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Publié depuis Eklablog

Publié le par antoiniste

Guérisseurs, qui êtes-vous ?

VI. – Des mains joints de Pierre Bouis à l’annuaire-radar du guérisseur de Taverny (par Elisabeth Granet et André Fournel)

    Si la modestie et la simplicité sont des vertus agréables au Seigneur, on s'explique que Pierre Bouis, « guérisseur mystique », ait été choisi comme intercesseur par les puissances divines. Son minuscule pavillon de Montreuil, précédé d'un jardinet entouré de fil de fer, représente assez bien d'ailleurs l'ermitage d'un anachorète de banlieue.
    La maisonnette est séparée en deux d'un côté le logement personnel du guérisseur et de sa femme, de l'autre une salle toute en longueur, ornée de tableaux de piété et d'une statuette éclairée comme une icône, entourée d'ex-voto, à laquelle fait suite un étroit cabinet.
    C'est là que nous reçoit Pierre Bouis, l'ermite de Montreuil qui reçoit deux cents visites par jour et répond à mille lettres en moyenne par semaine.
    Le teint frais, l'œil pensif, les traits réguliers, il a le maintien réservé d'un vicaire de paroisse bien tenue :
    – La jeune fille qui vous a ouvert la porte est une ancienne malade qui veut bien me servir de secrétaire depuis que je les ai guéris, elle et son père. Et voici M. F..., un « rescapé de la science », qui consent aussi à venir m'aider.
    A la bonne heure, voilà des témoins qui ne se feront pas prier. D'emblée M. F..., un homme maigre mais vif et apparemment en parfaite santé, s'écrie en apprenant l'objet de notre visite :
    – Si vous voulez mon témoignage, je vous le donne : je souffrais d'une décalcification totale, avec « bec de perroquet » à la cinquième vertèbre, les radios en font foi. Condamné par les médecins, vingt séances de rayons à Saint-Antoine pour rien ! Au bout de sept ou huit visites chez Bouis, j'allais beaucoup mieux. Après vingt visites, j'étais même guéri des brûlures causées par les rayons !
    Pour démontrer qu'il a retrouvé toute la souplesse de sa colonne vertébrale, M. F... exécute quelques exercices rythmiques, puis proclame :
    – Il en a sauvé d'autres, allez ! Tant d'autres !

Je prie pour mes frères

    La méthode employée Pierre Bouis pour obtenir ces guérisons est la suivante : face au malade (ou à sa photographie quand il exerce par correspondance), il lève légèrement les mains, se concentre, et adresse intérieurement une prière fervente au Ciel pour demander la guérison de ce frère souffrant. Souvent, pendant cette oraison, le patient ressent, dit-il, une forte chaleur ou un grand froid. De son côté, il déclare éprouver souvent la certitude que sa prière a été entendue ou non.
    Il nous conte, sans vaines fioritures, l'histoire de la découverte de son « pouvoir » :
    – Rien ne me prédestinait à être guérisseur. Encore moins guérisseur mystique... Avant la guerre, j'étais garçon de café ! Gai, un peu bambocheur même, bien que catholique sincère. Et puis, pendant la guerre de 1939-40, blessé grièvement au pied, il fut question de m'amputer. La veille du jour fixé pour l'opération, je me mis à prier de tout mon cœur. Le lendemain, à la surprise du chirurgien, la gangrène avait disparu, rendant l'opération inutile ! J'ai cru à une coïncidence, d'ailleurs. Puis, en revenant de captivité, je suis entré aux Beaux-Arts... Oh ! comme garçon de bureau.
    Une voisine m'avait affirmé que j'avais le « don ». Je racontai la chose au bureau et une dame fonctionnaire m'apporta la photo de son père, chef de cabinet au ministère. Il se mourait. Je fis des passes sur la photo, sans trop savoir comment procéder... et trois jours après, stupéfaite elle-même, cette dame m'apprenait que son père venait de guérir brusquement ! Enhardi, j'essayai ensuite mon pouvoir sur une tumeur à l'estomac, puis sur un bras paralysé. Et j'obtins la guérison de ces deux cas.
    Il y a cinq ans de cela. Maintenant, je refuse quatre cents personnes par jour, faute de temps...

Maladie = expiation

    Pierre Bouis se flatte d'obtenir surtout d'extraordinaires résultats dans toutes les maladies pulmonaires. Il ne craint pas non plus de traiter le cancer et les troubles mentaux, et nous cite des cures dont il est fier. En revanche, il hésite à soigner des « maux mineurs », tels les rhumatismes. Non que son pouvoir lui paraisse en défaut dans ces cas, mais pour des motifs d'ordre mystique :
    – Je crois que nous sommes sur terre pour payer nos dettes. Ces petites misères de santé nous sont envoyées en expiation de nos péchés. Il faut savoir les supporter pour qu'il nous en soit tenu compte au Ciel.
    La ferveur religieuse de Pierre Bouis s'accommode d'une grande considération pour les antoinistes (il a dans son cabinet une photo du Père Antoine, redoutablement chevelu et moustachu) et d'une croyance ferme en la réincarnation.
    – Cela ne m'empêche d'être en bons termes avec le clergé, dont j'ai soigné avec succès de nombreux représentants.
    Il reconnaît volontiers quelques échecs dans ses intercessions, mais ne les attribue pas à une défaillance de son pouvoir :
    – C'est une question de Karma, uniquement. Si le malade n'est pas mûr moralement, ou si son temps d'expiation n'est pas terminé, je sens que ma prière sera inefficace.
    Pour hâter ces délais et, d'une façon générale, réconforter l'âme de ses malades (car Bouis attribue à toute maladie une cause d'ordre moral) le guérisseur mystique organise, tous les vendredis, des prières en commun où se pressent régulièrement soixante à cent fidèles.
    – L'opinion publique de Montreuil m'a d'abord été peu favorable, mais j'espère être venu à bout des préjugés hostiles de la population.
    Il faut ajouter que, pour garder la pureté de son pouvoir, Bouis pratique le désintéressement qui caractérise les guérisseurs sincères. Ses visiteurs versent, à leur gré, l'obole qui leur paraît décente.

Un point de droit

    C'est justement ce fait qui a entraîné son acquittement, lors des poursuites intentées récemment contre lui par l'Ordre des médecins. Cela et son caractère de « guérisseur mystique ».
    En effet, son avocat soutint fort ingénieusement qu'il n'y avait pas « acte de médecine illégale », Bouis se bornant à intercéder, selon ses croyances, auprès d'une entité surnaturelle. Simple intermédiaire entre cette entité et le patient, n'effectuant ni diagnostic ni traitement, ne recevant point d'honoraires, il ne pouvait donc être poursuivi pour exercice illégal de la médecine. Cette thèse et les témoignages des malades emportèrent la décision des juges, et la partie civile fut déboutée.
    – Ce qui n'a pas empêché le docteur G... de me menacer, si je persévérais, de me faire supprimer ma pension d'ancien combattant !

Donnant donnant

    Bouis intercède pour tous ses malades, à quelque confession qu'ils appartiennent. Et il nous conte, sans s'étonner, une anecdote qui illustre l'inextricable mélange de scepticisme et de crédulité qui règne chez certains
    – Un patient était venu, i y a quelques mois, me demander mon aide. « Je suis athée, me dit-il, mais si vous guérissez ma fistule, je serai tenté de croire en Dieu ». Trois semaines plus tard, il revint me voir, surpris et ravi : « Ma fistule est guérie, je suis bien content ! Mais j'ai aussi des troubles hépatiques. Guérissez ma maladie de foie et décidément je croirai en Dieu ! »
    Le foie ayant guéri comme la fistule, Bouis estime avoir définitivement ramené cette âme égarée au Seigneur, par ce détour inattendu...
    – J'ai quinze mille photos à « soigner » aujourd'hui (je consacre tous les jeudis aux prières par correspondance). L'heure s'avance, ajoute Bouis, soucieux. Mais je tiens à vous montrer les attestations de guérison que m'apporte chaque courrier.
    Nous passons au « secrétariat » qui se tient dans la cuisine familiale. La jeune malade-secrétaire s'abrite derrière trois piles de lettres, et répond à chacune d'elle, d'une écriture appliquée, par cette formule que signera ensuite le guérisseur :
    « Je vous promet de faire tout ce qui est en mon pouvoir si Dieu le permet. Aidez-moi par la prière chaque soir et spécialement le vendredi de 16 à 17 heures ».
    Le courrier « répondu », entassé dans des cartons et des boîtes à biscuits, a envahi une petite pièce voisine dont il a fallu déménager les meubles.
    Sur la table, sur la cheminée, Bouis pique au hasard quelques lettres de remerciements, que voici, résumées :
    « Tuberculose l'œil gauche, Traitement aux Quinze-Vingts inefficace. Guérison totale après prières par correspondance (signé Marguerite Brice, Chatou) ». « Brûlure grave par produits chimiques, 3 mois de traitement sans résultat. Guérison par l'intercession de Bouis (M. Brunet, à Charenton) ». « Lésion pulmonaire ouverte sous pneumothorax complètement guérie de l'aveu du médecin traitant après intervention de Bouis (Sonia West, à Colombes) ». « Crises d'angine de poitrine ne se sont plus reproduites depuis prières de Bouis (A. Perrin, à Arcueil) ». « Guérison sans trace visible d'un cancer de la gorge (Aufort, à Montreuil) ». Il va même des lettres du Gabon et de la Tunisie, remerciant pour la guérison par correspondance d'un cancer du rein et d'une tumeur maligne au genou.
    Que répondrait l'Ordre des médecins, s'il condescendait à l'examiner, à ce flot de lettres et de remerciements ? Coïncidences ? Cas multiples d'autosuggestion ? La bonne foi de Pierre Bouis et de ses malades n'est pas douteuse. Et en prétendant soigner le corps par l'âme, ne fait-il pas la preuve, en tout cas, d'une réelle élévation d'esprit ?
    – Mon seul désir, nous dit-il d'un ton ému quand nous prenons congé, est de me perfectionner. Ma seule ambition, de mériter vraiment un jour le nom de thaumaturge.
    Ce n'est pas une ambition vulgaire...

Les guérisseurs de Boulogne-Billancourt
de Villemomble et de Taverny

    Des guérisseurs ? On en compte par centaines dans la banlieue de Paris (une véritable « ceinture de santé » !) et il faut reconnaître que cette multiplicité même a quelque chose d'un peu suspect...
    Certains, du moins, ont une si nombreuse et si fidèle clientèle qu'on peut difficilement douter de la réalité de leur don. C'est le cas de Pierre Bouis, à Montreuil, et c'est aussi le cas de Joseph Bevrowski, à Boulogne-Billancourt.
    Né en France de parents d'origine polonaise, Bevrowski exerçait le métier de mécanicien quand il devint subitement aveugle. Il eut alors l'idée de se confier au célèbre magnétiseur Henri Durville qui non seulement le guérit en quelques se-

Lire la suite en 2me page
Suite de la 8e page

maines, mais découvrit en lui un fluide comparable au sien – et c'est ainsi que, de malade qu'il était, notre homme devint guérisseur.
    Aujourd'hui, Joseph Bevrowski en est à sa vingt-septième année d'exercice et d'apostolat, et sa renommée a, dès longtemps, dépassé les limites de la Seine. Il opère, d'ordinaire, par la seule imposition des mains, et ses clients affirment qu'il ne lui faut guère plus de quatre ou cinq séances (20 minutes environ) pour venir à bout des affections les plus rebelles.
    Lui aussi se présente comme un ami des médecins, et...
    – La preuve en est, dit-il, que j'en compte plus d'un parmi mes pratiques !...
    C'est à Villemomble qu'exerce Mme Mosca qui, pareillement, traite ses malades par la seule imposition des mains. Une femme extraordinaire, à en juger par sa renommée qui a, dès longtemps, franchi les limites de la banlieue parisienne pour s'étendre jusqu'en Angleterre et en Allemagne. Extraordinaire par son « pouvoir », affirme sa clientèle, mais aussi par sa résistance, puisqu'elle tient cabinet de consultations tous les jours, de 5 h. 30 du matin à 8 heures du soir !
    Au cours de la visite que nous avons rendue à cette guérisseuse, nous avons pu interroger quelques-uns des malades qui faisaient antichambre à sa porte, et nous sommes contraints de faire un choix entre tant de témoignages admiratifs recueillis par nous.
    Là, c'est un jeune homme de 25 ans environ qui, atteint d'une sérieuse lésion pulmonaire, s'est vu définitivement guéri (les radios l'attestent) après six semaines à peine de traitement. Plus loin, c'est un autre pulmonaire, M. G. B..., qui nous raconta.
    – Non seulement j'avais une caverne au poumon droit et deux du côté gauche, mais encore je souffrais simultanément d'asthme, de bronchite et d'entérite. Or il a suffi à Mme Mosca de me traiter de mai à septembre pour refaire de moi un individu parfaitement sain, et je vous laisse imaginer la stupéfaction de mon médecin...
    Citons encore le cas de M. C. Bl... atteint d'une hypertrophie de la prostate dont l'opération était jugée indispensable guéri en un mois :
    – Tous les médecins qui m'ont examiné depuis déclarent que ma prostate est redevenue absolument normale.
    ...et de M. T. Gleize, sculpteur sur bois, qui, à la veille de perdre la vue, a, grâce à Mme Mosca, recouvré ses yeux.
    On nous a également cité le cas de deux tumeurs du cerveau reconnues incurables et que la guérisseuse aurait fait disparaître en un temps record.
    Ce qui n'empêche pas Mme Mosca d'être en butte aux tracasseries de la justice. Condamnée, une première fois, à 5.00 francs d'amende, elle a fait appel et doit, précisément comparaître, samedi devant les tribunaux.
    Comment se terminera ce nouveau procès ? En tout cas, Mme Mosca ne souhaite rien tant que de montrer aux incrédules la réalité de son pouvoir :
    – Deux fois par semaine, j'accepte de me rendre bénévolement dans tel ou tel hôpital qui me sera désigné, et sous contrôle médical, je prouverai que je guéris vraiment ! Il faudra bien qu'un jour ou l'autre le sois reconnue « guérisseuse » autrement que par le fisc qui lui, n'hésite pas à me taxer régulièrement comme telle !...
    Nous voici maintenant chez M. L..., guérisseur à Taverny. Un magnétiseur comme bien d'autres, certes, mais qui n'en possède pas moins deux titres particuliers à notre attention :
    D'une part, il n'a jamais été inquiété par la justice. D'autre part, il a une recette bien personnelle pour établir ses diagnostics :
    – Lorsqu'un malade se présente à moi, je tâte minutieusement toutes les parties de son corps, et c'est, en définitive, l'annulaire de ma main droite qui me permet de détecter le mal dont il souffre.
    – Comment, cela ?
    – C'est bien simple : qu'il s'agisse du rein ou de la vésicule biliaire, du foie ou de l'intestin, du poumon ou de l'estomac. Je sens passer dans mon doigt comme une brûlure, parfois comme un courant électrique, dès que j'aborde la partie lésée. Et cela ne m'a jamais trompé !..
    Ainsi, en cas de cancer ? Non. Lorsqu'il s'agit d'un cancer, c'est tout différent mes yeux se baignent de larmes. Seulement, là, je ne peux malheureusement rien !

Le Soir, 30 avril 1951

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