• L.A. : Guérisseur (1900-1906)

    après le procès de 1907, d'où le Père ressort sans condamnation

        Après avoir abandonné les expériences spirites, le Père continue de soigner, d'abord avec des médicaments, des conseils et de l'eau magnétisée, jusqu'à son procès en 1901 qui lui fait comprendre que la Foi suffit pour guérir. En 1907, un autre procès sera intenté contre lui, mais il ressort sans condamnation car il ne prescrit rien, il n'impose rien, il guérit.

  • Conférence sur Maître Antoine le Guérisseur (Gazette de Charleroi, 5 et 9 septembre 1906)(Belgicapress)

        La Gazette de Charleroi, annonce les 5 et 9 septembre 1906 la prochaine conférence "spirite" que le sujet "Qu'est-ce que le spiritisme et Maître Antoine le Guérisseur", organisée par les frère Hollange et Delcroix.

    (source : Belgicapress)


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  • Guérisseurs et charlatans (Le Mémorial de Lombez, 7 juillet 1912)GUÉRISSEURS ET CHARLATANS

        Le 30 juin dernier, avaient lieu, en pays walon, à Jemmapes-lès-Liège, au milieu d'une foule énorme de fidèles que les trains amenaient de tous les points de la Belgique, les obsèques d'un thaumaturge vraiment extraordinaire, Antoine-le-Guérisseur, qui n'avait fait rien de moins que de fonder une religion, variété de christianisme mélangé de théosophie. Il guérissait par la prière et l'imposition des mains à la manière des christian scientists d'Angleterre et d'Amérique.
        Peu à peu les malades de l'âme comme les malades du corps, les incurables, les déséquilibrés, les névropathes, tous ceux que les médecins avaient abandonnés, avaient appris le chemin du petit pays de Jemmapes où Antoine avait son temple et tenait ses assises de médecine religieuse. Depuis plusieurs années il y avait les foules de Jemmapes comme les foules de Lourdes et les « antoinistes » formaient une communauté éparse en divers lieux, même hors de Belgique, et fort nombreuse.
        Ce n'est que fort tard, déjà un vieillard, qu'Antoine se révéla le « prophète » et « l'homme de Dieu ». Pendant nombre d'années, petit bourgeois, presque du peuple, il était un homme comme un autre, un simple employé à la division des forges et martelage de la Société Cockerill. Il fut ensuite encaisseur à la société anonyme des tôleries liégeoises. Puis il s'occupa d'assurances. Enfin vinrent la grâce, l'action et la prédication publiques.
        Bien que les fonds affluassent à son culte, Antoine-le-Guérisseur a toujours vécu modestement et exemplairement. Ses ressources, il les employa à la construction de son temple et des maisons ouvrières qui l'entourent ; il avait aussi organisé une imprimerie où se publiait chaque semaine un journal qui tirait à plus de 20.000 exemplaires et répandait la doctrine.
        Il y a quelques mois les « antoinistes » de Belgique avaient adressé aux Chambres une pétition recouverte de cent mille signatures et demandant que la religion nouvelle fut reconnue par l'Etat.
        Le corps du prophète défunt, qui avait été exposé plusieurs jours dans le « sanctuaire », ainsi qu'il le nommait, où il prêchait et imposait les mains aux malades, a été porte par douze hommes de la communauté. L'un des plus qualifiés adeptes du maître, M. Delcroix, professeur à l'athénée de Liège précédait, élevant à bout de bras une tige d'arbuste figurant l'arbre de la science du bien et du mal. Ainsi qu'Antoine l'avait prescrit, ses restes ont été enterrés dans la fosse commune.
        C'est pendant un prêche que « l'homme de Dieu » – aujourd'hui le « désincarné » – fut terrassé par une attaque d'apoplexie. Il put néanmoins avant de mourir proférer ses paroles : « Je désire que ma femme me succède dans mon enseignement religieux ». Aux colonnes du temple, encore en deuil, l'affiche suivante a été apposée pendant l'exposition du cercueil : « Frère, le conseil d'administration du culte antoiniste porte à votre connaissance que le Père vient de se désincarner aujourd'hui mardi matin 25 juin. Avant de quitter son corps, il a tenu à revoir une dernière fois ses adeptes pour leur dire que Mère le remplacera dans sa mission, qu'elle suivra toujours son exemple. Il n'y a donc rien de changé, le Père sera toujours avec nous. Mère montera à la tribune pour les opérations générales les quatre premiers jours de la semaine à dix heures ».
        Il semble bien que devant ce personnage singulier que se révéla sur le tard Antoine-le-Guérisseur, on se trouve plutôt en face d'un illuminé que d'un vulgaire charlatan ; dans tous les cas, ce serait un charlatan d'une jolie force et qui n'aurait plus rien d'un guérisseur ordinaire. La légende du zouave Jacob s'efface elle-même devant celle-ci, car le prestige religieux du mystagogue du pays walon s'est exercé non seulement sur des foules, mais aussi sur des gens de l'élite sociale, et il est destiné à durer, semble-t-il.
        Au fond, du reste, n'y a-t-il pas une sorte de religion, un acte quasi-religieux dans la visite que le malade, comme il s'en pressaient tant au temple de Jemmapes, rend au sorcier, au guérisseur non patenté ? Le premier médecin fut le prêtre, comme l'a dit Spencer ; et longtemps la médecine a été retardée dans son essor par cette notion que la maladie est un maléfice, une œuvre de mauvais esprit que seul le prêtre peut chasser. Si le populaire ne croit plus la plupart des maladies dues à de mauvais esprits, il a en tout cas retenu la notion du pouvoir magique du prêtre, ou de quiconque doit posséder une influence particulière : de là le succès persistant des guérisseurs.
        Il y a toujours des charlatans, en médecine, en politique et même en littérature, mais des sorciers de l'envergure d'Antoine-le-Guérisseur, l'espèce devient rare. Il est vrai que le moyen âge en brûla beaucoup... Le père de l'Antoinisme, s'il eut vécu de ce temps-là, était destiné au bûcher. Il y a, de nos temps, plus d'avenir pour la sorcellerie.

                                                                                 Robert DELYS.

    Le Mémorial de Lombez, 7 juillet 1912


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  • Christ guérissant les malades (Église de Mauriac, Auvergne)

    Dit aussi Esprit consolateur


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  • Thé Chambard (Journal de Charleroi, 6 février 1920)(Belgicapress).jpg

    Le plus agréable des purgatifs. Thé Chambard, le meilleur remède de la constipation.

    Journal de Charleroi, 6 février 1920 (source : Belgicapress)

        Cette simple thérapeutique faisait partie des moyens usés par le Père avant d'abandonner toute utilisation de prescription.


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  •     On a beaucoup écrit dans les dernières années sur le pouvoir de la pensée, et on a même expérimenté avec ce pouvoir pour guérir à distance. Il y a des milliers de cas, contrôlés, qui attestent le succès de la pensée projetée. Le Père Antoine, par exemple, de Jemmapes, en Belgique, employait cette méthode avec des résultats frappants. Il n'employait ni la médecine, ni les passes magnétiques, mais travaillait seulement par la pensée. Je lui fis une visite un jour avec une amie. Il nous affirma qu'il recevait beaucoup de lettres chaque jour et qu'il consacrait plusieurs heures de bon matin à y répondre, non par écrit. mais mentalement. Prenant une lettre entre ses mains, il envoie avec force une onde de pensée guérissante au malade.

    Les éléments artificiels blancs,
    in L'Astrosophie, Revue d'astrologie ésotérique et exotique, 21 mai 1929


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  •  Une reproduction de cette image (d'un auteur anonyme ou, selon Pierre Debouxhtay, de Carolus Leclercq, et wikipedia donne comme auteur Gabriel von Marx) fut offerte par Allan Kardec (1) à Louis Antoine. Régis Dericquebourg dit que "c'est une des images les plus populaires dans l'antoinisme". Elle est reproduite dans un feuillet d'Antoine le Guérisseur. Le Père Dor a reproduit le geste pour une carte mise en vente. Une reproduction agrandie était portée en procession pour les fêtes antoinistes.

    (1) Allan Kardec est mort en 1869, quand Louis Antoine finissait sa période comme soldat à la frontière. Il n'avait alors eut aucun contact avec le spiritisme. Régis Dericquebourg reprend l'information de l'origine de l'image d'une série de cartes postales éditée en France qui indique faussement dans un texte typographié cette histoire.

    Frère Robert Pierrefeu précise que l'image a été offerte au Père par Léon Denis, ce qui est possible puisse que ce dernier fit plusieurs conférences en Belgique, dont encore en 1905 (conférence durant laquelle il annonce avoir été à Liège dès 1889).

    L'esprit consolateur

    La Meuse, 6 novembre 1889


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  • Guide pratique du médium guérisseur (1888)

    Auteur : Sous l'égide de MUMS et Groupes de Chênée (Medium : M. Laurent)
    Titre : Guide pratique du médium guérisseur
    Éditions : Librairie des Sciences Psychologiques, Paris, 1888

        Marijke De Sadeleer, dans son travail de mémoire sur De Kracht Van Genezing (2013) évoque également un autre Guide Pratique du médium guérisseur, édité à Liège en 1873. Le célèbre spirite José Lhomme est également l'auteur d'un Livre du Médium Guérisseur. On a déjà évoqué cet auteur pour son livre L'Au-delà à la portée de tous, cité en référence par Pierre Debouxhtay.

         Quelques extraits de pratiques du médium guérisseur peuvent nous donner des éléments pour savoir comment opérait le Maître Antoine alors qu'il était encore spirite.

     

    METHODE EXPERIMENTALE

        Lorsque le patient peut s'asseoir, nous le mettons sur un siège et nous nous plaçons en face de lui, sans le toucher : plus tard on saura pourquoi.
        Nous restons debout, et si nous nous asseyons, nous tâchons toujours d'être sur un siège plus élevé que le sien, de manière à ce que les mouvements des bras que nous avons à faire, ne deviennent pas trop fatiguants.
        Lorsque le malade est couché, nous nous tenons debout près de son lit et l'engageons à s'approcher de nous le plus possible. Ces conditions remplies, nous nous recueillons un instant et nous regardons le malade.
        Lorsque nous jugeons que nous avons la tranquillité, le calme d'esprit désirables, nous dirigeons une de nos mains, ou les deux à la fois, les doigts légèrement écartés, sans être tendus ni raides, vers les parties malades, en suivant les instructions que l'on trouvera plus loin ; on répète les passes (1) d'une manière identique, pendant un quart-d'heure environ, en inspectant, avec soin, les phénomènes qui se développent sous l'action de ces passes.
        Notre pensée doit être active et n'avoir qu'un but: celui de pénétrer les parties sur lesquelles nous promenons les extrémités de nos doigts, par l'émission d'un fluide que nous supposons concentré dans nos centres nerveux ; ces fluides suivent le trajet de conducteurs naturels, tels que nos bras, et par suite, nos doigts.
        Nous avons dit supposons, quoique pour nous ce ne soit point une hypothèse, notre volonté met bien évidemment en mouvement un fluide qui se dirige et descend en suivant la direction des cordons nerveux jusqu'à l'extrémité des mains, pour franchir cette limite, et frapper les corps sur lesquels on le dirige.
        Lorsque la volonté ne sait pas le régler, il se porte, par irradiation, d'un objet sur un autre qui lui conviendra mieux ; dans le cas contraire, obéissant à la direction qui lui est imprimée, il produit ce que nous exigeons de lui, lorsque, toutefois, ce que nous voulons est dans le domaine du possible et de la raison.
        Les effets dont le développement suit d'ordinaire toute magnétisation, apparaissent en raison de l'énergie de notre volonté, de la substance émise et de la durée de notre action sur le sujet.
        Il faut toujours avoir l'intention que les émissions du principe fluidique soient régulières, et que, jamais, nos bras et nos mains ne soient en état de contraction ; ils doivent avoir toute leur souplesse, pour accomplir sans fatigue leur fonction de conducteur de l'agent.
        Lorsque nous nous sentons fatigués et supposons que l'émission fluidique n'est point suffisante, nous prenons cinq à dix minutes de repos ; puis nous recommençons le mouvement de nos mains (passes), comme précédemment, pendant un nouveau quart d'heure et nous cessons tout à fait quand nous pensons que le corps du sujet, ou du malade, est saturé du fluide que nous avons émis. »
        […]
        « L'Esprit peut agir directement, sans intermédiaire, sur un individu, ainsi qu'on a pu le constater en maintes occasions, soit pour le soulager, le guérir si cela se peut, ou pour produire le sommeil somnambulique. Lorsqu'il agit par intermédiaire, c'est le cas de la médiumnité guérissante.
        « Le médium guérisseur reçoit l'influx fluidique de l'Esprit, tandis que le magnétiseur puise tout en lui-même. Mais les médiums guérisseurs, dans la stricte acception du mot, c'est-à-dire ceux dont la personnalité s'efface complètement devant l'action spirituelle, sont extrêmement rares, parce que cette faculté, élevée au plus haut degré, requiert un ensemble de qualités morales que l'on trouve rarement sur la terre ; ceux-là seulement peuvent obtenir, par l'imposition des mains, ces guérisons instantanées qui nous semblent prodigieuses ; bien peu de personnes peuvent prétendre à cette puissance.

     (1) On appelle passes, un mouvement ambulatoire des bras ; ces passes sont dites : longitudinales, transversales, à grand courant, selon leur direction ou l'étendue que le magnétiseur juge à propos de leur donner ; selon les effets produits, et par leur étude suivie sur le sujet malade, le magnétiseur se fait une méthode appropriée à la nature, à la qualité du fluide guérisseur qu'il émet à l'aide de ses passes.

    p.59-61

     

    INFLUENCE DU MÉDIUM
    DANS LES OPÉRATIONS

    Groupes de Chênée.                                                           Médium : M. Laurent.

        Evitez de manger avant les opérations ; n'opérez qu'une heure au moins après vos repas. Pendant la première digestion l'opération est difficile et donne peu ou point de résultats.
        La distraction, voici le grand ennemi des opérateurs ; occupez-vous toujours de votre malade et ne vous inquiétez pas de ce qui se passe autour de vous ; agissez comme si vous étiez seul.
        Dans l'opération magnétique le médium est tout, c'est lui qui doit attirer les fluides et les diriger par sa volonté. Le désir du souffrant ou plutôt son intention, doit-être de les attirer sur les parties malades.
        Tant que le médium se trouvera dans de bonnes conditions voulues, celles du désir, de la volonté, de l'attention, nous pourrons l'aider, le charger du fluide qui aura les qualités substantielles propres au mal qu'il veut guérir.

    p.62

     

        Ayant demandé l'avis du docteur Demeure sur l'opinion du baron Du Potet, en ce qui concerne les phthisies arrivées au 3e degré, voici sa réponse :
        « Certes, le baron Du Potet a raison pour des malades arrivés au point de ne pouvoir supporter aucune médication, mais tous les malades de la 3° période ne sont pas à ce point.
        « Il y a différents degrés encore, dans cette période, et je dis qu'on peut les guérir au moyen d'une influence douce et sympathique, si on sait s'y prendre à temps, et si on y met de la persévérance et une sage et tenace volonté. »

     

        Quelques remèdes magnétiques :

    Vomissements.

        Donnez d'abord à boire de l'eau magnétisée, puis vous opérez la tête, descendez sur l'estomac et tenez la main légèrement, pendant une minute ; dégagez le mauvais fluide par les jambes.
        Souvent l'eau magnétisée suffit pour guérir cette misère.

    DANSE DE SAINT GUY

        Magnétisez très légèrement la tête, avec la bonne intention de guérir ; puis, deux ou trois passes à grand courant. Eau magnétisée à boire.

    Magnétisation de l'eau.

        Les procédés les plus simples que nous employons pour magnétiser l'eau consistent à introduire le fluide par l'orifice du vase en y pénétrant le bout des doigts, et à faire des passes du haut en bas ; ou bien à tenir le vase entre les deux mains, à établir des courants fluidiques, et à diriger sur le liquide de longues insufflations ; cette dernière méthode, qui parait être la plus active, nous oblige cependant, pour des raisons de convenance, à recourir aux passes et aux courants.
        Suivant Deleuze (1) : on magnétisera une carafe d'eau en deux ou trois minutes, et un verre d'eau en une minute. Nous pensons que le temps nécessaire, pour ce genre de magnétisation, doit être subordonné aux effets qu'on veut réaliser, au tempérament du sujet ou aux forces du médium.

    (1) « Instr. pratique », p. 73. (à lire en ligne Instruction pratique sur le magnétisme animal par J.-P.-F. Deleuze, Paris, 1846)


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  •     Il est intéressant de retrouver ici le motif cher à la Christian Science et aux pentecôtistes, qu'il faut s'abstenir de prendre des médicaments, la prière suffisant à délivrer le malade de son mal.
        Mais, dans la pensée de Manduzio, il s'agit de quelque chose d'un peu différent : en réalité, il craint que si le malade absorbe des médicaments, on attribue à ceux-ci plutôt qu'à Dieu le mérite de la guérison. En lui, ce qui domine, c'est ce soucis que l'expérience dont le malade est l'objet se déroule dans des conditions telles que rien ne puisse mettre en doute le succès, ou hypothèse invraisemblable, l'échec de son intervention. Car, pour Manduzio, ce qui compte dans cette action religieuse, ce n'est pas tant la guérison du malade que le témoignage qu'elle porte de la vérité de Dieu. En ce sens, Donato se rattache étroitement et, pourrait-on dire, presque d'instinct, à la pensée religieuse de l'Ancien Testament, où maints exemples — il nous suffira de citer l'épisode du bûcher d'Élie (I Rois, 21-40) — illustrent un état d'esprit que l'on pourrait qualifier d'ordalique. L'ancien magicien-guérisseur est devenu l'intercesseur de Dieu, et son souci dominant est d'en prouver la grandeur.
        Pour les adeptes de la Science Chrétienne, l'homme doit s'en remettre à Dieu seul pour obtenir la guérison ; toute médication est inutile car c'est seulement par l'esprit que la guérison peut intervenir.
        Pour les pentecôtistes, la maladie est une possession devant laquelle la médecine est inefficace.
        Pour Donato, le mal est la conséquence d'une attitude qui déplaît à Dieu, d'un comportement qui n'est pas conforme à la Loi ; la maladie est, en quelque sorte, une émanation directe de la divinité. Il s'agit donc de rétablir l'intégrité du malade par un repentir sincère et surtout par la promesse de ne plus transgresser la Loi à l'avenir. 

    Elena Cassin, San Nicandro, Histoire d'une conversion, p.69-70
    Quai Voltaire, Paris, 1993 (cf. Recension de la première édition de 1957)

        Cette posture de Donato Manduzio se rapproche également de ce que l'on peut déduire du Livre de Job.


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  •     En 1892, le monopole de la médecine se voit définitivement entériné aux dépens de celui des guérisseurs. La médicalisation de toute la vie sera alors inéluctable.
       Avec l'avénement de la Sécurité sociale en 1945, tout le champ social est médicalisé. Se soigner (ne pas mourir ?) a pris une valeur normative. La mort prend place dans la grande mutation technique, rapide et spectaculaire de ces quartante dernières années, et son image actuelle est « médicalement appareillée ». La mort se réfère aux critères de la médecine moderne. 

    Nicole Léry, L'Heure de la mort, p.173-74
    in La mort à vivre, approches du silence et de la souffrance
    Autrement, série Mutations N°87 - Février 1987


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  • Louis Antoine et Jeanne Collon, sortant de la gare

    après le procès de 1907, d'où le Père ressort sans condamnation

    Louis Antoine et Jeanne Collon, sortant de la gare

    Le Père sortant de la gare, verso (archives Bec-fin Line)


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  • L'Antoinisme (Le Journal, 11 juillet 1912)

    L’“ANTOINISME”

        Antoine vient de mourir !
        Qui cela, Antoine ? En Belgique, on ne se risquerait pas à poser la question, car Antoine était plus connu chez les compatriotes de Léopold que le roi lui-même.
        Voilà bien vingt ans et plus qu'Antoine opérait des cures, et il faut croire avec quelque succès, puisque son commerce prospérait. Peut-être sommes-nous bien irrévérencieux, car c'est une véritable religion, dont il était à la fois le Dieu et le prophète, que feu Antoine avait fondée, et l' « Antoinisme » avait, parait-il, plus d'adeptes que le culte du saint de même nom. Quelles panacées merveilleuses, quels remèdes extraordinaires employait-il donc ?
        « Allez et priez », se contentait-il de dire à ses fidèles.
        Ces idées sur la guérison des maladies par la prière ne sont pas, à vrai dire, nouvelles. On les retrouve plus ou moins modifiées en Italie, en Espagne, en Allemagne et dans notre propre pays. Il existe un livre populaire allemand, correspondant à notre Médecine des pauvres. « Ce livre, dit un de ceux qui l'ont parcouru, mériterait d'attirer l'attention de la police, si elle ne préférait laisser au temps le soin d'en faire justice. » Mais le temps ne se hâte pas...
        Quant à l'Espagne, les érudits nous ont depuis longtemps appris que la science des ensalmos, ou oraisons, était jadis une science importante, dans laquelle prenaient des degrés toutes les duègnes, tous les mendiants, et en grand nombre – le croirait-on ? les aveugles ! Il y en avait pour tous les maux, pour toutes les infirmités, et leur succès était infaillible si elles étaient récitées avec componction, d'une voix grave et posée.
        Ce genre d'invocations se rédigeait, le plus souvent, en latin de cuisine, ou se mettait en rimes, afin que l'expression exacte s'en gravât mieux dans les mémoires.

        Les nombreux opuscules de piété réédités au commencement du seizième siècle par Guillaume Merlin renferment quelques-unes de ces formules, rimées sous le règne de Charles VII, et que son fils, le terrible Louis XI, dut porter dans son bonnet de feutre, à côté de ses petites idoles de plomb.
        La plupart sont vraiment curieuses.
        Voici, par exemple, la « piteuse oraison de saincte Syre », qui avait la spécialité de guérir la gravelle et le mal de reins. Le poète de couvent qui a rimé cette pieuse requête commence par saluer « la glorieuse dame et pucelle » ; puis il formule ainsi ses vœux :
        Dévotement je te requiers
        Qu'il te plaise de nettoyer
        Mon corps de toute maladie.
        ……………………………………………
        Par tes vertus et sainctetes
        Des reins pierres grosses et dures
        Sont boutes hors et degettez
        De toutes pôvres créatures ;
        Et gravelles pareillement,
        Doulce dame, tu fais yssir
        De maintes gens incontinent.

        Une autre prière, postérieure comme date, et en prose vulgaire, avait pour but principal d'arrêter les hémorragies provenant de coupures. Elle est ainsi libellée :
        « Dieu est né la nuit de Noël, à minuit ! Dieu a commandé que le sang s'arrête, que la plaie se ferme et que ça n'entre ni en matière, ni en senteur, ni en chair pourrie, comme ont fait les cinq plaies de N.-S. Jésus-Christ. Natus est Christus, mortuus est, resurrexit Christus ! On répète trois fois ces mots latins et, à chaque fois, on souffle, en forme de croix, sur la plaie, prononçant le nom de la personne en disant : Dieu t'a guéri, ainsi soit-il ! »
        Il y avait des prières différentes pour les maladies des yeux, pour les boutons et les furoncles, pour la transpiration des enfants, pour la teigne, etc.
        « Les paysans poitevins, écrivait naguère le docteur Tiffaud, appellent le furoncle ver de taupe ou vertaupe. Pour s'en débarrasser, on va chez le guérisseur trois matins consécutifs, et avant le lever du soleil. La personne qui touche, le toucheur, applique la paume de sa main droite sur le ver de taupe ; puis, elle récite à voix basse une prière, précédée et suivie d'un signe de croix.
        Cela fait, le sujet retourne chez lui ; mais, précaution essentielle, il ne faut pas qu'il ait de cours d'eau à traverser, car le bénéfice de l'attouchement et de la prière serait perdu. »
        Il n'y a pas encore un quart de siècle, on rencontrait dans les foires et les « assemblées » du centre de la France des marchands ambulants qui promenaient dans des boîtes, sortes de reliquaires, des images de saint Hubert, auxquelles ils faisaient toucher des bagues, des chapelets bénits, qui, à ce contact, acquéraient de grandes vertus préservatrices.
        Lorsque vous étiez munis d'un pareil talisman, et que vous saviez par cœur la fameuse oraison de saint Hubert, vous étiez à l'abri de la morsure des serpents venimeux comme de celle des chiens enragés.
        « Que de fois, nous écrit un de nos confrères belges, n'avons-nous pas vu des enfants, atteints de convulsions, dont les parents se contentaient, pour tout traitement, de lire, en tenant la main sur la tête du bébé, le premier chapitre de l'Evangile de saint Jean !... »
        Ces croyances sont de tous les temps et de tous les pays. Un médecin nous rapportait, il y a peu d'années, le cas d'un professeur de Moscou atteint de sycosis parasitaire, affection de la peau particulièrement rebelle, qui, fut guéri en trois jours, grâce aux prières d'une commère. Chose incroyable, on avait constaté la présence de staphylocoques dans le pus, et la maladie avait résisté, pendant neuf mois, à toutes les médications mises en usage contre elle.
        Un autre médecin raconte avoir vu, en Perse et en Kurdistan, la diminution du foie et de la rate se produire après, cinq ou six séances de la cérémonie suivante : avec un sabre courbe, on frappait perpendiculairement, et sans le blesser, le ventre du patient, en récitant, des versets du Coran. Sous l'influence de la peur, de la foi ou de la suggestion de l'entourage, il se produisait une vaso-constriction (resserrement des vaisseaux) et, par suite, une diminution de la rate hypertrophiée.
        Toutes les railleries, tous les scepticismes doivent tomber devant un fait.
        N'est-ce pas Charcot qui l'a déclaré : la foi guérit ?
        Il n'est pas, en effet, pour le médecin, et plus spécialement pour le psychothérapeute, d'auxiliaire plus puissant.
                                                             Docteur CABANÈS.

    Le Journal, 11 juillet 1912


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  • Antoine le Guérisseur (Le Rappel 19 février 1909)

    CARNET DU LIBRE PENSEUR

    On a perdu la dent
                  de Sainte Appoline

        Il existe toute une collection de saints qui se sont fait chacun une spécialité dans l’art de guérir les maux dont notre pauvre humanité est affligée ; et, plus sages que les médecins de la terre, leurs confrères, les morticoles du Paradis évitent soigneusement de se faire concurrence. C’est ainsi que saint Roch guérit les maux de jambes, que saint Mayol rend la raison aux fous. Il en est même que les femmes qui ont perdu tout espoir de connaître les joies de la maternité n’invoquent pas en vain, surtout si leur culte est célébré par quelque curé de campagne bien portant et solide au poste.
        Plus modestes sont les vertus de sainte Apolline, dont c’était la fête il y a quelques jours. La spécialité de cette sainte est de guérir les maux de dents, et il fut un temps où les bourgeois de Bruxelles en Brabant, qui avaient les molaires douloureuses, ou qui avaient des canines un peu longues contre leurs belles-mères, se rendaient en foule à l’église des Augustins, où l’on conservait pieusement une dent authentique – oh ! combien – de cette sainte ignorée mais bienfaitrice de l’humanité.
        Ils s’agenouillaient devant l’autel, raconte notre confrère la Gazette de Bruxelles, ouvraient une large bouche, et le prêtre de service au prix d’une légère offrande – naturellement ! – leur frottait à la file la bienfaisante relique sur les gencives, les perles et les chicots avariés. Ils rentraient chez eux guéris de toute douleur pour le moment et préservés pour l’année entière.
        L’église des Augustins a disparu, et l’on se demande, dans les milieux bien pensants, ce qu’est devenue la précieuse dent ! Supposer que les dentistes bruxellois l’aient fait disparaitre, ce serait outrager leur piété... On redemande la dent de sainte Apolline pour le soulagement public, n’en déplaise aux gens dégoûtés.
        On la retrouvera certainement un de ces jours, car les gens d’église ne laissent jamais disparaître les reliques dont ils tirent profit. J’ai récemment cité des exemples qui prouvent qu’ils savent au contraire les multiplier outre mesure.
        On retrouvera la dent de Sainte Apolline, et tout comme cet Antoine qui assure la guérison aux pèlerins qui le viennent visiter en sa chapelle de Jemmeppes-sur-Meuse, ainsi que le raconte un de nos confrères, elle opèrera des guérisons comme par le passé. La foi, qui engendre la crédulité, a un avantage sur notre scepticisme, c’est de rester toujours jeune et naïve, ce qui a fait dire avec raison du Christ qui s’y connaissait : « Bienheureux les pauvres d’esprit ! » P. G.

    Le Rappel, 19 février 1909


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  • L'AU-DELA
    ET LES FORCES INCONNUES
    III. LE GUÉRISSEUR LOUIS ANTOINE 

        Dans tout le Condroz, on me disait : « Allez voir Louis Antoine, c'est le plus grand guérisseur de la Belgique. Il fait des miracles comme les thaumaturges les plus fameux. Il n'a aucune science, sauf celle qui vient de son instinct ou, comme, disent les spirites, de son guide. » J'ai, pour ma part, une certaine faiblesse pour les guérisseurs. Ils sont généralement persécutés par les médecins, leurs rivaux, font souvent autant de bien qu'eux et, n'ayant pas de diplôme, sont moins pédants et plus pittoresques. J'ai beaucoup connu le zouave Jacob, qui eut des moments de gloire étourdissante. J'ai récemment assisté, à Lyon, aux exercices magnétiques de M. Bouvier, à qui il arrive de soigner des centaines de malades par jour, et, il y a deux ans, à Paris, je me faisais initier à l'art d'un bizarre Américain portant le pseudonyme de Saint-Paul et dont la main, réduite à trois doigts, laissait couler des torrents fluidiques. 
       Je me rappelle un discours de William Crooks, le grand chimiste, à l'Académie royale de Londres : « Quels que soient les mérites, disait-il, de la médecine actuelle, tout ce qu'elle peut faire, c'est de réveiller dans le malade, ce que j'appellerais le vis medicatrix, c'est-à-dire la force de se guérir, ou mieux, la volonté de vivre. Personne donc ne guérit personne, mais le malade se guérit lui-même et le médecin n'a été qu'un aide, celui qui a réveillé le vis medicatrix assoupi. » 
       Cette théorie, due à un savant remarquable, me paraît la bonne ; elle réhabilite en plus ces prétendus charlatans qui, renonçant à la pharmacie et à la chimie, s'adressent directement à la force vitale, l'appellent, l'exaltent et, en influençant l'élément psychique, commandent à la matière et à ses infirmités.
        Quand je descendis à la petite station de Jemeppes-sur-Meuse, je demandai au chef de gare : « Connaissez-vous Louis Antoine ? -  Si je le connais ! dit-il, on parle de lui dans toute la Belgique : il habite à deux cents mètres d'ici et cet après-midi vous le trouverez au milieu de ses consultants. » 
        Derrière la barrière j'aperçus Léon Foccroule, le président des spirites de Poulseur. Je n'avais donc plus à chercher un cicerone. Foccroule est un ami de Louis Antoine. Ses yeux ronds, sous ses paupières plissées, brillaient de finesse et de bienveillance. Louis Antoine est pour lui une sorte de saint, un curé d'Ars laïque qui travaille avec un désintéressement absolu pour le bonheur de l'humanité. Je compris aussitôt que Foccroule espérait que je serais non seulement étonné mais converti à leur évangile. C'est que les spirites sont, là-bas, des apôtres et que conquérir une âme leur donne certainement .autant de joie que de gagner le gros lot. J'étais ce jour-là le gros lot. Nous marchâmes dans la fumée des fabriques, au milieu des rails de trams à vapeur, sur une terre noire, le long de rues populeuses parfois passaient des femmes lentes avec, sur leurs épaules, une gaule d'où pendent contre leurs hanches de grands seaux. Le soleil s'était voilé, les cheminées d'usine augmentaient la tristesse et le brouillard. La spirituelle parole du socialiste belge, M. Demblon, me revint à l'esprit : « Le mysticisme, m'avait-il dit, naît la plupart du temps dans les villes où il y a trop de fumée. » Voilà pourquoi cette Belgique si pratique, passablement sensuelle, voit son borinage infecté de fantômes. 

    Jules Bois - Le Guérisseur Louis Antoine (1901)

        Au coin d'une traverse, une maison d'aspect presque officiel rappelant une clinique ou une petite mairie. La porte est ouverte. Foccroule cause en wallon avec quelques hommes attablés à un estaminet adjacent. La gueuze-lambic permet aux nombreux pèlerins d'attendre paisiblement l'heure où chacun, à son tour, ils seront reçus. Dans la salle d'attente, une multitude de femmes. Les clientes accusent les types les plus différents, depuis la femme du contre-maître, déjà bourgeoise et en chapeau, avec, sous la robe, un corset qui s'accuse comme une armure, jusqu'aux plus humbles ouvrières avec leurs châles à gros pois, leurs sabots, leurs cheveux filasse dont le manque d'éclat atteste les longues privations. Elles serrent contre leur poitrine flétrie par l'allaitement des chiffons secoués par les palpitations de la vie. Elles viennent là, moins pour elles-mêmes que pour leurs petits. Sans doute le médecin a désespéré où il demande trop cher, ou il n'a pas inspiré confiance ; alors elles sont allées vers celui que ses adversaires nomment le Charlatan, que la foule appelle le Guérisseur. Elles sont venues, portées par leur foi, exaltées par l'amour maternel, suppliant le Dieu des mères, de toute leur âme. Le silence n'est même pas troublé par le cri des enfants ; quelques vieilles se sont endormies sur leur parapluie, réveillées en sursaut quand la porte du fond s'ouvre pour laisser sortir quelque miraculé et entrer un autre douloureux. 
        J'ai passé par les coulisses de l'officine magnétique. C'est un corridor étroit où il y a, pour tout ornement, un tonneau à épluchures. 
       Ce corridor conduit à la hutte où habite Louis Antoine, une chambre seulement, bien pauvre et bien nue, où sa femme prépare le repas du soir. 
       Le thaumaturge a l'appréhension de la gloire, il n'aime point que s'établisse autour de lui une autre rumeur que celle, des guérisons accomplies. Foccroule lui a dit sans doute une phrase bien sentie dans leur patois car il m'accueille avec sympathie. Et puis, que quelqu'un soit venu de ce grand Paris pour le voir, cela le flatte secrètement. 
       J'ai deviné que Foccroule m'avait présenté comme un quasi-adepte. Voilà donc Louis Antoine. C'est un microcéphale, les cheveux coupés très ras, une barbe de la veille, et je ne sais quelle teinte grisâtre sur toute sa personne, provenant sans doute de l'âge, qui a décoloré ses cheveux et ses regards, de cette fumée aussi qui remplit tout Jemeppes, habille les êtres et les choses. Il parle avec une certaine difficulté, soit que le français ne soit pas sa langue habituelle, soit que sa nervosité, toujours en éveil, fasse trembler ses paroles. 
       - Faites excuse, me dit-il, je ne pourrais vous répondre qu'après L'avoir consulté. Je ne fais rien sans Lui. 
       Louis Antoine parlait ainsi mystérieusement de ce guide dont il ne sait pas très bien le nom, qui est tantôt pour lui l'âme du curé d'Ars ou cette du docteur Demeure, dont les portraits au crayon sont pendus aux murs de la salle d'attente, à côté de placards contre l'alcoolisme. Cet « esprit » ne me fut sans doute pas hostile, car presqu'aussitôt le guérisseur, sachant-que j'avais à prendre le train suivant, me reçut dans la chambre des miracles. 
       - Il m'apparaît, me dit-il, comme un nuage lumineux lorsque je dois réussir ma cure ; mais quand ceux qui viennent à moi n'ont pas la foi, mon guide s'en va, je deviens seul ; je puis si peu de chose par moi-même. 
       - Vous n'êtes donc pas magnétiseur ? 
       - Si ; mais je ne suis devenu vraiment Louis Antoine que lorsque je « m'ai acquis » la foi. C'est la foi qui guérit. Si nous croyons que nous allons cesser d'être malade, la maladie s'en va. Nous sommes guéris selon notre foi. | Plus j'ai réussi, plus j'ai eu confiance, plus j'ai réussi encore. Louis Antoine m'explique qu'il était ouvrier lamineur. Le feu où dansent les païennes salamandres, la fumée qui forme la corporalité des fantômes influencèrent lentement cette âme ignorante mais en correspondance avec l'universelle nature qui aime de chuchoter des simples des secrets. Il me conta la chose de sa voix grise aussi, voilée, avec des arrêts brusques et des intermittences. 
       - Quand on rentrait chez soi en revenant de la forge, on avait quelquefois le souvenir de toutes ces étincelles dans les yeux. Pendant la nuit, en dormant, elles ressemblaient à des étoiles. Ces étoiles me disaient : « Ecoute bien, Louis Antoine et comprends. Le feu de la forge rend le fer malléable et alors l'homme en fait tout ce qu'il veut. Ton âme est un feu aussi. Nous lui donnerons le pouvoir de repétrir la matière, la chair des autres, et les sourds entendront et les boiteux marcheront. » 
       Une mère et son enfant entrèrent. Le petit avait les jambes torses, le corps couvert de taches rouges. Un chétif résultat d'une existence sans hygiène et d'ancêtres dégénérés. 
       Louis Antoine pose sur ces membres déformés sa main rédemptrice : le petit tressaute de temps en temps comme sous une brûlure. Puis le thaumaturge lui ordonne de marcher, de courir même. Il marche, il court en effet avec ses misérables jambes convulsées. Réellement il va mieux, il rit, il saute dans les bras d'Antoine par cette sorte de reconnaissance instinctive qu'ont les enfants pour ce qui leur fait du bien. Il n'est pas guéri, certes, mais électrisé. Sa mère pleure de joie. L'atmosphère est propice au miracle entre ce thaumaturge qui affirme : « il guarira, savez-vous, il courra comme un lapin », cette femme en larmes et cet enfant galvanisé par la volonté de l'opérateur et la foi vague des tout petits qui ne comprennent pas l'existence de leur mal. 
       Vient une consultation sur la nourriture â donner au boiteux. Antoine défend le porc, ne permet qu'une pomme de terre avec du beurre, sans graisse. Ces détails culinaires sont écoutés avec religion, comme s'ils tombaient de la bouche d'un dieu. 
       Maintenant c'est le tour d'une vieille. Louis Antoine lui touche le front. Je vais assister à une des prérogatives du thaumaturge. Il lirait les maladies dans les corps, par intuition. Celle-là a la foi totale. Sous la coiffe noire, le visage s'accentue, à la fois têtu et docile, crédule. Au bout d'une minute, Louis Antoine profère son diagnostic. Ce qu'il a bien découvert, ce sont les souffrances de la brave femme et leur emplacement. Celle-ci en est tout émue ; chaque fois que le guérisseur lui découvre quelque infirmité, son enthousiasme grandit et elle s'écrie avec son accent rude de paysanne : « C'est ben comme ça, c'est ben comme ça ! » Mais Louis Antoine insiste : « Il faut dire la vérité, si c'est bien là ce que vous sentez. Nous ne devons pas propager le mensonge… la vérité nous soutient. » 
       Le train de banlieue qui doit me ramener de Jemeppes-sur-Meuse à Liège siffle déjà au loin ; il faut finir. Je demande à Louis Antoine ce qu'il pense des médecins, ses grands confrères et ennemis. Il ne m'en dit aucun mal. Ce magnétiseur a l'âme chrétienne : « Dans les maladies, ils soignent les effets ; moi, je m'attache aux causes », dit-il avec une certaine fierté. Louis Antoine est un philosophe. « Ils ont signé à cent cinquante une pétition contre moi : ma mission les gêne. Je n'ai été condamné pourtant qu'à quelques francs et conditionnellement encore. On sait que je ne demande pas d'argent, et comme je ne donne pas de remède, que peut-on me reprocher ? » 
       La vieille a jeté quelques sous dans la tirelire sur la cheminée. C'est tout ce qu'accepte ce philanthrope mystique. 
       - Avant de partir, prenez mon journal. 
       Louis Antoine est allé dans la chambre basse et obscure où sa femme prépare le repas du soir. De nouveau, je suis dans le corridor étroit, encombré par le tonneau d'épluchures. Le thaumaturge revient avec un imprimé qui a comme titre : Connais-toi. Je jette un regard sur ce papier rempli de ces phrases ampoulées dont les doctrinaires spiritualistes ont le secret. Ce ne doit pas être là une élucubration de Louis Antoine. Je le soupçonne d'écrire comme il parle, c'est-à-dire difficilement. Ses gestes, son milieu, son attitude, ses paroles, voilà ce qui m'a plu en lui. Une grande simplicité, de la naïveté même et de l'illuminisme, mais un brave homme, un brave homme vraiment, qui a la double chance d'être à la fois un ignorant et un croyant. 
       C'est peut-être pour cela qu'il fait des espèces de miracles. 
       Me revoici dans les rues fumeuses de Jemeppes, sur les chaussées noires. Léon Foccroule me jette un regard désolé. Il avait rêvé un long après-midi apostolique, où il m'aurait professé la philosophie d'Allan Kardec. 
       Le train siffle de nouveau, je lui serre la main en hâte, ses bons yeux sont émus. Il m'a fallu aller dans d'obscurs villages de Belgique pour trouver cette foi. Et je me dis que Louis Antoine dispose d'une force incalculable. Charcot, à la fin de sa vie, comprit les limites de cet hypnotisme qu'il avait, en quelque sorte, fait sien, et il écrivit, dans une revue anglaise, une étude devenue fameuse, intitulée The faith healing - la foi qui guérit. Ce génial observateur, quoique matérialiste, envoyait à Lourdes des malades désespérés, en qui il découvrait cette faculté de « croire » qui est vraiment un don surnaturel, car il n'y a pas de méthode pour l'acquérir. La désirer, la vouloir même, ne suffit pas : elle est un cadeau du Mystère. La foi ne soulève pas que les montagnes, elle peut rendre la santé étant elle-même une source secrète de la vie. 

    Jules BOIS. Le Matin, 3 août 1901 (Reparu dans Le Miracle moderne en 1907 et dans Le Figaro, Supplément littéraire du dimanche 17 décembre 1910, mais non dans le livre L'Au-delà et les forces inconnues, 1902)

    Jules Bois - Le Guérisseur Louis Antoine (1901)Jules Bois - Le Guérisseur Louis Antoine (1901)

     

     


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  • Louis Lenger et Corin (Journal de Liège et de la province 31-03-1914)

    Louis Lenger et Gabriel Corin (Journal de Liège et de la province 31-03-1914)

    En tant que médecins légistes à Liège, il procèderont à l'enquête sur Louis Antoine en 1900.


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  • La Paix Universelle n°347-348 (mai 1903)

        Il y a quelques années, la majorité des membres de l’Académie de médecine affirmait que le magnétisme était égal à zéro. Que les temps sont changés !... Aujourd’hui il est devenu curatif, et à ce titre, la propriété exclusive des médecins !... N’est-ce pas charmant ?
        Et plus charmant encore l’arrêt de la Cour de Rennes. La Cour d’Angers avait appuyé son jugement sur une loi ; la Cour de Rennes, elle, plus perspicace, base le sien sur une déclaration d’un congrès de médecins !...
        Jemeppe-sur-Meuse, un grand village aux environs de Liège (Belgique), possède un médium guérisseur stupéfiant, M. Antoine. Rien n’est comparable au succès qu’il obtient ; il reçoit chez lui deux cents malades chaque semaine. Le chemin de fer du Nord, les vicinaux, les bateaux à vapeur, les voitures de luxe et autres transportent vers Jemeppe une quantité de gens de toute classe, venant de l’étranger même réclamer ses soins... N’en soulagerait-il, n’en guérirait-il que la dixième partie, que sa renommée se justifierait absolument.
        Ah ! qu’une plume autorisée, qu’un écrivain humoristique surtout nous décrive un jour la physionomie des cinq membres du Parquet liégeois qui, en septembre 1901, se sont assis dans le cabinet où ont passé à ce jour plus de cent vingt mille personnes, pour assister, pendant deux heures, aux magnétisations (considérées comme illicites) du médium guérisseur Antoine, et qui sont retournés chez eux emportant la conviction qu’il existe des choses que l’on n’enseigne ni dans les Académies ni dans les Universités ! C’est bien là la réflexion que ces messieurs ont dû se faire qu’Antoine était réellement doué d’une faculté que des lois qui se respectent ne peuvent atteindre dans son exercice humanitaire.
        Aussi le Parquet de Liège a jugé que la philanthropie et le désintéressement de ce brave guérisseur devaient être tolérés.... et Antoine n’est plus inquiété.

    La Paix Universelle n°347-348 (mai 1903)


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  •     Les médiums à effets physiques extériorisent cette force en grande abondance ; mais nous la possédons tous à des degrés divers. C’est au moyen de cette force que se produisent les soulèvements de tables, le transport des objets sans contact, le phénomène des apports, l’écriture directe sur ardoises, etc. Son action est constante dans toutes les manifestations spirites. [...]

        Les procédés, il est vrai, diffèrent. Dans l’hypnotisme, c’est par la suggestion que l’on agit sur le sujet, d’abord pour le plonger dans le sommeil, ensuite pour provoquer des phénomènes. La suggestion n’est que la subordination d’une volonté à une autre. Le sujet s’abandonne à l’expérimentateur et exécute ses ordres, exprimés par la parole et le geste, ou simplement par la pensée. On peut obtenir le même résultat par les pratiques magnétiques. La seule différence est dans les moyens employés. Ceux des hypnotiseurs sont plutôt violents. S’ils peuvent guérir certaines affections - et l’on ne peut méconnaître que leur application à la thérapeutique n’ait donné des résultats appréciables - le plus souvent, ils jettent le désordre dans le système nerveux et, à la longue, déséquilibrent, le sujet. Tandis que les effluves magnétiques, bien dirigés, soit à l’état de veille, soit dans le sommeil, ramènent fréquemment l’harmonie dans les organismes troublés.

        La suggestion, nous l’avons vu, peut être exercée de près comme de loin, aussi bien sur le plan visible que sur l’invisible, par des opérateurs humains comme par des agents occultes. En permettant à un homme d’agir mentalement sur un autre, sans le secours des sens, elle nous fait mieux comprendre l’action de l’esprit sur un médium. En effet, ce que l’homme peut obtenir, lui dont le pouvoir et l’action sont bornés, gênés, amoindris, une intelligence, délivrée des entraves de la matière grossière, le pourra d’autant mieux et réussira à influencer le sensitif, à l’inspirer, à se servir de lui pour réaliser ses vues.

        Le magnétisme, pris dans son sens général, est l’utilisation, sous le nom de fluide, de la force psychique, par ceux qui en sont abondamment pourvus.

        L’action du fluide magnétique est démontrée par des exemples si nombreux et si probants, que l’ignorance ou la mauvaise foi pourraient, seules, en nier l’existence aujourd’hui. [...]

        La volonté de soulager, de guérir, avons-nous dit, prête au fluide magnétique des propriétés curatives. Le remède à nos maux est en nous. Un homme bon et sain peut agir sur les êtres débiles et souffreteux, les régénérer par le souffle, par l’imposition des mains et même par des objets imprégnés de son énergie. On agit, le plus souvent, au moyen de gestes, nommés passes, rapides ou lents, longitudinaux ou transversaux, selon l’effet, calmant ou excitant, que l’on veut produire sur les malades. Ce traitement doit être poursuivi régulièrement, et les séances renouvelées chaque jour jusqu’à guérison complète.

        On peut aussi, par l’auto-magnétisation, se traiter soi-même, en dégageant, à l’aide de passes ou de frictions, les organes affaiblis et en les imprégnant des courants de force échappés des mains.

        La foi ardente, la volonté, la prière, l’évocation des puissances supérieures, soutiennent l’opérateur et le sujet. Lorsque tous deux sont unis par la pensée et par le cœur, l’action curative est plus intense.

        L’exaltation de la foi, qui provoque une sorte de dilatation de l’être psychique et le rend plus accessible aux influx d’en haut, permet d’admettre et d’expliquer certaines guérisons extraordinaires réalisées dans les lieux de pèlerinage et les sanctuaires religieux. Ces cas de guérisons sont nombreux et appuyés sur des témoignages trop importants pour qu’on puisse les révoquer tous en doute. Ils ne sont pas spéciaux à telle ou telle religion ; on les retrouve indistinctement dans les milieux les plus divers : catholiques, grecs musulmans, hindous, etc.

        Dégagé de tout appareil théâtral, de tout mobile intéressé, pratiqué dans un but de charité, le magnétisme devient la médecine des humbles et des croyants, du père de famille, de la mère pour ses enfants, de tous ceux qui savent aimer. Son application est à la portée des plus simples. Elle n’exige que la confiance en soi, la foi en l’infinie puissance qui fait rayonner partout la force et la vie. Comme le Christ et les apôtres, comme les saints, les prophètes et les mages, chacun de nous peut imposer les mains et guérir, s’il a l’amour de ses semblables et l’ardente volonté de les soulager.

        Lorsque le patient s’endort sous l’influence magnétique et semble appeler la suggestion, n’employez celle-ci qu’avec des paroles de douceur et de bonté. Persuadez, au lieu de brusquer. Dans tous les cas, recueillez-vous dans le silence, seul avec le patient ; faites appel aux Esprits bienfaisants qui planent sur les douleurs humaines. Alors, d’en haut, vous sentirez l’influx descendre en vous et de là gagner le sujet. Une onde régénératrice pénétrera d’elle-même jusqu’à la cause du mal et, en prolongeant, en renouvelant votre action, vous aurez contribué à alléger le fardeau des terrestres misères.

        Quand on considère toute la puissance du magnétisme curatif et les services qu’il a déjà rendus à l’humanité, on ne saurait trop protester contre les tendances des pouvoirs publics, en certains pays, à en entraver le libre exercice. En agissant ainsi, ils violent, les principes les plus respectables, ils foulent aux pieds les droits sacrés de la souffrance. Le magnétisme est un don de la nature et de Dieu. En régler l’usage, en proscrire les abus est bien. En interdire l’application serait empiétée sur l’action divine, attenter à la liberté, au progrès de la science et faire oeuvre d’obscurantisme.

    Léon Denis, Dans l'invisible (pp.216-224)
    La force psychique, les fluides, le magnétisme
    Librairie des Sciences Psychiques, Paris, 1911


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  • Journal du magnétisme (v56, n1) Jan 1901

     

    Poursuites contre un médium guérisseur

        Les tendances sont partout les mêmes. Ainsi, M. Antoine, médium guérisseur de Jemeppe-sur-Meuse, qui, parait-il, guérissait beaucoup de malades abandonnés à l'aide du magnétisme et du « fluide » est poursuivi, et certainement il sera condamné par la justice de son pays, comme il le serait par la nôtre.

    Journal du magnétisme (v56, n1) Jan 1901


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  • Léon Souguenet - Antoine le Guérisseur (1902)

    ANTOINE LE GUERISSEUR

    (Extrait du Messager de Bruxelles, Journal financier, reproduit par le Messager de Liège),

        « Il existe à Jemeppe-sur-Meuse un homme dont la renommée a franchi les limites de son bourg natal et qui voit accourir chaque jour vers lui des suppliants. Ils lui demandent, comme à un tout-puissant, la santé, la joie, le réconfort moral ; ils le supplient de leur faire entrevoir le sort de leurs parents morts. Et l'homme, le successeur des anciens thaumaturges réalise ses rêves : il renvoie ses visiteurs guéris, souriants, améliorés moralement, convaincus souvent qu‘ils ont entendu la parole d'un père ou d'une mère, d'un enfant ou d’un ami défunt. Cet homme s'appelle Louis Antoine ; on l'appelle plus volontiers Antoine le guérisseur.
        — Antoine ? Allez tout droit (on dit à Liège : rotez tout droit), vous tournerez à droite à la première rue, puis vous traverserez le pont du chemin de fer... puis...
        Celle qui me parle est une femme de mine souffreteuse, elle tient un enfant sur ses bras, deux autres sont accrochés à ses jupes. Elle ne s'étonne pas de mes questions, elle ne sourit pas. Je devine bien que toutes les mères d’ici, ont, une fois ou l’autre, invoqué le guérisseur contre la maladie d'un petit. C'est un triste bourg, ouvrier et industriel, Jemeppe ; comme toute la banlieue de Liège, il est cerné par la ronde joyeuse des collines encore vertes où les arbres, ce jour-là, s’échevelaient follement ; la Meuse le traverse d’un sillon lumineux et chantant comme une farandole.
        Tout le monde connaît Antoine, et tout le monde, sans rire et sans hésiter, donne les renseignements demandés.
        Au coin d'une rue, une maison dont une partie est occupée par une boutique, c'est là. On entre dans un corridor, mais déjà derrière une porte vitrée on a surpris des éclats de voix. Antoine a des visiteurs. On sonne ; une femme vient ouvrir. Et sans que l'assistance se détourne on se trouve dans une chambre modeste et propre, où se pressent les fidèles ; leur aspect extérieur m'autorise à les appeler des fidèles. Il en vient comme cela de 150 à 200 par jour (Vingt-cinq mille malades sont venus cette année).
        Louis Antoine est un homme de taille moyenne, les cheveux drus, noirs, mais grisonnants, le teint brun, la moustache grise et coupée court, les joues creuses ; il s’exprime, sans fausse modestie et sans vanité.
        — Comment guérissez-vous les gens ?
        — Par l'imposition des mains, ou en élevant mon esprit vers Dieu.
        — Vous êtes chrétien ?
        — Oui.
        — spirite ?
        — Oui. L'un n'empêche pas l'autre.
        — Votre pouvoir est-il infaillible ?
        — Non. Il y a des gens que je ne puis guérir. Ce sont ceux qui n’ont pas la foi, qui viennent à moi sans la sincérité, l'humilité du cœur.
        — Êtes-vous père ?
        — J'avais un fils, il est mort à vingt ans.
        Mais pourquoi me posez-vous ces questions ? Etes-vous malade ?
        — Oui. Mais je n’ajoute pas que ma maladie échappe aux médecins et que je suis de ceux, sans doute, qu’Antoine ne guérit pas.
        — Vous avez été poursuivi une fois, continué-je.
        — Oui, j’ai été condamné conditionnellement. J'avais, en recommandant une drogue inoffensive, été imprudent.
        En m’éloignant, j’interrogeai des pèlerins, ils ont tous une foi, une indestructible foi dans le pouvoir d’Antoine. On m'indique tel et tel que je puis interroger :
        — Allez voir. Demandez-lui comment il était, comment il est maintenant.
        A quoi bon ? Le miracle pour moi n'est pas là, il est dans la foi de ces ouvriers, de ces petits (ll n’y a pas que des petits, des ouvriers parmi les nombreux visiteurs de notre frère et ami Antoine ; Toutes les classes de la société se rencontrent dans la belle salie qu'il a fait construire adjacente à sa demeure), de ces souffrants, en ce guérisseur sorti de leurs rangs et qui, depuis longtemps déjà, opère parmi eux sans que leur foi se démente.
        Louis Antoine m'a remis des brochures. Je lis sur l'une cette invitation :
                                                         Vers Dieu par la Science et la Charité.

    Société Spirite
    Les vignerons du Seigneur de Jemeppe-sur-Meuse.

                  « Frères et Sœurs en Humanité,

        « Vous êtes invités aux séances publiques qui ont lieu le premier et le troisième dimanche de chaque mois, à 10 heures du matin, chez M. Louis ANTOINE, à Jemeppe-sur-Meuse.
        « Vous y serez reçus fraternellement, vous participerez aux séances, et vous pourrez, si les conditions le permettent, vous entretenir avec vos chers disparus de ce monde.
         « Le spiritisme vous donne les preuves de l'existence de Dieu, de la survivance de l’âme, et, en le pratiquant sincèrement, il vous conduit au Bonheur Eternel. — Dieu vous donne le don de soulager vos frères dans toutes maladies, afflictions morales ou physiques.
         « Le spiritisme est une philosophie consolante, base des enseignements du Christ et s’appuyant sur les lois qui régissent l'univers.

    « LOUIS ANTOINE. »

        Sur l'autre, il y a cette simple indication :
        « Séance publique le premier dimanche de chaque mois, chez M. Louis Antoine, rue du Bois-de-Mont, à Jemeppe-sur-Meuse, à 10 heures précises du matin et le deuxième et quatrième dimanche, chez M. Pierre Debroux, menuisier-entrepreneur à Crotteux-Mons, à 5 heures-de l'après-midi.
         « On peut se procurer les livres spirites chez M. Louis Antoine, ù Jemeppe. »
        Dans celle-ci je trouve la profession de foi du guérisseur. En voici le début :

                   « Frères et Sœur en Humanité,

        « Cette petite brochure a pour but de faire connaitre à mes visiteurs ma manière de procéder, de leur dire de quelle façon je puis leur être utile :
        « Je conseille à tous ceux qui se trouvent dans la peine, par suite de maladie, affliction morale ou physique, de réfléchir avant d'observer certaines pratiques en usage, telles que déplacements, dépenses inutiles ou promesses de voyages, etc.
         « Quand on veut sortir d’une situation pénible ou difficile, il est utile et plus efficace d'élever sa pensée vers Dieu et de l'implorer sincèrement.
        « Si notre prière est sincère, nous sommes certains de recevoir la bonne inspiration de nous adresser soit à tel médecin, soit à toute autre personne à même de nous venir en aide.
        « Je recommande aussi ù mes visiteurs la prière à Dieu parce qu'elle console d'abord en toute circonstance ».

        Les hommes que j'interroge me passent des brochures : pour la propagande, disent-ils.
        Voici un petit catéchisme spirite pour servir à l’instruction des enfants et des personnes ne connaissant pas le spiritisme, publié par la Société spirite « Les Vignerons du Seigneur », de Jemeppe-sur-Meuse. Instructions par l'Esprit de vérité, Esprit consolateur.
        J'ouvre ce catéchisme et j'y lis, au chapitre de la communication des esprits :

    1. L'Esprit dépouillé de son corps peut-il communiquer avec nous ?
    Oui, il le peut et le fait très souvent.

    2. Par quel moyen le fait-il ?
    Par le moyen des médiums.

    3. Qu'est-ce qu'un médium ?
    C'est une personne apte à recevoir les communications des Esprits, soit par l'audition, soit par la vue ou de toute autre façon.

    4. Tout le monde peut-il être médium ?
    Oui, en général, tout le monde peut le devenir en s'exerçant patiemment pendant un temps plus ou moins long.

    5. La médiumnité est-elle utile à celui qui le possède ?
    Oui, non seulement à lui, mais à tous ceux à qui les enseignements des Esprits peuvent inspirer des pensées salutaires, des sentiments louables.

    6. Tous les Esprits peuvent-ils communiquer ?
    Oui, lorsque Dieu le permet.

        On me demande :
        — Vous êtes spirite ?
        — Pas du tout. Je suis très sceptique.
        Et ces gens simples me répondent avec la tranquillité d'hommes qui savent :
        — Ça ne fait rien. Vous croirez.
        J'ai vu naguère à Gohissart, j'ai vu ailleurs, les spirites évoquant leurs morts. De ce spectacle je n'ai pas rapporté la foi, mais de l'étonnement, mais de l'admiration.
        Comme le cerf biblique cherche l'eau des fontaines, ceux-ci, altérés, cherchent l’idéal ; leurs ^mes sont orientées vers l'au-delà, et ce sont sans doute leurs âmes parties en avant d'eux-mêmes, qui répondent à leurs mélancoliques interrogations.
        Quoi qu'il en soit, le spiritisme est un moyen, un étrange moyen si l'on veut, d'élévation morale.
        Il y a dans son funèbre décor de singulières lueurs, il y a en lui cette part d’infinie douleur et d'infini espoir que met l'homme dans sa religion, une part de beauté aussi, et j'ai retrouvé comme un écho lointain de la Prière sur l’Acropole dans cette prière d'Allan Kardec :

        « Dieu, notre Père, qui avez puissance et bonté, donnez la force à celui qui subit l'épreuve ! Donnez la lumière à celui qui cherche la vérité ! Mettez au cœur de l'homme la compassion et la charité !
         « Dieu ! Donnez au voyageur l'étoile directrice, à l’affligé la consolation, au malade le repos !
        « Père, donnez au coupable le repentir ! Donnez à l'esprit la vérité ! Donnez à l'enfant le guide ! Donnez a l'orphelin le père ! Seigneur, que votre bonté s'étende sur tout ce que vous avez créé !
        « Pitié, mon Dieu, pour celui qui ne vous connaît pas, espoir pour celui qui souffre ! Que votre bonté permette aujourd'hui aux esprits consolateurs de répandre partout la paix, l'espérance et la foi !
        « Dieu ! Un rayon, une étincelle de votre amour peut embraser la terre, laissez-nous puiser aux sources de cette bonté féconde et infinie, et toutes les larmes seront séchées, toutes les douleurs calmées ; un seul cœur, une seule pensée montera jusqu'à vous, avec un cri de reconnaissance et d'amour ! »

    Ethèrel

    Revue Spirite, Journal d’études psychologiques, 1902
    source : internet

     

        Il s'agit de l'article de Léon Souguenet "Antoine le Guérisseur" repris dans Les Monstres Belges (1904).


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  •     Lundi 29 novembre à 22h05
        Devins, guérisseurs, gourous, le retour des charlatans ?

        Que s’est-il passé le 23 octobre dernier à La Verrière ? Pourquoi un enfant est-t-il mort quand douze membres de sa famille se sont jetés par la fenêtre ? Ont-ils eu peur du diable, comme l’affirme l’un des suspects ? Ou étaient-ils sous l’emprise d’un gourou obsédé par le démon ?
        Des gourous qui prétendent soigner, combattre les mauvais esprits, ou prédire l’avenir… Qui sont ces imposteurs et ceux qui tombent sous leur charme ?
        Pourquoi le besoin d’irrationnel semble-t-il plus fort que jamais ? Alors que le Feng Shui cartonne et que les médecines alternatives sont à la mode, comment opèrent ces magnétiseurs et autre « géobiologistes » qui disent chasser les énergies négatives ?
         Pourquoi fascinent-ils jusqu’aux plus puissants, stars du showbiz, grands patrons ou hommes politiques ?
        Entre manipulation et abus de faiblesse, Complément d’enquête sur le pouvoir de
    ces nouveaux gourous.

    A voir en ligne sur le cite : http://info.france2.fr/complement-denquete/?page=accueil&id_rubrique=83

        A ne pas manquer, l'intervention de Michel Onfray (philosophe qui évoque son dernier livre : Le Crépuscule d’une idole. L'Affabulation freudienne, chez Grasset) qui rappelle qu'une Eglise n'est qu'un secte qui a réussi ! Il intervient en effet après le reportage sur l'Eglise de la Montagne de feu, d'orientation pentecôtiste, mais non rattaché à la Fédération Protestante de France.
        Il est également l'auteur du très discuté Traité d'athéologie (Grasset, Paris, 2005).
    source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Onfray


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  •     Faute de pouvoir soigner les maladies, la médecine du XIXe siècle s'est employée à les prévenir. D'où le rôle central qu'y joue l'hygiène publique. Se donnant pour mission de supprimer les foyers d'infection qui minent la société, elle s'étend à tous les domaines : égouts et voiries, orientation et hauteur des bâtiments, alimentation et travail, pollution industrielle et urbaine, prisons, casernes, hôpitaux, mais aussi prostitution, alcoolisme, crimes, suicides, etc.
    Les préconisations des hygiénistes sont toujours les mêmes : faire circuler l'air et l'eau, désinfecter, vacciner. Mais ces avis ne sont pas toujours suivis d'effets. Dans nombre de pays européens, la vaccination et la revaccination sont obligatoires.
    Quatrième de couverture de : Gérard Jorland, Une Société à soigner, Hygiène et salubrité publiques en France au XIXe siècle, 368 pages, Collection Bibliothèque des Histoires, Gallimard, 2010
    source :  http://www.gallimard.fr/Vient_de_paraitre/gallimard-cgi/appliv1/ind_ouvrage?ouvrage=0010066784006407303300000

        « Au demeurant, les méthodes médicatrises des gens de l’art de ce pays ne sont guères plus compliquées que celle des bergers de la montagne ; elle consistent dans ces trois choses, purger, saigner, et diète absolue : la saignée est surtout en si grande vogue, que, comme les médecins ne savent que l’ordonner et ne la pratiquent pas, ce sont les chirurgiens qui, en concurrence avec les rebouteurs pour les cas chirurgicaux, extrêmement rares, qui se présentent, sont presque les seuls en possession de la médecine interne » (François-Emmanuel FODERE, Voyage aux Alpes-Maritimes, Tome Second, op. cit., p. 293-294.).
    source : http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/45/52/43/PDF/La_pratique_medicale_dans_les_Alpes-Maritimes_au_XIXe_siecle_ou_l_idee_d_une_medecine_a_plusieurs_visages.pdf.

        Tandis que la médecine se détache définitivement de la philosophie pour entrer dans l'ère moderne, la somme des connaissances et des découvertes médicales acquises entre 1800 et 1895 dépasse celle qui a été accumulée pendant les millénaires antérieurs. La clinique, la chirurgie et la physiologie progressent à pas de géant, laissant toujours à la traîne la thérapeutique, qui devra attendre le XX e  siècle pour devenir crédible. Pourtant, en moins d'un siècle, l'examen clinique, l'anesthésie, l'antisepsie, la bactériologie et, enfin, la radiologie bouleversent le pronostic médical et permettent d'allonger l'espérance de vie. [...] 
        Le chemin parcouru par la médecine au cours du XIX e  siècle est immense, surtout en physiologie et en clinique. En un siècle, les nosographies confuses et les systèmes auront disparu au profit d'une médecine objective, à laquelle manque encore la réussite thérapeutique, car de grands fléaux - tuberculose, fièvre typhoïde, grippe, choléra, peste - ravagent encore le monde.
    source : http://www.memo.fr/article.asp?ID=THE_SCI_007#Som5


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