• Rue Vergniaud, on lit et on opère (Excelsior, 27 oct 1913)

          LES ANTOINISTES A PARIS

              Rue Vergniaud
           on lit et on opère

        Inaugurant le temple élevé par ses
    adeptes, la Mère Antoine monte à la tri-
     bune et y pratique quatre "opérations
                             générales".

        Lorsque la Mère Antoine monta à la tribune hier matin pour inaugurer son temple de la rue Vergniaud par une « opération générale », les huit ou neuf cents adeptes qui se trouvaient réunis dans cette salle, et sur qui retombait la lumière verte provenant des fenêtres, se laissèrent entraîner par une violente émotion extatique. Un véritable concert de sanglots et d'exclamations s'éleva, tandis qu'au premier rang, sous la chaire même, une douzaine de malades attendaient les effets de l'opération.
        La veuve du Désincarné, toujours vêtue de sa simple robe de serge noire, se contenta d'étendre ses mains au-dessus de cette foule silencieuse. Et après être demeurée quelques secondes en extase, elle redescendit l'escalier de la tribune pour aller se recueillir dans une petite cabane en bois momentanément édifiée dans un terrain vague derrière le temple.
        A trois reprises, la Mère revint opérer et la suggestion fut si forte que trois ou quatre assistantes, qui étaient venues se soumettre au fluide, se crurent guéries. L'une d'elles, une dame T..., amenée spécialement de Vichy pour voir la Mère, laissa tomber la béquille dont elle se sert depuis neuf ans ; mais il ne me fut pas possible de constater si l'« opération » avait agi, car ceux qui avaient transporté la pauvre femme la prirent sous les bras et l'entrainèrent. Les autres patientes, de simples névrosées, pleurèrent à chaudes larmes et répétèrent à qui voulait les entendre que la Mère venait de leur rendre la santé.
        Un phtisique, venu de Charleroi dans le train des Antoinistes et qui fut pris de vomissements de sang alors qu'il faisait les cent pas devant le temple, fit implorer la Mère et, comme l'hémorragie s'arrêta, on ne manqua pas d'attribuer son soulagement à l'intervention d'Antoine.
        Après les quatre « opérations » de la Mère, le lecteur habituel du temple de Jemeppe-sur-Meuse, M. Delcroix, sortit sur le parvis, précédé d'un antoiniste portant l'Arbre de la Science de la Vue du Mal et accompagné de M. Derégnaucourt, le grand-prêtre du culte, et de M. Noël, le « légat » à Paris.
        Devant la foule amassée, M. Delcroix, qui, on le sait, est un des plus distingués professeurs de l'Athénée royal de Liége, lut le Grand Livre de la Révélation, sans paraître se soucier des cinématographes et des photographes qui opéraient sans relâche.
        A midi, tout était fini et les pèlerins belges se dispersèrent pour visiter Paris.
        Vers 4 heures, la Mère prit place dans une automobile qui la conduisit à la gare du Nord, où l'attendaient les quatre cents adeptes belges. Et, à 5 heures, le train spécial démarrait pour regagner Jemeppe.
        D'ici peu, la Mère va entreprendre un long voyage : elle doit en effet inaugurer, le mois prochain un nouveau temple... à Monte-Carlo. – HENRY COSSIRA.

    Excelsior, 27 octobre 1913


    votre commentaire
  • Le Temple - Culte antoiniste (Le Petit Parisien 27 oct. 1913)


    votre commentaire
  • Les Antoinistes à Paris (Le Journal 27 octobre 1913)

     

               LES ANTOINISTES A PARIS

    La "Mère" consacre le Temple du nouveau culte

        Les Antoinistes ont maintenant leur temple à Paris. Leur « mère » l'a consacré hier. Ce fut une cérémonie d'une banalité lamentable, mais d'une délicieuse candeur.
        On connaît les Antoinistes. Ce sont les adeptes d'un brave ouvrier belge qui s'imagina un jour être le représentant du Christ, un représentant suffisamment qualifié pour prodiguer la parole divine et dispenser les bienfaits célestes. Le nouveau « Messie » se fit bientôt appeler « le Grand Guérisseur de l'Humanité pour celui qui a la Foi ». On crut en sa mission, on vint à lui. Par sa seule volonté des malades retrouvèrent la santé, des paralytiques purent de nouveau se servir de membres endormis depuis longtemps. Du moins c'est ce qu'on dit...
        En tout cas, ce qui est indiscutable, c'est que le père Antoine se vit bientôt entouré d'un nombreux troupeau d'adeptes, qu'il fonda le culte antoiniste et que, lorsqu'il adressa au Parlement de son pays une pétition demandant que la religion qu'il venait de créer fût reconnue officiellement, plus de deux cent mille signatures accompagnaient la sienne. Néanmoins les députés belges ne tinrent point compte de la supplique de leur prophète, qui mourut sans avoir la satisfaction de voir ses commandements enseignés avec l'approbation officielle.
        Mais avant de nous quitter il chargea sa femme, « la mère Antoine », de continuer son œuvre, et il faut convenir qu'elle suit au mieux les instructions de feu son époux, puisque les fervents de l'Antoinisme ne cessent d'augmenter, et que les temples où l'on peut entrer en relations avec le père Antoine se développent rapidement.
        Il y a en effet, en Belgique, cinq temples où l'on pratique le culte antoiniste, et, depuis hier, nous en avons un à Paris. Il a été édifié rue Vergniaud. C'est un modeste bâtiment sans style, d'une tristesse infinie. L'intérieur se compose d'une nef minuscule, réservée aux malades, et de deux galeries. Point d'autel, point de tableaux symboliques : une estrade et une chaire basse et très simple ornent seulement ce sanctuaire, sur les murs duquel on peut toutefois lire cette inscription :
        « Un seul remède peut guérir l'Humanité : la Foi. C'est de la Foi que nait l'Amour, l'Amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même. Ne pas aimer ses ennemis, c'est ne pas aimer Dieu, car c'est l'Amour que nous avons pour nos ennemis qui nous rend dignes de le servir : c'est le seul Amour qui nous fait vraiment aimer, parce qu'il est pur et de vérité. »
        Pour la consécration de ce temple, la mère Antoine avait daigné se déplacer. Un train spécial l'avait amenée avant-hier à Paris avec quatre-cents Antoinistes belges convaincus, qui se retrouvaient tous hier matin rue Vergniaud. Bientôt de temple, qui ne peut guère contenir plus de deux cents personnes, fut comble. Une grande partie des partisans du nouveau culte durent donc stationner dans la rue sous une pluie perfide. La plupart des hommes étaient revêtus d'une lévite sévèrement boutonnée jusqu'au col et coiffés d'un chapeau de forme assez haute et à bords plats. Les femmes portaient des robes noires recouvertes d'un voile, de même couleur, Dans la nef, quelques frères Antoinistes, gantés de blanc, stationnaient au milieu des malades, en majorité des vieilles femmes quasi impotentes qui attendaient avec un calme admirable la venue de la mère Antoine.
        A dix heures, elle fit son entrée. Un coup de sonnette l'avait annoncée. La veuve du Messie est une femme d'une soixantaine d'années, à la physionomie insignifiante. Elle pénétra dans le temple en conservant les yeux baissés : lentement elle gravit la chaire et, dès qu'elle fut parvenue, ses yeux se fixèrent sur la voûte du bâtiment. Durant quelques secondes, ses lèvres remuèrent imperceptiblement : elle étendit ensuite le bras droit, fit un grand geste circulaire comme pour bénir l'assemblée, puis ses deux mains se joignirent et la mère Antoine quitta la chaire et sortit. Je m'attendais à ce que M. Derégnancourt, le grand-prêtre de l'Antoinisme, qui avait pris place sur l'estrade, près d'un desservant portant une pancarte avec cette inscription : « L'Arbre de science de la vue du Mal», prit la parole, mais, tout comme la mère Antoine, M. Derégnancourt resta muet. La cérémonie était achevée.
         Comme je me trouvais à côté du frère Noël, qui va administrer le temple, je lui demandai :
        – La mère Antoine ne parle-t-elle jamais davantage ?
        – Mère, me répondit-il, ne parle jamais en public...
        Et il ajouta :
        – Mère se recueille pour atteindre au fluide éthéré de l'amour divin et en réconforter les fidèles suivant le degré de leur foi.
         » Ce n'est peut-être pas très clair, poursuivit le frère, mais vous comprenez, n'est-ce pas ? »
        – Naturellement, eus-je l'audace de répondre, et vite je m'enquis si la mère Antoine allait séjourner à Paris ?
        – Non, me déclara M. Noël : mère repart ce soir pour la Belgique. Elle est venue à Paris seulement pour consacrer le temple.
        Et, après un instant de réflexion, le frère continua :
        – Mère, voyez-vous, n'est que l'interprète du père Antoine.
        – C'est à sa mort que le père Antoine l'a chargée de poursuivre son œuvre ?
        – Le père Antoine n'est pas mort, me fit remarquer sévèrement mon interlocuteur : il s'est seulement « désincarné ».
        – Ah ! pardon, fis-je.
        – Oui, et mère, qui est dépositaire de son pouvoir spirituel, n'est que son exécutrice.
        – Est-ce que le père Antoine a guéri beaucoup de malades ?
        – Des milliers.
        – Et comment procédait-il ?
        – Il se contentait de regarder ceux qui venaient à lui et guérissait ainsi les malades ayant la foi. Ceux qui ne l'avaient pas suffisamment devaient revenir le voir.
        Et voilà ! J'en savais assez et pris congé du frère Noël, mais avant de pouvoir quitter le temple, je dus attendre la sortie des vieilles femmes impotentes qui étaient venues chercher un remède à leur mal et qui éprouvaient autant de difficulté à descendre les degrés conduisant au sanctuaire qu'elles en avaient eu à les gravir. Le geste de la mère Antoine de leur avait servi de rien.
        Elles parlaient tout de même ravies. Moi aussi... – parce que la pluie qui tombait depuis le jour venait de cesser.

                                                                              Paul Erio.

    Le Journal, 27 octobre 1913


    votre commentaire
  • Les Antoinistes à Paris - illustration (Le Journal 27 octobre 1913)

    CHEZ LES ANTOINISTES. – 1. On transporte une malade. – 2. La mère Antoine.
    3. Deux fidèles du culte antoiniste. – 4. Le temple dans la rue Vergniaud.
    5. Une miraculée.

    Le Journal, 27 octobre 1913


    votre commentaire
  • Consécration temple Paris (La Gazette 27 octobre 1913)

     

       Le zouave Jacob s'en va, la mère Antoine arrive...
        On sait que le père Antoine, ancien meunier de Jemeppe, prétendait guérir les malades à la façon de Jacob, moins le trombone. Il est mort, mais il a, parait-il, légué ses dons de thaumaturge à sa veuve, la mère Antoine.
        Le culte antoiniste – […] c'est un culte avec ses rites et sa chapelle – va avoir une succursale à Paris, qui s'ouvre aujourd'hui.
        Pendant la journée d'hier, quantité d'Antoinistes, les hommes en longues lévites, les femmes en robes et bonnets noirs sont arrivés de Belgique, pour entourer la mère Antoine. Ils distribuaient des prospectus, que les Parisiens parcouraient avec une certaine nuance d'ironie.

                Frères,
        Mère Antoine consacrera au nom du Père le nouveau temple antoiniste de Paris, rue Vergniaud (XIIIe).
        La cérémonie aura lieu demain 26 octobre à dix heures. A cette occasion, Mère recevra les malades tous réunis dans le temple comme Elle le fait à Jemeppe-sur-Meuse.
        Recevez, chers frères, toutes nos bonnes pensées.
                                         Le Conseil d'administration du culte
                                                                    antoiniste.

        Illuminés ou roublards, les Antoinistes se trompent. Paris, pour de pareils extravagants, n'a que des petites chapelles.
        (Autrefois il y avait les Petites Maisons).
        Un temple c'est trop...

    La Gazette, 27 octobre 1913


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique