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A. d'Arvor - Les tisons sous la cendre (1945)

Publié le par antoiniste

    Elle venait de donner des nouvelles de ses deux enfants en parfaite santé pour le moment, de sa mère toujours active et encore jeune d'allure, de Colette plongée pour l'heure dans l'étude un peu abracadabrante d'une sorte de religion fraîchement éclose, celle des Antoinistes, qui laisse une grande indépendance à ses adeptes.
    – C'est une nouvelle lubie de ma sœur. Colette été très mal élevée par maman qui lui a laissé trop librement la bride sur le cou. Elle aurait pu cependant devenir pire si son honnêteté native ne l'avait retenue parfois sur la pente dangereuse.
    – Mlle Barrier paraît intelligente, émit avec douceur Stéphanette, qui lui reconnaissait plus volontiers des qualités d'esprit que de cœur. Très intelligente, appuya Mme Audeville. Très précoce aussi – trop ! – à 12 ans, elle raisonnait déjà comme une femme, elle se permettait de tout lire et de tout entendre. Il en est résulté chez elle une originalité, un genre extravagant qui lui font une cour d'admirateurs parmi les snobs et lui attirent la réprobation des gens sensés.
    – N'exagérez-vous pas, vraiment ? demanda l'indulgente Stéphanette.
    – Je ne crois pas. Mais je vous l'ai dit, Colette a un fond de fierté et d'honnêteté qui suffirait à la préserver des chutes retentissantes. Et puis, elle se soucie aussi peu que possible de ses admirateurs qu'elle traite carrément d'idiots.

A. d'Arvor, Les tisons sous la cendre (1945)

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L'antoinisme par Henri Bodin (La République des travailleurs, 2 nov. 1913)

Publié le par antoiniste

L'ANTOINISME
               TEL QU'ON LE PRATIQUE

La « Mère » est venue, on l'a vue :
A-t-elle guéri ?... Hum !...

    Le culte antoiniste a désormais, dans la Ville Lumière, pignon sur terrain vague, dans le bout de la rue Vergniaud, fin fond de la Glacière. Ce pignon est un petit clocher conique vêtu d'ardoises et tellement conforme à une pastille du sérail qu'il semble fait pour s'allumer par la pointe et monter en spirales odorantes aux narines du Créateur.
    Veuve du messie Antoine qui fonda le culte antoiniste et lui laissa son nom de baptême avec la manière de s'en servir, la mère Antoine est venue, hier matin, de Jemmeppe-sur-Meuse, la ville sainte, consacrer par sa présence et s'il se pouvait par quelque miracle, cet humble sanctuaire battant neuf.
    Les adeptes du culte antoiniste ont fait escorte à celle qu'ils nomment leur « Mère ». Ils sont au nombre de six cents, hommes, femmes et enfants, et se ressemblent comme des frères, des frères en la Mère ; la même candeur éclaire tous ces visages et le vêtement est uniforme : lévite noire à col rabattu boulonné sous le menton, feutre noir de demi haute forme à bord plat ; robe noire à manches pagode ; voile noir assemblé au chignon et pendant jusqu'à la ceinture.
    Le culte antoiniste a les rites les plus simples du monde ; le sanctuaire est nu de tout ornement, sauf trois pancartes où on lit : « L'enseignement du père, c'est l'enseignement du Christ révélé à cette époque par la foi »... « Un seul remède peut guérir l'humanité : la foi... » « C'est de la Foi que naît l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même ». Quant à la cérémonie elle-même, elle n'a rien d'un sacrifice. La Mère, seulement, monte en chaire. C'est une femme âgée, dont la figure naïve et douce est répandue à des centaines d'exemplaires dans les béguinages de Flandre. Elle se recueille un instant, marmotte une indistincte prière, étend la main sur les fidèles et puis s'en va. C'est tout ; il paraît qu'il ne faut pas davantage, car, à ce moment, de la foule des fidèles monte le cri d'une femme qui, tout à l'heure, était entrée, les jambes mortes, soutenue aux aisselles par deux des frères et qui s'éloigne ingambe, proclamant sa guérison soudaine.
    Au seuil du débit faubourien où la famille antoiniste va maintenant communier sous les espèces de l'entrecôte Bercy et de l'Aramon violet, nous prêtons une oreille ingénue à cette profession d'un apôtre. C'est un ancien prêtre catholique, il respire la foi, l'espérance, la charité et, d'ailleurs, il est intelligent, cultivé et fort clair :
    « L'antoinisme n'est pas une religion, au sens du moins qu'on entend d'habitude. Il exclut toute croyance et ne garde que la foi ; la croyance appartient à l'esprit ; la foi est toute du domaine du cœur... Tous les groupements religieux sont dans l'erreur dès qu'ils se croient dans la vérité... Nous aimons tous les hommes et particulièrement nos ennemis à qui nous rendons grâce de nous purifier... Le Père était un ouvrier mineur, il n'avait rien appris, son influence était si pure et si puissante qu'il m'a détaché des livres et ravi tout à coup dans la vérité...
    « La Mère a succédé au Père parce que du consentement de tous elle était la plus haute d'entre ses frères et non point parce qu'elle était d'une autre essence ; nous ne sommes séparés les uns des autres que par l'apparence corporelle ; notre âme est commune et nous aurions tous le même fluide qui guérit l'âme et souvent aussi le corps, si notre vie était aussi parfaite que la vie de cette femme exempte de toute pensée mauvaise et qui n'aperçoit rien en ce monde des impuretés propres à troubler les sens... »
    Les guérisons opérées par la Mère, à ce qu'on assure, sont fort nombreuses on en cite des milliers et la plupart des adeptes qui escortent aujourd'hui la sainte femme sont d'anciens malades qu'elle a rétablis en santé et force. Nous le voulons bien croire... En tout cas, nous voudrions plaisanter sur le propos d'Antoine et de sa veuve que nous ne le pourrions pas ; le parfait désintéressement de ces personnages et l'irréprochable discrétion de leur apostolat forcent le respect. Le culte antoiniste vit chichement de dons rigoureusement anonymes et encore difficilement agréés. Au prix où est la pharmacie, la thérapeutique antoiniste a quelque chose, si peu que ce soit, qui la met au-dessus de toutes les médecines ; au prix où sont les cultes, la religion antoiniste est supérieure par un point à toutes les religions : elle ne s'en distingue pas seulement par une extrême simplification canonique : il n'y a pas de place pour les marchands dans son petit temple. C'est Lourdes en plus propre et moins cher.

La République des travailleurs, 2 novembre 1913

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Fortoul de Nice (Dernière heure, 19 mars 1954)

Publié le par antoiniste

Le petit mort de Grasse n'a pas été la victime d'une secte

Ce sont les rites étranges pratiqués sur sa tombe qui ont ameuté l'opinion

    NICE. – La lumière est pratiquement faite sur la mort du petit Jacques-Henri Fortoul, décédé le 26 février dernier, à Grasse, à l'âge de quatre ans et demi, et que l'on avait présenté comme une nouvelle victime des « Témoins du Christ ».
    Jacques Henri a succombé aux effets foudroyants d'une péritonite. A-t-il été soigné comme l'exigeait son état ? Il appartiendra au docteur Reboul, médecin légiste, de se prononcer sur ce point. Mais, d'ores et déjà, le parquet de Grasse, saisi de l'affaire, semble avoir écarté l'éventualité d'une négligence criminelle. La bonne foi des parents de Jacques Henri ne doit pas être mise en doute, semble-t-il.
    Le jeune ménage Fortoul n'appartient, en effet, pas à la secte du Christ de Montfavet et la religion, il est vrai particulière, qu'il pratique, n'interdit nullement d'avoir recours à la médecine et à ses officiants.
    L'affaire Fortoul avait soulevé l'émotion des habitants de la ville de Grasse. Depuis la mort de l'enfant, soit depuis trois semaines, les bruits les plus contradictoires et les plus romanesques circulaient dans la cité des parfums. C'est la rumeur publique qui, en fin de compte, a imposé l'ouverture d'une enquête sous la forme d'une lettre anonyme adressée, il y a dix jours, au commissaire principal de Grasse, M. Edgar Pacha.
    La missive accusait les parents Fortoul d'avoir abandonné Jacques-Henri à ses souffrances et à son mal mortel pour satisfaire une mystérieuse foi. La lettre précisait que les obsèques du malheureux enfant s'étaient déroulés selon un rite étrange.
    La cérémonie intrigua beaucoup, en effet. Devant la tombe, Mme Fortoul recueillit, dans sa main, un peu de terre dont elle fit une boule qu'elle donna à son mari. Les époux s'embrassèrent, puis la boule de glaise fut précipitée sur le petit cercueil. Des personnes étaient venues de Nice pour chanter les cantiques spéciaux, ignorés des Grassois.
    Il n'en fallait pas plus pour que, dès le lendemain, le bruit se répandit que les Fortoul appartenaient à une secte secrète et que la mort de l'enfant devait leur être imputée.
    La force irrésistible de la rumeur publique devait arriver jusqu'au cabinet du juge d'instruction à qui les explications de Fortoul parurent moins étranges.
    M. et Mme Henri Fortoul appartiennent au culte antoiniste, qui a un temple à Nice, rue de l'Assomption. Il s'agit d'une œuvre de piété, fondée en Belgique et reconnue d'utilité publique par un décret royal du 3 octobre 1922. Le culte antoiniste vénère un « père » qui naquit en 1866 et fut tour à tour mineur et métallurgiste. Ce culte recommande l'usage de la prière, mais ne condamne pas, pour autant, bien au contraire, le recours à la Faculté. Il existe, à l'heure actuelle, 52 temples et 150 salles de lecture du culte antoiniste.

Dernière heure, 19 mars 1954 (p.1 & p.6)

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Gaston Michies (La Dépêche, journal quotidien de la région du Nord, 2 mars 1932)

Publié le par antoiniste

Victime du froid, à Caudry

    Lundi, vers 9 h. 30, M. Gaston Michies, 54 ans, ancien fabricant de tulles, rue J.-J. Rousseau, à Caudry, qui revenait, comme chaque matin, d'officier au temple antoiniste de la rue d'Alsace, causait, avant de rentrer chez lui, avec un ami, M. Jules Soyez, mécanicien, habitant à l'angle des rues du Cambrésis et de Dunkerque, quand, soudain, il s'affaissa lourdement sur le sol.
    M. Soyez, aidé de quelques passants, rentra le corps inanimé en son domicile, où Mme Soyez s'empressa de prodiguer des soins. Mais, hélas ! tout demeura vain, la mort avait fait son œuvre.
    Le docteur Herlemont, mandé d'urgence, ne put, à son arrivée, que constater le décès dû à une congestion provoquée par le froid.

La Dépêche, journal quotidien de la région du Nord, 2 mars 1932

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Publié depuis Eklablog

Publié le par antoiniste

Guérisseurs, qui êtes-vous ?

VI. – Des mains joints de Pierre Bouis à l’annuaire-radar du guérisseur de Taverny (par Elisabeth Granet et André Fournel)

    Si la modestie et la simplicité sont des vertus agréables au Seigneur, on s'explique que Pierre Bouis, « guérisseur mystique », ait été choisi comme intercesseur par les puissances divines. Son minuscule pavillon de Montreuil, précédé d'un jardinet entouré de fil de fer, représente assez bien d'ailleurs l'ermitage d'un anachorète de banlieue.
    La maisonnette est séparée en deux d'un côté le logement personnel du guérisseur et de sa femme, de l'autre une salle toute en longueur, ornée de tableaux de piété et d'une statuette éclairée comme une icône, entourée d'ex-voto, à laquelle fait suite un étroit cabinet.
    C'est là que nous reçoit Pierre Bouis, l'ermite de Montreuil qui reçoit deux cents visites par jour et répond à mille lettres en moyenne par semaine.
    Le teint frais, l'œil pensif, les traits réguliers, il a le maintien réservé d'un vicaire de paroisse bien tenue :
    – La jeune fille qui vous a ouvert la porte est une ancienne malade qui veut bien me servir de secrétaire depuis que je les ai guéris, elle et son père. Et voici M. F..., un « rescapé de la science », qui consent aussi à venir m'aider.
    A la bonne heure, voilà des témoins qui ne se feront pas prier. D'emblée M. F..., un homme maigre mais vif et apparemment en parfaite santé, s'écrie en apprenant l'objet de notre visite :
    – Si vous voulez mon témoignage, je vous le donne : je souffrais d'une décalcification totale, avec « bec de perroquet » à la cinquième vertèbre, les radios en font foi. Condamné par les médecins, vingt séances de rayons à Saint-Antoine pour rien ! Au bout de sept ou huit visites chez Bouis, j'allais beaucoup mieux. Après vingt visites, j'étais même guéri des brûlures causées par les rayons !
    Pour démontrer qu'il a retrouvé toute la souplesse de sa colonne vertébrale, M. F... exécute quelques exercices rythmiques, puis proclame :
    – Il en a sauvé d'autres, allez ! Tant d'autres !

Je prie pour mes frères

    La méthode employée Pierre Bouis pour obtenir ces guérisons est la suivante : face au malade (ou à sa photographie quand il exerce par correspondance), il lève légèrement les mains, se concentre, et adresse intérieurement une prière fervente au Ciel pour demander la guérison de ce frère souffrant. Souvent, pendant cette oraison, le patient ressent, dit-il, une forte chaleur ou un grand froid. De son côté, il déclare éprouver souvent la certitude que sa prière a été entendue ou non.
    Il nous conte, sans vaines fioritures, l'histoire de la découverte de son « pouvoir » :
    – Rien ne me prédestinait à être guérisseur. Encore moins guérisseur mystique... Avant la guerre, j'étais garçon de café ! Gai, un peu bambocheur même, bien que catholique sincère. Et puis, pendant la guerre de 1939-40, blessé grièvement au pied, il fut question de m'amputer. La veille du jour fixé pour l'opération, je me mis à prier de tout mon cœur. Le lendemain, à la surprise du chirurgien, la gangrène avait disparu, rendant l'opération inutile ! J'ai cru à une coïncidence, d'ailleurs. Puis, en revenant de captivité, je suis entré aux Beaux-Arts... Oh ! comme garçon de bureau.
    Une voisine m'avait affirmé que j'avais le « don ». Je racontai la chose au bureau et une dame fonctionnaire m'apporta la photo de son père, chef de cabinet au ministère. Il se mourait. Je fis des passes sur la photo, sans trop savoir comment procéder... et trois jours après, stupéfaite elle-même, cette dame m'apprenait que son père venait de guérir brusquement ! Enhardi, j'essayai ensuite mon pouvoir sur une tumeur à l'estomac, puis sur un bras paralysé. Et j'obtins la guérison de ces deux cas.
    Il y a cinq ans de cela. Maintenant, je refuse quatre cents personnes par jour, faute de temps...

Maladie = expiation

    Pierre Bouis se flatte d'obtenir surtout d'extraordinaires résultats dans toutes les maladies pulmonaires. Il ne craint pas non plus de traiter le cancer et les troubles mentaux, et nous cite des cures dont il est fier. En revanche, il hésite à soigner des « maux mineurs », tels les rhumatismes. Non que son pouvoir lui paraisse en défaut dans ces cas, mais pour des motifs d'ordre mystique :
    – Je crois que nous sommes sur terre pour payer nos dettes. Ces petites misères de santé nous sont envoyées en expiation de nos péchés. Il faut savoir les supporter pour qu'il nous en soit tenu compte au Ciel.
    La ferveur religieuse de Pierre Bouis s'accommode d'une grande considération pour les antoinistes (il a dans son cabinet une photo du Père Antoine, redoutablement chevelu et moustachu) et d'une croyance ferme en la réincarnation.
    – Cela ne m'empêche d'être en bons termes avec le clergé, dont j'ai soigné avec succès de nombreux représentants.
    Il reconnaît volontiers quelques échecs dans ses intercessions, mais ne les attribue pas à une défaillance de son pouvoir :
    – C'est une question de Karma, uniquement. Si le malade n'est pas mûr moralement, ou si son temps d'expiation n'est pas terminé, je sens que ma prière sera inefficace.
    Pour hâter ces délais et, d'une façon générale, réconforter l'âme de ses malades (car Bouis attribue à toute maladie une cause d'ordre moral) le guérisseur mystique organise, tous les vendredis, des prières en commun où se pressent régulièrement soixante à cent fidèles.
    – L'opinion publique de Montreuil m'a d'abord été peu favorable, mais j'espère être venu à bout des préjugés hostiles de la population.
    Il faut ajouter que, pour garder la pureté de son pouvoir, Bouis pratique le désintéressement qui caractérise les guérisseurs sincères. Ses visiteurs versent, à leur gré, l'obole qui leur paraît décente.

Un point de droit

    C'est justement ce fait qui a entraîné son acquittement, lors des poursuites intentées récemment contre lui par l'Ordre des médecins. Cela et son caractère de « guérisseur mystique ».
    En effet, son avocat soutint fort ingénieusement qu'il n'y avait pas « acte de médecine illégale », Bouis se bornant à intercéder, selon ses croyances, auprès d'une entité surnaturelle. Simple intermédiaire entre cette entité et le patient, n'effectuant ni diagnostic ni traitement, ne recevant point d'honoraires, il ne pouvait donc être poursuivi pour exercice illégal de la médecine. Cette thèse et les témoignages des malades emportèrent la décision des juges, et la partie civile fut déboutée.
    – Ce qui n'a pas empêché le docteur G... de me menacer, si je persévérais, de me faire supprimer ma pension d'ancien combattant !

Donnant donnant

    Bouis intercède pour tous ses malades, à quelque confession qu'ils appartiennent. Et il nous conte, sans s'étonner, une anecdote qui illustre l'inextricable mélange de scepticisme et de crédulité qui règne chez certains
    – Un patient était venu, i y a quelques mois, me demander mon aide. « Je suis athée, me dit-il, mais si vous guérissez ma fistule, je serai tenté de croire en Dieu ». Trois semaines plus tard, il revint me voir, surpris et ravi : « Ma fistule est guérie, je suis bien content ! Mais j'ai aussi des troubles hépatiques. Guérissez ma maladie de foie et décidément je croirai en Dieu ! »
    Le foie ayant guéri comme la fistule, Bouis estime avoir définitivement ramené cette âme égarée au Seigneur, par ce détour inattendu...
    – J'ai quinze mille photos à « soigner » aujourd'hui (je consacre tous les jeudis aux prières par correspondance). L'heure s'avance, ajoute Bouis, soucieux. Mais je tiens à vous montrer les attestations de guérison que m'apporte chaque courrier.
    Nous passons au « secrétariat » qui se tient dans la cuisine familiale. La jeune malade-secrétaire s'abrite derrière trois piles de lettres, et répond à chacune d'elle, d'une écriture appliquée, par cette formule que signera ensuite le guérisseur :
    « Je vous promet de faire tout ce qui est en mon pouvoir si Dieu le permet. Aidez-moi par la prière chaque soir et spécialement le vendredi de 16 à 17 heures ».
    Le courrier « répondu », entassé dans des cartons et des boîtes à biscuits, a envahi une petite pièce voisine dont il a fallu déménager les meubles.
    Sur la table, sur la cheminée, Bouis pique au hasard quelques lettres de remerciements, que voici, résumées :
    « Tuberculose l'œil gauche, Traitement aux Quinze-Vingts inefficace. Guérison totale après prières par correspondance (signé Marguerite Brice, Chatou) ». « Brûlure grave par produits chimiques, 3 mois de traitement sans résultat. Guérison par l'intercession de Bouis (M. Brunet, à Charenton) ». « Lésion pulmonaire ouverte sous pneumothorax complètement guérie de l'aveu du médecin traitant après intervention de Bouis (Sonia West, à Colombes) ». « Crises d'angine de poitrine ne se sont plus reproduites depuis prières de Bouis (A. Perrin, à Arcueil) ». « Guérison sans trace visible d'un cancer de la gorge (Aufort, à Montreuil) ». Il va même des lettres du Gabon et de la Tunisie, remerciant pour la guérison par correspondance d'un cancer du rein et d'une tumeur maligne au genou.
    Que répondrait l'Ordre des médecins, s'il condescendait à l'examiner, à ce flot de lettres et de remerciements ? Coïncidences ? Cas multiples d'autosuggestion ? La bonne foi de Pierre Bouis et de ses malades n'est pas douteuse. Et en prétendant soigner le corps par l'âme, ne fait-il pas la preuve, en tout cas, d'une réelle élévation d'esprit ?
    – Mon seul désir, nous dit-il d'un ton ému quand nous prenons congé, est de me perfectionner. Ma seule ambition, de mériter vraiment un jour le nom de thaumaturge.
    Ce n'est pas une ambition vulgaire...

Les guérisseurs de Boulogne-Billancourt
de Villemomble et de Taverny

    Des guérisseurs ? On en compte par centaines dans la banlieue de Paris (une véritable « ceinture de santé » !) et il faut reconnaître que cette multiplicité même a quelque chose d'un peu suspect...
    Certains, du moins, ont une si nombreuse et si fidèle clientèle qu'on peut difficilement douter de la réalité de leur don. C'est le cas de Pierre Bouis, à Montreuil, et c'est aussi le cas de Joseph Bevrowski, à Boulogne-Billancourt.
    Né en France de parents d'origine polonaise, Bevrowski exerçait le métier de mécanicien quand il devint subitement aveugle. Il eut alors l'idée de se confier au célèbre magnétiseur Henri Durville qui non seulement le guérit en quelques se-

Lire la suite en 2me page
Suite de la 8e page

maines, mais découvrit en lui un fluide comparable au sien – et c'est ainsi que, de malade qu'il était, notre homme devint guérisseur.
    Aujourd'hui, Joseph Bevrowski en est à sa vingt-septième année d'exercice et d'apostolat, et sa renommée a, dès longtemps, dépassé les limites de la Seine. Il opère, d'ordinaire, par la seule imposition des mains, et ses clients affirment qu'il ne lui faut guère plus de quatre ou cinq séances (20 minutes environ) pour venir à bout des affections les plus rebelles.
    Lui aussi se présente comme un ami des médecins, et...
    – La preuve en est, dit-il, que j'en compte plus d'un parmi mes pratiques !...
    C'est à Villemomble qu'exerce Mme Mosca qui, pareillement, traite ses malades par la seule imposition des mains. Une femme extraordinaire, à en juger par sa renommée qui a, dès longtemps, franchi les limites de la banlieue parisienne pour s'étendre jusqu'en Angleterre et en Allemagne. Extraordinaire par son « pouvoir », affirme sa clientèle, mais aussi par sa résistance, puisqu'elle tient cabinet de consultations tous les jours, de 5 h. 30 du matin à 8 heures du soir !
    Au cours de la visite que nous avons rendue à cette guérisseuse, nous avons pu interroger quelques-uns des malades qui faisaient antichambre à sa porte, et nous sommes contraints de faire un choix entre tant de témoignages admiratifs recueillis par nous.
    Là, c'est un jeune homme de 25 ans environ qui, atteint d'une sérieuse lésion pulmonaire, s'est vu définitivement guéri (les radios l'attestent) après six semaines à peine de traitement. Plus loin, c'est un autre pulmonaire, M. G. B..., qui nous raconta.
    – Non seulement j'avais une caverne au poumon droit et deux du côté gauche, mais encore je souffrais simultanément d'asthme, de bronchite et d'entérite. Or il a suffi à Mme Mosca de me traiter de mai à septembre pour refaire de moi un individu parfaitement sain, et je vous laisse imaginer la stupéfaction de mon médecin...
    Citons encore le cas de M. C. Bl... atteint d'une hypertrophie de la prostate dont l'opération était jugée indispensable guéri en un mois :
    – Tous les médecins qui m'ont examiné depuis déclarent que ma prostate est redevenue absolument normale.
    ...et de M. T. Gleize, sculpteur sur bois, qui, à la veille de perdre la vue, a, grâce à Mme Mosca, recouvré ses yeux.
    On nous a également cité le cas de deux tumeurs du cerveau reconnues incurables et que la guérisseuse aurait fait disparaître en un temps record.
    Ce qui n'empêche pas Mme Mosca d'être en butte aux tracasseries de la justice. Condamnée, une première fois, à 5.00 francs d'amende, elle a fait appel et doit, précisément comparaître, samedi devant les tribunaux.
    Comment se terminera ce nouveau procès ? En tout cas, Mme Mosca ne souhaite rien tant que de montrer aux incrédules la réalité de son pouvoir :
    – Deux fois par semaine, j'accepte de me rendre bénévolement dans tel ou tel hôpital qui me sera désigné, et sous contrôle médical, je prouverai que je guéris vraiment ! Il faudra bien qu'un jour ou l'autre le sois reconnue « guérisseuse » autrement que par le fisc qui lui, n'hésite pas à me taxer régulièrement comme telle !...
    Nous voici maintenant chez M. L..., guérisseur à Taverny. Un magnétiseur comme bien d'autres, certes, mais qui n'en possède pas moins deux titres particuliers à notre attention :
    D'une part, il n'a jamais été inquiété par la justice. D'autre part, il a une recette bien personnelle pour établir ses diagnostics :
    – Lorsqu'un malade se présente à moi, je tâte minutieusement toutes les parties de son corps, et c'est, en définitive, l'annulaire de ma main droite qui me permet de détecter le mal dont il souffre.
    – Comment, cela ?
    – C'est bien simple : qu'il s'agisse du rein ou de la vésicule biliaire, du foie ou de l'intestin, du poumon ou de l'estomac. Je sens passer dans mon doigt comme une brûlure, parfois comme un courant électrique, dès que j'aborde la partie lésée. Et cela ne m'a jamais trompé !..
    Ainsi, en cas de cancer ? Non. Lorsqu'il s'agit d'un cancer, c'est tout différent mes yeux se baignent de larmes. Seulement, là, je ne peux malheureusement rien !

Le Soir, 30 avril 1951

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André Billy - Culte huysmansien (Le Figaro littéraire, 21 mai 1955)

Publié le par antoiniste

    "Cela se passait dans un restaurant qui fut autrefois une chapelle antoiniste, au coeur le plus porfond, le plus etouffé, de la vieille rive gaucche." 

Le culte huysmansien dans un une ancienne chapelle antoiniste. (Le Figaro littéraire, 21 mai 1955)()

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