• ~La toute-puissance de l'exemple~

    Dieu parle : Premier principe. Si vous m'aimez, vous ne l'enseignerez à personne, puisque vous savez que je ne réside qu'au sein de l'homme. Vous ne pouvez témoigner qu'il existe une suprême bonté alors que du prochain vous m'isolez.
    Deuxième principe. Ne croyez pas en celui qui vous parle de moi, dont l'intention serait de vous convertir, si vous respectez toute croyance & celui qui n'en a pas, vous savez, malgré votre ignorance, plus qu'il ne pourrait vous dire.
    Troisième principe. Vous ne pouvez faire la morale à personne, ce serait prouver que vous ne faites pas bien, parce quelle ne s'enseigne pas par la parole, mais par l'exemple & ne voir le mal en rien.

     

         C'est en s'améliorant qu'on découvre la valeur. Est-ce une raison d'étaler ce qu'on sait devant ceux qui ne peuvent encore ni comprendre ni agir ? Ce serait leur infliger un blâme et une souffrance, montrer fort peu de coeur, parce que ce serait les obliger. Nous devons plutôt les entraîner par la toute-puissance de l'exemple. Si nous avons le droit de prêcher quelque chose, c'est la liberté : c'est elle qui préparera l'avènement de la fraternité. Si je disais qu'il faut posséder les vertus, j'imposerais encore des lois. Mais tous ceux qui m'écoutent ne me comprennent que d'après leur entendement. S'il en est qui se bornent à la lettre, ce n'est que momentané ; ils arriveront insensiblement à l'esprit en s'assimilant le fluide de la pensée qui pourra y pénétrer.
    [...]
        Tous ceux qui comprennent l'enseignement le montreront en pratiquant tout d'abord l'indulgence, surtout envers les moins avancés qu'ils entraîneront par leur exemple. Si nous croyons que la charité est profitable et qu'elle procure du bonheur, hâtons-nous de la faire en toutes circonstances et n'attendons pas que l'on nous y engage. Mais gardons-nous de la solliciter pour d'autres, car la charité collective n'est pas un bien pour deux raisons : 1° celui qui la reçoit en est humilier et 2° celui qui y participe agit sans élan, sans feu sacré. Dans ces conditions le fluide de la vraie charité manque et nous savons qu'il est indispensable pour que notre acte nous soit profitable.
        En agissant ainsi, nous établirons insensiblement le règne de la liberté et de la fraternité, les forts aideront les faibles ; car la foi est agissante, elle nous convie au vrai banquet de la vie où tous nous serons rassasiés de l'amour de nos frères.

    La Révélation, Le désintéressement & la foi, p.51

        Ce bon fluide fera réfléchir, il donnera aux adeptes plus de courage soit dans leur tâche de chaque jour, soit dans leurs rapports avec leurs semblables. Il y puiseront pour répandre la doctrine dont il ne suffit pas de parler entre soi ;  mais ils auront soin de préférer l'exemple à la parole car la forme n'est rien, ne l'oublions pas ; que ce soit la conscience qui démontre le devoir et agissons toujours suivant les principes que nous nous efforçons de propager. Si nos actes ne sont pas la consécration de notre langage, nous aurons bientôt démoli notre oeuvre et nous encourrons de justes reproches.
        Voilà ce que nous enseigne notre philosophie. L'étudier ne sert de rien ; il faut la pratiquer pour en savourer les fruits et atteindre finalement au but que nous désirons.

    La Révélation, Être ou paraître, p.69