu'il publie. On vend à Roux le portrait que nous donnons ici.
        Dès à présent, le temple de Roux a des succursales dans plusieurs communes du bassin industriel de Charleroi, à Bruxelles, à Lavaqueresse (dans l'Aisne) et même... à Porto-Félise, dans l'Etat de Sao-Paulo, au Brésil (quelque émigrant, sans doute...)
        Les médecins n'ont qu'à bien se tenir : ils vont avoir, dans le Père Dor, un redoutable concurrent. — PAUL DESENNE.

    L'Écho du merveilleux, revue bimensuelle (directeur Gaston Mery) - 01-02-1913
    source : Gallica


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  • illustration : Taganrog, le Nouveau Marché

        Alors que son oncle, Louis Antoine, pratiquait toujours le spiritisme, un de ses meilleurs médiums, Pierre Dor, son neveu qu’il aimait particulièrement, et qui se sentait la vocation de guérisseur lui aussi, quitta le groupe spirite « Les Vignerons du Seigneur », que dirigeait celui qui, quelques années plus tard, allait créer une nouvelle religion, le Culte antoiniste. Ce ne fut pas une rupture, en ce sens que les relations restèrent bonnes entre l’oncle et le neveu. Plus tard le Père Antoine dira « Il suit son chemin ». Quant au Père Dor il assistera, en 1912, aux funérailles du prophète de Jemeppe-sur-Meuse.
    Son chemin va le mener à accompagner un de ses « patients » en Russie. Tout comme le « Maître Philippe de Lyon », dont nous parlerons dans un autre article, il met en pratique ses « dons de guérisseur » et sa réputation croît. A telle enseigne qu’il doit quitter la région, celle d’Ekaterinoslav, pour une bourgade des rives de la mer d’Azov. Attaqué à nouveau il préfère rentrer au pays, et s’établit à Roux-Wilbeauroux, dans le région du Centre, où il fait construire une salle, « L’Ecole Morale » Ayant laissé pousser barbe et cheveux, et s’étant revêtu d’une robe noire, il va dispenser son enseignement spirituel et recevoir les malades.
    Contrairement au Père Antoine, il ne se contente pas de prier pour ceux-ci, mais conseille un régime alimentaire strict, à base de légumes cuits à l’eau. Lui-même est d’ailleurs végétalien. Il lui arrive aussi de prescrire des cures d’eau sucrée et des lavements à l’eau salée. Il « opère », ce sont ses propres termes, chaque jour sauf le week end.
    Le dimanche il apporte la bonne parole, la sienne, et il donne d' « instructions spéciales » une fois par an, le jour de la Toussaint, et jour de « pèlerinage » pour ses adeptes. Il publie un ouvrage, aujourd’hui introuvable « Le Christ parle à nouveau » dans lequel il ne se présente pas comme un juge, mais comme un consolateur, un sauveur.
    Plus tard il émigrera, on ne sait pourquoi, à Uccle, Fort Jaco. C’est là qu’il s’éteindra peu après la dernière ( il est permis d’espérer !) guerre.
    Cependant c’est sa doctrine qui nous intéresse.

        Comme son oncle il affirme la nécessité de l’épreuve – mais aussi que ce sont nos imperfections qui nous ont placé sur terre, et non Dieu
        – que c’est en soi-même qu’il faut chercher les enseignements utiles à la vie spirituelle
        – que le spiritisme et toute forme d’occultisme sont choses mauvaises
        – que les maladies sont produites par les excès en tous genres
        – que la médecine ne traite que les effets de la maladie, mais ne guérit pas
        – que c’est en soignant l’âme que lui, le Père, soigne le corps (ce qui peut être considéré comme un pieux mensonge, puisqu’il « prescrit » un régime alimentaire végétalien)
        – que Jésus est le fruit de l’adultère, et que Marie était la plus passionnée d’entre les femmes
        – que l’épouse doit être soumise à son mari (voir St Paul, épître aux Ephésiens)
        – que les êtres les plus passionnés, les plus attachés à la terre, sont les plus vite réincarnés
        – que la foi fait partie d’une sorte de fanatisme, que c’est la superstition même, qu’il s’agit d’un fluide matériel qui se marie avec l’âme maladive, peureuse, craintive, paresseuse. Elle est stérile pour ce qui concerne le bien-être réel et durable (ici il est en opposition avec son oncle qui affirmait « Un seul remède peut guérir l’humanité : la Foi »)
        – que la notion de Dieu est chose mauvaise, qu’elle empoisonne l’existence de ceux qui y ont la vraie foi (en lui)
        – que la vue du mal est la pire des choses (ce que le Père Antoine affirmait également)
        – qu’en travaillant sur soi-même on fait du bien à ses proches
        – que la bonté active est un défaut par lequel on rend de mauvais services aux gens qui fatalement abuseront de cette charité.
    Lors de sa dernière « Instruction de la Toussaint », en 1936, il dira aux fidèles rassemblés « Tout mon travail consiste uniquement à rendre les âmes lucides et fortes. Lucides afin qu’elles voient clair en elles-mêmes, et soient fortes pour vaincre. Sans cela, je ferais fausse route comme tant d’autres qui se sont révélés « Prophète » ou « Sauveur du monde ».

    Chose curieuse, le Père Dor bénissait des « mariages moraux », et il y en eut des dizaines, au cours desquels les fiancés promettaient de ne point avoir de relations sexuelles ! Dans plusieurs passages de ses instructions on se rend compte qu’il avait envers l’amour physique une grande méfiance, voire des préjugés obsessionnels.
    N’ayant pas créé de structures, de clergé, n’ayant désigné aucun successeur, sa religion, qu’il refusait d’appeler ainsi, le dorisme, disparu avec lui… On n’en trouve plus trace, et le souvenir du Père Dor disparaît avec les plus âgés qui l’ont connu.
    Sincère, plus que certainement, le Père Dor mettait néanmoins en danger les malades qui le consultaient, et dénigrant la médecine. D’autres feront de même : Lucien Engrand, fondateur, dans le Pas-de-Calais de la « Religion sans nom », aujourd’hui disparue, la sœur Gaillard, et tant d’autres sur lesquels, un jour peut-être, j’écrirai quelque chose.

    Conclusion : la crédulité humaine est incommensurable et n’a pas fini de faire des ravages.

    Jacques Cecius, Spa, le 12 avril 2003 complété le 2 juillet 2007
    source : http://prolib.net/pierre_bailleux/libresens/208.014.antoinisme.htm


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  •     La soeur de Louis Antoine, Marie-Josèphe, née le 10 janvier 1841, de 5 ans son aîné se marie avec un membre de la famille Dor en 1865. "Marie Josèphe alla porter [les tartes pour la communion de Louis] la veille au boulanger pour qu'il les mît cuire dans son four. En revenant elle s'attarda un peu. On l'avait vue, à la croisée des cinq chemins, qui causait avec le fils Dor." (Robert Vivier, p.26)
    "Elle eut tout de suite un garçon, Pierre, et elle allaitait une petite fille" (Robert Vivier, p.39)

        Pour Robert Vivier, il était intelligent et apprenait si bien à l'école, comme Louis en son temps (p.104).
        Dans l'Enseignement (paru en 1905), Louis raconte : "Je continuai donc à me rendre à ces séances auxquelles prenait part trois demoiselles de la famille, bons médiums, qui vinrent par la suite à une réunion chez moi. Ma femme était très heureuse de m'accompagner à ces séances, de même qu'un neveu (cf. Robert Vivier, p.158) qui vit rapidement se développer sa faculté médianimique. Je parvins également à développer la mienne.
    Pierre Debouxhtay, p.54-55

        A la seconde séance où il assista, Pierre Dor sentit une main légère le toucher alors que l'obscurité était complète. La main voltigea autour de lui, le frôla au front, à l'épaule, donna des petites tapes sur le dos de sa propre main. Pierre était hardi, il voulut attraper cette main au vol. Mais ce fut comme si la main s'était évaporée. Monsieur Ghaye reprocha au jeune Dor d'avoir lâché la table : ainsi la chaîne s'était rompue, et le fluide avait manqué à l'esprit.
        Antoine était frappé. Voilà que la faculté mystérieuse touchait un être de son sang. Et le pouvoir de Pierre Dor augmentait de semaine en semaine. Ce qu'il lui arriva de plus extraordinaire fut de voir une figure blanche, habillée comme une statue, traverser lentement la prière. Une des demoiselles aussi l'avait aperçue.
    Jamais plus, malheureusement, les conditions ne furent aussi bonnes que ce jour-là.
        La médiumnité de Pierre Dor encouragea Antoine à essayer une séance aux Quatre-Ruelles. il invita les trois demoiselles, ainsi que Gony et Pierre Dor, et le menuisier Debroux, de Crotteux. Le jeune Louis (le fils des Antoine) assistait pour la première fois à une séance de ce genre. Tout se passa fort bien. Aussi Antoine décida-t-il d'organiser un groupe spirite.
    Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.164-65.

        Pierre Dor sera l'intermédiaire pour Louis Antoine de la Maison Delhaize, rue Grand-Vinâve à Jemeppe, à la fin de l'année 1900. Par cet intermédiaire, le Père achetait des flacons d'extrait de viande La Plata qu'il remettait ensuite aux malades qui le consultaient (Pierre Debouxhtay, p.76).
        La même année, Louis Antoine paya chez Dor Nicolas, cordonnier, rue du Pont, une paire de souliers pour 7 francs 50, afin de les remettre à Hollange. Il était alors infirme, et demeurant à Seraing, rue de la Vecquée, chez Noël Claes. Louis Antoine le soigna et le guéri : "il est devenu un croyant sincère et il vient me voir toutes les semaines" (Pierre Debouxhtay, p.76).

        Mme Muntz, habitante du coin de la rue Bois-de-Mont et des Tomballes, vend sa maison au neveu de Louis Antoine, Pierre Dor, qui ouvre avec sa femme un café-restaurant. A droite, dans la rue Bois-de-Mont se situe la maison des Antoine.
        A l'automne 1900, les Antoine achète la maison à gauche du café, dans la rue des Tomballes, pour recevoir les malades. Et le 25 décembre, on inaugure la salle du guérisseur. Une gardienne fait entrée les souffrants un à un selon le jeton en zinc qui leur a été remis en entrant.
        En mars 1904, on ouvrit une porte dans la rue des Tomballes.
        En 1905, les Antoine font construire un temple à l'emplacement de la salle de réunions des Vignerons du Seigneur. Il reçoit jusqu'à 400 malades par jour.
        En 1906, on construit un bureau et une salle d'attente, et la grande salle, transformée, devient le temple.
    d'après Robert Vivier, p.246

        Soeur Guillaume et Cécile Litienne firent la connaissance du Père par l'intermédiaire de Pierre Dor, en 1903. Le mari de Mme Guillaume, en faisant la traversé du Havre à New-York parla avec le neveu.
        "Nous avons pris une chambre chez Jean (certainement une erreur de prénom) Dor qui tenait commerce au coin. Au bout de quelques semaines, Maman allait très bien ; elle marchait partout où elle voulait, aller même monter la grande côte avenue Smeets.
        extrait de lettres dans Textes recopiés d'un document écrit prêté par le Frère Céleste LOBET

        Au risque d'être accusé de népotisme, Antoine avait loué la maison du coin de la rue des Tomballes à son neveu Pierre Dor (le futur Père Dor) : la femme de ce dernier y ouvrit un "café" où les visiteurs d'Antoine pouvaient se restaurer. Le commerce marcha si bien qu'après six années Mme Dor put acheter huit maisons d'une valeur de 18.500 francs; il lui restait encore 5.000 francs. (Renseignements donnés par le Père Dor, en tête de son livre Christ parle à nouveau [1913], p.10) (Pierre Debouxhtay, p.91).

        Dans la salle au premier rang du public, s'étaient placés les adeptes : Debroux, Foccroule, Deregnaucourt, Hollange, Nihoul, et M. Delcroix, le professeur, avec son col blanc et sa jaquette noire, - tous les fidèles Vignerons (Pierre Dor manquait, - il avait abandonné Antoine pour suivre son propre chemin). Parmi eux étaient les femmes ; Mme Antoine, toute menue, toute grise, Mme Guillaume, Mmes Nihoul, Desart, Deregnaucourt, la femme Jeanfils. On se montrait une dame qui était venue d'Amérique, - une dame fort riche et bien habillée -, et qu'Antoine avait guérie. Derrière, jusqu'au fond, se serrait la foule, foncée de vêtements, avec les taches claires des chemises (on étouffait de chaud malgré les fenêtres ouvertes), et sur le fond sombre, de haut en bas, en longues lignes, en longs chapelets pâles, des visages et des visages.
            Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.266

        Il n'était pas jusqu'à son neveu Pierre Dor, contre qui il ne parlait jamais : pourtant celui-ci avait fondé un culte, là-bas, dans le Hainaut, et laissait dire par ses disciples qu'Antoine de Jemeppe n'était que Jean-Baptiste et que lui il était le Christ.   
            Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, p.332

        Regis Dericqueboug cite un extrait de Le Christ parle à nouveau (Watermael, imrpimerie Paternotte, 1912)
    1. Ne croyez plus en Dieu comme vous le comprenez car ce n'est guère ainsi que je vous l'ai révélé.
    2. Il n'est ni un esprit, ni un être à prier comme vous le faites sans cesse croyant être exaucés.
    3. Non ce c'est pas ainsi qu'il faut l'interpréter et non plus de cette façon que vous devez l'aimer.
    4. Dieu est au coeur de l'homme, et vous le sentirez quand vous pratiquerez ce que j'ai enseigné.
    5. D'aimer vos ennemis et de bien pardonner à ceux qui vous causent des peines et des contrariétés.
    6. Si je parle à nouveau, c'est pour vous exhorter à changer d'un chemin qui peut vous égarer.
    7. Car Dieu, vous ne priez que pour lui demander tous les biens de la terre, la fortune, la santé.
    8. Tout cela non pour faire la charité et encore moins pour vous améliorer.
    9. Mais seulement pour vous amuser dans vos vices, vos passions dites de bestialités.
    10. Or de cette façon, vous vous écartez du chemin du bonheur que vous cherchez.
    Régis Dericquebourg, Les Antoinistes, p.84-85

        Cet auteur y voit un "témoignage  d'un messianisme christique dans l'antoinisme naissant" (p.128)

        Né le 15 mai 1862 à Mons-Crotteux, il souffrit aussi d'une maladie mal définie, et à 38 ans un accident le força a abandonné son métier. Il tint ensuite le café-restaurant au coin du futur temple. Au bout de six ans, il acheta huit maisons qu'il loua. Puis il annonça qu'il était le vrai messie, et que Louis Antoine n'était que son Saint Jean-Baptiste. Après un essai à Grivegnée (banlieue de Liège), il revint à Jemeppe et colporta des publications de son oncle (Pierre Debouxhtay cite la déposition d'un garde-champêtre qui le rencontra pendant sa besogne, sur sa casquette avec une plaque portant "Antoine le Guérisseur", Louis Antoine le désapprouva et lui déclara qu'il n'était plus dans le fluide voulu). Pierre Debouxhtay voulait explorer la doctrine du neveu dans le second tome Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme qui ne vit jamais le jour.
        Puis un adepte russe guérit par le neuveu lui propose de venir en Russie (Lioubimovsky-Любимовский et Taganrog-Таганрог). Là il eut une certaine notoriété comme guérisseur, puis fut inquiété par les autorités.
       Revenu en Wallonie, il s'installa à Jemeppe, puis à Roux-Wilbeauroux en août 1909. Après une premier temple, il fondi une salle, l'Ecole morale en 1912. Puis il s'installa à Uccle. Régis Dericquebourg précise : "l'instruction de Pierre Dor ressemble à celle de son oncle mais il y ajoute une touche plus moralisatrice". (p.32)


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  • UNE VICTIME DE L'ANTOINISME. —
    Un ouvrier de Couillet, Hippolyte Debusscher.
    est venu se plaindre dimanche, à la
    police, du départ de sa femme. Celle-ci a
    abandonné mari et enfants pour se refaire
    « une vie pure » ! Elle s'est retirée, dit le
    mari, dans une maison de Roux, où les antoinistes
    se livrent au végétarisme et à l'adoration
    du Seigneur.


    L'Avenir du Luxembourg
    Organe Quotidien Catholique - Arlon
    Jeudi 30 avril 1914


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