•     Voici donc ce que sera l'Alliance qu'après ce temps-ci Je conclurai avec Israël, déclare Yahvé : Je placerai Ma Loi à l'intérieur d'eux-mêmes et c'est au fond de leur coeur que Je l'inscrirai. Voilà comment Je serai un Dieu pour eux et qu'ils seront pour Moi un peuple. Ils n'auront plus à s'exhorter l'un l'autre, chacun disant à son proche : "Comprends qui est Yavhé" ; mais tous Me connaîtront, des plus petits aux plus grands, déclare Yavhé !" (Jérémie, XXXI, 31-34).

    Jean Bottéro, Naissance de Dieu, La Bible et l'historien
    Le message universel de la Bible,
    L'approche de la catastrophe et Jérémie, p.126-27
    Gallimard, Folio / histoire, Paris, 1986 et 1992 pour la nouvelle édition


    votre commentaire
  • Le poids du charisme chez Max Weber
    Ne cherchant pas à donner une définition de la religion qui prétende désigner son essence, Max Weber (1864-1920) étudie des pratiques et des visions du monde considérées comme religieuses par le groupe concerné. Il se contente, en effet, de présenter l'activité religieuse (qu'il différencie de la magie) en précisant que sa fonction consiste à régler les rapports des hommes avec des puissances surnaturelles. Le processus de rationalisation dans le monde occidental, qui constitue le thème conducteur de la sociologie wébérienne, est analysé à l'aide des notions (telles que charisme, routinisation, désenchantement) qui sont devenues des classiques de la sociologie. 

    Le charisme, notion associée directement à la rationalisation, est défini par Weber comme la «qualité extraordinaire d'un personnage qui est, pour ainsi dire, doué de forces ou de caractères surnaturels ou surhumains ou tout au moins extérieurs à la vie quotidienne, inaccessibles au commun des mortels; ou encore qui est considéré comme envoyé par Dieu, ou comme un exemple, et en conséquence considéré comme un chef». La notion de charisme peut paraître proche du sacré durkheimien, car Weber insiste sur la nature suprarationnelle et supra-utilitaire de l'attachement des adeptes à un leader au sein de «communautés émotionnelles». Mais le sociologue allemand s'intéresse surtout à la façon dont le charisme s'intègre aux structures de la société. Plutôt que d'exalter avec nostalgie la plénitude d'une expérience religieuse primitive, il étudie la dimension «extraordinaire» du charisme en corrélation avec son impact social. En fait, souligne-t-il, c'est sa «routinisation» qui permet au charisme d'être reconnu comme tel dans la société: il ne peut se développer qu'en s'inscrivant dans l'ordre quotidien et dans la durée (et non dans l'intemporel), c'est-à-dire en acceptant d'être institutionnalisé. 

    Analysant l'évolution religieuse de l'humanité, Weber reproduit la même conception de la dynamique entre expérience émotionnelle et institutionnalisation. Sans effet sur la vie quotidienne, les premières expériences religieuses - comme l'extase ou l'orgie - sont pauvres et précaires, motivées par l'alcool, la musique et les narcotiques. Bientôt, elles vont s'insérer dans une entreprise régulée par un processus de systématisation et de rationalisation des pratiques religieuses. 

    La rationalisation de la société occidentale se traduit par la montée de la science, l'apparition de la bureaucratie, le développement de l'individualisme, ainsi que par la légitimation du pouvoir non pas par une autorité traditionnelle mais selon des règles normatives. En définitive, ce processus conduit au retrait des valeurs ultimes et à ce que Weber a nommé le «désenchantement du monde». Par conséquent, l'activité religieuse est également concernée par cette évolution tendant à la rationalisation, qui passe par des phases successives: elle va de la manipulation magique des forces naturelles à la symbolisation de plus en plus riche des rapports entre les hommes et le surnaturel et jusqu'à la religion éthique, liée au développement de l'idée de péché et de culpabilisation dans le monothéisme chrétien. En même temps se forme un corps de spécialistes ou de fonctionnaires religieux: les prêtres, qui monopolisent le savoir religieux et planifient l'exercice du culte et les voies de salut qui lui sont corollaires. 

    Ce processus de rationalisation progressive des conceptions religieuses, qui conduit à l'élimination des représentations magiques et à la «désémotionnalisation» de l'univers religieux, au désenchantement du monde, atteint son point final. Mais cette évolution n'est pas tout à fait linéaire: la bureaucratisation rationnelle de la religion n'exclut pas le surgissement de «prophètes» qui se prévalent d'une révélation personnelle. Profitant de leur impact charismatique, ils revalorisent la dimension émotionnelle de l'expérience religieuse, mais en même temps ils s'exposent au risque de s'engager dans un processus de routinisation. 

    La conception protestante du monde constitue, selon Weber, une étape clé du chemin parcouru par l'humanité dans le domaine religieux (l'Ethique protestante et l'Esprit du capitalisme). Pour le sociologue allemand, le capitalisme se caractérise par une organisation rationnelle du travail, qui fonctionne sur la base de l'accumulation du profit mais qui procède aussi et surtout du principe de non-jouissance, nécessaire au développement des moyens de production. Weber cherche à établir le lien entre le développement d'un tel mode d'activité économique et la vision protestante de la réalité. Constatant qu'en Allemagne les positions économiques avancées appartiennent surtout aux protestants, il montre une affinité spirituelle entre le protestantisme (en particulier sa version calviniste) et le capitalisme. Dans la conception protestante, et notammant calviniste, Dieu a créé le monde pour sa gloire et a prédestiné l'homme, à son insu, au salut ou à la damnation. Weber montre comment cette vision du monde incite les protestants à rechercher des signes de leur excellence dans le succès temporel. En définitive, la réussite sociale fonctionne comme une sorte d'antidote au doute spirituel sur la certitude de la grâce. Ainsi, pour Weber, l'affinité entre l'interprétation du protestantisme et l'attitude économique permet de comprendre comment une mentalité peut orienter, sans en être toutefois la cause exclusive, une activité sociale.  

    source : http://www.memo.fr/article.asp?ID=THE_REL_002


    votre commentaire
  •     De son côté, le maître doit se montrer digne de la confiance que lui accorde son élève et, non seulement le diriger avec sagesse, mais percevoir toutes les inquiétudes qui l'assaillent et presque se sentir uni à lui par des liens physiques : « Tout seykh qui ne sait combien de fois son murîd se retourne la nuit sur sa couche — son murîd fût-il à l'extrême Est ou à l'extrême Ouest de la terre —, celui-là n'est pas un seykh ».

    Kitâb el Manâqib, cité par Frank, op. cit., p. 63.
    in Roger Lescot, Enquête sur les Yezidis de Syrie et du Djebel Sindjar (1938), p.30
    source : archive.org


    votre commentaire
  •     A côté de l'activité directrice se trouvait, à l'origine, l'activité ecclésiastique, à laquelle tous les membres de la communauté prenaient une part égale : c'était l'exercice réglé des charismes. Tout homme baptisé était appelé à recevoir le Saint-Esprit que les apôtres lui communiquaient par l'imposition des mains. Le Saint-Esprit qui, personnellement, demeurait dans la communauté, se manifestait tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre. La glossolalie et la prophétie étaient le langage qu'il employait. Dans la glossolalie, c'est à Dieu que parle le Saint-Esprit, afin d'édifier les hommes ses instruments (1 Cor. XIV, 2.4) ; il fallait une interprétation pour communiquer à tous ce qu'annonçait l'Esprit. Dans la prophétie, c'est aux hommes que parle le Saint-Esprit ; car le prophète ne s'exprimait pas dans une langue étrangère ; toute la communauté pouvait le comprendre ; il n'était pas un instrument, une machine employée par le Saint-Esprit ; mais un membre du Christ, rempli de l'Esprit saint qui demeurait dans la communauté, et c'est pour parler à cette dernière que l'Esprit saint se servait du corps et de l'âme de ce membre. Il lui suggérait les pensées et les paroles qu'il avait à énoncer, il le poussait d'une manière sensible et même visible à l'extérieur ; de sorte que la communauté reconnaissait que c'était l'Esprit et non l'homme lui-même qui lui parlait. Par le fait qu'un membre de la communauté possédait un tel don de l'Esprit, il pouvait contribuer à l'édification de ses frères, et cette action commune à tous empêchait l'individu d'exercer une activité de son choix. C'est cette activité commune qui allait au-devant de tout schisme, qui maintenait les fidèles, et les directeurs et ceux qui n'avaient aucune charge dans l'amour et dans l'humilité.
        En outre, les premiers chrétiens étaient détachés de ce monde et libre des chaînes dont il entoure ceux qui se livrent à lui. Le Saint-Esprit avait répandu dans leurs coeurs l'amour de Christ ; il n'éveillait en leur âme qu'un seul désir, et ne nourrissait en eux qu'un seul espoir, celui de la parousie prochaine de Christ, et par suite l'espoir d'être bientôt délivrés complètement de toutes les entraves terrestres ; ils se réjouissaient d'avance en songeant qu'ils auraient des corps glorifiées et qu'ils seraient pour toujours dans une communion intime avec leur Sauveur. L'Eglise, en effet, ne pouvait pas être destinée à séjourner là où régnait la mort. Non, ce n'était là ni son accomplissement, ni sa récompense future, ni sa gloire promise. Dieu avait tout fait pour elle ; Il lui avait tout donné pour que dans ce monde déchu, revêtue de chair périssable, elle fût préparée à la transformation subite du corps, et qu'elle put se réunir à son chef glorifié et participer avec lui au gouvernement futur du monde.

    Frédéric Auguste Ihme, Essai sur les doctrines et le culte des Irvingiens (1858), p.50

    source : archive.org


    votre commentaire
  • Prière sous le drapeau vert


    Toi, ô puissant mystère invisible,
    Force immense qui régit le monde,
    Toi, grande source d’amour et de vérité
    Et source constante de vie,
    Toi, que tous s’imaginent différemment,
    Mais que tous sentent également dans leur cœur,
    Toi qui crée, Toi qui règne,
    Aujourd’hui, nous Te prions.

    À Toi, nous ne venons pas avec une foi nationale,
    Avec des dogmes d’une aveugle ferveur :
    Toute discussion religieuse se tait maintenant
    Et seule règne la foi de notre cœur.
    Avec elle qui, chez tous, est la même,
    Avec elle qui est vraie et librement consentie,
    Nous voici, fils de l’humanité entière,
    À Ton autel.

    L’humanité, Tu l’as créée parfaite et belle,
    Mais elle s’est divisée par les combats ;
    Un peuple en attaque cruellement un autre,
    Un frère attaque son frère, tel un chacal.
    Ô ! qui que tu sois, force mystérieuse,
    Écoute la voix d’une prière sincère,
    Rends la paix aux enfants
    De la grande humanité !

    Nous avons juré de travailler, nous avons juré de lutter
    Pour réunir l’humanité.
    Soutiens-nous, ô Force, dans nos chutes,
    Et laisse-nous vaincre l’obstacle :
    Accorde Ta bénédiction à notre labeur,
    Accorde Ta force à notre ferveur,
    Qu’à jamais, contre les attaques barbares,
    Nous résistons courageusement.

    Le drapeau vert, nous le tiendrons bien haut ;
    Symbole de bonté et de beauté.
    La Force mystérieuse du monde nous bénira,
    Et nous atteindrons notre but ;
    Entre les peuples, nous détruirons les murailles,
    Elles craqueront et elles crouleront
    Et tomberont pour toujours, et l’amour et la vérité
    Règneront sur la terre.

    Que les frères s’unissent, que les mains se tendent.
    En avant, avec des armes pacifiques !
    Chrétiens, juifs ou musulmans,
    Nous sommes tous les fils de Dieu.
    Souvenons-nous toujours du bien de l’humanité
    Et, malgré l’insuccès, sans halte ni repos,
    Au but fraternel, marchons obstinément.
    En avant, jusqu’au bout.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique