• Georges-Henri Dumont - La vie quotidienne en Belgique sous Léopold II (1986)

    Auteur : Georges-Henri Dumont
    Titre : La vie quotidienne en Belgique sous Léopold II
    1865-1909 : Une époque décisive
    Éditions : Marabout, Paris, 1986

        Évoque longuement l'antoinisme dans le chapitre sur La religion et ses adversaires (pp.137-139) :

        Au début du XXe siècle, l'évangélisation protestante et, dans une certaine mesure, la prédication catholique, se heurtèrent à la concurrence inattendue d'un certain Louis Antoine, ancien ouvrier mineur qui s'était mué en médium spirite et guérisseur, puis en guérisseur tout court. Quand sa réputation commença à se répandre, il se lança dans la prophétie et fonda une religion basée sur un déisme assez vague, teinté de panthéisme, sur une morale altruiste et sur l'affirmation d'incarnations successives par lesquelles l'homme doit passer pour accéder à la divinité.
        Même lorsqu'il eut rompu avec le spiritisme très en vogue dans le pays de Liège, Louis Antoine persista dans l'utilisation du "fluide", tant pour le rituel antoiniste que pour soulager les malades. Il y avait tant de monde qui se pressait au temple de Jemeppe qu'un adepte était chargé de distribuer des tickets à ceux qui attendaient devant la porte du guérisseur. En 1900, Antoine reçut de 50 à 60 personnes par jour ; en 1901, 115 ; en 1905, 200 à 400 ; en 1907, 400 à 500 ! « Dès trois heures du matin, raconte un disciple, je me présentai chez le Père pour recevoir mon ticket. J'étais déjà le treizième de ce jour et je dus patienter jusqu'à neuf heures. »
        Condamné en 1901, pour exercice illégal de la médecine, par le tribunal correctionnel de Liège, Louis Antoine renonça à prescrire des drogues et à remettre du papier magnétisé : il se contenta désormais de passes, d'impositions de mains et de paroles sacrées. Cette précaution lui valut un acquittement, lors de sa seconde inculpation en 1907.
        Le culte antoiniste était célébré à Jemeppe, dans une pièce assez spacieuse, garnie de bancs et de chaises. Une peinture jaunâtre recouvrait les murs. La lumière du jour pénétrait par la toiture vitrée et trois fenêtres ogivales. Quinze cents personnes pouvaient prendre place, lors de la cérémonie de l'imposition. « Le Père arrive à la tribune, il a la barbe et les cheveux en broussaille ; ses cheveux, autrefois drus et raides, tombent en boucles souples sur les épaules, à tel point qu'à l'extérieur il doit, pour les maintenir, encercler sa tête au moyen d'une cordelière de soie noire; de bruns grisonnants, les cheveux sont devenus roux. La figure est pâle, émaciée, de ses yeux bruns, doux et tristes jaillit parfois un regard fulgurant. » Muet, hiératique, Louis Antoine joint ses mains, la main gauche gardant la droite, puis il lève les bras et disjoint ses mains. Il garde, un moment, l'attitude du prêtre catholique à la messe, pendant la lecture des diptyques. Enfin, de la main droite, il répand les "fluides" sur la foule, à droite, à gauche, au milieu. Aussitôt après, il se retire et un de ses disciples termine cette brève réunion d'un quart d'heure par la lecture de textes religieux publies dans la revue mensuelle "L'Auréole de la Conscience".
        Contre toute attente, ce mélange de croyances diverses eut un succès plus que passager dans le pays de Liège du Louis Antoine était originaire ; outre celui de Jemeppe, des temples antoinistes se fondèrent à Liège, à Verviers, à Huy, à Seraing, à Montégnée, à Herstal, à Vottem, à Bierset, à Jupille, à Stembert, à Momalle, à Villers-le-Bouillet, et la secte se répandit même dans les pays voisins, notamment à Paris où un temple antoiniste fut édifié rue Vergniaud. En 1908, les antoinistes étaient environ 40 000 dont le 18 000 en Belgique.


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  • Le 13 du mois - L'Antoinisme, ''médecine de l'âme'', est-il une secte ?Le 13 du mois - L'Antoinisme, ''médecine de l'âme'', est-il une secte ?

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    DOSSIER | L’Antoinisme, « médecine de l’âme », est-il une secte ?  

    Vous êtes peut-être déjà passés devant cette église blanche, rue Vergniaud. Il s’agit en fait d’un temple du culte antoiniste, une religion guérisseuse créée en Belgique il y a plus d’un siècle. Si certains la qualifient de secte, il semblerait que la réalité soit plus nuancée.

    « Mes Frères, le Père fait l’Opération, suivie d’une lecture dans l’Enseignement. Celui qui a foi au Père, trouvera satisfaction. » Ce lundi matin, à 10 heures, une des sœurs du temple de la rue Vergniaud annonce la prière devant une quinzaine de fidèles. Debout et silencieux, ils sont venus assister à la lecture des « dix principes de Dieu par le Père », autrement dit le credo antoiniste. Deux sœurs sont montées à la tribune, vêtues de leurs grandes robes noires. Pendant cinq minutes, tous resteront les yeux fermés et les mains croisées pour ce qu’ils appellent « l’opération générale », censée transmettre des bons « fluides » à l’assistance. Une scène digne d’une secte ? Vu de l’extérieur, ce culte peut sembler plus qu’étrange pour les non initiés. Lorsque l’on interroge les commerçants aux alentours sur la présence d’un tel temple dans le quartier, ils lâchent d’ailleurs le mot « secte » sans hésiter. Et pour cause, en 1995, un rapport parlementaire avait listé le culte antoiniste parmi les « mouvements guérisseurs sectaires ». Mais en 2005, une circulaire de Jean-Pierre Raffarin invalide cet intitulé et le qualifie « de moins en moins pertinent ». Depuis lors, et malgré cette remise en cause du rapport de 95, un soupçon plane toujours sur les Antoinistes.

     

    Une dimension thérapeutique qui pose problème

    Le culte antoiniste, créé en Belgique au début du 20e siècle, est classé parmi les « associations cultuelles » en France depuis 1924. « Il n’a jamais fait l’objet d’aucun signalement à la Miviludes qui, je vous le rappelle, n’existait pas en 1995 », rapporte Serge Blisko, président de la Miviludes. Lorsque la commission d’enquête a rendu son avis en 95, Anne-Cécile Bégot, sociologue membre du « groupe société, religions, laïcités » au CNRS, réalisait justement une thèse sur les liens entre santé, religion et spiritualité à travers, notamment, l’étude du culte antoiniste. Elle reconnaît avoir été surprise par le fait que le groupe ait été qualifié de secte.

    Selon le rapport, l’Antoinisme nierait la maladie. Ce n’est pas la première fois que la dimension thérapeutique de ce mouvement religieux guérisseur pose problème. Élevé dans la foi catholique, son créateur, Louis Antoine, commence à s’intéresser au spiritisme en 1884. Alors qu’il se découvre des dons de médium, il décide de rompre avec sa confession d’origine pour se consacrer pleinement à la guérison et se livre à des consultations lors desquelles il détecte les organes malades de ses disciples et leur prescrit des remèdes. Mais ses pratiques lui valent rapidement une action en justice. Considéré comme « une menace pour la santé publique », Louis Antoine « abandonne le recours aux supports médicamenteux ; les moyens spirituels sont désormais considérés comme les seuls légitimes », raconte ainsi Anne-Cécile Bégot dans un de ses articles sur le sujet. « Ici, c’est par la prière et par la foi qu’on soigne », assure d’ailleurs une des sœurs du temple de la rue Vergniaud. Elle ajoute : « Il n’y a pas de rejet de la médecine, on va nous-mêmes chez le médecin ! »

     

    [...]La suite dans Le 13 du Mois #28

     

    Publié par Rozenn Le Carboulec  le 15 Avril 2013


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  • Les secrets de l'Antoinisme (Soirmag, mercredi 12.02.2020, Philippe Delorme)

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        On a pu lire un article intéressant dans le magazine Soir Mag du mercredi 12.02.2020 (version en ligne avec abonnement) sur l'Antoinisme par Philippe Delorme. Ce dernier s'était déjà intéressé à la figure du Père dans son livre Les Aventuriers de Dieu.


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  • Vu, 2 janvier 1929 - N° 42

    Auteur : Henri Danjou (Directeur de la publication Lucien Vogel)
    Titre : Les religions secrètes de Paris
    Édition : Magazine Vu N° 42 – 2 janvier 1929 – 20 pages

     

    Vu, 2 janvier 1929 - N° 42Vu, 2 janvier 1929 - N° 42

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Extrait :

        Entrons dans le Temple Antoiniste. C'est rue Vergniaud, dans un décor d'usine et de maisons lépreuses, une église de village et, comme au village, toutes les vieilles femmes du quartier discutent de leurs affaires devant le portail. L'une d'elles porte dans ses bras un être étrange, un enfant maladif, dont les membres sont affreusement contournés. Les saurs laïques qui les accueillent ont un horrible bonnet noir. A l'intérieur du Temple, une lumière verte tamise des vitraux et donne aux gens un aspect cadavérique. Cette foi nouvelle a ses peintres primitifs : des maximes en lettres énormes sur des panneaux noirâtres, un portrait en pied du père Antoine s’appuyant sur l’arbre de la Science du Bien et du Mal en témoignent…
        Là, on vient pour guérir… Un frère, tailleur d’habits de son état, qui a revêtu une soutanelle noire, monte en chaire et lit les enseignements du Père. Il enseigne la Révélation que Dieu envoya à l’humble ouvrier Antoine, « Le Père », lorsque celui-ci vers la quarante-deuxième année de son âge se trouva guéri d’une terrible maladie d’estomac par la puissance de la prière… Mais quel est donc ce mouvement à la fin de la cérémonie ? Des femmes en noir, des frères vêtus de soutanelles, coiffés de haut de forme tronqués, suivent un cercueil recouvert d’un drap vert… C’est un enterrement. Maintenant un Antoiniste repose au sein de Dieu à la droite du « Père ».


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  • Antoine le guérisseur de Manuel Poutte (Lux Fugit Film)

    ANTOINE LE GUERISSEUR
    un film de Manuel Poutte

        Ce film va raconter l’histoire d’Antoine, un mineur de la région liégeoise qui à la fin du XIXème siècle se découvre un don de guérison, une aptitude à écouter et à apaiser les souffrances de ce monde ouvrier qui endure une vie pénible. Un homme de bien, qui en arrive à fonder la seule et unique religion belge qui n’ait jamais existé : l’Antoinisme. A travers le témoignage de deux adeptes contemporains de l’antoinisme, nous allons retourner aux sources de ce culte oublié qui perdure toujours de manière discrète. A la découverte d’une part oubliée de l’histoire de la Belgique francophone.
    COPRODUCTION : FWB

    source : http://www.luxfugitfilm.com/pages/en-developpement/antoine.html

     

    AIDES AU DÉVELOPPEMENT
    2E COLLÈGE
    Antoine le guérisseur de Manuel Poutte
    Devis : 44 637 EUR
    Aide: 25 000 EUR
    Production: Lux Fugit Film
        À la fin du 19e siècle, Antoine, mineur de la région liégeoise, se découvre un don de guérison, une aptitude à écouter et à apaiser les souffrances de ce monde ouvrier qui endure une vie pénible. Un homme de bien, qui en arrive à fonder la seule et unique religion belge qui n’ait jamais existé : l’Antoinisme. À travers le témoignage de deux adeptes contemporains de l’Antoinisme, nous allons retourner aux sources de ce culte oublié qui perdure toujours de manière discrète.
    source : https://audiovisuel.cfwb.be/fileadmin/sites/sgam/uploads/Ressources/Publications/Bilans_Centre_du_Cinema_et_de_l_Audiovisuel/Bilan_2018.pdf

        On apprend par la Catalogue Lux Fugit Film de juin 2018 que ce documentaire est en développement. Et on peut avoir un aperçu des autres films réalisés par Manuel Poutte. En parocurant la page wikipedia qui le concerne, on peut s'attendre à de la qualité et à de l'impartialité. C'est avec impatience qu'on en attend la sortie.


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