•      « Lundi rue Christine », de Guillaume Apollinaire, inclut des bribes de conversation entendues dans les cafés, notamment, donc celui, à côté de la salle de lecture antoiniste, au coin avec la rue des Grands-Augustins.



    La mère de la concierge et la concierge laisseront tout passer
    Si tu es un homme tu m’accompagneras ce soir
    Il suffirait qu’un type maintînt la porte cochère
    Pendant que l’autre monterait

    Trois becs de gaz allumés
    La patronne est poitrinaire
    Quand tu auras fini nous jouerons une partie de jacquet
    Un chef d’orchestre qui a mal à la gorge
    Quand tu viendras à Tunis je te ferai fumer du kief

    Ça a l’air de rimer

    Des piles de soucoupes des fleurs un calendrier
    Pim pam pim
    Je dois fiche près de 300 francs à ma probloque
    Je préférerais me couper le parfaitement que de les lui donner

    Je partirai à 20 h. 27
    Six glaces s’y dévisagent toujours
    Je crois que nous allons nous embrouiller encore davantage

    Cher monsieur
    Vous êtes un mec à la mie de pain
    Cette dame a le nez comme un ver solitaire
    Louise a oublié sa fourrure
    Moi je n’ai pas de fourrure et je n’ai pas froid
    Le danois fume sa cigarette en consultant l’horaire
    Le chat noir traverse la brasserie

    Ces crêpes étaient exquises
    La fontaine coule
    Robe noire comme ses ongles
    C’est complètement impossible
    Voici monsieur
    La bague en malachite
    Le sol est semé de sciure
    Alors c’est vrai
    La serveuse rousse a été enlevée par un libraire

    Un journaliste que je connais d’ailleurs très vaguement

    Écoute Jacques c’est très sérieux ce que je vais te dire

    Compagnie de navigation mixte

    Il me dit monsieur voulez-vous voir ce que je peux faire d’eaux-fortes et de tableaux
    Je n’ai qu’une petite bonne

    Après déjeuner café du Luxembourg

    Une fois là il me présente un gros bonhomme
    Qui me dit
    Écoutez c’est charmant
    À Smyrne à Naples en Tunisie
    Mais nom de Dieu où est-ce
    La dernière fois que j’ai été en Chine
    C’est il y a huit ou neuf ans
    L’Honneur tient souvent à l’heure que marque la pendule
    La quinte major


    Guillaume Apollinaire, Ondes, in Calligrammes (1918)


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  • André Billy - Le culte huysmansien dans une ancienne chapelle antoiniste (in Le Figaro Littéraire, 21 mai 1955)

    FRENCH Vll BIBLIOGRAPHY, 8,
    For the Study of Contemporary French Litetarure, MIT Press
    source : GoogleBooks


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  • Simon Arbellot - Conciliabules chez les Huymansiens (1957)

    Auteur : Simon Arbellot
    Titre : Conciliabules chez les Huymansiens
    Édition : Revue des Deux Mondes (1er MAI 1957), pp. 139-143

     

     

     

        Évoque le destin de la chapelle antoiniste de la rue Christine. En 1948, les Huysmansiens ont investi la salle de lecture du Culte Antoiniste, tenue un temps par Frère Jolly depuis au moins 1925. Elle a été remplacée en 1955 par le Temple des Ternes, au Passage Roux (17e arrdt). On y parle aussi d’André Thérive, membre de la première heure du club des Huysmansiens.

     

     

     

    CONCILIABULES
    CHEZ LES HUYSMANSIENS

     

        Rue Jacob... une petite boutique de libraire à l'enseigne « Chez Durtal » ... des reliures aux ors passés... des photos, des lettres, des manuscrits... le masque mortuaire de Pascal... je ne me trompe pas, c'est bien là le sanctuaire de Joris Karl Huysmans. J'aperçois le grand prêtre du culte huysmansien, M. Pierre Lambert, au visage ascétique, assis à sa table au milieu de ses livres et qui semble écouter la confession d'un jeune homme.
        – Conseillez-moi, dit celui-ci, c'est l'époque de la conversion et de Ligugé qui, seule, m'intéresse. Est-il bien utile de me lancer dans l'œuvre entière ?
        – Lisez la préface d'A Rebours, écrite vingt-cinq ans après la première édition, vous aurez là l'essentiel de la pensée de Huysmans.
        Je suis entré sur la pointe des pieds dans la librairie et comme j'esquisse un pas en arrière, M. Pierre Lambert me fait signe de rester.
        – Vous n'êtes pas de trop, nous commençons, me dit-il.
        Et cet homme d'études qu'on dérange tout le temps ajoute en riant :
        – Vous n'osiez pas entrer... je finirai par faire poser une plaque de sonnette sur ma porte comme on en voit sur celles des presbytères, mais au lieu de « Ici, pour les sacrements », je mettrai « Ici, pour Huysmans ».
        Je regarde autour de moi. Je reconnais tout de suite un Saint Mamert en bois sculpté qui retient d'une main ses entrailles, non loin de lui un Rabelais à la tête laurée, des livres rares et, partout, des photos représentant un vieux monsieur à la barbiche blanche, une sorte de M. Folantin, fonctionnaire, « bourgeois modeste et frileux », c'est Joris Karl Huysmans. Une odeur de sacristie, un silence de bibliothèque. Je pense, malgré moi, à Jean de Bonnefon recevant, il y a trente ans, dans son rez-de-chaussée de la rue de Vaugirard, l'un après l'autre, ses pénitents. Au milieu des Christs et des statues dédorées, de candélabres et de livres d'heures, le maître, assis dans une cathèdre, donnait audience. Il portait une veste d'intérieur violette. Il était bagué d'améthyste comme un archevêque et monoclé comme M. Paul Bourget. Mais chez ce chroniqueur de la belle époque, les dieux étaient assoiffés, ici, rue Jacob, on est sérieux. Le culte de Joris Karl, comme disent ses disciples, est celui de la fidélité et après un demi-siècle nous comprenons mieux la portée de l'exemple qu'a suscité dans le monde l'illustre converti.
        M. Pierre Lambert m'a laissé un instant à mes réflexions et à mes émerveillements.
        – Tenez, me dit-il, en me désignant un fauteuil de cuir, c'est là que votre ami Léo Larguier venait s'asseoir, en fin de journée, pour me parler de la tour Saint-Sulpice et du sonneur de cloches Carhaix. En voilà un qui connaissait Huysmans et qui l'aimait ! Il en savait des pages par cœur et me les récitait de sa belle voix romantique. S'étant enquis de mes dernières découvertes, de la lettre inédite, du texte inconnu, des cotes récentes des manuscrits à l'hôtel Drouot, de la vie de la société, il reprenait son bâton, coiffait son haut feutre en ayant bien soin de laisser échapper quelques mèches rebelles et disparaissait au coin de la rue de Furstemberg à la recherche de son rêve.
        – Je sais, moi, où il allait en vous quittant : chez Henri Martineau parler de la Sansévérina, ou chez Marcel Bouteron, à l'Institut, prendre des nouvelles de Mme de Nucingen ou encore chez son ami Martine, aux Beaux-Arts, pour verser, de concert, quelques larmes posthumes sur Emma Bovary. Ses seules amours.
        Que Léo Larguier, ce huguenot des Cévennes, ait pu être trouble par Huysmans ne saurait nous surprendre. J'ai trouvé dans le bulletin de la société quelques lignes de lui qui montrent à quel point l'avait frappé la description de la vie dans la fameuse tour de Saint-Sulpice.
        « ... il y a des soirs naufragés d'hiver, écrivait-il, où je me dis souvent qu'il ferait bon, dans un logis coi de la provinciale rue Férou, à deux pas de Saint-Sulpice, d'être, défrayé de tout ce qui encombre la vie, un monsieur prêtre, plus amateur de littérature que de théologie, dorloté par une gouvernante tyrannique, érudit, gastronome, bibliophile et lisant au coin du feu Barbey d'Aurevilly et Huysmans dans leurs bonnes éditions... »

     

        Mais je ne suis pas venu « chez Durtal » pour rêver, sinon pour prendre, moi aussi, des nouvelles de la a Société Joris Karl Huysmans qui se prépare à fêter le cinquantième anniversaire de l'auteur de La Cathédrale. Je sais, bien sûr, qu'elle date de 1927 mais que, dès 1919, il existait un « Huysmans-Club assez mystérieux et plutôt initiatique. Je connais les noms de ces huysmansiens des débuts, Lucien Descaves, Paul Bourget, l'abbé Bremond, Forain, le chanoine Mugnier, André Thérive, Valette, et d'autres qui surent attirer à eux tant et tant de personnalités diverses, unies dans la même pensée.
        – Aujourd'hui, me dit M. Pierre Lambert, nous comptons trois cent cinquante membres, nous avons publié trente-trois bulletins et nous restons en contact permanent. Venez jeudi prochain à notre réunion mensuelle rue Christine, un quartier que Huysmans a peu quitté. Nous nous réunissons dans une salle de la « Reine Christine », sur l'emplacement d'une ancienne chapelle antoiniste.
        Le jeune homme nous a quittés depuis un instant, mais nous n'allons pas rester longtemps seuls. Voici une visite. C'est un « fidèle » à la recherche d'un livre rare, mais on sent qu'il a, aussi, quelque chose d'important à dire.
        – Un ami belge, murmure-t-il d'une voix émue, m'assure que le Chapitre de Bruges va se décider à parler.
        – N'y comptez pas trop, lui répond M. Pierre Lambert.
        La glace est rompue. Ainsi j'apprends que le chanoine Docre a vraiment existé sous le nom du chanoine van Haecke, prêtre satanique sur lequel un dossier accablant existe dans la ville des Memling et du Saint Sang. Les chanoines de Bruges, eux, connaissent la vérité. Il parait qu'ils vont enfin parler.
        Plein d'illusions, le fidèle est parti. Nous voici seuls. Pierre Lambert me parle de sa collection d'autographes qui se monte à plus de quatre cents lettres, des éditions rares qu'il possède. Il avait dix-huit ans quand il a découvert Là-Bas. Depuis il a vécu sans cesse avec Huysmans par la pensée. Mais comment s'est-il procuré ce titre de bachelier de Joris Karl, sa blague à tabac japonaise, celle même qu'on voit dans les mains de des Hermies ? Le dieu seul de la brocante le sait.
        Dans l'arrière-boutique, sur un rayon profond, au milieu des livres, M. Pierre Lambert me conduit devant un large coffret carré, habillé de drap rouge avec une porte ornée de cours en bois sculpté : c'est le tabernacle de Julie Thibault, la servante de Huysmans, et qui se trouvait dans sa chambre de bonne de la rue de Sèvres.
        Initiée du rituel des sacrifices du Carmel Eliaque, cette Julie Thibault se disait voyante et Huysmans s'en méfiait. Il savait fort bien que, là-haut, elle célébrait un culte et consacrait sous les trois espèces du pain, du vin rouge et de la lumière. Il laissait faire.
        M. Pierre Lambert, doucement, a ouvert la porte du tabernacle ; j'aperçois, suspendus au fond, hors de portée de la main, quelques médaillons de verre contenant des hosties. Je recule instinctivement, un peu gêné.
        – Rassurez-vous, me dit M. Pierre Lambert, elles ne sont pas consacrées, c'est l'avis des prêtres qui sont venus ici.
        Je voudrais être ailleurs. J'apprends alors que Julie Thibault n'est autre que la Céleste Bavoil de l'Oblat et de la Cathédrale. Je respire mieux, la littérature l'emporte...
        – A jeudi !
        – A jeudi, Durtal, pardon ! Monsieur Lambert.

     

    *
    *   *

     

        Maître Maurice Garçon, l'avocat du diable, a chaussé ses larges lunettes. Cet homme jeune encore que l'on a accoutumé de voir plutôt sourire dans la vie, occupe, avec le sérieux d'un chanoine capitulaire, la présidence des amis de J. K. Huysmans dans ce qui fut la chapelle antoiniste. Nous sommes rue Christine, à l'enseigne de la « Reine Christine », où la maîtresse de céans, la bonne Mme Deudon, la cuisinière au grand cœur chantée par Léon Daudet, donne chaque mois asile aux huysmansiens plus avides de nourritures spirituelles que des siennes. Peu importe puisqu'en ces lieux le parfum des sauces l'emporte tout de même sur celui de l'encens.
        C'est donc Maitre Maurice Garçon qui a succédé à Lucien Descaves et apporte à la vie de la Société J. K. Huysmans ce dynamisme qui a marqué sa carrière d'avocat. Faut-il, lui aussi, qu'il l'aime ce Joris Karl Huysmans pour lui consacrer un temps précieux ! Il y a là, dans la salle de la « Reine Christine », autour des petites tables du restaurant, une soixantaine de personnes de tous âges et de toutes conditions. Les grands ténors, ceux dont les noms sont inséparables de toute idée de comité de patronage, ne sont pas là. A part les membres du bureau, je ne mets aucun nom sur ces visages. Il y a des femmes, des hommes, des jeunes gens qui viennent entendre parler et parler eux-mêmes de celui qu'ils appellent familièrement Joris Karl tout en buvant une orangeade. Le secrétaire lit le compte rendu de la dernière séance et la parole, ce jour-là, est donnée à un jeune étudiant pour une communication. Je tombe bien, le sujet est amusant et imprévu pour moi : les relations entre Huysmans et Jean Lorrain. On apprend tous les jours quelque chose de nouveau. On apprend surtout que l'auteur frivole de Monsieur de Phocas, si oublié ! n'était peut-être point si fol qu'il le paraissait au café Napolitain, et que sous des dehors criants il cachait une âme inquiète. Ses lettres à Huysmans, dont on nous lit des extraits, sont empreintes de sincérité et l'amitié que l'auteur de l'Oblat lui rendait ne saurait être suspecte de complaisance.

     

    Oui, on en apprend des choses, rue Christine ! Figurez-vous que pendant l'occupation (c'est un « sociétaire » qui parle), un bibliophile niçois est perquisitionné par la Gestapo, qui découvre toute l'ouvre de J. K. Huysmans à la place d'honneur. Huysmans ! Le policier fait la grimace, voilà un nom qui ne sent pas son pur aryen. Soudain, sur un rayon voisin, son attention est attiré par une belle reliure sur laquelle il lit La Jérusalem délivrée. Plus de doute cette fois : la bibliothèque entière est confisquée.
        Revenons aux choses sérieuses. On parle maintenant de M. Folantin, l'un des nombreux hypostases, au dire de M. F.-E. Fabre, de Joris Karl « romancier de soi-même »...
        Sait-on combien Là-Bas, paru en feuilleton à l'Echo de Paris, fut payé à Huysmans ? Cinquante centimes la ligne, avait dit M. Gérard Bauer, quarante rectifie M. Pierre Lambert... C'est Jules Destrée qui avait fait connaître à Huysmans les Chants de Maldoror. Il les avait aimés, mais il ne put s'empêcher d'écrire : « Que diable pouvait faire dans la vie l'homme qui a écrit d'aussi terribles rêves ? »... On parle aussi d'Edmond de Goncourt pour lequel Huysmans professait une grande admiration. On a retrouvé de belles lettres à ce sujet. Histoire, petite histoire, tout est bon aux fidèles d'Huysmans qui veulent toujours en savoir davantage sur leur idole. Et cette chasse à l'anecdote, au document se trouve résumée dans les trente-trois bulletins que j'ai parcourus « Chez Durtal » et qui nous conduisent de la rue de Sèvres à la rue Saint-Placide en passant par Ligugé, du naturalisme à la mystique catholique, de la critique d'art au symbolisme archéologique jusqu'à l'occultisme...
        Je suis frappé du côté sérieux de ces huysmansiens réunis à « La Reine Christine ». Là, La Cathédrale l'emporte nettement sur la messe noire et chacun de ces fidèles se préoccupe plus de la prochaine cérémonie anniversaire que des excentricités de Julie Thibault. Ici on ne connait que Céleste Bavoil. C'est à peine si j'ai entendu prononcer le nom de Des Esseintes et personne ne m'a proposé d'aller au « Britannia » diner d'une tranche de roastbeef et d'une pinte de stout. Mais chacun s'est quitté en se donnant rendez-vous à la messe en cette chère église Saint-Séverin, où, comme disait Huysmans, « l'âme des voûtes existe ».

     

                                                                              SIMON ARBELLOT.

     


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  • Une cérémonie à l'Église antoiniste (L'Œuvre, 1er sept 1928)Une cérémonie à l'Église antoiniste (L'Œuvre, 1er sept 1928)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    LES PETITES RELIGIONS DE PARIS

     Une cérémonie
    à l'Eglise antoiniste

         Tout près des quais, une rue toute par fumée de fruitiers. Une boutique comme les autres. A sa devanture qui fut claire, on croirait une crémerie. On entre, c'est tout noir.
        Jamais église ne donne une pénombre semblable à celle qui habite cette petite pièce. Par une fenêtre, au fond, vient un jour si fatigué qu'il n'a pas la force de pénétrer. La nuit ici est chez elle.
        Il y a des bancs bien alignés. Au fond, ayant seul le privilège d'une demi-portion de lumière, un pupitre surélevé comme une chaire de professeur. On dirait une salle d'école pour un cours du soir sans crédit.
        Derrière le pupitre, il y avait une femme toute noire. Sur les bancs, il y en avait une autre, une seule toute noire aussi. Placée à contre-jour, on ne voyait pas le visage de celle qui était au pupitre et qui lisait. Et le jour n'atteignait pas la figure de celle qui était assise sur un banc et qui écoutait. On aurait dit que ces deux femmes recherchaient l'ombre, comme un uniforme.
        Lorsque j'ai ouvert la porte, j'ai pensé tout d'abord me retirer pour ne pas troubler ce tête à tête de deux ombres. Mais celle qui lisait n'a pas interrompu sa lecture et celle qui écoutait n'a pas levé les yeux.
        Je me suis assis sans qu'elles parussent s'apercevoir de ma présence. Au mur étaient inscrits des mots que je ne pus lire. Une sorte de réveil-matin placé sur une tablette marquait l'heure. Dans cette obscurité, étranger entre ces deux ombres, j'avais l'impression qu'il ne sonnerait que pour le jugement dernier. Je n'eus pas à attendre jusque-là. La grande aiguille avait fait à peine la moitié du tour du cadran que l'ombre qui lisait ferme son livre. L'ombre qui écoutait glissa vers la porte. Je me retrouvai dans la rue comme on revient à la vie.
        Le service du soir, à la chapelle antoiniste de la rue des Grands-Augustins était terminé.
        Si les Antoinistes ont à travers Paris des chapelles, ils ont une cathédrale où est révélée la vérité due à l'ouvrier Antoine. C'est au fond du 13e arrondissement, derrière la Glacière, au milieu d'un quartier où les maisons n'ont pas l'air d'être terminées. Un jardin sans fleurs précède l'église qui ne porte pas de croix. J'en ai fait lentement le tour. Derrière, une femme élégante sonnait à une porte basse : le presbytère, un presbytère sans gaité.
        J'ai attendu l'heure de l'office. L'église antoiniste ne diffère guère de ses chapelles. Il y a les mêmes bancs et la même chaire de professeur. Mais, cette fois, c'est un homme qui l'occupait. Tout vêtu de noir. Il lisait lui aussi, d'une voix à côté de laquelle celle de l'ombre de la rue des Grands-Augustins paraissait céleste.
        Et ici, si le jour était pauvre, il était honnête. Il permettait de lire les inscriptions murales : on pouvait en effet déchiffrer : « Culte antoiniste. L'auréole de la conscience. Un seul remède pour guérir l'humanité : La Foi. C'est de la Foi que naît l'amour. L'Enseignement du Père Antoine, c'est l'enseignement du Christ révélé à cette époque par la Foi. »
        Ils étaient une quinzaine qui écoutaient muets et recueillis : des ouvriers aux vêtements bien brossés. Des femmes en cheveux. Je ne revis pas la silhouette coquette qui avait sonné à la porte du presbytère.
        L'homme lisait toujours.
        – Si nous disons que Dieu est notre père, disait-il, ajoutons que le Démon est notre mère qui nous nourrit de son sein et nous est utile. L'enfant n'appartient-il pas pour les trois-quarts à sa mère ? Nous sommes donc plutôt enfants du Démon ! S'il faut l'épreuve pour guérir le mal, ne devrions-nous pas adorer le démon dont l'amour nous fournit le moyen d'abréger nos souffrances ? »
        Un lourd silence aggrava l'ombre. Puis on entendit :
        – Mes frères, au nom du Père, merci. Dans le petit jardin maigre comme un square sans jardinier s'écoulèrent les fidèles aussi peu nombreux que ceux d'une messe du matin.
        L'homme qui avait lu se coiffa alors d'un chapeau haut de forme. Car les Antoinistes, sont, avec les diplomates, les derniers qui aient conservé le culte du gibus.

                                                                     Pierre Benard

    L'Œuvre, 1er septembre 1928


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  •     Plusieurs Fraternelles de l'Institut général de Psychosie ont existé à Paris :

    Fraternelles de Paris de l'institut général de Psychosie

    Fraternelle n°11 de Paris (Le Fraterniste, 12 septembre 1912)

    Fraternelles de Paris de l'institut général de Psychosie

    Fraternelle n°11 de Paris (Le Fraterniste, 19 septembre 1912)

        Le Fraterniste évoque encore la Fraternelle n°32 de Paris.

    Fraternelles de Paris de l'Institut général de Psychosie

    Fraternelle n°48 de Paris (Le Fraterniste, 2 mai 1913)


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