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Publié depuis Eklablog

Publié le par antoiniste

Guérisseurs, qui êtes-vous ?

VI. – Des mains joints de Pierre Bouis à l’annuaire-radar du guérisseur de Taverny (par Elisabeth Granet et André Fournel)

    Si la modestie et la simplicité sont des vertus agréables au Seigneur, on s'explique que Pierre Bouis, « guérisseur mystique », ait été choisi comme intercesseur par les puissances divines. Son minuscule pavillon de Montreuil, précédé d'un jardinet entouré de fil de fer, représente assez bien d'ailleurs l'ermitage d'un anachorète de banlieue.
    La maisonnette est séparée en deux d'un côté le logement personnel du guérisseur et de sa femme, de l'autre une salle toute en longueur, ornée de tableaux de piété et d'une statuette éclairée comme une icône, entourée d'ex-voto, à laquelle fait suite un étroit cabinet.
    C'est là que nous reçoit Pierre Bouis, l'ermite de Montreuil qui reçoit deux cents visites par jour et répond à mille lettres en moyenne par semaine.
    Le teint frais, l'œil pensif, les traits réguliers, il a le maintien réservé d'un vicaire de paroisse bien tenue :
    – La jeune fille qui vous a ouvert la porte est une ancienne malade qui veut bien me servir de secrétaire depuis que je les ai guéris, elle et son père. Et voici M. F..., un « rescapé de la science », qui consent aussi à venir m'aider.
    A la bonne heure, voilà des témoins qui ne se feront pas prier. D'emblée M. F..., un homme maigre mais vif et apparemment en parfaite santé, s'écrie en apprenant l'objet de notre visite :
    – Si vous voulez mon témoignage, je vous le donne : je souffrais d'une décalcification totale, avec « bec de perroquet » à la cinquième vertèbre, les radios en font foi. Condamné par les médecins, vingt séances de rayons à Saint-Antoine pour rien ! Au bout de sept ou huit visites chez Bouis, j'allais beaucoup mieux. Après vingt visites, j'étais même guéri des brûlures causées par les rayons !
    Pour démontrer qu'il a retrouvé toute la souplesse de sa colonne vertébrale, M. F... exécute quelques exercices rythmiques, puis proclame :
    – Il en a sauvé d'autres, allez ! Tant d'autres !

Je prie pour mes frères

    La méthode employée Pierre Bouis pour obtenir ces guérisons est la suivante : face au malade (ou à sa photographie quand il exerce par correspondance), il lève légèrement les mains, se concentre, et adresse intérieurement une prière fervente au Ciel pour demander la guérison de ce frère souffrant. Souvent, pendant cette oraison, le patient ressent, dit-il, une forte chaleur ou un grand froid. De son côté, il déclare éprouver souvent la certitude que sa prière a été entendue ou non.
    Il nous conte, sans vaines fioritures, l'histoire de la découverte de son « pouvoir » :
    – Rien ne me prédestinait à être guérisseur. Encore moins guérisseur mystique... Avant la guerre, j'étais garçon de café ! Gai, un peu bambocheur même, bien que catholique sincère. Et puis, pendant la guerre de 1939-40, blessé grièvement au pied, il fut question de m'amputer. La veille du jour fixé pour l'opération, je me mis à prier de tout mon cœur. Le lendemain, à la surprise du chirurgien, la gangrène avait disparu, rendant l'opération inutile ! J'ai cru à une coïncidence, d'ailleurs. Puis, en revenant de captivité, je suis entré aux Beaux-Arts... Oh ! comme garçon de bureau.
    Une voisine m'avait affirmé que j'avais le « don ». Je racontai la chose au bureau et une dame fonctionnaire m'apporta la photo de son père, chef de cabinet au ministère. Il se mourait. Je fis des passes sur la photo, sans trop savoir comment procéder... et trois jours après, stupéfaite elle-même, cette dame m'apprenait que son père venait de guérir brusquement ! Enhardi, j'essayai ensuite mon pouvoir sur une tumeur à l'estomac, puis sur un bras paralysé. Et j'obtins la guérison de ces deux cas.
    Il y a cinq ans de cela. Maintenant, je refuse quatre cents personnes par jour, faute de temps...

Maladie = expiation

    Pierre Bouis se flatte d'obtenir surtout d'extraordinaires résultats dans toutes les maladies pulmonaires. Il ne craint pas non plus de traiter le cancer et les troubles mentaux, et nous cite des cures dont il est fier. En revanche, il hésite à soigner des « maux mineurs », tels les rhumatismes. Non que son pouvoir lui paraisse en défaut dans ces cas, mais pour des motifs d'ordre mystique :
    – Je crois que nous sommes sur terre pour payer nos dettes. Ces petites misères de santé nous sont envoyées en expiation de nos péchés. Il faut savoir les supporter pour qu'il nous en soit tenu compte au Ciel.
    La ferveur religieuse de Pierre Bouis s'accommode d'une grande considération pour les antoinistes (il a dans son cabinet une photo du Père Antoine, redoutablement chevelu et moustachu) et d'une croyance ferme en la réincarnation.
    – Cela ne m'empêche d'être en bons termes avec le clergé, dont j'ai soigné avec succès de nombreux représentants.
    Il reconnaît volontiers quelques échecs dans ses intercessions, mais ne les attribue pas à une défaillance de son pouvoir :
    – C'est une question de Karma, uniquement. Si le malade n'est pas mûr moralement, ou si son temps d'expiation n'est pas terminé, je sens que ma prière sera inefficace.
    Pour hâter ces délais et, d'une façon générale, réconforter l'âme de ses malades (car Bouis attribue à toute maladie une cause d'ordre moral) le guérisseur mystique organise, tous les vendredis, des prières en commun où se pressent régulièrement soixante à cent fidèles.
    – L'opinion publique de Montreuil m'a d'abord été peu favorable, mais j'espère être venu à bout des préjugés hostiles de la population.
    Il faut ajouter que, pour garder la pureté de son pouvoir, Bouis pratique le désintéressement qui caractérise les guérisseurs sincères. Ses visiteurs versent, à leur gré, l'obole qui leur paraît décente.

Un point de droit

    C'est justement ce fait qui a entraîné son acquittement, lors des poursuites intentées récemment contre lui par l'Ordre des médecins. Cela et son caractère de « guérisseur mystique ».
    En effet, son avocat soutint fort ingénieusement qu'il n'y avait pas « acte de médecine illégale », Bouis se bornant à intercéder, selon ses croyances, auprès d'une entité surnaturelle. Simple intermédiaire entre cette entité et le patient, n'effectuant ni diagnostic ni traitement, ne recevant point d'honoraires, il ne pouvait donc être poursuivi pour exercice illégal de la médecine. Cette thèse et les témoignages des malades emportèrent la décision des juges, et la partie civile fut déboutée.
    – Ce qui n'a pas empêché le docteur G... de me menacer, si je persévérais, de me faire supprimer ma pension d'ancien combattant !

Donnant donnant

    Bouis intercède pour tous ses malades, à quelque confession qu'ils appartiennent. Et il nous conte, sans s'étonner, une anecdote qui illustre l'inextricable mélange de scepticisme et de crédulité qui règne chez certains
    – Un patient était venu, i y a quelques mois, me demander mon aide. « Je suis athée, me dit-il, mais si vous guérissez ma fistule, je serai tenté de croire en Dieu ». Trois semaines plus tard, il revint me voir, surpris et ravi : « Ma fistule est guérie, je suis bien content ! Mais j'ai aussi des troubles hépatiques. Guérissez ma maladie de foie et décidément je croirai en Dieu ! »
    Le foie ayant guéri comme la fistule, Bouis estime avoir définitivement ramené cette âme égarée au Seigneur, par ce détour inattendu...
    – J'ai quinze mille photos à « soigner » aujourd'hui (je consacre tous les jeudis aux prières par correspondance). L'heure s'avance, ajoute Bouis, soucieux. Mais je tiens à vous montrer les attestations de guérison que m'apporte chaque courrier.
    Nous passons au « secrétariat » qui se tient dans la cuisine familiale. La jeune malade-secrétaire s'abrite derrière trois piles de lettres, et répond à chacune d'elle, d'une écriture appliquée, par cette formule que signera ensuite le guérisseur :
    « Je vous promet de faire tout ce qui est en mon pouvoir si Dieu le permet. Aidez-moi par la prière chaque soir et spécialement le vendredi de 16 à 17 heures ».
    Le courrier « répondu », entassé dans des cartons et des boîtes à biscuits, a envahi une petite pièce voisine dont il a fallu déménager les meubles.
    Sur la table, sur la cheminée, Bouis pique au hasard quelques lettres de remerciements, que voici, résumées :
    « Tuberculose l'œil gauche, Traitement aux Quinze-Vingts inefficace. Guérison totale après prières par correspondance (signé Marguerite Brice, Chatou) ». « Brûlure grave par produits chimiques, 3 mois de traitement sans résultat. Guérison par l'intercession de Bouis (M. Brunet, à Charenton) ». « Lésion pulmonaire ouverte sous pneumothorax complètement guérie de l'aveu du médecin traitant après intervention de Bouis (Sonia West, à Colombes) ». « Crises d'angine de poitrine ne se sont plus reproduites depuis prières de Bouis (A. Perrin, à Arcueil) ». « Guérison sans trace visible d'un cancer de la gorge (Aufort, à Montreuil) ». Il va même des lettres du Gabon et de la Tunisie, remerciant pour la guérison par correspondance d'un cancer du rein et d'une tumeur maligne au genou.
    Que répondrait l'Ordre des médecins, s'il condescendait à l'examiner, à ce flot de lettres et de remerciements ? Coïncidences ? Cas multiples d'autosuggestion ? La bonne foi de Pierre Bouis et de ses malades n'est pas douteuse. Et en prétendant soigner le corps par l'âme, ne fait-il pas la preuve, en tout cas, d'une réelle élévation d'esprit ?
    – Mon seul désir, nous dit-il d'un ton ému quand nous prenons congé, est de me perfectionner. Ma seule ambition, de mériter vraiment un jour le nom de thaumaturge.
    Ce n'est pas une ambition vulgaire...

Les guérisseurs de Boulogne-Billancourt
de Villemomble et de Taverny

    Des guérisseurs ? On en compte par centaines dans la banlieue de Paris (une véritable « ceinture de santé » !) et il faut reconnaître que cette multiplicité même a quelque chose d'un peu suspect...
    Certains, du moins, ont une si nombreuse et si fidèle clientèle qu'on peut difficilement douter de la réalité de leur don. C'est le cas de Pierre Bouis, à Montreuil, et c'est aussi le cas de Joseph Bevrowski, à Boulogne-Billancourt.
    Né en France de parents d'origine polonaise, Bevrowski exerçait le métier de mécanicien quand il devint subitement aveugle. Il eut alors l'idée de se confier au célèbre magnétiseur Henri Durville qui non seulement le guérit en quelques se-

Lire la suite en 2me page
Suite de la 8e page

maines, mais découvrit en lui un fluide comparable au sien – et c'est ainsi que, de malade qu'il était, notre homme devint guérisseur.
    Aujourd'hui, Joseph Bevrowski en est à sa vingt-septième année d'exercice et d'apostolat, et sa renommée a, dès longtemps, dépassé les limites de la Seine. Il opère, d'ordinaire, par la seule imposition des mains, et ses clients affirment qu'il ne lui faut guère plus de quatre ou cinq séances (20 minutes environ) pour venir à bout des affections les plus rebelles.
    Lui aussi se présente comme un ami des médecins, et...
    – La preuve en est, dit-il, que j'en compte plus d'un parmi mes pratiques !...
    C'est à Villemomble qu'exerce Mme Mosca qui, pareillement, traite ses malades par la seule imposition des mains. Une femme extraordinaire, à en juger par sa renommée qui a, dès longtemps, franchi les limites de la banlieue parisienne pour s'étendre jusqu'en Angleterre et en Allemagne. Extraordinaire par son « pouvoir », affirme sa clientèle, mais aussi par sa résistance, puisqu'elle tient cabinet de consultations tous les jours, de 5 h. 30 du matin à 8 heures du soir !
    Au cours de la visite que nous avons rendue à cette guérisseuse, nous avons pu interroger quelques-uns des malades qui faisaient antichambre à sa porte, et nous sommes contraints de faire un choix entre tant de témoignages admiratifs recueillis par nous.
    Là, c'est un jeune homme de 25 ans environ qui, atteint d'une sérieuse lésion pulmonaire, s'est vu définitivement guéri (les radios l'attestent) après six semaines à peine de traitement. Plus loin, c'est un autre pulmonaire, M. G. B..., qui nous raconta.
    – Non seulement j'avais une caverne au poumon droit et deux du côté gauche, mais encore je souffrais simultanément d'asthme, de bronchite et d'entérite. Or il a suffi à Mme Mosca de me traiter de mai à septembre pour refaire de moi un individu parfaitement sain, et je vous laisse imaginer la stupéfaction de mon médecin...
    Citons encore le cas de M. C. Bl... atteint d'une hypertrophie de la prostate dont l'opération était jugée indispensable guéri en un mois :
    – Tous les médecins qui m'ont examiné depuis déclarent que ma prostate est redevenue absolument normale.
    ...et de M. T. Gleize, sculpteur sur bois, qui, à la veille de perdre la vue, a, grâce à Mme Mosca, recouvré ses yeux.
    On nous a également cité le cas de deux tumeurs du cerveau reconnues incurables et que la guérisseuse aurait fait disparaître en un temps record.
    Ce qui n'empêche pas Mme Mosca d'être en butte aux tracasseries de la justice. Condamnée, une première fois, à 5.00 francs d'amende, elle a fait appel et doit, précisément comparaître, samedi devant les tribunaux.
    Comment se terminera ce nouveau procès ? En tout cas, Mme Mosca ne souhaite rien tant que de montrer aux incrédules la réalité de son pouvoir :
    – Deux fois par semaine, j'accepte de me rendre bénévolement dans tel ou tel hôpital qui me sera désigné, et sous contrôle médical, je prouverai que je guéris vraiment ! Il faudra bien qu'un jour ou l'autre le sois reconnue « guérisseuse » autrement que par le fisc qui lui, n'hésite pas à me taxer régulièrement comme telle !...
    Nous voici maintenant chez M. L..., guérisseur à Taverny. Un magnétiseur comme bien d'autres, certes, mais qui n'en possède pas moins deux titres particuliers à notre attention :
    D'une part, il n'a jamais été inquiété par la justice. D'autre part, il a une recette bien personnelle pour établir ses diagnostics :
    – Lorsqu'un malade se présente à moi, je tâte minutieusement toutes les parties de son corps, et c'est, en définitive, l'annulaire de ma main droite qui me permet de détecter le mal dont il souffre.
    – Comment, cela ?
    – C'est bien simple : qu'il s'agisse du rein ou de la vésicule biliaire, du foie ou de l'intestin, du poumon ou de l'estomac. Je sens passer dans mon doigt comme une brûlure, parfois comme un courant électrique, dès que j'aborde la partie lésée. Et cela ne m'a jamais trompé !..
    Ainsi, en cas de cancer ? Non. Lorsqu'il s'agit d'un cancer, c'est tout différent mes yeux se baignent de larmes. Seulement, là, je ne peux malheureusement rien !

Le Soir, 30 avril 1951

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Charles Baudouin - Suggestion et autosuggestion (1919)

Publié le par antoiniste

Charles Baudouin - Suggestion et autosuggestion (1919)Auteur : Charles Baudouin
Titre : Suggestion et autosuggestion
Éditions Neuchâtel-Paris, Delachaux & Niestlé, 1919

    Charles Baudouin, né à Nancy le 26 juillet 1893 et meurt à Saconnex-d'Arve (Genève), le 25 août 1963, est un psychanalyste et écrivain français. Il articule ses propres théorisations avec les apports de Sigmund Freud, de Carl Gustav Jung et de Alfred Adler.
    Après des études de lettres, Charles Baudouin se forme à la philosophie à la Sorbonne où il est marqué par les personnalités de Pierre Janet et Henri Bergson. En 1913, alors jeune licencié en philosophie, Baudouin s’intéresse aux travaux d'Émile Coué et contribue à le rendre célèbre. Il cofonde, la même année, avec Coué, l’École lorraine de psychologie appliquée.
    En 1915, Pierre Bovet et Édouard Claparède l'invitent à participer aux travaux de l'Institut Jean-Jacques Rousseau, future faculté de psychologie et des sciences de l'éducation de l'université de Genève, où il est nommé professeur. Sa présence en Suisse lui permet de se rapprocher de Romain Rolland dont le manifeste Au-dessus de la mêlée est pour lui une révélation.

    Dans Suggestion et autosuggestion, il cite Pierre Janet qui évoquait Antoine le Guérisseur.
    Il est également l'auteur de La Force en nous (1923), de La Discipline intérieure (avec Dr Laestchinski)(1924) qui évoque la Science chrétienne, de Culture de la force morale (1917) ou de Tolstoi éducateur (1921).

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Un précurseur (Gerard-Gailly in La Meuse, 2 août 1925)(belgicapress.be)

Publié le par antoiniste

Un précurseur (Gerard-Gailly in La Meuse, 2 août 1925)(belgicapress.be)UN PRÉCURSEUR

La merveilleuse histoire du guérisseur Christophe Ozanne,
à qui Louis XIV ne craignit pas d'avoir recours

CHRONIQUE INEDITE

    Entre mille soucis fort graves, les journaux de ces derniers temps ont été occupés par l'aventure d'un guérisseur populaire nommé Béziat et condamné pour exercice illégal de la médecine. Quantité de gens qu'il avait guéris étaient venus l'assister à son procès et lui avaient apporté, dans le prétoire de Toulouse, quantité de fleurs.
    Le délit d'exercice illégal de la médecine ne réside pas dans le fait que l'on guérit sans diplôme, mais que l'on guérit en se faisant payer. Or, Béziat, qui avait longtemps pratiqué son art en apôtre désintéressé, avait été imposé par le fisc pour son métier de guérisseur. Comme les temps sont changes !) Il jugea donc normal et nécessaire de réclamer une redevance de ses malades. D'où le procès.
    La dévotion publique s'est toujours exercée à l'endroit de ces hommes bienfaisants. Et il est à peine besoin de rappeler ici la noble figure du père Antoine, de Jemeppe-sur-Meuse, si noble qu'elle est devenue le centre d'un culte véritable, ayant ses temples de Liège à Monaco, en passant par Paris, ayant son catéchisme et jusqu'à ses uniformes.

***

    Ces guérisseurs n'ont jamais manqué. Et le fisc n'empêchera point qu'on n'en voie de nouveaux. Mais combien dure leur vogue ? Combien durera le culte de Béziat ?
    Voici une figure, celle d'un homme simple et fervent, qui attira, au XVIIme siècle, les multitudes sur les collines de Mantes-la-Jolie. Il s'appelait Christophe Ozanne. Il ne savait ni lire ni écrire. Tout enfant, il vagabonda dans les forêts, il étudia le royaume des plantes ; il fut, de seize à vingt ans, berger d'une châtelaine qui aimait soigner et qui l'associa à ses bienfaisantes pratiques.
    Il devint ensuite « facteur de meules », dans la forêt d'Arthies. De tous les cantons voisins, on s'en venait lui montrer des plaies, et on l'appela « le médecin ». Après dix ans de ce séjour sylvestre, il rentra dans sa maison natale de Chaudray. Et, durant une trentaine d'années, il soigna les pauvres gens.
    Son renom atteignit Paris. Un duc, se moquant des moqueries, vint le voir et revint guéri. Après le duc, un financier millionnaire. Celui-ci lui envoya, en signe, de reconnaissance, cent écus, ce qui équivaudrait à 6.000 francs au moins de notre monnaie actuelle. Les cent écus furent renvoyés sans un mot au financier.
    Dès lors, un enthousiasme délirant souleva les Parisiens, qui voulurent que Christophe s'installât à Paris. Christophe refusa. Et ce fut Paris qui se rua vers Mantes et Chaudray. Ce fut, à la lettre, « un torrent ». Il fallut organiser un service spécial de diligences entre Paris et la cabane du paysan. Il fallut pourvoir au logement des malades. On organisa des jeux de paume. On appela des chanteurs de l'Opéra. Chaudray devint une sorte de Deauville.
    Jusqu'au fond de sa Hollande, Pierre Bayle, et jusqu'au fond de son Allemagne, Leibnitz, furent occupés par la prodigieuse réputation de Christophe. On fit des épigrammes, des chansons, des livres de trois cents pages, une comédie ! Un peintre se transporta à Chaudray pour fixer les traits de Christophe. On lança des « vues » de sa cabane.
    De hautes dames, religieuses dans les couvents aristocratiques, voulurent aller le voir. Bossuet fut mêlé à cette affaire. Il se fâcha. Il alla à Mantes. Mais il se calma, quand il eut appris la piété et la charité de Christophe. Il voulut prendre une consultation pour le compte de ses religieuses. Christophe refusa de le recevoir s'il ne venait pas pour lui-même. Et Bossuet dut accorder à ses « filles » l'autorisation de quitter leur « clôture », qu'il leur avait d'abord refusée.
    Mais il y eut mieux que le duc de Grammont, que le financier Turmenies, que Bossuet. Le roi Louis XIV enjoignit à Christophe Ozanne (l'ordre en est conservé aux archives nationales) de se transporter à l'abbaye de Maubuisson, pour y soigner, non plus une simple religieuse, mais l'abbesse elle-même, et quelle abbesse ! C'était la fille de Frédéric IV, roi de Bavière, et d'Elisabeth Stuart, donc la petite-fille du roi Jacques Ier d'Angleterre. Cette fois, Christophe dut quitter sa cabane.
    Ce « torrent » dura cinq ou six ans, malgré les médecins. Christophe recevait quotidiennement deux cents malades, dont le monôme enveloppait les clôtures de son maigre domaine, sans lui permettre d'en sortir de toute la journée.
    Mais tant de succès n'avait pu entamer la modestie de Christophe. Il gardait son même costume de droguet montrant la corde, et son chapeau noir à larges bords, tout difforme, dont il ne se départait jamais. Il avait une barbe blanche. Ses yeux étaient petits. Sa figure s'ornait de poireaux aux belles dimensions. Bref, une tête de patriarche, et de patriarche presque silencieux. On lui avait construit, comme au père Antoine, une manière de temple à côté de sa cabane. Il ne consentit jamais à y transporter ses bienfaisants miracles. Il voulait finir comme il avait commencé, au sein de la misère et parmi les seuls misérables. Et, quand le « torrent » se fut écoulé, il n'en fut pas plus marri qu'il ne s'était réjoui de le voir déferler sur sa colline. II était indifférent à sa mission qu'on l'eût d'abord raillé, puis encensé, et qu'on l'oubliât, du moins à Paris.
    Il mourut à quatre-vingts ans, en 1713. Son neveu prit sa succession. Puis d'autres Ozanne, ses collatéraux. Il y eut même, au cours du XVIIIme siècle, un « contrefacteur », grâce à une homonymie.
    A la Révolution de 1789, le culte Christophore mourut. Et, en 1796, le successeur du nom précieux devint, le plus simplement du monde, officier de santé.
    Je suis allé à Chaudray. J'ai interrogé. Mais la colline n'a gardé aucun souvenir de son enfant merveilleux, ni des foules bigarrées qui l'escaladèrent à l'époque du grand Roi.
                                                                                               GERARD-GAILLY.

La Meuse, 2 août 1925 (source : belgicapress.be)

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A.-C. Bégot - Science chrétienne et antoinisme : la question thérapeutique à l'épreuve du temps (2000)

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A.-C. Bégot - Science chrétienne et antoinisme : la question thérapeutique à l'épreuve du temps (2000)

Auteur : Anne-Cécile Bégot
Titre : Science chrétienne et antoinisme : la question thérapeutique à l'épreuve du temps (pp. 601-609)
Éditions : T. 30, No. 4, Octobre-Décembre 2000, LES NOUVEAUX MOUVEMENTS: RELIGIEUX (Ethnologie française)
Presses Universitaires de France
https://www.jstor.org/stable/40991515


Résumé :
    La science chrétienne et l'antoinisme ont, à leur création, fait de la guérison une pratique centrale de leur culte. Or, en dépit de la place importante accordée à la santé dans les sociétés contemporaines, ces groupes, qui font toujours partie du paysage religieux français, sont actuellement sur le déclin. Leur histoire interne, examinée sous l'angle du prophétisme, et leurs rapports à la société globale constituent les principaux éléments permettant de comprendre ce phénomène.

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Danielle Hemmert & Alex Roudène - L'étrange pouvoir des guérisseurs (1994)

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Danielle Hemmert & Alex Roudène - L'étrange pouvoir des guérisseurs (1994)

Auteurs : Danielle Hemmert et Alex Roudène
Titre : L'étrange pouvoir des guérisseurs
Éditions : Famot, Genève, 1980 (254 pages)

4e de couverture :
    Le miracle de la guérison est aussi vieux que le monde. Mais c’est seulement à notre époque qu’il nous est donné d’approcher ses lois. Connaissez-vous votre « éthérique", avec ses lignes de force et son réseau d’énergie ? Connaissez-vous ces forces cosmiques qui circulent comme le sang dans les artères ? Par ces voies passent des guérisons incroyables défiant toute logique, mais seuls peu d’hommes sont capables de les manier. On les nomme les guérisseurs.

 

    On peut lire, aux pages p.164-166, sur l’antoinisme les lignes suivantes :

Sous la barbe du Père Antoine...

    Il y avait jadis un enfant de douze ans, fils de pauvres mineurs. Il était né dans la province de Liège le 7 juin 1848. Et tous les jours, depuis ses douze ans, il descendait dans la mine avec son père et son frère. La misère le mena jusqu'en Allemagne, puis en Russie. Elle le ramena en Belgique, et, las de voyager, il se maria. Il s'installa aussitôt comme ouvrier métallurgiste à Jemeppe-sur-Meuse. Cet homme se nommait Antoine. C'était son nom de famille. Il était d'un naturel doux et charitable. Mais il était triste : une maladie de l'estomac l'épuisait. Un jour, on lui prête Le Livre des Esprits d'Allan Kardec, et, bien que sachant à peine lire et écrire, il en entreprend laborieusement la lecture : c'est l'illumination !
    Maintenant, Antoine, grâce à une petite table, s'entretient avec le docteur Carita, et, de l'Au-Delà, on lui enseigne que les maux physiques n'existent pas : il n'y a que le péché qui existe ! Aussitôt, Antoine, par la vertu de la prière et des fluides, efface ses péchés, et, miracle ! ses maux d'estomac disparaissent à jamais ! Ne pensant alors qu'à guérir les autres, sa renommée s'étend. On vient à lui de tous côtés. Il rend la vue aux aveugles, empêche les boiteux de boiter : c'est une pluie de miracles ! Les médecins s'agitent. On traîne Antoine devant les tribunaux pour exercice illégal de la médecine. Mais comme il ne prescrit aucun remède, il est acquitté. On ne va pas le chicaner pour une prière ! Et sitôt après le procès, il devient Antoine-le-Guérisseur.
    On l'appelle « le Père ». Sa femme devient « la Mère ».
    Puis, en 1912, le Père Antoine se « désincarne ». Mais la Mère prend la direction de ce nouveau spiritualisme, et les adeptes se multiplient. Un clergé se constitue : ce sont les « Frères habillés » et les « Sœurs habillées ». A leur tour, ils opèrent des guérisons.
    Au 34 de la rue Vergniaud, à Paris, on voit l'église antoiniste, et sa flèche dépourvue de croix. Mais ailleurs, 49 rue du Pré-Saint-Gervais, voici une église plus moderne, avec ses bancs de bois clair et sa tribune à mi-hauteur qui court tout le long de l'église. Le mur de face, devant les fidèles agenouillés, est couvert de cette inscription en lettres monumentales : « Culte antoiniste, tous les dimanches, à 10 heures. »
    L'enseignement du Père, c'est l'enseignement du Christ révélé à cette époque par la foi.

L'auréole de la conscience

    « Un seul remède peut guérir l'humanité : la foi. C'est de la foi que naît l'amour : l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même. Ne pas aimer ses ennemis, c'est ne pas aimer Dieu, car c'est l'amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend digne de le servir. C'est le seul amour qui nous a fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité. »
    Une table élevée remplace l'autel. Derrière, une très haute chaire avec escalier. Faisant retable, un triptyque : au milieu, le Père, un vieillard avec la barbe en fleuve, vêtu d'une soutanelle noire, les yeux fermés, la main droite en avant, comme pour l'imposition. C'est le Père « faisant l'opération ». A gauche, la Mère, une femme âgée, simple. A droite, un arbre : c'est l'Arbre de la science de la vue du mal. Un Frère, en soutanelle noire, boutonnée jusque sous le menton, prie à haute voix, et chacun s'associe à sa prière. Ensuite, il lit un chapitre de l'enseignement du Père.
    Les fidèles trouvent dans sa doctrine un réconfort profond.
    « Le Père a changé ma vie ! » entend-on fréquemment.
    Dans chaque temple, le Père « fait l'opération », à dix heures précises, les cinq premiers jours de la semaine. Cette ponctualité a un sens : il faut que dans tous les temples du monde les Frères fassent la prière à la même heure, pendant que le Père agit dans l'autre vie. Car le pouvoir de guérir les maux physiques et moraux appartient au Père seul. Les Frères ne sont que ses intermédiaires.
    Mais tous les temples sont ouverts aux personnes souffrantes pour des opérations particulières. Un Frère ou une Sœur de service chasse alors gratuitement le mal. Sur la table du vestibule du temple du Pré-Saint-Gervais, il y a des numéros d'ordre qui seront distribués aux malades. Le Frère ou la Sœur de service les reçoit successivement dans une petite salle sous le portrait du Père.
    Où avez-vous mal ? demande le Frère.
    La réponse donnée, il lève les mains vers le Père et prie. Les mains, comme par de grandes passes magnétiques, chassent le mal.
    Père, guéris cet homme de son mal !...
    Et le malade, soudain guéri, demeure ahuri. Des dizaines et des dizaines de milliers de gens sont passés là. Tous ont été guéris. J'en ai eu de multiples preuves...

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Robert Destez - Paris Secret p.56-57 (L'Art belge, 1er janvier 1951)

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La foi qui guérit (Le Soir, 15 octobre 1903)(Belgicapress)

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La foi qui guérit (Le Soir, 15 octobre 1903)(Belgicapress)

La foi qui guérit #2 (Le Soir, 15 octobre 1903)(Belgicapress)

Encyclopédie du SOIR – 15 octobre 1903

LA FOI QUI GUÉRIT

Antoine le guérisseur. – Sceptiques et spirites. –  Miracles anciens et miracles modernes. – Narcose et suggestion. – Le périsprit. – Miracles scientifiques.

    La Justice instrumente, paraît-il, contre Antoine le guérisseur. Louis Antoine est un Belge dont la demeure, à Jemeppe-sur-Meuse, est devenue un lieu de pèlerinage, Découragés, désespérés, abandonnés « de tous » vont lui demander le salut.
    Louis Antoine procède par l'imposition des mains. Jamais il n'ordonne de remèdes ; et il opère gratuitement – si cela peut s'appeler opérer.
    Nous parlons d'après la légende, bien entendu.
    La Justice s'est demandé si soulager son prochain par la méthode d'Antoine ne tombe pas sous les coups de la Loi ?
    La fôôôôrme avant tout !
    les choses se passent à Jemeppe comme on les raconte, nous espérons un non-lieu ; non pour Antoine, à qui un peu de « persécution » ne déplairait point, sans doute, mais pour la justice belge.
    Le contraire advenant, la logique exigerait des poursuites contre les sanctuaires miraculeux et contre les médecins hypnotiseurs.
    Peut-être même contre les avocats – et les procureurs du Roi, qui s'emploient à obtenir condamnation ou acquittement par suggestion.
    La suggestion à l'état de veille est sans grand danger, mais procureurs et avocats n'opèrent pas toujours sur des magistrats à l'état de veille !

*
*     *

    Qu'est-ce que cet Antoine ?
    Un charlatan ou un toqué, disent les uns.
    Un être doué de merveilleux pouvoirs psychiques, un de « ces très privilégiés qu'une force très active du monde spirituel – supérieure à toute autre – protège... »
    Il est probable qu'Antoine n'est rien de tout cela, et qu'il ne mérite ni cet excès d'outrages, ni cet excès d'éloges. Son histoire nous apparaît toute simple.
    Vivant dans une région atteinte par l'épidémie spirite, ayant lu que les thaumaturges et les magnétiseurs guérissaient par l'imposition des mains et par la suggestion, Antoine a essayé. Il aura trouvé des sujets ayant la foi, donc guérissables. Et il a réussi. Les premières guérisons – il n'y a que les premières qui coûtent dans cette voie-là – ont augmenté sa foi en sa vocation, et la foi des souffrants dans son pouvoir.
    D'où la réputation et la vogue du guérisseur.
    D'où la joie des adeptes du spiritisme, et les sarcasmes, d'une certaine classe de sceptiques.
    Faut-il le dire ? La joie des disciples d'Allan Kardec est aussi peu fondée que les critiques de prétendus positivistes.
    Le Journal de Liége s'est contenté de railler.

    « Tous les témoignages recueillis jusqu'ici, imprime-t-il, démontrent plutôt que la clientèle du sieur Antoine se compose généralement de gens faibles d'esprit.
    » Un ouvrier d'usine souffrait d'un dérangement d'estomac, Il alla donc trouver Antoine, et dut faire le pied de grue pendant plus de deux heures. Notez donc, il avait le n° 220 ! Le médium plaça la main sur la tête du patient, ne-lui prescrivit aucun remède, aucun régime, et lui recommanda seulement de dire des prières.
    » Et le brave ouvrier est parti avec la conviction qu'il allait guérir, si bien qu'aujourd'hui il affirme avoir une telle confiance en cet homme que, s'il se trouvait encore malade, il n'hésiterait pas à aller encore le voir. »

    Le Laboureur, lui, s'est mis franchement en colère, et, sous le titre : Le spirite guérisseur et la bêtise humaine, il écrit :

    « L'Humanité, ignorante et souffrante, aura donc toujours les mêmes croyances ridicules et superstitieuses ! Actuellement, à Waremme, il y a un engouement insensé en faveur d'un soi-disant guérisseur de tous les maux, spirite de sa religion et omniscient. Des pauvresses et de bons bourgeois, des dames très cagotes et des indifférents s'en vont vers le Rivage (1) consulter l'homme tout-puissant.
    »... Que des gens, catholiques croyants, aillent déclarer croire sincèrement au spiritisme, religion tout autre, ce n'est déjà pas mal. Les curés leur donneront-ils encore l'absolution ?
    » Que ces gens admettent ensuite que, par un simple attouchement, un peu de graisse frottée sur les tempes et quelques paroles de rebouteux, phtisie, gastrite, rhumatismes, bras cassés, épaules démises, etc., tout cela va disparaître comme par enchantement, c'est d'une bêtise incommensurable. Pauvre Humanité qui ne sait sortir d'une superstition que pour retomber dans une autre !...
    » D'où vient donc cette aberration de la raison humaine ?
    » De l'ignorance d'abord. Combien de gens connaissent le corps humain et le fonctionnement des organes ? Combien savent les règles les plus simples de l'hygiène publique ou privée ? Combien connaissent les lois physiques et chimiques élémentaires de notre vie animale ? Et qu'ont fait et que font les pouvoirs publics et les particuliers pour répandre la vérité !
    » De la misère ensuite ! qui laisse dans la crotte et la débauche et le vice, tant de gens irresponsables. Et encore une fois qu'a-t-on fait pour relever ces misérables. L'Eglise les abêtit, et le capitalisme les meurtrit.
    » Etudions donc, camarades ; lisons, répandons la vérité partout. »

    A cela le Messager (organe spirite de Liége) répond ceci :

    » Franchement, quand on fait état de l'ignorance prétendue du prochain, il faudrait, au moins, ne pas fournir la preuve évidente de la sienne propre, dans l'article même où l'on semble se donner un brevet de capacité.
    » Le moindre bon sens, à défaut d'étude théosophique même élémentaire, suffit à faire justice de certaines assertions de cet étrange philosophe, qui ne sait pas distinguer entre un don naturel incommunicable, une faculté innée attachée à la personne, et un remède ou une méthode de nature toute matérielle, aisément divulgable.
    » Par un long entrainement, on acquiert aussi certains pouvoirs psychiques ; mais, précisément parce qu'ils sont psychiques, tout autre ne pourra se les assimiler qu'en suivant la même voie.
    » En voilà assez. »

    On le voit, le Laboureur et le Messager se reprochent mutuellement leur manque de connaissances physio-chimiques et physio-psychiques.
    Et ils pourraient bien n'avoir tort ni l'un ni l'autre.
    L'un crie au miracle, et l'autre à l'imposture, là où il n'y a probablement que suggestion.

*
*     *

    La foi des clients d'Antoine est une foi superstitieuse, puisqu'ils supposent le guérisseur doué d'un pouvoir surhumain. Mais la foi d'Antoine, surajoutée à celle de ses clients, guérit.
    Le phénomène a été décrit, et bien décrit, par Charcot dans la Foi qui guérit.
    Foi fondée ou foi erronée, la foi intense sauve. La conviction profonde que le dieu ou l'homme à qui on s'adresse a le pouvoir de guérir est presque toujours opérante – lorsque le croyant est guérissable, ainsi que nous le verrons plus loin.
    On savait cela du temps des Grecs et des Egyptiens déjà.
    Les murs de l'Asclépiéion d'Athènes, fils direct des sanctuaires de l'ancienne Egypte, étaient couverts d'ex-voto : bras, jambes, cous, seins en matière plus ou moins précieuse, objets représentatifs de la partie du corps qui avait été guérie par intervention miraculeuse.
    Sérapis, Asclepiéion, Antoine, dieu ou homme, celui qui sait inspirer la foi guérit.
    Mais ce miracle, les médiums hypnotiseurs savent l'accomplir aussi. Et voici qui prouve bien que ce n'est point par le pouvoir du médium, mais par la foi du malade que le miracle advient.
    Il s'agit de la suggestion pendant la narcose.
    On sait que de tous les procédés, le sommeil provoqué par l'hypnotisation est celui qui permet la suggestion la plus efficace.

    « Malheureusement, écrit le docteur Farez dans la Revue de l'Hypnotisme, malheureusement, chez certains malades, c'est en vain qu'on s'acharne à vouloir produire l'hypnose ; trop concentrés ou trop distraits, ils sont mal ou peu impressionnés par les procédés psycho-physiologiques communément employés. Pour ces cas rebelles, on a proposé, comme ressource suprême, la chloroformisation.
    » Il est vrai que la thérapeutique morale a enregistré un certain nombre de guérisons survenues à la suite de suggestions faites pendant la narcose chloroformique. Mais le chloroforme est d'un maniement fort délicat ; il comporte, pour nos malades spéciaux, des complications et des inconvénients multiples, surtout au réveil. En somme, nous ne l'employons qu'exceptionnellement et après bien des hésitations.
    » Pour les malades justiciables de la psychothérapie et réfractaires à l'hypnotisation je propose de remplacer le chloroforme par quelques dérivés halogénés (2) de l'éthane et du méthane, en particulier par un mélange dont je me sers couramment dans ma pratique, depuis plusieurs mois, et qui est ainsi constitué : chlorure d'éthyle, 65 ; chlorure de méthyle, 30, et bromure d'éthyle, 5. »

    Ce mélange est inoffensif, et met promptement le malade dans un état favorable à la suggestion curative – surtout à la suggestion indirecte pratiquée avec succès par le docteur Farez.

    « De nombreux malades, rapporte le collaborateur de M. Bérillon, des neurasthéniques, par exemple, s'acharnent à réclamer de l'hypnotisme la guérison de leurs misères ; mais aucun médecin n'a pu les endormir à fond, et ils s'en plaignent amèrement ; ils sont persuadés en effet, que seule pourra les guérir la suggestion qui leur sera faite pendant qu'ils dormiront d'un sommeil profond, avec inconscience, et, au réveil, amnésie complète. Suggestionnés pendant l'hypernarcose, ils guérissent, non pas, bien entendu, par la vertu de la suggestion elle-même, mais en vertu de la « faith healing » ; ils ont foi en la puissance curative de la suggestion faite dans ces conditions : leur état d'esprit opère la guérison. »

    Le Laboureur a tort de nier les miracles de la foi, mais le Messager est loin d'avoir raison lorsqu'il les attribue à la médiumnité.

*
*     *

    Ces miracles sont de simples miracles, relevant de la « faith healing », dont le domaine est connu, limité. Pour produire ses effets, elle doit s'adresser à des cas dont la guérison n'exige aucune autre intervention que la puissance que possède l'esprit sur le corps.

    « Ses limites, dit Charcot, aucune intervention n'est susceptible de les lui faire franchir, car nous ne pouvons rien contre les lois naturelles. On n'a, par exemple, jamais noté, en compulsant les recueils consacrés aux guérisons dites miraculeuses, que la « faith healing » ait fait repousser un membre amputé. Par contre, c'est par centaines qu'on y trouve des guérisons de paralysies, mais je crois que celles-ci ont toujours été de la nature de celles que le professeur Russell Reynolds a qualifiées de terme général de paralysies dependent on idea. »

    Oui, mais les tumeurs, les ulcères ? Ne sont-ils pas guéris par la foi aussi ?
    Charcot est loin de le nier, mais il ajoute que, dans certains cas, le « faith healing » peut parfaitement faire disparaître, des ulcères et des tumeurs, mais des ulcères et des tumeurs, qui, en dépit de l'apparence, sont de la même essence que les paralysies dont parle Russell Reynolds :

    « La guérison plus ou moins soudaine des convulsions et des paralysies était autrefois considérée comme un miracle thérapeutique du meilleur aloi. La science ayant démontré que ces phénomènes étaient d'origine hystérique, c'est-à-dire non organiques, purement dynamiques, la guérison miraculeuse n'existerait plus en pareille matière. Pourquoi cela ? Et s'il était démontré encore que ces tumeurs et ces ulcères, autour desquels on mène tant de bruit, sont aussi de nature hystérique, justiciables, eux aussi, de la même « faith healing » que les convulsions et les paralysies, c'en serait donc fait du miracle. »

    Et Charcot conclut très logiquement qu'on a tort de jeter tant de défis à la face de la science, qui finit, en somme, par avoir le dernier mot en toutes choses.

*
*     *

    Ceux qui se targuent d'être des « gens de bon sens » ne le sont pas toujours.
    Nier le soulagement par l'imposition des mains est ridicule.
    D'autre part, les spirites prennent volontiers leurs désirs pour la réalité. Il existe, sans nul doute, des forces inconnues, des sens en formation, mais c'est assurément se hasarder beaucoup de conclure de cela à un monde de désincarnés, intervenant plus ou moins directement dans les affaires des incarnés.
    Le périsprit existe peut-être, mais il nous faut d'autres preuves que des affirmations pour l'admettre comme une vérité mathématique.
    M. Léon Denis (3), penseur bien intentionné s'il en fût, nous en fait cette description, d'après M. Gabriel Delanne :

                     L'esprit et sa forme  
    « En tout homme , vit un esprit.
    » Par esprit, il faut entendre l'âme revêtue de son enveloppe fluidique ; celle-ci a la forme du corps mortel, et participe de l'immortalité de l'âme, dont elle est inséparable.
    » De l'essence de l'âme nous ne savons qu'une chose : c'est qu'étant indivisible, elle est impérissable. L'âme se révèle par ses pensées et aussi par ses actes, mais pour qu'elle puisse agir et frapper nos sens physiques, il lui faut un intermédiaire semi matériel, sans quoi son action nous paraîtrait, incompréhensible. C'est le périsprit, nom donné à son enveloppe fluidique, invisible, impondérable. Il faut chercher dans son action le secret des phénomènes spirites.
    » Le corps fluidique, que chaque homme possède en lui, est le transmetteur, de nos impressions, de nos sensations, de nos souvenirs. Antérieur à la vie actuelle, survivant à la mort, c'est l'instrument admirable que l'âme se construit, se façonne elle-même à travers le temps ; c'est le résultat de son long passé. En lui se conservent les instincts, s'accumulent les forces, se groupent les acquisitions de nos multiples existences, les fruits de notre lente et pénible évolution.
    » La substance du périsprit, est extrêmement subtile ; c'est la matière à son état le plus quintessencié ; elle est plus raréfiée que l'éther ; ses vibrations, ses mouvements dépassent en rapidité et en pénétration ceux des substances les plus actives. De là la facilité des esprits à traverser les corps opaques, les obstacles matériels, et à franchir des distances considérables avec la rapidité de la pensée. »

    Le concept est consolant à certain point de vue, mais il témoigne, chez son auteur, de plus d'imagination que de méthode scientifique.
    La moindre preuve ferait mieux notre affaire.
    Oh ! nous connaissons les arguments des spirites. Ils ne sont pas sans valeur, hâtons-nous d'en convenir.
    Il est ridicule de demander des apparitions ou des phénomènes d'apport ou de lévitation à heure fixe.
    Il y a des nageurs adroits ; jetez-le plus habile d'entre eux dans l'eau glacée ou dans l'eau bouillante : il se noiera. Cela permet-il d'affirmer que notre homme ne savait pas nager ?
    Prenez deux individus, l'un parlant uniquement l'anglais et l'autre ne connaissant que le russe ; placez-les aux deux bouts d'une ligne téléphonique. Ils ne parviendront pas à s'entendre. Cela signifie-t-il que le téléphone n'existe pas ?
    La production de tel ou tel phénomène exige telles ou telles conditions. Il faut probablement, pour produire des phénomènes de lévitation, des conditions d'ambiance que nous ignorons, qui ne se rencontrent fortuitement qu'à de rares moments.
    Doit-on pour cela, comme le font les hommes de bon sens crier à l'impossible et à la tromperie ?
    Non point, répondons-nous.
    Mais si le plus sage est de ne rien nier, ne serait-il pas au moins tout aussi sage de ne pas donner pour miraculeux des phénomènes dont nous ignorons les causes ?
    On ignorait les procédés permettant la cristallisation de la glycérine. Un jour un baril e glycérine se cristallisa en cours de route, entre Paris et Vienne. Personne ne s'est avisé de prononcer le mot miracle à ce propos.
    La guérison opérée en dehors des moyens dont la médecine curative semble disposer d'ordinaire est un fait acquis, incontestable.
    Mais que démontre-t-il, ce fait ?
    Le miracle ?
    Soit.
    Mais ce miracle, la science l'opère.
    Et cela prouve évidemment l'influence de l'esprit sur la matière, mais cela n'établit pas l'existence d'esprits et de périsprits.
    Avec un seul mot on peut faire rire ou pleurer son semblable, c'est-à-dire lui donner peine ou joie.
    Où est le miracle ?
    Mais encore, objectera-t-on, l'homme connait si peu de choses.
    On s'en aperçoit bien en lisant ce qui s'écrit !
    Il faut toujours être en garde contre le vieux levain misonéiste qui fermente en nous, mais il faut aussi se méfier de l'imagination – la folle du logis.
    L'inconnu n'est pas nécessairement l'inconnaissable.
    L'inconnu n'implique nullement le miracle.

    « Tout d'abord, a dit Lodge, les choses paraissent mystérieuses. Une comète, la foudre, l'aurore, la pluie sont autant de phénomènes mystérieux pour qui les voit la première fois. Mais vienne le flambeau de la science, et leurs relations avec d'autres phénomènes mieux connus apparaissent ; ils cessent d'être des anomalies, et si un certain mystère plane encore sur eux, c'est le mystère qui enveloppe les objets les plus familiers de la vie de chaque jour. »

    Les mystères d'aujourd'hui deviennent thème d'enfant demain.
    Le phonographe, la télégraphie sans fil, la suggestion auraient été catalogués comme authentiques miracles il y a cent ans.
    De ces miracles, on en a fait des numéros de foire. Combien d'autres auront le même sort !

                                                                                                 D’ARSAC.

(1)  Jemeppe-sur-Meuse et les rives industrielles du fleuve.
(2) On appelle halogènes Les métalloïdes qui se combinent directement avec les métaux pour former, des sels ; les produits, qui, en résultent sont, dits : dérivés halogènes ; tels sont les chlorures, bromures, etc.
(3) L’invisible. Spiritisme et Médiumnité. Les fantômes des vivants et des morts.

Le Soir, 15 octobre 1903 (source : Belgicapress)

    Le Messager publiera une réponse de la part de Victor Horion dans son édition du 1er novembre 1903.

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Dr. Pierre Schuind - Guérisseur (La Meuse, 20 mai 1910)(Belgicapress)

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Dr. Pierre Schuind - Guérisseur (La Meuse, 20 mai 1910)(Belgicapress)

GUERISSEUR !

Chronique inédite (1)

    Nous pouvons nous réjouir : des milliers de personnes déclarent avoir été guéries du cancer, de la tuberculose et d'autres maladies graves. Le remède est très simple : il consiste à soigner et guérir l'âme des malades. Sitôt l'âme guérie, le corps se débarrasse de ses maux.
    Nous savions déjà que la suggestion jouait un rôle important dans le traitement de toutes les maladies, qu'elle les guérissait parfois, mais jamais nous n'aurions eu la prétention de guérir, par cette méthode, le cancer ou la tuberculose. Tout au plus parvenions-nous, en l'employant, à diminuer les douleurs ou la dyspnée, à rendre au malade la confiance en l'avenir.
    Les lecteurs connaissent tous un guérisseur mystique dont les adeptes nombreux vont partout, jusque dans la grande presse, chanter la gloire et la puissance. C'est peut-être une personnalité intéressante, comme beaucoup pourraient l'être s'ils avaient la naïveté de croire à leur supériorité.
    C'est, dit-on, un très honnête homme.
    Je le crois volontiers.
    Mais ce que je ne puis admettre, c'est l'heureuse influence de son enseignement sur les maladies terribles contre lesquelles l'humanité se débat depuis des siècles. Une question se présente d'elle-même à l'esprit de tout homme cultivé :
    – Quel contrôle a-t-on établi de ces guérisons miraculeuses ? En existe-t-il un ?
    On demande aux gens qui se prétendent guéris autre chose que leur affirmation. A l'ouvrier qui viendra me dire :
    – Je souffrais de phtisie, le guérisseur m'a sauvé.
    Je répondrai :
    – Où sont vos certificats médicaux ?
    Je les demanderai aussi à celui qui prétendra lui devoir la disparition d'un cancer.
    Le public est naturellement porté à exagérer l'importance de son mal. Quand un malade se relève d'une pneumonie simple quatre-vingt dix-neuf fois sur cent il déclare en racontant les péripéties de sa maladie :
    – J'ai souffert d'une double pneumonie.
     Comme s'il y avait déshonneur à n'avoir qu'un seul poumon atteint !
    L'ulcère de l'estomac devient dans la bouche des gens peu instruits des choses médicales le terrible cancer.
    La désinence est la même, la confusion explique. Le premier se guérit très souvent. Le second est mortel. Le malade désespéré s'en va porteur de son pseudo-cancer consulter l'homme qui guérit. Dans son temple où des centaines de croyants unissent leurs pensées vers un être qu'ils croient tout-puissant, celui-ci apparaît différent des autres, impressionnant dans son calme, incompréhensible dans son discours. Rien que sa vue suggestionne, les cœurs naïfs se sentent dominés et l'on voit alors les paralytiques marcher, les aveugles trouver leur chemin. Ceux qui souffrent éprouvent aussitôt un bien-être parfait. Malheureusement, ces améliorations ne sont que passagères.
    Suggestion que tout cela, ni plus ni moins que l'influence produite par la salle d'attente du dentiste.
    Les paralytiques qui marchent tout à coup, est-ce donc une chose si neuve ? Les aveugles qui retrouvent la vue, les muets qui se mettent à parler, mais c'est vieux comme le monde !
    Ce qui surprendrait vraiment serait de voir allonger la jambe d'un boiteux, disparaître la convexité d'un œil myope, renaître un œil atrophié.
    Les thaumaturges n'en sont pas encore là, c'est pourquoi leurs miracles ne seront jamais admis par les gens instruits.
    On a suffisamment discuté les guérisons de Lourdes. La plupart des médecins admettent l'heureuse influence des grands pèlerinages à la grotte célèbre dans certaine maladie. C'est un moyen thérapeutique souvent recommandé. Produit-il des miracles ? Cela dépend du sens que l'on donne à ce mot. Le croyant répond oui, le sceptique non.
    Toujours est-il que l'on a établi à Lourdes un service médical de vérification. Les cures ne s'y font plus dans l'intimité, mais sous le contrôle des médecins du monde entier, quelles que soient leurs convictions philosophiques. C'est là une façon d'agir très correcte, il faut le reconnaître. Le contrôle médical est une sauvegarde pour le malade.
    Lorsque ce contrôle n'existe pas, l'œuvre des guérisseurs ne peut être prise au sérieux. Comment savoir au juste l'affection dont souffraient les adeptes guéris ? On ne peut admettre comme exact le diagnostic qu'ils posèrent eux-mêmes. Il nous faut plus que les affirmations d'un pauvre ignorant, qui se figure avoir retrouvé la santé, pour crier à la cure merveilleuse.
    La bonne foi des intéressés n'est pas une garantie suffisante. Le vulgaire confond trop aisément des choses toutes différentes, l'ulcère et le cancer, l'anémie et la tuberculose. Je me demande comment il est possible d'accorder la moindre créance à ses affirmations.
    Il est vrai que l'homme simple est attiré par le surnaturel, le merveilleux. Les figures qu'il voit tous les jours ne lui font nul effet, les visages ascétiques l'impressionnent. Les vérités scientifiques le laissent indifférent, les divagations mystiques et dépourvues de tout sens le séduisent. Pour lui, les admirables découvertes des maîtres de la médecine ne sont rien en regard des doctrines d'un mineur ou d'un zouave retiré des affaires.
    Le peuple se méfie des savants, il leur préfère ceux des siens, qui, au mépris des données scientifiques bien établies, veulent tout expliquer et tout rénover. Les âmes simples vont tout de suite à la solution. Elles n'ont pas le temps de parcourir les étapes, comme ceux auxquels la fortune a permis de poursuivre de sérieuses études.
    Autant l'homme de science, malgré son désir de connaître, est méfiant et réservé dans le choix de sa religion, autant l'ouvrier frustre, la femme peu cultivée sont enthousiastes lorsque se présente à leur esprit curieux une explication des mystères de la vie, qui les satisfasse.
    Ils l'admettent sans réserve, ils ne pensent même pas à présenter des objections, en un mot ils ont la foi. L'homme instruit reconnaît qu'il ne sait pas grand'chose, l'ignorant se figure volontiers tout connaître.
    On a vu des médecins peu scrupuleux renoncer à leur titre, transformer leur nom, se livrer ensuite à des pratiques insensées, et devenir aussitôt des guérisseurs renommés. On a vu des domestiques de médecins, illettrés, mais malicieux, faire à leur maître une concurrence désastreuse. La foule ne demande qu'à trouver des dieux à adorer. Elle réserve ses faveurs à ceux qui l'illusionnent.
    Pendant que les savants ignorés travaillent loin d'elle à l'avancement des sciences, arrivant parfois à des découvertes sensationnelles, des illuminés apparaissent prêchant des doctrines incohérentes, que rien n'explique, et recueillent les suffrages de milliers d'individus.
    Il est vrai que l'homme de science prend souvent sa revanche. Lorsque les gens crédules ont en vain confié leur guérison à des empiriques plus ou moins sincères, ils reviennent au médecin.
    Et ce sont aussi des milliers de désillusionnés que nous voyons, malheureusement alors, avec des maladies aggravées.
    Après tout, l'homme est libre de confier son corps à qui lui plaît, comme de se faire vêtir par un charpentier et meubler par un boucher. Ceux-ci refuseront certainement. En médecine, ce n'est pas la même chose : celui qui n'y connaît rien, qui ne sait ni lire ni écrire, se croit autorisé à soigner ses semblables. Son outrecuidance n'a d'égale que la bêtise humaine. Mais combien les médecins ont tort de poursuivre ces gens-là ! Mieux vaut les ignorer.

                                                                          Dr Pierre SCHUIND.

(1) Reproduction interdite sans citer la source et l'auteur.

La Meuse, 20 mai 1910 (source : Belgicapress)

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Dr. Pierre Schuind - Guérisseur (La Meuse, 3 juin 1910)(Belgicapress)

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Dr. Pierre Schuind - Guérisseur (La Meuse, 3 juin 1910)(Belgicapress)

GUERISSEUR

Chronique inédite (1)

    Mon précédent article « Guérisseur » m'a valu des lettres, les unes grossières, les autres correctes, des conversations intéressantes et beaucoup d'encouragements. On m'a cité des faits, les uns en apparence favorables, d'autres défavorables à la méthode exposée par M. J. dans La Meuse.
    Je crois utile de reprendre ce sujet, intéressant pour beaucoup.
    J'ai écrit quelque part que je n'admettais pas pour les médecins le monopole des sciences médicales. Mais si tout le monde s'occupe de médecine, est-ce à dire que le médecin n'est pas celui qui la connaît et la pratique le mieux ? L'ergoteur, le paysan madré ne doit-il pas baisser pavillon devant la science juridique de l'avocat ?
    Les médecins et les hommes de droit sont les gens les plus critiqués, les plus ridiculisés qu'il existe. Leurs sciences sont imparfaites. Mais, tandis que les uns ont des lois qu'ils interprètent de façons différentes, il est vrai, mais d'après des textes bien nets, les autres se trouvent en présence de faits qu'ils connaissent admirablement et d'autres auxquels les cerveaux de millions d'hommes éclairés n'ont pas communiqué la moindre lueur.
    Parmi les phénomènes pathologiques inexplicables, il en est que l'humanité observe depuis toujours. Peu à peu, ils se précisent. Ce sont les névroses, c'est à dire les maladies du système nerveux, où nous ne pouvons dans l'état actuel de nos connaissances trouver les lésions des organes, cause du mal, le cerveau, les nerfs, mais où les affections des muscles, du cœur, des organes des sens, qui en résultent sont très apparentes. Nous ne connaissons pas les troubles survenus dans la constitution intime du système nerveux dans l'épilepsie, la chorée, l'hystérie. Ce que nous savons déjà c'est qu'elles ont toutes trois des origines connues.
    Ce qu'elles sont, un jour nous l'apprendrons.
    J'entends les incrédules me lancer un défi :
     – Quand donc le saura-t-on ?
    Je n'en sais rien. On le saura comme on a su par la découverte du bacille de Nicolaïeff que le tétanos, maladie terrible et longtemps inexpliquée, ne se caractérisant par aucune lésion du système nerveux, classée d'ailleurs parmi les névroses, était tout simplement de nature infectieuse et pouvait être jugulé comme tel.
    Je vous certifie que les guérisseurs eussent été fort marris de guérir le tétanos.
    Leur grand triomphe – mais n'est-il pas aussi celui de bien des médecins ? – est l'hystérie, l'hystérie aux cent formes, cette méduse pathologique dont les serpents aux morsures mystérieuses encore peuvent, chez l'homme, déterminer des contractures, des paralysies, lentes ou subites, de l'aphonie, du gonflement de la peau et des organes internes, de l'insensibilité, de la fièvre, des accidents simulant la méningite, l'entérite, la gangrène, etc., etc.
   Ces lésions, nous pourrions, la plupart, les obtenir par le sommeil hypnotique, et pas n'est besoin, dans ce cas, de recourir aux soins d'un guérisseur pour les faire disparaitre.
    L'illustre Delbœuf n'obtint-il pas un jour de véritables brûlures sur le bras d'un hypnotisée ?
    Nos hystériques ne sont-ils pas des héréditaires, en somme, des hypnotisés de longue date ?
    Ces malades se guérissent souvent par la persuasion, les conseils, l'intimidation, la menace.
    Que fait d'autre ce guérisseur qui monte en chaire et dit au malade : « Vous guérirez ! » que le persuader ?
    Il réussira parfois là où d'autres ont échoué.
    On cite le cas d'un ouvrier agricole du Nord de France (I), atteint depuis plus de dix ans d'une paralysie avec contracture des membres supérieurs. Il avait, sans profit, consulté près de trente médecins, ce qui démontre à l'évidence qu'il n'eut confiance en aucun. Un jour quelqu'un lui conseille de consulter un guérisseur de nos environs. Il arrive, voit celui en qui il place tout son espoir, s'en va certain de guérir et guérit. Est-ce là un miracle ?
    Pour les gens simples, oui, pour le médecin, pour l'homme cultivé, non. C'est la guérison d'un hystérique par la méthode ordinaire, ni plus ni moins. Le guérisseur, avec son cerveau d'homme simple, y voit, comme ses frères peu instruits, un signe de puissance surhumaine. Il s'exagère l'importance de son rôle, de sa puissance et en arrive à se croire capable de guérir tous les maux dont souffre l'humanité.
    On ne peut nier que certains plus que d'autres possèdent le don de la persuasion, de la suggestion. Je connais un avocat, suggestionneur émouvant, auquel les médecins d'une ville voisine ne manquent pas d'avoir recours en faveur de leurs malades névrosés. C'est un homme correct et intelligent qui n'outrepasse pas son rôle de collaborateur du médecin et ne prend pas sur lui de soigner les entérites infantiles, les lésions osseuses, les pneumonies, les cancers, par persuasion directe, épistolaire, ou par intermédiaire.
    Il est trop intelligent pour avoir trouvé le truc de l'épreuve. Notre guérisseur national, lorsque la maladie ne cède pas, déclare : C'est l'épreuve ! Est-ce moins une épreuve quand le médecin ne la guérit pas ?
    Nous serons bien reçus chez nos malades, même adeptes du thaumaturge, lorsque nous viendrons chez eux, qui hurlent de douleur, sans morphine, sans seringue, et que nous leur dirons :
    – C'est l'épreuve !
    On m'a cité un malade qui, après avoir subi l'épreuve durant quelques semaines, a dû se faire amputer des morceaux de membre gangrenés. C'était un ouvrier atteint au pied par une machine. Il écrivit aussitôt après l'accident au guérisseur, que je ne veux pas nommer. Il avait foi entière dans le pouvoir de cet homme extraordinaire. Celui-ci répondit par écrit : « Vous guérirez ! » Les jours passèrent, la guérison ne venait pas. C'était l'épreuve.
    L'épreuve dura si longtemps que le blessé, tout en remerciant sans doute le Très-haut de l'éprouver avec tant de persistance, finit par se souvenir qu'il existait de par le monde de vagues personnalités, qui font métier de soigner les pieds cassés, les plaies infectées avec des médicaments et des pansements. Il s'adressa à ces gens, qui le guérirent, ce qui était d'ailleurs prédit par le guérisseur.
    Mais, au lieu de retrouver la santé après quelques jours, il lui fallut des semaines avant de pouvoir reprendre son travail.
    Et pendant ce temps, si cet homme était marié et père de famille, si son patron refusait de lui payer une indemnité, que devenaient sa femme, ses enfants ? C'était pour eux la misère ! Et si, confiant jusqu'au bout dans la promesse de celui qui lui avait écrit : « Vous guérirez ! » il était mort de septicémie ou de pyohémie, le guérisseur aurait-il réparé son acte – que je ne veux pas qualifier – en entretenant la veuve et les enfants ?
    Mais arrivons à la conclusion. Que les guérisseurs, que les personnes jouissant d'un pouvoir de suggestion incontestable l'exercent pour le plus grand bien des hystériques de toutes sortes, rien n'est plus logique. Je suis le premier à reconnaître que le médecin peut avoir besoin d'eux, au même titre qu'il lui arrive, dans sa clientèle ordinaire, de recourir à l'aide d'une personne qui « a de l'autorité » sur son malade. Mais c'est une aberration pour ces gens de prétendre à l'omniscience, et c'est une aberration de la part des gens instruits qui les connaissent, de les entretenir dans leur erreur manifeste.

                                                                          Dr Pierre SCHUIND.

(1) Reproduction interdite sans citer la source et l'auteur.

La Meuse, 3 juin 1910 (source : Belgicapress)

 

(I) Peut-il s’agir là de frère Florian Deregnaucourt ?

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H. Art - Guérisseurs (La Meuse, 20 octobre 1908)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

H. Art - Guérisseurs (La Meuse, 20 octobre 1908)(Belgicapress)

GUERISSEURS

(Chronique inédite)

    Avez-vous déjà eu mal aux dents ? Si oui, vous avez sans doute reçu, dans ces moments pénibles et orageux, la visite, écrivons les visites de charitables voisines : « Ecoutez-moi bien, vous disait-on invariablement. Suivez un bon conseil. Je souffrais plus que vous. J'avais tout fait sans résultat. Un jour, une voisine qui avait souffert des dents, elle aussi, me dit (voir plus haut.) Eh bien ! savez-vous ce qui m'a guéri ? Tout simplement une infusion de corde de pendu dans un demi-litre d'huile épurée. Je le conseille à toutes mes connaissances. Vous me croirez si vous voulez, tout le monde s'en est bien trouvé. »
    C'est inouï ce qu'il y a de remèdes infaillibles contre les maux de dents. On se demande comment il y a encore des dents malades. Elles doivent y mettre de la mauvaise volonté.
    D'autres se sont guéris en s'introduisant dans chaque narine un cornet en papier brun. On y met le feu, – au cornet, bien entendu, – et on aspire la fumée à pleine bouche et plein nez. Essayez, vous m'en direz des nouvelles, si vous n'êtes pas mort suffoqué.
    D'autres emploient des talismans, des pierres magiques. Il y a, dans une commune une Clef qui favorise la dentition chez les nouveau-nés. Quel rapport peut-il y avoir entre une clef et des dents ? Je l'ignore. Mamans et nourrices y apportent de partout les nourrissons. La dentition ne s'en fait pas moins normalement, c'est-à-dire avec pleurs et grincements de gencives. Mais le bébé ne souffre pas toujours. C'est à la clef et non à la nature qu'on attribue ces accalmies.
    Certaines personnes, quand elles souffrent, crachent trois fois en l'air. D'autres, qui ne sont pas les plus sottes, ne font rien du tout et attendent que le mal s'en aille, disent-elles, comme il est venu. Et parfois, il s'en va, mais comme c'est pour une raison qui leur échappe, elles en trouvent une, qui est le moyen employé.
    Le remède familier a échoué vingt fois. Mais, enfin, une fois, une miraculeuse fois, il opère, ou, plus exactement, le mal cesse. Aussitôt, merveille ! On oublie les vingt échecs bien réels pour ne se souvenir que du succès apparent. On recommande le remède à ses voisins, à ses parents, proches et éloignés. On a soin de spécifier, par amour de la vérité, qu'il est tout à fait infaillible. On dit : « Ecoutez-moi bien. Suivez un bon conseil (voir la suite plus haut). » Il y a pas mal de vanité dans cet enthousiasme pour les conseils que l'on donne ; car on veut avoir l'air de ne donner que des remèdes infaillibles. On veut apparaître, chez le voisin malade, comme une providence, intelligente dispensatrice des biens, comme une espèce de grand Manitou. Et comme il n'y a rien de démoralisé à l'égal d'un homme, et surtout d'une femme (oh ! mon Dieu !) gui a une rage de dents, le voisin, même Intelligent, même incrédule, essaie le remède. Si celui-ci ne réussit pas, le voisin en essayera un autre, tout aussi infaillible.
    Il s'en trouve parfois bien. Mais, si le mal s'obstine, au lieu d'aller chez le dentiste qui demeure dans sa rue, il court, il vole chez le guérisseur. Du temps de La Fontaine, la devineresse et le rebouteux habitaient un galetas. C'était une nécessité du métier. Sans galetas, sans balai infernal et sans marmite aux clous, devineresse ne pouvait deviner l'avenir, rebouteux ne pouvait guérir. Aujourd'hui, le guérisseur n'a qu'une condition à remplir : il doit être spirite.
    Le guérisseur guérit parfois, comme la corde de pendu, et pour les mêmes raisons. Il guérit aussi par la confiance qu'il inspire. N'est-il pas l'homme qui tient en son pouvoir les esprits bons et mauvais ? La foi produit des miracles, elle influe sur les maladies nerveuses et peut, par là, influer parfois sur d'autres fonctions organiques.
    Un voyageur anglais écrivait :

    « On ne comprend rien aux religions de l'Orient, si l'on ne se rend pas compte de la facilité avec laquelle une tête orientale sait loger des contradictions. C'est I'A B C de l'histoire religieuse dans ces pays. »

    L'Anglais a eu tort de faire honneur de ces contradictions aux seuls Orientaux. Sans doute, il y a encore, en Turquie, des gens très instruits et même intelligents qui croient que Mahomet a mis la moitié de la lune dans sa manche. Ils savent bien pourtant que la lune est plus grande qu'une assiette.
    Mais, en Belgique, nous en faisons autant.
    Une femme logeait au-dessus de la chambre d'un guérisseur célèbre, auquel elle avait jusque-là confié le soin de sa précieuse santé. Un jour, elle s'alita pour accoucher. On appela, comme d'habitude, le guérisseur. Celui-ci vint, mais il conseilla le médecin. Les purs esprits n'entendaient rien aux accouchements. Eh bien ! parions que c'est le guérisseur qui aura été chargé de faire venir les dents à l'enfant.
    On sait qu'autrefois, comme aujourd'hui, il y avait des guérisseurs : Dans la Grèce ancienne, bien avant notre ère, c'étaient les prêtres du dieu Esculape, demi-médecins et demi-thaumaturges. En remerciement, le guéri consacrait au dieu, comme ex-voto, l'image de la partie malade. Les temples d'Esculape devenaient ainsi de petits Musées pathologiques. Les prêtres tenaient la chronique des guérisons.
    On gravait sur des colonnes de marbre le récit miraculeux propre à exciter la foi du pèlerin et à accroître la réputation du sanctuaire. Les fouilles ont mis à jour, non seulement des ex-voto, mais certaines des inscriptions relatant les guérisons. Il y a des aveugles qui voient, des boiteux qui marchent, des chauves dont les cheveux repoussent, des muets qui parlent. Voici la traduction de quelques passages d'une inscription trouvée en Grèce, à Epidaure, où se trouvait un lieu de pèlerinage célèbre :

    « Ambrosia d'Athènes était borgne. Elle vint supplier le dieu de la guérir. Or, en se promenant dans l'enceinte du sanctuaire, elle se moqua de quelques-unes des guérisons, car, prétendait-elle, il était invraisemblable, impossible, que des boiteux marchassent et que des aveugles vissent simplement pour avoir eu un songe. Mais pendant qu'elle dormait, elle eut une vision. Il lui sembla que le dieu lui apparaissait et lui disait : « Je te guérirai, mais j'exige de toi, à titre de salaire, que tu places dans le temple un cochon d'argent, souvenir de la stupidité dont tu as fait preuve. » Alors, le dieu entr'ouvrit l'œil malade et y versa un remède. Quand le jour parut, elle sortit guérie. »

    Voici pour les chauves qui ont tout tenté :

    « Héraius de Mitylène n'avait pas de cheveux sur la tête, mais il en avait beaucoup sur les joues. Honteux des railleries dont on de couvrait à ce propos, il s'endormit dans le dortoir du temple : le dieu lui frotta la tête avec un onguent et les cheveux repoussèrent. »

    Par exemple, mes cheveux repousseraient ? J'y cours !

                                                                                                                                 H. ART.

La Meuse, 20 octobre 1908 (source : Belgicapress)

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