• Antoine le Guérisseur (La Petite Gironde 13 déc 1910)

                   ANTOINE LE GUÉRISSEUR

        Une pétition couverte de 160,000 signatures demande au Parlement belge de reconnaître le culte « antoiniste », c’est-à-dire le culte d’Antoine, dit « le Guérisseur ». Quand la foi s’en va, les petites religions arrivent.
        L’« antoinisme » aurait poussé aux Etats-Unis, où l’on voit un monsieur monter sur une chaire, haranguer les passants et fonder une secte, il n’y aurait pas lieu d’être surpris. Mais les 160,000 Belges demandant un nouveau culte ne laissent pas de nous étonner. On ne les croyait pas si mystique depuis Hans Memling et Ruysbroeck l’Admirable...
        Antoine le Guérisseur n’est point un charlatan banal. D’abord ouvrier mineur, puis métallurgiste, il voyagea en Pologne et en Allemagne avant de s’établir avec femme aux environs de Liège. Il n’habite pas avec sa femme, mais ils vivent en parfaite intelligence, et elle le seconde dans l’exercice de sa mission providentielle.
        Le correspondant de la « Liberté » à Bruxelles donner le prophète les curieux détails suivants : « Antoine le Guérisseur vit très simplement et très sobrement. Il est végétarien dans toute l’acception du terme : non seulement il s’abstient de viande, mais aussi d’œufs, de beurre et de lait... Dès son Jeune Age, Antoine se montra d’une piété peu commune. Non seulement il priait souvent, mais il aimait à se recueillir. Il professe le catholicisme jusqu’à l’âge de quarante-deux ans ; puis il pratique le spiritisme jusqu’en 1906, date à laquelle il fonda le « nouveau spiritualisme ». »
        La doctrine d’Antoine se résume à peu près dans les principes chers à l’auteur d’« Anna Karenine ». C’est le Tolstoï des pauvres d’esprit. « Un seul remède, dit-il, peut guérir l’humanité : la foi ; c’est de la foi que nait l’amour, l’amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ; ne pas aimer ses ennemis, c’est ne pas aimer Dieu ; car c’est l’amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de le servir ; c’est le seul amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu’il est pur et de vérité. »
        Le prophète se double d’un faiseur de miracles. Il guérit par l’imposition des mains, comme les rois de France, mais ceux-ci ne guérissaient que les écrouelles. Antoine guérit tout. Il est vrai qu’il ne touche pas le membre ou la partie malades ; il n’est même pas nécessaire que le malade soit présent : un représentant suffit, Antoine entre dans le temple où sont réunis les fidèles, étend la main, et c’est tout. On vient de tous les pays du monde chez Antoine et on assure que le temple ou il opère a été édifié avec un don de 20,000 francs fait par un riche propriétaire du Midi de la France, guéri miraculeusement. Ajoutons, le détail a son importance, qu’Antoine le Guérisseur travaille gratuitement.
        Il ne faut pas sourire de l’ingénuité des fidèles ou des malades. Tous les marchands de bonheur ont leur petit succès, même s’ils n’arrivent pas à imposer leur marque. La crédulité, la suggestion, l’illusion demeurent de grandes forces d’action, même chez ceux qui croient le mieux échapper à leur emprise. Comment expliquer l’engouement de braves gens, parfois très avisés, pour de vulgaires fripouilles ou des imbéciles notoires, sinon par le mot si profond du philosophe :
        « Ce que la raison n’a pas contribué à former, le raisonnement ne saurait le détruire... »

                                                                                          P. B.

    La Petite Gironde, 13 décembre 1910


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  • De Sumatra post (28-01-1911)

                                   Zonderling verzoekschrift.

        Bij het Belgische parlement is een onderling verzoekschrift met 160000 handtekeningen ingekomen. Het vraagt de erkenning van een nieuwen godsdienst, gepredikt door „Antoine den geneesmeester”.
        Deze Antonius woont te Jemeppe aan de Maas, nabij Luik. Hij is thans 65 jaar oud. Vroeger werkte hij in de mijnen. Rumoerig kan men den nieuwen apostel moeilijk noemen, want in het door hem gestichte kerkje te Jemeppe houdt hij vier maal per week – ’s Zondags niet – godsdienstoefeningen, maar bij die gelegen heden spreekt hij geen woord. Hij houdt zwijgend gedurende een volle minuut zijn handen over de verzamelde schare uitgestrekt en daarna zegt alleen een medewerker: „Ieder, wiens geloof sterk genoeg is, moet genezen worden.” Antonius is een vegetariër en leeft als een hermiet, geen woord sprekend behalve door de... telefoon. Zijn vrouw, madame Antoine, bijgenaamd „la bonne mère”, ontvangt dagelijks honderden zieken, die zij door het opleggen van de hand en onder het aanroepen van Antoine den geneesmeester geneest.
        In het kerkgebouwtje te Jemeppe staat op den muur, boven het podium, waarop de profeet zich bevindt, in reusachtige letters het volgende geschreven. De stralenkrans van het geweten: Een enkel middel kan de menschheid genezen: Het Geloof. Uit het geloof wordt de liefde geboren. De liefde, die ons God zelfs in onze vijanden doet zien. Zijn vijand niet lief te hebben, is God niet beminnen, want de liefde, die wij voor onze vijanden gevoelen, maakt ons waardig Hem te dienen. Ze is de eenige liefde, die ons waarlijk doet lief hebben, omdat zij is zuiver en waar.

    De Sumatra post, 28 januari 1911

     

    Traduction :

                                  Une pétition excentrique.

        Une pétition mutuelle avec 160 000 signatures a été reçue par le Parlement belge. Elle demande la reconnaissance d'une nouvelle religion, prêchée par "Antoine le guérisseur".
        Cet Antoine vit à Jemeppe-sur-Meuse, près de Liège. Il a maintenant 65 ans. Il travaillait dans les mines. Il est difficile d'appeler le nouvel apôtre un apôtre tumultueux, parce que dans la petite église qu'il a fondée à Jemeppe, il tient des services religieux quatre fois par semaine – pas le dimanche – mais il ne dit pas un mot sur le présent. Il étendait silencieusement les mains pendant une minute entière sur la foule rassemblée, puis un seul collègue dit : "Quiconque a la foi assez forte, doit être guéri." Antoine était végétarien et vivait comme un ermite, ne parlant qu'à travers le... téléphone. Son épouse, Madame Antoine, surnommée "la bonne mère", recevait chaque jour des centaines de malades qu'elle guérissait en apposant sa main et en invoquant Antoine le guérisseur.
        Dans l'église de Jemeppe, sur le mur au-dessus de la tribune sur laquelle se tient le prophète, ce qui suit est écrit en gros caractères. L'auréole de la conscience : Un seul moyen peut guérir l'humanité : La foi. L'amour naît de la foi. L'amour, qui nous fait voir Dieu même dans nos ennemis. Ne pas aimer son ennemi, ce n'est pas aimer Dieu, car l'amour que nous éprouvons pour nos ennemis nous rend dignes de le servir. C'est le seul amour qui nous fait vraiment aimer parce qu'il est pur et vrai.


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