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Alceste - Quotidiennes sur Pierre Dor (La Gazette de Charleroi, 2 janvier 1911)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

Alceste - Quotidiennes sur Pierre Dor (La Gazette de Charleroi, 2 janvier 1911)(Belgicapress)Quotidiennes

    La Palestine, vers le temps où naquit Jésus, était la terre classique des messies, des prophètes et des thaumaturges.
    Est-ce que la Belgique va devenir la Palestine du XXe siècle ! Notre petit pays, que nous plaçons nous-mêmes, avec un légitime orgueil, au tout premier rangs des nations civilisées, va-t-elle ajouter à ses autres glorieux records celui du plus grand nombre d'inspirés du Seigneur
    Si le bon Dieu de Ressaix n'a eu qu'une carrière évangélique trop courte du gré de ses disciples, Antoine-le-Guérisseur obtient un succès tel qu'il commence à porter ombrage aux membres du clergé catholique.
    Il en est d'autres, beaucoup d'autres, injustement ignorés, dont la renommée ne dépasse point la frontière des régions où ils exercent. Certaines communes en possèdent plusieurs, ce qui autorise à conjecturer que le métier est assez lucratif.
    Un lecteur me communique le catéchisme que vient de publier un de ces rebouteux favorisés de lumières surnaturelles : « Le catéchisme de la restauration de l'âme, par Pierre Dor, surnommé le docteur sans médicament ». Ce Pierre Dor opère à Roux. Ecoutez « l'avant-propos » qu'il adresse à ses malades : « Beaucoup se plaignent du manque d'appétit et continuent quand même à manger. J'ai pour devoir le leur faire savoir qu'ils manquent par là de confiance à mes opérations. Je l'ai encore dit : un estomac embarrassé rend l'âme souffrante et l'empêche d'assimiler ses fluides aux miens... Je ne défends pas de manger, non mais pour ceci, il faut attendre que le cœur le demande. Donc, mes chers malades, ne forcez jamais votre estomac... » Le médecin de Molière confondait le foie et le cœur : le docteur sans médicament, lui, fait du cœur et de l'estomac un seul viscère : la science fluidique dédaigne la physiologie et l'anatomie.
    Ça n'empêche Pierre Dor d'avoir une riche clientèle. Ce qui est à l'honneur de notre humanité pensante, comme eut dit Pascal.                                            ALCESTE.

La Gazette de Charleroi, 2 janvier 1911 (source : Belgicapress)

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Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 8 janvier 1913)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 8 janvier 1913)(Belgicapress)Un nouveau Prophète
au Pays Noir
Le Père Dor stimulateur des vertus. – L'Ecole morale. – Une opération générale du thaumaturge.
(De notre envoyé spécial.)

    Antoine le Guérisseur est mort ! Vive Antoine ! Vive du moins un autre Antoine, une nouvelle incarnation du thaumaturge, du révélateur de religion nouvelle qui prétend guérir les maux physiques comme les peines morales par la seule vertu de sa parole. Chose curieuse, ce personnage opère surtout au pays noir, dans ces grandes régions industrielles de la Wallonie qui offrent une si puissante image de notre civilisation moderne. Il correspond au rebouteux, au berger magicien de la campagne, qui est légion...
    Toujours, en Wallonie, se sont développées, en marge des religions ancestrales, en marge du catholicisme et du protestantisme, de curieuses croyances qui se traduisent par de manifestations impressionnantes ou... baroques. Ce n'est ni le lieu, ni le moment de parler ici des associations spirites du pays de Charleroi, des darbistes du Borinage, ou de cette explosion de foi farouche qui précipite aux calvaires du pays de Mons, dans la nuit du Réveillon, des centaines de pauvres gens à des cérémonies au cours desquelles on « étrenne » le bon Dieu et d'où les prêtres sont rigouresement bannis. (La même coutume se retrouve sur le littoral). Mais l'étude qu'a faite magistralement Georges Eekhoud, pour la Flandre du passé, dans ses « Libertins d'Anvers », que l'on a faite aussi pour les stévenistes de l'ouest brabançon, mériterait d'être tentée à propos de certaines croyances et superstitions du pays noir.
    Qu'il nous suffise aujourd'hui de rappeler brièvement le règne éphémère de Jules Buisseret, dit Baguette, le bon Dieu de Ressaix, dont la divinité se compromit lamentablement dans les aventures amoureuses et les ennuis de la correctionnelle ; Antoine le Guérisseur, le Père Antoine, de Jemeppe-sur-Meuse, créateur d'une religion, d'un culte organisés, et dont la presse a parlé dans la monde entier. L'antoinisme n'est pas mort avec son créateur : l'influence de celui-ci persiste, sa réelle autorité morale, son incontestable puissance de suggestion agissent encore. Mais son enseignement que professent encore la mère Antoine et quelques lieutenants fidèles est fortement concurrencé par celui du père Dor, qui opère à Roux, et dont Piccolo parlait philosophiquement dans sa dernière « Semaine ».

* * *

    Nous avons voulu voir, de nos propres yeux, voir, l'opération générale suivie d'instruction à laquelle se livre chaque dimanche ce nouveau thaumaturge du pays de Charleroi.
    Auparavant, nous avons lu avec beaucoup d'intérêt son journal mensuel : « Le Messager de l'Amour-Dieu », « directeur de la fraternité universelle », dont neuf numéros ont paru déjà.
    A parier franc, il y a Ià-dedans un peu beaucoup de charabia, des expressions fort divertissantes qu'expliquent une pensée confuse et une méconnaissance remarquable de la langue française. Mais avec un peu de bonne volonté, on parvient à formuler la doctrine – pour autant qu'on puisse employer ce grand mot – du père Dor.
    C'est un mélange de tolstoïsme et de spiritisme, la croyance à la loi d'amour total, la charité chrétienne poussée au suprême degré et aux fluides.
    Les idées actuelles du nouveau prophète de Roux ont mis du temps à se préciser. Au début, dans les premiers numéros du « Messager », il est souvent question de l'enseignement du Christ, on cite des passages de l’Evangile. Aujourd'hui, il n'est plus question de cela. On trouve même dans les instructions du Père des opinions qui témoignent de l'influence qu'a exercée la propagande rationaliste au pays de Charleroi. Le Père Dor ne croit pas à un Dieu créateur. Dieu, pour lui, c'est un mot, une entité morale : « J'ai déjà dit et je répète que Dieu n'est qu'un mot. Je ne veux pas par là détruire la loi qui conduit à Lui. Mais au lieu de dire Dieu je dis : Amour, Charité, Désintéressement ».
    Et ailleurs : « De tout ceci tâchez de vous convaincre que Dieu n'est qu'un mot et non le créateur de toutes choses. Ce problème est à résoudre, mais la solution ne se trouve que dans son amélioration. S'il ne dépendait que de Dieu pour notre bonheur, nous aurions le droit de le traiter de cruel, de laisser ainsi ses rejetons dans la souffrance malgré le grand désir qu'ils ont de ne plus souffrir.Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 8 janvier 1913)(Belgicapress)
    « On ne comprend pas le pourquoi de cette vie, parce qu'on ignore qu'une seule chose est nécessaire pour être sauvé : l'Amour du Bien, sentiment de Justice et de Progrès de l'être pensant ».
    Le Père Dor croit aux « fluides », bons et mauvais. Il fait agir les bons pour guérir les maux et les peines morales. Dans son esprit, fluide est parfois synonyme « d'âme ». Et il croit non pas à l'immortalité, mais, comme les colinsiens, à l'éternité de l'âme. « J'ai déjà pu dire que l'homme existe depuis toujours et qu'il existera toujours. Quand je dis homme, comprenez-moi bien, je veux dire âme ou plutôt fluide-homme ».
    Cela c'est ce qu'on lit dans les instructions du Père Dor, reproduites dans le « Messager », et l'on avouera qu'il a a là-dedans une certains élévation de pensée.
    Mais il y a ce qu'on voit, ce que j'ai vu à Roux dimanche après-midi. Et cela est moins reluisant...
    (La fin à demain.)                                                      FRAM.

Le Soir, 8 janvier 1913 (source : Belgicapress)

 

 

 

et Journal de Charleroi, 9 janvier 1913 (Belgicapress)

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Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 9 janvier 1913)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 9 janvier 1913)(Belgicapress)Un nouveau Prophète
au Pays Noir
(De notre envoyé spécial.)
Le Père Dor stimulateur des vertus. – L'Ecole morale. – Une opération générale du thaumaturge.
(Suite et fin.)

    C'est à Roux, au seuil du pays noir... Du moins c'est là que le voyageur venant de Bruxelles, après avoir vu l'une des verreries de Courcelles, aperçut les premiers terrils de charbonnage. L'un d'eux, ou une haute « belle-fleur » semble plantée, est au sommet d'une colline qui commande tout le village. Celui-ci est noir et triste : de petites maisons enfumées, bordant des rues tortueuses composent l'agglomération où vivent un peu plus de 10,000 personnes...
    On connaît Roux comme le siège d'une des plus anciennes associations spirites de notre pays. C'est là aussi que se déroula l'un de plus douloureux épisodes de 1886.
    Le temple actuel au Père Dor, inauguré le 1er novembre dernier, se trouve rue du Calvaire à côté de la gendarmerie. C'est une vaste construction en briques neuves, de 30 mètres de long sur près de 20 de large, couverte d'un toit rose, au milieu duquel s'ouvre un large lanterneau et que domine une inscription en hautes lettres émaillé blanc : « L'Ecole morale ».
    A distance on croit que ces lettres annoncent une usine. Pas d'ouverture, ni porte, ni fenêtre, au flanc de ce bâtiment. Sans doute, dont se sert le Père Dor, de s'échapper. Mais ce souci a contrecarré les règles hygiéniques les plus élémentaires...
    Attenant au nouveau temple se trouve un café, le Café des Pèlerins du Père Dor où l'on se livre à un commerce fort important de boissons et de victuailles, de souvenirs et de cartes postales illustrées.
    Derrière le bâtiment se trouvent l'ancien temple, de dimensions assez restreintes, et la maison du Père.
    Toute la semaine, du dimanche au vendredi, les fidèles affluent vers l'école morale, vers le temple du « stimulateur des vertus », du « docteur sans médicament » : pauvres paysans de l'Entre-Sambre et Meuse et même du Nord de la France, vieux ouvriers du Centre et du pays de Charleroi rongés par la tuberculose, femmes de mineurs atteintes de maladies nerveuses. Tous viennent voir le Père dans l'espoir de trouver la guérison que n'ont pu leur donner les médecins.
    Le Père Dor a beau dire « qu'il est bien plus le médecin de l'âme que du corps ». Ah ouiche ! les bonnes femmes se soucient bien moins de leur paix morale que de leur dérangement d'estomac.
    D'ailleurs, le Père Dor dit lui-même dans son « Catéchisme de la Restauration de l'âme » :
    « Certains viennent se prosterner devant moi me demandant grâce pour que je guérisse soit leur femme, leur mari, leur enfant, leurs parents. Voyant leur foi, leur désir de voir revivre leur malade qui, d'après la science, n’avait plus qu’un instant ou quelques jours à vivre, je leur dis, après avoir opéré : « Allez, cela ira bien ». Seulement ce bien que je sens, on ne le comprend pas toujours, mais pour moi qui ne vise que le côté moral j'entrevois un bien. Par mon intervention, ce moribond qui n'avait plus que quelques jours ou quelques heures à vivre, par son grand désir de vouloir rester parmi les siens : mari, femme, enfant, etc. reprend vigueur, se relève, reprend des forces et se sent renaître à une vie nouvelle. Alors, tous sont dans la joie, on crie au miracle et le « Père Dor est proclamé Dieu ». On doit savoir qu'à tous ceux qui me consultent j'ai pour devoir de leur dire, s'ils veulent que mon fluide les guérisse, qu'ils ont un devoir à remplir. Ce devoir consiste à pardonner du fond du cœur, ne s'exalter pour rien que ce soit, et sur tout à n'accepter aucun conseil d'une personne qui serait hostile à l'Amour du bien. »
    Tous les jours, de 7 à 1 heure, sauf le samedi, le Père Dor reçoit les malades et les « opère ». Le dimanche, à 2h. 30, a lieu le grand office au début duquel le Père procède à une opération générale, fait agir le fluide, puis à une consultation, au cours de laquelle il répond à toutes les questions qu'on lui pose.
    Les malheureux malades qui viennent à lui, suggestionnés, ayant mis en lui leur dernier espoir, peuvent être impressionnés par les longs cheveux bouclés, les yeux baissés, l'air de profond recueillement du Père. Mais pour que la « foi guérisse », une fois de plus, de grâce qu'ils n'écoutent pas, les malheureux, qu'ils bouchent leurs oreilles ! Car rien n'est plus lamentable, plus baroque, plus incohérent que les discours et les réponses du stimulateur des vertus.

* * *

    Une large salle blanchie à la chaux, éclairée par un lanterneau sous lequel on remarque l'armature de fer de la toiture, chauffé à l'excès par deux énormes calorifères. Sur les vastes murs nus quelques inscriptions soulignés de bleu, encadrés de chêne clair, dans ce goût-ci : « Le Père Dor donne à ses enfants du bon, du beau, du soulagement. » Il y a là, assises sur les bancs jaunes plus de 600 personnes. L'atmosphère est étouffante. Il monte de cette foule une odeur de corps malades et en sueur, de vêtements mouillés.
    A un bout de la salle, à trois mètres au-dessus du sol, une vaste caisse peinte en blanc et bordée de noir et que surplombe un abat-son, tient lieu de chaire. Le Père Dor y discourt, le torse cerné dans une veste boutonnée jusqu'au cou et qui rappelle celle du « général » Gustave Hervé. Ses longs cheveux bouclés encadrent un visage au teint de cire où l'on voit des yeux tantôt pleins de recueillement., tantôt pétillant de finesse et comme de malice.
    Au pied de la chaire, un pupitre où une jeune fille, qui disparaît sous un vaste chapeau, sténographie les propos du Père Dor.
    Après que celui-ci a terminé son opération générale, les fidèles lui posent des questions, le plus souvent saugrenues, sur les sujets les inattendus, les plus extraordinaires. Les réponses sont l'avenant. Le Père, qui connaît à peine le français, se recueille longuement après chaque question, baisse les yeux, se frotta la bouche avec un grand mouchoir à carreaux blancs et bleus, puis répond lentement, très lentement. Il a quelques clichés qu'il sort constamment : « Le mal est en nous. Il faut s'améliorer. L'amour total ». Dès qu'il sort de là, ses propos deviennent plutôt incohérents. Quand il a fini sa réponse, un lourd silence plane que trouble parfois le vagissement d'un enfant, triste, triste infiniment.
    Et puis, le silence se brise. Là-bas, au fond de la salle, à côté du calorifère, se lève un jeune homme à mine souffreteuse :
    – Père, quand on a des punaises, faut-il les détruire ?
    Le Père Dor répète, comme toujours, la question : « Ce fils me demande si quand on a des punaises il faut les détruire ? Ce n'est pas un mal chez certaines personnes. Il en est de même des escargots, des limaçons et autres bêtes de jardin... »
    Puis une paysanne – une tête à la Breughel comiquement chevauchée par un chapeau impossible – se lève à son tour et d'une voix mal assurée demande : « N'est-ce pas encore un doute que tenir chez soi des chats, puisque les chats mangent les souris ? »
    Réponse : « Si ! Il en est de même pour les chiens. Ces animaux dégagent trop de mauvais fluide. »
    Ici se place une question tout à fait émouvante. Une pauvre jeune femme, d'une voix tremblante, dit au Père Dor, comme si elle s'adressait à Jéhovah lui-même :
    « Récemment, par pitié, par bon cœur, j'ai recueilli chez moi un petit chat égaré. Ai-je mal fait ? »
    On croit rêver... Quand le « docteur sans médicament » répond, de vieilles femmes, dans l'assistance, secouent la tête de bas en haut, approbativement.
    Près de la chaire, prostrée sur sa chaise, est une pauvre femme en deuil. Quelle détresse ce corps ployé en deux, cette face ravagée traduisent-ils ?
    A un moment donné, un homme qui, visiblement, s'intéresse au spiritisme, pose une question au Père Dor touchant les « désincarnés. La réponse est confuse. « C'est une des choses qu'on ne peut comprendre, qu'il ne faut pas savoir », dit notamment le Père.
    Alors, près de moi une vieille femme se penche à l'oreille de sa voisine et j'entends qu'elle murmure : « C'est tout à fait comme I'curé. »
    Une femme de Chapelle-lez-Herlaimont raconte ensuite que sa sœur étant malade, elle lui a déconseillé d'appeler encore le médecin. La douleur aurait cessé alors. « C'est l'Amour qui a opéré », dit le Père Dor.Un nouveau prophète au Pays Noir (Le Soir, 9 janvier 1913)(Belgicapress)
    Puis une question drôlatique ; c'est la seule que nous voulons rapporter encore : « Pratiquant la loi morale dit un homme, je me demande si je puis encore exercer mon devoir d'électeur ? » Le Père Dor a compris « directeur » au lieu d'électeur (le fluide n'a pas agi sans doute) et il fait une réponse tout à fait à côté.
    Mais l'électeur insiste, veut savoir s'il doit voter. « Cela est contraire à la loi morale, la loi d'amour, dit enfin le Père Dor, parce que donner son suffrage à un candidat c'est désapprouver l'autre. »
    Voilà quelques moments de la consultation à laquelle j'ai assisté. La sortie s'opère lentement. Le Père Dor assiste avec, semble-t-il, un petit air, finaud. A la sortie, sa femme, derrière un grand comptoir, vend des brochures, des journaux, des photographies et le petit commerce, ma foi ! marche très bien.
    J'ai un moment d'entretien dans la rue avec quelques fidèles. Une bonne femme qui comme moi, s'en fut naguère à Jemeppe-sur Meuse, chez Antoine le Guérisseur, me dit combien c'est mieux chez le Père Dor : « vous comprenez, me dit-elle, le fluide est plus gros ici. Mais aujourd'hui cela n'a pas bien marché. Mauvaise réunion ! Nous, les médiums, nous avons senti combien c'était dur. »
    J'ai sollicité Ie grâce d'être reçu en tête à tête par le prophète. Cela n'est pas très facile à obtenir. Le dimanche il ne reçoit personne en particulier, à moins qu'il ne s'agisse d'un cas très urgent. J'insiste et finalement réussis à voir le Dieu face à face. Il veut bien m'appeler son cher fils. Je le laisse entendre que je ne demande qu'à être initié. Et j'apprends en quelques mots l'histoire du Père Dor, âgé de quelque quarante ans. Il est originaire de Mons-Crotteux, près de Liége, se dit le neveu d'Antoine le guérisseur, a exercé plusieurs métiers, dont celui de terrassiers, a séjourné trois fois en Russie où les guérisseurs de son genre pullulent, a bâti il y a quatre ans, à Roux, avec ses économies, le premier temple puis le vaste temple inauguré à la Toussaint. On vient le voir de partout. Il travaille même par correspondance. Non seulement me dit-il, je guéris les hommes, mais aussi les bêtes : cochons, vaches, chevaux. »
    Nos frères inférieurs, sans avoir la foi, sont touchés par le fluide.
    Dès à présent, il existe des succursales de l'Ecole morale de Roux à Gilly, a Chapelle-lez-Herlaimont, à Marchienne, à Souvret, à Lavaqueresse, dans l'Aine, à Bruxelles et jusqu'à Porto Felice, au Brésil !... Tous les dimanches, en gare de Roux, les trains déversent de nombreux pèlerins.
    Nous fûmes là-bas sans préventions, plutôt bien disposé par la lecture du « Messager de l'Amour-Dieu ». Nous voulions voir.
    Maintenant que nous avons vu nous déclarons en toute sincérité que ce nouvel avatar du mysticisme est une chose navrante, infiniment navrante.
                                                                             FRAM.

Le Soir, 9 janvier 1913 (source : Belgicapress)

 

 

et Journal de Charleroi, 11 janvier 1913 (Belgicapress)

 

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A propos du dorisme (Gazette de Charleroi, 17 juillet 1914)(Belgicapress)

Publié le par antoiniste

A propos du dorisme (Gazette de Charleroi, 17 juillet 1914)(Belgicapress)A PROPOS DU
                “DORISME„

    Il est curieux, a écrit Diderot, d'observer combien les sectateurs d'une religion sont clairvoyants, pour celle des autres.
    La Wallonie, la sceptique et légère Wallonie est devenue, – qui l'eût pensé, – le berceau de religions nouvelles. Depuis quelques années, elle a fourni plusieurs thaumaturges, dont deux sont parvenus à conquérir une célébrité universelle. L'un, le « Père Antoine », s'est « désincarné » il y a deux ans environ, et c'est sa femme, la « Mère Antoine », qui continue à diriger son Eglise. Celle-ci s'est répandue en Europe et jusqu'en Amérique. Elle a un temple à Paris. Elle en possède à Jemeppe-sur-Meuse, à Courcelles, à Ecaussinnes, etc. Elle en a inauguré un, dimanche, à Verviers, et l'on dit qu'il est presque somptueux. L'antoinisme n'a pas encore d'organisation ecclésiastique. Mais il est à supposer que celle-ci se créera peu à peu, par la logique des choses : les religions commencent généralement sans hiérarchie sacerdotale, et ce sont les anciens qui tiennent lieu de prêtres.
    De l'antoinisme est né le dorisme. Le « P. Dor », neveu de celui qu'il appelle courtoisement M. Antoine, ne professe pas la doctrine de celui-ci. Il en a fondé une qu'il enseigne à Roux et répand dans ses brochures. Le P. Antoine, c'est le saint Jean-Baptiste de la religion doriste. Au moins est-ce l'impression qu'on éprouve à lire les évangiles du P. Dor, lequel ne dit pas nettement qu'il est le Christ réincarné, mais qui le laisse entendre avec cette insinuante habileté qui n'appartient qu'aux mystiques.
    Sa doctrine est un peu confuse. En cela elle ne diffère point des autres, qui sont toujours un peu sibyllines et permettent d'y trouver plus tard tout ce qu'on veut. Tel Dieu qui a prescrit : « Tu ne tueras point » est qualifié par ailleurs de « Dieu des armées ». Ces obscurités, que les disciples et les commentateurs ont coutume d'aggraver encore sous prétexte de les expliquer, sont d'un précieux secours pour justifier tous les actes de la vie. Il s'y trouve un verset pour applaudir à ceci, et un autre pour approuver cela, qui en est exactement le contraire.
    Le P. Dor n'a qu'une culture plus que pauvre. Il n'a pas fait d'études et l'on s'en aperçoit. Ce n'est ni un savant, ni un philosophe. Au reste, les savants et les philosophes n'ont jamais fondé de religions. Tous les créateurs de sectes furent des ignorants et des simples : Mahomet n'était qu'un chamelier arabe, et il a parlé dans son Coran de Jésus de Nazareth, fils de charpentier, dans lequel il ne voulait voir qu'un saint prophète comme Abraham et Elie.
    C'est évidemment à cette simplicité et à cette ignorance qu'ils ont dû leur succès. Le peuple ne comprend pas les savants, qui sont précis et rationnels. Il lui faut une littérature naïve, imagée, avec des histoires qui satisfont son goût du mystère et son désir de connaître l'inconnu. Car il a besoin de certitudes en même temps que de surnaturel.
    Le P. Dor ajoute à sa « doctrine » les démonstrations sans lesquelles elle risquerait de ne recueillir aucun adepte : il accomplit des guérisons miraculeuses. Par la simple imposition des mains, il effectue des cures extraordinaires : « Ayez confiance en moi, dit-il, mangez des légumes et de la margarine ». Comme on voit, c'est une thérapeutique assez sommaire. Il est possible qu'elle réussisse en certains cas, – par exemple d'affections d'estomac résultant d'excès de nourriture. Mais les sceptiques préfèreront, tout de même, les soins d'un médecin, voire de deux ou trois dans les cas graves. Et encore, se diront-ils que la Faculté n'est pas infaillible, et qu'il faut s'abandonner philosophiquement au destin et aux docteurs.
    En définitive, la religion du P. Dor en vaut une autre. Elle n'est ni meilleure, ni pire. Elle est ingénue encore, n'ayant pas jusqu'ici suscité de théologiens. Sa morale s'enchevêtre dans les pratiques d'un mysticisme tout neuf. Elle ne serait dangereuse que le jour où, ayant vaincu les vieux cultes, elle aspirerait à dominer la terre au nom de son absolue vérité et des pouvoirs reçus de son créateur transformé en Dieu tout-puissant. Ces temps ne viendront sans doute pas. Le P. Dor ne court aucun danger d'être mis au supplice, et ses disciples ne serviront pas au dîner des bêtes féroces. Or, il est excellent, pour une religion, qu'elle ait des débuts sanglants et difficiles ; ceux-ci exaltent l'imagination des foules et aident à leur conversion. La douceur de nos mœurs sociales actuelles sont néfastes au développement indéfini d'une Eglise.
    Mais où donc le P. Dor trouve-t-il ses sectateurs ? Parmi les simples que le catholicisme ne satisfait plus. Celui-ci est une religion établie depuis des siècles, et par conséquent un peu matérialisée. Il se prête peu aux explosions du mysticisme. Il les craint et les condamne, car il y flaire, avec raison, un danger d'hérésie. Il a quelque chose de figé. Son personnel sacerdotal, qui exagère ses prétentions à dominer la société entière, remplit son office religieux avec la conviction apaisée de fonctionnaires que des excès de zèle, sous ce rapport, signaleraient vite à l'inquiète méfiance de leurs supérieurs.
    Les « doristes » sont des catholiques l'hier, des croyants qui fréquentent même parfois et le temple du « Père » et les églises du culte traditionnel.
    C'est pourquoi nous concevons que les Journaux catholiques mènent contre le « dorisme », une campagne passionnés : la concurrence devient sérieuse, et il s'agit de la combattre au risque de lui faire une publicité profitable.
    Le « Rappel » se distingue dans cette campagne. Ses articles prouvent combien Diderot avait raison lorsqu'il notait la clairvoyance des sectateurs d'une religion au sujet de la religion des autres. Il traite les doristes de gogos. Il raille leurs superstitions. Il parle de la déchéance physique de ces végétariens qui deviennent maigres comme des perches à haricots. Il qualifie de farces ridicules les pseudo-guérisons du thaumaturge de Roux.
    Examinons ces quelques accusations. Pour quoi les « doristes » sont-ils des gogos, plus que les adhérents à telle ou telle autre religion qui n'a pas coutume de prodiguer gratuitement ses services ?
    Pourquoi les doristes n'auraient-ils pas le droit de devenir des ascètes comme les anciens moines du désert, dont le chef saint Antoine est une des gloires de l'Eglise ?
    Et pourquoi les miracles du P. Dor seraient-il plus faux que ceux de Lourdes ou de la Mecque ? Les doristes vous disent, si vous les interrogez, qu'ils ont été témoins de cures merveilleuses. L'un d'eux nous a écrit, l'autre mois, à la suite d'un article de douce ironie publié en ces colonnes, que le P. Dor l'avait guéri d'une phtisie au troisième degré, alors que tous les médecins l'avaient abandonné. Est-ce qu'on fait mieux à la grotte ?
    Le « Rappel » affirmera que seuls les miracles catholiques sont vrais. Les doristes riposteront en réclamant pour les leurs le monopole de cette vérité. Les mahométans traiteront d'imposteurs catholiques et doristes en s'écriant : « Il n'y a que les nôtres qui vaillent ! » A quoi les fakyrs indiens répondront : « Pardon, c'est nous qui sommes les détenteurs exclusifs du surnaturel ! »
    Lesquels croire ? Il y a des sincères et des malins chez les uns et chez les autres. Tous s'appuient sur des témoignages qu'ils estiment indiscutables.
    Nous laissons à chacun le soin de se retrouver dans cette querelle, et nous gardons notre scepticisme vis-à-vis de tous les disputeurs. Nous nous abstenons de choisir et de croire, pour une foule de motifs non dépourvus de valeur à nos yeux.
    Le « Rappel », qui attaque le dorisme avec tant de fougue, n'a-t-il pas songé qu'en lisant certains de ses arguments, plus d'un de ses lecteurs pourrait être tenté de réfléchir et de conclure : « Eh ! mais tout ça ne s'applique pas au dorisme seulement !
    L'organe clérical, dans une chronique de Couillet, rappelle qu'autrefois on « brûlait les sorciers ». Oui, en effet. La sainte Eglise rôtissait en grande pompe de malheureux déments et des vieilles à qui l'âge avait brouillé la cervelle. Voudrait-il, par hasard, appliquer ce sort aux doristes ? ? Ou bien voudrait-il conseiller à la foule de leur infliger des brimades, à défaut de pouvoir les envoyer au bûcher ? ?
    Confrère, votre zèle vous entraîne. Vous oubliez que la Constitution, – cette charretée d'ordures ! – garantit la liberté des cultes et des croyances. Que diriez-vous si des malembouchés s'avisaient de troubler vos processions et vos messes ? Vous réclameriez les gendarmes et, dans ce cas-là, nous vous approuverions !
    Et puis, savez-vous que la violence, à votre point de vue, serait une gaffe ? Les doristes persécutés grandiraient en nombre, et qui sait si leur religion, stimulée par le « martyre », ne ferait pas la conquête de l'univers ? C'est pour avoir attaqué les chrétiens en dehors des bornes d'une concurrence permise que les prêtres du paganisme ont ruiné leur cause.
    Souvenez-vous de ce précédent, confrère ! Et soyez convaincu qu'un seul principe est capable d'arracher l'homme aux superstitions et aux thaumaturges : c'est le rationalisme.

Gazette de Charleroi, 17 juillet 1914 (source : Belgicapress)

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Père Dor - voyage aux États-Unis

Publié le par antoiniste

Père Dor - voyage aux États-Unis

carte postale envoyée par Jean Dor à sa soeur (Joséphine Dor) et son frère (Pierre Dor, le neveu de Louis Antoine).
Merci à Henri Paulissen  (petit-fils de Joséphine Dor et Pierre Paulissen) pour avoir partagé ce document.

    On sait d'un fascicule rédigé par le Frère Céleste LOBET que l'américaine Soeur Guillaume et sa fille Cécile Litienne auraient fait la connaissance du Père par l'intermédiaire de Pierre Dor, en 1903. Le mari de Mme Guillaume, en faisant la traversée du Havre à New-York, parla avec le neveu de Père Antoine.
    À Jemeppe pour se faire guérir par le Père, la fille Cécile raconte : "Nous avons pris une chambre chez Jean Dor qui tenait commerce au coin. Au bout de quelques semaines, Maman allait très bien ; elle marchait partout où elle voulait, aller même monter la grande côte avenue Smeets." (L'avenue Smeets désigne la rue Rousseau qui monte vers le quartier Bois-de-Mont). Les recherches de Henri Paulissen n'ont cependant pas pu confirmer une traversée de Pierre Dor vers les Amériques. Et en 1903, Jean devait être aux États-Unis. Les souvenirs de la famille de soeur Guillaume sont certainement flous : la fille aurait inversée dans son récit les noms des frères Dor.

    Par le site du C.A.H.P.M. (Cercle Archéohistorique des Pays de Meuse) et les renseignements données par le petit-fils de Joséphine Dor, Henri Paulissen, on apprend que ce Jean Joseph Dor, le cadet de Marie Josèphe Antoine (épouse de Pierre Joseph Napoléon Dor et soeur de Louis Antoine), partit pour le Mexique. Embarquant au Havre avec le paquebot "La Savoie" le 2 novembre 1901, il est arrivé à New-York le 9 novembre 1901. Il a envoyé une carte postale à son arrivée à New-York, puis n'a plus donné de ses nouvelles. Il serait parti en Basse Californie du Sud vers Santa Rosalia.
source : http://kiminvati.com/paysdemeuse/Pages/ZDIV7CPh12e.php

    Affecté sur la ligne de l'Atlantique Nord, "La Savoie" prend son service avec un premier départ du port du Havre le 31 août 1901, il arrive à New York après 6 jours et 11 heures de traversée. Le voyage de retour au Havre s'effectue en 6 jours 13 heures et 2 minutes.

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Père Dor - Pratiques de son culte

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Roux-Wilbeauroux (Carte industrielle du bassin houiller de Charleroi par Félix Jottrand)(gallica)
extrait de la Carte industrielle du bassin houiller de Charleroi par Félix Jottrand

    Le Père Dor s'installe à Roux-Wilbeauroux en août 1909. Père Dor qui s'identifiant avec le Christ, considérait son oncle comme son saint Jean-Baptiste. Ayant laissé pousser barbe et cheveux, et s’étant revêtu d’une robe noire, il va dispenser son enseignement spirituel et recevoir les malades.
    On connaît de lui notamment une photo bénissant un malade comme le Christ guérisseur. Un petit fascicule, Catéchisme de la restauration de l'âme, est de couleur verte, et indique Un seul remède peut guérir l'humanité : l'amour du bien (c'est-à-dire désintéressement). Oh ! Amour du bien fluide béni et consolant : Heureux ceux qui te connaisse. Pour eux, la voie est éclairée, car tout le long de leur route, ils peuvent lire les moyens d'arriver au but. Cet amour résume tous les devoirs de l'homme et le mène sûrement à Dieu, c'est-à-dire à la charité pure.
    Lorsqu'il a fait construire le temple de l'Ecole morale, « le Temple de la vertu. Culte de la miséricorde » en 1912, pouvant accueillir cinq à six cent personnes, les visiteurs (pour la majorités de la classe bourgeoise : des commerçants, des adjoints de police, des chefs de fabrication, etc. dont certains ont été spirites et/ou théosophes, plusieurs ont connu son oncle, le Père Antoine) reçoivent une carte avec un numéro d'ordre. Il donnait 300 à 400 consultations quotidiennement. Pour guérir, il faut avoir foi en lui. On le consulte tous les jours ordinaires, excepté le Samedi, de 7 heures du matin à midi. Tous les Dimanches à 2 h. 30, il y a opération générale suivie d'une instruction morale. Un éclairage particulier de la grande salle de l’Ecole morale le fait baigner de clarté quand il arrive à la chaire. Les offices de la Toussaint ont une grande importance dans le culte doriste.
    Il ne demande pas d'argent mais vend 2 fr. 50 un livre de prières et sur sa doctrine, ainsi qu'un journal hebdomadaire, et des troncs récoltent les dons (les troncs sont remplaçaient ensuite par un plateau parcourant la salle à vue de tout le monde). On vend à Roux un portrait le montrant bénissant un enfant dans les bras de mère agenouillée. On appose sur un paquet de margarine une vignette : „Margarine du Père Dor”.
    On sait par un témoignage à son procès qu'au moins une fois un pèlerinage à sa maison natale, à Mons-Crotteux-lez-Liége, le 15 août 1914 (Dor empocha le prix de plusieurs coupons destinés à payer le voyage). Une adepte porte dans un médaillon le portrait du Père Dor.

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Christ parle à nouveau - du Beau, du Bon et du Soulagement

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Christ parle à nouveau - du Beau, du Bon et du Soulagement

morceau de carton illustré collé sur la page de l'exemplaire de Christ parle à nouveau

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Résumé biographique de la vie du Père Dor

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Résumé biographique de la vie du Père Dor

RÉSUMÉ BIOGRAPHIQUE

DE LA

VIE DU PERE DOR

    Pierre Dor, dit Père Dor, est né à Mons-Crotteux (lez-Liége) Belgique, le 15 mai 1863, de parents nécessiteux, dans une maisonnette dont le loyer ne s’élevait qu'à 6 francs par mois. Il fut l'aîné de 7 enfants, dont 5 filles et 2 garçons.
    Jusque l'âge de 18 ans, Il supporta avec la plus grande résignation la douleur et les souffrances dont la vie semblait l'accabler particulièrement. Cependant, ceux qui vivaient avec Lui l'avaient surnommé « le plaisant » et nul n'aurait pu dire qu'Il n'était pas heureux.
    Vers l'âge de 35 ans, par suite d'un accident de travail, Il dut abandonner son état de mécanicien. Pauvre ouvrier, qu'allait devenir petite famille composée d'une femme et de deux enfants ?
    Sa digne compagne se mit alors courageusement au travail et se livra au commerce. Bientôt une occasion favorable se présenta qui lui permit de faire face aux mille nécessités de la vie.
    Par sa mère, Marie Antoine, Père Dor était le neveu d'Antoine dit le Guérisseur, dont la puissance magnétique soulageait tant de malades. Sa femme ouvrit à côté du temple, un café ou les nombreux visiteurs de Monsieur Antoine pouvaient se restaurer.
    Son commerce marcha si bien qu'après 5 années elle put acheter huit maisons d'une valeur de 18,000 francs et elle possédait encore 5,000 francs.
    Quant à Lui, Il assista assidûment aux instructions de son oncle Louis Antoine, Il les étudia, s'y appliqua et voulut les mettre en pratique.
    Une voie nouvelle semblait s'ouvrir à ses yeux, Lui faisant entrevoir le bonheur. Pour ce, Il sentit qu'il fallait se détacher des biens matériels et pour réaliser cette pensée, Il abandonna le commerce qui Lui permettait cependant de vivre dans l'aisance avec sa famille. Cédant à ses désirs, sa compagne remit son négoce et ils allèrent se fixer à Grivegnée (province de Liége).
    Père Dor avait alors 46 ans. Là, Il subit une terrible épreuve ! Sa compagne habituée maintenant à satisfaire largement ses désirs et ceux de ses deux petits garçons, âgés respectivement de 5 et 9 ans, ne put pourvoir avec ses maigres revenus aux besoins habituels du ménage. C'est alors qu'elle regretta amèrement d'avoir abandonné un commerce si lucratif et c'est profondément découragée qu'elle se fit colporteuse !
    Cette nouvelle tâche fut pour elle, rude et pénible. C'était poignant de la voir rentrer le soir, le cœur débordant d'amertume, exténuée de fatigue, les paniers pleins de marchandises qui n'avaient pas trouvé d'acquéreurs.
    Le Père s'avouent intérieurement auteur de tant de détresse se fit un devoir de l'encourager et de lui faire espérer des jours meilleurs. Malgré cela, la malheureuse mère craignant la misère pour ses enfants, se découragea, se fit tellement de la peine que sa santé s'ébranla à tel point que bientôt la mort la guetta. Allait-Il donc laisser mourir sa compagne pour suivre la voie nouvelle entrevue, Lui cependant sensible à la pitié, si prompt à porter secours à toute misère humaine, car déjà Il guérissait bon nombre de malades.
    Une lutte douloureuse s'engage dans son âme. D'un côté, Il voyait le chemin de l'inspiration parsemé de bonheur pour l'humanité, et de l'autre, Il avait sa pauvre épouse minée par la tristesse et le découragement. Les sentiments et l'affection décidèrent de la victoire.
    Il ôta sa plaque de guérisseur, se rendit chez son oncle Louis Antoine qu'il avait quitté avec la pensée de ne plus le revoir, car Il avait pris la résolution de vivre d'une vie retirée, c'est-i-dire de ne plus jamais sortir. Mais ce moment n'était pas venu. Il devait encore souffrir. En se présentant devant Antoine et ses adeptes, Il dut avouer s'être trompé (quoiqu'en Lui-même Il sentait qu'Il ne se trompait pas), car ceux-ci n'avaient vu en Lui qu'un orgueilleux, mais non un guérisseur, et en s'humiliant à ce point, Il savait les rendre contents. Ce fut là qu'Il faillit ! A ce moment, M. Antoine formula le désir de vendre des brochures pour propager ses ouvrages parmi toute la Belgique dans le but de créer une religion nouvelle. Des adeptes se présentèrent. Il fut de ce nombre dans l'espoir de regagner l'estime de son oncle et de ses amis. Après quelques efforts, Il fut accepté et désigné pour colporter les brochures dans la capitale. Aussitôt installé dans cette ville, Il se mit à l'œuvre pour remplir sa tâche, mais on ne tarda pas à l'arrêter parce qu'il vendait sans autorisation. Il fit plusieurs démarches pour obtenir ce droit, mais ce fut en vain ; Il dut quitter alors et revint se fixer dans une de ses petites maisons à Jemeppe-sur-Meuse. Il voulut comme auparavant assister aux réunions d'Antoine, son oncle, mais malgré l'amour qu'il avait pour lui, Il ne se sentait plus à l'aise, au contraire, Il y était obsédé d'une façon effroyable.
    Malgré tous ses déboires, Il fit de grands efforts pour résister, pour persister, mais tout fut inutile. Il lui fut impossible de continuer ; le fluide qui l'entourait n'était plus assimilable avec cette société et Il abandonna de nouveau.
    Le hasard le servit alors. Par l'intermédiaire d'une tierce personne, Père Dor fut mis en rapport avec un malade, gravement atteint, qui était venu se faire soigner dans un sanatorium de Liége, après avoir subi une opération en Russie. Après plusieurs entrevues, par le fluide que le Père dégageait sur ce malade, ce dernier ne tarda pas à en sentir les effluves bienfaisantes. De ce fait, il le pria de vouloir être son guérisseur, ce qu'il accepta de tout cœur. Pour que son fluide put mieux agir, la première pensée du Père fut de lui faire suivre le régime végétarien. Au bout de quelques mois, le malade sentit en la force et une amélioration si grande, qu'il se décida à retourner en Russie pour surveiller les travaux entrepris. Incomplètement guéri, le convalescent lui demanda de l'accompagner et ce fut chose convenue. A peine rentré en Russie, ce malade reçut la visite d'amis venant s'informer de sa cure à Liége et c'est tout fier qu'il leur présentait son docteur et à leur grande stupéfaction un docteur n'ordonnant aucun médicament.
    Cette nouvelle se communiqua d'une façon si rapide qu'Il fut au bout de quelques jours, assailli par des milliers de malades, au point qu'Il dut quitter, non par crainte du trop de besogne, mais parce qu'Il n'avait aucune intention de professer le métier de guérisseur en Russie. Au bout de quarante jours, Il revint en Belgique, mais on ne tarda pas à le rappeler à grand crie.
    Ayant pitié de ces pauvres souffrants, Il y retourna ; à peine arrivé à Lubimovsk-Poste, gouvernement d'Ekaterinoslaw, II reçut la visite de milliers d'affligés lui venant de toute parts. Au bout de quinze jours, on comptait six à sept mille personnes par semaine de cinq jours de travail. Mais bientôt les médecins s'alarmèrent, réclamèrent son expulsion et la police, par un ordre du gouvernement, l'arrêta. Il se rendit alors à Taganrog, où son arrivée fut vite connue. Une quantité de souffreteux vinrent de nouveau le consulter, mais au bout de huit jours, Il fut encore arrêté par la police.
    De hauts personnages Lui conseillèrent de se laisser traîner devant les tribunaux, Lui promettant d'user de leur influence pour que les juges Lui accordent le droit d'exercer l'art de guérir, mais Il refusa, sentant qu'il était appelé ailleurs.
    Il reprit donc le chemin de Jemeppe s/Meuse. De retour au pays, sa compagne insista pour qu'il reprit une maison de commerce : quoiqu'Il sentit un fluide ténébreux, Il accepta d'un cœur sincère. C'est ce qui lui fit entrevoir un nouvel horizon.
    Journellement, Il recevait un grand nombre d'étrangers qui rendaient chez son oncle Antoine. C'est ainsi qu'Il connut de personnes du Pays de Charleroi. Parmi celles-ci, Il chargea l'une d'elles de Lui trouver une demeure convenable pour recevoir des malades.
    Huit jours après, Il avait loué une maison à Roux-Wilbeauroux et s'y installait le 1er août 1909.
    Le nombre de malades qui venaient le visiter grandissant chaque jour, après 15 mois, Il se vit dans la nécessité de chercher une salle plus grande. Dépourvu de fonds, sans se soucier, ni douter de l'avenir, Il vendit les huit petites maisons qui faisaient toute sa richesse et qui Lui permettaient de se procurer le strict nécessaire. Mais là, sa digne compagne avait compris le but de son existence, et de ce fait elle se résigna à tout. Avec le produit de cette vente, il fit construire à Roux, rue de Courcelles, une salle de 10 mètres de long sur 6 de large ainsi qu'une petite et simple demeure.
    Par le grand nombre de guérisons opérées, sa réputation de guérisseur, d'homme de bien, se répandit de plus en plus et des milliers de malades eurent recours à Lui.

    Quoique sans instruction, sachant à peine lire et écrire, IL reçut l'inspiration de donner chaque dimanche une causerie sur la morale. Sachant que l'instruction n'influe pas sur celle-ci, Il s'est dit que l'expérience de la vie lui suffisait pour ce travail.

    Une nombreuse assemblée, grossissant sans cesse, vint l'écouter régulièrement chaque dimanche. Bientôt Il dut se rendre l'évidence que se salle était trop petite, et résolut d'en faire construire une plus vaste. Sans argent, Il se vit dans la nécessite de faire appel aux cœurs dévoués afin de pouvoir réaliser l'édification de ce bâtiment.
    C'est pour ce motif que les personnes qui le consultèrent, trouvèrent dans son cabinet un tronc dans lequel chacun put déposer sa part selon ses moyens et son dévouement ; au bout d'un an, Il trouva le nécessaire pour payer la nouvelle salle de 21 mètres sur 14, appelée aujourd'hui « l'Ecole Morales », surnommée le « Temple de la Vertu », car on y enseigne le Culte de la Miséricorde.
    Maintenant, le Père y reçoit journellement des centaines de souffrants. Voulant rester en concordance avec ses instructions, lesquelles ont pour base le désintéressement, Il reçoit gratuitement, ne désirant pour salaire que la pratique de ce qu'il enseigne : « L'Amour du Bien. »

Christ parle à nouveau, p.9-14

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LE PÈRE ou le Messie du 20ème siècle

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LE PÈRE ou le Messie du 20ème siècle

    Il s'agit de la même photo (plan plus large), prise dans le Temple de la Vertu, qui a été inséré dans son fascicule Discours du jour de la Toussaint. On y voit le parquet et le chauffage central, sujet de la discorde entre Mme Délisée et le Père Dor, qui aboutira à un procès.

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Le Fort-Jaco. Uccle-lez-Bruxelles. Vue d'ensemble de l'Etablissement

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    Un indice pourquoi le Père Dor s'est installé particulièrement dans le quartier du Fort-Jaco, à Bruxelles. Ce quartier, proche de la Forêt de Soignies, abrite sur l'Avenue Jacques Pastur 43-45-47-49 le sanatorium Fort-Jaco depuis le début du 20e siècle.
    Créé par le docteur Théodore Marin de Mont, sur une parcelle défrichée du bois de Fond’Roy (Vronerodepark), l’établissement accueillaient plusieurs centaines d’indigents en proie à des problèmes psychologiques, psychiatriques ou de dépendances.
source : https://document.environnement.brussels/opac_css/elecfile/IF_EV_Parcs_Parc_Fond_Roy_FR.PDF

    L'établissement porte ensuite le nom de Clinique psychiatrique Fond’Roy, puis actuellement de Centre Européen de Psychologie Médicale « PsyPluriel-Pastur » (http://cluster006.ovh.net/~psypluri/).

Le Fort-Jaco. Uccle-lez-Bruxelles. Vue d'ensemble de l'Etablissement

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