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Fortoul de Nice (Dernière heure, 19 mars 1954)

Publié le par antoiniste

Le petit mort de Grasse n'a pas été la victime d'une secte

Ce sont les rites étranges pratiqués sur sa tombe qui ont ameuté l'opinion

    NICE. – La lumière est pratiquement faite sur la mort du petit Jacques-Henri Fortoul, décédé le 26 février dernier, à Grasse, à l'âge de quatre ans et demi, et que l'on avait présenté comme une nouvelle victime des « Témoins du Christ ».
    Jacques Henri a succombé aux effets foudroyants d'une péritonite. A-t-il été soigné comme l'exigeait son état ? Il appartiendra au docteur Reboul, médecin légiste, de se prononcer sur ce point. Mais, d'ores et déjà, le parquet de Grasse, saisi de l'affaire, semble avoir écarté l'éventualité d'une négligence criminelle. La bonne foi des parents de Jacques Henri ne doit pas être mise en doute, semble-t-il.
    Le jeune ménage Fortoul n'appartient, en effet, pas à la secte du Christ de Montfavet et la religion, il est vrai particulière, qu'il pratique, n'interdit nullement d'avoir recours à la médecine et à ses officiants.
    L'affaire Fortoul avait soulevé l'émotion des habitants de la ville de Grasse. Depuis la mort de l'enfant, soit depuis trois semaines, les bruits les plus contradictoires et les plus romanesques circulaient dans la cité des parfums. C'est la rumeur publique qui, en fin de compte, a imposé l'ouverture d'une enquête sous la forme d'une lettre anonyme adressée, il y a dix jours, au commissaire principal de Grasse, M. Edgar Pacha.
    La missive accusait les parents Fortoul d'avoir abandonné Jacques-Henri à ses souffrances et à son mal mortel pour satisfaire une mystérieuse foi. La lettre précisait que les obsèques du malheureux enfant s'étaient déroulés selon un rite étrange.
    La cérémonie intrigua beaucoup, en effet. Devant la tombe, Mme Fortoul recueillit, dans sa main, un peu de terre dont elle fit une boule qu'elle donna à son mari. Les époux s'embrassèrent, puis la boule de glaise fut précipitée sur le petit cercueil. Des personnes étaient venues de Nice pour chanter les cantiques spéciaux, ignorés des Grassois.
    Il n'en fallait pas plus pour que, dès le lendemain, le bruit se répandit que les Fortoul appartenaient à une secte secrète et que la mort de l'enfant devait leur être imputée.
    La force irrésistible de la rumeur publique devait arriver jusqu'au cabinet du juge d'instruction à qui les explications de Fortoul parurent moins étranges.
    M. et Mme Henri Fortoul appartiennent au culte antoiniste, qui a un temple à Nice, rue de l'Assomption. Il s'agit d'une œuvre de piété, fondée en Belgique et reconnue d'utilité publique par un décret royal du 3 octobre 1922. Le culte antoiniste vénère un « père » qui naquit en 1866 et fut tour à tour mineur et métallurgiste. Ce culte recommande l'usage de la prière, mais ne condamne pas, pour autant, bien au contraire, le recours à la Faculté. Il existe, à l'heure actuelle, 52 temples et 150 salles de lecture du culte antoiniste.

Dernière heure, 19 mars 1954 (p.1 & p.6)

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