• H.Ch. Chéry, o.p. - L' offensive des sectes (1954)

    Titre :        L' offensive des sectes
    Auteur :     H.-Ch. Chery.
    Séries :     Rencontres, 44
    Édition :     1954, 3e éd. revue et augmentée, 1959
    nombre de pages : 503 p. et 520 p. pour l'édition augmentée

        Cette troisième édition revue et augmentée de la désormais classique Offensive des Sectes conserve la division primitive de l'ouvrage. Cependant les pages relatives à l'implantation des sectes région par région ont été supprimées. Par contre des fiches nouvelles ont été ajoutées concernant des 'groupements dont quelques-uns ont un caractère occultiste ou syncrétiste, tout en se réclament du christianisme" (p.14). Autre addition : un document nouveau sur Georges de Montfavet, une liste des prétendus "Christs" contemporains, une note sur l'implantation du Pentecôtisme chez les Tziganes, etc. Enfin les statistiques ont été modifiées et une place à part réservée à une étude neuve et fortement documentée sur les petites Eglises catholiques non romaines.
        AU début de cette troisième édition, le Père Chéry s'interroge (p.28-34), comme il le faisait déjà dans les deux premières, sur la typologie de son sujet et donne son adhésion à la classification de Léopold von Wiese et Howard Becker dans leur Systematic Sociology. Malheureusement il n'est plus question de cette division dans le reste de l'ouvrage. Toutes les dissidences nous sont présentées comme sectes, sauf les Eglises catholiques non romaines judicieusement rapportées en appendice dans l'ouvrage actuel. En réponse à certaines critiques déjà faites contre ce procédé, l'auteur insiste sur le caractère pastoral de son travail. Il veut simplement "fournir une documentation sur les dissidences chrétiennes à propos desquelles on peut s'interroger" (p.15). Cette fin est légitime. Mais pourquoi dès lors ne pas intituler ce livre : le non conformisme ou les dissidences religieuses en France ? Il ne resterait plus qu'à classer les différenciations en question suivant une typologie. Le point de vue pastoral lui-même gagnerait à ces clarifications.
        Cette réserve ne doit pas empêcher de reconnaître les qualités de ce bon travail. Le sociologue y trouvera un abondant matériau. S'il y a des rectifications à faire, elles sont de détail. La fiche sur l'Anabaptisme contient ainsi une erreur notable : le mouvement anabaptiste militant ne sort pas de celui, essentiellement pacifique, de Grebel et de Hutter, contrairement à l'affirmation de l'auteur (p.50-51).
        Reste à parler des statistiques. On sait les divergences qui ont opposé les différents auteurs traitant de ces questions pour notre pays. Le Père Chéry a revu ses statistiques précédentes et surtout ses principes de comptabilité. S'agissant de groupements de convertis, il adopte cette fois le nombre des membres baptisés connu officiellement comme seul normatif. Il faut se réjouir de ce progrès dans la méthode. Pour les groupements dont les statistiques ne sont pas communiquées au vulgaire, nécessairement des divergences subsistent suivant les appréciations d'un chacun. Au total, c'est-à-dire en tenant compte de la demi-douzaine de groupements nouveaux étudiés dans réédition et des progrès réalisés par certaines sectes depuis 1951 date de la première enquête du Père Chéry, on arrive à 125.000 dissidents en France. Cela représente une estimation en recul de plus de 25.000 membres sur la première. On voit donc se réduire le fossé séparant les auteurs. Ainsi l'effectif des "sectes protestantes" atteint actuellement d'après le P. C. 89.000 individus au lieu des 120.000 avancés par la précédente édition. Si l'ont tient compte de l'importante augmentation survenue ces dernières années dans les rangs des Témoins de Jéhovah et des Pentecôtistes (peut-être 25.000 en tout entre 1954 et 1959), il semble que les statistiques fournies dans la présente édition puissent être acceptées comme valables. Elles représentent vraisemblablement un maximum mais qui ne semble pas indûment gonflé.
        On le voit, l'ouvrage du Père Chéry est tout recommendable. M. Desroche le qualifiait lors de sa première édition "l'un des travaux les plus intelligents sur la question" ; la mise au point actuelle mérite au moins les mêmes compliments.
    Séguy Jean, in Archives des sciences sociales des religions, Année 1960, Volume 9, pp. 176-177
    source : persee.fr


        Pour notre part, on ne voit pas qu'à critiquer la typologie, on y trouve concernant l'antoinisme beaucoup d'erreur. Concernant la typologie, d'un côté dans l'introduction on aurait envie de classer l'Antoinisme parmi les Confessions, de l'autre il se retrouvera dans le corps de l'ouvrage parmi les sectes guérisseuses (avec la Christian Science, la "Soeur Gaillard" et les Disciples de Georges "Christ"). En effet, l'auteur signale que dans l'ouvrage, il utilise "le terme "Secte" comme vocable commode et court, mais sans ignorer qu'il recouvre des réalités fort diverses".
        Pour l'auteur (reprenant le travail de Léopold von Wiese et Hovard Becker, également repris par Jean Labbens) qu'est-ce qu'une confession ? :
        "La Confession ne prétend nullement rassembler en elle tous les citoyens d'un même pays, encore moins tous les hommes. Elle accepte qu'il y ait plusieurs vois d'accès auprès de Dieu, plusieurs organes chargés d'assurer la transmission de la grâce et du salut. C'est ainsi que les confessions protestantes évitent généralement d'ouvrir entre elles des controverses, préférant polémiquer contre Rome, justement parce que celle-ci ne renonce point à ses prétentions universalistes. Mais, comme l'Eglise, - et même plus que l'Eglise - la Confession admet l'ordre établi et la culture ambiante dont elle ratifie les normes."

        Régis Dericquebourg reprend le mot de Weber "cult" comme équivalent de "confession".

        La fiche signalétique signale succinctement entre autre la doctrine : mélange de spiritisme, de théosophie, de métempsychose et de christianisme (le Christ étant réduit à un rôle de médium guérisseur), - le tout orienté vers le "soulagement de l'humanité souffrante".
        Puis il parle, dans les culte et pratique, du fait qu'on "impose les mains aux malades, en public en Belgique, en privé en France". Dans la 2e partie on comprend que l'auteur déduit cela par une erreur de jugement : pour lui, les Belges ne guérissent qu'en séance publiques, au cours d'une "Opération générale" ; les Français ne guérissent que par des opérations individuelles en rencontrant le guérisseur dans la sacristie (sic). Erreur car il n'existe pas d'imposition des mains.
        Un rite important est l'enterrement, c'est en effet, le seul rite existant, les baptêmes, communions, mariages n'étant pas "célébrés".

        La deuxième partie, les Principales sectes au travail en France, nous offre un grand chapitre : p.251 à 266.
    - Une "Opération" au Pré-Saint-Gervais
    - Qui fut "le Père Antoine" ?
    - La "doctrine" antoiniste
    - Les Antoinistes en France
        Les 5 dernières pages consacrées à la carte géographique de l'Antoinisme en France. Elles nous serons utiles pour montrer l'origine des temples.
        Cette partie commence en déclarant : "Évidemment, on froisserait singulièrement les disciples de Mme Mary Baker-Eddy si on leur disait que la Christian Science est un Antoinisme pour dames distinguées, et l'Antoinisme une Christian Science pour milieu populaire. Et pourtant."
        On suit avec le Père Chéry (truffé d'erreur d'appréciations) une Opération au temple de la rue du Pré-Saint-Gervais (voir dans le thème correspondant).
        L'auteur signale que "presque tous les Antoinistes" sont des anciens catholiques qui n'ont rien trouvé dans les Eglises qui correspondît à ses aspirations. Un frère lui disant que certains fidèles iront vraisemblablement faire brûler un cierge à l'Eglise catholique. Mais les fidèles, continu le frère, viennent de toutes les religions, catholiques, mais même mahométans, etc.
        Suivent trois chapitres prenant leur source dans le livre de Pierre Debouxhtay et surtout un tract de M. l'abbé Desmettre, "Nos quartiers", Lille, 1949 : Un chrétien devant l'Antoinisme ; et le chapitre consacré à l'Antoinisme par M. Maurice Colinon dans son livre d'ensemble Faux prophètes et sectes d'aujourd'hui (Plon, 1953), pp.112-122. Signalons que Jean Séguy disait à propos d'un autre ouvrage de cet auteur, Guide de la France religieuse et mystique, où il évoque également Louis Antoine que "l'à-peu-près semble avoir présidé à la rédaction de certaines notices." L'auteur s'est aussi inspiré d'un Aperçu sur l'Antoinisme (de 1953) écrit selon l'auteur par le frère Albert Jeannin, desservant du temple du Pré-Saint-Gervais.

        Entre autre erreur, on apprend que le fils des Antoine, qui travaillait comme chef de gare à Jemeppe était "anormal", qu'ensuite Louis Antoine prêchera un "nouveau spiritisme". L'auteur compare sa physionomie à Karl Marx, Jemeppe est rebaptisée Jemeppes, et que le 25 juin est devenu la Pâque des Antoinistes. Pour l'auteur, nous l'avons déjà relevé, les Belges ne guérissent qu'en séance publiques, au cours d'une "Opération générale" ; les Français ne guérissent que par des opérations individuelles en rencontrant le guérisseur dans la sacristie (sic) le tout en imposant les mains (contrairement à ce qu'affirme Paul Lesourd). La Révélation aurait été sténographiée par M. E. Deregnaucourt et Mme Desart. Le frère Florian Deregnaucourt se voit donc ici rebaptiser (un prêtre en à bien le droit dans son ministère, mais dans un ouvrage pour le public) par un E., et il prend le rôle de plus du frère Ferninand Delcroix.
        On se demande comment ce prêtre qui prétend impossible de résumer clairement les théories de l'antoinisme, s'en tire si bien dans son chapitre sur la "doctrine" antoiniste. Hormis son parti pris péjoratif, on ne découvre qu'une erreur à propos de l'éther où le corps s'évade après plusieurs incarnations, et que l'on peut "capter les messages lancés dans l'éther par un Esprit, quand on a la même longueur d'ondes que lui. Pour l'avoir, il faut magnétiser ses organes, renoncer à son intelligence pour retrouver son instinct primitif, qui est naturellement bon et altruiste, etc.".
        L'Auréole de la Conscience, livre unique pour le Père Chéry, est un indescriptible fatras, et il conseille d'avoir du temps et du courage pour le comprendre.
        Puis il plagie Pierre Debouxhtay (on comprend pourquoi il s'en tire à si bon compte) concluant que la doctrine antoiniste est "un mélange de spiritisme, de théosophie, d'occultisme, mal assimilé, mal digéré, attribué à des "révélations" d'En-Haut [...] aboutissant à une sorte de matérialisme spiritualiste - voilà l'Antoinisme".
        On apprend dans le chapitre suivant l'organisation des Antoinistes en France qu'on s'occupait de faire des traductions en quelques langues étrangères. Peut-être cela a été abandonné, ou cela est encore en court, cependant on ne trouve nul part de traduction des oeuvres de Louis Antoine.
        Les dons anonymes (ou le travail non rémunéré des adeptes) ont permis la construction des temples, par exemple celui d'Evreux en 1948 (5.500.000), celui de Rouen en 1950 (3.900.000), celui de Bernay (un peu plus de 4 millions), etc.
        Suit la carte géographique de l'Antoinisme en France qui nous servira pour recouper les informations de 1934 de Pierre Debouxhtay.


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