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Temple Antoiniste de la rue du Pré-Saint-Gervais

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Temple Antoiniste de la rue du Pré-Saint-Gervais

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Affiche pour les 100 ans du Culte Antoiniste

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affiche pour les 100 ans du Culte Antoiniste

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Carte postale (en vente au temple)

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Carte postale (en vente au temple)

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Temple de Bierset (Le Grand écho du Nord de la France 2 oct 1912)

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Temple de Bierset (Le Grand écho du Nord de la France 2 oct 1912)

 

LE CULTE ANTOINISTE

UN TROISIEME TEMPLE

    Bruxelles, 30. – Les adeptes de la religion antoiniste ont inauguré hier à Birset-Awans un troisième temple, consacré en Belgique à l'enseignement de ce culte.

Le Grand écho du Nord de la France, 2 octobre 1912

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Les Antoinistes Leclercq (Le Journal, 30 juil 1912)

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Les Antoinistes Leclercq (Le Journal, 30 juil 1912)

LES “ ANTOINISTES ”

La veuve Santel en liberté provisoire.  
    On va examiner l'état mental de Leclercq

    M. Kastler s'est encore occupé hier des deux antoinistes de la rue de la Parcheminerie qui laissèrent mourir, faute de soins, leur enfant malade.
    Faisant droit à la demande de Me Pierre Turpaud, le juge d'instruction a signé la mise en liberté provisoire de la veuve Sautet, née Marguerite Brossard, la compagne de Leclercq. Le magistrat a, d'autre part, commis M. le docteur Claude, médecin aliéniste, pour examiner l'état mental de Leclercq.

Le Journal, 30 juillet 1912

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Guérisons miraculeuses - Le culte antoiniste (Le Journal, 4 fév 1938)

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Guérisons miraculeuses - Le culte antoiniste (Le Journal, 4 fév 1938)

Guérisons miraculeuses - Le culte antoiniste

    Si vous êtes passé rue Vergniaud, vous avez peut-être remarqué une petite chapelle d'allure modeste, qui porte cette inscription assez surprenante : Culte Antoiniste.
    Entrons donc. Le luxe ne nous éblouit guère ; les murs n'étincellent pas sous l'or et les pierres précieuses : ils sont désespérément nus. On y voit une chaire à deux étages ainsi que des bancs de bois pour les fidèles.
    Une chose attire le regard, c'est un grand portrait du Père Antoine, un homme barbu, hirsute, au regard étonné et bon enfant.
    Le jour où je pénétrai dans la chapelle antoiniste, il y avait un service. Le petit local était rempli d'assistants fort pieux. D'où sortaient-ils ces hommes et ces femmes en costume noir, au visage austère et ratatiné, à la démarche gauche des paysans ?
    C'était bien extraordinaire de voir en plein Paris de pareils types d'une humanité qui semble ne devoir habiter qu'à la campagne et dans les petites villes de province.
    Tout ce monde était pieusement recueilli et attendait la célébration de l'office. Il faisait bien froid dans la chapelle. Tout à coup, un petit brouhaha se produisit ; un homme d'une cinquantaine d'années, vêtu d'une vieille redingote, entre par la porte de la sacristie. Suivi par une espèce de vieille fille revêche, aux cheveux soigneusement tirés, il monte dans la chaire. Tous deux restent un bon moment immobiles. On entendrait voler une mouche. Personne ne bouge, on n'ose ni tousser, ni se moucher. Alors la vieille fille ouvre un livre noir et se met à lire d'un ton monotone, des mots, des mots que je comprends à peine.
    La pendule, sur le mur, marque la demie. Instantanément, la lectrice s'arrête, et le quinquagénaire s'écrie avec conviction :
    – Au nom du Père, merci !

Le « Père »

    Cela ne fait pas mon affaire. J'avais entendu parler des guérisseurs antoinistes. Où se trouvaient donc les malades et qui opérait ?
    J'allais quitter la chapelle, assez découragé, quand une vieille fille en noir, aux cheveux tirés, ressemblant comme deux gouttes d'eau à celle qui était montée en chaire, me renseigna :
    – C'est le matin, à dix heures, que nous nous réunissons pour prier en commun. Vous savez qu'il existe des temples en Belgique, et en France dans différentes villes comme Saint-Etienne, Tours, Lyon, etc... Eh bien, nous nous arrangeons pour prier à la même heure ; nos volontés tendues en même temps vers le même but produisent ainsi les guérisons demandées.
    C'était ma foi vrai : Des temples antoinistes existent un peu partout. Le Père Antoine fonda sa religion en 1906. C'était un ouvrier belge, un mineur de Jemmapes. Il avait la foi. Souffrant d'une maladie déclarée incurable, il réussit à se guérir lui-même. De là à guérir les autres, il n'y avait qu'un pas. Il le franchit vite. Type complet de l'autodidacte illuminé, il se mit à écrire la nouvelle révélation. C'est un mélange de considérations métaphysiques et religieuses d'un vague et d'un confus surprenants. Et pourtant, ces phrases fuligineuses exercèrent un grand attrait sur les masses populaires.
    Le Père Antoine obtint d'ailleurs plusieurs guérisons. Les fidèles se pressèrent si nombreux autour de lui qu'un temple magnifique s'éleva bientôt à Jemmapes. Lorsque le père mourut, le chef de la religion fut la mère. Dans chaque temple, le desservant prend le nom d'adepte. Il faut lui rendre cette justice qu'il est toujours désintéressé. Les Antoinistes sont de braves gens convaincus et leurs prêtres méprisent l'argent.

« Priez et Dieu vous guérira... »

    De nombreux consultants se trouvaient dans la chapelle quand j'y arrivai. La demoiselle en noir que j'avais déjà vue la veille se mit à lire les dix principes de Dieu, qu'elle termina en déclarant d'une voix ferme :
    – Mes frères, au nom du Père, merci !
    Puis on se mit à prier, ensuite de quoi les malades passèrent dans ce que l'on peut appeler la sacristie. L'adepte vérifiait le nom de chaque consultant, car ces noms sont transmis à Jemmapes, ainsi que dans les autres centres où il existe des temples antoinistes, afin que les fidèles puissent prier pour tel cas déterminé.
    – Courage, mon frère, conseilla l'adepte à un vieillard perclus de rhumatismes. Vous savez ce que le Père a déclaré : un seul remède peut guérir l'humanité : La Foi ! C'est de la Foi que naît l'amour, qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même. Par conséquent, aimez vos ennemis plus que tout au monde !
    – Oui, oui, j'essaierai, fit le bon homme.
    – Il ne faut pas essayer, il faut le faire. Rappelez-vous que les plaies du corps ne sont que les conséquences des plaies de l'âme. Priez, priez, mon frère. Et Dieu vous guérira !
    Le rhumatisant s'en alla tout réconforté. Mais il boîtait toujours en marchant.

JEAN DORSENNE. 

(A suivre)

Le Journal, 4 février 1938

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Germaine Krull et les Antoinistes (v.1930)

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Germaine Krull - Culte Antoiniste (1928)

 

Germaine Krull - Temple Antoiniste (1930)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Germaine Krull est une photographe allemande, née le 20 novembre 1897 à Wilda Poznań (alors dans l'Empire allemand, aujourd'hui en Pologne), morte le 31 juillet 1985 à Wetzlar (Hesse).

    En 1925 ou 1926, Germaine Krull s'installe à Paris. Son approche « objective » de la photographie, sa fascination pour la machine et son « détournement poétique et graphique », l'architecture métallique et le monde industriel, et la modernité de ses sujets lui valent le surnom de « Walkyrie de fer » ou « Walkyrie de la pellicule ». La Nouvelle Revue française publie alors une petite monographie dans une collection intitulée Photographes nouveaux. Influencée par le photographe László Moholy-Nagy, elle fréquente les surréalistes et rencontre Éli Lotar et Florence Henri. Elle collabore ensuite au nouveau magazine français VU.

    Elle s'installe en 1935 à Monaco, où elle travaille jusqu'en 1940 pour le casino, photographiant les célébrités. Une rue du 13e arrdt de Paris porte son nom.

 

    Elle est l'auteur de deux photographies représentant des sujets antoinistes. Elles ont été mises aux enchères par des maisons de vente qui ont publiées le résultat sur Internet.

- lot 98 chez Millon & associés
CULTE ANTOINISTE
Temple, procession, la mère d’Antoine, Crète, quelques
photographies amateur
7 photographies - Formats divers
+ doc. (lettre, prospectus, « L’Unitif ») 100 / 150 €
source : http://www.millon.com/html/fiche.jsp?id=2027360&np=1&lng=fr&npp=10000&ordre=&aff=&r=

 

- lot 22 chez Serge Plantureux
Germaine Krull (1897-1985) & alii
Culte Antoiniste
Paris, 1928
Deux épreuves argentiques d'époque, 208x185 et 120x90 mm, le verso de la vue du temple porte le tampon de Germaine Krull.
source : https://issuu.com/sergeplantureux/docs/btp_03-2015_

 

- lot 203 chez Oger-Blanchet
Le culte antoiniste, reportage de 1930 par Germain Krull.
Épreuve d’époque
source : http://ogerblanchet.fr/html/fiche.jsp?id=6187638&np=11&lng=fr&npp=20&ordre=&aff=1&r=

 

    On en retrouve imprimée dans les magazines de l'époque, comme les magazines Vu ou Point de Vue... La photo de Mère dans les fluides serait prise lors de la consécration du Temple de Nantes, le 10 novembre 1929.

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La religion du miracle, l'Antoinisme (L'Essor, 7 juillet 1928)

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La religion du miracle, l'Antoinisme (L'Essor, 7 juillet 1928)

La religion du miracle : l'Antoinisme

« Son corps n'était qu'une plaie et le père Antoine la guérie, les aveugles voient, les sourds entendent et les malheureux s'en vont consolés. »

    Ainsi parle d'un ton onctueux, une lueur en ses yeux clairs d'enfant, un petit homme à barbiche, vêtu d'une soutanelle noire qui lui descend jusqu'aux genoux, tandis que la miraculée, une sorte de diaconesse, également vêtue de noir, l'écoute, mains jointes, un sourire d'extase illuminant sa figure aux traits flétris.
    Nous sommes dans le parloir où frère Baptiste Pastorelli, tailleur de son état et desservant du temple antoiniste, accueille les malades, les soulage et même les guérit, si toutefois leur confiance est assez forte (et leur maladie assez faible).
    Le temple est froid et nu. Sur les murs on peut lire des préceptes antoinistes :
    « Si vous m'aimez, vous ne l'enseignerez à personne, puisque vous savez que je ne réside qu'au sein de l'homme. »
    Et encore :
    « Si vous respectez toute croyance et celui qui n'en a pas, vous savez, malgré votre ignorance, plus qu'on ne pourrait vous dire. »
    Dans le fond du temple est figuré l'arbre de la science et de la vue du mal « car la science est mauvaise et la vue aussi ».
    Il y a environ un demi-siècle, un ouvrier belge, nommé Antoine, eut, vers la quarante-deuxième année de son âge, une révélation. Très affaibli physiquement, il sentit autour de lui, et le reliant aux autres hommes, la présence de fluides sur lesquels il lui était possible d'agir par la prière. En même temps, il comprit que, les maux du cœur étant causés par les maux de l'âme, cette même prière devant les guérir les uns et les autres. Il pria, se guérit lui-même et guérit ses voisins ; bientôt son pouvoir était tel qu'il put soulager une foule tout entière, voire même agir sur elle au loin par des « opérations générales ». Il appartenait évidemment à notre seule époque de voir le miracle collectif – le miracle en série, pourrait-on dire – et transmis à distance comme la parole l'est par le téléphone...
    Lorsque « père » Antoine mourut, « mère », (ainsi s'appelle Mme Antoine pour les fidèles) hérita de ses prérogatives, et c'est ainsi que, du temple de Jemmapes-sur-Meuse, pays de l'annonciateur, à dix heures du matin, les quatre premiers jours de la semaine, s'épand sur le monde le flot des grâces et des bénédictions.
    Aux mêmes jours et aux mêmes heures, en tous lieux, les adeptes prient. Dans chaque temple, le frère desservant monte au second palier de la chaire et là, les mains jointes, le regard fixant la voute, il s'unit en pensée à l'opératrice lointaine, à l'humble petite vieille de Belgique, qui se hausse à l'immense orgueil de prier pour toute l'humanité. Les yeux sur lui, les fidèles tentent, eux aussi, de participer à cette communion spirituelle et ainsi, sans souci des distances, se noue par dessus les frontières, par dessus les océans, la chaîne mystique qui, peut-être, et qui sait ? a vraiment le pouvoir de guérir, puisqu'il est tant de choses sur la terre et dans le ciel que ne comprendra jamais notre philosophie, et puisque enfin nous venons à peine de découvrir le monde mystérieux des fluides.
    Puis, sur les cœurs ainsi tendus vers les extases, voici que glisse, voici que chante l'archet d'une voix aux féminines douceurs. Sur le palier inférieur de la chaire, une jeune sœur lit les huit principes, les huit commandements que, par l'intermédiaire de son serviteur Antoine, Dieu a bien voulu faire connaître au monde.
    C'est une doctrine humiliée de pauvres gens et de simples où l'on reconnait des traces du christianisme, du socialisme de 1848, du romantisme, etc., qui sont restées pêle-mêle dans le cerveau d'un autodidacte, inapte à les bien comprendre et à les digérer.
    Voici cette doctrine. Méprisons l'intelligence, qui nous trompe. Ne nous croyons supérieurs à personne, fût-ce aux plus coupables. Ne prêchons pas. N'ayons pas l'orgueil de faire la charité. Quand vous voudrez connaître les causes véritables de vos maux, vous les trouverez dans l'incompatibilité de l'intelligence avec la conscience. Si vous ne doutez pas, tout ce qui est nécessaire vous sera donné par surcroît. N'oubliez pas qu'il a été dit : « Frappez et je vous ouvrirai, je suis dans le connais-toi ! »
    Le vague même de ces préceptes semble leur donner plus d'ampleur. Ce n'est pas bien neuf, mais les mélodies les plus connues ne sont-elles pas celles qui, nous frôlant aux points déjà sensibles, nous émeuvent le mieux !
    En fait l'auditoire vibre, et certains s'en vont soulagés, quitte, l'excitation passée, à retrouver leurs anciens maux.
    Le dimanche matin et chaque soir à sept heures et demie, à l'exception du samedi, on lit, non plus les principes mais l'enseignement et la vie du « père » – les évangiles après les commandements – enfin, le jour comme la nuit, un frère et une sœur sont de service, prêts à verser le baume antoiniste à tous ceux qui viennent à eux.
    Le nombre des fidèles va s'accroissant tous les jours.
    La Belgique, seule, compte plus de vingt temples, dont deux à Bruxelles. Ils se multiplient surtout dans ce pays anglo-saxon où florissent toutes les formes du mysticisme ; la France, enfin, si sceptique qu'elle soit, ne résiste pas à la contagion, puisqu'elle a déjà des temples à Paris, Lyon, Tours, Vichy, Caudry, Vervins, Aix-les-Bains. Il y a même un temple à Monaco ! Dans toutes les villes de province un peu importantes, des cérémonies ont lieu, à défaut de temples, en des maisons privées. A Paris même, il n'est guère de semaine où l'on ne voie les femmes en noir, les hommes en soutanelles et coiffés de leurs chapeaux haut de forme tronqués, suivre un cercueil que couvre un drap vert, couleur de l'espérance. C'est un enterrement antoiniste, et ceux-ci vont se multipliant.
    Ainsi que le fut l'évangile, cette doctrine toute de renoncement est propagée par des humbles, ouvriers pour la plupart, et qui vont de ville en ville, prêchant, guérissant suscitant autour d'eux des enthousiasmes que notre indifférence ignore, comme les Romains ignoraient le travail profond que le christianisme naissant faisait subir à leur empire déjà plus qu'à demi vermoulu...

E. GASCOIN.

Un prochain article nous parlera de la Christian Science (science chrétienne).

L'Essor, 7 juillet 1928

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André Thérive, Sans âme (L'Humanité, 5 fév. 1928)

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André Thérive, Sans âme (L'Humanité, 5 fév. 1928)

    D'une couleur que l'auteur, également, a voulue grise et morne, le roman de M. André Thérive : Sans âme (1). Si ce livre présente de l'intérêt par certains passages, en tout cas le sens général qui l'anime, à en croire la notice de publicité qui – l'accompagne, n'a rien qui puisse nous le rendre sympathique.
    M. André Thérive a voulu, paraît-il, décrire « les peuples des villes à qui on a enlevé toute vie religieuse et morale ». Il paraît que les misères morales et physiques dont Sans âme nous donne l'image viennent de l'abandon des principes religieux et moraux !
    La lecture de ce livre ne nous a pas amené à pareilles conclusions, et nous ne voyons pas en quoi le déclassé Julien Lepers, l'ouvrière Lucette, la danseuse Lydia, qui sont les personnages du roman soient plus particulièrement privés d' « âme ».
    Julien Lepers est préparateur dans un vague laboratoire de « physiologie des religions » sous la direction d'un professeur, M. Comte, sorte de « savant » hypocrite et pince-sans-rire, dont les cours n'ont pas d'auditeurs.
    Julien passe son temps à errer mélancoliquement dans les rues tristes du quartier d'Italie, où il rencontre un soir, dans un cinéma, l'ouvrière Lucette ; les deux jeunes gens, désormais, vivent ensemble ; le frère de Lucette et ses amis forment le monde où vivra désormais Julien qui s'initie ainsi à ce qui, pour M. André Thérive, doit être la « vie populaire » : description littéraire de bars, bistrots, bals musettes, promenades à la campagne.
    Cependant, la tristesse de ces quartiers ouvriers, aux rues d’usines et d'hôpitaux, et de taudis, la vie étrange de certaines… « sectes » comme celle des Antoinistes – est tendue d'une façon assez pénétrante.
    Peu à peu, Julien pénètre dans d'autres milieux, devient l'amant de la danseuse Lydia, l'ami de Lucette, et cela nous vaut une description de « coulisses » de music-hall, où l'on voit le travail exténuant des danseuses et des figurantes, Lydia meurt tragiquement ; seule dans une chambre d'hôtel, tandis que Julien arrive pour assister à ses derniers moments.
    Entre temps, l'on nous présente aussi une famille cagote et bien pensante de province, les de Gouin ; la mère gouverne les deux filles dans la religion, et le père, respectueux des croyances, regarde cette pieuse éducation avec tendresse, et va faire la noce à Paris. Il y a là évidemment une peinture assez vigoureuse de l'hypocrisie des familles bien pensantes – mais est-ce cette religion-là dont M. Thérive déplore l'abandon par le peuple ?
    Bref, on ne voit pas très bien, dans toutes ces images qui se succèdent, où veut en venir M. Thérive. Du peuple, il n'a eu qu'une vision superficielle ; il a voulu représenter le déséquilibre et l'angoisse de certaines âmes jetées dans le tumulte de la vie moderne, et qui traînent leur « mal de vivre » et leur mélancolie dans une vie sans but. Et cela pour nous proposer, vraisemblablement, le refuge douillet et digestif de croyances mortes et de disciplines périmées.

                                           GEORGES ALTMAN.

(1) Grasset, éditeur.

L'Humanité, 5 février 1928

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Chaque soir, les adeptes du culte antoiniste (Paris-midi, 21 sept 1937)

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Chaque soir, les adeptes du culte antoiniste (Paris-midi, 21 sept 1937)

Chaque soir, les adeptes
du culte antoiniste écoutent
l’enseignement du Père
dans un quartier
déshérité de Paris

    C'est une triste rue qui sent la suie et le caoutchouc brûlé, une rue bordée d'usines où, aux heures de travail, les fraiseuses font entendre leur ronron irrité, une rue sans joie du treizième arrondissement.
    C'est là que s'élève, au confluent de deux autres voies, la minuscule chapelle du culte antoiniste.
    Dès qu'on y pénètre, après avoir franchi un étroit portail, on est frappé par le silence et la blancheur qui y règnent. Quel havre dans ce quartier laid, bruyant, sans grâce !
    Si vous voulez vous recueillir d'avance, vous obtiendrez encore plus, nous avait dit une « sœur » coiffée d'un béguin noir.
    Il était 7 heures 20. La « lecture de l'enseignement du Père » ne commençait qu'à 7 heures 30, comme chaque jour. Nous entrâmes quand même.

    Il est hors de doute que ceux qui ont conçu le temple antoiniste connaissent leur métier. Sur les murs d'une nudité monastique et passés à la chaux, des écriteaux sont accrochés : « Défense de parler dans le temple ». Les bancs de bois et la galerie qui entoure le chœur peuvent asseoir trois cents personnes peut-être. L'autel consiste en un pupitre surmonté d'une chaire sur laquelle est attache le tableau, emblème du culte antoiniste : l'arbre de la science de la vue du mal. Au-dessus de cette chaire, la philosophie de cette religion se détache en lettres blanches sur fond vert : Un seul remède peut guérir l'humanité : la foi, car c'est de la foi que naît l'amour. D'étroites fenêtres, en forme de tables de la loi, dispensent une lumière laiteuse et douce. Tout à l'heure, pendant la lecture, on allumera une lampe fixée au pupitre, qui éclairera un côté de l'officiant et laissera les fidèles plongés dans une ombre propice à la méditation.
    Ils sont peu nombreux, les fidèles, et surtout féminins. Ils arrivent, se recueillent un instant, debout, les mains jointes, et attendent.
    Un « frère » vient d'arriver, vêtu comme les pasteurs anglais. Il s'est assis au premier rang. Lorsque les aiguilles de la pendule électrique – le temple comporte aussi un ventilateur – marquent 7 heures 30, il monte au pupitre et, silencieusement, fait une courte prière. Les assistants se sont levés et l'imitent.
    Puis, ouvrant un livre, le « frère » nous lit quelques passages de l'enseignement du Père. Il y est question de préceptes simples : amour du prochain, même de ses ennemis – surtout de ceux-ci – acceptation de toutes les religions, désintéressement absolu, et d'axiomes comme celui-ci : « C'est le malheur qui fait apprécier le bonheur comme la maladie fait apprécier la santé. »
    Cette lecture, débitée d'une voix monocorde, dure exactement un quart d'heure. Alors, le « frère » se lève et déclare : « Au nom du Père, merci mes frères. »
    C'est tout, un à un les fidèles se perdent dans la rue qui sent la suie et le caoutchouc brûlé, apaisés, réconfortés peut-être.

                                                    René Brest.

Paris-midi, 21 septembre 1937

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