•     — Les événements de la vie, de suggéra-t-il en faisant un pas plus décisif vers la Vérité, ne sont que la projection de nos idées et de nos actes en dehors de nous. Toute chose qui arrive est l'aboutissement de nos bonnes et de nos mauvaises pensées et déjà réside au fond de nous, latente, en sa résultante finale, avant même d'être accomplie. Nous marchons en aveugles sous des forêts dont les racines s'enfoncent dans le terreau de nos actes.

    Camille Lemonnier, La Fin des bourgeois, p.135
    Éditions Labor, Espace Nord 31, Bruxelles, 1986


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  •  « 1946 » Antonin Artaud

    Les Malades et les médecins

       

    La maladie est un état.
    La santé n’en est qu’un autre,
    plus moche.
    Je veux dire plus lâche et plus mesquin.
    Pas de malade qui n’ait grandi.
    Pas de bien portant qui n’ait un jour trahi, pour n’avoir pas voulu être malade, comme tels médecins que j’ai subis.
     
    J’ai été malade toute ma vie et je ne demande qu’à continuer. Car les états de privation de la vie m’ont toujours renseigné beaucoup mieux sur la pléthore de ma puissance que les crédences petites-bourgeoises de :
    LA BONNE SANTÉ SUFFIT.
     
    Car mon être est beau mais affreux. Et il n’est beau que parce qu’il est affreux.
    Affreux, affre, construit d’affreux.
    Guérir une maladie est un crime.
    C’est écraser la tête d’un môme beaucoup moins chiche que la vie.
    Le laid con-sonne. Le beau pourrit.
     
    Mais, malade, on n’est pas dopé d’opium, de cocaïne ou de morphine.
    Et il faut aimer l’affre
                                     des fièvres,
    la jaunisse et sa perfidie
    beaucoup plus que toute euphorie.
     
    Alors la fièvre,
    la fièvre chaude de ma tête,
    — car je suis en état de fièvre chaude depuis cinquante ans que je suis en vie, —
    me donnera
    mon opium,
    — cet être, —
    celui,
    tête chaude que je serai,
    opium de la tête aux pieds.
    Car,
    la cocaïne est un os,
    l’héroïne, un sur-homme en os,
     
                                ca i tra la sara
                                ca fena
                                ca i tra la sara
                                ca fa
     
    et l’opium est cette cave,
    cette momification de sang cave,
    cette raclure
    de sperme en cave,
    cette excrémation d’un vieux môme,
    cette désintégration d’un vieux trou,
    cette excrémentation d’un môme,
    petit môme d’anus enfoui,
    dont le nom est :
                             merde,
                             pipi,
    con-science des maladies.
     
    Et, opium de père en fi,
     
    fi donc qui va de père en fils, —
     
    il faut qu’il t’en revienne la poudre,
    quand tu auras bien souffert sans lit.
     
    C’est ainsi que je considère
    que c’est à moi,
    sempiternel malade,
    à guérir tous les médecins,
    — nés médecins par insuffisance de maladie, —
    et non à des médecins ignorants de mes états affreux de malade,
    à m’imposer leur insulinothérapie,
    santé
    d’un monde
    d’avachis.
     
                                                        Antonin Artaud

     

     

     

    http://www.florilege.free.fr/florilege/artaud/lesmalad.htm


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  •     Les préjugés et les erreurs des sens se découvrent de tous côtés à notre vue. Nous essayons de les corriger par la raison, et nous voilà insensiblement conduits à des paradoxes inouïs, à des difficultés, à des contradictions, qui se multiplient sous nos pas à mesure que nous avançons dans la spéculation. A la fin, après avoir erré dans bien des labyrinthes, nous nous retrouvons juste où nous étions, ou, ce qui est pis, nous nous fixons dans un misérable scepticisme.

    George Berkeley, Les principes de la connaissance humaine,
    Introduction, 1., p.3
    A. Colin (Paris), 1920


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  •     Par delà la mort, comme dans le vaste enchaînement de nos existences, tout est réglé par une suprême loi. La destinée, heureuse, ou malheureuse, est la conséquence de nos actes. L'âme crée elle-même son avenir. Par ses propres efforts, elle se dégage des basses matérialités, progresse et s'élève vers la lumière divine, s'unissant toujours plus étroitement aux sociétés radieuses de l'espace et participant par une collaboration grandissante à l'oeuvre universelle. 

    Léon Denis, Dans l'invisible, Spiritisme et Médiumnité,
    Paris, 1911, p149


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  •     C'est ici que se révèle l'action bienfaisante de la prière. Par la prière, courte, humble, fervente, l'âme se dilate et s'ouvre aux radiations du foyer divin. La prière, pour être efficace, ne doit pas être une récitation banale, une formule apprise, mais plutôt un appel du coeur, un acte de la volonté, qui attire à elle le fluide universel, les vibrations du dynamisme divin. Ou bien, encore, il faut projeter son âme, s'extérioriser par un élan puissant, et, suivant l'impulsion donnée, entrer en communication avec les mondes éthérés.
        Ainsi, la prière trace une voie fluidique, par laquelle les âmes humaines montent et les âmes supérieures descendent, de telle façon qu'une communion s'établisse des unes aux autres, et que l'esprit de l'homme soit illuminé et fécondé par les rayons et les forces venues des sphères célestes.

    Léon Denis, Dans l'invisible, Spiritisme et Médiumnité,
    Paris, 1911, p.76


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