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Maurice des Ombiaux - Rebouteurs (La Meuse, 11 février 1910)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

Maurice des Ombiaux - Rebouteurs (La Meuse, 11 février 1910)(Belgicapress)

REBOUTEURS

(Chronique inédite)

    On s'étonne de ce que dans notre siècle vingtième il se trouve encore au fond des campagnes des gens qui, lorsqu'ils sont malades, s'adressent au rebouteur, tandis qu'ils sont remplis de méfiance envers le médecin.
    Les sermons et les raisonnements n'y font rien : le médecin reste dépourvu de mystère, tandis que le charlatan paraît toujours investi d'un pouvoir surnaturel ; c'est pourquoi le paysan reste fidèle à ses superstitions plusieurs fois séculaires.
    Ne rions pas trop du rustre. Si nous ne croyons plus à la thérapeutique du barbier, au savoir du guérisseur populaire, ni aux remèdes de bonnes femmes, nous sommes toujours une proie facile pour le charlatan muni d'un diplôme ; au nom de la science, il nous fait souvent avaler toutes les couleuvres qu'il lui plaît. Les pilules et les drogues annoncées à grand renfort de certificats et de brevets à la quatrième page des journaux par des médicastres pourvus de beaucoup de titres, n'ont pas de vertus spécifiques plus grandes que la poudre de perlimpinpin et les recettes cabalistiques. Plus la bourde aura de dimensions, plus nous serons disposés à l'avaler. Combien d'entre nous, tourmentés par un mal, conservent le bon sens de se dire que le médecin ne peut donner plus que la plus belle fille du monde ? Nous n'admettons chez le médecin ni doute ni hésitation ; il faut qu'il caractérise aussitôt l'affection dont nous souffrons et qu'il nous donne la certitude que nous serons bientôt guéris. Dans la plupart des cas, notre guérison dépend presque uniquement de cette certitude. Dès que nous avons perdu la confiance en l'esculape qui nous soigne, il nous faut nous adresser ailleurs ou nous restons malades comme par plaisir. Au fond, c'est nous-mêmes qui réclamons sans cesse le charlatan et qui le créons lorsqu'il n'existe pas.
    Il y avait, il y a encore dans chaque village, un homme ou une femme qui possèdent les remèdes contre toutes les maladies. Ils les tiennent de vieux guérisseurs un peu sorciers qui, en mourant, leur ont légué leurs secrets. Les ingrédients qu'ils prescrivent vont, en général, aucun rapport avec la maladie en cause. N'en est-il pas de même pour les drogues auxquelles nous croyons, parce qu'elles sont recommandées par une vaste publicité ? C'est la manière d'administrer ces remèdes qui opère plus que leur qualité intrinsèque. Il faut les prendre après avoir, par exemple, fait trois ou sept fois le signe de la croix et récité une prière souvent fort drôle.
    Je me rappelle d'un remède contre le mal de ventre qu'un cul-de-jatte vendait à des pèlerinages du pays wallon. La prière était d'une bêtise fort commune, mais la recette en elle-même vaut d'être citée : « Après avoir dit cette prière trois fois et s'être dévotement signé, il faut se frotter le ventre avec une peau de taupe séchée ou avec de la confiture de groseilles. Le mal s'en ira si on a la foi. »
    J'ignore l'effet que peut avoir en de telles conjonctures la confiture de groseilles et je ne me chargerai pas de renseigner les lecteurs à ce sujet.
    On se trouve peut-être en présence de ce que les savants appellent une interpolation, c'est-à-dire une ajoute due à la fantaisie de quelque scribe facétieux ou malhonnête. La peau de taupe étonne moins, non que l'on soit renseigné sur ses bienfaits, mais elle est réputée comme un des plus puissants agents thérapeutiques de la médecine populaire.
    Les recueils de traditions populaires nous apprennent qu'elle est fréquemment employée contre le mal de dents. Le mal disparaîtra si vous coupez les pattes d'une taupe de sexe masculin et si vous vous les appliquez sur la tête. Une seule patte suffit à la rigueur, mais laquelle ? Nous n'en savons rien.
    Pour être sûr d'avoir la bonne, il vaut mieux se les coller toutes sur l'occiput. Le doigt qui a passé entre la peau et la chair d'une taupe guérit le mal de dents par simple contact. La bête est encore utilisée contre les convulsions et les maux de tête des enfants.
    En Normandie, la taupe disputait aux rois de France sacrés à Reims par l'attouchement de la sainte Ampoule, le privilège de guérir les écrouelles. On prend trois taupes vivantes ; on les tue, on les fait sécher au four dans un pot ferme, puis on les réduit en poussière.
    On mélange la poudre avec de la graisse d'oison que l'on applique sur les scrofules. On guérit si l'on a la foi.
    La foi, tout est là, dans la médecine des médecins comme dans celle des rebouteurs ; seulement, on l'appelle du nom plus moderne de suggestion, ce qui lui a donné un aspect scientifique que nous jugeons tout à fait acceptable.
    Je n'irai toutefois pas jusqu'à prétendre que nos superstitions nouvelles soient d'un calibre aussi fort que celles des paysans inspirés par les rebouteurs, car il y a des degrés dans la crédulité. Mais si l'on nous trompe avec des apparences de logique, nous sommes tout de même trompés en fin de compte. Certes, l'incantation à l'entorse, en usage dans certaines contrées françaises, nous fait sourire :

    « Entorse, entorse, entorse, si tu es dans le sang, saute dans la moelle ; si tu es dans la moelle, saute dans l'os ; si tu es dans l'os, saute dans la chair ; si tu es dans la chair, saute dans la peau ; si tu es dans la peau, saute dans le poil, et si tu es dans le poil, saute dans le vent. »

   On y ajoute des invocations aux saints et à la Vierge, ainsi que des signes de croix. Mais il y a parfois des rebouteurs qui ajoutent aux paroles et aux gestes rituels un massage habile, grâce auquel l'entorse est rapidement réduite.
    Je ne crois pas que celle qu'on appelait, il y a trente ou quarante ans, la sorcière de Tellin, récitait une formule aussi baroque, mais il est certain qu'elle guérissait les entorses mieux que n'importe quel médecin de son temps.
    Selon la théorie populaire, la maladie est un principe qui peut passer d'un objet dans un autre, du malade dans une matière reconnue propre à l'absorption.
    Ainsi, l'on fait passer la méningite de la tête du patient dans le corps d'un pigeon mâle fendu vivant en deux et appliqué tout chaud sur le crâne du malade. Le bec du pigeon doit être tourné vers le front.
    Sur un cancer, on met une tranche de viande fraîche. Le cancer mange son bifteck et, ainsi rassasié, laisse tranquille sa victime. Le guérisseur populaire n'opère pas toujours au hasard. Souvent, il a sa doctrine et il base sa thérapeutique sur l'idée qu'il se fait du corps humain. Cette idée est parfois cocasse. Pour certains, le tronc de l'homme contient deux sortes d'organes ; il y a les foies qui sont dans l'abdomen, et l'estomac qui est dans le thorax. Au travers du tout, les nerfs circulent et s'avisent quelquefois d'être plus forts que le sang, ou de se « ramousseler » gros comme le poing, ou de s'enchevêtrer.
    D'autres parlent d'une grande veine qui se trouve un peu partout et qui a souvent besoin d'être remise. D'autres encore parlent du crochet de l'estomac qui s'est déplacé ; il s'agit de lui faire reprendre sa place pour que disparaissent les mauvaises digestions et les douleurs épigastriques.
    Mais nos derniers thaumaturges opèrent plutôt par la persuasion. Antoine le Guérisseur et le bon Dieu de Ressaix dit Baguete n'usaient que de leur magnétisme personnel. Ils disaient au paralytique : « Levez-vous et marchez ! », et le paralytique, pour peu qu'il eût la foi, abandonnait ses béquilles.
    La justice n'est pas tendre pour les illuminés, les rebouteurs, produits de la crédulité populaire, qui ne demande qu'à être exploitée ; je ne dis pas qu'elle a tort, mais ce qui étonne, c'est qu'elle donne carte blanche à n'importe quel charlatan dès l'instant qu'il est pourvu d'un diplôme.

                                                                   Maurice DES OMBIAUX.

La Meuse, 11 février 1910 (source : Belgicapress)

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G. Lenotre - Guérisseurs (Le Monde illustré, 2 janvier 1909)

Publié le par antoiniste

G. Lenotre - Guérisseurs (Le Monde illustré, 2 janvier 1909)

 Pages d’autrefois

GUÉRISSEURS

    Aux environs de Maubeuge, en une partie du Nord où les gens ne sont point crédules, exerce en ce moment un guérisseur qui, d'un geste, moins encore, d'un mot, d'un simple regard, délivre de leurs maux les impotents qui viennent le consulter.
    Il y a foule. La porte de l'homme aux miracles est assiégée par tous les malades de la région. Il les reçoit, un par un, les laisse s'approcher de lui, leur demande de quoi ils souffrent, et, d'un ton de conviction et de recueillement profonds, il leur dit : « Allez, vous êtes guéri ! » Ils s'en vont et il faut croire qu'ils sont guéris, en effet, puisque le défilé ne cesse point et que la réputation de ce bienfaiteur de l'humanité s'étend maintenant, paraît-il, dans toute la contrée.
    Certains sceptiques, qui se prétendent éclairés, riront de cette fantasmagorie : les sages seront plus réservés. A la vérité, on ne sait pas ; on ne sait rien. Qui pourrait affirmer qu'il n'y a pas là un cas d'hypnotisme, quelque phénomène magnétique, quelque miracle de la volonté ? Qui oserait dire, après les étranges découvertes faites par la science, depuis vingt ans, que cet homme n'est pas un précurseur ? Son cas, à la vérité, n'est point nouveau : qu'on se rappelle la vogue extraordinaire du zouave Jacob, qui, au temps du second Empire, n'employait pas d'autre remède : le fameux trombone de la garde, – je crois bien me rappeler que le zouave Jacob était trombone, – fut, durant plusieurs mois, une des célébrités de Paris, et je ne sais même si l'Académie de Médecine ne fut pas invitée à examiner ses procédés. Il vit peut être encore : riche ? pauvre ? toujours en possession de son étrange pouvoir ? Je l'ignore. Ce serait là une curieuse figure de disparu à ressusciter.
    Le rédacteur des Souvenirs de la marquise de Créquy a consigné dans son livre charmant que, à l'époque de Louis XVI, tous les cochers, les palefreniers, les marmitons, les garçons de cuisine et surtout les laquais, furent en grand émoi : on n'en pouvait garder aucun à l'antichambre ; quand on les envoyait quelque part, ils n'en revenaient pas : les maîtres d'hôtel en perdaient la tête ; et comme la même chose arrivait dans presque toutes les maisons, on avait fini par en parler dans le monde et personne ne savait à quoi cela pouvait tenir.
    Or, il était arrivé d'Alsace un prodigieux médecin qui guérissait toute espèce de maladie par la simple imposition d'une de ses mains. Il ne recevait pas d'argent ; mais il était convenu que les personnes qui pouvaient payer donnaient quelque chose en s'en allant, et suivant leurs moyens, à une grosse fille qui se tenait derrière la porte. Ce médecin était allé s'établir dans une maison de la rue des Moineaux, sur la butte Saint-Roch, et c'était là que toute la livrée de Paris tenait ses assises. La foi des clients était telle qu'ils eussent mis en lambeaux toute personne qui se serait permis d'émettre un doute sur la guérison radicale des miraculés : une bonne femme avait amené au thaumaturge sa fille, boiteuse de naissance. Il lui toucha les hanches et lui ordonna de marcher sans béquilles. La boiteuse obéit et tomba de tout son long ; mais la mère s'écria que sa fille était une entêtée, qu'elle faisait exprès : et toutes les commères qui se pressaient dans la rue, voyant la malade s'en aller, comme elle était venue, cahotant sur ses béquilles, la huèrent, lui reprochèrent son obstination, et peu s'en fallut qu'on ne l'écharpât pour la punir de « sa mauvaise volonté ».
    Le fait est éloquent : il prouve de la part des bonnes gens qui ont recours à ces sortes de charlatans, une confiance si absolue, une foi si robuste, que c'est déjà là une sorte de prodige. Le rédacteur des piquants Souvenirs de la marquise de Créquy était un homme extrêmement spirituel, le soi-disant marquis de Courchamps. Il rit beaucoup, il s'indigne presque, de la naïveté des dupes que faisait le médecin fantaisiste de la rue des Moineaux. Il ne se doutait pas qu'un cas d'auto-suggestion bien autrement singulier le guettait lui-même. Quand il eut terminé d'écrire les sept volumes d'anecdotes qu'il attribuait à la vieille douairière, il s'imagina être devenu la douairière en personne. Il sortait vêtu d'une robe et d'un bonnet à la Fanchon ; son logement ressemblait à un boudoir de marquise : tentures de lampas, rocailles merveilleuses, lit à baldaquin et à bouquets de plumes. Assis sur ce lit majestueux, il se coiffait d'un bonnet attaché sous le menton par un ruban de nuance tendre ; une camisole de femme couvrait sa poitrine ; un vieux tartan était jeté sur ses épaules : on eût juré être en présence d'une vieille de soixante-dix ans, surtout lorsqu'il chantait de sa voix tremblante et nasillarde les refrains légers du XVIIIe siècle. On raconte qu'un jour M. de Durfort, venant pour lui parler et ne l'ayant jamais vu, lui dit en le saluant :
    – Madame, pourriez-vous m'apprendre où est M. de Courchamps ?
    Si un écrivain d'esprit – et Courchamps en avait beaucoup – parvient à s'hypnotiser au point de changer de sexe, faut-il s'étonner de l'empire qu'un homme de forte volonté peut exercer sur des âmes naïves ? Et d'ailleurs, qui peut se targuer d'être réfractaire à l'inexplicable et mystérieuse influence de l'imagination ? Existe-t-il un incrédule qui n'ait son petit coin de superstition ? A l'époque même où les gens du monde prenaient en pitié leurs laquais courant au guérisseur de la rue des Moineaux, eux-mêmes étaient engoués du baquet de Mesmer et payaient des sommes énormes pour être admis à pénétrer chez l'inventeur du fluide éthéré, auquel ils attribuaient toutes les vertus curatives. Ce fameux baquet était une sorte de cuve en métal, remplie de bouteilles cassées, et recouvert d'une toile verte d'où sortaient des tringles de fer recourbées : les Mesméristes se rangeaient autour de ce meuble bizarre et chacun tenait le bout d'une des tringles qu'il s'appliquait sur les yeux, dans l'oreille, aux reins, contre la poitrine, au creux de l'estomac, à la gorge, suivant le mal à guérir. L'effet miraculeux du baquet ne se faisait pas attendre : l'un des malades était pris de frisson ; l'autre se voyait inondé de sueur ; celui-ci tombait en convulsion ; un quatrième entrait en contemplation séraphique. Ici le patient riait à gorge déployée ; son voisin bâillait en pleurant, tandis que dans un coin de la salle, le docteur Mesmer s'occupait à toucher de l'harmonica.
    Son élève et son successeur, le docteur Deslon, supprima l'harmonica dont il ne savait pas jouer, mais il ajouta au baquet magique l'intervention d'une somnambule : c'était la première qui se produisait à Paris et elle inspira autant de terreur que d'admiration.
    Cette personne extra-lucide était une paysanne de Chatou, âgée de trente-quatre ans, qui, jusque-là, n'était jamais sortie de sa basse-cour. Quand elle était dans son état naturel, on ne pouvait pas en tirer une seule parole correctement prononcée ; mais, une fois sur le trépied, elle rendait des oracles en termes scientifiques et sibyllins. Tous les adeptes du magnétisme avaient en la somnambule du docteur Deslon une foi aveugle : les plus grands seigneurs, les plus nobles dames la consultaient et déclaraient s'en trouver à merveille : certains médecins même attestaient que la composition des tisanes qu'elle ordonnait étaient des chefs-d'œuvre de combinaison médicale. Le pouvoir surnaturel de cette fille ne rencontrait qu'un seul incrédule... et c'était le docteur Deslon lui-même. Ah ! comme il en fut sévèrement puni !
    Il faut dire que Deslon, qui n'avait pas plus de quarante ans et qui était d'une santé très robuste, supportait à lui tout seul, depuis la retraite de Mesmer, toutes les fatigues des opérations magnétiques. Un jour qu'il était en train d'endormir sa somnambule, il l'interrogea sur une petite douleur qu'il se sentait au creux de l'estomac. La pythonisse répondit qu'elle y voyait une cause de mort certaine et prochaine : que c'était un point noir, exubérant et putrescent ; que la grande quantité de fluide magnétique absorbée par le docteur avait l'inconvénient de lui corroder le système nerveux, de lui allumer la bile et de lui décomposer le sang, d'où venait qu'elle lui donnait le conseil de se baigner souvent et de ne magnétiser personne avant le retour du printemps, ni surtout pendant la canicule où l'on allait entrer. Cette fille ajouta que le docteur ne vivrait pas deux mois s'il ne suivait son avis.
    On l'a vu, Deslon ne croyait pas à la double vue de sa collaboratrice : ou, du moins, il y croyait suffisamment quand il s'agissait des autres ; mais quand sa propre santé était en question, il préférait des avis moins hasardés : il ne tint aucun compte du diagnostic porté par la somnambule et mourut dans le délai qu'elle avait fixé.
    Des commentaires et réflexions dont le pseudo-marquis de Courchamps agrémentait le récit de cette aventure, on ne doit retenir que cette formule qui devrait servir de règle à tous les savants et de leçon à tous les sceptiques : « Il faut savoir ignorer : il faut s'y résigner humblement, avec un sentiment de résolution soumise : il faut savoir dire à l'intelligence humaine, ainsi que l'Eternel à l'Océan révolté : Tu n'iras point au delà de ces remparts de roches où j'ai marqué ta limite : ici tu briseras l'orgueil de tes flots. »

G. LENOTRE.

Le Monde illustré, 2 janvier 1909

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G. Lenotre - Guérisseurs (Le Monde illustré, 6 juillet 1912)

Publié le par antoiniste

G. Lenotre - Guérisseurs (Le Monde illustré, 6 juillet 1912)

 Pages d’autrefois

GUÉRISSEURS

    Le métier de bienfaiteur de l'humanité comporte, bien assurément, certaines satisfactions intimes ; mais il ne va pas sans inconvénients et ceux qui l'exercent doivent s'attendre à nombre d'avanies. La disparition récente d'Antoine le Guérisseur, qui opérait dans le Hainaut belge et français, suscite cette constatation peu engageante. Antoine était certainement un brave homme, il ne donnait aux gens que de bons conseils : prier, avoir la foi, espérer avec confiance. Il arriva que certains malades se trouvèrent bien de ses avis et recouvrèrent, en les suivant, la santé, ce qui n'a rien de très étonnant par ces temps de neurasthénie générale. On eût dû encourager ce placide et inoffensif prophète et l'aide dans sa charitable mission. Mais sa popularité était grande ; quand il passait dans un village, l'auberge où il descendait était aussitôt assiégée d'une foule anxieuse, avide de l'approcher, d'écouter sa parole... et ceci passait, aux yeux de l'autorité, pour un désordre social. Comment ! un homme sans diplôme, sans titre, se permettait de prêcher aux malheureux la foi en Dieu et l'énergie morale ! C'était là, manifestement, une infraction à l'ordre établi, et l'autorité s'en inquiétait, autant sinon plus que de l'audace des apaches. Et le guérisseur fut surveillé, traqué, molesté et réprimandé comme s'il eût commis des crimes.
    Pareil mécompte advint jadis au zouave Jacob. Les gens d'un certain âge n'ont pas oublié l'enthousiasme étonné de Paris, de la France entière, quand, dans les dernières années du second Empire, le bruit se répandit que ce militaire, simple trombone dans un régiment de la garde impériale, opérait des miracles. Les paralytiques se présentaient chez lui en rangs serrés : il les recevait, leur touchait la main, leur ordonnait « de se lever et de marcher » ; et beaucoup, assurait-on, sous l'impression de cette voix autoritaire, redescendaient l'escalier sans aide et se déclaraient guéris. Mystère de la suggestion et de la volonté ; problème irrésolu de l'emploi des forces occultes, dont les savants reconnaissent l'existence, mais dont ils interdisent la mise en œuvre. Le zouave Jacob eut à s'en expliquer devant « qui de droit ». Était-il un thaumaturge inspiré ou un vulgaire charlatan ? Peu importe ! il suffisait qu'un seul de ses adeptes eût obtenu quelque soulagement, pour qu'on dût, semble-t-il, stimuler le zèle du trombone-sorcier. Non pas ; il est interdit en France de soulager ses concitoyens, si l'on n'a, au préalable, obtenu la permission du commissaire de police. De tout temps il en fut ainsi, et il y aurait une bien curieuse histoire à écrire des guérisseurs non patentes, qui, depuis le moyen âge jusqu'à nos jours, ont essayé d'exercer, en dépit des persécutions et des railleries, leur mystérieux apostolat.
    Mme de Saint-Amour, dont M. Louis Villat nous révèle les aventures en une très curieuse étude récemment publiée, tiendrait, dans cette galerie de magiciens, une place honorable : son histoire est quasi merveilleuse et ressemble à un conte de fées. Née de parents français, en Hollande, le 11 novembre 1786, orpheline en bas âge, elle avait suivi, lors de la révolution, l'armée des émigrés, et vécu de l'existence errante des proscrits. Mariée en 1809 au capitaine Renaud de Saint-Amour, elle accompagna celui-ci dans sa vie de garnison, séjourna à Bayonne, à Arras, et se fixa enfin à Paris, en octobre 1826, pour surveiller l'éducation de son fils. Là elle rencontra un officier d'origine nantaise, Jacques Bernard, lequel avait étudié les théosophes, était quelque peu martiniste, et professait les doctrines de Swedenborg. Mme de Saint-Amour l'écouta avec extase : ils discutèrent ensemble de « la nouvelle Jérusalem » annoncée par l'Apocalypse et de bien autres choses encore. Toujours est-il que, lorsque Bernard mourut, en 1828, Mme de Saint-Amour, exaltée et purifiée par les entretiens qu'elle avait eus avec lui, manifesta une piété ardente : la prière et la contemplation absorbaient le meilleur de son temps, si bien que, à force d'avoir médité sur les livres saints, elle y découvrit que « Dieu accorde le don de guérir à ceux qui croient en lui ». Pleine de confiance, sûre de sa foi, elle en voulut tenter l'expérience, et s'aperçut, toute tremblante d'émotion et de reconnaissance, que, par la simple imposition des mains, elle avait ramené à la santé quelques enfants fiévreux. Très humble, elle reporta toute la gloire de ce miracle à l'ami disparu, à Bernard qui l'avait initiée à la vie dévote, et elle partit pour Nantes afin que profitassent, les premiers, de son don miraculeux, les compatriotes de son apôtre défunt.
    Elle avait alors quarante-deux ans ; c'était une petite femme très vive, très simple, très affable, toujours gaie et de bonne humeur, et qui n'avait rien d'une sorcière. L'ardeur de sa croyance, son originalité, l'attrait de sa conversation ont vite fait de grouper autour d'elle des amis très dévoués : son nom et sa réputation lui donnent accès dans les salons les plus fermés de la ville ; elle s'est installée rue du Bel-Air, non loin de l'église Saint-Émilien, et reçoit chez elle toutes les classes de la société. C'est, dans sa maison, un défilé ininterrompu de malades : « Les séances sont courtes, écrit M. Louis Villat, et dépourvues de tout appareil impressionnant. » Très simplement, Mme de Saint-Amour interroge, moins comme un médecin que comme un confesseur : « – Qu'avez-vous ? Telle infirmité. – Coyez-vous que Dieu, qui vous envoie le mal, puisse vous l'ôter ? – Oui. – Vous savez qu'il est dit dans l'Evangile : Demandez et il vous sera accordé ? – Oui. – Demandez donc avec moi, et dans ces sentiments, votre guérison... » Elle impose alors les mains et, dans le silence, transfigurée, elle prie avec ardeur. Chez le malade, d'abord inquiet, la confiance naît peu à peu, puis le calme, puis l'apaisement, et la guérisseuse le renvoie, disant : – « Allez, il vous est accordé suivant votre foi ou suivant la sincérité de votre prière. » (Mme de Saint-Amour, par Louis Villat. La Revue bleue du 24 août 1912.)
    Et les prodiges se multiplient : un paralytique laisse ses deux béquilles chez la thaumaturge et court se prosterner devant l'autel de l'église voisine ; un enfant, apporté dans les bras de sa bonne, retourne seul chez ses parents, escorté d'une foule admirative et tumultueuse. Les pèlerins arrivent de tous les points de Bretagne, du Maine et du Poitou : il en vient d'Angers, de Rennes, même de Tours, de Saumur et de Rochefort. Chacun est désireux de voir la sainte dame, de l'entendre, de toucher ses vêtements : l'administration municipale doit prendre des mesures pour assurer l'ordre aux alentours de sa maison ; deux gendarmes sont postés à demeure dans ses appartements, et, quand tombe la nuit, elle se met à son balcon, et elle étend les mains vers les malades qu'elle n'a pu admettre et qui s'agenouillent sur les pavés pour recevoir sa bénédiction bienfaisante. Quelques-uns même passent la nuit couchés sur le seuil de sa porte.
    C'est alors que se produisit le plus étonnant, le plus invraisemblable des revirements d'opinion. Cette femme, accueillie partout avec faveur, tant qu'elle se contentait de professer sa foi dans la puissance de la prière, fut reniée avec unanimité dès qu'elle mit en œuvre sa conviction. Obtenir des guérisons sans l'assistance d'un médecin, quelque ignare soit-il, n'est pas un acte de bon ton. Les salons aristocratiques se ferment devant Mme de Saint-Amour : les catholiques fervents s'inquiètent ; les « libéraux », les esprits forts, les « anticléricaux » de l'époque entreprennent une campagne acharnée contre ces jongleries. La Faculté entre en guerre contre les méfaits du mysticisme, du magnétisme et du spiritualisme et autres mystifications ; les petits journaux raillent la sorcière, la prophétesse, la pythonisse, qui se permet de soulager l'humanité souffrante : on la chansonne, on la met en vaudevilles, on la déchire de cent façons ; un mauvais plaisant pousse la facétie jusqu'à rédiger toute une biographie de Mme de Saint-Amour, biographie absolument mensongère où l'on révèle que, fille d'un horloger nantais, elle a épousé un bossu dont elle n'a jamais pu – miracle pourtant attendu – redresser la bosse ; et l'on chante
                    Cependant son taudis fourmille
                    De dos voûtés, de pieds tortus :
                    Le boîteux garde sa béquille,
                    Les bossus repartent bossus.
                     « Combien la sainte a de mérite ! »
                    Disent les borgnes d'alentour...
                    Allons, frères, allons bien vite
                    Voir la dame de Saint-Amour (bis).
    Seuls les pauvres qu'elle a réconfortés et consolés pourraient prendre sa défense ; mais le dénigrement est contagieux comme l'enthousiasme, et bientôt les racontars les plus absurdes, perfidement répandus, circulent, touchant ce cas étrange : « les uns parlent d'une bague électrique que la guérisseuse porte au doigt et dont la vertu soulage les malades ; d'autres affirment qu'elle répand sur les plaies une poudre propre à les cicatriser. Quelques-uns la traitent de cartomancienne : c'est une simple simulatrice ; si les muets ont parlé devant elle, c'est qu'elle est ventriloque !... »
    Comme jamais Mme de Saint-Amour n'avait consenti à recevoir d'aucun de ses visiteurs la moindre rétribution ; comme, au contraire, elle proclamait, à tout venant, que sa mission, toute de charité, n'attendait aucune rémunération temporelle, il était impossible de se débarrasser d'elle en l'incriminant d'exercice illégal de la médecine. Mais les quolibets et la calomnie suffisent à la besogne : maintenant, chaque fois qu'elle sort ou qu'elle paraît à son balcon, elle est saluée par les sifflets et les insultes ; la foule entonne la complainte historique sur la sorcière du vieux Bel-Air ; ceux qui ont bénéficié de ses prières et ont le courage difficile de ne point se montrer ingrats sont traités par les journaux d'atrabilaires, d'aliénés et d'idiots... Il fallut bien se résoudre à fuir devant l'ouragan : Mme de Saint-Amour quitta Nantes sous les huée  ; on ne sait où elle se réfugia, et, toujours comme dans les contes, jamais plus on n'entendit parler d'elle.
    Qu'était-elle ? Une aventurière ? Son biographe, en concluant, ne le pense pas. Une mystique, à coup sûr, sincère et désintéressée, ceci semble hors de doute ; ce qui la rend particulièrement intéressante, c'est qu'elle ne fut pas le phénomène unique : à toutes les époques et dans tous les pays, certains individus, jusqu'ici mal ou peu étudiés, se sont vantés de posséder le don de guérir : il serait curieux de savoir le lien qui les unit, en quoi ils différent, en quoi ils se ressemblent et d'arriver ainsi peut-être à percer le mystère de leur surnaturel pouvoir.

G. LENOTRE.

Le Monde illustré, 6 juillet 1912

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Alphonse Saltzmann - La Médecine spirituelle (1924)

Publié le par antoiniste

 
Auteur : Alphonse Saltzmann
Titre : La Médecine spirituelle
Édition : Paris, Chez Alph. Saltzmann, 1924

    L'auteur participa au Fraterniste. Un site lui est consacré : https://alphonse-saltzmann.jimdofree.com/, ainsi qu'un blog http://alphonsesaltzmann.blogspot.com/
    Il apparaît également dans un numéro de Touche à tout de novembre 1913, consacré aux guérisseurs parisiens et qui évoque Jousselin qui fut élève du Père pendant un temps.

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A.-C. Bégot - Guérison spirituelle et médecine (1998)

Publié le par antoiniste

A.-C. Bégot - Guérison spirituelle et médecine (1998)

Auteur : Anne-Cécile Bégot
Titre : Guérison spirituelle et médecine au tournant des XIXe et XXe siècles
Éditions : Recherches sociologiques 1998/2 (A.-C. Bégot : pp. 65-80)

    La Science Chrétienne et l'Antoinisme sont deux groupes religieux minoritaires qui ont placé la "guérison" au coeur de leurs pratiques. Nés à la fin du XIxe siècle (Science Chrétienne) et au début du XXe siècle (Antoinisme), ces groupes s'inscrivent dans un contexte particulier, celui de l'avènement de la médecine scientifique. Les croyances et pratiques de ces groupes allaient à l'encontre des intérêts de la profession médicale et posaient alors le problème d'une délimitation des "champs" religieux et médical. Après une période conflictuelle, les rapports entre l'institution médicale et ces groupes se sont pacifiés: la première obtint le monopole de l'exercice de la médecine, et les pratiques des groupes, réduites à la prière de guérison, furent tolérées.

Sommaire :
I. La maladie comme expérience inaugurale
II. La légitimité médicale : entre savoir et pouvoir
    A. Le cas belge
    B. Le cas américain
III. Significations de la guérison spirituelle et relations groupes religieux/institution médicale
    A. Les significations de la guérison spirituelle
    B. Les relations groupes religieux et institution médicale : du conflit à la coexistence
        1. Le cas de la Science Chrétienne
        2. Le cas de l'Antoinisme
Conclusions
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

source : uclouvain.be
À lire en ligne : https://sharepoint.uclouvain.be/sites/rsa/Articles/1998-XXIX-2_07.pdf

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Raymond MASSÉ et Jean BENOIST - Convocations thérapeutiques du sacré (2002)

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Auteurs : Sous la direction de Raymond MASSÉ et Jean BENOIST, A.-C. Bégot
Titre : Convocations thérapeutiques du sacré,
“Formes organisationnelles et pratiques thérapeutiques : comparaison de deux groupes religieux minoritaires (Science chrétienne et antoinisme).” [p.61-80], in 1re partie : Églises de guérison, miracles et Conversion, Chapitre III
Éditions : KARTHALA (Collection : “Médecines du monde”), 2002

Sommaire:
Introduction
    Extrait : L'étude des formes organisationnelles de deux groupes religieux, la Science chrétienne et l'antoinisme, permet d'envisager le rôle joué et la place occupée par ces organisations religieuses dans la gestion des pratiques thérapeutiques. L'intérêt de ces groupes réside dans le fait qu'ils ont accordé une place centrale à la « guérison » - alors que la médecine commence à faire ses preuves en termes d'efficacité thérapeutique (fin XIXe-début XXe siècle) - et d'être séculaires. Après avoir envisagé leurs rapports avec la société globale, on s'intéressera à l'économie du croire puis aux formes de domination.
Les rapports à la société globale
L'économie du croire
Les formes de domination
Conclusion

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Pierre Vachet - La Pensée qui guérit (1926)

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Pierre Vachet - La Pensée qui guérit (1926)

Auteur : Pierre Vachet (1892-198?)
Titre : La Pensée qui guérit (L'Euphorisme, un nouvel art de vivre)
Éditions : Grasset, Paris, 1924 (276 pages)
    Plus que les microbes, c'est notre imagination qui fait de nous des malades. Mais s'il y a une imagination qui tue, le Docteur Vachet nous apprend à former notre pensée pour en faire un instrument de guérison. – Voici peut-être le secret de la santé.

Pierre Vachet - La Pensée qui guérit (1926)
    Docteur en médecine (Paris, 1915), il fut psychologue et directeur de l'École de psychologie et de la Revue de psychologie appliquée.
    Il s'intéressa à la guérison par la pensée, notamment dans la Science chrétienne, et chez les guérisseurs. Excellent praticien et maître de la vulgarisation, ses thèses se fondent largement sur des observations issues de ses riches expériences. Il est l'auteur (chez Grasset principalement) de Lourdes et ses mystères (1920, réédité sous le titre Le Mystère de Lourdes), Pensée qui guérit (1926 et réédité avec le titre complément L'Euphorisme, un nouvel art de vivre en 1960), Remède à la vie moderne (1928), La Santé du corps et de l'esprit (1929), Sur le chemin de l'optimisme et du bonheur (1959), Portez-vous bien (1980)...


    On le voit sur une carte postale avec Jean Béziat à Avignonnet.

Quatrième de couverture :
    AUJOURD'HUI plus que jamais, dans l'époque d'agitation et d'inquiétude où nous vivons, le besoin se fait impérieusement sentir d'une règle de conduite qui, éliminant la nervosité et l'angoisse, nous permette de recouvrer l'équilibre et d'entrevoir de réelles possibilités d'être heureux.
    Depuis longtemps, le docteur Pierre Vachet s'est fait l'apôtre de la Pensée qui guérit. Dans ce livre, il nous montre comment nous pouvons utiliser les forces merveilleuses que nous portons en nous et comment, dans toutes les maladies, même organiques, cette force, véritable « sérum moral », est capable de provoquer la guérison.
    Mais le docteur Pierre Vachet va plus loin. Il conclut à la nécessité urgente d'un nouvel art de vivre, à une philosophie faite de sérénité qui nous aide à surmonter les épreuves de la vie moderne.
    Aux systèmes de négation, d'abandon, il oppose un système constructif, de confiance en soi et en l'avenir, associant dans une étroite communion l'hygiène de l'esprit et celle du corps, qu'il met à la portée de chacun de nous.
    Cette philosophie, étayée par quarante années de recherches et d'expériences, le docteur Pierre Vachet l'a appelée : Euphorisme. Son aboutissement est, en effet, de réaliser en nous un état d'équilibre intellectuel, physique, nerveux et moral qui est proprement un état d'euphorie.
    Ce livre simple et direct, agréable à lire parce qu'il n'a rien de doctrinal ni de sévère, nous donne les moyens pratiques de lutter contre ce nervosisme moderne dont nous sommes, tous, plus ou moins atteints, trop souvent à notre insu.

    Recension dans La Lanterne, du 16 octobre 1927 :
Le Dr Pierre Vachet et la morale moderne
    Parmi les hommes qui sont venus à la vie publique depuis la fin de la guerre, le docteur Pierre Vachet tient une place de premier plan.
    Ce jeune médecin, travailleur consciencieux doublé d'une intelligence supérieure, esprit ouvert aux idées neuves, homme de la génération en un mot, s'est résolument débarrassé de tout le fatras des conceptions anciennes. Depuis trois ans, fruits de ses travaux, il a enrichi le domaine de la science de trois livres qui chacun marquent une étape sur la voie de la médecine nouvelle : Lourdes et ses mystères, la Pensée qui guérit, l'Inquiétude sexuelle.
    Ses deux premiers livres sont trop connus pour y revenir. Je me limiterai à rappeler seulement que la Pensée qui guérit, ouvrage de science mis à la portée de toutes les cultures, est venu réconforter une foule innombrables de malades qui désespéraient, et qu'il est aussi le bréviaire de santé de l'homme sain décidé à lutter contre le mal toujours probable, avec le seul et précieux remède de son énergie éduquée. Moins simpliste que les ouvrages du brave docteur Coué, ce livre ouvre des horizons qu'on n'entrevoyait jusqu'ici qu'avec timidité. A l'instar de Satan, archange déchu auquel France faisait dire dans La Révolte des Anges : « Nous portons Dieu en nous-même », la Pensée qui guérit démontre aux malades et aux autres qu'ils portent leur guérison en eux, et qu'il ne tient qu'à eux de la faire triompher.
    Mais le docteur Pierre Vachet a produit un livre plus récent qui s'attaque cette fois aux problèmes des sexes et à toutes les questions qui en dépendent. Avec un beau courage, et sans choquer personne, l'auteur a traité dans ce livre destiné au grand public de ce que l'on n'osait jusqu'ici évoquer que dans les cercles fermés des praticiens.

    Lucien Roure en écrira une recension très critique dans les Études (publiées par des Pères de la Compagnie de Jésus) du 1er janvier 1926.

    Il participe à des débats sur le sujet au Club du Faubourg :

Pierre Vachet - La Pensée qui guérit (1926)

 

Pierre Vachet - Guérisons et guérisseurs (L'Œuvre, 13 mars 1928)

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Frédéric Boutet - Des guérisons mystérieuses (Cyrano, satirique hebdomadaire, 18 mars 1928)

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Frédéric Boutet - Des guérisons mystérieuses (Cyrano, satirique hebdomadaire, 18 mars 1928) 1Frédéric Boutet - Des guérisons mystérieuses (Cyrano, satirique hebdomadaire, 18 mars 1928) 2

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André Bronté, Serge Saÿn - S.O.S. guérisseurs (1976)

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André Bronté, Serge Saÿn - S.O.S. guérisseurs (1976)

Auteurs : André Bronte & Serge Saÿn
Titre : S.O.S. guérisseurs
Éditions : Presses de la Cité, Paris, 1976, 281 pages

      Évoque la guérison obtenue par le guérisseur Michel Bontemps sur un guérisseur antoiniste :

     Avant de nous quitter, au terme de cette enquête sur son travail, Michel Bontemps nous proposa d'étudier le cas de M. Lucien Monnier, 51, rue du Pré-Saint-Gervais à Paris.
    « Ce cas, nous dit-il, est l'un des plus curieux que j'aie eus à traiter car ce malade était un confrère, si l'on peut dire.
    Il est peu courant de voir un guérisseur demander l'aide d'un autre guérisseur.
    C'est au mois de décembre dernier que je vis entrer dans mon cabinet, M. Monnier qui m'avait demandé rendez-vous sans me faire connaître ni son mal ni ses activités.
    A ma première question : « Alors, M. Monnier, qu'est-ce qui vous arrive ? », d'emblée, il me posa son problème.
    « Avant tout, je dois vous dire que je fais comme vous. Je suis guérisseur. Il ne s'agit pas d'un métier mais d'une vocation, un sacerdoce en quelque sorte.
    Je suis antoiniste, disciple du Père Antoine. Le Père Antoine était un prêtre guérisseur célèbre qui a formé des élèves qui ont perpétué sa méthode.
    Je suis un de ses élèves, guérisseur bénévole. Depuis plusieurs années, chaque week-end, je reçois des personnes souffrantes et je les guéris. »
    « Je lui demandai, dit Michel Bontemps :
    – Vous venez voir mes résultats pour découvrir mes méthodes ?
    – Non, je viens parce que ça ne va plus. Je suis malade et je ne peux plus exercer la mission qui m'a été confiée... »
    M. Monnier raconta alors à Michel Bontemps ses malheurs. Depuis plusieurs mois, certains symptômes avaient commencé à l'inquiéter : perte de poids, manque d'entrain, fatigue, irritabilité, etc.
    Malgré sa prévention contre la médecine officielle, lui dont la vocation était de soigner par des méthodes « parallèles » il se décida à consulter un médecin qui lui fit faire des analyses. Celles-ci devaient révéler une intoxication due à une mauvaise élimination générale, et en particulier, un taux de cholestérol trop élevé.
    « Ce médecin, à l'évidence très pressé, me garda quelques minutes dans son cabinet lors de ma seconde visite. Mais, nous raconte M. Monnier, juste le temps d'inscrire sur son bloc-notes une liste de médicaments d'une page et demie, puis il ajouta : « Prenez ça et revenez me voir dans un mois... »
    Cette visite, loin de me rassurer, ne fit qu'aggraver mes craintes. Rentré chez moi, j'ai lu et relu la liste de médicaments avec une impression de malaise. J'avais tellement vu, depuis dix ans, des personnes que les médicaments non seulement n'avaient pas guéries, mais au contraire avaient complètement détraquées, que je pensais, instinctivement, que ce n'était pas la bonne voie.
    Finalement, j'ai renoncé à faire réaliser l'ordonnance chez un pharmacien, tout en craignant de ne pas pouvoir tenir le coup très longtemps. C'était moins ma « petite santé » qui me préoccupait que l'idée de devoir renoncer de guérir mes amis.
    C'est un collègue de travail, à qui je parlais de ma fatigue permanente qui me donna l'adresse de Michel Bontemps.
    – Il a réussi à guérir ma femme de ses migraines, me dit-il. Cela fait quinze ans qu'elle en souffrait presque tous les jours. Va le voir... il guérit comme toi avec les mains, mais il donne aussi des plantes...
    Voilà comment je me suis retrouvé dans le cabinet de Michel Bontemps.
    Je pensais y trouver un guérisseur qui m'examinerait avec un pendule, ou qui m'imposerait les mains.
    Aussi, je fus très étonné quand il commença à examiner mon cil avec un « iriscope », cet appareil formé d'une loupe et d'une lampe.
    Le guérisseur m'expliqua que grâce à cette méthode il pouvait découvrir dans l'iris du malade presque tous les symptômes des maladies organiques.
    L'iris étant une zone particulièrement sensible, un véritable écran où s'inscrivent, pour celui qui sait le déchiffrer presque tous les dérèglements.
    Michel Bontemps me confirma le diagnostic des médecins.
    J'étais intoxiqué, mais il me précisa qu'il s'agissait également, dans mon cas, de troubles du système sympathique, de fonctionnement déficient des intestins et de problèmes circulatoires...
    Il me conseilla deux préparations à base de plantes, à prendre à raison de deux tasses par jour, et de suivre certaines directives en matière d'hydrothérapie (deux bains de pieds par semaine, au romarin ainsi que des douches spécifiques).
    En plus chaque semaine, pendant plus de quinze minutes il m’imposait des séances de magnétisme, en vue de me permettre de retrouver mon énergie et ma vitalité. »
    Quand nous avons rencontré M. Monnier, à la fin novembre, il avait repris cinq kilos, son taux de cholestérol était considérablement réduit et sa mine disait assez qu'il se sentait en pleine forme.
    « Pourtant, au bout de trois semaines de traitement, il n'y avait guère d'amélioration, nous a-t-il confié. Après les séances de magnétisme, je me sentais bien pendant quelques jours, puis, de nouveau, j'étais épuisé.
    Michel Bontemps insista alors pour que je n'aille pas à la réunion hebdomadaire du Temple Antoiniste, il m'expliqua que la force magnétique qu'il m'insufflait se trouvait dispersée dès que j'essayais de soigner des malades.
    A contrecœur, j'ai obtempéré et c'est à partir de ce moment que j'ai commencé à me sentir revivre.
    Dès lors les résultats ont même été spectaculaires.
    Début novembre j'avais repris du poids. En même temps les analyses de sang attestaient une baisse importante du taux de cholestérol.
    Bien mieux, avant la fin de l'année, avec l'accord de Michel Bontemps, j'ai pu reprendre mes activités de guérisseur, auprès de mes amis antoinistes.
    Je ne ressens plus aucune fatigue.
    Aujourd'hui, à part une préparation à base de plantes et des conseils de diététique que je continue à suivre, j'ai cessé tout traitement.
    Je suis persuadé que je reviens de loin.
    Pour ne pas inquiéter mon entourage, je cachais à quel point j'étais à bout de forces.
    Même pendant ma captivité en Allemagne je n'avais pas été aussi épuisé.
    Le plus terrible, c'est que j'étais tellement tendu que je ne parvenais plus à dormir.
    Ni médicaments ni calmants n'avaient prise sur moi.
    Aujourd'hui, je peux mesurer l'efficacité de Michel Bontemps car c'est vraiment lui qui m'a tiré d'affaire... »

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Robert Tocquet - Les Pouvoirs du surnaturel (1974)

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Robert Tocquet - Les Pouvoirs du surnaturel (1974)Robert Tocquet - Les Pouvoirs du surnaturel (1974)

Auteur : Robert Tocquet (cf. l'article wikipedia)
Titre : Les Pouvoirs du surnaturel
Éditions : Pierre Belfond, Collection : Sciences secrètes, 1974

    Dans le chapitre I Guérisons miraculeuses et médications psychologiques, et plus particulièrement consacré au traitements métaphysiques et moraux, l'auteur évoque l'antoinisme en ces termes :
    Le « Père » Antoine, qui a fondé l'Antoinisme, n'appartenait pas à l'Eglise alors que l'on croit souvent, à cause de cette appellation de « Père », qu'il faisait partie d'une communauté religieuse. Né en 1846 à Mons-Crotteux, dans la province de Liège, il descendit tout enfant à la mine, avec son père et l'un de ses frères, pour aider ses parents à nourrir ses dix frères et sœurs. La misère le mena en Allemagne puis en Russie, ensuite le ramena avec quelques économies en Belgique où il se maria. Il s'installa alors définitivement à Jemeppe-sur-Meuse pour exercer, aux Forges et Tôleries Liégeoises, de modestes fonctions de concierge. Rien ne le prédisposait par conséquent à devenir le fondateur d'une sorte de religion guérisseuse qui compte actuellement plusieurs centaines de milliers d'adeptes.
    Mais le Destin veillait et l'extraordinaire aventure de l'obscur employé commença le jour où un ami lui prêta Le Livre des Esprits d'Allan Kardec. Bien que sachant à peine lire et écrire, Antoine dévore l'ouvrage spirite dont le contenu est pour lui une véritable révélation. Il fait tourner les tables, installe en sa demeure une « chambre à invocations » et se prend à prêcher les « vérités » dictées par les esprits. C'est un étrange mélange de catholicisme, de spiritisme et de théosophie", de sorte que le tout constitue un ensemble assez déconcertant, bien peu homogène et souvent obscur. En 1893, Antoine perd son fils unique, et, dès lors, son activité se tourne vers le problème de la guérison. Deux esprits, le docteur Demeure et le docteur Caritas, lui enseignent, de l'au-delà, que les maux n'existent pas par eux-mêmes et qu'il n'est de réel et de malfaisant que le péché. En même temps, ils lui accordent des fluides guérisseurs. Atteint d'une maladie d'estomac qui l'épuisait lentement et contre laquelle la « science officielle » était demeurée impuissante, il applique sur lui-même les conseils de ses guides, et, sur le coup, ses douleurs gastriques disparaissent. Après s'être guéri, il a l'idée de guérir les autres. Il impose les mains, distribue des morceaux de tissu « magnétisé », puis, à la suite de quelques ennuis avec le Syndicat des Médecins, change de méthode et n'emploie plus que la prière comme agent thérapeutique. Sa renommée s'étend. On vient à lui de toute la Belgique, puis des pays environnants. Il rend l'ouïe aux sourds, la vue aux aveugles, le mouvement aux paralytiques, apaise des milliers de souffrances. Ses disciples se groupent. On l'appelle Père et sa femme la Mère. Une sorte de religion se constitue : l'Antoinisme. En quelques jours, dans une partie de la Wallonie belge, cent cinquante mille signatures sont recueillies tendant à faire reconnaître officiellement le culte en Belgique. Des temples s'élèvent.
    A la mort du Père, ou plutôt à sa « désincarnation », survenue le 25 juin 1912, on pensait, et, dans les milieux catholiques qui voyaient d'un mauvais œil la secte se développer dangereusement, l'on espérait que l'Antoinisme allait disparaître. Il n'en fut rien. La Mère releva le flambeau, et, jusqu'à sa mort, en 1942, continua le culte. Il subsiste toujours, très solidement implanté en divers pays. En Belgique, l'Antoinisme possède actuellement vingt-neuf temples dont deux à Bruxelles. En France, on trouve des centres dans quelques grandes villes : Paris, Lyon, Tours, Aix-les-Bains, etc. Ils rassemblent approximativement dix mille adeptes et l'on évalue, dans le monde, le nombre total des fidèles à un million environ. Ce sont surtout des ouvriers et particulièrement des métallurgistes et des mineurs.
    Dans chaque temple, le principal culte ou Opération générale a lieu, en principe, chacun des quatre premiers jours de la semaine, à dix heures du matin très précises, car l'un des caractères spécifiques de l'Antoinisme c'est de combiner l'heure des prières émanées des différents centres de façon que toutes fassent bloc. De plus, on admet que, dans l'autre vie, le Père participe à l'opération, d'où la nécessité (?) de cette rigoureuse ponctualité. Cependant, il faut ajouter que les antoinistes français effectuent aussi des « opérations particulières », de sorte que les temples sont ouverts, du matin au soir, aux personnes souffrantes. Il y a toujours un Frère ou une Sœur (car tel est le nom des ministres antoinistes) qui se tient à la disposition des malades pour chasser le mal, sur l'heure, en invoquant le Père.
    Les chapelles antoinistes sont très simples. Ce sont généralement des salles aux murs nus avec une chaire à deux étages et des bancs pour les assistants. Sur les murs figurent les « Dix Principes » de l'Antoinisme. Pénétrons dans l'une de ces chapelles à l'heure du service. Le ministre du temple, en soutanelle noire boutonnée jusqu'au menton, monte à la chaire supérieure cependant que le desservant occupe la chaire inférieure. L'officiant lève les bras vers le ciel et toute l'assistance médite pendant quelques minutes. Puis le desservant lit les « Dix Principes » dont voici le premier :
          Si vous m'aimez
          Vous ne l'enseignerez à personne
          Puisque vous savez que je ne réside
          Qu'au sein de l'homme
          Vous ne pouvez témoigner qu'il existe
          Une suprême bonté
          Alors que du prochain vous m'isolez.
    Les autres principes sont aussi abscons mais cela est sans importance car les fidèles y trouvent la paix de l'âme et la guérison de leurs maux. C'est parce que le Père récitait ces dix principes qu'il obtenait des cures merveilleuses, et c'est parce que ses successeurs ont conservé cette tradition que les malades accourent encore vers eux de toute l'ardeur de leur foi.
    Enfin, la cérémonie, qui n'a duré qu'une demi-heure, se termine par ces paroles rituelles : « Mes frères, au nom du Père, merci. » Et le temple se vide.
    En principe, les « opérations » individuelles, telles qu'elles sont pratiquées à Paris, se font sans témoin. Cependant, Pierre Geyraud a assisté à l'une d'elles, avec la permission du Frère guérisseur et du malade.
    « J'ai trouvé, écrit-il dans son ouvrage : Les Petites Eglises de Paris, un malade accommodant. C'est un commerçant du quartier. Nous sommes tous trois debout, dans la petite salle, tournés vers le portrait du Père : « Où avez-vous mal ? » demande le Frère. « Au foie. Je souffre de lourdeurs et même parfois j'éprouve de véritables douleurs. Ainsi, en ce moment... » – « Depuis longtemps ? » – « Depuis l'âge de quatorze ou quinze ans. » – « Ah ! je vois : c'est un fluide mauvais. » Je questionne : « Un fluide mauvais ? Le péché, n'est-ce pas ? » – « C'est cela », me répond le Frère. Je regarde le commerçant en état de péché. Il a l'air perplexe, et paraît interroger ses souvenirs. Mais le Frère a déjà levé les mains vers le portrait du Père. Ses yeux se révulsent ; on n'en voit que le blanc, sous les paupières tremblotantes. Les lèvres, de temps à autre, sont agitées par la prière silencieuse. « Je vois que le mal s'en va lentement ; vous vous sentez déjà mieux, n'est-ce pas ? » demande le Frère, les yeux toujours révulsés, et les mains élevées. » — « Heu... oui ; ça va mieux. » La prière continue ; les mains expulsent obstinément le mal. « C'est fini : je vois que vous êtes guéri. » Les prunelles reprennent leur place ; les mains s'abaissent. « C'est merveilleux », dit le commerçant abasourdi, en portant la main à son foie. « Ah ! ça, par exemple ! Zut, alors ! » Il cherche son porte-monnaie dans sa poche. « Oh non ! » dit vivement le Frère ; et il lui montre une pancarte interdisant toute rémunération. Le commerçant est tout titubant de surprise et de trac. Il prend son chapeau, dit au revoir au Frère, me lance un : « Merci bien, monsieur ! » comme si j'étais le Père guérisseur, et dit, en refermant la porte sur lui : « Ah ! zut, alors ! » Je reste seul avec le Frère et je demande : « Qu'avez-vous vu tout à l'heure ? Vous disiez : je vois que le mal s'en va... » — « On ne voit pas avec les yeux... C'est avec d'autres sens. » — « Mais, avec ces autres sens, qu'est-ce que vous avez vu ? » – « Une masse noire, la masse fluide du péché. » — « Et pourquoi faisiez-vous ce geste avec la main ?... Vous frictionniez le foie du malade ? » – « Non, je poussais la masse au loin. » – « Et quand elle est partie, que reste-t-il ? » – « Du blanc. » – « Votre prière, en quoi consiste-telle ? » – « Il n'y a pas de prière fixée d'avance. Nous prions selon l'inspiration du jour. Par exemple, tout à l'heure, je disais : Père, guéris cet homme de son mal... Père, guéris-le de son mal. » – « Vous recevez beaucoup de malades, comme cela ? » – « Pour ma part, il m'en est passé plus de deux cent mille entre les mains. » – « Beaucoup de guérisons ? » – « Des dizaines et des dizaines de milliers. La puissance du Père est merveilleuse. »

    La chapitre se termine sur cette considération psychanalytique :
    Il faut cependant noter que les fondateurs de ces « religions » guérisseuses, qu'il s'agisse de Mrs. Eddy, du Père Antoine, de Georges Roux et des autres « messies » de ce genre, sont, autant que les fondateurs des religions orthodoxes, animés d'une conviction profonde qu'ils transmettent bientôt à leurs adeptes lesquels deviennent à leur tour d'ardents prosélytes. Ils croient en leur propre mission ce qui les conduit à persévérer dans leur action malgré les sarcasmes, les déboires, les ennuis de toutes sortes qui les assaillent continuellement au cours de leur « sacerdoce ». Quant à la solidité et à la vraisemblance du message qu'ils répandent, cela n'importe guère. Il se trouve toujours, en effet, un certain nombre de personnes pour qui telle ou telle doctrine convient, quelle que soit sa consistance, tant est profond et multiforme, chez l'homme, le besoin de croire au merveilleux, de chercher un appui, un refuge au-delà de lui-même, en dehors de sa propre volonté. En outre, pour les adeptes, le chef de l’une ou l'autre de ces sectes guérisseuses est le « maître », le « grand homme » tel que le définissait Freud, c'est-à-dire, en fait, celui qui incarne le « père » auquel chacun de nous, enfant, rêva de s'identifier. Le suivre et répandre son enseignement, c'est donc, dans une certaine mesure, réaliser un rêve de jeunesse.

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