• Wonderdadige genezingen (Rotterdamsch nieuwsblad 24-02-1912)

        Wonderdadige genezingen. Miss Dorothy Kerin, 22 jaar oud, te Herne Hill in Engeland, die na 5 jaren bedlegerig te zijn geweest, is plotseling hersteld en kan nu weer loopen. Zij heeft ook haar gezicht en haar gehoor teruggekregen, dat zij 14 dagen geleden verloor.
        De Parijsche  M a t i n  maakt melding van een vrouw te Parijs, mlle. Camus, die in de rue Wilton woont en afkomstig is uit Bourgondië, welke verscheidene wonderdadige genezingen moet hebben verricht. Zieken, die als ongeneeslijk werden beschouwd, voelden reeds verlichting, wanneer mlle. Camus alleen maar bij hen in de kamer kwam en genazen na 3, 4 à 5 bezoeken van haar. Zij beweert, dat zij tot die genezingen in staat gesteld wordt door vader Antonius, „Antoine Le Généreux”.

    Rotterdamsch nieuwsblad 24-02-1912

     

    Traduction :

        Guérisons miraculeuses. Mlle Dorothy Kerin, 22 ans, à Herne Hill en Angleterre, qui a été clouée au lit pendant 5 ans, s'est soudainement rétablie et peut maintenant marcher à nouveau. Elle a également retrouvé la vue et l'ouïe, qu'elle avait perdues il y a 14 jours.
        Le  M a t i n  de Paris mentionne une femme à Paris, Mlle Camus, qui habite rue Wilton et vient de Bourgogne, qui a obtenu plusieurs guérisons miraculeuses. Les personnes malades, qui étaient considérées comme incurables, se sentaient déjà soulagées, quand Mlle Camus ne les rencontre que dans une pièce et ne les a guéris qu'après 3, 4 ou 5 visites. Elle affirme qu'elle est capable de guérir grâce au père d'Antoine, "Antoine Le Généreux".

     

        Il semble que Mlle Marie Camus ait commencée à opérer au nom du Père depuis chez elle. Cependant il faut lire rue Milton (et non rue Wilton) dans le 9e arrdissement de Paris, assez éloignée des autres salles de lecture, situées rive gauche.


    votre commentaire
  •     On apprend l'existence d'un pharmacien du nom Louis Henri Jolly qui était antoiniste. Son père Léon Jolly, également pharmacien, dans le village natale Sézanne (dans la Marne). Il se maria en 1902 à Paris avec une dénommée Gabrielle Corbran. Il habite alors rue Monttessuy, dans le 7e arrondissement.

    le pharmacien Louis Jolly, et la salle de lecture de la rue Christine

        Sa boutique fait faillite en 1904 comme nous l'indique des encarts de journaux. C'est alors qu'on le retrouve par le recensement de 1926 habitant au numéro 1, rue Christine, avec son épouse et leur fille, Lucienne, née en 1912. On les y retrouvent encore dans le recensement de 1936.

    le pharmacien Louis Jolly, et la salle de lecture de la rue Christine


    votre commentaire
  • Antoinistes de la rue Jean-de-Beauvais (Le Radical, 15 avril 1913)

        Philosophes et Thaumaturges

    LE GUÉRISSEUR
                                DE
                 « SCIENCE & VIE »

        Chaque jour, presque, l'actualité nous révèle l'effort original du chercheur qui, à côté des sciences reconnues ou des religions régnantes, s'efforce d'édifier un système, parfois curieux, ingénieux toujours.
        L'empire eut le fameux zouave Jacob, récemment encore le Radical avait à raconter les exploits de la guérisseuse d'Asnières, les théories des « Christian Scientists » américains ou des « antoinistes » de la rue Jean-de-Beauvais.
        Mais tous ces systèmes sont imprégnés de tendances théologico-mystiques qui n'aident point à élucider les étrangetés de la méthode.
        Plus curieux est le système de M. de Laborde, parce qu'il ne se réclame, en ses spéculations, que de la volonté humaine et des connaissances positives.
        Comme tout bon Messie, M. de Laborde a fait paraitre son évangile. C'est un gros livre jaune, décoré d'un masque entouré de rayons noirs et qui prétend, tout bonnement, expliquer dans ses plus secrets arcanes la science de la vie humaine.

        Chez le thaumaturge

        Nous sommes allés voir M. de Laborde en sa clinique à miracles, 9, rue Chalgrin.
        – Je suis désolé que vous ayez appris mon nom, nous dit-il. L'œuvre à laquelle j'ai voué ma vie et consacré ma fortune est une œuvre anonyme, impersonnelle. Qu'importe mon nom, pourvu que l'humanité soit sauvée ! Or, je vous le dis, je vous le prouverai : ma méthode guérit toutes les maladies de l'âme et du corps, toutes, vous entendez bien.
        Certes, c'est beaucoup. Ce moderne docteur Faust est vêtu à la moderne, parle d'une voix douce, semble timide, mais, incontestablement, il a la foi. Aussi, comme tous les vrais grands hommes, peut-il se passer de modestie.
        – Ma découverte, poursuit-il, est la plus grande découverte du siècle. Ma science est expérimentale. Une fois admis le principe « tout est parfait », vous pensez bien que guérir mes malades est un jeu !
        – En effet.
        – Je ne vise même pas à l'originalité, puisque je cherche la vérité. J'ai butine chez Platon, Aristote, Sénèque, Jacob Bœhme, Hegel, Kant, Nietzsche ou Bergson, tout ce qui pouvait enrichir mon système.
        – Fayet, le cordonnier-philosophe, nous fit les mêmes encyclopédiques révélations.
        – C'est possible. Mais cet homme-là ne guérit personne. Je considère la philosophie, non comme une science, mais comme un remède qui, en agissant sur le système mental, permet de réparer le système physique. Ma méthode agit sur le malade par une sorte d'autosuggestion volontaire, enthousiaste, consentie.
        – Comme à Lourdes, alors ?
        – Comme à Lourdes, si vous voulez. Mais, vu que je ne m'attache à aucun système religieux, ma méthode, purement rationnelle, peut convenir à tous les esprits. Aussi, je vais fonder une clinique, une université, un journal, et vous pourrez m'envoyer les maladies les plus terribles, les malades les plus condamnés, je vous redresserai tout cela en un clin d'œil.
        Certes, voilà une belle confiance. Quel dommage que le congrès de psychologie expérimentale, après avoir fait évoluer les sourciers, n'ait pas organisé un concours de thaumaturges ! La pauvre et crédule humanité en aurait certes vu de toutes les couleurs.

    Le Radical, 15 avril 1913


    votre commentaire
  • Culte Antoiniste Rue du Château (Annuaire du commerce Didot-Bottin 1921)

    Le culte antoiniste de la rue du Château, tenu par Bertochi, modiste.
    source : Annuaire du commerce Didot-Bottin, 1921

     

    Culte Antoiniste, Rue du Château (1921)


    votre commentaire
  • Paris Soir 18 septembre 1931

    LES SENTIERS DU PARADIS

    grand reportage par Fernand POUEY

    V - Les amis d’Antoine

        La rue des Grands-Augustins, à quelques mètres des quais, est joyeuse et animée. Boutique de fruitiers et crèmeries projettent sur les trottoirs étroits leurs étalages diversement parfumés. Raisins, poires, pommes, prunes, melons, beurre et fromage se succèdent comme les matins d’une gamme perpétuellement jouée par les ménagères. Peu d’entre elles, cependant, s’arrêtent à une devanture où, de prime abord, apparaît à peu près pareille aux autres. Derrière, on soupçonnerait facilement sans trop d’imagination, un marchand plus méticuleux et plus méfiant que ses collègues, protégeant avec plus d’âpreté sa marchandise contre les mille tentations de la rue. Ayant caché, dirait-on, ses primeurs et ses œufs, attendant la clientèle. Après un seconde d’hésitation, j’ai doucement poussé la porte de cette curieuse boutique… A l’intérieur, c’était tout noir.
        J’étais dans une chapelle antoiniste.
        Royaume de la nuit. Encore ces mots ont-ils plus de résonance qu’il n’en faut pour désigner cette pièce et cette pénombre… Par une fenêtre, au fond, le jour pénètre difficilement dans une petite salle. Il est si fatigué, d’ailleurs, qu’il n’a pas la force d’en éclairer les coins, ainsi abandonnés à la plus franche obscurité. Pour le reste, on distingue, sur le parquet propre et net, quelques bancs bien alignés, bien cirés, bien frottés. Sous la fenêtre, un pupitre, surélevé comme une chaire de professeur, s’enorgueillit d’un peu de lumière. On songe irrésistiblement à une salle d’école pour un cours du soir, dans une municipalité pauvre.
        Or, – l’après-midi que j’y fus – il y avait là trois femmes.
        Derrière le pupitre, une femme noire.
        Sur un banc, une autre femme, noire aussi.
        A un autre banc, une autre femme, noire encore.
        La première lisait : on ne voyait pas son visage, placé à contre-jour. On ne pouvait non plus distinguer la figure des autres, placées à des endroits que la lumière n’atteignait point. Toutes trois, vêtues d’ombre, baissaient la tête... autant du moins qu’il me le parut.
        Elles s’étaient réunies là pour le service du soir. Une sorte de pudeur me conseillait de repartir. Avais-je vraiment le droit moral d’assister à un culte aussi confidentiel. Non, sans doute. Mais la femme qui lisait continuait sa lecture – celles qui écoutaient ne levaient pas les yeux... Alors, je suis resté.
        Bras croisés, j’ai penché le visage dans l’attitude classique de la méditation, Et J’ai essayé sincèrement de suivre le fil de la lecture, Hélas ! mon désir de s’instruire sombra dans ce seul effort. Il me semble que, rajeuni, je me trouvais au catéchisme de persévérance et je fis à nouveau, naïvement, les gestes de mon enfance. Tout fut perdu. Je m’amusai à jouer avec le bois lisse du banc, à rechercher du bout des doigts les rares éraflures susceptibles de déchirer les pantalons des jeunes garçons impatients. De la main gauche, j’attaquai à plusieurs reprises les premières mesures de la « Marseillaise », puis de « l’Internationale ».
        Je comptais aussi, mentalement, les secondes... Quand j’arrivais à soixante : « Voilà une minute, murmurais-je avec satisfaction, qui me rapproche de la fin ».
        Du temps passa...
        Lorsque, enfin, je repris conscience de la situation, j’entendis que la femme continuait à lire d’une voix monotone et basse, son évangile qui me demeurait étranger. Ses compagnes, immobiles, n’avaient pas bougé.
        Aux murs étaient inscrits des mots que je ne pus lire. Sur une tablette, une sorte de réveille-matin marquait l’heure. Je considérai avec un soupir la marche lente de l’aiguille.
        Cela dura environ une demi-heure encore. Après quoi, soudain, l’ombre, qui lisait ferma son livre. Les ombres qui écoutaient se glissèrent vers la porte. Et je me retrouvai moi-même dans la rue. Il pleuvait. Au sortir de cette grisaille, je tendis avec plaisir mon front à la caresse d’une vraie pluie. Le nez en l’air, je savourai avec délices l’air frais et réconfortant. Un jeune livreur, qui déballait des œufs, manqua d’en faire une omelette, car je le heurtai, perdu dans mes nuages.
        D’un mot, d’un seul, il évoqua l’ombre de Cambronne. Sans doute ambitionnait-il de froisser à jamais ma dignité. Mais :
       – Comme il est vivant, celui-là ! pensais-je.
        Et je souris de contentement, tel un explorateur saluant après un long voyage, des habitudes plus chères à son cœur que les plus dangereuses découvertes. Un ami mystique, à qui je contai le fait, le commenta dans un sens différent :
        – Il vous a suffi, me dit-il, d’un moment de méditation à la chapelle antoiniste pour devenir meilleur et pratiquer l’oubli des injures.
        Désireux de ne rien négliger pour mon salut, je décidai, dans ces conditions, de poursuivre l’épreuve.
        Au fond du XIIIe arrondissement, derrière la Glacière, les Antoinistes, qui ont des chapelles à travers Paris, ont aussi leur cathédrale où est révélée la vérité due à l’ouvrier Antoine. Un jardin sans gaité et sans fleurs précède l’église, qui ne porte pas de croix. Il y a là, derrière, un bâtiment bas avec une porte basse : le presbytère. Le tout est austère, honnête, sans élégance.
        J’ai attendu l’heure de l’office. L’église antoiniste ne diffère guère de ses chapelles. Mêmes bancs ; même chaire de professeur. Cette fois, un homme l’occupait ; un homme vêtu de noir qui lisait, lui aussi, d’une voix assez désagréable, des phrases dont je parvins à saisir celles-ci :
        – Si nous disons que Dieu est notre père, ajoutons que le Démon est notre mère qui nous nourrit de son sein et nous est utile. L’enfant n’appartient-il pas pour les trois quarts à sa mère ? Nous sommes donc plutôt enfants du Démon ! S’il faut l’épreuve pour guérir le mal, ne devrions-nous pas adorer le démon dont l’amour nous fournit le moyen d’abréger nos souffrances ?
        Ils étaient une vingtaine qui l’écoutaient, muets eu recueillis ; ouvriers aux vêtements bien brossés, femme en cheveux. Comme le décor, comme le jardin, comme l’église, ils semblaient, eux aussi, honnêtes sans gaité.
        Le jour permettait ici de lire les inscriptions murales. On pouvait en effet déchiffrer : « Culte antoiniste. L’auréole de la conscience. Un seul remède pour guérir l’humanité : la Foi. C’est de la Foi que nait l’amour. L’enseignement du père Antoine, c’est l’enseignement du Christ révélé à cette époque par la Foi. »
        On entendit :
        – Mes frères, au nom du Père, merci.
        La cérémonie était terminée. Les fidèles s’écoulèrent dans le petit jardin et l’homme qui avait lu se coiffa de son chapeau haut de forme. Car les Antoinistes ont conservé le culte du gibus, ce qui leur vaut régulièrement un succès considérable auprès des gamins de la rue. Les victimes ne se soucient pas outre mesure de ces enfantines manifestations. Les projectiles qui, parfois, font sauter les gibus hors de leurs crânes leur apparaissent probablement comme l’amicale chiquenaude du Démon.

                              ~~~~

        A la sortie, j’ai interviewé l’homme au gibus. Le timbre de sa voix prenait, dans la conversation, des accents doux qu’il ignorait dans la lecture.
        Pourrais-je, lui dis-je, m’entretenir quelques instants avec vous des choses qui vous intéressent ?
        Il eut un pâle sourire.
        – Je vous écoute, répondit-il. Ici, nous sommes tranquilles.
        Au même moment, je rassemblais tout ce que je pouvais avoir de dignité pour faire front aux rires puérils qui nous encerclaient. Un gosse – haut comme une botte – chantait à tue-tête, sur un air que je croyais oublié, une chanson rengaine qui s’arrêtait pour lui à ce premier et seul « vers » :
        Il s’appelle Antoi-a-a-a-ne
        Ses copains choisissaient sur la place de menues pierres, pas trop lourde à leurs jeunes bras, mais suffisamment pointues pour causer « au chapeau » des préjudices appréciables.
        Le digne pasteur, grand, sec, blond, ouvrait sur eux des yeux d’un impeccable bleu lavé, qui semblaient voir en dedans. Il me dit :
        Nous sommes plus de deux cent mille.
        Ainsi, je n’avais pas le droit de le tenir pour un phénomène. Mon respect s’en accrut.
        – Nous sommes pauvres, continua-t-il. Sauf rares exceptions, nos fidèles ne sont pas riches d’argent. Riches, ils le sont cependant de biens à venir, placés dans l’éternité. Et notre loi est une loi d’amour !
        Le mot fut ponctué d’un coup sur le gibus. Un gamin plus adroit que les autres, ou mieux servi par le hasard, avait enfin atteint l’objectif d’une pierre coupante. Des clameurs enthousiastes accompagnèrent l’exploit.
        Mon interlocuteur leva le bras, ainsi que pour saluer. Ayant doucement soulevé son chapeau, il le ramena à hauteur des yeux, considéra les dégâts (en vérité assez minces) et brossa la peluche avec son coude, à petits gestes précautionneux.
        Il sourit encore !
        – Aimons-nous les uns les autres, fit-il.
        Puis, il ajouta :
        – Ah ! jeunesse ! avec un soupir.
        Un gosse, qu’il regardait amicalement, s’approcha, plein de gentillesse apparente. Mais sa main, derrière le dos, dissimulait un caillou.
        – Ange et démon, murmura le bon Antoiniste, je t’aime doublement, mon enfant.

                                            Fernand POUEY.

                                            FIN

    Paris Soir, 18 septembre 1931


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique