• Antoinisme et Dorisme (L'Echo de la Presse, 21 janvier 1917)(Belgicapress)

    Antoinisme et Dorisme (L'Echo de la Presse, 21 janvier 1917)(Belgicapress)

    Antoinisme et Dorisme

        Puisque ce procès du Père Dor, qui fit tant de bruit à Charleroi, va être plaidé en appel à Bruxelles, il est intéressant de rappeler quelques points du culte d'Antoine, oncle et précurseur du messie de Roux :

        Né à Mons Crotteux en 1846, Antoine devint mineur à l'âge de 12 ans, puis métallurgiste. D'abord catholique, il fut à 42 ans séduit par le spiritisme qu'il professa pendant huit ans. C'est de cette époque que date le commencement de son renom.
        On alla le trouver d'abord pour s'entretenir avec les esprits qui se donnaient rendez-vous chey lui. Les esprits de Léon XIII et de Mgr Doutreloux étaient des visiteurs réguliers. On a même noté, pendant l'une des séances que Léon XIII parlait un français négligé avec un fort accent wallon.
        De là à donner des consultations sur toutes les douleurs physiques et morales, il n'y avait qu'un pas. Il fut vite franchi.
        Vers 1906, Antoine ébaucha son « Nouveau spiritualisme », où les esprits étaient remplacés par les fameux fluides, dont nous avons tant entendu parler dans le procès du Père Dor.
        C'est vers cette époque qu'il commença véritablement son métier de guérisseur par l'ordonnance pour tous les maux humains de la liqueur « Coune », spécialité pharmaceutique à 5 francs la bouteille.
        Un jugement du tribunal mit fin à ces merveilleux traitements...
        Alors vinrent, comme panacées universelles, l'eau magnétisée et le papier magnétisé et enfin les passes individuelles où, comme chez Dor, la foi et les fluides jouent un rôle énorme. Notons aussi, vu l'affluence de visiteurs, les passes collectives qui, à l'Ecole morale, s'appellent « grandes opérations ».
        On le voit, l'Antoinisme ne diffère guère du Dorisme qui est dérivé de lui. Comme lui il a fait des heureux, dit-on, et sûrement des victimes.
        Kervyn, dans la « Tribune Apologétique », disait : « Pour quelques fanatiques de cette secte, la foi remplace tous les remèdes. Or, consulter un médecin, c'est manquer de foi ; les médecins étaient donc écartés du lit de certains Antoinistes. Cette folie a peut-être entraîné la mort de beaucoup de gens. On nous affirme qu'à Jemeppe, des permis d'inhumation ont dû être refusés en présence de pratiques similaires. »
        Comme Dor, Antoine était pour ses adeptes « le messie du XIX° siècle, venu en mission pour régénérer l'humanité ! » On l'appelait : « Père, Maître, Sauveur, Dieu ».
        Les livres d'Antoine sont, eux aussi, confus, bourrés de mots dont il devait ignorer la valeur : matière, foi, individualité, spiritualité, intelligence, amour, etc...
        Comme son neveu, il répond à toutes choses : « Vous ne voyez que l'effet, il faut remonter à la cause. »
        Ses théories sont assez difficiles à comprendre, l'on s'en doute un peu. Mais ne vous en plaignez pas devant ses disciples, ils vous répondraient : « Vous interprétez trop intellectuellement, c'est-à-dire trop matériellement, notre manière de voir » !...
        Pour autant que l'on puisse saisir quelques points plus clairs, dans le fatras de dogmes, sa morale semble fort peu gênante.
        « Vous êtes libres, agissez comme bon vous semble ; celui qui fait bien trouvera bien ». –  « Le mal n'existe pas » et encore « Bien et mal ne sont que des termes de comparaison ; ni l'un ni l'autre n'existent réellement ».
        Il y a des choses bien amusantes dans les livres saints de l'Antoinisme. D'après eux, Dieu est notre père et le démon notre père qui nous nourrit de son sein et nous est utile !!! D'ailleurs ils nous affirment que par notre progrès nous retrouverons dans le démon le vrai Dieu. D'autre part, Dieu dit : « Si vous voulez faire le mal, je vous aiderai ».
        Curieuse idée d'une divinité !
        N'importe, des foules énormes se pressaient au temple de Jemeppe et aujourd'hui qu'Antoine est désincarné, ses doctrines conservent un grand nombre d'adeptes, en Belgique, à Paris, à Nice et autres lieux.
        Pauvre humanité !

    L'Echo de la Presse, 21 janvier 1917 (source : Belgicapress)


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