• Une petite histoire locale suave (L'Avenir du Luxembourg, 11 novembre 1927)(Belgicapress)HEYD (SUR AISNE)

    UNE PETITE HISTOIRE LOCALE SUAVE… – Pour ceux qui ne l'ont pas lue, voici une joyeuse histoire racontée dans un journal de Liége.
        C'est Vieux déjà, puisque ça remonte au jour de la Pentecôte, mais ce n'est pas banal, puis c'est authentique à part le mot « Viatique » à remplacer par « les Stes Huiles ». C'est la première d'une série que nous pensons conter plus tard dans l'« Avenir du Luxembourg ».

    Le bon Dieu, le curé et le diable à moto

        Les antoinistes font en ce moment des tournées de propagande en Ardenne et dans le Condroz.
        Le curé de Heyd (Barvaux) en avait profité pour représenter les adeptes d'Antoine comme des suppôts du démon.
        Or, dimanche dernier, le principal propagandiste antoiniste, un « Sérésien » passait à moto, à Heyd, devant l'église, quand le curé qui ne le connaissait point, faisant irruption sur la route, pria, le motoriste de lui prêter son concours pour lui permettre d'aller en vitesse porter le viatique à un malade à Aisne.
        Le disciple d'Antoine s'empressa d'acquiescer à cette demande et, au grand ébahissement des gens de l'endroit, au courant de l'identité du Séresien, on vit le diable antoiniste s'en aller portant en croupe le curé et le bon Dieu qu'il ramena, d'ailleurs, tout de suite après, afin que l'abbé put encore dire à temps sa grand'messe.
        L'événement provoqua, comme bien on pense, les réflexions des campagnards qui n'en revenaient pas d'avoir vu le bon Dieu en une compagnie si répréhensible au dire du curé.

    L'Avenir du Luxembourg, 11 novembre 1927 (source : Belgicapress)


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  • Albin Valabrègue - ''aimer ses ennemis'' pour les Juifs

        Les livres juifs portent ces mots :
        « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
        « Vous êtes tous frères ».
        « Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ».
        « Aimez vos ennemis ».
        Tant que l'humanité opposera le mal au mal, elle ne fera que multiplier le mal. La loi tu talion est une loi qu'il faut laisser au passé.

    Albin Valabrègue, La Sainteté en dormant

    Le Fraterniste, 15 août 1935


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  • Revue antimaçonnique (et anti-antoiniste)

        M. Flavien BRENIER exprime le voeu que les sections de province établissent une surveillance sérieuse sur les menées occultistes locales. Il signale une nouvelle secte, « l'Antoinisme », venue de Belgique, qui fait des adhérents par centaines. Que chacun tienne à honneur de nous envoyer sa contribution documentaire en vue du Congrès de 1912. (Approbation générale.)

    Revue antimaçonnique, p.110
    1911/12 (A2,N2 = T3)-1912/02 (A2,N4).


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  • L'Antoinisme, lettre du dir. de la Sainte Famille (La Meuse, 22 mai 1910)(Belgicapress)    Le journal La Meuse publie en 1910 deux droits de réponse de A. Philippe, Directeur de la Ste-Famille, à Liége :

    L'ANTOINISME

        La chronique sur l'Antoinisme que « la Meuse », dans son désir d'offrir à ses lecteurs un choix éclectique de toutes les opinions sur les matières les plus diverses, nous vaut la lettre suivante que l'impartialité nous fait un devoir d'insérer :
                Malines (Gd Séminaire) 20 mai 1910.
                     Monsieur le Directeur,
        On me communique à l'instant votre numéro du 16 courant. Vous y publiez un article inédit sur l'Antoinismes. Parmi les nombreuses inexactitudes de cet article, je tiens à vous signaler la suivante qui me concerne directement :
        Tous les lundis soir, cet hiver, dans un couvent de notre ville, des conférences ont été données « spécialement » pour combattre l'enseignement du guérisseur de Jemeppe ».
        J'ai effectivement, dans une série de conférences, combattu le spiritisme et ses doctrines, mais je tiens à ce que vos lecteurs sachent que je ne m'en suis pas pris « spécialement » aux enseignements de M. Antoine. Tout au plus, ai-je signalé occasionnellement l'un ou l'autre point particulier de ces enseignements. La doctrine de M. Antoine me semble trop peu conforme aux enseignements de la raison, ou, pour mieux dire, trop opposée à ces enseignements, pour lui accorder d'autre importance que celle de l'abandonner à elle-même. L'agonie s'annonce d'ailleurs, la mort ne peut guère tarder. Quiconque aura parcouru l'une des brochures jaunes répandues à foison dans nos villes et dans nos campagnes, saura ce que vaut cette doctrine ; et quiconque aura assisté à mes conférences du lundi soir, saura ce que valent les guérisons que signale et qu'exalte l'article en question.
        Voilà toute l'inquiétude que, malgré les affirmations de votre collaborateur, j'éprouve devant la doctrine et les guérisons de M. Antoine. J'estime que tous mes confrères du clergé en sont affectés au même point.
        Je compte sur votre loyauté, Monsieur le Directeur ; j'espère que vous voudrez communiquer ces quelques lignes à vos lecteurs à la page même où l'article en question a paru.
        Je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments distingués en J.-C.
                                                                                          A. Philippe,
                                                                              Directeur de la Ste-Famille,
                                                                                             A Liége.

    La Meuse, 22 mai 1910 (source : Belgicapress)

     L'Antoinisme, lettre du dir. de la Sainte Famille (La Meuse, 15 juin 1910)(Belgicapress)L'ANTOINISME

        Nous découpons dans la « Gazette de Liége » de ce jour une lettre à notre adresse, qui devait, mais ne nous est pas parvenue, et que nous reproduisons, selon notre habitude d'impartialité :

                                                                        Liége, 3 juin 1910.

        M. le Directeur du journal « La Meuse »,
        Vous avez bien voulu faire à ma lettre du 20 mai, un accueil dont je vous sais gré. Je m'attendais à la riposte de l'adversaire. Depuis quinze jours, je l'attends et même la désire en vain !...
        La « Gazette de Liége » a proposé d'instituer à Jemeppe un bureau de constatations ; je m'aperçois qu'elle aussi attend toujours !...
        Il est probable, qu'à la façon des Esprits, les guérisseurs, les spirites, médiums et autres, n'aiment pas à se montrer. La lumière leur est nuisible... ils paraissent dans la pénombre... puis se dérobent.
        Provoquez-les tant qu'il vous plaira ; ils ne reparaîtront plus. – Que voulez-vous ? – Les Esprits ont leurs caprices... leurs correspondants aussi !
        Ces caprices, les respecterons-nous ?
        Eh bien ! – non. – La cause de l'humanité est trop visiblement en jeu pour laisser la paix à ces endormis de la pénombre, qu'ils soient esprits ou disciples d'Antoine. A tout prix, il faut les réveiller d'une léthargie aussi pernicieuse au genre humain.
        Est-ce donc si peu de chose qu'un homme reconnu guérisseur universel... guérisseur du cancer, du lupus, de la tuberculose et que sais-je ?
        Eh bien ! puisqu'il n'a pas suffi, pour arracher à leur béat sommeil, nos bons guérisseurs, de leur reprocher d'être, dans leur doctrine, à l'opposé des enseignements de la raison, il faut s'y prendre d'une autre manière, avec quelqu'espoir, – naïf peut-être, sans doute même – de réussir.
        Je porte donc à votre correspondant le plus formel défi de me citer « un seul cas » de cancer, de tuberculose ou d'une autre maladie organique du genre, dument constatée d'abord, et guérie ensuite d'une guérison vraie, par Antoine ou ses adeptes.
        Si mon espoir est encore déçu, si les « adeptes » ne prennent pas la défense d'Antoine et de ses guérisons, leur silence fera à lui seul la grande preuve que j'attends et que votre journal n'aura pas de peine à enregistrer. Ce silence, je l'espère, sera apprécié aussi par vos lecteurs et spécialement par ceux que l'article-réclame du 16 mai avait eu le talent d'enthousiasmer prématurément.
        Je n'ai aucun droit, Monsieur le Directeur, à l'insertion de cette nouvelle lettre, mais j'aime à croire que le désir de renseigner pleinement vos lecteurs vous sera un motif de lui faire un accueil bienveillant.
        Veuillez agréer, Monsieur le directeur, avec tous mes remerciements, l'expression de mes sentiments distingués en J.-C.
                                                                                          A. PHILIPPE,
                                                                              Directeur de la Sainte Famille,
                                                                                             à Liége.

    La Meuse, 15 juin 1910 (source : Belgicapress)


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  • Guy Dorison - La multiplicité des sectes (La Croix, 10 mai 1953)

     SPIRITES, ANTOINISTES ET Cie

    La multiplicité des sectes et des faux prophètes
    ATTESTE LE DÉSARROI SPIRITUEL DE NOTRE TEMPS

        Je suis comme le touriste qui, le soir, après avoir visité tant de paroisses demande où est la cathédrale. Et je commence à croire que le slogan « Dieu a besoin des hommes » lancé par des cinéastes protestants, n'est pas, même exorcisé par les catholiques, la formule qui fixe le tournent du divin et du mystère ; il semble que le vrai est de dire : « L'homme a besoin de Dieu. » Du reportage de M. Maurice Colinon, Faux prophètes et sectes d’aujourd’hui, il ressort comment un chacun, avec les seules lumières de la raison, modèle à sa façon le Dieu dont il a besoin ; mais aussi comment la diversité d'expression d'un même tourment mène à l'idée commune du « Dieu inconnu » des Grecs.
        Ce qui frappe dès l'abord, dans l’exposé que nous fait l'auteur, c'est autant l'architecture de chacune de ces sectes que statuaire qui représente les fondateurs. Sur ce point, M. Maurice Colinon donne les détails les plus piquants.

            Articulations… de mauvaise foi !
        La fondation du « Spiritisme », si familier à nos contemporains, est due à deux jeunes Américaines, Margaret et Katie Fox : en s'amusant à faire craquer leurs articulations, elles s'aperçurent que le « fantôme » leur répondait ! Aujourd'hui, plusieurs millions de fidèles se sont accrochés à ce qu'elles ont avoué plus tard être une duperie.
        Et que sont devenues, par la suite, ces « saintes fondatrices » ? Kate, 60 ans, est une « véritable ruine mentale et physique adonnée aux liqueurs intoxicantes », Margaret, au même âge, « n'a plus ni sens moral ni contrôle sur ses pensées ou ses désirs ». Et l'auteur de conclure que cet immense mouvement religieux spirite tire son autorité des origines les plus suspectes.
        Pourquoi donc les adeptes de cette religion nouvelle qui compte tant de « prophètes » et de « guérisseurs », qui enregistre tant de « miracles », n'adopte-t-elle pas les méthodes de l'Eglise catholique lorsqu'elle étudie la réalité et le caractère des guérison de Lourdes.

            Le spiritisme au music-hall
        Maurice Colinon souligne avec quelle crédulité certains savants, comme Lombroso, et des écrivains, comme Victor Hugo, se sont laissés mystifier par les apparences fallacieuses de fantômes et d'ectoplasmes. Il cite à ce propos l'opinion du Dr Locard, spécialiste des énigmes policières et des mystères spiritualistes : « Un observateur impartial est en droit de conclure que la doctrine spirite ne repose pas sur des faits mais matériels positifs et, dès à présent, certains. »
        Robert Houdin, le fameux illusionniste, ne fit-il pas déchoir de leur piédestal les frères Davenport, médiums de réputation universelle, dont les trucs, débarrassés de leur présentation, figurent encore au programme des music-halls ? Et quand les pèlerins se rendent sur la bombe du « prophète » Allan Kardec, au Père-Lachaise, se doutent-il que ce Lyonnais n'a fait que monnayer le mythe des tables tournante si chères à Victor Hugo ? « Des deux, écrit l'auteur, contrairement à toute attente, c'est Rivail (dit Kardec) qui devait donner au spiritisme sa forme et sa gloire définitives. »

            Un « Père », une « Mère » et « M. Homais »
         Je ne suis pas allé sur la tombe d'Allan Kardec, pour cette raison que je ne suis jamais allé au Père-Lachaise. Mais j'ai vu dans les rues de Paris ce convoi funèbre avec le drap mortuaire vert qui piquait la curiosité des passants. Savaient-ils qu'il s'agissait d'un enterrement antoiniste ? Je l'aurais ignoré tout comme eux si les circonstances ne m'avaient fait approcher des membres de cette religion fondée par un jardinier belge, « le Père Antoine ». M. Maurice Colinon nous dit que la mort de cet illuminé, survenue en 1912, aurait peut-être mis fin à l'antoinisme. Mais il y avait sa veuve, « le Mère », qui lui survécut plus de trente ans et qui organisa cette religion comme une vaste entreprise de guérison « mystique ». Le plus curieux est que mes amis antoinistes étaient pharmaciens ; ils ne devaient guère porter foi aux médicaments puisque chaque semaine le monsieur imposait les mains pour la guérison des corps et des âmes.
        Nous sommes quelque peu désarçonnés en lisant parmi les principes du « Père » jardinier : « Ne vous laissez pas maîtriser par votre intelligence. » L'intelligence, ce n'est pas tout, la foi est bien supérieure à la charité, donc ! Mais qui saurait nier le don de l'Esprit-Saint qui fit grands un saint-Augustin, un Pascal, un Thomas d'Aquin et tant d'autres ?
        Les antoinistes ne sont déjà plus d'accord entre eux ; les Belges ne tiennent l'imposition des mains pour valable que si elle s'effectue au cours d'un culte collectif ; les Français la considèrent comme effective dans les guérisons individuelles. Comme nous sommes loin de l'Evangile ! Il ne s'agit plus d'Incarnation, mais de « désincarnation ». L'anniversaire de la désincarnation du Père Antoine est la plus fête de l'année !
        J'ai bien essayé de discuter. Je n'avais pas les arguments convaincants. L'Evangile, les Epîtres de saint Paul, la Somme théologique, n'auraient pas fait perdre un pouce de ses convictions à cet Homais moderne. Pour lui, le Pape ne valait pas mieux que son Père Antoine ! Et sa femme, vêtue comme une nonne, nous quittait pour aller faire la dame de charité dans le quartier.

            Le goût du mystère
        M. Maurice Colinon continue ses visites. Voici les « Adventistes » et « Amis de l'homme ». Puis les « Témoins de Jéhovah » et les « Mormons ». Enfin, les « Quakers ». Il y en a tant de ces petites religions, que l'auteur doit dresser en dresser un lexique en fin de son volume. Il semble que le stade des grandes hérésies soit dépassé : les multiformes luthériens ou calvinistes ont cédé la place aux prophètes nouveaux qui drainent des millions d'âmes inquiètes de mystères et affamés de « miracles. »
        Pour ne pas faire créance aux vérités que la foi enseigne, on s'émeut à la vue d'une étoile filante ou d'une salière renversée ; on touche du bois, on porte un bout de corde de pendu. Tant et si bien que les superstitions entrent dans le domaine des convenances ; ne pas allumer une troisième cigarette avec la même allumette, offrir du muguet le 1er mai, ne pas avoir treize invités à table ! Combien de chrétiens se soumettent à ces sornettes, comme à des règles de la bienséance.
        Il faut savoir gré à M. Maurice Colinon de nous doter de ce tour d'horizon sur les nouveautés en religion. Il le fait de la plus objective façon, sans jamais dénoncer le manque de sincérité de ceux qui, aussi, cherchent l'évasion au delà du matérialisme. Ce sont nos frères qui peinent dans l'erreur, c'est vers eux que va notre sollicitude, parce qu'ils sont les témoins du désarroi spirituel.
        « Pourquoi l'occultisme connaît-il la vogue que nous savons ? écrit dans la préface M. Daniel-Rops. Pourquoi devins et voyantes prétendent-ils recourir à des méthodes scientifiques ? Pourquoi des sectes gagnent-elles des adeptes, jusque dans des classes sociales réputées pour avoir l'esprit capable de jugement. De telles questions mériteraient d'être méditées aussi bien par les partisans d'un rationalisme total que par les tenants des églises établies. Aux premiers, cela apprendrait que, quoiqu'ils en aient, l'éternelle inquiétude de l'homme survit, en dépit de tous les athéismes, de tous les matérialismes. Mais peut-être aux seconds, des réflexions s'imposeraient-elles sur leurs responsabilités propres ; si le christianisme se voit attaquer par telle ou telle de ces « petites religions », il serait sans doute bon de se demander si une certaine aridité rationaliste dans son exposé et un manque de ferveur, ne sont point parmi les causes de ces progrès. »

    Guy Dorison, La Croix, 10 mai 1953


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  • Documents concernant l'Antoinisme dans l'inventaire des Archives de l’Église Protestante Unie de Belgique (Archives synodales 44, rue Brogniez - 1070 Bruxelles)


    1589. Dossier de Charles Rumpf.1901-1929. 1 liasse
    Avec déclaration d’adhésion à la constitution, au règlement canonique et à la confession de foi de l’E.C.M.B. (1902) et une brochure de Charles Rumpf sur L’antoinisme à la lumière de Jésus-Christ publiée en février 1917 par l’E.C.M.B. dans sa « Bibliothèque Missionnaire ». De nombreux documents concernent la rédaction du Chrétien belge dont Rumpf a été directeur de janvier 1907 à juillet 1914 et de janvier à juin 1920.

    1850. Collection de traités imprimés par l’E.C.M.B. et datés. 1857, 1900, 1917, 1928-1934. 1 chemise
    Certains traités sont signés de Léonard Anet (Qui a falsifié et mutilé la Bible ?), René Dedye (La Réformation en Belgique au XVIe siècle), E. Rochedieu (Assez de mensonges), Jacques Bridel (Les prétentions de l’Église romaine en face de l’histoire), Charles Rumpf (L’Antoinisme).

    2222. Dossier concernant les relations avec diverses Églises en Belgique.  1 chemise
    contient un article sur l’inauguration d’un temple antoiniste à Stembert (1911).


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  • Katholisches Leben in Belgien (Luxemburger Wort, 6. Juli 1939)(eluxemburgensia.lu)Kirchliches
    Katholisches Leben in Belgien.

        In der „Cité Chrétienne“ schildert Kanonikus J. Vieujean den gegenwärtigen Stand des „christlichen“ Belgien. Es heißt darin: „In den Provinzen Luxemburg und Namür hat sich das Christentum am stärksten erhalten. In Luxemburg gibt es mehrere Pfarrgemeinden, in denen 90 Prozent der Gläubigen ihre Osterpflicht erfüllen. Lüttich und Hainaut sind die am stärksten laizisierten Provinzen des ganzen Landes. Lüttich zählt 300 000 praktizierende Katholiken neben 520 000 Taufscheinchristen. In den Kleinstädten schwankt die Zahl der gläubigen Katholiken zwischen 70 und 30 Prozent, in den großen Industriezentren sinkt die Verhältniszahl unter 25 Prozent herab. Sehr groß sind die Unterschiede in den sozialen Klassen. Die Bauern sind die gläubigsten, die Industriearbeiter die entchristlichsten Elemente der Bevölkerung. Viele Jungarbeiter geben jede religiöse Betätigung bereits nach der Erstkommunion auf. Die Hälfte oder gar Dreiviertel der jungen Arbeiter versäumen die kirchlichen Sonntagspflichten. Nicht, daß sie ihren Glauben verlieren oder das Beten aufgeben, aber sie schließen sich von jeder religiösen Gemeinschaft aus. Unter der erwachsenen Fabrikarbeitern beträgt die Prozentzahl der praktizierenden Katholiken oft nur 5 Prozent; unter den Landarbeitern ist sie sehr viel höher.“
        Ueber die Ursachen der Entchristlichung schreibt Kanonikus Vieujean: „Wir müssen auch den Einfluß religiöser Sekten in Betracht ziehen, vor allem des Antoinismus und der protestantischen Sekten. Der Antoinismus hat besonders unter den Volksschichten viele Anhänger gewonnen, in denen der Sozialismus den Boden bereitet hat; aber er hat auch der Kirche eine bedeutende Anzahl Mitglieder entrissen. Augenblicklich scheint er seinen Höhepunkt erreicht zu haben. Die protestantischen Sekten haben sich seit dem Weltkrieg sehr vermehrt. Sie entwickeln eine intensive Tätigkeit, aber die Zahl ihrer Anhänger ist immer noch gering und setzt sich meist aus Angehörigen jener Klassen zusammen, die vorher durch andere Einflüsse entkirchlicht waren.
        Der Spiritismus scheint heute bereits im Absterben begriffen zu sein, und die Theosophie gibt überhaupt kein Lebenszeichen mehr von sich. Andererseits hat die Freidenkerbewegung in den letzten Jahren eine sehr kämpferische Haltung eingenommen.“

    Luxemburger Wort, 6. Juli 1939 (source : eluxemburgensia.lu)

     

    Traduction :

    Vie de l'Église
    La vie catholique en Belgique.

        Dans la "Cité Chrétienne", le chanoine J. Vieujean décrit l'état actuel de la Belgique "chrétienne". On peut y lire : "C'est dans les provinces de Luxembourg et de Namur que le christianisme s'est le plus fortement maintenu. Au Luxembourg, il y a plusieurs paroisses dans lesquelles 90% des fidèles accomplissent leur devoir pascal. Liège et le Hainaut sont les provinces les plus laïcisées de tout le pays. Liège compte 300 000 catholiques pratiquants à côté de 520 000 chrétiens sur certificat de baptême. Dans les petites villes, le nombre de catholiques pratiquants varie entre 70 et 30 pour cent, tandis que dans les grands centres industriels, le taux descend en dessous de 25 pour cent. Les différences entre les classes sociales sont très importantes. Les paysans sont les plus croyants, les ouvriers industriels les éléments les plus déchristianisés de la population. De nombreux jeunes ouvriers abandonnent toute activité religieuse dès leur première communion. La moitié, voire les trois quarts des jeunes ouvriers manquent aux obligations religieuses du dimanche. Non pas qu'ils perdent leur foi ou qu'ils abandonnent la prière, mais ils s'excluent de toute communauté religieuse. Parmi les ouvriers d'usine adultes, le pourcentage de catholiques pratiquants n'est souvent que de 5 pour cent ; parmi les ouvriers agricoles, il est beaucoup plus élevé".
        Sur les causes de la déchristianisation, le chanoine Vieujean écrit : "Nous devons également tenir compte de l'influence des sectes religieuses, notamment de l'antoinisme et des sectes protestantes. L'antoinisme a gagné de nombreux adeptes, surtout dans les couches populaires où le socialisme a préparé le terrain ; mais il a aussi arraché à l'Église un nombre important de membres. Il semble avoir atteint son apogée en ce moment. Les sectes protestantes se sont beaucoup multipliées depuis la guerre mondiale. Elles développent une activité intense, mais le nombre de leurs adeptes est encore faible et se compose le plus souvent de membres des classes qui étaient auparavant déchristianisées par d'autres influences.
        Le spiritisme semble aujourd'hui déjà en voie de disparition, et la théosophie ne donne plus du tout signe de vie. D'autre part, le mouvement de la libre pensée a adopté ces dernières années une attitude très combative".

    Luxemburger Wort, 6 juillet 1939


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  • Une communauté spirite en Allemagne (Le Fraterniste, 15 mai 1934)Une communauté spirite
    en Allemagne

        La Deutsche Filmschau, le Grossenhainer Tageblatt, la Zeitschrift fuer Seelenleben, etc., ont consacré d'importants articles à la communauté spirite de Thiendorf par Kœnigsbrück Land, en Saxe, à l'occasion de son 50e anniversaire. La communauté comprend une soixantaine de membres et les messages sont reçus par la sœur Amalie Schaale. Ce que cette colonie a enduré de souffrances passe l'imagination, car à ses débuts elle fut persécutée à cause de sa vie en commun et surtout, à cause de ses communications constantes avec le monde des indivisibles dès 1883.
        A l'occasion de son 85e anniversaire, le Chancelier Hitler a tenu lui-même à adresser au médium Amalie Schaale ses souhaits et ses compliments les plus cordiaux. Elle fut en effet l'inspiratrice de cette colonie héroïque dont la vie matérielle ne fut pas toujours facile, mais qui compta en tous domaines tant de pionniers convaincus de la réalité de la survivance personnelle et de la possibilité de communication des vivants avec les morts.
        L'histoire de cette communauté de Thiendorf constitue d'ores et déjà une sorte de « Légende Dorée » du spiritisme : On croit rêver à la pensée que là, forts de leur foi spirite, une soixantaine de gens se sont étroitement associés sur un même bien, dans une fraternelle coopération de tous les instants, malgré l'hostilité des hommes et de la nature. Et, la journée faite, autour d'Amalie Schaale, les spirites accueillaient la parole réconfortante de l'Au-Delà qui tombait comme une rosée du ciel.
        Nos frères de Thiendorf ont bien voulu nous adresser plusieurs de leurs messages spirites. En les lisant, nous ne pouvions nous défendre d'une profonde émotion : Ceux de Thiendorf ont vécu un demi-siècle dans l'enchantement spirite, en perpétuel contact avec les invisibles, plus forts que les colères des hommes et que les tempêtes de la nature, vainqueurs toujours du mal et de la mort...
        A tous les « Grands Messieurs » qui depuis l'an dernier ont pris le chemin de Thiendorf pour voir les vieux et fidèles colons, pour les entendre conter leurs tribulations d'antan, pour trouver autour de Wilhelm et d'Amalie Schaale un peu de cette sainteté qui devient si rare décidément sur l'infernale terre, nous nous joignons et nous crions de notre terre de France : « Frères allemands ! Nos mains dans vos mains ! »
        Car ceux de Thiendorf, depuis un demi-siècle, offrent à Dieu leur cœur comme un ostensoir : Il a neigé sur leurs têtes, certes, mais leur cœur n'a cessé de reverdir avec chaque printemps, merveilleux et tendre de la jeunesse de l'éternité...
        Amalie Schaale, Prêtresse de la Colonie spirite de Thiendorf au merveilleux pays de Saxe, nous sommes ici quelques gens de France, de la vraie France, vous savez ? qui vous crions notre amour et notre admiration. Puissions-nous, ainsi que vous, porter notre cœur comme le Très Saint Sacrement ; qu'il neige aussi sur nos têtes, pourquoi pas ? mais que notre cœur ne cesse de reverdir avec chaque printemps, merveilleux et tendre de la jeunesse de l'éternité...

                                                                                             Gabriel GOBRON

    Le Fraterniste, 15 mai 1934

     

    Vermischtes.

         Eine neue religiöse Sekte hat sich in Thiendorf in der Ephorie Grossenhain gebildet Sie nennt sich Theographischer Bruderbund in Christo. Die Anhänger derselben stammen meist aus der Gegend von Chemnitz. Mit äussern Mitteln gut ausgestattet haben sie in Thiendorf mehrere Besitzungen erworben auf denen sie mehrstöckige Häuser errichtet haben. Hier leben sie, einige 40 Köpfe stark, in einer Art Güter- und Familien-Gemeinschaft; sie verwerfen die eheliche Gemeinschaft, führen aber sonst in Uebung geistiger Bruder- und Nächstenliebe kein anstössiges Leben. Höher als Gottes Wort halten sie die ihnen durch den Mund eines weiblichen Mediums zukommenden Offenbarungen. Diese und die auf demselben Wege ihnen zugehenden Anordnungen zur Regelung ihres häuslichen, kirchlichen und bürgerlichen Lebens sind die Richtschnur ihres Glaubens und Lebens. Bis jetzt haben sie sich zur Kirche nicht feindlich gestellt, sie besuchen fleissig die Gottesdienste. Ihre Apostel treiben Krankenheilungen durch Handauflegen unter Gebet und scheinen namentlich auf diesem Wege Anhänger gesucht und gefunden zu haben.

                                                                 (Zw. Wochenblatt.)

    Freimaurer Zeitung, N°6, 5. Februar 1887

     

    Une communauté spirite en Allemagne (Le Fraterniste, 15 mai 1934)

    Die frühen Kommunisten

    Vor 130 Jahren wurde im Ort ein geschwisterlicher Verein gegründet. Eine Straße heißt noch heute Zur Brüdergemeinde.

    Von Kathrin Krüger-Mlaouhia

    Waltraud Schumann blättert in einem dünnen A 5-Heftchen. Es erzählt die Geschichte des Vereins geschwisterliche Vereinigung zu Thiendorf e.V., auch Brüdergemeinde genannt. Vor 16 Jahren wurde es von der damaligen Ortschronistin Birgit Naumann erstellt. Waltraud Schumann ist vielleicht die Einzige, die im Ort noch etwas mit den alten Fotos und Akten darin anfangen kann. Denn die heute 85-Jährige hat die Brüdergemeinde noch einige Kinder- und Jugendjahre lang selbst erlebt.

    Diese typischen Klinkervillen und der Straßenname erinnern noch heute an die Thiendorfer Brüdergemeinde. Kleines Foto oben: Waltraud Schumann wurde 1929 in der Kommune geboren. Ihren Eltern gehörten dazu. Vater Kurt Mocker war der Geschirrführer der Landw Diese typischen Klinkervillen und der Straßenname erinnern noch heute an die Thiendorfer Brüdergemeinde. Kleines Foto oben: Waltraud Schumann wurde 1929 in der Kommune geboren. Ihren Eltern gehörten dazu. Vater Kurt Mocker war der Geschirrführer der Landw

    „Mein Vater kam aus dem Vogtland nach Thiendorf, weil ihn sein Onkel Ernst darum gebeten hatte“, erzählt die Seniorin. Onkel und Tante Mocker waren aus Amerika zurückgekommen, wohin viele aus der vor 130 Jahren gegründeten Kommune ausgewandert waren. Doch sie hatten keine Kinder. Mitglieder und mithin Mitarbeiter wurden aber in der landwirtschaftlichen Kommune dringend gebraucht.

    Als Waltraud Schumann 1929 zur Welt kam, umfasste die Brüdergemeinde ein stattliches Gelände zwischen der Straße nach Liega und dem heutigen Feuerwehrdepot. Dazu gehörten ein Garten, Scheunen und Ställe, eine Tischlerei und ein Maschinengebäude, das Wirtschaftshaus mit Gemeinschaftsspeisesaal und natürlich die Wohnhäuser. „Meine Eltern bekamen kein Geld fürs Arbeiten“, erinnert sich die Thiendorferin. Alles wurde in eine Gemeinschaftskasse gegeben. Dafür wurden neue Technik angeschafft oder Reparaturen bezahlt. Waltraud Schumann bekam das zu spüren: Sie musste in Holzpantinen bis nach Schönfeld zum Konfirmandenunterricht laufen. „Meine Eltern haben sich deshalb etwas dazuverdient: Mutter strickte Strümpfe für die Thiendorfer Bauern und der Vater kassierte im Gasthof den Eintritt, wenn Tanz war.“

    Der Verzicht auf zu viel persönlichen Besitz stand bei den frühen Kommunisten im Programm. Doch die religiös geprägten Mitglieder waren eher spirituell angehaucht. Bindeglied untereinander, so weiß es auch Waltraud Schumann, waren die Gebetsstunden. Ihre Eltern hätten daran aber nicht teilgenommen. Im Dorf hätte man die Kommune aber „die Heiligen“ genannt. Sie waren schon ein Dorf im Dorfe. Man erzählte sich von spiritistischen Versammlungen. Waltraud Schumann hat sich als Kind leider nicht dafür interessiert.

    „Das Leben war gut, aber wir waren arm“, fasst die Thiendorferin zusammen. Um zu verstehen, was damals gelaufen ist, muss man sich in die Zeit hineinversetzen. Alternative Lebensformen hatte um die Jahrhundertwende Konjunktur. Man wollte zurück aufs Land, sein Leben und seine Ernährung selbst bestimmen. Immerhin erbte Schumanns Mutter nach Auflösung der Kommune ein Haus. Das gibt es heute noch – mit dem markanten gelben Klinker.

    saechsische.de, 10 September 2014

    https://www.saechsische.de/plus/die-fruehen-kommunisten-2880073.html

     

    Thiendorf hatte eine Kommune

    An der Straße Zur Brüdergemeinde liegt in Thiendorf das Hotel Lindenhof. So mancher Gast hat schon die Frage gestellt, was das für eine Gruppe war, die der Straße den Namen gab. Ortschronistin Birgit Naumann machte sich deshalb emsig ans Studium verfügbarer Unterlagen.

    Von Kathrin Krüger-Mlaouhia

    An der Straße Zur Brüdergemeinde liegt in Thiendorf das Hotel Lindenhof. So mancher Gast hat schon die Frage gestellt, was das für eine Gruppe war, die der Straße den Namen gab. Ortschronistin Birgit Naumann machte sich deshalb emsig ans Studium verfügbarer Unterlagen. Und so entstand eine Arbeit über jene geschwisterliche Vereinigung e. V., die der Thiendorfer Jugend- und Heimatverein in diesem Jahr als Broschüre veröffentlichen will.

    Die Brüdergemeinde war eine frühe Kommune mit gemeinschaftlichem Eigentum und starker Glaubensverbundenheit. Familien schlossen sich zusammen, um landwirtschaftlich zu arbeiten und sich gegenseitig zu helfen. Den Grundstein hatte 1883 Amalie Ulbricht-Schaale mit 46 Hektar Land gelegt. Sie war auch das spirituelle Oberhaupt im freikirchlichen Glaubensleben der Gemeinschaft. Von ihren Gebetsstunden gibt es mysteriöse Überlieferungen, die vom Kontakt mit Engeln und den Geistern Verstorbener berichten.

    Nach 1891 folgten einige Mitglieder der Vereinigung dem Ruf nach Nordamerika. Dort erhofften sich die Handwerker und Landwirte bessere Verdienstmöglichkeiten. Während einige enttäuscht wieder nach Thiendorf zurückkehrten, machten andere gutes Geld und überwiesen es ihren Brüdern in Deutschland. Die bauten damit die markanten Klinker-Villen mit den Dachausbauten. 1909 ließ sich der Wohltätigkeitsverein registrieren.

    Mit der Inflation brach auch eine schwere Zeit für die Brüdergemeinde an. Viele ältere Mitglieder mussten versorgt werden, aus Amerika kamen keine Zuwendungen mehr. Im Krieg wurden viele Gebäude beschädigt.

    Nach 1945 fassten die verbliebenen Mitglieder das Ziel, einen gemeinsamen Neuanfang zu wagen. Doch der Verein wurde administrativ aufgelöst, aus einem Teil der Gebäude machte die Rote Armee einen Jugendwerkhof.

    saechsische.de, 24 Januar 2005

    https://www.saechsische.de/plus/thiendorf-hatte-eine-kommune-1200488.html


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  • De Jemeppe à Lourdes (La Libre Belgique, 26 novembre 1934)(Belgicapress)DE JEMEPPE A LOURDES

        Sur mon bureau deux livres voisinent. L'un s'intitule : « Antoine le Guérisseur et l'antoinisme, d'après des documents inédits », par Pierre Debouxhtay (lib. Fernand Gothier, à Liége) : c'est l'étude très fouillée d'un phénomène religieux qui, dans la Belgique d'il y a trente ans, fit grand bruit, et dont vingt-sept temples en Belgique, quinze en France, attestent le rayonnement. L'autre a pour titre : « La physionomie d'une voyante » ; il est signé Jean des Rochères (éditions du Foyer, à Paris). La « voyante », c'est sainte Bernadette : Jean des Rochères dessine avec amour la mystique figure ; et tout en même temps sa dialectique très précise déduit, du portrait même qu'il nous donne, certaines conséquences apologétiques. Si vous songer à ce que fut Bernadette, si vous vous rappelez la ténacité avec laquelle les partisans de l'antoinisme fermèrent leurs oreilles aux condamnations prononcées par l'Eglise, et si vous réfléchissez que l'un et l'autre thème nous mettent en contact avec la notion de miracle, vous constaterez sans doute que le hasard qui sous mes yeux les juxtapose ne laissent pas d'être suggestif. Une lumière fit jaillir du rapprochement de ces deux livres, comme de certaines suggestions d'idées.
        En fait, rien n'est plus intéressant comme confrontation entre le chapitre de M. Pierre Debouxhtay sur les « guérisons et autres faits paranormaux » attestés par les historiens de l’antoinisme, et le chapitre de M. Jean des Rochères, qui a pour titre : La valeur apologétique des miracles de Lourdes ».
        Deux religions sont en présence : la chrétienne et l'antoiniste. Deux catégories de guérisons « curieuses et instantanées » – pour reprendre les mots de la revue spirite de Liége : « Messager » – se présentent à notre étude. La religion antoiniste, d'après M. Debouxhtay, considéra longtemps que le recours au contrôle de la science « constituerait un obstacle à la foi », – à cette foi qui chez les patients est nécessaire pour conquérir la guérison. Un jour pourtant, nous dit-il, « les antoinistes se décidèrent à faire constater certaines guérisons « miraculeuses ». C'était en 1910, lorsqu'ils s'efforcèrent d'obtenir pour leur culte la reconnaissance légale. A la requête adressée au Ministre, les adeptes joignirent des certificats, dont quelques-uns contrôlés par les médecins eux-mêmes. En quoi consistait ce contrôle des médecins ? Il nous est malheureusement impossible de le dire, ces certificats n'ayant pas été conservés dans les archives du ministère. L'abbé Bourguet, curé de Saint-Antoine, à Liége, dont le presbytère était voisin du temple antoiniste de Hors-Château, pouvait d'autre part écrire, dans la brochure qu'il publiait vers la fin de la Grande Guerre : « On ne saurait trop le dire : il n'existe aucun cas de guérison bien caractérisée d'une maladie organique à l'actif de Louis Antoine » ; et M. Debouxhtay, tout en ajoutant très loyalement la liste des guérisons, telle qu'elle fut publiée dans les diverses livraisons du périodique antoiniste l'« Unitif » entre 1911 et 1914, croit devoir mettre en relief cette remarque de M. l'abbé Bourguet. Se tournant vers Lourdes, M. Debouxhtay aperçoit à côté de la Grotte, « un bureau de constatation où des savants compétents peuvent soumettre à un examen minutieux les malades, avant et après la guérison » ; il observe qu'à Jemeppe, où le Père Antoine exerçait son office de guérisseur, un tel bureau n'existait pas.
        Il y a sur le bureau de Lourdes dans le livre de M. Jean des Rochères, quelques lignes bien significatives de M le chanoine Bertrin : « Le Bureau des constatations devient, par prudence, de plus en plus difficile. C'est de plus en plus, par exemple, qu'il écarte les guérisons des maladies nerveuses, l'origine de ces maladies pouvant prêter au doute... Evidemment ce n'est pas le nombre des maladies nerveuses qui a fléchi, ni apparemment celui des guérisons dont elles sont l'objet. C'est la manière d'enregistrer ces guérisons suspectes qui est devenue de plus en plus rigoureuse et sagement défiante. Et déjà, il y a plus de quarante ans, le docteur Boissarie se montrait, à Lourdes, spécialement préoccupé « de ne pas assimiler aux miracles certaines guérisons, surprenantes peut-être, mais que les médecins voient partout se réaliser dans les hôpitaux ou ailleurs, sans l'intervention d'aucune cause surnaturelle. »
        M. Jean des Rochères, commentant ces paroles, déclare avec insistance que « l'atmosphère de certains pèlerinages dans telles conditions données, peut être, pour des névroses sans lésion organique, le choc bienfaisant, capable de provoquer l'amélioration de l'état morbide ou même sa totale disparition », et qu'on ne peut, en pareils cas, parler de miracles. Et cette réserve initiale accroît l'autorité des pages où M. Jean des Rochères souligne la portée surnaturelle des guérisons des maladies organiques, et des guérisons des tumeurs ou des plaies, et la valeur des méthodes par lesquelles à Lourdes ces miracles sont constatés. Comment lui refuserait-on, même, le droit d'affirmer que de tels miracles, obtenus plus de soixante-dix ans durant, à la suite des visions de Bernadette, suffiraient à prouver la sincérité de la sainte et la réalité de ses visions ?
        Celle qui, dans sa prière à Jésus, s'intitulait « la pauvre mendiante » fut la confidente et l'auxiliaire terrestre de cette initiative d'au delà qui, d'année en année, dans la piscine et dans le triomphal cortège qui porte l'Hostie, multiplie les grâces merveilleuses : la gratitude chrétienne va vers Bernadette, après s'être agenouillée devant celle dont elle fut la messagère. Mais l'Eglise veille rigoureusement au contrôle scientifique des faits de Lourdes : elle ne redoute pas, elle, comme l'antoinisme a paru le redouter, que l'intervention vigilante de la science médicale soit un obstacle aux guérisons ; elle lui fait appel, au contraire, pour donner à la gratitude des fidèles une robuste assise et lui imprimer un nouvel élan.
                                            Georges GOYAU,
                                       de l'Académie Française.

    La Libre Belgique, 26 novembre 1934 (source : Belgicapress)


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  • Chronique judiciaire - Crédulité (La Meuse, 10 septembre 1922)(Belgicapress)

    CHRONIQUE JUDICIAIRE

    CREDULITE

       – On se trouve devant un monument de crédulité, disait M. le substitut Coart en son réquisitoire. On connaissait les esprits frappeurs. Il s'agit ici d'esprits tapeurs !
        Le 30 juillet, Mme Marguerite R..., épouse L..., et sa sœur, Mme Marie R..., d'Ans, allant faire une course à Mons-Crotteux, rencontrèrent une femme inconnue qui les aborda et leur demanda un renseignement. Après les avoir dévisagées, elle dit à brûle-pourpoint à l'une d'elles :
        – Vous êtes malade.
        – Oui, répondit Mme Marie R...
        – Si vous voulez, dans trois semaines vous serez guérie, riposta l'inconnue.
        Mme L... intervint pour dire qu'elle avait un petit-fils également malade depuis près de trois ans et qu'elle serait heureuse si on pouvait lui rendre la santé.
        La femme promit aussi de le guérir.
        Elle donna son adresse par écrit. C'était Marie G..., veuve P..., 59 ans, ménagère, à Jemeppe. Elle fixa rendez-vous chez elle pour le vendredi suivant (parce que, – affirmait-elle, – le vendredi était le meilleur jour !).
        Les deux sœurs s'y rendirent. La guérisseuse s'était fait apporter une chemise de l'enfant, afin de se rendre compte de quels mauvais esprits « le travaillaient ».
        Cette femme leur avait parlé du père Antoine, de spiritisme. Elle annonçait qu'elle dirait des prières, qu'elle ferait une neuvaine. Elle racontait également d'étonnantes guérisons obtenues par son intervention.
        Marie G... dit aux visiteurs que ce serait elle qui se rendrait chez elles le lundi suivant.
        On devait, au cours de cette visite, lui remettre une somme de 90 francs : une des dames, 50 francs ; l'autre, 40 francs.
        Elle apporta, dans ce but, deux enveloppes, sur lesquelles elle avait inscrit les sommes à y déposer. L'argent fut inséré dans les enveloppes.
        Puis, en présence des dames R..., du père et de la mère de l'enfant malade, la guérisseuse commença ses opérations.
        Après avoir écarté les assistants, car, disait-elle, les esprits devaient l'entourer, elle intercala les enveloppes dans un grand livre de prières, où elles disparaissaient complètement, puis s'absorba dans ses méditations et ses prières. A plusieurs reprises, elle tourna les feuillets du livre. La cérémonie terminée, elle plaça les enveloppes sous un pot à fleurs, défendit d'y toucher et annonça qu'elle viendrait les reprendre elle-même pour continuer les opérations et chasser définitivement les esprits. Elle avait, d'ailleurs, annoncé que « l'affaire marchait bien ».
        Une des dames R... eut, néanmoins, des soupçons. Certains gestes de la guérisseuse lui avaient paru suspects lorsqu'elle feuilletait le livre de prières.
        Mais sa sœur lui présenta de sévères observations quand elle manifesta ses soupçons et lui dit :
        – Vous êtes une sotte !...
        Toujours est-il que les soupçons étaient éveillés et que l'on toucha aux deux enveloppes, que chacune en reporta une chez soi, qu'on les examina à la lumière pour en découvrir le contenu.
        Marie G... ne s'étant pas présentée au jour fixé par elle, on les ouvrit. Etait-ce cette main sacrilège portée sur les enveloppes qui rompit le charme ? Etait-ce une juste punition des esprits irrités ? Toujours est-il que, dans les enveloppes, on trouva un morceau de journal, au lieu des billets de banque !...
        Les gens mal intentionnés prétendent que Marie G... avait, en lisant dans le livre, en feuilletant les pages, en s'absorbant dans ses méditations, substitué deux autres enveloppes aux enveloppes contenant l'argent.
        – C'étaient les honoraires des esprits !... estime le ministère public, M. le substitut Coart.
        Nous allions oublier de dire que Marie G... avait écrit aux R... deux lettres. Dans l'une, elle estimait que la chemise – avec trous – de l'enfant qu'on lui avait confiée était insuffisante. Et elle réclamait 20 francs.
        Les esprits ne voulaient pas se laisser expulser et réclamaient un petit supplément !...
        Dans la seconde lettre, Marie G... écrivait que « l'ouvrage était fort, qu'il y avait deux esprit, à combattre ». Elle annonçait sa visite avec un jour de retard. Elle arriva, en effet. Une des dames R... lui conta qu'elle avait disposé des 50 francs à l'insu de son mari, que celui-ci était très mécontent, etc.
        Marie G... le prit de haut. Elle restitua aussitôt les 50 francs, mais elle ajouta qu'elle ne s'occuperait plus d'elle, la vit-elle mourir devant elle.
        Elle annonça qu'elle reviendrait le lendemain.
        Mais le charme était rompu. La police avait été prévenue, et, lorsque Marie G... se présenta, elle fut mise en état d'arrestation.
        Elle tenta de déchirer les enveloppes contenant les morceaux de journaux. Le policier fut obligé de lui saisir le poignet pour l'en empêcher.
        Marie G... dénie tout cela. Les 90 francs lui ont été remis, non pas sur sa promesse de chasser les esprits et de guérir les malades, mais en prêt pour acheter un poêle. Elle a remboursé 50 francs le lendemain du jour convenu et se rendait chez R... pour rembourser le solde, soit 40 francs, lorsque la police est intervenue.
        Cette version est controuvée par cette circonstance que, lorsqu'elle fut arrêtée, elle n'était porteuse que de quelques francs.
        Il a été également question d'une corde à cinq nœuds que la prévenue avait donnée à la mère de l'enfant malade et qu'elle devait se passer autour du corps.
        Le ministère public a rappelé que Marie G... avait eu une existence bien remplie. Depuis la loi d'amnistie, elle a déjà été condamnée deux fois.
        Me Mourquin a présenté la défense de la prévenue. Il a plaidé que Marie G... avait agi de bonne foi, avec une conviction profonde en l'efficacité des moyens employés.
        Le Tribunal – juge unique, M. Goossens – a estimé que l'escroquerie était établie. Il a condamné la prévenue à trois mois de prison et à 300 francs d'amende.

    La Meuse, 10 septembre 1922 (source : Belgicapress)


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  • André Arnyvelde - De l'égaltié (La Petite République, 7 novembre 1913)

    Contes et Variétés

     Le Coin des Paradoxes

     DE L'EGALITE

        Quant à l'érection du temple antoiniste, dont il fut ici rendu compte, avec une mesure que ne gardèrent peut-être point tous nos confrères (il était, en vérité, un peu trop facile de railler. Ici, l'on s'empressa, sur l'ironie, inévitable et légitime, de mettre le manteau de quelques considérations sérieuses et courtoises) à cette érection du temple antoiniste, j'eus la bonne fortune d'assister...
        Ai-je parlé ci-dessus d'égalité ? Eh ! bien, si égalité il y a, ne redoutons point de dire que certains de nos contemporains sont les égaux de leurs frères préhistoriques, de ceux qui croyaient aux pouvoirs des incantations, des sortilèges, des sacrifices... Ne redoutons point de dire qu'il est des Parisiens de mil neuf cent treize, égaux de leurs frères noirs, qui s'en remettent au « griot » de leur tribu de faire pleuvoir ou de guérir les malades ; égaux de leurs frères de l'extrémité de la Finlande, les Ostiaks, et de leurs frères des régions encore presque sauvages du Caucase, les Ossètes, lesquels, Ostiaks et Ossètes, attribuent à leurs sorciers des pouvoirs tout pareils à ceux que ces Parisiens adorent en le Père Antoine...
        Que l'on me pourra dire que ces zélés de l'Antoinisme ont le cœur plein d'une ferveur que ne peuvent point connaitre les nègres, les Ostiaks, les Ossètes... Mais de quel droit mépriserons-nous la foi de ces peuplades arriérées ? N'ont-elles point, elles aussi, la créance profonde qu'une imploration élevée en toute sincérité pourra faire descendre le miracle de leur Dieu sur la prairie trop sèche ou sur le malade ? Je ne vois point qu'il y ait de différence entre le rite qu'exécutent les sorciers Shamans qui sont les guérisseurs des Ossètes et des Ostiaks, et le rite qu'accomplit la Mère Antoine, l'autre matin, du haut de la petite tribune de son temple... Mais l'Antoinisme n'est pas seulement curateur de plaies physiques, il l'est aussi, m'a confié un frère, de plaies morales. Il apporte avec lui l'amour entre les hommes, la paix, la bonté...
        La paix, la bonté, l'amour entre les hommes !... Alors, ah ! si l'Antoinisme réussit authentiquement ce miracle, ce n'est plus rire qu'il faut, mais nous jeter tous à genoux et adorer le Père désincarné, le fondateur du culte nouveau, car, d'entre tous les dieux qui nous aient été successivement proposés depuis que la surface terrestre se refroidit assez pour qu'y pût vivre l'homme, ce dieu-là, le premier, n'aura pas raté la plus folle, la plus invraisemblable et la plus miraculeuse des besognes !

                                                                          ANDRE ARNYVELDE.

    La Petite République, 7 novembre 1913


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  • Contra sic dictum Antoinismus (Kirchlicher Anzeiger für die Diözese Luxemburg, 2. April 1924)(eluxemburgensia.lu)

    Nr. 12

    Contra sic dictum Antoinismum.

        Sub specie curandi infirmitates corporales in quibusdum nostrae dioecesis regionibus irrepserunt quaedam perversitates superstitiosae, ex Jemeppes in Belgio huc implantatae sub nomine „Antoinismus“, quibus bona fides catholicorum, plerumque indolis simplicioris, captatur ac fallitur, non raro cum periculo fidei et certo in detrimentum praxis religiosae.
        Animarum rectores hisce monemus ut etiam hac in causa gregi suo serio invigilent et, quos sibi subditos sciunt asseclas hujus perversitatis, privatim et, si necessitas ferat, etiam publice in ecclesia praemuniant contra pericula ejusmodi errorum pro fidei integritate et morum puritate. Praecipue arcendi sunt fideles ab illis coetibus in quibus, tempore et loco Missae dominicalis et festivae, exercitia quaedam religiosa peragi dicuntur quae haereticam pravitatem indubitanter sapiunt.
        Juvat hic in memoriam revocare praeceptum can. 1324: Satis non est haereticam pravitatem devitare, sed oportet illos quoque errores diligenter fugere, qui ad illam plus minusve accedunt et can. 1325 § 1: Fideles Christi fidem aperte profiteri tenentur quoties eorum silentium, tergiversatio aut ratio agendi secum ferrent implicitam fidei negationem, contemptum religionis, injuriam Dei vel scandalum proximi.
        Qui quamvis praemoniti, non resipiscunt, in suspicionem fautorum haeresis cadunt et, positis ponendis, gravibus poenis ecclesiasticis subjacent.
            Luxemburgi, hac 2 Aprilis 1924.
                             Petrus, Episcopus Luxemburgensis.

    Kirchlicher Anzeiger für die Diözese Luxemburg, 2. April 1924 (source : eluxemburgensia.lu)

     

    Traduction :

    Contre le dit antoinisme.

        Sous couvert de soigner des maux corporels, dans certaines régions de notre diocèse se sont glissées certaines perversions superstitieuses, de Jemeppes aux Pays-Bas, implantées ici sous le nom d'"Antoinisme", dans lequel la bonne foi des catholiques, la plupart du temps de la plus simple nature religieuse, est captivée et trompée.
        Nous exhortons les dirigeants des âmes à surveiller attentivement leur troupeau dans cette affaire, et que ceux qui sont soumis à cette perversité, en privé, et, si la nécessité le justifie, aussi dans l'Église, de se prémunir contre le danger de telles erreurs selon l'intégrité de la foi et la pureté de leurs mœurs. Les fidèles doivent principalement être expulsés des groupes dans lesquels, à l'heure et au lieu de la messe dominicale et fêtes, certaines pratiques religieuses sont dites, qui sans aucun doute se délectent de la dépravation hérétique.
        Il est utile ici de rappeler le précepte du can. 1324 : Il ne suffit pas d'éviter la dépravation hérétique, mais il faut aussi éviter soigneusement ces erreurs qui s'en approchent plus ou moins et can. 1325 § 1 : Les fidèles sont tenus de professer ouvertement la foi du Christ chaque fois que leur silence, leur tergiversation ou leur raison d'agir entraînent implicitement un reniement de la foi, un mépris de la religion, une atteinte à Dieu ou une offense au prochain.
        Ceux qui, bien qu'étant prévenus, ne se repentent pas, tombent sous le soupçon de l'hérésie partisane, et, une fois mis en place, sont soumis à de sévères sanctions ecclésiastiques.
            Luxembourg, le 2 avril 1924
                             Pierre, évêque de Luxembourg.

    Bulletin ecclésiastique pour le diocèse de Luxembourg, 2 avril 1924


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  • Orgueil catholique (Gazette de Charleroi, 26 juillet 1914)(Belgicapress)

    Orgueil catholique

        On a inauguré, l'autre jour, à Verviers, un temple antoiniste. A cette occasion, l'organe clérical de l'endroit a publié des articles où il attaquait, en la raillant, la secte nouvelle.
        Notre excellente consœur Verviétoise, L'« Union Libérale », fait à ce propos d'excellentes réflexions qui sont d'actualité ailleurs encore que dans la province de Liége. L'« Union Libérale » écrit :

        « Il n'y a rien de plus crédule que les incrédules, dit l'organe du clergé romain et il ajoute : Toutes les religions fausses n'en craignent qu'une : la vraie.
        Et la vraie, c'est la sienne, naturellement.
        On lui retournerait aisément le propos de Diderot sur la clairvoyance des sectateurs d'une religion quand ils jugent les religions des autres et nous nous demandons de quel droit il classe les « guérisons » antoinistes parmi les « carabistouilles », alors qu'il admet celles de Lourdes comme des « indiscutables miracles ».
        Qu'un incroyant conteste le caractère surnaturel des unes et des autres, cela s'explique, mais quand on croit à la réalité des cures de Lourdes, comment peut-on se refuser à admettre la possibilité des cures antoinistes ?
        N'est-ce pas au même Dieu et par les mêmes moyens que Lourdistes et Antoinistes s'adressent et, que savent nos journalistes verviétois des dispositions intimes du Très-Haut à cet égard ?
        La faveur du Dieu d'humilité n'irait-elle, selon eux, qu'aux églises somptueuses et aux clergés vêtus de brocard d'or ?
        Repousserait-il les prières de la foi naïve et sincère en trop fruste appareil ?
        Loin de nous la pensée de mettre le doigt entre l'arbre catholique et l'écorce antoiniste. Nous n'avons vu dans l'inauguration qu'une occasion de reportage, purement objectif, mais nous trouvons quelque chose d'extravagant à cette prétention du clergé romain d'avoir le monopole de Dieu et les propos que nous relevons ont un fâcheux air de ressemblance avec ceux du négociant qui monte à son balcon pour crier que la marque véritable, la seule vraie est dans sa maison qui n'est sur aucun coin et non dans la maison d'en face.
        Cela sent le mercantilisme plutôt que le véritable esprit religieux et ce serait nous semble-t-il, se montrer beaucoup plus respectueux de la divinité que de ne pas disposer d'elle ainsi et de la laisser se prononcer elle-même dans les choses qui tiennent d'aussi près. »

        C'est le langage même du bon sens et de la tolérance. Toutes les religions prétendent posséder le monopole de la vérité et des miracles. Les unes et les autres s'opposent des affirmations qui se détruisent réciproquement. Adhérer à l'une plutôt qu'à l'autre est une question de foi, où la raison n'a rien à voir.
        Et, encore une fois, si l'on veut empêcher les hommes de se laisser séduire par des superstitions, que l'on commence par leur donner une éducation rationaliste.

    Gazette de Charleroi, 26 juillet 1914 (source : Belgicapress)


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  • Médecine illégale (La Libre Parole, dir. Edouard Drumont, 2 août 1912)Menus Propos

    MÉDECINE ILLEGALE

        Mlle Davige, en religion Sœur Valentinien, de l'Ordre du Saint-Esprit, donnait des soins médicaux, depuis vingt ans, à la population du bourg de Penquesten, dans le Morbihan, qui l'idolâtrait.
        Elle ne gênait personne, puisqu'il n'y a, paraît-il, ni médecin ni pharmacien à Penquesten.
        Comment donc se fait-il qu'elle ait été poursuivie, condamnée à l'amende, puis emprisonnée pour faire de la contrainte par corps, parce qu'elle est trop pauvre pour payer l'amende ?
        C'est parce qu'elle a commis le délit d'exercice illégal de la médecine ! répond le pouvoir judiciaire.
        Ce n'est pas vrai. Le pouvoir judiciaire est maçonnique et il ment.
        Mlle Davige a été condamnée et emprisonnée parce qu'elle est la Sœur Valentinien. Si elle était Sœur maçonnique, elle guérirait illégalement, rebouterait, s'exercerait sur les foulures humaines et les maladies des veaux autant qu'elle le voudrait.
        Je suis actuellement en villégiature forcée, avec un genou fort mal en point, suite d'une chute inopinée aussi brusque que celles que faisait naguère la Rente, après chaque discours de Caillaux. Tous les gens du pays m'ont dit :
        – Allez voir la rebouteuse !... Mais n'allez pas voir un médecin !
        Telle est la confiance manifestée pour le diplôme « légal » par les paysans émancipés de notre siècle de progrès.
        Notez que le médecin se dérange, et que la rebouteuse ne se dérange pas. Il y a tous les jours une queue de voitures à sa porte ! Je n'ai d'ailleurs vu ni médecin ni rebouteuse. Pour les froissements de nerfs, je suis un peu antoiniste.
        Cette rebouteuse célèbre n'est point poursuivie. Elle n'a point de cornette et le pouvoir judiciaire la salue.
        Il est vrai qu'il faut bien pourtant protéger la science !
        Tranquillisez-vous ! Elle l'est ! Metchnikoff, qui a inventé la crotte de chien, est logé, chauffé, nourri, décoré dans cet institut créé par le grand Pasteur.
        Un de ses coreligionnaires, herr doctor Klotz, de Leipzig, n'a, lui aussi qu'à venir à Paris pour être décoré par notre pouvoir maçonnique. Il a découvert que nous avions tort d'être bipèdes et que nous étions faits pour la station horizontale et pour marcher à quatre pattes !
        C'est peut-être vrai, d'ailleurs, pour les juges qui ont condamné la Sœur Valentinien.
        Mais on finit par comprendre que les paysans se méfient un peu de la science officielle....    JEAN DRAULT.

    La Libre Parole, dir. Edouard Drumont, 2 août 1912


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  • Lettre de Paris - Les guérisseurs (Le Progrès de la Somme, 30 juin 1925)

        On a célébré la semaine dernière l'anniversaire d'Antoine le Guérisseur. Antoine a presque fondé une religion. Il a un temple dans le quartier de la Glacière, un temple modeste, mais qui ne manque pas de fidèles. Murs nus que décorent simplement des inscriptions de ce gout : « Ne pas aimer ses ennemis, c'est ne pas aimer Dieu. » « Nous ne sommes divisés que pat l'intérêt. » « Un seul remède peut guérir l'humanité : la foi. » Les fidèles des deux sexes, dans leurs vêtements, ressemblent, les premiers, à des clergymen, les secondes, à des moniales. Quand ils vont en procession, et la cérémonie de l'autre jour comportait une procession, l'un d'entre eux porte en tête du cortège un arbre symbolique : c'est l'arbre de la vue du mal. Ils ne prient ni ne chantent. Le culte fondé par Antoine est un culte silencieux.
        Il y avait justement, l'autre semaine, à Paris, un antre guérisseur, le guérisseur d'Avignon et qui eut, ces temps derniers, maille à partir avec la justice, sur la plainte du Syndicat des médecins de son pays. Ce guérisseur, qui, comme tous ses pareils, fait des miracles, a donné une conférence qui lui a valu, m'a-t-on dit, d'être chaleureusement applaudi. Puis, il est rentré dans son pays. Il a, m'a-t-on dit encore, une magnifique 16 HP.
        Il suivit d'abord des cours d'agriculture dans un établissement où son père était professeur. Les plantes l'intéressaient beaucoup : mais brusquement il cessa de regarder la terre pour ne plus contempler que le ciel.
        – Mon fils se forme, dit alors son père ; il commence à lire dans les astres.
        Cet honnête professeur d'agriculture n'avait certainement pas prévu la seconde vocation de son héritier. Le futur guérisseur n'étudiait pas précisément la mécanique céleste : s'il avait la tête constamment levée vers les étoiles, c'est qu'il entendait des voix. Ces voix lui ordonnaient de se dévouer au service des êtres qui souffrent. C'est ainsi qu'il devint guérisseur. En un temps où l'on était moins courtois, on aurait dit : rebouteux. Et dans un temps un peu plus ancien où l'on était moins tolérant, on aurait dit : sorcier.
        Le guérisseur d'Avignonet a une clientèle immense. On vient vers lui de toutes parts. Des gens du peuple, des gens de la bourgeoisie, des gens de l'aristocratie. Il n'y a pas beaucoup moins de monde chez lui qu'on en voit à Lourdes. Car la maladie rend crédule, et cela est fort compréhensible, car personne ici n'aime à souffrir trop longtemps. De là l'influence parfois si profonde des guérisseurs, A Paris, Antoine a maintenant une petite église et des fidèles. En Russie, Raspoutine, qui n'était lui-même qu'un guérisseur, a contribué à la chute de la plus puissante des dynasties, et c'est un peu à ce moujik ivrogne et luxurieux que nous devons l'avènement du bolchevisme.

    Le Progrès de la Somme, 30 juin 1925


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  • Le fait du jour (Journal de Charleroi, 4 octobre 1912)(Belgicapress)LE FAIT DU JOUR

        Ne croyez pas qu'il faille être le pape, ou le légat du pape au Congrès Eucharistique de Vienne, avec les carrosses de l'empereur d'Autriche, pour faire une religion impressionnante et traîner en procession des milliers d'extasiés. Il suffit d'être la veuve d'un prophète désincarné : «La Mère ».
        « La Mère Antoine, grande prêtresse de l'Antoinisme depuis la désincarnation de l'immortel Père Antoine, le guérisseur, préside à un extraordinaire développement du culte nouveau, entre Liége et Bruxelles. Dimanche elle inaugura, à Bierset-Awans, son troisième temple. Ses « opérations » – vocable vulgaire qui désigne la liturgie antoiniste – attirèrent tant de fidèles que le sanctuaire se remplit une vingtaine de fois d'une foule renouvelée.
        Et que faut-il à « la Mère » pour que s'exerce l'attirance ? Simplement la foi des crédules. Ses moyens de grande-prêtresse sont, en effet, très rudimentaires. Mais il y a au fond de l'homme un irréductible besoin de sottise.
        A Bierset-Awans, le troisième temple est une très banale bâtisse, extérieurement peinturlurée de rouge. L'intérieur est une grange à murs blancs, éclairée par des fenêtres étroites qui trouent à peine la toiture, sans aucun ornement, ni emblème, ni inscription. On aperçoit seulement au fond, dans la lumière diffuse, une tribune recouverte d'un drap verdâtre. Sur un carré de toile bleue se lit « l'auréole de la conscience » c'est-à-dire quelques-uns des préceptes de la sagesse antoiniste.
        Là, monta dimanche, après trois tintements de clochette, la Mère Antoine. Et la cérémonie commença. Silence absolu. Pas un discours, pas une prière, ni de la prêtresse, ni des fidèles.
        Seulement un geste. Dans une attitude extatique, la Mère leva les yeux au toit, croisa ses mains sur la poitrine. Puis, lentement elle étendit le bras droit pour faire l'opération qui consiste à couvrir l'assistance d'un geste large, la paume ouverte comme devant répandre des bénédictions.
        Cela dure deux minutes. Et cela se répète vingt fois, pour vingt opérations. Il n'en faut pas davantage. La foule pieuse est contente. La Mère se retire, non sans avoir fait présenter dans la grange le plateau des offrandes.
        Et cela fait concurrence à la grande « opération » catholique. A tel point qu'un antoiniste du nom de Noël, ayant introduit « l'opération » de l'antoinisme au 13e arrondissement de Paris, le cardinal Amette l'a excommunié, lui et ses fidèles. Ça se passe entre augures !

    Journal de Charleroi, 4 octobre 1912 (source : Belgicapress)


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  • Un prophète de l'optimisme - M. Coué en Belgique (La Meuse, 24 mai 1923)(Belgicapress)UN PROPHETE DE L'OPTIMISME

    M. COUÉ EN BELGIQUE

        M. Coué est un petit homme sans façon, assez court sur pattes, bonne tète obstinée, front large et gonflé, des yeux enfoncés, des joues un peu flasques, barbiche blanche à la Poincaré. Ce n'est pas ainsi que nous nous figurions les prophètes, mais nous avons l'habitude des désillusions et nous ne tiendrons pas rigueur à M. Coué de ne pas ressembler à l'image conventionnelle.
        Des journaux, des lettres d'Amérique nous disent que, depuis le voyage que fit M. Coué là-bas, une vague d'optimisme passe sur les Etats-Unis, une sorte de reprise de conscience et de confiance. Grâce à ce petit homme simple et bon, l'Amérique reprend joie et courage. Des instituts ont été fondés pour propager les méthodes du professeur d'optimisme, des instituts qui, naturellement, ressemblent à ces temples, et on a créé des Sociétés, qui, naturellement, ressemblent aussi à des sectes religieuses.
        Pourtant, M. Coué se défend de prêcher une doctrine religieuse et il ne veut pas davantage être pris pour un rebouteux ou pour un hypnotiseur.
        – Je suis, nous a-t-il dit son arrivée en Belgique, un brave homme ordinaire.
        Etre un brave homme, dans ces temps-ci, est déjà extraordinaire et légitime, une renommée qui grandit et fait aujourd'hui de M. Coué une manière d'apôtre que se disputent à la fois les théosophes, les savants des recherches de l'au-delà et tous les amateurs de phénomènes en marge de la science académique.
        M. Coué a écrit un petit livre où il donne quelques recettes de bonheur : il fait des conférences théoriques et des expériences pratiques, et voici qu'il vient de convaincre un bon millier de Bruxellois de l'étonnante chose qu'est l'autosuggestion consciente.
        Selon M. Coué – et nous le croyons volontiers – l'imagination est plus forte que la volonté et nous pouvons régler celle-ci par le jeu de celle-là et ainsi obliger l'inconscient à obéir à notre imagination, s'il résiste à notre volonté.
        Mais M. Coué ne complique pas son enseignement de lourdes explications semi-scientifiques et pédantes. C'est un brave homme de pharmacien, pas prétentieux pour un sou, et qui vous débobine sa méthode avec l'application du potard qu'il fut, plissant méticuleusement la papillote d'un flacon de drogue.
        L'autosuggestion est vieille comme le monde, dit-il. Quand le serpent, dans le Paradis, conseilla à Eve de manger du fruit défendu, il faisait de la suggestion, et Eve fit de l'autosuggestion en se persuadant qu'elle pouvait manger de la pomme : elle fit à son tour de la suggestion en parlant à Adam et celui-ci fit de l'autosuggestion en suivant le conseil de sa femme. Nous faisons enfin de l'autosuggestion tout le long du jour et de la nuit, comme M. Jourdain faisait, sans le savoir, de la prose, et toute la base de l'enseignement de M. Coué est là : cette puissance de l'autosuggestion inconsciente, instinctive, servons-nous-en en l'assujettissant à notre imagination.
        Là-dessus, M. Coué y va de quelques petites expériences innocentes. Pressez les mains l'une contre l'autre, entrelacez les doigts et tendez les bras, serrez avec force et persuadez-vous que vous ne pouvez plus détacher les mains une de l'autre : au lieu d'ouvrir les mains, vous crisperez l'étreinte. Dites-vous : « Je peux !... », et, aussitôt, cette étreinte cèdera. Avec un peu de bonne volonté, l'expérience réussit toujours.
        Dès lors, assure M. Coué, l'expérimentateur n'est plus le même homme ; il a découvert que son imagination était une force : il ne lui reste plus qu'à en jouer avec intelligence.
        M. Coué, avec bien d'autres, prétend que beaucoup de nos douleurs n'existent que parce que nous croyons qu'elles sont. Ainsi, dit-il, une personne atteinte d'insomnie ne dort pas parce qu'elle se met au lit avec l'idée préconçue qu'elle ne fermera pas l'œil, comme à l'ordinaire. Il y a beaucoup d'anciens blessés ou d'anciens malades qui marchent avec une Jambe raide simplement parce qu'ils ont pris l'habitude de tenir cette jambe rigide et ne comptent plus pouvoir la mouvoir. Des femmes impressionnables, qui avaient eu un œil caché par un bandeau durant de longs mois ne voyaient plus de cet œil, enfin délivré, alors que les oculistes le déclaraient guéri, et cela par auto-persuasion.
        Aussi, M. Coué nous convie à en finir avec cette duperie de l'imagination. Il nous invite à détruire, dans les mesures du possible, influence pernicieuse de l'habitude de l'indifférence, du préjugé aussi. La plupart des douleurs physiques et morales : idées noires, idées fixes, phobies, disparaissent si nous nous disons à nous-mêmes qu'elles s'en vont.
        Et le bon M. Coué nous indique une recette très simple : Quand vous souffrez, fermez les yeux, et la main sur le front, dites très vite, dix, vingt, trente fois : « Ça passe, ça passe, ça passe ! » Et cela passera.
        Une autre recette, qui élargit l'effet de l'autosuggestion consciente, consiste à dire tout haut, – pour convaincre l'inconscient, – chaque matin, au réveil, et chaque soir, au moment de s'endormir : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux. » Il convient de répéter cette phrase un bon nombre de fois, même sans en analyser le sens, et M. Coué conseille de se fabriquer une sorte de chapelet formé d'une corde à vingt nœuds. A chaque nœud, on prononce la phrase.
        Laissons aux gens qui aiment les rapprochements comparer le « Ça passe » et la phrase du matin et du soir de M. Coué à certaines prières de convention. Laissons aussi aux gens à qui on ne la fait pas de faciles parodies de la doctrine de cet excellent homme. Puisque, avec son enseignement de l'autosuggestion consciente. M. Coué a provoqué des guérisons, réalisé des miracles et fait passer une vague d'optimisme sur les Etats-Unis, nous aurions mauvaise grâce à taquiner cet apôtre et ses disciples.
        Avant d'avoir mis en petits livres jaunes sa doctrine, Antoine le Guérisseur ne faisait pas autre chose que de combiner sa suggestion à l'autosuggestion de celui qui venait le consulter.
        Pour être de bonne humeur, avoir bon appétit, sourire au printemps même quand les saints de glace l'arrosent et le secouent, ne point songer à son propriétaire et bien dormir, M. Coué nous invite à enfermer notre journée entre ces deux affirmations : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux. »
        Antoine le Guérisseur donnait, sous d'autres formes, des conseils identiques, mais avec plus de rusticité.
        Un ouvrier du service des Ponts et Chaussées, pas méchant, mais terriblement ivrogne, avait été menacé de renvoi par son chef. Cela se passait à Liège, voici près de vingt ans. Le pauvre pochard avait fait revenir de Paris une drogue détestable, qui, disait l'annonce des gazettes, guérissait de l'ivrognerie : il avait eu des nausées et des tiraillements d'estomac, que quelques petites gouttes de péket avaient pu apaiser. Cet ouvrier, certes, avait la volonté de se débarrasser de son vice. Il fit part son chef de son désespoir, et c'est alors qu'il alla consulter Antoine, dans son premier petit temple de Jemeppe. Le doux rebouteux, en observateur sagace, devina bientôt la qualité du patient. Il lui conseilla de prendre, chaque matin, au moment de partir au travail, un verre à liqueur d'eau fraiche, de s'abstenir de tout alcool jusqu'à midi, de vider encore un petit verre d'eau à ce moment et, en refusant tout alcool, d'attendre le soir, pour avaler encore le verre à liqueur d'eau dans le lit.
        – Dans huit jours, vous viendrez me revoir, avait dit Antoine.
        Au bout d'une semaine, ayant observé ponctuellement le conseil péremptoire du guérisseur, l'ouvrier revint à Jemeppe.
        – Vous voyez bien que vous êtes resté huit jours sans boire de péket, lui dit Antoine : eh bien ! continuez le traitement et si, dans un mois, cela va bien, vous pourrez supprimer les verres d'eau, mais il vous faudra penser à moi le matin, à midi et le soir, et ne pas toucher à une goutte entre ces trois fois.
        Cet ouvrier ne but plus, il a gardé son emploi aux Ponts et Chaussées, vit aujourd'hui de sa petite pension et bénit le souvenir d'Antoine de Jemeppe.
        M. Coué n'est donc qu'un disciple de celui-ci, mais il ne joint pas de doctrines philosophiques à sa méthode, et, contrairement à l'Antoine d'après les livres jaunes, il conseille de combiner l'autosuggestion avec les remèdes indiqués par le médecin. C'est que M. Coué a des diplômes et ne mêle pas la divinité ni le diable à son enseignement.
        On conçoit que l'Amérique, qui, nouvelle riche, jalouse le passé du vieux monde, ses traditions, ses légendes, sa poésie, toutes choses que l'on fabrique avec des siècles et non pas avec des dollars, se jette volontiers au cou du premier prophète qui se révèle. Elle n'a pas les grands pécheurs bibliques, ni les buissons de feu, ni les chars de flamme, ni les anges « trompettes », mais elle a les prophètes aux momies qui ont la firent la doctrine des Mormons : elle connut, voici vingt ans, un prophète qui se déclarait le Messie et finit mal, et elle fonde des instituts pour cultiver les méthodes d'optimisme de Coué. Mieux conseillé, Antoine le Guérisseur eût conquis là-bas une gloire à tapage. Mais il aimait Jemeppe, comme M. Coué aime la France et la Belgique ; et l'Amérique n'a pas de chance. Du moins, pour Antoine ; pour Coué, le proverbe a fait faillite : prophètes en leur pays, ils sont aimés, et le professeur d'autosuggestion consciente, après avoir animé toute la presse de Paris, a conquis Bruxelles et retenu par la plus petite digression l'attention d'un public qui, saisi d'optimisme, oublia du coup les grèves et le prix du sucre pour serrer les poings, dire : « Je ne peux pas » et puis « Je peux », se mettre la main sur le front et dire : « Ça passe ».   
        « Je peux, je ne peux pas » tout est là, disait, en sortant de la première conférence de Coué, un journaliste peu convaincu. Ainsi, je marche et je ne peux plus m'arrêter ; je marcherais dix, vingt heures, mais, en passant devant ce comptoir, je me dis : « Je peux m'arrêter », et je m'arrête pour retirer ma canne et rendre mon ticket à l'aimable dame préposée à la garde du vestiaire.                                                      ISI COLLIN.

    La Meuse, 24 mai 1923 (source : Belgicapress)


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  • Quotidiennes - sur l'inauguration d'un temple (Gazette de Charleroi, 5 octobre 1912)(Belgicapress)Quotidiennes

        Si les sectateurs d'une religion étaient aussi clairvoyants à l'endroit de leurs croyances qu'ils le sont à l'endroit de celles des autres, il n'y aurait plus sur terre que des sceptiques peu enclins à prendre pour argent comptant des histoires plutôt sujettes à caution.
        Un confrère bruxellois s'est rendu à l'inauguration d'un nouveau temple antoiniste. Cérémonie curieuse, digne d'intéresser tout esprit que préoccupent les phénomènes et les manifestations collectives du sentiment religieux. L'antoinisme constitue probablement la plus singulière de ces manifestations à notre époque, que l'on estimait trop peu mystique pour permettre l'éclosion et l'extension d'une secte nouvelle. Or, celle du père Antoine progresse assez rapidement, et gagne déjà l'Amérique. Elle est simple et simpliste comme son fondateur, dont la « philosophie » enfantine et brumeuse se ressent de sa culture plus que rudimentaire. Cet avantage lui assurerait peut-être la conquête du monde si l'antoinisme n'avait pas contre lui cette malchance de pouvoir se pratiquer paisiblement. La liberté est la pire ennemie des religions neuves. Il leur faut le stimulant précieux des persécutions. Antoine a eu le tort, dont il n'est d'ailleurs pas responsable, de mourir tranquillement dans son lit. S'il avait eu le bonheur de périr sous la hache, ou au sommet d'une potence, la fortune de sa doctrine était faite. Il aurait ressuscité certainement, et des centaines de disciples auraient, avec allégresse, subi le martyre, en témoignage de sa sainteté, vite métamorphosée en divinité. La foule aurait, convaincue par ces merveilles, confessé la foi d'Antoine, Dieu incarné, et aurait brisé ses anciens dieux devenus des idoles. Les prêtres antoinistes auraient pullulé, et rien n'affirme qu'ils se fussent montrés supérieurs aux prêtres d'à présent.
        Notre confrère s'est donc dit, avec raison, qu'une cérémonie antoiniste, encore mal connue, méritait d'être vue et contée.
        Cette idée lui vaut d'être traité de gâteux par la presse catholique qui n'aime guère ce qu'elle nomme les lubies de feu Antoine.
        Gâteux ? Fort bien. Mais comment cette presse qualifierait-elle l'antoiniste convaincu ou le vulgaire mécréant qui déclarerait imbéciles, crétins, abrutis, aliénés les gens, depuis l'archevêque jusqu'au dernier laïc, assistant à la consécration d'une église ?                     ALCESTE

    Gazette de Charleroi, 5 octobre 1912 (source : Belgicapress)


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  • Les sectes religieuses en Belgique (La Lanterne, 3 mai 1950)(Belgicapress)


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  • Les sectes religieuses en Belgique (La Lanterne, 4 mai 1950)(Belgicapress)

    Les sectes religieuses en Belgique

    Le Dorisme

        Après la première guerre mondiale, une secte puissante s'était formée à Roux, dans le pays de Charleroi. Un illuminé nommé Pierre Dor, avait amalgamé des bribes d'antoinisme et des Evangiles, pour en former une doctrine très simple, à la portée des masses de cette terre laborieuse. Pratiquement, le dorisme recommandait le jeune perpétuel et n'autorisait comma boisson, que l'eau. Le père Dor, comme on l'appelait, prétendait éviter à ses adeptes toutes les maladies. Si malgré la stricte observation de ses principes le mal s'abattait sur l'un ou l'autre « frère » ou « sœur », le « père » se muait en thaumaturge. Il pratiquait l'imposition des mains. Après quoi le souffrant se trouvait guéri.
        Le père Dor ne réussissait pas toujours à conserver à la vie celui qui réclamait ses services. Ne nous faut-il pas tous mourir ? Le fait est qu'il mena jusqu'à près de 90 ans une vie d'ascète. Après quoi sa secte disparut avec lui.
        Le père Dor, on l'a compris, ne fut ni un hérétique, ni un sectateur chrétien. Il appartenait à ces illuminés de petite envergure qui comprennent d'autant mieux les petites et grandes misères quotidiennes des populations au milieu desquelles ils vivent.
        Le pays de la houille et du fer. Terre du rude travail a vu s'éclore de nombreuses sectes religieuses et, si on permet un terme profane, para-religieuses. Il faut voir une manifestation d'un esprit d'indépendance que l'on retrouve là où les conditions économiques réunissent de grandes masses dans leur travail. Le phénomène apparaît moins dans les campagnes, où la tâche quotidienne a conservé son caractère individuel.
        D'autres sectes naîtront et disparaîtront encore dans ces creusets où bouillonnent les idées les plus contradictoires, image de l'humanité en perpétuel devenir.

    La Lanterne, 4 mai 1950 (source : Belgicapress)


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