• Eugène Gascoin - Les religions inconnues (1928)

    Auteur :     Eugène Gascoin
    TItre :     Les religions inconnues
    Editions :    Paris, Gallimard, 1928, 224 pages
        118 x 185 mm. Collection Les documents bleus (No 41)

    Table des matières :
        Chez Les Initiés,
        Les Sciences Maudites,
        Hérésiarques et Hérésies,
        Ceux qui Guérissent,
        Les Indépendants.

        Pierre Debouxhtay nous renseigne que les pages 155 à 161 se rapportent à l'Antoinisme.

    récesion :
        Si le mot d'amusant pouvait être accolé au mot grave et rébarbatif de religion, le livre de M. Gascoin, spirituel et anecdotique, est à coup sûr amusant. Inlassable pèlerin des temples inconnus, ou pas connus, ou en marge du connu, il n'a pas son pareil pour dépister les rites cocasses ou les prières invraisemblables qu'ils abritent. J'ai compté : cela fait vingt religions que M. Gascoin nous révèle. Où les a-t-il trouvées ? A notre porte.
        S'il faut dire toute la vérité, certaines de ces religions — et M. Gascoin le sait mieux que personne — sont beaucoup moins inconnues que le titre de son ouvrage ne le prétend. Mais il faut toujours pardonner quelque chose à un titre. Celui-ci au fond, dit parfaitement ce qu'il veut dire, même s'il s'agit de nous révéler le spiritisme, qui compte en France des millions d'adeptes, même s'il s'occupe de l'alchimie, qui tend de plus en plus à émigrer de la foi dans la science.
        Entre cette religion très répandue — si c'est une religion — et cette science naissante, il y a place pour une foule impressionnante d'hétérodoxies, depuis "la vraie religion chrétienne", fondée par Swedenbsy, dont Balzac a célébré les mystères dans Séraphites, jusqu'à l'antoinisme, auquel André Thérive vient de consacrer tout un roman, Sans Ame. Sans doute nous avons tous entendu plus ou moins parler de la théosophie et de sa fondatrice, Mme Blavatsley, laquelle remuait subtilement de petites clochettes épinglées à ses jupes pour simuler la réponse des ésprits familiers ; de l'astrologie, qui est une variété de la voyance, région volontiers soumise au docteur Osty, de l'Eglise libre catholique, de l'Eglise catholique gallicane, qui fit parler d'elle aux jours héroïques de la séparation et qui depuis semble avoir regagné certaines catacombes administratives, du salutisme, — ô miss Helyett ! — de la Christian Science, laïcisée par M. Coué, voire du culte
    de l'Humanité, qui est la religion comtiste.
        Mais, et voilà où j'admire M. Gascoin, voilà où je le suis, où je l'écoute, c'est quand il nous dévoile les arcanes du soufisme, de l'Eglise universelle d'Aquarius, du millénarisme, de Mazdanan, enfin de la religion du légume cru.
        Ne riez pas et surtout ne vous hâtez pas d'interpréter. Ne vous imaginez pas que les sectateurs du légume cru soient des âmes simples qu'attirent les forces de la nature dissimulées sous l'écorce du poireau ou dans le coeur odorant de l'échalote. Non. Il ne s'agit nullement de se transporter à proximité des terrains d'épandage, et là de se prosterner dévotement devant des carrés d'oignon blanc ou des rangées de persil frisé. Pas davantage il n'est question d'utiliser les propriétés occultes des simples. Non. Les légumes on les mange, et on les mange crux, tout est là et ce n'est pas rien.
        Allez plutôt, hommes ou femmes de peu de foi, allez rue Mathis, sur les traces expertes de M. Gascoin, entrez derrière lui dans cette vaste maison d'un bleu agressif, où les végétaliens (attention à l'l) ont établi leurs assises. Vous y verrez fonctionner les mâchoires et la religion que vous ignorez encore. Il y a là des employés peu fortunés, des exotiques, des intellectuels communistes, de vieille demoiselles, bref tout ce qu'il doit y avoir dans une salle consacrée à la eligion du légume cru, y compris le légume lui-même.
        Tous les choix de carottes, de pommes de terre, d'ail, d'oignon, de radis (noirs et rouges), de céleri, de cresson, de scarole, toutes les variétés de laitues et de romaines, et l'armée des choux, et les bataillons de betteraves s'offrent à vous, à vos dents, à votre estomac. A notre discrétion aussi des râpes et des scies pour en faire des copeaux variés, plus faciles à ingurgiter. Et même, pour les néophytes, pour les timides, pour les amateurs, il y a — je ne l'avoue qu'en tremblant — des approvisionnements considérables de légumes cuits, lentilles, riz, haricots et divers potages maigres. Tout lemonde peut se dire adepte du légume cru, fréquenter la maison bleue et pourtant n'être qu'un imposteur. Il est simplement interdit de consommer de l'alcool, même sous les espèces du vinaigre. Le citron est toléré. Un grand avantage de cette religion consiste dans les économies qu'elle fait faire : le repas, fixé d'abord à deux francs, ne coûte malgré tout aujourd'hui que deux francs soixante-quinze. C'est pour rien.
        Une autre religion très curieuse, c'est le Mazdanan, fondée en Amérique par le docteur Hanisch, d'après certaines données iraniennes (vous en retrouverez des traces dans l'ouvrage récent, si curieux, de Mme David Neel : Voyage d'une Parisienne au Thibet)(Plon), et dont le grand secret consiste plus à mâcher des crudités, mais à respirer avec méthode : « Faute de savoir respirer, non seulement nous nous laissons empoisonner par les acides dérivés du carbone, mais àla longue, il se forme dans le corps un organisme étranger, qui peu à peu l'envahit complètement et qui influence et domine tout le système nervo-cellulaire, à tel point
    que celui-ci en devient incapable de fonctionner normalement. Ainsi, l'individualité
    est refoulée, et, au lieu d'être maître de soi, on devient l'esclave d'une influence étrangère, qui s'oppose au progrès individuel. »
        Cela est grave. Il importe de pratiquer la respir, dnas toute son intégralité, pour chasser ces influences, ces intelligences mauvaises, ces esprits du Mal en un mot. En apprenant à respirer, on devient véritablement maître de sa destinée, on connaît Dieu. Bien entendu, la culture du respir proscrit la viande, l'alcool. En revanche, il est recommandé, après le bain, d'avaler un peu du savon dont on vient de se servir. Le porto à l'ail est toléré à midi et le soir on recommande alternativement un petit verre de pétrole, ou, plus bourgeoisement, d'huile de paraffine de haute viscosité, comme tous les pharmaciens (y compris M. Castille) peuvent nous en servir. En assaisonnant ses légumes d'un peu de cendre de bois, laquelle contient du sulfate de soude, on jouira d'un bien-être physiologique et moral sans pareil.
        Vous vous doutez peut-être que M. Gascoin est un humoriste ? C'est un humoriste. Il excelle à raconter plaisamment, sans jamais forcer la plaisanterie, ces petites excursions en terrain bizarre. Rarement est-il sarcastique. Même lorsqu'il tombe sur un numéro sensationnel comme le pasteur swedenborgien, il sait graduer ses effets et mesurer ses coups de griffe. Il y a du mérite car c'est un gibier de choix que ce pasteur d'une religion où les anges portent des chapeaux haut de forme, vivent dans des maisons d'or, — ombragées par des arbres d'argent, tandis que les damnés habitent de formidables dents dans un chaos infernal de cavernes et de ruines.
        Tout cela est excellent, et l'on sort du livre de M. Gascoin plein de mansuétude pour tous ces essais manqués, dans la course de l'homme après le divin.
    Henriette Charasson, La Semaine Littéraire
    La Femme de France - 24-06-1928, p.20
    source : gallica


        En effet, l'auteur sait être drôle. Lisons l'histoire de l'Eglise Catholique Apostolique. Citons par exemple, concernant la Christian Science : "Vous entendez bien qu'il s'agit ici de suggestion. Par cette même persuasion, M. Coué qui raisonnait son pouvoir, et les antoinistes qui ne raisonnent rien, sauvent ou ont sauvé autant de malades que les disciples de cette dame américaine" (p.173).
        Mais il sait aussi être franc, quand par exemple il parle de la Théosophie "dont les adeptes ont un goût un peu pervers pour les spéculations de pensée les plus osées" (p.45).
        Et aussi honnête, quand il parle de la secte : "grande par la flamme spirituelle, mais durement têtue et bornée en ses affirmations" (p.113). C'est d'ailleurs par là qu'il est le plus facile de la reconnaître : quand la doctrine se resserre de plus en plus en un dogme inchangé et inchangeable, ce qui ne peut que manquer de la mener à sa perte, contrairement à un Mouvement religieux, qui saura évoluer dans la société.
        Il sait aussi être fin dans son raisonnement. Lisons ce qu'il dit des Prophètes : "Bien qu'ils aient toujours la prétention d'apporter au monde une révélation personnelle, les fondateurs de religions de qui la culture philosophique est trop souvent indigente, subissent plus que quiconque les influences extérieures. La vérité qu'ils proclament n'est, le plus souvent, qu'une synthèse grossière des idées et des sentiments en vogue dans le pays et à l'époque où ils se sont manifestés" (p.136).
        Il sait aussi être circonspect : "Enfin l'Union libérale (israélite) estime que l'on peut transformer la société 'dans le sens d'un mieux-être économique moral, esthétique et fraternel toujours croissant.' De telles aspirations, pour être pleines de générosité, ne laissent pas que d'être dangereuses, car on peut sur cette pente aller bien loin et justifier, au nom de ces principes, bien des interventions étrangères à la religion et à son esprit. Tout le monde est d'accord sur la nécessité de faire régner la justice parmi les hommes et la paix parmi les peuples ; on ne diffère que sur les moyens à employer pour y parvenir et là commence précisément la politique. Combien plus sage, plus haute, apparaît, même à l'incroyant, la parole sereine du Christ, déclarant qu'il faut rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu" (p.149). Finalement ce n'est pas du judaïsme que viendra le mal (comme on pouvait le penser souvent à l'époque), mais bien de certaines sectes, ce que l'auteur n'imaginait certainement pas à l'époque.

        Concernant l'Antoinisme, qui est bien sûr classé parmi "Ceux qui guérissent", l'auteur ne fait en somme que se moquer du fait que les antoinistes ont pour l'intelligence des réserves à prononcer. Malgré cela, on trouve peu d'erreur, si pas aucune erreur, dans ce long chapitre. C'est assez rare pour le signaler.
        On peut lire le début du chapitre le concernant dans le thème Les adeptes de la première heure, avec frère Baptiste Pastorelli.


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