• Le fait du jour (Journal de Charleroi, 4 octobre 1912)(Belgicapress)LE FAIT DU JOUR

        Ne croyez pas qu'il faille être le pape, ou le légat du pape au Congrès Eucharistique de Vienne, avec les carrosses de l'empereur d'Autriche, pour faire une religion impressionnante et traîner en procession des milliers d'extasiés. Il suffit d'être la veuve d'un prophète désincarné : «La Mère ».
        « La Mère Antoine, grande prêtresse de l'Antoinisme depuis la désincarnation de l'immortel Père Antoine, le guérisseur, préside à un extraordinaire développement du culte nouveau, entre Liége et Bruxelles. Dimanche elle inaugura, à Bierset-Awans, son troisième temple. Ses « opérations » – vocable vulgaire qui désigne la liturgie antoiniste – attirèrent tant de fidèles que le sanctuaire se remplit une vingtaine de fois d'une foule renouvelée.
        Et que faut-il à « la Mère » pour que s'exerce l'attirance ? Simplement la foi des crédules. Ses moyens de grande-prêtresse sont, en effet, très rudimentaires. Mais il y a au fond de l'homme un irréductible besoin de sottise.
        A Bierset-Awans, le troisième temple est une très banale bâtisse, extérieurement peinturlurée de rouge. L'intérieur est une grange à murs blancs, éclairée par des fenêtres étroites qui trouent à peine la toiture, sans aucun ornement, ni emblème, ni inscription. On aperçoit seulement au fond, dans la lumière diffuse, une tribune recouverte d'un drap verdâtre. Sur un carré de toile bleue se lit « l'auréole de la conscience » c'est-à-dire quelques-uns des préceptes de la sagesse antoiniste.
        Là, monta dimanche, après trois tintements de clochette, la Mère Antoine. Et la cérémonie commença. Silence absolu. Pas un discours, pas une prière, ni de la prêtresse, ni des fidèles.
        Seulement un geste. Dans une attitude extatique, la Mère leva les yeux au toit, croisa ses mains sur la poitrine. Puis, lentement elle étendit le bras droit pour faire l'opération qui consiste à couvrir l'assistance d'un geste large, la paume ouverte comme devant répandre des bénédictions.
        Cela dure deux minutes. Et cela se répète vingt fois, pour vingt opérations. Il n'en faut pas davantage. La foule pieuse est contente. La Mère se retire, non sans avoir fait présenter dans la grange le plateau des offrandes.
        Et cela fait concurrence à la grande « opération » catholique. A tel point qu'un antoiniste du nom de Noël, ayant introduit « l'opération » de l'antoinisme au 13e arrondissement de Paris, le cardinal Amette l'a excommunié, lui et ses fidèles. Ça se passe entre augures !

    Journal de Charleroi, 4 octobre 1912 (source : Belgicapress)


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  • Un prophète de l'optimisme - M. Coué en Belgique (La Meuse, 24 mai 1923)(Belgicapress)UN PROPHETE DE L'OPTIMISME

    M. COUÉ EN BELGIQUE

        M. Coué est un petit homme sans façon, assez court sur pattes, bonne tète obstinée, front large et gonflé, des yeux enfoncés, des joues un peu flasques, barbiche blanche à la Poincaré. Ce n'est pas ainsi que nous nous figurions les prophètes, mais nous avons l'habitude des désillusions et nous ne tiendrons pas rigueur à M. Coué de ne pas ressembler à l'image conventionnelle.
        Des journaux, des lettres d'Amérique nous disent que, depuis le voyage que fit M. Coué là-bas, une vague d'optimisme passe sur les Etats-Unis, une sorte de reprise de conscience et de confiance. Grâce à ce petit homme simple et bon, l'Amérique reprend joie et courage. Des instituts ont été fondés pour propager les méthodes du professeur d'optimisme, des instituts qui, naturellement, ressemblent à ces temples, et on a créé des Sociétés, qui, naturellement, ressemblent aussi à des sectes religieuses.
        Pourtant, M. Coué se défend de prêcher une doctrine religieuse et il ne veut pas davantage être pris pour un rebouteux ou pour un hypnotiseur.
        – Je suis, nous a-t-il dit son arrivée en Belgique, un brave homme ordinaire.
        Etre un brave homme, dans ces temps-ci, est déjà extraordinaire et légitime, une renommée qui grandit et fait aujourd'hui de M. Coué une manière d'apôtre que se disputent à la fois les théosophes, les savants des recherches de l'au-delà et tous les amateurs de phénomènes en marge de la science académique.
        M. Coué a écrit un petit livre où il donne quelques recettes de bonheur : il fait des conférences théoriques et des expériences pratiques, et voici qu'il vient de convaincre un bon millier de Bruxellois de l'étonnante chose qu'est l'autosuggestion consciente.
        Selon M. Coué – et nous le croyons volontiers – l'imagination est plus forte que la volonté et nous pouvons régler celle-ci par le jeu de celle-là et ainsi obliger l'inconscient à obéir à notre imagination, s'il résiste à notre volonté.
        Mais M. Coué ne complique pas son enseignement de lourdes explications semi-scientifiques et pédantes. C'est un brave homme de pharmacien, pas prétentieux pour un sou, et qui vous débobine sa méthode avec l'application du potard qu'il fut, plissant méticuleusement la papillote d'un flacon de drogue.
        L'autosuggestion est vieille comme le monde, dit-il. Quand le serpent, dans le Paradis, conseilla à Eve de manger du fruit défendu, il faisait de la suggestion, et Eve fit de l'autosuggestion en se persuadant qu'elle pouvait manger de la pomme : elle fit à son tour de la suggestion en parlant à Adam et celui-ci fit de l'autosuggestion en suivant le conseil de sa femme. Nous faisons enfin de l'autosuggestion tout le long du jour et de la nuit, comme M. Jourdain faisait, sans le savoir, de la prose, et toute la base de l'enseignement de M. Coué est là : cette puissance de l'autosuggestion inconsciente, instinctive, servons-nous-en en l'assujettissant à notre imagination.
        Là-dessus, M. Coué y va de quelques petites expériences innocentes. Pressez les mains l'une contre l'autre, entrelacez les doigts et tendez les bras, serrez avec force et persuadez-vous que vous ne pouvez plus détacher les mains une de l'autre : au lieu d'ouvrir les mains, vous crisperez l'étreinte. Dites-vous : « Je peux !... », et, aussitôt, cette étreinte cèdera. Avec un peu de bonne volonté, l'expérience réussit toujours.
        Dès lors, assure M. Coué, l'expérimentateur n'est plus le même homme ; il a découvert que son imagination était une force : il ne lui reste plus qu'à en jouer avec intelligence.
        M. Coué, avec bien d'autres, prétend que beaucoup de nos douleurs n'existent que parce que nous croyons qu'elles sont. Ainsi, dit-il, une personne atteinte d'insomnie ne dort pas parce qu'elle se met au lit avec l'idée préconçue qu'elle ne fermera pas l'œil, comme à l'ordinaire. Il y a beaucoup d'anciens blessés ou d'anciens malades qui marchent avec une Jambe raide simplement parce qu'ils ont pris l'habitude de tenir cette jambe rigide et ne comptent plus pouvoir la mouvoir. Des femmes impressionnables, qui avaient eu un œil caché par un bandeau durant de longs mois ne voyaient plus de cet œil, enfin délivré, alors que les oculistes le déclaraient guéri, et cela par auto-persuasion.
        Aussi, M. Coué nous convie à en finir avec cette duperie de l'imagination. Il nous invite à détruire, dans les mesures du possible, influence pernicieuse de l'habitude de l'indifférence, du préjugé aussi. La plupart des douleurs physiques et morales : idées noires, idées fixes, phobies, disparaissent si nous nous disons à nous-mêmes qu'elles s'en vont.
        Et le bon M. Coué nous indique une recette très simple : Quand vous souffrez, fermez les yeux, et la main sur le front, dites très vite, dix, vingt, trente fois : « Ça passe, ça passe, ça passe ! » Et cela passera.
        Une autre recette, qui élargit l'effet de l'autosuggestion consciente, consiste à dire tout haut, – pour convaincre l'inconscient, – chaque matin, au réveil, et chaque soir, au moment de s'endormir : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux. » Il convient de répéter cette phrase un bon nombre de fois, même sans en analyser le sens, et M. Coué conseille de se fabriquer une sorte de chapelet formé d'une corde à vingt nœuds. A chaque nœud, on prononce la phrase.
        Laissons aux gens qui aiment les rapprochements comparer le « Ça passe » et la phrase du matin et du soir de M. Coué à certaines prières de convention. Laissons aussi aux gens à qui on ne la fait pas de faciles parodies de la doctrine de cet excellent homme. Puisque, avec son enseignement de l'autosuggestion consciente. M. Coué a provoqué des guérisons, réalisé des miracles et fait passer une vague d'optimisme sur les Etats-Unis, nous aurions mauvaise grâce à taquiner cet apôtre et ses disciples.
        Avant d'avoir mis en petits livres jaunes sa doctrine, Antoine le Guérisseur ne faisait pas autre chose que de combiner sa suggestion à l'autosuggestion de celui qui venait le consulter.
        Pour être de bonne humeur, avoir bon appétit, sourire au printemps même quand les saints de glace l'arrosent et le secouent, ne point songer à son propriétaire et bien dormir, M. Coué nous invite à enfermer notre journée entre ces deux affirmations : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux. »
        Antoine le Guérisseur donnait, sous d'autres formes, des conseils identiques, mais avec plus de rusticité.
        Un ouvrier du service des Ponts et Chaussées, pas méchant, mais terriblement ivrogne, avait été menacé de renvoi par son chef. Cela se passait à Liège, voici près de vingt ans. Le pauvre pochard avait fait revenir de Paris une drogue détestable, qui, disait l'annonce des gazettes, guérissait de l'ivrognerie : il avait eu des nausées et des tiraillements d'estomac, que quelques petites gouttes de péket avaient pu apaiser. Cet ouvrier, certes, avait la volonté de se débarrasser de son vice. Il fit part son chef de son désespoir, et c'est alors qu'il alla consulter Antoine, dans son premier petit temple de Jemeppe. Le doux rebouteux, en observateur sagace, devina bientôt la qualité du patient. Il lui conseilla de prendre, chaque matin, au moment de partir au travail, un verre à liqueur d'eau fraiche, de s'abstenir de tout alcool jusqu'à midi, de vider encore un petit verre d'eau à ce moment et, en refusant tout alcool, d'attendre le soir, pour avaler encore le verre à liqueur d'eau dans le lit.
        – Dans huit jours, vous viendrez me revoir, avait dit Antoine.
        Au bout d'une semaine, ayant observé ponctuellement le conseil péremptoire du guérisseur, l'ouvrier revint à Jemeppe.
        – Vous voyez bien que vous êtes resté huit jours sans boire de péket, lui dit Antoine : eh bien ! continuez le traitement et si, dans un mois, cela va bien, vous pourrez supprimer les verres d'eau, mais il vous faudra penser à moi le matin, à midi et le soir, et ne pas toucher à une goutte entre ces trois fois.
        Cet ouvrier ne but plus, il a gardé son emploi aux Ponts et Chaussées, vit aujourd'hui de sa petite pension et bénit le souvenir d'Antoine de Jemeppe.
        M. Coué n'est donc qu'un disciple de celui-ci, mais il ne joint pas de doctrines philosophiques à sa méthode, et, contrairement à l'Antoine d'après les livres jaunes, il conseille de combiner l'autosuggestion avec les remèdes indiqués par le médecin. C'est que M. Coué a des diplômes et ne mêle pas la divinité ni le diable à son enseignement.
        On conçoit que l'Amérique, qui, nouvelle riche, jalouse le passé du vieux monde, ses traditions, ses légendes, sa poésie, toutes choses que l'on fabrique avec des siècles et non pas avec des dollars, se jette volontiers au cou du premier prophète qui se révèle. Elle n'a pas les grands pécheurs bibliques, ni les buissons de feu, ni les chars de flamme, ni les anges « trompettes », mais elle a les prophètes aux momies qui ont la firent la doctrine des Mormons : elle connut, voici vingt ans, un prophète qui se déclarait le Messie et finit mal, et elle fonde des instituts pour cultiver les méthodes d'optimisme de Coué. Mieux conseillé, Antoine le Guérisseur eût conquis là-bas une gloire à tapage. Mais il aimait Jemeppe, comme M. Coué aime la France et la Belgique ; et l'Amérique n'a pas de chance. Du moins, pour Antoine ; pour Coué, le proverbe a fait faillite : prophètes en leur pays, ils sont aimés, et le professeur d'autosuggestion consciente, après avoir animé toute la presse de Paris, a conquis Bruxelles et retenu par la plus petite digression l'attention d'un public qui, saisi d'optimisme, oublia du coup les grèves et le prix du sucre pour serrer les poings, dire : « Je ne peux pas » et puis « Je peux », se mettre la main sur le front et dire : « Ça passe ».   
        « Je peux, je ne peux pas » tout est là, disait, en sortant de la première conférence de Coué, un journaliste peu convaincu. Ainsi, je marche et je ne peux plus m'arrêter ; je marcherais dix, vingt heures, mais, en passant devant ce comptoir, je me dis : « Je peux m'arrêter », et je m'arrête pour retirer ma canne et rendre mon ticket à l'aimable dame préposée à la garde du vestiaire.                                                      ISI COLLIN.

    La Meuse, 24 mai 1923 (source : Belgicapress)


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  • Quotidiennes - sur l'inauguration d'un temple (Gazette de Charleroi, 5 octobre 1912)(Belgicapress)Quotidiennes

        Si les sectateurs d'une religion étaient aussi clairvoyants à l'endroit de leurs croyances qu'ils le sont à l'endroit de celles des autres, il n'y aurait plus sur terre que des sceptiques peu enclins à prendre pour argent comptant des histoires plutôt sujettes à caution.
        Un confrère bruxellois s'est rendu à l'inauguration d'un nouveau temple antoiniste. Cérémonie curieuse, digne d'intéresser tout esprit que préoccupent les phénomènes et les manifestations collectives du sentiment religieux. L'antoinisme constitue probablement la plus singulière de ces manifestations à notre époque, que l'on estimait trop peu mystique pour permettre l'éclosion et l'extension d'une secte nouvelle. Or, celle du père Antoine progresse assez rapidement, et gagne déjà l'Amérique. Elle est simple et simpliste comme son fondateur, dont la « philosophie » enfantine et brumeuse se ressent de sa culture plus que rudimentaire. Cet avantage lui assurerait peut-être la conquête du monde si l'antoinisme n'avait pas contre lui cette malchance de pouvoir se pratiquer paisiblement. La liberté est la pire ennemie des religions neuves. Il leur faut le stimulant précieux des persécutions. Antoine a eu le tort, dont il n'est d'ailleurs pas responsable, de mourir tranquillement dans son lit. S'il avait eu le bonheur de périr sous la hache, ou au sommet d'une potence, la fortune de sa doctrine était faite. Il aurait ressuscité certainement, et des centaines de disciples auraient, avec allégresse, subi le martyre, en témoignage de sa sainteté, vite métamorphosée en divinité. La foule aurait, convaincue par ces merveilles, confessé la foi d'Antoine, Dieu incarné, et aurait brisé ses anciens dieux devenus des idoles. Les prêtres antoinistes auraient pullulé, et rien n'affirme qu'ils se fussent montrés supérieurs aux prêtres d'à présent.
        Notre confrère s'est donc dit, avec raison, qu'une cérémonie antoiniste, encore mal connue, méritait d'être vue et contée.
        Cette idée lui vaut d'être traité de gâteux par la presse catholique qui n'aime guère ce qu'elle nomme les lubies de feu Antoine.
        Gâteux ? Fort bien. Mais comment cette presse qualifierait-elle l'antoiniste convaincu ou le vulgaire mécréant qui déclarerait imbéciles, crétins, abrutis, aliénés les gens, depuis l'archevêque jusqu'au dernier laïc, assistant à la consécration d'une église ?                     ALCESTE

    Gazette de Charleroi, 5 octobre 1912 (source : Belgicapress)


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  • Les sectes religieuses en Belgique (La Lanterne, 3 mai 1950)(Belgicapress)


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  • Les sectes religieuses en Belgique (La Lanterne, 4 mai 1950)(Belgicapress)

    Les sectes religieuses en Belgique

    Le Dorisme

        Après la première guerre mondiale, une secte puissante s'était formée à Roux, dans le pays de Charleroi. Un illuminé nommé Pierre Dor, avait amalgamé des bribes d'antoinisme et des Evangiles, pour en former une doctrine très simple, à la portée des masses de cette terre laborieuse. Pratiquement, le dorisme recommandait le jeune perpétuel et n'autorisait comma boisson, que l'eau. Le père Dor, comme on l'appelait, prétendait éviter à ses adeptes toutes les maladies. Si malgré la stricte observation de ses principes le mal s'abattait sur l'un ou l'autre « frère » ou « sœur », le « père » se muait en thaumaturge. Il pratiquait l'imposition des mains. Après quoi le souffrant se trouvait guéri.
        Le père Dor ne réussissait pas toujours à conserver à la vie celui qui réclamait ses services. Ne nous faut-il pas tous mourir ? Le fait est qu'il mena jusqu'à près de 90 ans une vie d'ascète. Après quoi sa secte disparut avec lui.
        Le père Dor, on l'a compris, ne fut ni un hérétique, ni un sectateur chrétien. Il appartenait à ces illuminés de petite envergure qui comprennent d'autant mieux les petites et grandes misères quotidiennes des populations au milieu desquelles ils vivent.
        Le pays de la houille et du fer. Terre du rude travail a vu s'éclore de nombreuses sectes religieuses et, si on permet un terme profane, para-religieuses. Il faut voir une manifestation d'un esprit d'indépendance que l'on retrouve là où les conditions économiques réunissent de grandes masses dans leur travail. Le phénomène apparaît moins dans les campagnes, où la tâche quotidienne a conservé son caractère individuel.
        D'autres sectes naîtront et disparaîtront encore dans ces creusets où bouillonnent les idées les plus contradictoires, image de l'humanité en perpétuel devenir.

    La Lanterne, 4 mai 1950 (source : Belgicapress)


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  • Les sectes religieuses en Belgique (La Lanterne, 5 mai 1950)(Belgicapress)


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  • Les sectes religieuses en Belgique (La Lanterne, 6 mai 1950)(Belgicapress)


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  • Les sectes religieuses en Belgique (La Lanterne, 9 mai 1950)(Belgicapress)


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  • Les sectes religieuses en Belgique (La Lanterne, 16 mai 1950)(Belgicapress)

    Les sectes religieuses en Belgique

    Les antoinistes

        Le Père Antoine, né à Mons-Crotteux (province de Liège), en 1846, appartenait à une pauvre famille d'ouvriers mineurs.
        Après plusieurs séjours à l'étranger, en Allemagne et en Pologne, il s'installa définitivement à Jemeppe-sur-Meuse où vers l'âge de 60 ans, il commença la prédication d'une nouvelle religion fondée sur le désintéressement et l'amour actif du prochain.
        L'originalité de la religion antoiniste se trouve dans son extrême libéralisme à l'égard des autres croyances. Elle admet en son sein des pratiquants de toutes les religions et des incroyants. Elle n'exige même pas de ses fidèles la soumission à tous les principes de la morale antoiniste. Même à cet égard, elle ne propose aucune règle obligatoire. Les antoinistes professent qu'aucun enseignement moral ne peut se concevoir en dehors de la pratique des vertus dont le fidèle a admis l'excellence.
        Les antoinistes opposent la foi à la croyance, laquelle implique, à leurs yeux, un élément de doute. La foi antoiniste repose sur une certitude indépendante de l'intelligence, celle-ci ne nous ménageant aucun accès dans le domaine des vérités morales. Dieu n'est pas un Etre supérieur isolé dans l'univers. Il n'est en somme, pas autre chose, que l'Amour que nous témoignons à notre prochain. La réalisation la plus parfaite de la foi antoiniste se trouve dans l'amour que nous avons pour nos ennemis.
        Le Père Antoine était un « guérisseur » ; ses disciples croient à la valeur curative de la foi ; les maladies du corps n'étant qu'une conséquence de l'imperfection de l'âme.
        Le cérémonial du culte antoiniste est extrêmement simple. Il consiste dans la lecture de l'enseignement du Père et le recueillement. La seule figure représentative du culte est l'Arbre de la Science de la Vue du Mal.
        La religion antoiniste, dont le centre est situé à Jemeppe-sur-Meuse, dans l'ancienne demeure de son fondateur, compte des nombreux adeptes en Belgique. Ceux-ci se réunissent dans une trentaine de temples, dont la plupart se trouvent en Wallonie.

     La Lanterne, 16 mai 1950 (source : Belgicapress)


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  • Les sectes religieuses en Belgique : Les « anticondordataires » de Hal (La Lanterne, 17 mai 1950)(Belgicapress)


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  • Les sectes religieuses en Belgique (La Lanterne, 20 mai 1950)(Belgicapress)


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  • Jules Noirfalise - Antoine le Guérisseur et les Cléricaux (Journal de Charleroi, 5 juillet 1912)(Belgicapress)L'Actualité

    Antoine le Guérisseur
                         et les Cléricaux

        Antoine le Guérisseur est mort. Ce fut un étrange thaumaturge, et certes on peut philosophiquement sourire de la simplicité de ses procédés et de la naïve confiance que ses adeptes avaient placée en lui.
        Comme tous les fondateurs de religion, il avait l'esprit mystique, brumeux, solennel et utopique.
        Il exprimait des aphorismes le plus souvent nuageux. Aux questions philosophiques les plus élémentaires, il répondait par des actes de foi et d'amour qui n'expliquaient rien du tout.
        Que les libres penseurs aient souvent souri au spectacle de la religion d'Antoine, s'implantant chez des amis simples, cela se comprend.
        Mais que les cléricaux, dont la religion est pétrie de dogmes absurdes, de croyances étranges et de fétichisme souvent commercial, se moquent du pauvre Antoine, voilà qui est inadmissible.
        Or, nous lisons dans la « Gazette de Liége » du 27 juin :
        « Antoine le Guérisseur est-il mort ?
        « Nullement ! Il s'est désincarné » ! Telle est l'heureuse et délicate expression mortuaire que son cénacle de lévites a récemment découverte pour annoncer au monde le trépas du « Père ».
        « N'est-ce pas l'expression qui convenait à cet étrange personnage, dont toute la vie fut une « désincarnation » ?
        « Il inclina au spiritisme qui est une abstraction de la chair. Au régime d'alimentation carnée il substitua l'usage des légumineux et farineux : le régime végétarien. Et par là peut-être se préparait-il, vivant, à la « désincarnation » suprême. Il était végétarien total, dit sa nécrologie. L'excès nuit en tout.
        « Il y avait longtemps, d'ailleurs, nous semble-t-il, que l'esprit du Père Antoine, perdu dans des spéculations mystiques et théogéniques, extra-terrestres, se refusait à reprendre contact avec le corps. Depuis plusieurs années déjà, il s'était désincarné.
        « Il suffirait, pour s'en convaincre, de tenter la lecture de quelques chapitres de la doctrine antoiniste. Elle est tellement diffuse et incompréhensible ! »
        La « Gazette de Liége » a-t-elle bien réfléchi à ce qu'elle imprimait là ? Comment ose-t-elle parler de « spéculations mystiques et théogéniques extra-terrestres » !
        Les catholiques ont-ils cessé de croire au Christ et à sa résurrection, de considérer l'Apocalypse et les Evangiles comme livres sacrés ? Or, ces documents plus ou moins authentiques du Nouveau Testament ont-ils cessé d'être « diffus et incompréhensible ?... »
        Il nous semble cependant que voilà près de deux mille ans que philosophes, théologiens et pères de l'Eglise discutent leur texte et ne parviennent pas à s'entendre sur leur sens précis...
        Les cléricaux se moquent d'Antoine ? Mais qu'ils se regardent donc eux-mêmes, qu'ils songent à leurs dogmes, aux récits nuageux des évangélistes, aux prétendus miracles des thaumaturges catholiques, aux cultes ridicules et enfantins que l'Eglise encourage et qui transforment la simplice religion de Jésus en un fétichisme comparable en stupidité aux superstitions les plus naïves des peuplades congolaises.
        Pour nous, libres-penseurs, il y a dans le fait de la propagation étonnante de l'Antoinisme une leçon éloquente. C'est la facilité avec laquelle, même au vingtième siècle, peut s'implanter un culte mystique.
        Que de gens sincères affirmeront, dès aujourd'hui, de bonne foi, qu'Antoine faisait des miracles. Et pour peu que sa doctrine se propage encore parmi les gens simples qui sont, hélas majorité, dans quelques années, rien ne s'opposera à ce que la légende populaire en fasse un Dieu à l'égal de Jésus.
        Celui-ci n'apparaît-il pas, lui aussi, dans la brume des légendes de son temps, comme un pauvre homme d'humble naissance qui exerça un certain ascendant sur les pauvres gens de son entourage ?
        L'Antoinisme est, pour nous, la preuve de la fragilité du témoignage humain en matière religieuse. Ceux qui croient aux miracles du guérisseur de Jemeppe ne sont ni plus ni moins sots que ceux qui adorent un Christi dont l'existence est discutable et dont aucun historien contemporain n'a parlé. Les cléricaux se moquent d'Antoine désincarné. Mais ils acceptent comme article de foi la fable ou plutôt le symbole de la résurrection de Jésus trois jours après sa mort.
        Mais, diront-ils, des témoins ont raconté dans les Evangiles qu'ils avaient revu Jésus vivant après son supplice.
        Qui sait si, dans quelques semaines, un brave Antoiniste, illuminé et mystique, ne viendra pas raconter sincèrement qu'il a rencontré le « Père » sur la route de Jemeppe et que, comme l'apôtre Pierre du beau roman de Sienkiewicz, il lui a crié : « Quo Vadis Domine ? »
                                                                         JULES NOIRFALISE.

    Journal de Charleroi, 5 juillet 1912 (source : Belgicapress)

        Jules Noirfalise était avocat, journaliste et conseiller communal (échevin) libéral (modéré). Également franc-maçon, il prend ici naturellement la défense du culte antoiniste face au catholicisme.


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  • Raoul Stephan - Une erreur, les Antoinistes (Viens et Vois, Église Évang. de Pentecôte, sept. 1952, n°181)

    "UNE ERREUR"

    LES ANTOINISTES

        Né en Belgique, à Mons-Crotteux (Liège) le 7 juin 1846, cadet d'une famille de onze enfants, Antoine est ouvrier mineur dès l'âge de douze ans. A quatorze ans déjà il avait une vive piété, aimant se retirer à l'écart pour prier, mais avec les années il ressentait le besoin d'une doctrine que le satisfit. Il part pour l'Allemagne, puis pour la Russie où il travaille comme ouvrier métallurgiste. Marié, il trouve le moyen, malgré une maladie d'estomac, d'économiser assez d'argent pour cesser de travailler. C'est alors que se produisit en lui ce choc spirituel qui lui imposa une consécration totale. Pierre Geyraud prétend que ce fut la lecture d'un livre d'Allan Kardec, Le Livre des Esprits, qui l'illumina, et qu'en faisant tourner sa table il apprit que les maux physiques n'existaient pas. Toujours est-il qu'il se sent envahi de fluides guérisseurs, ses maux d'estomac disparaissent, et il ne songe plus dès lors qu'à guérir ses semblables de leurs maux, tant moraux que physiques. Son pouvoir se développe, sa renommée s'étend, il fait des disciples et, de 1906 à 1909, il livre à quelques adeptes qui sténographient ses paroles les révélations qu'il déclare avoir reçues. Le 15 août 1910, le premier temple antoiniste est consacré à Jemappes-sur-Meuse (Liège). Il meurt le 25 juin 1912 en demandant à sa femme de continuer son œuvre. Celle-ci, qui lui a survécu jusqu'au 3 novembre 1940, a été en quelque sorte l'organisatrice de l'église antoiniste.
        A l'heure actuelle il y a 50 temples consacrés, 29 en Belgique, 20 en France, 1 à Monaco, mais il faut compter en outre environ 130 salles de lecture, qui sont des embryons de temples futurs, dans les mêmes pays, mais aussi en Hollande, en Luxembourg, en Afrique du Nord, aux Etats-Unis, au Brésil. A Paris il y a un temple, semblable à une église de village, 34, rue Vergniaud (13e) et un autre, 49, rue du Pré St-Gervais (19e). C'est ce dernier temple qui est le centre spirituel de l'antoinisme. En France il y a des groupes antoinistes à Aix-les-Bains, à Tours, à Evreux, à Rouen, à Reims, à Lille, à Nantes, à Lyon-Villeurbanne, à Orange à Nice, etc... Il est difficile de chiffrer le nombre des antoinistes à travers la terre. Le frère directeur évalue à 150 mille le nombre des nationaux, mais à plusieurs millions celui des sympathisants.
        Il y a un culte tous les jours, sauf le samedi, à 10 h. et à 19 heures. Ce culte s'appelle l'opération. Le Père Antoine considéré par ses fidèles comme une incarnation de Dieu sur la terre opère sur tous ceux qui l'implorent avec foi.
        L'enseignement du Père Antoine est celui d'un homme simple et bien propre pour plaire à des simples. Une inscription du mur précise : « C'est l'enseignement du Christ révélé à cette époque par la foi ». Mais on est un peu surpris qu'il soit si peu question de Jésus-Christ dans toutes ces « révélations » recueillies par les sténographes, et je suis vivement choqué lorsqu'on me parle sans cesse du Père, qu'on prie le Père, qu'on invoque le Père, qu'on encense le Père, alors que ce Père n'est pas Celui qu'invoquait Jésus-Christ, mais le vieillard qu'une photographie nous présente sur un autel avec sa longue chevelure blanche, sa barbe et sa moustache blanches qui paraissent les unes et les autres postiches. A sa gauche le portrait en pied de la Mère, une petite vieille fûtée, et à sa droite un tableau symbolique représentant « l'arbre de la science du bien et du mal ». Toute cette imagerie me choque.
        Comme Mrs Baker Eddy, Antoine pensait que le mal n'existait pas. C'est nous qui l'imaginons. La souffrance a pour but l'avancement spirituel des êtres. Un seul remède peut guérir l'humanité : la foi. « C'est de la foi que naît l'amour, l'amour qui nous montre dans nos ennemis Dieu lui-même », car Dieu est amour. Aimer Dieu et lui obéir en toute humilité, avec un parfait désintéressement, en s'efforçant de faire le bien nous vaudra de grandir dans la voie spirituelle, de capter les fluides d'en haut pour notre bien et pour celui de nos semblables. Le Père Antoine semble avoir été affecté par la division des chrétiens et le remède qu'il a cru pouvoir apporter est celui d'une religion sans dogme, d'une sorte de moralisme mystique.
        J'ai assisté au culte du Pré-St-Gervais le jour de la fête du Père Antoine, c'est-à-dire le jour anniversaire de celui où « il s'est désincarné » (25 juin). Une foule endimanchée à rempli le temple canalisée par des frères et des sœurs en uniforme noir : beaucoup de personnes sont restées debout. Cette foule a attendu dans le plus grand silence. Le frère directeur est monté en chaire pour y prier silencieusement et toute l'assistance s'est levée. Au pied de la chaire un autre frère a lu « les dix principes », puis un autre a lu les dernières paroles du Père Antoine. Après quoi il a déclaré : Le Père vous remercie. Le temple a été ensuite entièrement évacué ; quelques moments après il s'est rempli pour une « opération » qui s'est déroulée à peu près de la même façon. On est frappé par le recueillement de la foule qui s'efforce de comprendre des principes comme celui-ci, qui est le premier : « Si vous m'aimez vous ne l'enseignerez à personne, puisque vous savez que je ne réside qu'au sein de l'homme. Vous ne pouvez témoigner qu'il existe une suprême bonté, alors que du prochain vous m'isolez ». Ces paroles sont prêtées à Dieu. Mais que devient alors : « Allez et évangélisez les nations » ?

                                                         Raoul STEPHAN

        (Extrait du « Christianisme » au XX siècle).

    Issu de Viens et Vois, Église Évangélique de Pentecôte, sept. 1952, n°181
    (ruedusentier.free.fr)


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  • Christ Community Church (les zionites)
    Christ Community Church - Leaves of Healing, John Alexander, First Apostle, 1904

        La Christ Community Church (littéralement l'« Église communautaire du Christ »), anciennement appelée la Christian Catholic Church (« Église catholique chrétienne ») et la Christian Catholic Apostolic Church (« Église apostolique catholique chrétienne ») est un regroupement d'églises chrétiennes évangéliques de courant pentecôtiste fondée à Zion aux États-Unis en 1896 par John Alexander Dowie. Les membres de l'Église sont parfois appelés zionites.

    Histoire
        La Christ Community Church a été fondée en 1896 à Zion en Illinois par John Alexander Dowie. La ville de Zion avait également été fondée par John Alexander Dowie en tant que communauté religieuse basée sur les principes du Royaume de Dieu. Au fil des années, il y a eu plusieurs changements au sein de l'Église. John Alexander Dowie était un guérisseur populaire et créa l'Église ainsi que la communauté de Zion avec des idéaux utopiques. Sous Wilbur Glenn Voliva (en), le successeur de Bowie, l'Église fut connue pour son adhérence à la cosmologie de la Terre plate. La succession de pasteurs après Voliva ont rapproché l'Église du courant dominant de la doctrine protestante. Au début du XXe siècle, l'Église catholique chrétienne était répandue au travers du monde. Sa revue, The Leaves of Healing, était distribuée aux États-Unis, en Australie, en Europe et en Afrique australe.

    Christ Community Church (les zionites)
    Christ Community Church - The evangelist John Alexander Dowie preaching
    (from L'Illustrazione Italiana, Nov.8, 1903)

        À son apogée, le mouvement avait quelque 20 000 adhérents. En 2008, elle avait environ 2 000 membres aux États-Unis et au Canada. L'Église effectue des travaux missionnaires au Japon, aux Philippines, en Guyane, en Palestine, en Indonésie et à la Nation navajo. Les Églises zionistes d'Afrique australe tracent leur héritage spirituel à l'Église catholique chrétienne de Dowie. À cause de l'emphase mise sur la guérison par la foi et le restaurationnisme, l'Église est considérée un précurseur du pentecôtisme. De plus, le travail missionnaire continue parmi les zionistes africains sous la bannière des Zion Evangelical Ministries of Africa (« Ministères évangéliques de Sion en Afrique ») qui a pour but de convertir les zionistes africains du syncrétisme à la théologie chrétienne dominante.

    source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Christ_Community_Church
    site officiel : https://www.ccczion.org/
    autre site : https://sites.google.com/site/leavesofhealing/home

        Jean Finot en parle dans son livre sur les Saint, initiés et possédés modernes.

    Christ Community Church (les zionites)
    Christ Community Church - 2500 Dowie Memorial Drive, Zion, IL. 60099 (GoogleMaps)


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  • Victor Serge - Charlatans et croyants (l'anarchie, 26 janvier 1911)

    Charlatans et Croyants

        On traque les « avorteurs ». On poursuit les néo-malthusiens. On traque les anarchistes. Cela veut dire :
        – Délivrez une femme d'un enfant qui la fera souffrir et ne connaîtra lui-même que souffrances ; supprimez cet être, alors qu'il n'a encore ni sensibilité, ni conscience, alors qu'il n'est encore qu'un amas de chair vive. Si vous faites cela, vous serez, au nom de la Morale, honni et vilipendé ; au nom de la Loi, emprisonné.
        – Enseignez aux hommes à goûter le plaisir d'amour sans risque de produire des avortons ou des malheureux : vous serez injurié de par la Morale, condamné de par la Loi...
        – Apportez un peu plus de lumière dans les ténèbres où errent les gueux et les princes ; montrez à ceux que vous rencontrez sur votre route que l'on peut penser et vivre autrement que selon les crédos et les rites des foules : vous serez le hors-la-loi, l'immoral, le malfaiteur à chasser, à bannir – à tuer...
        Mais soyez le vendeur de drogues funambulesques, le prophète annonciateur de temps merveilleux, le charlatan colporteur d'illusions-mensonges, l'illuminé apôtre d'obscurantisme – et vous serez le bienvenu. Parmi l'innombrable cohue des pauvres gens falots, bien pensants, bien agissants, citoyens honnêtes et laborieux, ceux-là seulement sont reçus à bras ouverts. On n'a pas cessé d'attendre le Messie ; et quoiqu'il en soit venu par centaines de vrais et de faux, quoiqu'ils aient tous été aussi décevants, les foules de ce XXe siècle de silence attendent encore le Messie.
        Les plèbes n'ont point changé. Telles qu'elles étaient aux temps où les images saintes rutilaient à la lueur des bûchers inquisitoriaux, telles elles sont restées à ce jour.
        C'est à peine si le langage des prêtres s'est modifié. Ils ne parlaient autrefois que de paradis ; il en est aujourd'hui qui parlent de cité future... Et comme jadis, l'on croit au miracle, on espère la venue du Sauveur, on adore le charlatan qui répète : « Il viendra » et l'imposteur qui surgit après lui, assez convaincu de la sottise générale pour oser dire : « Je suis l'Attendu »...

    *
    *    *

        Je n'exagère pas.
        Il se passe, à peu de distance de nous, un phénomène bien décevant pour les naïfs habitués à parler des « masses éclairées » parmi lesquelles la « Libre pensée » fait des progrès considérables...
        Et si nous n'étions depuis longtemps fixés sur la valeur psychologique du peuple paysan et ouvrier, ce fait nous suggérerait quelques réflexions pessimistes...
        Ah, venez me dire que presque tout le monde sait lire dans nos pays occidentaux, naïfs qui parlez de Progrès par-ci, de Progrès par-là ! Vous nous la baillez belle avec votre instruction – obligatoire ! – fût-elle laïque... Vous nous la baillez belle, rêveurs et farceurs qui allez contant que ces foules imbéciles bâtiront la Cité idéale, rationnelle, harmonique !
        Voyez.
        A quelques kilomètres de la frontière française, dans un pays qui ne diffère de la France que par son nom, en Wallonie belge, un charlatan est venu répéter les vieilles rengaines d'un mysticisme grossier et refaire devant les badauds éblouis les vieux tours des sorciers et des prestidigitateurs.
        Il disait, très sérieusement, ses abracadabrantes sornettes. Il faisait, sans rire, des gestes fort ridicules. Il se faisait payer – et bien. Ce toupet devait réussir. Des gens se trouvèrent pour le croire, croire en lui. De jour en jour ils furent plus nombreux. L'homme se mit à faire des miracles. Il guérit des malades, mit en fuite les esprits ; à l'heure présente ses adorateurs sont, dans le nord de la France et le midi de la Belgique, 160 000. Il a des églises, où l'on vient l'adorer ; sa religion porte son nom.
        Antoine-le-guérisseur opère dans le pays de Liège. Son temple se trouve à Jemeppe-sur-Meuse. Les quatre premiers jours de la semaine, il reçoit les pèlerins et effectue des miracles... Récemment une pétition portant 160 000 signatures a été adressée par ses fidèles au gouvernement belge, afin d'obtenir que le culte antoiniste soit officiellement reconnu. Il n'y a pas de raison pour qu'elle soit rejetée. Ce farceur n'est pas dangereux à l'Etat, ni à la Société. Au contraire ; la Foi quelle qu'elle soit est le plus ferme appui de toute Autorité. Antoine-le-guérisseur, comme tous les charlatans, comme les prêtres, comme tous ceux qui entretiennent la religiosité ancestrale des hommes, est utile à la société puisqu'il lui faut des membres timides, peureux, ignorants – croyants.
        Depuis 8 ans qu'Antoine-le-guérisseur propage sa « doctrine », on s'est bien gardé de l'ennuyer. Je n'oserais même pas affirmer qu'il ne fut point encouragé en haut lieu. En revanche on a interdit en Belgique le transport par la poste des écrits néo-malthusiens ; et le chiffre des anarchistes expulsés du royaume comme individus dangereux est plus gros qu'on ne le suppose. Puisque les penseurs libres sont malfaisants en notre joli monde, on conçoit que logiquement Antoine-le-guérisseur y soit considéré comme le plus utile des citoyens.

    *
    *    *

        Je n'ai pas à parler de la nouvelle religion. Elle n'a rien de particulièrement intéressant. Elle prononce les mots que prononcèrent de tout temps les religieux de toute catégorie. Amour, désintéressement, divinité, foi absolue, miracle – vieux mots que l'on retrouve éternellement dans le vocabulaire des servants de Dieu. Au fond, les religions sont désespérément monotones. Fondées uniformément sur les mêmes causes psychologiques, elles se traduisent invariablement par les mêmes formules.
        L'Antoinisme ne peut nous intéresser qu'en tant que manifestation caractéristique de la psychologie des foules modernes. Celles-ci sont religieuses d'esprit, plus que jamais, se leurrant toujours de chimères différemment nommées, prêtes – l'exemple du guérisseur le prouve – à se jeter aux pieds des charlatans et des bonimenteurs.
        Sur quoi se fondent les religions ? Sur la peur, la peur de l'inconnu. Sur l'amour du mystère qui se mêle généralement à l'ignorance ; sur l'ignorance qui fait entrevoir partout des mystères bientôt remplacés par des divinités ; sur l'amour du merveilleux, qui est chez tous les enfants et les faibles ; sur l'esprit d'imitation qui crée les troupeaux. Les foules du XXe siècle sont de même que jadis, lâches, ignorantes, faibles, enfantines. Donc enclines à croire : religieuses.
        Pour être entendu d'elles, il sied de leur parler en termes qu'elles peuvent comprendre. Notre langage leur est étranger. Que venons-nous leur demander de se libérer, à ces esclaves béats ! Que venons-nous parler de beauté et de liberté à ceux qui ne surent vivre jamais qu'en laideur d'esclavage ! – Mais Antoine-le-guérisseur possède le parler aimé des foules auxquelles il faut des bergers faiseurs de miracles.

    *
    *    *

        Si donc tu veux que l'on te suive et t'adule, et te flatte, sers à la plèbe sa pâture ! Sois le sorcier initiateur de culte, le prédicateur de cataclysmes, fais des miracles, désigne les réformes panacées ou promets la mirifique révolution ! Tu seras entendu.
        Mais si tu veux être, non pas un chef, non pas un meneur, mais simplement un Homme ; s'il te paraît que commander est insane autant que se ployer devant un maître ; si ton orgueil est d'être une individualité, ne demande pas à la foule de t'entendre, et n'espère rien d'elle. Compte sur toi, Homme libre, et peut-être sur tes pareils. La foule adore le Guérisseur !

                                                                               LE RÉTIF

    l'anarchie. N° 303, Jeudi 26 janvier 1911.

    Victor Serge - Charlatans et Croyants (l'anarchie, 26 janvier 1911)

     

    Repris dans Le Rétif, Articles parus dans "l'anarchie" 1909-1912, Éditions Librairie Monnier, Paris, 1989 (Source : archive.org)

     

     

    Nota bene : Tout anarchiste est forcément contre n’importe quelle forme de religion. Il est dommage que l’auteur (Victor Kibaltchitch, dit Le Rétif, alias Victor Serge) ait pris ici comme exemple celui d’Antoine-le-Guérisseur, car sa conclusion invitant à liberer l’Homme s’applique complètement au but de l’Antoinisme. Autres erreurs, « Il se faisait payer – et bien » et la phrase très généraliste « Antoine-le-guérisseur, comme tous les charlatans, comme les prêtres, comme tous ceux qui entretiennent la religiosité ancestrale des hommes, est utile à la société puisqu'il lui faut des membres timides, peureux, ignorants – croyants. » Le reste est affaire d’appréciation et de point de vue.


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  • Abbé Julio (guérisseur) - livre (missionnotredamedeliesse.over-blog.com)

        L'Abbé Houssay, à l'état-civil Julien-Ernest Houssay (3 mars 1844, Cossé-le-Vivien - 27 septembre 1912, Genève), plus connu sous son pseudonyme d'abbé Julio, est un religieux français qui, après avoir été ordonné prêtre par l'Église catholique romaine en 1867 et avoir rempli plusieurs ministères dans cette Église, s'en est séparé pour rejoindre une Église néo-gallicane, séparée de Rome.
        Il s'est fait connaître avec ses activités de guérisseur et de magnétiseur, en utilisant des formules de prières mêlant authentiques prières chrétiennes, formules gnostiques, théosophiques et spirites. Il a aussi recours aux pentacles : un pentacle est un sceau magique ou talismanique représentant des figures géométriques, avec des caractères en hébreu, des formules latines, qui est supposé symboliser ou maîtriser des puissances religieuses ou sacrées ou secrètes.

    source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ernest_Houssay

    Abbé Julio (guérisseur) - cachet (missionnotredamedeliesse.over-blog.com)

    source : missionnotredamedeliesse.over-blog.com


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  • Le zouave Jacob (Le Monde illustré, 31 août 1867)


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  • Le Zouave Jacob en Police Correctionnelle (Le Monde illustré, 2 janvier 1909)


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  • Le départ du train de malades pour Lourdes (Le Grand hebdomadaire illustré, 31 août 1924)


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  • Monde Gitan Association Notre Dame des gitans 1974 (N31)

    Si j'ai bonne mémoire...
                              par l'abbée BARTHELEMY

        Je ne sais à quel point l'affrontement avec le Pentecôtisme aura infléchi notre action apostolique. Cela apparaît évident en ce qui concerne les pèlerinages gitans. Les Tsiganes catholiques ont voulu s'affirmer par des regroupements nombreux et priants. Cependant, le premier pèlerinage que j'ai été amené à instituer, le plus ancien d'ailleurs en dehors des Saintes-Maries de la Mer, n'était la réplique à aucune convention évangélique. Il date de vingt ans.
        L'année précédente, j'avais rencontré des Rom vaguement teintés d’Antoinisme. La secte du « Père Antoine » était, à l'époque, assez active en Belgique et dans le Nord de la France. J'avais assisté à une mémorable beuverie suivie de querelles sonores honorant la « désincarnation du Père. » Antoine, le fondateur de cette curieuse religion, avait mélangé quelques éléments bibliques, de l'hindouisme et du spiritisme d’Allan Kardec, puis il s'était « désincarné » un 24 juin, date devenue traditionnelle pour la fête antoiniste. Il me sembla que, pour détruire, il fallait remplacer. La sombre et inquiétante figure du « Père Antoine » s'imposait dans les roulottes. La douce image de Notre-Dame en viendrait à bout.
        Je lançai des invitations pour le pèlerinage de Benoîte-Vaux. Une seule famille répondit à l'appel. J'eus bien du mal à y rallier une seconde qui nomadisait dans les environs. Par contre, mes petits tracts bleus avaient attiré... les reporters de Paris-Match ! Eh bien, ce fut loin d'être un échec. Il suffirait comme preuve de constater que ce pèlerinage meusien n'a cessé de se développer et que les Manouches de Lorraine y tiennent ferme. Et puis, l'idée était lancée.

    Monde Gitan, Association Notre Dame des gitans, 3e trimestre 1974 (N31), p.13

    Monde Gitan Association Notre Dame des gitans 1974 (N31)


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